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Lettres inédites de L.-P. d'Hozier et de J. Du Castre d'Auvigny, sur l'armorial et l'hôtel royal du dépost de la noblesse / publiées par Jules Silhol, avec notes...

De
145 pages
Académie des bibliophiles (Paris). 1869. 1 vol. (132 p.) ; in-8.
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il
LETTRES INÉDITES
DE
L.-P. D'HOZIER
ET DE
J. DU CASTRE D'AUVIGNY
SUR
l'Armorial et l'Hôtel Royal du Dêpost
de la Noblesse
PUBLIÉES PAR
JULES SILHOL
AVEC NOTES, DOCUMENTS ET PLUSIEURS FAC-SIMILE
Bibliothèque de l'Arsenal;— Extrait
du portefeuille du comte d'Argenson
Affaire de M. d'hozier.
PARIS
ACADÉMIE DES BIBLIOPHILES
M DCCC LX IX
LETTRES INÉDITES
L. -P. D'HOZIER
ET D E
J. DU CASTRE D'AUVIGNY
ACADÉMIE DES BIBLIOPHILES.
DECLARATION.
« Chaque ouvrage appartient à son auteur-éditeur. La
« Compagnie entend dégager sa responsabilité collective des
" « publications de ses membres. »
(Extrait de l'article IV des Statuts.)
Tiré à 5o3 exemplaires sur papier vergé.
Prix : 6 francs.
LETTRES INÉDITES
DE
L -P. D'HOZIER
La P . D HOZIER
ET DE
J. DU CASTRE D'AUVIGNY
SUR
l'Armorial et l'Hôtel Royal du Dépost
de la Noblesse
Seine
PUBLIEES PAR
JULES S I L H O L
.AVEC N0TES, DOCUMENTS ET PLUSIEURS FAC-SIMILE
Bibliothèque de l'Arsenal.— Extrait
du portefeuille du comte d'Argenson.
— " Affaire de M. d'hozier. »
PARIS
ACA DEMIE DES BIBLIOPHILES'
M DCCC LXIX
NOTA
Afin de conserver, autant que possible, à ces lettres impri-
mées leur physionomie manuscrite, on a maintenu l'orthographe
qui existe dans les originaux et laissé subsister les u mis en place
des v dans le corps des mots, ainsi que les v, les i et les j, em-
ployés pour des u, des j et des i, au commencement des mots,
bien que cette confusion n'existât déjà plus, en typographie, à la
date de ces lettres. Les formules finales ont été conservées aussi
dans leur intégrité et leur disposition.
AVANT-PROPOS.
ARMI les lettres dont se compose ce re-
cueil il y en a vingt-sept de d'Hoziër,
toutes écrites de sa main , sauf la se-
conde et la quarante - troisième, qui
portent seulement sa signature.
Les deux premières sont adressées au cardinal
de Fleury, ministre d'État, l'une pour lui demander
d'approuver la Préface de l'Armorial, l'autre pour
se plaindre à lui dans un langage digne et élevé,
qui fait honneur à la fierté de sentiments du Juge
d'armes de France.
Toutes les autres, sans exception, sont adressées
au comte d'Argenson, directeur de la librairie, plus
tard ministre de la guerre, et chargé en 1738, par
le comte de Maurepas, de donner son avis au car-
dinal sur les moyens de dédommager le Juge
d'armes des dépenses excessives que son Eminence
et le chancelier d'Aguesseau l'avaient incité à faire en
faveur de la noblesse du royaume.
Ces lettres; dont quelques-unes sont tout à fait
intimes, nous montrent d'Hozier aux grises avec les
I
difficultés matérielles. Mais d'abord et avant tout ap-
paraît l'inflexible impartialité du généalogiste. Il ne
fait de concession à personne, pas même à la re-
commandation du comte d'Argenson, dont il a pour-
tant tout à attendre et entre les mains duquel
viennent d'être placées ses espérances de fortune. II
lui est dévoué, comme il le dit, usque ad aras, pas
au delà, et les faux titres de la famille que protége le
comte sont scrupuleusement bannis de l' Armorial.
D'après cela, on voit ce que peut signifier l'opi-
nion toute personnelle du duc de Châtillon sur
d'Hozier : il ne veut pas que ce dernier touche à sa
généalogie parce « qu'il la tronque et la gaste. » Il
était cependant d'une assez illustre maison pour
n'avoir rien à craindre. L'auteur de l'Armorial a dû se
consoler de ce refus en pensant que Louis XV s'était
montré moins difficile que le gouverneur de son fils.
Qu'importent encore les traits lancés par l'écrivain
d'Auvigny contre d'Hozier, dont il avait été le prin-
cipal commis ? Pour réfuter ses calomnies il suffit
d'opposer sa façon d'agir à celle du maître. Une des
lettres de d'Auvigny prouve, en effet, combien, dans
les ouvrages qui lui étaient propres, il se montrait
personnellement accessible aux influences : « Il n'est
pas le premier, écrit-il en parlant de l'abbé de Pom-
ponne, dont la vanité m'ait obligé de mentir à la
face du présent et de l'avenir. »
De là, pour d'Hozier, l'obligation de se défaire de
lui et l'explication sinon la justification de la saisie de
ses papiers. Un an et demi auparavant d'Hozier avait
déjà été contraint de se séparer d'un autre premier
commis dont il estimait le talent et la littérature.
Les lettres de d'Auvigny, au nombre de onze, sont
aussi adressées au comte d'Argenson. Elles ex-
priment finement certaines pensées, et valent mieux
pour le style que celles de d'Hozier, dont le sens est
quelquefois obscur, la phrase incorrecte et le mot
impropre.
Les six autres sont du comte de Maurepas, de
Barjac, premier valet de chambre du cardinal de
Fleury, du duc de Châtillon et du comte d'Argen-
son; il y en a trois de ce dernier : en tout qua-
rante-quatre lettres à travers lesquelles on voit les
tribulations et les vicissitudes qui ont assailli d'Ho-
zier pour s'être dévoué entièrement aux intérêts de
la noblesse française.
Jusqu'ici on n'avait fait qu'envier le généalogiste
dont l'oeuvre est immense et des plus irrépro-
chables : ces lettres le feront plaindre.
JULES SILHOL.
Paris, mai 1868.
LETTRES INÉDITES
DE D'HOZIER
I
Louis-Pierre d'Hoper 1 au Cardinal
de Fleury.
A Paris, ce 18 fév. 1738.
