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Libertés de l'Église gallicane , suivies de la déclaration de 1682, avec une introduction et des notes, par M. Dupin,...

De
264 pages
Baudouin frères (Paris). 1824. 4-LXII-203-[3] p. ; in-12.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
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MlIlfÉS
DE
9
L'ÉGLISE GALLICANE.
PARIS —IMPRIMERIE DE F AIN , RUE RACINE. N'
PLACE DE LODtON,
MlIlfÊS
DE
r
L'ÉGLISE GALLICANE,
SUIVIES
DE LA DÉCLARATION DE 1682,
AVEC
UNE INTRODUCTION ET DES NOTES,
PAR M. DUPIN,
BOCTEUB. EN DROIT, ET AVOCAT A LA COUR ROYALE.
- Conservçns ces fortes maximes de nos pères,
que l'Eglise,gallicane a trouvées dans la tra-
dition de l'Eglise universelle. »
BOSSUET. Disc. De l'unité de l'Eglise►.
c £ ^iam>
BAUDOUIN FRÈRES, LIBRAIRES 7
RUE DE VAUGIRARD, NO. 36.
JUILLET 1824.
OUVRAGES DE L'AUTEUR,
Qui se trouvent chez le même libraire.
I. TRAITÉ DES succEsskms ab intestat. Paris , 1804.
1 roi. in-ia.
2. PRINCIPIA JURIS CIVILIS cùm romani, tùm gal-
lici , seu Selecta legum romanarum cura civili
Codice aptè concordantium, etc. Parisiis , 1806
et ann. seqq. 5 vol. in-12.
3. RÉFLEXIONS sur l'enseignement et l'étude du
Droit j suivies de règles sur la manière de sou-
tenir thèse dans les actes publics. Paris , Everat
1807. Première édition , brocli. in-8°.
— Nouvelle édition. Baudouin , 1821 , in-18.
4. BIBLIOTHÈQUE choisie, à l'usage des étudians en
droit, ou Notice des livres qui leur sont le plus
nécessaires. Deuxième édition. Paris , Baudouin
frères , 1821.
5. EXAMEN sur les élémens du Droit romain selon
l'ordre des institutes de Justinieh , traduit du
latin de M. Perreau. Paris, frères Clamant, 1810.
1 vol. in-12.
6. Jo. GOTLIER. HEINECCII RECITATIONES in ele-
menta Juris civilis secundùm ordinem Institu-
tionum. Accesserunt operâ et curâ A. M. J. J.
2
DuriN , notac et observationes quibus textus vel
explanatur, vel emendatur , vel illustratur , qui-
busque sedula ac perpetua roman arum et galli-
carum legum collatio continetur. Parisiis, 1810,
Warée , 2 vol. in-8°.
7. SYNOPSIS elementorum Juris romani juxta Hei-
neccii doctrinam. Accesserunt notulse in quibus
varia; quaeque definitiones à Lorry, Ferrière,
etc. incomptae, Heineccianis hreviter ap ponuntur.
Parisiis, Durand , 1811 , in-18.
8. PROLEGOMENA Juris ad usum scliolse et fori. 1820,
in-18. Paris, Baudouin frères.
9. OBSERVATIONS sur plusieurs points importans
de notre législation criminelle. 1821 , in-8".
10. DISSERTATION sur le domaine des mers et la
contrebande. Paris. Warée, 1811. Broch. in-12.
11. DE LA JURISPRUDENCE DES ARRÊTS, à l'usage
de ceux qui les font et de ceux qui les citent.
1822, in-I8. Paris, Baudouin frères.
12. DICTIONNAIRE des arrêts modernes. Paris ,
Nève, 1812 , 2 vol. in-40.
13. DE LA LIBUE DÉFENSE des accusés. Paris, Artlius
Bertrand, octobre 1815. Broch. in-8u.— Nouv.
édit. revue et augmentée. 1824, Warée , in-18.
14. CHOIX DE PLAIDOYERS en matière politique.
Paris, Warée, 1 vol. in-8l.- En matière civile,
in-8°.
3
T5. MÉMOIRES et plaidoyers , depuis 1806 jusqu'en
1824, 14 vol. in-4°. (Ne se vendent pas.)
16. Lois sur lois, ou Recueil de toutes les disposi-
tions législatives concernant les lois, etc. Paris,
1817. Guillaume et comp. 1 vol. in-12.
17. Lois sur l'organisation judiciaire; recueil ex-
trait de la collection in-4°., et du Bulletin des
lois, en exécution de l'avis du Conseil d'État du
7 janvier I8I3, sur la commission spéciale du
garde-des-sceaux. Guillaume et comp., 18 19, 2
vol. in-8°.
18. Lois CIVILES, servant de supplément au Code
civil, suivies d'un Recueil particulier des lois con-
cernant spécialement le droit des tiers, avec cette
épigraphe: Sauf en autres choses notre droit, et l'au-
trui en toutes. 1819, 2 vol. in-8°.
19. Lois COMMERCIALES, servant de supplément au
Code de Commerce. 1820, 1 vol. in-8?.
20. Lois ET ACTES sur les majorats. i8ao, in-81.
21. Lois DE PROCÉDURE. 1821, in-8°.
aa. Lois CRIMINELLES. 1821 , in-8°.
a3. Lois FORESTIÈRES. 1822, in-8°.
24. CODE de commerce, de bois et de charbon.
Paris, 1817. 1 vol. in-8°, avec cartes.
25. Lois des Communes. 1823. 2 vol. in-8°.
26. LOIS DE COMPÉTENCE des fonctionnaires publics
de toutes les hiérarchies. 3 vol. in-8°.
I
27- LpTTREs sur la profession d'avocat, et biblio-
thèque choisie des livres de Droit, avec un sup-
plément contenant des notices historiques et bi-
bliographiques sur plusieurs ouvrages de droit
et de pratique, remarquables par leur antiquité
ou leur originalité. Paris, Warée, 1818, 2 vol
in-8
2 8. LEGLM leges, sive Bacconii Tractatus de fonti-
bus universi Juris, per aphorismos, etc., cuni
quibusdam annotationibus. 1 vol. in-18. Paris,
i8a'i. Chez Baudouin frères.
39. Des magistrats d'autrefois, des magistrats de la
révolution , des magistrats à venir. Paris, Warée ,
1814 in-8". — Nouv. édit. 182. in-18.
'!o. MANUEL des étudians en Droit et des jeunes
avocats. On a réimprimé sous ce titre les divers
opuscules indiqués ci-devant sous les nos. 3, 4,
8, II et 28. 1824* 1 vol. In-l8.
JI. LES LIBERTÉS de l'Eglise gallicane. Paris, Bau-
douin, 1824,1 vol. in-12.
