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Dans la Gueule du Loup

De
210 pages
Ed s'ennuie dans sa vie pourtant bien comme il faut. Où rien ne manque, à part sans doute l'essentiel : La sensation d'être vivant.
Alors, cachant ses fêlures et ses doutes derrière une ironie mordante et un humour grinçant, il sillonne la nuit. S'abreuvant de l'odeur de la ville et de ses lumières.
Jusqu'à ce qu'il le rencontre, et se fasse happer par une chaleur. Par un monde parallèle où il n'aurait jamais du mettre les pieds.
Vrillé par un regard sombre et dangereux, son sang commence à cogner. Dur. Douloureux. Puissant.
Ed se met à vivre. À vibrer. À plonger dans cette vie où il n'a plus pied. Où il n'a plus le choix.
Car cette rencontre improbable le hante. Et ne le lâchera plus jamais. Une seule solution désormais. Plonger...
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1
Une Autre Vie
2
Tome 1
Dans la gueule du Loup.
3
Remerciements
Je dédie ce livre à tous ceux de la première heure. Merci d'avoir aimé Ed et son Loup, et d'avoir vécu leurs émotions comme j'ai aimé les écrire.
4
PROLOGUE
J'ai toujours mené ma vie sans conscience. Sans me soucier d'où j'allais, me contentant de suivre le chemin. Simple. Sans question. Sans angoisse d’aucune sorte.
Jamais je n'aurais imaginé connaître un choc aussi violent. Aussi radical.
Une fois frappé, il n'y a plus de retour possible. La raison ne peut plus rien pour vous. Nier ne sert à rien. Se battre aggrave la plaie qui s'est formée sans que vous preniez garde.
Et quand vous vous dites qu'il est temps de fuir, de tout rejeter, s'arracher à tout cela et recommencer une vie ailleurs, et bien il est déjà trop tard. Vous ne pouvez plus fuir. Non pas parce que vous ne savez pas où aller. Mais parce qu'au fond de vous, vous savez que si vous partez, la douleur sera insurmontable. Inhumaine. Sans limite.
Et à cette pensée, vos entrailles se serrent déjà. Comme par anticipation de ce qui viendra. Car vous savez au fond de vous. Profondément, vous en avez le pressentiment. Que quelque chose va arriver.
5
Chapitre 1
Cette histoire commença comme toutes les histoires banales. Sauf que ce fut tout sauf cela.
Lorsque je franchis les grilles ce matin là, à part le fait que c'était mon premier jour de lycée, rien n'avait changé. J'avais passé un mois de vacances dans une villa louée par mes parents, avec piscine et vue sur la Méditerranée. À part le fait qu'ils avaient passé le plus clair de leur temps pendus au téléphone, mes avocats de parents avaient tenu à passer ce momentde qualité, en famille.
Mes copains étaient toujours les mêmes à l'entrée en seconde, et le couple que je formais avec ma copine avait franchi la dernière étape durant l'été. Je m'étais inscrit en options allemand et économie, où je retrouvai de vieilles connaissances, sans toutefois être mes amis.
Bref, la vie suivait son cours, et je savourais chaque moment avec insouciance. Je me trouvais même plutôt mature et réfléchi pour mon âge, ce qui, à y regarder de plus près, devait me rendre un peu imbu de moi-même au regard des autres. Mais personne n'y trouvait rien à redire depuis toujours, donc je n'y avais jamais vu de raison de changer.
Mes parents rentraient tard depuis longtemps. Mais depuis que j'étais au lycée, ils restreignaient de moins en moins leurs horaires, semblant considérer mon avancée dans la vie comme un gage de maturité et de compréhension de ma part. Ils n'avaient pas tout à fait tort, et je dois dire que la liberté qui en découlait avait une saveur douce.
En échange, il n'était pas rare que je mange seul, lorsqu'il devenait évident que je ne pouvais pas passer toutes mes soirées chez Vincent, Erwan ou Pauline. C'est ainsi que mon temps libre immense me conduisit à fréquenter la ville le soir.