M. le Cte de Maurepas .
Monseigneur,
'EUS l'honeur d'envoyer, il y a quelque
temps, à Votre Eminence, l'Epitre dédi-
catoire de mon ouvrage. Elle eut la bonté
de l'aprouver de sa main. Il ne reste plus, Mon-
seigneur, que la Préface, qui, sous votre bon plai-
I. Voir la note qui est à la fin du volume.
* En tête existe ce renvoi administratif.
— 6 —
sir, a besoin de la mesme aprobation, si vous
en agréés le stile. Je suplie Votre Eminence de
vouloir bien jetter les yeux sur la copie de cette
piéce qui est à la suite de l'Epitre*. Elle est courte
et la Lecture ne dérobera a vos grandes ocupa-
tions tout au plus que sept minutes.
Je suis avec vn très profond respect,
Monseigneur,
de Votre Eminence
Le tres humble et tres
obeïssant serviteur,
D'HOZIER.
II
Le même au même.
M. le Cte de Maurepas.
a Monseigneur le Cardinal de Fleury,
Ministre d'Etat.
'AV l'honneur de représenter à Vôtre
Eminence que ie n'ai point mérité le
refus qu'Elle me fit hyer. J'en suis d'au-
tant plus pénétré que si tout le monde est témoin
* L'Epitre et la Préface manuscrites sont telles qu'elles sont
imprimées dans l'Armorial.
et de ma Conduite et de mon désintéressement,
vous avez pu d'vn autre côté, Monseigneur, être
convaincu par vos yeux de mon zele pour vôtre
Gloire. Le Monument qui est à la teste de la
Preface d'vn ouvrage commencé de vôtre aveu,
en est vne preuve bien concluante. Je ne crains
donc point de dire à Vôtre Eminence que dans
le nombre des sujets du Roi et des véritables
Citoyens Elle en comptera peu qui, dans vne
place ou la fortune est si souvent offerte, ayent
sacrifié ainsi que je l'ay fait et que je l'ay prouvé
à Monsieur le comte de Maurepas, plus de huit
cent mile liures, pour obéir à vos ordres. Ouï,
Monseigneur, je conserve tres précieusement
toutes les lettres dont vous m'avez honoré, afin
qu'Elles servent de preuves à la justification que
je dois au Public dans le parti que vous me for-
cés de prendre apres les Espérances de bonté et
de protection dont vous ne m'aviez pas jusqu'à
présent exclus. J'ay assés d'honneur pour sçavoir
me reduire quand il le faut, de crainte de man-
quer à ma parole et aux engagemens conside-
rables que j'ay pris pour parvenir à vn arange-
ment et à vn ouvrage dont j'ay senti l'vtilité par
les Conseils de Vôtre Eminence mesme.
Si je ne pensois pas aussi vniment que je fais,
cette extremité me couteroit beaucoup; je sçais
me passer de peu, par ce que ma seule ambition
— 8 -
est le devoir de mon Etat ; mais, indépendament de
l'Etablissement de mes sept Enfans, mon princi-
pal regret est de congédier vn grand nombre de
Gens de Lettres et autres, que j'ai instruits soit
dans la Lecture, soit dans la connoissance des
anciens Titres. Vous mesme, Monseigneur, ainsi
que ceux qui par vous reçoivent les Ordres du
Roi, m'ayant dit expressement qu'il étoit néces-
saire que j'en dressasse en ce Genre, vû la dizette
de pareils sujets.
En vérité, Monseigneur, ce seroit directement
ofenser vôtre compassion naturelle pour les Mal-
heureux et en même tems vôtre justice, que de
croire que vous voulies les abandonner. C'est
pour eux que j'implore cette compassion et cette
justice.
Quant à moi, Monseigneur, quiavoit lieu d'Es-
perer au moins la mesme recompense que vous
accordés à vn particulier chargé de recueillir des
Ordonnances que le Roi fait imprimer à ses
frais*, îe n'ai d'autres ressource pour mettre en su-
reté vne Bibliothèque aussi nombreuse que la
mienne et qui jnteresse toute la Noblesse, que de
demander à Vôtre Eminence vn Logement où je
puisse continuer à la perfectioner. J'attends, Mon-
* Na. M. Secousse a 6,000 liv. par an, il donne en deux ans
un volume. Ainsi c'est 12,000 liv. pour les soins d'un seul vo-
lume, D'H.
— 9 —
seigneur, vos ordres en dernier ressort et tou-
jours avec le mesme profond respect que je dois
à Vôtre Eminence.
D'HOZIER.
(Sans date.)
III
Le comte de Maurepas- à Monsieur d'Argenson.
A Marly, le 3I aoust 1738,
Vous connoissés, Monsieur, l'Etablisse-
ment qu'a formé M. d'hozier et l'ou-
urage qu'il a entrepris , vous sçaués
aussy les Egards qu'il peut meriter, il a repre-
senté à M. le Cardinal de Fleury les grandes de-
penses dans lesquelles il s'est jetté et à proposé
à Son Emce plusieurs moyens d'en estre dedo-
magé, elle les a trouué trop vagues pour qu'on
pût les effectuer, mais M. d'hozier, luy ayant
presenté le nouueau mémoire que vous trouue-
rés cy joint 3, son Emce souhaite que vous vou-
liés bien entrer dans l'Examen de cette affaire,
et après auoir vû auec M. d'hozier, à quoy il
pourroit encore reduire ses dernandes, donner
— 10 —
votre auis à Son Emce sur le party que vous
estimerés qu'on doiue prendre a son egard, et
même sur l'objet qui donne lieu a ses represen-
tations.
Vous connoissés les sentiments auec lesquels
je suis plus parfaitement que personne du monde,
Monsieur, votre tres humble et tres obeissant
seruiteur.
MAURE PAS.
M. D'argenson.
IV
L.-P. d'Hozier au même.
J'ARIVE dans le moment de Marli, Mon-
sieur ; tout va bien jusqu'à présent et
tout ira encore mieux puisque c'est
vous que Son Emce a nommé pour mon juge
sur le total de mes demandes, vous en recevrés
demain matin la mission et j'atendrai le jour et
l'heure que vous voudrés bien me donner avant
votre voyage de Touraine.
J'ai l'honeur destre avec autant de reconois-
sance que de respect, Monsieur, Votre tres
humble et tres obeïssant serviteur.
D'HOZIER.
Ce I sept. 1738.
V
Le même an même.
A Paris le 17 oct. 1738.