I2. Pour paraître à la rentrée, PRÉCIS historique
du Droit français de l'abbé Fleury, avec la conti-
nuation depuis l'année 1674 jusqu'à l'époque ac-
tuelle.
a
INTRODUCTION.
LES LIBERTES DE L'ÉGLISE GALLICANE
ne touchent point au dogme ni aux ma-
tières de foi; elles n'intéressent que la
discipline extérieure de cette Eglise.
On ne dit point non plus Église gal-
licane, par esprit de dissidence ou de
désunion avec Y Église romaine, comme
si c'était une invention pour rompre
l'UNITÉ de l'Église universelle. Il est de
fait, au contraire, que l'Église gallicane
a toujours été invariablement unie à
l'Église universelle ; mais sans cesser
pour cela d'être jalouse de sa première
discipline ; se montrant aussi modérée
que ferme dans ses maximes ; également
éloignée de la licence et de la servitude ,
sans que jamais (dit un de nos plus il-
lustres chanceliers ) sa soumission ait
diminué sa liberté, ni que jamais sa li-
ij INTRODUCTION.
berté ait porté la moindre atteinte à sa
soumission.
En défendant les droits de la puissan-
ce temporelle, nous reconnaissons plei-
nement les droits de la puissance spiri-
tuelle : le roi de France ne relève que de
Dieu et de son épée; mais le roi très-
chrétien et ses sujets catholiques recon-
naissent et révèrent dans le pape le chef
visible de. l'Eglise universelle, le père
commun de tous les fidèles.
Si nos ancêtres ont stipulé avec éner-
gie l'indépendance de la couronne à l'en-
contre de la thiare, pour tout ce qui est
de la puissance temporelle; ce n'est point
en vue de rompre ni d'affaiblir le lien
spirituel qui les unit : mais plutôt pour
rendre cette union plus durable, en pré-
venant les prétextes de brouille, en fixant
les limites qu'aucune des deux puissan-
ces ne peut dépasser sans empiéter sur
l'autre ; comme deux bons voisins qui,
pour vivre en paix, ont grand soin de
se bien borner. Ainsi, la ligne de sépara-
INTRODUCTION. Il.)
tion qui distingue les deux puissances,
est le premier garant de la concorde qui
doit régner entre elles; comme l'a très-
bien exprimé le célèbre Pierre deMarcâ,
par le titre même de son livre : DE CON-
COURIR Sacerdotii et Imperii.
Les Libertés de l'Eglise gallicane
sont du nombre des choses dont on parle
beaucoup sans croire qu'il faille la moin-
dre étude pour les connaître; il semble
que le nom comporte avec soi la con-
naissance de tout ce qui s'y rattache , et
qu'il suffise à l'exercice de ces libertés,
de les alléguer vaguement par leur li-
tre , sans être tenu de les définir et de
les appuyer d'aucune démonstration.
Il n'en était pas ainsi autrefois : les
Parlemens, l'Université, la Sorbonne,
étaient toujours de garde pour le maintien
de ces libertés ; les jurisconsu l tes, les ma-
gistrats, les docteurs, en faisaient une
étude approfondie. Cette étude d'ailleurs
est pleine d'attrait, puisqu'elle se lie aux.
faits les plus curieux de notre histoire,
iv INTRODUCTION.
aux questions les plus élevées du droit
public.
On conçoit néanmoins que cette étude
ait été abandonnée dans le cours de la
révolution.
La religion reçut en France les plus
graves atteintes.
Lorsque les temples étaient fermés ,
si même ils n'étaient démolis; que les
ministres du culte étaient persécutés ,
mis à mort, proscrits ; la puissance ec-
clésiastique anéantie ; la foi attaquée en
même temps que la discipline ; il n'y
avait, pour ainsi dire, plus d'Eglise gal-
licane ; et ce n'est pas de ses libertés
qu'il eût fallu parler, mais sur sa servi-
tude qu'il convenait de gémir.
Le concordat de 1801 fut un grand
bien pour la religion catholique. Je fais
abstraction de tous les intérêts particu-
liers ; je ne vois que la chose, et je le dis
hautement : ce concordat, qui rétablit
la religion en France, fait honneur au
pape Pie VII, de vénérable mémoire ; et
INTKODUCTION. v
ce fut long-temps un des plus beaux ti-
tres de gloire pour l'homme qui prési-
dait alors aux destinées de la France.
En rétablissant le culte catholique,
les hommes d'état qui stipulaient pour
la France ne négligèrent aucune des
précautions convenables pour assurer la
paix de l'Eglise et de l'État.
On sentit d'abord qu'il ne s'agissait
pas d'une convention purement diplo-
matique, qui n'eût pour objet que de
régler des relations extérieures.
Le concordat se référant au régime
de l'Eglise gallicane, intéressait évidem-
ment l'administration intérieure de l'E-
tat; soit dans le rapport des circonscrip-
tions territoriales; soit à cause des droits
qu'il reconnaissait ou attribuait au chef
de l'Etat ; soit à cause des effets qu'il
devait produire sur les citoyens : le con-
cordat fut donc reçu et promulgué com-
me loi.
Cette adoption du concordat comme
loi de l'État, fut prononcée par la loi
vj IJSTIIODUC'J ION.
du 18 germinal an X (2 avril 1 801) ,
dans laquelle on doit surtout remarquer
le titre premier, qui traite du régime de
l'Eglise catholique dans ses rapports
généraux avec les droits et la police
de VÉtat.
Là se retrouvent les principaux arti-
cles des Libellés de l'Église gallicane :
ces maximes, pour lesquelles nos rois
avaient combattu, et le parlement lutté
pendant plusieurs siècles !
Dans cette même loi (art. 24), on
renouvelle l'obligation imposée à ceux
qui seront choisis pour l'enseignem nt
dans les séminaires, de souscrire la dé-
claration faite par le clergé de France,
en 1 682, et de se soumettre à enseigner
la doctrine qui y est contenue.
Ce n'est pas assurément qu'à cette épo-
que il y eût la moindre apparence au
danger de voir se reproduire les doctri-
nes ultramontaines sur la puissance tem-
porelle des souverains ; mais ce qui dis-
tingue les hommes d'État, c'est surtout
INTRODUCTION. vij
la prévision; c'est-à-dire, ce coup d'œil
pénétrant qui, dans le calme du pré-
sent, fait entrevoir les agitations possi-
bles de l'avenir.
On sait que la cour de Rome, qui a
beaucoup appris , n'a jamais rien oublié.
Elle se fie au temps pour tout. Chez elle,
on ne voit ni minorités, ni veuvage; et
ses affaires menées avec suite, dirigées
avec habileté, secondées partout avec
ensemble, avec zèle, par les hommes
les plus capables, et très-souvent les
plus adroits, peuvent, à la longue, ame-
ner des chances, et offrir des occasions
dont elle a toujours su profiter avec une
rare dextérité, pour étendre son pou-
voir , et ressaisir , s'il se pouvait, les rê-
nes d'une domination universelle.