* * *
La première fois que je découvris leKerry o'Toole, il était dix heures passées. Un mardi soir. Il n'y avait rien à la télé, l'entraînement de foot n'avait pas encore repris parce que c'était l'été. Et ma copine n'ouvrit pas sa porte car sa famille recevait.
C'était un de ces soirs où malgré le monde qui vous entoure, c'était comme si vous glissiez au milieu d'eux sans que rien ne vous touche. Comme si votre peau était recouverte d'écailles froides. Luisantes, belles, mais tranchantes.
La solitude est un mal insidieux. Et quand on commence à vouloir lutter contre elle, à chaque fois qu'on essaye de combler le temps, les brèches qui s'ouvrent sont de nouvelles qui agrandissent les précédentes.
Je poussai la porte parce que la lumière qui en provenait était jaune. Chaleureuse. Il y avait peu de monde dans le pub, pour la plupart des habitués, à voir la manière dont ils appelaient le patron.
6
Il avait une trentaine d'années, une sorte de bouc noir et un anneau à l'oreille droite. Il me lança un coup d’œil, nullement hostile. Un hochement de tête. Simple. Je me sentis soudain accueilli.
C'était étrange comme sensation. Je n'avais jamais mis les pieds dans ce coin de la ville. C’était loin de chez moi, mal desservi par les bus. Mais ce soir, j'avais roulé avec ma bécane jusqu'à en avoir le tournis. Et j'avais été happé par cette lumière.
- Tu prendras quoi ? me demanda le barman par dessus son comptoir. - Une bière.
Il ne dit rien, puis acquiesça. Lorsqu'il posa le verre devant lui, je me perchai sur un vieux tabouret en cuir.
- Merci. - Pas de quoi. Content de voir une nouvelle tête !
Il hésitait. Ce n'était sans doute pas la première fois que des mineurs buvaient de l'alcool dans un bar, mais je voyais qu'il avait un truc à me dire.
- T'inquiète pas, je fis après une longue première gorgée, j'ai pas l'intention de me saouler ici. Trop peur des mauvaises rencontres... ! ajoutai-je avec un clin d’œil.
Il rit d'un coup.
-Ah ah, c'est vrai, à ton âge, on n'est jamais trop prudent!
Étrangement je ne relevai pas. Malgré sa trentaine entamée, il avait une sorte de paternalisme qui passaient aisément.
Je pris mon temps pour savourer mon verre. Non pas que la bière fut exactement délicieuse, mais je goûtais l'ambiance. Le billard était occupé, dans l'ombre. Des gars jouaient aux fléchettes dans le fond. Et compte tenu des marques sur l'ardoise au mur, ils n'en étaient pas à leur coup d'essai. Qu'on puisse encore jouer aux fléchettes de nos jours me surprenait, car pour moi c'était le summum du ringard. Mais visiblement, ici ça passait.
Avec l'heure qui avançait, la fréquence des arrivées augmenta, ponctuant chaque battement de porte par un « Salut Yann » fraternel, une claque sur l'épaule, ou la bise.
Ma place au comptoir fut soudain noyée parmi une floppée d'habitués. Je me fis tout petit, et me laissais bercer. Je passai ainsi une soirée chaleureuse, entouré. J'avais l'impression d'avoir engrangé suffisamment de chaleur humaine pour une semaine. Je pouvais repartir. Lorsque je sortis mon portefeuille pour régler, Yann me prit l'avant bras, avec un sourire.
- La première est toujours pour moi. Je compte sur toi pour revenir, hein ?
Il n'avais pas à me le demander. Même sans ça, je serais revenu. Lorsque je sortis, la fraîcheur de la nuit me saisit, et je me rendis compte que j'avais la tête qui tournait. J'étais bien.
7
* * *
Après l'enthousiasme de la rentrée, l'excitation retomba, et les devoirs s’accumulèrent.
- Voyons, Ed, me dit un soir ma copine Pauline, alors que je voulais m'incruster chez elle pour regarder Game of Thrones. On est au lycée maintenant. Va falloir t'y mettre. Moi en tous cas, je bosse.