M A premiére inquiétude, Monsieur, a été
d'aprendre Ie dérangement de votre
santé pendant votre voyage, et à celle
la* succéde vne autre dont vous n'ignores pas
les motifs. Vous aves vû S. E. à Issi. Je ne
sçai si vous la reverrés a fontainebleau, en
Tiers, tout ce que j'ai apris est que M. de Mas.
n'avoit point reçu de reponse manuscrite à sa
lettre de marli, dont vous aves bien voulu me
faire part. Dans cette Incertitude Je ne me suis
point présenté à S. Ece. Je me suis contenté d'y
envoyer regulièrement m'informer de sa santé.
Soyes donc, Monsieur, jusques au bout ma
boussolle, afin que je ne fasse point de pas de
clerc. Je vous suplie seulement d'observer que le
* En est raturé dans le texte.
— 12 —
temps est plus fort que moi et qu'à force de le
pousser avec l'Epaule, il pourroit bien m'en res-
ter vne rude contusion. Mes intérets sont entre
vos mains, heureusement pour moi, et je m'en
félicite d'avance.
J'ai l'honeur d'estre avec autant de reconois-
sance que de respect, Monsieur, Votre tres hum-
ble et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER.
VI
Le même au même,
A Paris, le 22 oct. 1738.
Il faudroit, Monsieur, qu'il y eut vne
impossibilité morale et Phisique dans
l'affaire que vous me faites l'honeur
de me recomander pour qu'elle n'eut pas tout
le succes que vous pouves desirer. J'ai fait quiter
les autres afaires pour celle là afin de me mettre
en état de vous en rendre bon et fidele compte,
lors que j'aurai verifié sur les Titres les extraits
auquel on travaille et que l'on me remettra in-
cessament; ce qui est cause que je n'ai pas l'hon-
neur de repondre à present à Mad. la duchesse
de Villars.
— I3 —
J'allai avant hier à Issi, je vis et parlai à S.
Ece.. Elle me parut tout au mieux, vn air gai
et content lui donnoient des couleurs asses vi-
vantes. Il me gratieusa fort, mais je ne lui par-
lai que de sa santé. C'est, Dieu merci, à vous,
monsieur, d'opérer toute ma besogne. Fervent
autant que vous l'estes pour ceux qui vous sont
aussi devoués que je le suis, je dors vn peu
mieux que je * faisois auparavant, en atendant
ce qui sera decidé entre ci et le mois de decem-
bre , qui est mon temps d'écheance. A tout éve-
nement, il est bon, je crois, Monsieur, que vous
soyes instruit que dans le temps que l'ouvrage
Fut anoncé aux Intendans, plusieurs d'entre
eux me conseillerent, pour fournir aux frais, de
demander l'établissement, dans chaque G.nalité
du Royaume, d'vne lotterie pour la noblesse
à six sols le billet. Quelques Gentilshommes me
proposèrent le mesme expedient. J'en fis part à
M. Orry 4, qui parut ne pas s'en éloigner. J'en
écrivis aussi à S. Ece et elle renvoya la propo-
sition à M. le Chancelier. Oncques depuis je
n'en ai entendu parler, par ce que M. le Chan-
celier me dit alors que cet object ri'étoit pas de
la Grandeur d'vn Roi de france et qu'il trou-
veroit moyen de faire donner par les fermiers-
* Ne est également raturé.
— I4 —
g.n.aux, outre et par dessus le prix du Bail, vn
fonds annuel pour l'établissement d'vn depôt
etc. *.
La circonstance que vous savés est venue
depuis. Le Bail a été fait et il n'a été question de
rien. Vous feres sur cela, Monsieur, telle réflec-
tion qu'il vous plaira. Pavois oublié de vous
aprendre ce détail dont vous feres part, si vous
le juges à propos, à M. le comte de Maurepas.
J'espere donc que, par vos bontés pour moi et
celles de ce ministre, je ne serai pas forcé de plier
Bagage et de me familiariser avec les Brouettes.
N'alles pas en rire, je vous en prie, par ce que
vous en feries rire bien d'autres, qui ne deman-
deraient pas mieux peut estre.
J'ai l'honeur d'estre, avec les sentimens les
plus reconoissans et les plus respectueux, Mon-
sieur, Votre tres humble et tres obeissant servi-
teur.
D' HOZIER.
Je tiendrai preste, pour votre premier voyage,
la copie de ce que vous m'aves demandé, si
mieux n'aimes que je vous l'envoye à fontaine-
bleau.
le remboursement de la maison et des manuscrits, D'H.
— 15 —
VII
Le même au même.
A Paris, le 24 oct. 1738.
Il faut, Monsieur, que j'aye bien du
Guignon de ne pouvoir mettre à profit
pour M. Semen la protection que vous
lui accordés, mais on a cherché à me sur-
prendre sur la forme spécieuse des Titres que
l'on m'a représentés. Cette famille doit estre
bien contente de se voir à l'abri des recherches
par vn arrest du Conseil et deux ordonances
d'Intendans, et je lui conseille de s'en tenir là.
D'autant que, pour ateindre l'époque de 1550, ils
ont ajusté vn acte de 1548, qui est aussi visible-
ment faux que l'étoit l'Histoire de Zaga-Christ 5.
Vous ne doutes pas, je crois, Monsieur, que je
suis en tout point à vos ordres, et vous consen-
tes volontiers à l'vsque ad aras qui est mon
point fixe. Je réponds par le mesme ordinaire à
Made la duchesse de Villars. Mais non pas si fort
à livre ouvert qu'à vous, Monsieur.
J'envoyai hier savoir des nouvelles de S.
Ece, et M. Barjac me fit dire qu'elle partoit au-
jourd'hui pour retourner à fontainebleau. Vous
— 16 —
m'entendes à demi mot, et je m'explique nette-
ment pour vous renouveller les assurances de la
reconoissance et du respect avec lequel j'ai l'ho-
neur d'estre, Monsieur, Votre tres humble et
tres obéissant serviteur.
D'HOZIER.
VIII
Le même au même.
A Paris, le 12 nov. I738.
Je suis actuellement, Monsieur, Gissant
dans mon lict, et affecté d'vn Rhume que
l'on me conseille de ménager malgré
moi. Car je voulois vous aller rendre compte
de toute ma négociation. Voici la 3e Lettre que je
reçois par laquelle Son Eminence me marque
precisement que vous estes le maître de son au-
diance et qu'il entendra votre raport volontiers.
Je ne me suis pas encore tenu à cela. M. Hérault 0,
auquel M. le curé de S. Nicolas a confié mes
peines et mes engagemens pressans, parla hier
avec la derniere force à Son Eminence et la fit
— 17 —
convenir qu'il n'y avoit pas de temps à perdre
pour entendre votre raport et pour me secourir.