Il était donc utile de maintenir ,
même alors, les respectables barrières
que la déclaration de 1682, avait assi-
gnées à cet esprit d'envahissement de la
cour de Rome.
En relevant ce rempart de la puis-
,iij - INTRODUCTION.
sance temporelle, en même temps qu'il res-
taurait les autels et reconnaissait le pou-
voir spirituel du saint père, le gouver-
nement de 1801 a travaillé de fait pour
le roi très-chrétien , qui a hérité , sinon
de ses conquêtes territoriales, dont on
peut dire : Dominus dédit, Dominus abs.
tulit; au moins, des richesses de sa
égislation.
La loi organique de 1801 a aussi le
mérite bien rare dans la législation de
Bonaparte, de ne renfermer aucun em-
piétement sur les libertés publiques,
qu'elle a eu au contraire pour but spé-
cial de consacrer, parce qu'elles se trou-
vaient heureusement liées à l'indépen-
dance même du pouvoir qui en a stipulé
le maintien.
Depuis le concordat, soutenu de cette
loi organique, la religion a refleuri en
France ; les temples ont été réparés ; des
séminaires ont été fondés; la piété des
fidèles a secondé les efforts du gouver-
nement; la paix de l'Etat n'a point été
INTRODUCTION. ix
troublée ; la confiance s'est établie entrex
les peuples et les pasteurs; et une facile
observation a pu convaincre les plus in-
differens, que la religion avait repris un
immense ascendant sur l'esprit des Fran-
çais.
Jetons un voile sur l'affligeant tableau
que présente l'Empire arrivé à son dé-
clin : le chef de l'Eglise dépouillé de
ses Etats, emmené comme captif, détenu
dans un palais qui n'est pas le sien, li-
vré à d'odieux traitemens , et réduit à
signer dans la brillante geôle de Fontai-
nebleau des clauses nouvelles , indignes
du nom de concordat dont le pouvoir
absolu a essayé de les revêtir ; puisque
cette prétendue convention fut l'effet de
la fourbe et de la violence , que l'opi-
nion l'a repoussée, et qu'aucune loi
de l'Etat n'est venue la confirmer et lui
donner racine dans nos constitutions !
La. restauration, en replaçant le roi
très-chrétien sur le trône de ses pères ,
fit concevoir à la Religion de nouvelles
X INTRODUCTION.
espérances. Elles n'ont pas été trompées.
Le premier acte de S. A. R. Monsieur,
comme lieutenant-général du royaume,
fut d'ordonner la restitution au saint
père de tous les objets appartenant à Sa
Sainteté , qui étaient restés en France.
« Voulant, dit S. A. R., par la prompti-
tude d'une trop juste restitution , mani-
fester au saint père notre zèle et dévoue-
ment, et prouver à l'Europe et 'à la chré-
tienté, combien les excès passés ont été
et sont loin de notre pensée et de notre
cœur, de la pensée et du cœur des
Français. »
*
Depuis la Charte, et au milieu même
des charges de toute nature qui ont pesé
sur la France, comme la religion est le
premier besoin des peuples, chaque
budget a vu s'augmenter la dotation du
clergé.
Plusieurs lois ont été portées pour fa-
ciliter, au delà même de ce que permet-
tait l'ancienne législation, l'acceptation
des dons et legs tant mobiliers cpiimmo-
INTRODUCTION. xj
biliers, qui seraient faits aux établisse-
mens ecclésiastiques.
Toutes les tendances de l'administra-
tion ont été dirigées vers l'amélioration
des cures , la restauration des églises,
presbytères, séminaires et palais épisco-
paux. — Ceque l'Etat ne pouvait exécuter
seul, la piété et le zèle des citoyens ont
concouru à l'accomplir : une bonne par-
tie des deniers communaux est, depuis
dix ans, consacrée à ces pieux usages *.
Un évêque , célèbre par l'éloquence'de
ses enseignemens chrétiens, est placé à
la téte de l'instruction publique.
Des missions ont étendu leurs prédi-
cations sur toute la France.
Mais à côté de ce dévouement des fi-
dèles, de ces bienfaits du gouvernement,
de cette haute protection du fils aîné de
* On a vu de simples villages employer de 25 à
3O,(JOO fr. pour réparer leur église et leur presby-
tère. Le seul arrondissement de Clamecy (Nièvre)
en offre plusieurs exemples dans les communes de
Corvol, Marcy, Menou , etc , etc.
xij IKTIIODUCTION.
l'Église, de ce zèle ardent des serviteurs
dévoués à son cul te ; n'a-t-on pas senti
quelque inquiétude agiter l'opinion?.
N'a-t-on pas vu se réveiller les préten-
tions des ultramontains ?.
Je dis des ultramontains, et non du
pape; car les papes, comme les rois,
sont soumis à cette heureuse fiction,
suivant laquelle personnellement ils ne
peuvent mal faire. Mais si les rois ont
des courtisans qui les flattent, les pon-
tifes n'ont-ils pas des serviteurs qui les
tentent? Qui ne sait jusqu'où va quel-
quefois le zèle des subalternes ?. Ceux
même qui les emploient ne sont-ils pas
souvent réduits à s'en plaindre ?. Ets'il
en est ainsi de ceux qu'une facile sur-
veillance semblerait pouvoir contenir,
serait-il juste de rendre le saint siège
responsable des actes irréfléchis de quel-
ques hommes, qui, loin de ses regards,
abuseraient pour le mal d'un ministère
qui ne leur a été confié que pour le
bien ?
INTRODUCTION. xiij
Cependant chaque mal appelle son re-
mède : et si de tout temps il y a eu des
abus; si parmi ceux que l'on croyait dé-
truits pour toujours , il en est qui cher-
chent à renaître ; heureusement, le spé-
cifique est connu.
Depuis long-temps tout a été dit sur
les entreprises de la cour de Rome, sur
la distinction des deux puissances, sur
les Libertés de VEglise gallicane, et sur
les.appels comme d'abus. — Sur toutes
ces matières il y avait à choisir bien
plus qu'à ajouter.
C'est ce que j'ai voulu exécuter en
publiant les articles de nos Libertés.
Des démêlés assez récens au sujet de
l'enseignement de la déclaration de
] 682, pourraient faire croire, à ceux
qui présument toujours mal de leur pro-
chain, que ceci est un ouvrage de cir-
constance : ils se méprendraient sur le
fait et sur l'intention, et prouveraient
seulement qu'ils ignorent mon avçrsion
pour l'esprit de parti. Je tiens à ce
XiV INTRODUCTION.
que mes lecteurs en soient bien per-
suadés.