Vous sentes, monsieur, que c'est vn coup de
partie pour moi que ce moment. Vous m'enten-
des, monsieur, et je n'ose vous dire ce que je
ferois pour vous en pareille circonstance : Rome
ne seroit pas trop loin pour moi. Je vous conjure
donc avec la derniere instance de vouloir bien
que je n'échape pas cette conviction actuelle de
l'oracle qui s'ofre de prononcer. M. de Maurepas
m'a écrit qu'il ne me manqueroit pas. Je n'ai plus
rien à vous representer, sinon que ma reconois-
sance sera éternellement proportionnée au de-
vouement tres respectueux avec lequel j'ai l'ho-
neur d'estre, monsieur, Votre tres humble et tres
obeissant serviteur.
D'HOZIER.
IX
Le même au même.
Le 12 déc. 1738.
QUELQUE empressement, monsieur, et
quelque plaisir que j'aye de vous faire
ma cour, je me tiens sur cela en réserve
de crainte que vous ne m'accusies d'impatience ;
- 18 —
mais figures vous vn homme qui, apres avoir
compté les mois et les semaines, se trouve réduit
à compter les jours d'ici au premier Janvier,
époque dont j'ai eu l'honeur d'instruire le minis-
tre et dont vous m'aves paru vous mesme péné-
tré. Je n'ignore point toutes vos bontés pour
moi, j'y mets entièrement ma Confiance et je
vous suplie de croire que ma reconoissance
égale le dévouement respectueux avec lequel
vous saves que j'ai l'honeur d'estre, monsieur,
Votre tres humble et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER.
X
Le même an même.
A Paris, le 29 déc. 1738
Communique a M. de Maurepas.
rép. le 2 janv. 1739.
LES Nouvelles de Paris, Monsieur, sont
si incertaines et si variées sur la santé
de Mgr le Duc de Chartres, que je vous
suplie de vouloir bien m'en instruire ; elles m'in-
téressent asses et pour vous et pour moi.
Depuis que j'ai eû l'honeur de vous rendre
— 19 —
compte des raisons qui m'ont déterminé à ren-
voyer vn de mes principaux Comis, j'ai apris
plusieurs choses dont il est bon que vous ayes
conoissance et dont vous feres part à M. le comte
dé Maurepas si vous le juges nécessaire.
1° On m'a assuré qu'il etoit beaucoup plus à.
son aise que moi par proportion ;
2° Qu'il savoit se faire secrettement des parts
particulières sur toutes les afaires qui passoient
par mes mains, en prevenant les parties de ne
m'en rien dire.;
3° Qu'il s'est fait des relations dans toutes les
provinces, en sorte qu'il atiroit ches lui les
Gentilshommes pour se rendre necessaire et cap-
tiver leur bourse ;
4° Qu'il y a eu certaines afaires maniées par
lui et conduites ailleurs que ches moi;
5° Qu'on assure chez M. le comte de St-
Florentin qv'un Gentilhomme asses mal aisé
s'est plaint qu'il lui en avoit couté 15oo liv. pour
les preuves de son fils reçu Page de la Chambre
par la protection de M. le Comte de St-Flo-
rentin, auquel je viens d'écrire à ce sujet pour le
prier de savoir du Gentilhomme mesme la vérité
du fait, et, en cas qu'il soit tel, de faire, de son
autorité, restituer le surplus de 200 liv. de droit
d'Entrée et de 150 liv., à quoi j'ai bien voulu mo-
derer vne preuve particulière que ce Gentilhomme
— 20 —
a été bien aise d'emporter dans sa province, et
qui, au Tau ordinaire des. preuves tres anciennes,
pouvoit estre évaluée à 1000 liv.;
6° Que le Tarif dont vous aves conoissance,
monsieur, pour l'ouvrage de la noblesse, avoit
fort déplu à ce comis et que j'ai intercepté vne
Lettre du Languedoc qui me prouve qu'il avoit,
sans mon aveu, demandé vne somme fixe mon-
tant à plus d'vn tiers de ce qui étoit marqué par
le tarif;
7° Qu'il s'étoit par son intrigue insinué dans
l'esprit de la, superieure de St Cir, et qu'il se
flatoit de remplir la place d'Intendant (ce que
j'ai empesché par M. le Maal de Noailles);
8° Que l'on començoit à murmurer de ce que
je n'avois pas le don de deviner, etc.
Sur tous ces Griefs j'ai reçu beaucoup de
complimens de m'estre defait d'vn pareil sujet
qui ne me présentoit que des dehors prévenans
et spécieux, avec beaucoup d'Esprit, de Talens,
de Littérature et de Religion aparente.
J'ai l'honeur de vous faire tout ce détail là
pour que vous n'ignories rien dans la circon-
stance présente, M. le Comte de Maurepas
m'ayant fait dire que vous parleries cette se-
maine au ministre ; et je vous avouerai franche-
ment que, ne desirant rien tant que d'aller tou-
jours au Grand jour, soit pour moi, soit pour les
— 21 —
miens, je désirerois tres ardemment que toutes
les autres affaires de noblesse et certificats qui
ont raport à ma charge fussent réglées et fixées,
pour les émolumens, de façon à ne plus apre-
hender qu'on les grossit à mon insçu.
Je laisse le tout à votre Jugement, auquel je
ferai toujours gloire de déférer, par le dévoue-
ment bien respectueux avec lequel vous saves
que je suis, Monsieur, Votre tres humble et tres
obeissant serviteur.
D' HOZIER.
XI
Le même au même.
Le 27 février 1739.
Monsieur.
LA crainte d'effrayer quelqu'vn en me
presentant ches vous est la seule raison
qui m'empesche de vous aller faire mon
compliment sur les mariages dont M. d'Auvigni
m'a fait part. Vous saves a quel point je vous
suis dévoué, et l'intérest particulier que je prens
à tout ce qui vous apartient.
Ma solitude me devient afreuse y cherchant
par tout ce que je n'y retrouve plus. Tires moi
donc d'ici je vous en conjure, monsieur, et taches
— 22 —
que M. de Maurepas puisse bientôt contribuer à
votre bonne oeuvre. Je renoncerois volontiers à
tout sans la multitude de sept enfans dont je
souhaiterois faire des citoyens ; je ne le puis sans
secours. Vous en estes convaincu, et mon inven-
taire en sera vne preuve trop concluante. M. Bro-
nod* a suivi entièrement votre décision. On ne fe-
ra mention des manuscrits de la Galerie que pour
mémoire seulement, sauf, par la suite, à s'aran-
ger suivant les convenances du temps à venir.
J'ai reçu des complimens de Bourges; je n'ai
pu poliment m'empescher d'y répondre. Je vous
en préviens a tout evenement
J'ai l'honeur d'estre avec autant de respect
que de reconoissance, Monsieur,
Votre tres humble et tres
obeissant serviteur,
D'HOZIER.
Le Père de Linières est venu enlever mes deux
plus jeunes fils pour les mettre au collége des
Jésuites, et on y a trouvé place sur le champ.
Ma maison est actuellement en soufrance, ne
pouvant prendre aucun parti pour les afiches
sans la réponse d'en haut.
* Un des secrétaires du roi.
— 23 —
XII
Le même au même.
Monsieur,
N 'IMPUTÉS point, je vous suplie, à l'Im-
patience, mais à la seule nécessité, la
prière que je vous renouvelle sur vne
decision dont vous aves bien voulu sentir l'im-
portance pour moi. Noyé de douleur par la perte
que j'ai faite, et dont je n'atends l'adoucissement
que d'en haut, je renoncerois au monde si Dieu
ne m'avoit mis à la teste d'vne nombreuse fa-
mille a laquelle je suis obligé de veiller pour en
former des sujets dignes de vivre. J'ai eu l'ho-
neur de vous representer, monsieur, que dans
l'atente d'vne décision je ne puis prendre aucun
parti sur la vente de ma maison et de la plupart
de mes effects mobiliers pour aquiter près de
400,000 liv. de dettes qui n'ont été contractées
que pour répondre aux invitations du ministre sur
l'object d'un depot de noblesse. Les lettres de Son
Emce, les memoires, les projets aprouves par elle
mesme, justifient plus qu'il ne faut ce que je me
reprocherois dans tout autre objet et ce que le
public auroit raison de me reprocher. Je vous
—24—
suplie donc avec l'a plus vive instance de ne pas
m'abandoner, et je fais la mesme prière par vous,
monsieur, à M. le Comte de Maurepas.
j'ose me flater que le; Lundi de demain m'a-
noncera quelque chose de votre part et: que
j'aurai vne nouvelle ocasion de vous;assurer de
mon extreme reconoissance et du respect avec
lequel vous saves que je suis
Monsieur
Votre tres humble
et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER, :
Ce 15 mars 1739.
XIII
Le même au même.
Ce 2 avril 1759.
L E crois, monsieur, que, suivant le conseil
que vous m'aves fait l'honeur de me
donner, j'ai mieux fait d'écrire à M. le
Cardal de fleury que de le voir. Ma lettre a été
renvoyée à M. de Maurepas après que la lecture
en a été faite en entier à S. Ece, et M. du Parc*
m'a confirmé que je pouvois estre sur des bonnes
* Secrétaire du Cardinal Fleury.
— 25 —
intentions de ce ministre. Vous savés, monsieur,
que ma maison afichée est sérieusement en
vente, par ce que je ne puis en soutenir le poids
par moi mesme ; ainsi j'espére qu'à votre pre-
mier voyage vous voudres bien engager M. le
Comte de Maurepas a plaider ma cause conjoin-
tement avec vous sur les trois points de mes
demandes. Logement frais de Bureaux et arrest :
peut estre trouveres vous à present M. Orry
moins tenace, après l'avanture de son frère, et
M. le Cardal plus gai par la conclusion de la paix,
qui a fait jusqu'ici son Grand object.
J'ai l'honeur d'estre avec autant de reco-
noissance que de respect, Monsieur, Votre tres
humble et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER.
M. de Maurepas vous montrera sans doute ma
Lettre a Son Ece. Elle est des plus pressantes, et.
vous sentes, monsieur, que j'ai d'ailleurs Grand
besoin de fonds pour l'impression du 3° volume.
Le même au même.. -
IL y a vn siècle, Monsieur, que.je n'ai eû
l'honeur
plus qu'on ne peut l'exprimer. Vos
grandes ocupations me tiennent en reserve par
la crainte de les distraire. Mais si vous voules
bien me rassurer sur m sur ma discrétion, j'irai avec
grand plaisir, au moment marqué, vous faire ma
Cour.
Je ne vous dis mot de toutes nos Besognes;
vous sentes rnieux que moi, Monsieur, combien
l'indétermination de S. Ece me tient en suspens
sur l'arangement mesme des afaires de famille
qui périclitent à chaque quart d'heure. J'ai, sui-
vant vostre conseil, fait aficher mon hospice;
neantmoins je ne puis prendre de parti fixe sur
la vente; ou sur le Loyer que vous n'ayes vû par
vous mesme avec M. le Cte de Maure pas la po-
sition du lieu, l'arangernent, la sureté du dépôt,
et par dessus tout .les raisons d'oeconomie par
raport aux dépenses faites.; et qu'il faudroit en
tout autre cas recomencer de nouveau. Vos re-
— 27 —
flections et votre avis prévaudront toujours sur
ce que je vous représente, et je ferai gloire de les
suivre en tout point.
J'ai l'honeur d'estre avec autant de reconois-
sance que de respect, Monsieur, Votre tres humble
et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER .
XV
Le même au même.
A Paris, le 21 juillet 1739.
Monsieur,
IL y a vn vieux proverbe dont vous aves
été bercé aussi bien que moi et qui
dit que la faim chasse le loup hors du
bois. J'ai bien senti par ce que vous m'aves laissé
entrevoir, que si vous n'aves pas cheminé sur
mon afaire c'etoit par bonté et par affection pour
vn de vos serviteurs les plus dévoués. J'ose me
flatter que les propos excités par l'envie n'ont
pas fait plus d'impression sur ceux auxquels on
les a tenus que sur moi mesme qu'on a essayé
de détruire. J'en ai vu quelques echantillons, mais
je ne desirerois pour me vanger que des ocasions
- 28 —
de faire plaisir aux personnes qui m'ont voulu
nuire, et je leur pardonne de tout mon coeur, en
vous supliant mesme d'oublier leur Bassesses.et
de ne pas me justifier à leurs dépens. Au surplus,
monsieur, je crois que vous ne me desaprouve-
res pas si j'ai engagé quelques Gentilshommes à
vous faire adresser leurs Titres pour m'estre
remis par vous et leur estre rendus par la
mesme voye afin de leur faciliter, sur tout à
ceux qui n'ont point d'occasions sures, la re-
mise de leurs Titres. Je vous rendrai compte
quand vous le jugeres à propos que tout va bien
jusqu'à présent, à la finance près, et que j'ai été
obligé de me remonter de travailleurs jusqu'au
nombre de douze. Les non valeurs et tout ce
troupeau m'épuisent journellement, sans compter
l'impression, la Gravure, les frais de Bureaux et
la valeur du Loyer d'vne Grande maison qui ne
se trouve plus trop vaste pour l'object. Je suis
sur tout cela comme l'oiseau sur la branche, in-
certain du parti que j'ai à prendre, mesme pour
l'arangement de mes afaires Domestiques. Je
vous suplie donc de vouloir bien saisir avec
M. le Cte de Maurepas le moment favorable qui
puisse me décider en tout ou en partie. Vous
estes instruit de mes facultés : elles ne sont pas
susceptibles de Jalousie; mais telles qu'elles
soient ou qu'elles puissent devenir, vous pouves
—29 —
estre bien sur de la reconoissance tres respec-
tueuse avec laquelle je serai toute ma vie,
Monsieur,
Votre tres humble
et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER.