Depuis long-temps mon goût m'avait
porté à l'étude du droit canonique : dès
l'année 1813, je suivais les cours de la
faculté de théologie *; et je serais doc-
teur in utroque, ( soit dit en passant ) ,
si les choses n'eussent été et n'étaient
encore arrangées de manière qu'aucune
des deux facultés ( de droit et de théo-
logie ) n'a reçu le pouvoir de conférer le
grade de docteur en droit canon.
J'avais étudié Fleury , d'Héricourt,
Lacombe, et lu, avec un intérêt facile à
concevoir, les principaux ouvrages de
Louis-Ellies Dupin , célèbre docteur en
Sorbonne, zélé défenseur des Libertés de
l'Église gallicane, ami de Roi lin, et
avant mérité de lui ce témoignage : Qu'il
* J'ai pris successivement vingt et une inscrip-
tions; et, par un hasard assez remarquable, le re-
gistre de la Faculté ne renferme, pour le trimestie
du muis d'avril 1815, qu'wze seule inscription : c'est
la mienne.
INTRODUCTION. XV
n'avait rien oublié, si ce n'est les in-
jures *.
Je n'ai pas vu non plus sans orgueil
pour la profession d'avocat, que , dans
l'établissement et la défense des princi-
pes sur lesquels reposent les Libertés de
l'Église gallicane , les jurisconsultes
français avaient eu la plus grande part.
* On me pardonnera de rapporter ici le texte
même de l'épitaphe que rédigea Rollin :
Hic JACET
LUDOYICUS ELUES DUPIN,
SACRlB THEOLOGIjE parisiensis doctor.
TERITATIS CULTOR ET INDAGATOR NON OTIOSUS,
VETERA ECCLESIÆ MONUMENTA
INDEFESSO LABORE ILLUSTRAVIT ;
REGNI JURA
ET ECCLESIM GALLICANM LIBERTdTES
ACRITER ET NON MINUS QUAM ERUDITÈ PROPUGNA VI'f,
IMMENSE IN OMNI GENERE LECTIONIS ET DOCTRIN Æ
LAUDE CONSPICUUS;
1DEMQUE ANIMO MITl AC MODESTO,
NUIlL, lN OMNI VITA, VISUS EST OBUVISCl,
PRjETER INJURIAS.
ECCLESIj £ MUNITUS SACRAlIlENTlS ,
OBIIT 'SEXTO JUNII, ANNO R. S. H.
M. DCC. XiX., 7ETATIS VERO LXII.
ROlLIIf, OpusculeJ, tomc 18 3 ,
édition de 1818.
xvj INTRODUCTION.
C'est avec eux surtout que la lutte s'est
établie; car tout cela, au fond, n'a ja-
mais été qu'une question de droit.
Dans ces temps de barbarie, où les
masses étaient pénétrées par une super-
stition dont les grands même n'étaient
pas toujours exempts, c'était surtout in-
struire qu'il fallait. Comment rétablir le
droit si l'on ne parvenait à démontrer
l'usurpation ? Tel est le service que ren-
dirent les jurisconsultes. -
Tel fut notamment celui que Dumou-
lin rendit à Henri II par son commen-
taire, sur l'Édit des petites dates *.
A Dumoulin, il faut joindre Pierre
Pithou.
Pierre Pithou, né à Troyes le Ier.
novembre 1539, étudia le droit sous
Cujas. Ce grand maître le mettait au
premier rang entre ses élèves, et con-
fessait avoir appris de lui beaucoup de
choses qu'il ignorait.
* Voyez l'anecdote rapportée à ce sujet, page 29,
dans ma note sur l'article 17 des Libertés.
INTRODUCTION. xvij
a*
P. Pithou, reçu avocat au parlement
de Paris, vint s'y fixer en i56o. En
1581, Henri III le nomma procureur-
général en la chambre de justice au
pays de Guienne. Pithou se démit bien-
tôt de cette charge, et revint à Paris. Il
y vit la Ligue de près *. Mais fidèlement
attaché a la lignée de ses rois, il ne ces-
sa de tenir pour Henri IV ; il contribua
puissamment à lui procurer l'entrée de
Paris; et « il fust le principal autheur
» de ce grand arrest de la loi salique,
» auquel nous devons la conservation
» de l'État **. »
On sait qu'il a été l'un des principaux
collaborateurs de cette Satire Ménippée,
qui acheva de ruiner la Ligue, par le
ridicule dont elle la couvrit.
Il n'aurait tenu qu'à Pithou d'être
a
* « Survint finalement la Ligue, pendant laquelle
il se tint à Paris, pour ce qu'elle l'y trouva, et
que ses livres y estoient. » ANT. LOISEL , Opuscules ,
p. 271.
** Vie de P. Pithou, par Ant. LoiSEL , ibid.
xvijj INTRODUCTION.
bien récompensé s'il eût aimé les places!
mais il était dégoûté des fonctions pu-
bliques ; il se félicitait de les avoir quit-
tées, et trouvait qu'on avait fait beau-
coup pour lui et son ami Loisel, de les
laisser vivre en paix prwément et dou-
cement en leurs maisons *, plutôt que
de les employer J des charges où, avec
les meilleures intentions, ils auraient pu
se compromettre avec les factions, et s'a-
bîmer H.
Telle était la modestie de P. Pithou;
et l'on ne rendrait pas justice à ses sen-
timens, si l'on croyait qu'il en usa ainsi
par égoïsme. On trouve dans son testa-
ment la fidèle peinture de son âme et de
son cœur; il a raison de dire que « la
» eandeur et la franchise l'ont tracée;
» et qu'elle ne peut offenser ceux en qui
x elle trouvera les mêmes dispositions. »
Que l'on me permette de transcrire
ici ces tables testamentaires : elles ren-
* Dialogue des Avocats.
** C'est l'expression même de Pithou.
INTRODUCTION. xix
ferment comme autant de maximes , tel-
les qu'on les trouve seulement dans les
livres des Sages.
TESTAMENT DE P. PITHOU.
Du Ier. novembre 1587.
Au NOM DE DIEu. Amen.
I. Au milieu des trahisons et des perfidies du siè-
cle le plus corrompu , j'ai été, autant qu'il m'a été
possible, esclave de ma parole.
II. Sincère dans mon amitié, attentif pour mes
amis; mes ennemis ont souvent trouvé un bienfai-
teur en moi : le mépris est la seule vengeance que
je me sois jamais permise.
- 111. J'ai aimé ma femme comme moi-même; je
n'ai point eu de faiblesse pour mes enfans ; j'ai
respecté l'humanité dans mes domestiques.
IV. Détestant le vice dans ceux qui me tou-
chaient de plus près, j'ai révéré la vertu jusque
dans mes ennemis.
V. Peu soigneux d'augmenter mon bien, je n'ai
travaillé qu'à le conserver.
VI. Je n'ai jamais fait, ni souffert que l'on fit à
autrui, ce que je n'aurais pas voulu qui me fut fait
à moi-même.
XX INTRODUCTION.