XVI
Le même au même.
A Paris, le 5 aoust 1739.
V 0ICI, monsieur, le Mémoire pareil à
celui que M. le Comte de Maurepas
m'a demandé et que je viens de lui en-
voyer 8. Vous m'aves donné trop de marques
de vos bontés pour que je renouvelle encore
mes instances, et je me renferme a vous reï-
térer la reconoissance et le respect avec lequel
j'ai l'honeur d'estre,
Monsieur,
Votre tres humble
et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER.
-3o —
Le mêmeau même.
Ce 9 aoust 1739,
Monsieur,
V OUS conoisses du. moins aussi bien
que moi le zèle de S. Ece sur l'oecono-
mie des Finances du Roi, et peut estre
se trouvera-t-etie effrayée si dans le raport que
vouz lui ferés (séparément de ce qui peut nie re-
garder) du Grand object du depôt perpétuel pour
la noblesse et de la necessité de l'Etablir, puis-
qu'on le demande de toutes parts, vous lui faites
envisager comme de raison la (dépense annuellë
que ce dépôt demande. Car je ne crois pasque
vous perdies de vuë la minute du projet que je
vous ai laisser pour en prendre comunication;
et que pourroit-on faire de mieux et de plus glo-
rieux en ce fait là pour le ministère que d'établir
vne Comissiori perpetuelle composée de deux
marechaux de france, deux Coners d'Etat, le Juge
d'Armes, de France et son Lieutenant ou survi-
vancier? Toutes les afaires de noblesse y seroient
jugées plus clairement et plus succinctement
qu'en aucun autre Tribunal. On y agïteroit les
moyens de faire executer les anciennes ordo-
— 31 —
nances qui placent chacun dans son etat, et la
noblesse la plus hautement montée n'hésiteroit
pas dè se soumettre à ceux qu'elle regarde
comme ses chefs (les maaux de France). J'ai sondé
le Gué et j'ai trouvé tout le monde disposé à se
ranger sous leur étendart; mais il faut des fonds
annuels pour les droits de présence des Comis-
saires et autres depenses indispensables. Quel
inconvénient y auroit-il, si on abandonne pour
cela l'etablissement d'vne Loterie qu'avoient pro-
posés plusieurs Intendans dans chaque g.n.alité et
qui, suivant leur avïs, en reduisant les Billets à
12 s., auroit répandu, par les lots gagnés, beau-
coup d'aisance pour le comerce et la conso-
mation parmi le peuple et les Taillables; quel
inconvenient, dis-je, y auroit-il que l'on retint vn
denier pour livre d'Extraordinaire sur tout ce qui
se paye de pensions, gratifications, apointemens au
Trésor Royal? 8 s. 4d. sur 100 liv., et par propor-
tion sur le reste, paroîtront bien imperceptibles et
fourniroient sufisament de quoi remplir tout l'ob-
ject avec autant de décence que de certitude. Si
vous adoptés mon Idée, je vous en laisserai volon-
tiers tout l'honeur, car je n'en ai parlé à qui que
ce soit sans exception. Vous pourries faire ajou-
ter vn 3e mal de France si vous aimiés mieux
estre seul Conr d'Etat Comissaire, bien entendu
que je vous servirois de frère chapeau.
—32
A tout evenement je vous suplie, monsieur, de
vouloir bien insister non seulement sur le Cachet
de son Emce, mais encore sur des secours pré-
sens. Car je vous avoue que je n'ai pas 25 Louis
ches moi, et que je dois de tout cotés.
Brulés ma lettre s'il vous plait, je serois faché
que d'autres que vous en fissent lecture,
J'ai l'honeur d'estre avec autant de reconois-
sance que de respect,
Monsieur, Vostre tres humble et tres
obéissant serviteur.
D'HOZIER.
Le même au même.
Ce 16 sept. 1739.
MALGRE la Crainte ou je suis, Monsieur, de
vous fatiguer par des redites continuel-
les sur les afaires qui me regardent
aussi essentiellement et:dont vous aves bien voulu
vous charger par amitié pour rnoi, je vous re-
nouvelle mes instances avec la plus grande vi-
vacité dans l'esperance qu'avant le voyage de
fontainebleau ma cause sera plaidée, et qui plus
— 33 —
est gagnée. Il n'est pas besoin que je vous re-
trace le tort que me fait dans le monde cette in-
décision. Le public etant instruit de vos bontes
pour moi, regarde la chose comme faite, et les
afiches déchirées à ma porte pour la vente de
ma maison que vous m'aves conseillé de garder,
m'atirent des Complimens auxquels bien d'au-
tres que moi seroient fort embarassés de ré-
pondre. Bref mon imprimeur* ne veut pas impri-
mer sans estre sur de son salaire chaque se-
maine. Le Graveur en dit autant, et je ne puis de
ma part rien faire sans vn secours extraordre,
par la raison.que j'ai fait bien au dela de mes
forces, et que le poids de ma maison et de mes
Bureaux m'assome et me donne beaucoup de
noir.
J'ai l'honeur d'estre avec respect, Monsieur,
Votre tres humble et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER.
* Prault père a imprimé le second registre de l'Armorial,
et Pierre Prault les quatre autres. Collombat n'a imprimé que
le premier.
—34 —
XIX
Le même au même.
Monsieur,
J 'AI bien des graces a vous rendre de
tout ce que vous aves dit à S. Ece d'o-
bligeant et de pressant sur l'a conclusion
de ma grande affaire. M. d'Auvigni m'en a rendu
vn fidele compte, et j'executerai le conseil que
vous me donnes d'écrire encore vne lettre pres-
sante dont il sera le porteur dimanche prochain,
puisque vous voules bien que ce soit pour lundi
le Grand rapport. Je n'ai pas besoin de vous ex-
primer ma vive reconoissance, elle est toute na-
turelle ; mais je puis vous assurer que bien des
Gens la partageront avec moi.