VII. J'ai méprisé, comme vénal, tout ce qui
était le prix de l'injustice ou de l'importunité.
VIII. Ennemi de l'avarice et des bassesses, je les
ai abhorrées, surtout-dans les ministres de la jus-
tice et de la religion.
IX. Dès l'enfance, dans la jeunesse, plus âgé,
j'ai été plein de déférence pour la vieillesse.
X. La Patrie a concentré toutes mes affections.
XI. Préférant par goût une vie laborieuse à l'é-
clat des honneurs et dest dignités, j'ai mieux aimé
éclairer les autres que les dominer.
XII. Dans une vie privée, le bien public a été ma
plus chère occupation : je lui ai tout rapporté ;je n'en
ai jamais séparé mon intérêt particulier.
XIII. J'ai désiré la guérison et le rétablissement
de l'État; mais je ne l'ai désiré que par les moyens
les plus simples, les plus doux , les plus ordinaires.
XIV. La paix, quelles qu'en fussent les condi-
tions, m'a toujours paru préférable à la guerre et
aux dissensions , quoique plusieurs gens de bien
puissent penser le contraire.
XV. J'ai vu, avec la plus vive douleur, les noms
sacrés de religion et de piété servir de masque à
l'ambition, à l'avarice, à la scélératesse.
XVI. Plein de respect et de vénération pour l'an-
tiquité, qui a été le principal objet de mes études ,
je n'ai jamais été dupe de la nouveauté.
XVII. J'ai craint et évité le danger des vaines
questions et des disputes trop subtiles sur les choses
de Dieu.
XVIII. L'expérience m'a appris que la droiture
INTRODUCTION. xxj
et une franchise éclairée par la prudence arrivent
plus heureusement à leur but que la fourberie, le
manège et l'intrigue.
XIX. J'ai préféré l'art de penser à l'art de bien
dire.
XX. Sans prétention, sans avarice, à l'abri de
l'envie, lié aux hommes les plus distingués par
leurs places, par leur mérite ou par leur vertu,
avec une fortune honnête, j'aurais pu jouir de
toute la tranquillité que comportait mon état, si
j'avais eu aussi peu de chaleur pour l'intérêt pu-
blic et pour celui des autres que pour mes propres
avantages.
XXI. Mes plus beaux jours ont été ceux que j'ai
eu le bonheur de donner à l'Etat ou à mes amis.
XXII. Moins à l'épreuve contre la crainte d'un
mal à venir que contre un mal présent, je n'ai rien
connu de plus insupportable qu'une situation in-
certaine et équivoque.
XXIII. Pour fermer la bouche aux plus auda-
cieux, pour lier les mains aux plus scélérats, je
n'ai rien vu, je n'ai rien connu de plus fort, de
plus puissant, de plus efficace que la sainte ma-
jesté des lois, de la justice et de l'équité.
XXIV. J'abandonne aux lois, sans aucune ré-
serve, la disposition du peu de biens que je laisserai
à ma mort.
XXV. Qu'il me soit seulement permis de désirer
que toute la tendresse que j'ai éprouvée de la part
de ma très-chère et très-vertueuse épouse passe
sans partage à nos enfans, et qu'elle les dirige dans
xxij INTRODUCTION.
leur éducation et dans les soins que demanderont
leurs personnes et leurs Liens !
XXVI. Je consacre à la postérité cette fidèle
peinture de mon âme et de mon cœur : la candeur
et la franchise l'ont tracée : elle ne peut offenser
ceux en qui elle trouvera les mêmes dispositions.
Venez , Seigneur, et répandez sur moi les trésors
de vos miséricordes.
J'ai écrit ceci à Paris, le iet. novembre, jour de ,
ma naissance, en 1587.
P. PITHOU
Tel fut P. Pithou. Voué tout entier à
la vie de cabinet, il s'y livra à d'immen-
ses travaux, et publia un grand nombre
de bons ouvrages, parmi lesquels je me
contenterai de signaler comme rentrant
dans mon sujet, le Corps des Canons de
VÉglise, le Corpus juris canonici, et le
* Son frère François Pithou , dont Cujas parle avec son
frère en les appelant tous deux clarissima lumina , a fait un
testament moins curieux que celui de Pierre , mais où l'oare-
- marque la clause suivante : « Je veulx et entends qu'en ma
maison où je demeure et ès environs d'ycelle, soit dressé un
collége pour enseigner la jeunesse , sans estre employé ailleurs,
et sans que les jésuites y soient aucunement reçus"; a utremenl
je désire que le tout soit vendu pour estre employé aux pau-
vres. Je lègue audit collège toute ma bibliothéque et tous mes
livres, eLc -
INTRODUCTION. xxiij
petit livré contenant le sommaire des Li-
bertés de l Église gallicane; « livre , dit
Loisel, qui sera trouvé un chef-d'œu-
vre par ceux qui le considéreront com-
me il faut. »
La première édition de cet ouvrage ( en
27 pages in-8°. ) fut dédiée à Henri IV.
On sera bien aise de lire ici en quels termes
l'épître est rédigée. Dégagée de formules
et de vaines protestations , elle respire
le patriotisme le plus pur; elle est éga-
lement digne du citoyen qui l'a écrite et
du prince à qui elle fut adressée.
Au lioy tres-chrestien.
SIRE,
Voyant qu'entre les désordres et confusions sur-
venues en ce royaume, aucuns par malice et ambi-
tion calomnient, autres par ignorance ou lascheté
méprisent indiscrètement comme fantosmes ou chi-
meres, ces beaux droits et ce précieux palladium
que nos plus sages et plus dévotieux ancestres nous
ont avec tant de soin et de vertu religieusement
conservé jusques à présent sous le titre des Libertez
de l'Église gallicane; j'ay pensé estre de mon devoir
xxiv INTRODUCTION.
I5!jJ. P. PITHOU.
pour en rafraîchir aucunement la mémoire à nostre
âge, et en tout événement la transmettre à la pos-
térité , de comprendre en bref, le plus naïvement
et simplement que le sujet peut porter , ce que, à
l'instante priere de plusieurs gens de bien et d'hon-
neur de tous estats , j'en avais rassemblé et recueil-
ly, reservant la preuve où elle seroit jugée néces-
saire (ce que toutesfois je ne pense pas mesmement
entre vrays François), à autre plus ample traité.
Tel qu'est ce sommaire, SIRE, j'ay pris la hardiesse
de le vous présenter en toute humilité , comme à
celuy qui portant le titre de roy tres-chrestien , pre-
mier fils et protecteur de l'Église, et particulière-
ment estant patron de celle de vostre royaume, y
avez le premier et principal interesf, le sousmettant
neantmoins au jugement de ceux qui en peuvent et
doivent juger, et protestant devant DIEU n'avoir
eu de ma part autre but et intention que de satis-
faire aucunement au devoir naturel et légitime que
j'ay à son service et à celui de V. M., ensemble au
bien commun de mon pays.
SIRE, je supplie de tout mon cœur le roy des
roys qu'il luv plaise vous assister toujours de son
sainct esprit, et vous faire la grâce de rétablir en
vostre royaume la piété et la justice, à son hon-
neur et à sa gloire, au repos de vos sujets , et à la
confusion de vos ennemis.
INTRODUCTION. xxv
b
Plusieurs autres éditions ont eu lieu
depuis; et celle qui fut imprimée sous
le règne de Louis XIV, en 1651 , avec
les preuves *, porte en tête un privilège
dans lequel on remarque les expressions
suivantes : « Voulant favoriser un ou-
vrage de si grande importance pour les
droits de notre Courollne, pour le bien
de notre Etat, et pour Xintérêt de
l'Eglise de notre royaume, de laquelle
nous sommes premier et universel pa-
tron et protecteur. »
On ne saurait faire un plus bel éloge
de cet ouvrage, et il le mérite , car il est
la fidèle expression des maximes les plus
certaines sur les Libertés de ïEglise
gallicane.
Aussi a-t-il obtenu le plus rare des
triomphes. Écoutons le chancelier d'A-
guesseau parlant du livre des Libertés :
« Quoique ces maximes ne soient que
l'ouvrage d'un simple particulier, cet ou-
* Réunies par Dupuy en 2 vol. in-folio, depuis
portés jusqu'à 3.
KXvj INTRODUCTION.
vrage, dit-il, est si estimé et en effet si
estimable, qu'on l'a regardé comme le
palladium de la France , et qu'il y a ob-
tenu une sorte d'autorité plus flatteuse
pour son auteur que celle des lois mêmes ,
puisqu'elle n'est fondée que sur le mérite
et la perfection de son ouvrage. * »
Le président Hénault ** atteste que
« les maximes de Pithou ont, en quel-
que sorte, force de lois, quoiqu'elles
n'en aient pas l'authenticité. »
Dans le préambule d'un édit du mois
de novembre 1719, concernant la pos-
session des bénéfices par les religieux
des congrégations-réformées, les articles
des Libertés sont cités comme des règles
qui doivent être suivies ; et le parlement
de Dauphiné, dans un arrêt de règle-
ment du 21 avril 1768, a enjoint l'exé-
eutiôn d'un de ces articles.
Tel est l'ouvrage dont j'ai cru qu'il
était à propos de donner une nouvelle
1
* OElivres de d'Aguesseau, tom. 1 , p. 4 9 7 -
** Abrégé chronologique, année 15g4-
INTRODUCTION. xxvij
édition, en y joignant quelques notes
devenues -indispensables par l'ancienneté
du livre, la qualité de la matière, et le
peu d'étude qu'on en fait aujourd'hui.
Aux maximes de P. Pithou, il faut
allier les quatre articles de la Déclara-
tion du. clergé de France, arrêtés dans
la célèbre Assemblée de 1682.
Pour conserver à cette Déclaration
toute son autorité, et aussi pour empê-
-cher que l'on n'en abuse , il importe de
connaître les circonstances qui l'ont ren-
due nécessaire , et l'esprit qui a présidé
à sa rédaction.
Des démêlés sérieux s'étaient élevés
entre Louis XIV et le pape Innocent XI,
à l'occasion de la régale.
La régale était en France un droit
par lequel nos rois jouissaient des fruits
temporels des archevêchés et des évêchés
pendant leur vacance, et même confé-
raient les bénéfices non cures dépendant
de eur collation , jusqu'à ce que les
XXviîj INTRODUCTION.
nouveaux pourvus eussent prêté leur ser-
ment de fidélité, et l'eussent fait enregis-
trerlà la chambre des comptes de Paris*.
L'ancienneté de c.e droit n'était pas
douteuse; mais son exercice avait varié,
et quoique la plupart des églises y fus-
sent sujettes , quelques-unes s'en préten-
daient exemptes.
Ce ne fut guère que vers le commen-
cement du dix-septième siècle que la
couronne voulut étendre ce droit, sur
toutes les églises sans exception, notam-
ment dans les provinces nouvellement
conquises.
- Une déclaration du roi, en date du
mois de février 1673, consacra cette
prétention d'une manière générale au
profit de la Couronne.
La plupart des évêques dont les égli-
ses s'étaient maintenues jusque-là dans
l'exemption du droit de régale, cederent
* D'Héricourt, Lois ecclésiastiques, lettre F, cha-
pitre 6 , n. 1. royez aussi la note sur l'article 66 des
Libertés.
INTRODUCTION. XXÎX
à l'autorité du roi; mais d'autres résistè-
rent. Le roi insista , et nomma aux bé-
néfices vacans. Les opposans se hâtèrent
de prodiguer les censures et les excom-
munications contre les pourvus en ré-
gale. Mais ceux-ci appelèrent aux métro-
politains , et les métropolitains annulè-
rent les ordonnances de censure. Alors
les évêques dont les ordonnances avaient
été ainsi cassées , interjetèrent appel au
saint siège du jugement de leurs métro-
politains!
Innocent XI occupait le trône ponti-
fical. Quoique digne d'éloges sous plu-
sieurs rapports, on lui reproche d'avoir
eu dans le caractère un invincible entê-
tement. Le grand Arnaud , qui dans
cette querelle avait embrassé le parti des
opposans , appelle cela de la fermeté;
mais il la définit lui-même de manière à
révéler ce qu'il en pensait au fond, en
comparant la fermeté du pontife à celle
d'un pilier qui navance ni ne recule.
Ces dispositions n'étaient point favo-
xxx IÎHTRODUCTION.
rables à la conciliation. En effet, Inno-
cent XI, au lieu de négocier, se con-
stitua juge suprême, adressa au roi deux
brefs en termes menaçans, et finit par
en lancer un troisième dans lequel il
frappait d'excommunication les grands
vicaires de Pamiers et le métropolitain
lui-même, et déclarait nuls tous les ac-
tes, même les mariages qui seraient con-
tractés devant des prêtres ou curés qui
n'exerceraient leur ministère qu'en ver-
tu des pouvoirs accordés par ces grands-
vicaires, déclarait les époux concubins,
les enfans qui en naîtraient bâtards, etc.
Cette conduite d'Innocent XI obligea
le roi à adopter les mesures convena-
bles pour faire respecter la dignité de sa
Couronne et la tranquillité de ses Etats.
Il résolut de faire un appel au clergé de
son royaume.
Le 16 juin 1681 , il donna des lettres-
patentes portant convocation d'une as-
semblée générale qui devait être com-
posée de deux évêques et dè deux dé-
INTRODUCTION. XXXJ
putés du second ordre pour chaque mé-
tropole.