J'ai l'honeur d'estre avec vn dévouement
tres respectueux,
Monsieur,
Votre tres humble
et tres obeissant
serviteur
D'HOZIER.
Ce 7 octobre 1739.
— 35 —
XX
D'Auvigny (9) au même.
Monsieur,
VOICI, Monsieur, ce que vous m'aués per-
mis de vous envoïer*; en le lisant vous
verés que m. d'Hozier se réduit a bien
moins qu'on ne lui permettait d'exiger par son
Tarif, et qu'il se soumet de lui même aux moïens
de faire cesser tout suiet de plainte. J'ôse esperer
que vous voudrés bien m'entendre vn moment
ce soir, aïant a ce suiet des choses assés impor-
tantes a vous communiquer.
J'ai l'honneur d'être auec vn tres profond res-
pect,
Monsieur, Vôtre tres humble et tres
obeissant seruiteur,
D'AUVIGNY.
A Paris, ce 23 octob. 1739.
* Voir l'Appendice, section II, chapitre I.
- 36 —
XXI
L.-P. d'Hozier au même.
Monsieur,
Vous m'aves donné vn terme trop long
pour aller vous exprimer toute ma re-
conoissance de l'ardeur avec laquelle
vous aves bien voulu faire terminer ma prin-
cipale afaire. Permettes moi, Monsieur, de pre-
venir l'heure marquée à vendredi, et de vous as-
surer que personne ne conservera plus intime-
ment que moi le souvenir de vos bontes et des
preuves de votre afection. Je ne puis vous en pré-
senter vn garant plus sincére que le devouement
inviolable et le respect sans mesure avec lequel
j'ai d'honeur d'estre,
Monsieur,
Votre tres humble
et tres obeissant serviteur,
D'HOZIER.
Ce 10 nov. 1739.
—37—
XXII
D'Auvigny au même.
Monsieur,
M Mesnard* vient de m'écrire que m. de
Maurepas auoit parlé de l'affaire de
M. d'hozier à M. le Chancelier, chez
M. le Cardinal et en sa présence, et que M. le
Chancelier, bien disposé, auoit dit qu'il vouloit
prendre vôtre auis encore vne fois, Monsieur, et
qu'il parlerait a M. d'hozier; ainsi, je pense que,
gràces a Dieu et a Monsieur D'argenson, tout ira
bien. M. d'hozier à la fleure d'vne chute et de
chagrin; je lui auois dit qu'il pourrait peut-être
auoir l'honneur de vous, voir a vos audiances du
jeudi ou du vendredi — et je viens de. lui repre-
senter qu'il m'auoit compromis en vous écriuant,
Monsieur, comme il a fait, que vous lui accorde-
riés vne heure puisque je ne deuois la solliciter
que demain. Je lui ai rendu compte de vos bonté s
pour lui, de vos démarches en sa faveur, de vos
instances auprés de S. E. et de M. le Chancelier.
Il est pénetré de reconnoissance. Je ne sçai com-
* Douin Mesnard, un des substituts du Procureur Général, au
Grand Conseil.
—28—
ment faire, carment faire, car si on lui ôte l'esperance il est
mort, et M. le Chancelier est désésperant. Je
suis bien hardi d'occuper de mes lettres vn
homme comme vous, Monsieur, mais j'espere
que vous le pardonnerés a mon zèle en faveur du
parfait devoüment et du profond respect auec
lequel j' ai l'honneur dêtre,
Monsieur, Votre tres humble et tres
obéissant seruiteur,
D'AUVIGNY.
A Paris, ce 11 nov. 1739.
Le même au même.
Monsieur,
JE vous suplie de vouloir bien que j'aïe
l'honeur de vous entretenir encore vne
fois de M. d'hozier et de son affaire il
a vû M. Orri qui lui a tout promis. M. le Chan-
celier ne decide rien. Comme je sçai vos bonnes
intentions pour m. d'hozier, j'ai voulu qui'il eut
toute la reconnoissance possible et de ce que
vous aués fait, et de ce que vous auriés bien
voulu faire. Il demandoit vn Logement au Lou-
vre, je l'ai assuré que vous le lui auriés fait ob-
tenir, Monsieur, si celui qu'il jugeoit seul pou-
— 39 —
uoir lui être convenable n'auoit point été occupé
par des antiques, des statues, etc. Il est content
sur cet article. A légard de la pension de vingt
mille liures qu'il a mis en suitte à 15,000 liv., je
lui ai dit que vous aviés eu la bonté d'en parler
et qu'on la trouuoit exhorbitante. Pour l'arret
du Conseil, je l'ai assuré des instances que vous
auiés faites auprès de M. le Chancelier jusqu'a
vous compromettre pour le seruir. Il croit que
vous vouliés bien, Monsieur, que l'on enjoignit
dans cet arrêt aux Presidiaux, Elections, etc., de
prendre son liure, mais que M. le Chancelier ne
veut faire de l'arrêt qu'vne affiche, que peut-être
il n'accordera pas. Ainsi, Monsieur, il n'aura
l'honneur de vous voir que pour vous exprimer
sa parfaite reconnoissance ; je lui ai dit que j'auois
eu celui de vous informer a mesure de ce qui se
passoit; mais j'ai évité comme vn tres grand mal-
heur de vous importuner. Je vous suplie, Mon-
sieur, de vouloir bien me continuer l'honneur de
vôtre protection et me croire, avec vn profond
respect,
Monsieur,
Votre tres humble et tres
obeissant seruiteur,
D'AUVIGNY.
A Paris, ce 30 décembre 1739.
— 40 —
XXIV
Le même au même.
M. d'hozier a demandé cinquante mille
liures a emprunter a m. le Card. Il a vû
a ce suiet m. Orri qui a dit: oui.
Il est pressé par Colombat a qui il offre de le
païer en deux ans.
Il a 32 mille liures a païer dans 15 jours pour
sa maison.
Il ma dit de rendre compte de ces choses a
M. D'argenson, que je suplie tres humblement de
me pardonner la liberté que je prend. M. d'ho-
zier viendra a l'audiance, et, pourvu qu'on lui
dise esperés, il sera content.
(Sans date et sans signature.)
XXV
L.-P. d'Hozier au même.
Ce 23 janv. 1740.
JE crois, Monsieur, que vous ne desa-
prouverés pas que j'aye fait encore vne
tentative aupres de M. le Cardal de fleury
en lui écrivant vne nouvelle lettre qui doit lui
estre remise aujourdhui par m. Barjac. Je lui
— 41 —
repète en peu de mots ma situation qui me ren-
droit presque hypocondre si je ne comptais sur
vos bontes aussi essentiellement que je le fais.