Ces lettres recommandent expressé-
ment aux assemblées métropolitaines de
choisir pour députés du second ordre ,
les ecclésiastiques les plus distingués
par leur piété, leur savoir, leur expé-
rience , et dont le mérite fut le plus
connu dans les provinces.— Quelle belle
loi électorale l
Ce vœu fut parfaitement rempli; et
jamais aucune assemblée n'offrit un plus
grand nombre d'évêques et d'ecclésiasti-
ques recommandables par leurs vertus
et leurs lumières.
Il faut voir dans la Vie de Bossuet le
tableau historique que son illustre bio-
graphe * a tracé de l'Eglise gallicane. Ce
portrait est plein de grandeur, et n'a
rien de flatté; il porte l'empreinte d'une
majestueuse simplicité.
* Vie de Bossuet, par M. le cardinal de Bausset ,
pair de France, imprimée à Versailles en 1819,
4 vol. in-&°.
xxxij IJNTUO D UCTI ON.
Le cardinal de Rausset a raison de
dire que « l'Assemblée de 1682 est l'é-
poque la plus mémorable de l'histoire de
l'Eglise gallicane. C'est celle où elle a
jeté son plus grand éclat; les principes
qu'elle a consacrés ont mis le sceau
a cette longue suite de services que
1 Eglise de France a rendus à l'Etat. »
M. de Bausset rend aussi un juste
hommage au caractère de Louis XIV.
« Rien n'est peut-être plus propre, dit-
il , à donner une juste idée de la sagesse
et de la fermeté .;<le Louis XIV, que la
conduite qu'il tint dans cette mémora-
ble circonstance, sans s'écarter par une
seule fausse démarche de l'ordre régu-
lier et invariable qu'il s'était prescrit. Il
sut concilier sa dignité, sa puissance et
ses justes droits , avec le respect le plus
inviolable pour la religion , l'église et le
saint siège. — On remarque même avec
une espèce d'étonnement, continue M. de
Bausset, qu'au milieu de la chaleur et de
la fermentation des esprits, Louis XIV
INTRODUCTION. xxxiij
avait su imprimer à toutes les parties de
son gouvernement une telle habitude
d'égards et de bienséances, que les me-
sures fortes et vigoureuses que les cir-
- constances exigeaient, étaient toujours
tempérées par les formes et les expres-
sions les plus respectueuses pour le
saint siège, et par les plus grands élo-
ges des vertus et de la piété d'Inno-
cent XI. Jamais peut-être ce monarque
ne se montra ni plus grand, ni plus
fort, que lorsqu'il se borna a opposer
les maximes de ïEglise de France à
toutes les menaces d'Innocent XI. »
Bossuet, qui venait d'être nommé à
l'évêché de Meaux, fut, par une dis-
tinction honorable, député par l'assem-
blée métropolitaine de Paris, quoiqu'il
n'eût pas encore reçu ses bulles d'insti-
tution.
Pour régner au milieu de la magnifi-
que réunion de prélats et de pasteurs
qu'offrait l'assemblée de 1682, ce n'é-
tait pas trop de tout son génie.
XX XIV INTRODUCTION.
On lui rendit hommage , et tout d'une
voix il fut choisi pour faire le sermon
d'ouverture.
Tels sont les auspices sous lesquels
paraîtra la Déclaration de 1 682.
Le choix même du sujet que Bossuet
prit pour texte de son discours, nous ré-
vèle toute sa pensée : il traite de Y uni te.
de l'Église *.
« Qu'elle est belle , dit-il dans son
exorde, qu'elle est belle cette Eglise
gallicane, pleine de science et de vertu !
mais qu'elle est belle dans son tout, qui
est l'Eglise catholique, et qu'elle est
belle saintement et inviolablement unie
à son chef, c'est-à-dire au successeur de
saint Pierre ! 0 que cette union ne soit
pas troublée ! que rien n'altère cette
paix et cette unité où Dieu habite !.
La paix est l'objet de cette assemblée. ))
Mais en même temps que Bossuet re-
présente l'Eglise gallicane, toujours fi-
« Ce sermon, ou plutôt ce discours, se trouve au
tome XV des OEuvres de Bossuet, p..j8y.
INTRODUCTION. XXXV
dèle dans l'union inviolable qu'elle a
conservée avec le saint siège ; en même
temps qu'il évite toutes les expressions
qui pourraient blesser les tendres oreil-
les des Romains; il montre aussi que
cette Église n'a pas cessé d'être ferme et
constante dans le maintien de ses maxi-
mes et de ses droits. Il rappelle l'exem-
ple de saint Louis, « qui publia une
pragmatique pour maintenir dans son
royaume le droit commun et la puis-
sance des ordinaires, selon les conciles
généraux et les institutions des saints
pères. »
« Qu'on ne nous demande plus, ajou-
te-t-il , ce que c'est que les Libertés de
VÉglise gallicane ? Les voilà toutes dans
ces précieuses paroles de l'ordonnance
de saint Louis ; nous n'en voulons ja-
mais connaître d'autres. Ce n'est pas
diminuer la plénitude de la puissance
apostol ique. L'Océan même a ses bornes
dans sa plénitude; et, s'il les outrepas-
sait sans mesure aucune, sa plénitude
xxxvj INTRODUCTION.
serait un déluge qui ravagerait tout l'u-
nivers. Mais conservons cesJortes maxi-
mes de nos pères, que l'Eglise gallicane
a trouvées dans la tradition de 1 Eglise
universelle. »
On voit dans ce discours les senti-
mens, les pensées et les vues que Bos-
suet se proposait de faire adopter par
l'assemblée. CONSERVER L'UNITÉ; telle a
été sa plus forte, sa grande pensée,
celle qui domine dans tous ses écrits,
et qui semble avoir été l'œuvre de sa vie
entière : maintenir avec fermeté les véri-
tables Libertés de T Eglise gallicane:
consacrer dans la forme la plus authen-
tique (indépendance de la puissance
temporelle ; et réprimer les esprits in-
quiets qui ne cherchaient qu'à enflam-
mer les passions et à perpétuer la divi-
sion : telle était la noble et religieuse
ambition de Bossuet !
Il ne voulait pas que l'assemblée tra-
vaillât pour un jour, mais pour les siè-
cles. « Puissent nos résolutions , s'écriait-
INTRODUCTION. XXXvij
il, être telles qu'elles soient dignes de
nos pères , et dignes d'être adoptées par
nos descendant, dignes enfin d'être
comptées parmi les actes authentiques de
l'Eglise , et insérées avec honneur dans
ces registres immortels , où sont compris
les décrets qui regardent non-seulement
la vie présente, niais encore la vie fu-
ture et l'éternité toute entière! »
L'affaire de la régale fut bientôt ter-
minée , à la satisfaction commune du roi
et de l'assemblée *.' Le pape refusa néan-
moins d'y donner son approbation, et
rendit par-Ill d'autant plus nécessaire de
fixer enfin les principes par une Déclara-
tion sur la puissance ecclésiastique.
Bossuet fut chargé d'en rédiger les
articles.
Qu'on lise cette déclaration **, on y
retrouve Bossuet tout entier. On lui doit
d'y avoir apporté autant de modération
* Voyez l'Édit de janvier 1682.
** Voyez page 133.
XXXVÎij INTRODUCTION.
dans les termes, que de fermeté dans. les
maximes *.
Cette déclaration fut - adoptée à Xuna-
nimité.
L'assemblée crut devoir l'adresser
(avec une lettre circulaire que rédigea
Gilbert de Choiseul, évêque de Tour-
nai ) à tous les évêques de France , pour
leur demander leur approbation et leur
adhésion aux quatre articles.
La déclaration fut homologuée par le
parlement le 23 mars 1682, en même
temps que l'édit du roi, qui prescrit
d'enseigner la doctrine contenue en ladite
déclaration. Cette injonction a été réité-
rée par J'arrêt du conseil du 2.4 mai
1766, dans lequel S. M. veut que les
maximes consacrées par la Déclaration
cc soient invariablement observées en
» tous ses États, et soutenues dans tou-
* Son opinion était, que « des étéques qui par-
lent , doivent regarder les siècles futurs aussi-bien
que le siècle présent, et que lenr-forcc est à dire
la vérité telle qu'ils l'entendent. *
INTRODUCTION. xxxix
» tes les universités, et par tous les or-
» dres, séminaires et corps enseignans. »
Après tant de précautions prises pour
ne point offenser le pape, on pouvait se
flatter de l'espoir qu'il saurait adhérer
aux principes de la Déclaration. On voit,
dans les lettres de Bossuet, que ce Prélat
insistait sur cette adhésion, dans l'intérêt
même du saint siège. S'attachant à l'ar-
ticle relatif à Xindépendance de la tem-
poralité des rois, il écrivait à Rome à
M. Dirois * : « Il ne faut que condam-
ner cet article pour achever de tout
perdre. Quelle espérance peut-on ja-
mais avoir de ramener les princes du
Nord et de convertir les infidèles, s'ils
ne peufJent se faire catholiques sans se
donner un maître qui puisse les dépos-
séder quand il lui plaira ? Cependant
je vois, par votre lettre et par toutes les
précédentes, que c'est sur quoi Rome
s'émeut le plus. On m'a dit que l'in-
quisition avait condamné le sens favora-
* Tome 37 des OEuvres de Bossuet, p. 372.
xl INTRODUCTION.
blé à cette indépendance !. On perdra
tout par ces hauteurs. Dieu veuille don-
ner des bornes à ces excès! Ce n'est pas
par ces moyens qu'on rétablira l'autorité
du saint siège, etc. »
Les instances furent inutiles. Inno-
cent XI n'approuva point la Déclaration;
mais du moins il ne la censura pas. « Il
se borna, dit M de Bausset, à encou-
rager et à récompenser, avec plus de gé-
nérosité que de jugement, les nombreux
écrivains qui se dévouèrent à combattre
l'assemblée de 1682.»
Ces écrits firent en général assez peu
de sensation *; mais dans le nombre on
doit remarquer celui que ROCABERTI,
ancien général de l'ordre de Saint-Do-
minique, archevêque de Valence, et
gi'ctnd-itiquisiteur d'Espagne, publia,
en 1691 , à Valence, en 3 volumes in-
* L'auteur de l'Essai historique sur les Libertés de
l'Église a consacré un chapitre exprès à l'exposé des
attaques dirigées par divers écrivains contre la déclara-
tion de 168^.
UNTRODtCTIOiN. xij
b*
ioiio, sous ce titre : De romani Ponlifi-
vis autorilate.
On eût peut-être laissé cet ouvrage
dans l'oubli où semblait le condamner
son énorme format. Mais à coté de ce
livre marchaient les approbations les plus
emphatiques; et le vaniteux Rocaberti
avait fait imprimer en tête deux brefs
d'innocent XII , qui exaltait u la dili-
» gence, l'étude, l'affection , le zèle , l'é-
* rudition et l'esprit que l'auteur avait
* employés à l'avantage de l'Eglise. »
Bossuet eut la patience de lire cet
ouvrage, et il présenta au roi un Mé-
moire qui contenait le résultat de cet
examen, et qui est un modèle parfait
d'analyse *.
En voici le précis :
Rocaberti traite les Français comme
hérétiques sur l'infaillibilité du pape.
* Ce Mémoire est à la fin du tome XXXIII des
OEuvres de Bossuet, p. 662 et suiv. J'en recommande
spécialement la lecture à ceux qui sont chargés
de poursuivre les délits de la presse.
xlij INTRODUCTION.
— Il traite d'impie, hérétique et schis-
motique, la doctrine de l'indépendance
des rois dans leur temporel, et cite à ce
sujet le décret de l'inquisition de To-
lède: « comme si la France, dit Bos-
suet, était obligée à reconnaître l'auto-
rité de l'inquisition de Tolède! » — Les
approbateurs de l'ouvrage de Rocaberti
calomnient les libertés de l'Eglise gal-
licane, qu'ils qualifient de privilèges,
ajoutant que tous ceux dont elle a joui,
ne procèdent que de la grâce du pape et
de sa parole révocable ; « sans songer,
dit encore Bossuet, qu'une très-grande
partie de ces libertés est fondée sur des
concordais exprès entre le pape et le
saint siège, et les rois et le royaume de
France. » — Bossuet relève ensuite
d'autres outrages contre la France, et
plusieurs manquemens de respect en-
vers le roi; et il ne peut s'empêcher de
remarquer que M. le grand inquisiteur
s'est montré plus Espagnol que chré-
tien. - En conséquence, Bossuet, en
INTRODUCTION. xliij
gardant d'ailleurs tous les raénagemens
vis-à-vis le saint père, propose au roi
de déférer le livre au parlement, et d'en
faire défendre le débit. Ce qui fut effec-
tivement ordonné par arrêt du 20 dé-
cembre i6g5.
Bossuet ne s'en tint pas là : il sentit
qu'il était temps enfin de dérouler aux
yeux du monde chrétien les preuves qui
appuyaient la doctrine de la Déclaration
de 1682, et de faire taire ses contradic-
teurs. Il les confondit par l'admirable
ouvrage auquel il avait travaillé depuis
long-temps, et qu'il publia, seulement
alors, sous le titre de Défense de la
Déclaration du clergé de France; ou-
vrage que l'on doit regarder comme l'un
des monumens les plus imposans de la
prodigieuse érudition de son auteur, et
de son dévouement à la gloire de l'Eglise
gallicane.
Il y démontre , avec la dernière évi-
dence, que la doctrine de l'Église galli-
cane y renfermée dans les quatre articles,

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