Je nai que la décision dans la Teste et je n'aqué-
rerai de repos et de santé qu'autant que Son Emi-
nence la Hatera.
M. d'Auvigny vous rendra compte du contenu
de mon epitre plaintive.
J'ai l'honeur d'estre avec autant de reconois-
sance que de respect, monsieur, votre très hum-
ble et tres obeissant serviteur.
D'HOZIER.
XXVI
D'Auvigny au même.
A Paris, ce 20 Janvier 1740.
Monsieur,
JE rne suis soumis, vniquement par res-
pect pour vos ordres, a la correction que
m. l'abbé de Pomponne* a demandée**. Il
étoit en droit de la désirer si vne famille annoblie
en 1581 dans la personne d'vn Bailli, notaire
L'abbé de Pomponne, conseiller d'Etat, était fils de Simon-
Arnaud de Pomponne, ministre et secrétaire d'Etat sous Louis
XIV.
Il y a en effet un carton à la page 270 du tome VI, dans Les
Vies des hommes illustres de la France, par d'Auvigny. Am-
sterdam, 1739.
— 42 —
Roïal d'Hermens*, est.reputée anciennement no-
ble. Mais il n'est pas le premier dont la vanité
m'ait obligé de mentir a la face du présent et de
l'avenir. Je vous suplie, monsieur, de croire que
l'envie de reconnoitre vos bontés a été le seul
motif de la docilité que j'ai temoignée; car, au
reste, comme je n'auois rien écrit que je n'eusse
crû vrai, je n'ai rien changé qu'auec douleur et
qu'en accusant mr le Chancelier de n'auoir pro-
scrit les Romans que pour transporter leurs fic-
tions dans l'histoire. Je n'ai eu de sa part nulle
recompense de ma soumission. Pendant que, pour
adoucir ma situation, vous me préveniés auec
bonté sur tout ce qui pouuoit me flatter et m'en-
courager, il me persecutoit, m'exposoit aux mor-
tifications les plus sensibles de la part de je ne
sçai quels ducs, et empechoit qu'on ne comprit
mon liure dans le journal des sçavans, ou il n'est
pas encore; je croïois cependant y meriter vne
place. Je me suis apliqué depuis l'àge de quatorze
ans au genre historique; je n'en n'ai pas 27, et,
en dépit des discours de mes ennemis, l'hist. de
France abregée, l'histoire de Paris, celle des
hommes illustres, sont mes ouvrages. On n'a ja-
mais vû sortir de chez moi rien qui put nuire a
personne ; j'étudiois de tout mon coeur pendant
Herment, petite ville du Puy-de-Dôme.
— 43 —
que la canaille litteraire m'enlevoit par ses ca-
lomnies l'honneur et le fruit de mes travaux;
mais a présent je suis decouragé, désesperé de
voir mon dernier ouvrage en pieces. La tête d'vn
auteur tourne aisement, et je ne sçai si vous me
pardonnerés, monsieur, de vous exposer ainsi
ma douleur. Je sçai bien, au moins, que je ne puis
solliciter l'honneur d'vne protection plus bien-
faisante que la vôtre ; par vôtre naissance, par vos
dignités , par vôtre place, les gens de lettre ont
droit de la reclamer, et j'en ai plus de besoin que
personne.
J'ai l'honneur d'être, avec vn profond respect,
Monsieur, Vôtre tres humble et tres
obeissant seruiteur,
D'AUVIGNY.
XXVII
Le même au même.
Monsieur,
REGARDÉ mr d'hozier comme vn homme
ruiné, mort et enterré si vous n'aués pi-
tié de lui. Il est au lit depuis 3 semaines
ou il calcule sans cesse ses dettes et sa recette,
la balance n'est pas égale et pour le sauuer il n'a
absolument que les bienfaits de la Cour pour res-
— 44 —
source. J'ai obtenu pour dimanche ou lundi vne
audiance de M. le Card. ou je representerai
m. d'hozier comme vn homme noïé; qu'il soit
dans la riviere par sa faute, il est de l'humanité
de l'en tirer ; et d'ailleurs, personne ne pouuant
remplir sa place, si on ne l'aide pas comme l'aïant
merité, qu'on l'aide comme vn homme qui a be-
soin et dont on a affaire. Voila, Monsieur, ce que
je dirai, et ce que je vous suplie d'apuïer. De-
puis vn mois la messe se dit tous les jours dans
sa maison, et le prêtre est chargé expressement
de mettre Monsieur D'argenson et sa famille dans
le memento et a la fin de l'oraison secrette.; S'il
auoit des fonds vous auriés vn autel.
On contrefait mon liure en Hollande et l'on
inserera dans cette Edition les vies de Monsieur
Dargenson et de mr de Pontchartrain*; si j'auois
de vous, Monsieur, la permission de prevenir les
hollandois, la mémoire de monsieur vôtre père
n'en seroit que mieux. M. de Maurepas me
mande que l'on s'imagineroit qu'il auroit mandié
l'emplacement de la vie de son aïeul dans ma se-
conde édition. On s'imaginera la même chose de
l'edition de Hollande; et ne sçait ton pas bien
La vie de d'Argenson ne s'y trouve pas. Celle de Ponchar-
train n'y est qu'esquissée, parce que, dit l'auteur, il n'a pu réus-
sir à assembler assez de mémoires exacts « pour faire une vie
complète».
-45-
que les ministres François ne mandient rien au-
prés des gens de lettres? de plus c'est que le vo-
lume ou les vies de ces 2 ministres seront pla-
cées ne sera point imprimé ici ; cependant il ne
contiendra que ce que vous aurés vû, monsieur,
fut il imprimé en turquie et fussai je grand vizir ;
personne ne saura l'aprobation que je vous prie
de me donner, quoi qu'on trouue étrange dans le
monde que ces vies ne soient pas dans l'histoire
des ministres françois. J'aurai l'honneur d'aller
vous faire ma cour a Versailles et de receuoir
vos ordres a ce suiet.
J'ai l'honneur dêtre auec vn profond respect,
Monsieur, Votre tres humble et tres
obeissant seruiteur.
D'AUVIGNY.
A Paris, ce 30 janv. 1740.
XXVIII
Le même au même.
Monsieur,
J'AI vû m. le Card. a Versailles au suiect
de M. d'Hozier et S. E. m'a dit : on ar-
rangera cela. J'ai l'honneur de vous en
rendre compte, et j'ai dit même, suiuant vôtre