Voilà pour la douche. Mes potes se prenaient moins la tête, mais ils avaient des couvre feu. Et il n'est parait-il pas sain pour un jeune homme de mon age de ne pas être chez soi passé une certaine heure.
Non pas que les cahiers ne me passionnent pas, mais j'étais plutôt du genre rapide. Ce que je me garde bien d'étaler, ayant assisté à des mises à l'écart radicales des premiers de la classe. C'est ainsi que, leçons terminées, dîner avalé sur le pouce dans une cuisine déserte, et passablement désœuvré, je finis en direction duKerry.
J'y avais passé du temps à la fin de l'été, quand Pauline était partie en vacances avec ses parents, ou que mes potes tordaient le nez. Je n'étais pas un habitué à proprement parler, mais ma tête commençait à revenir à quelques uns, qui me saluaient quand j'entrais.
C'était un drôle de monde. Une sorte de parallèle dans laquelle je trouvais mon état de grâce. Yann le patron m'avait à la bonne. Il lui arriva de me faire passer derrière le comptoir pour le remplacer un soir, cinq minutes, le temps qu'il aille fumer une clope dehors.
Je regagnai ma bécane et enfilai mon casque. C'est alors que jelevis s'approcher, deux mecs dans son sillage.
Il faisait partie de la bande de brutes du lycée. Jeans crades, chaînes, tatouages et piercings à faire froid dans le dos. Je les évitais comme je pouvais quand je garais ma bécane sous le parking couvert, car ils squattaient en priorité là. Ils y fumaient je ne sais quoi, dégradaient l'enceinte de l'école par désoeuvrement, harcelaient les filles et rackettaient tout azimut.
Je ne sais pas s'il était le chef de la bande, car je ne m'attardais jamais assez pour entendre leurs conversations. Mais il était clair qu'il occupait une position non contestable.
Il avait les cheveux bruns assez courts, coiffés en une espèce de crête qu'il teignait parfois. De nombreux anneaux ornaient ses oreilles, et il avait un piercing noir brillant sur l'arcade gauche. Certains disaient qu'ils l'avaient vu sortir un couteau de sa poche, une fois en cours. Il était également notoirement connu pour avoir été suspendu trois jours, une semaine pile après le début des cours en septembre.
Bref, il était l'exact type même de mec que je ne voulais jamais rencontrer au détour d'une rue sombre, seul, en pleine nuit.
Heureusement, j'avais le casque sur la tête et la visière rabattue. Je mis le contact. J'osai un regard dans mon rétroviseur. Il me sembla qu'il me souriait, d'un de ces sourires tordus, désagréables, ceux qui annoncent les mauvais moments à venir.
8
Ceux qui promettent des ennuis.
Il accompagna cela d'un geste éloquent du doigt, qui me confirma que le type n'était pas de ceux qu'on fréquente impunément.
Je me dépêchai de déguerpir.
* * *
9
Chapitre 2
Je franchis les grilles du lycée sans plus y penser, le lendemain matin. Tout juste me fis-je encore plus rapide que d'habitude pour sortir du parking à moto.
La bande était là comme tous les matins, sans doute occupée à déterminer de quelle manière innovante ils rempliraient leurs poches pour la journée, ou quelle existence paisible ils allaient mettre en péril.
Je mis un point d'honneur à ne pas les regarder. Ne pas forcer. Naturel. Comme s'ils étaient de l'air. Mais même si je mettais toute mon énergie à ne pas faire attention à eux, je ne pus m'empêcher de sentir. Un regard. Une intention, sorte de brûlure sur ma nuque. Je pressai le pas et retrouvai mes potes.
- Ed ! T'as regardé le match hier ? T'as vu le dernier but, juste avant que l'arbitre ne siffle les prolongations ? me héla Erwan en me serrant la main.
- Nan, hier j'étais naze, je me suis couché tôt, mentis-je en l'accompagnant jusqu'à notre salle de cours.
La sonnerie cessa lorsque je m'installai à ma place, au fond. Par habitude, parce que je suis relativement à l'aise en anglais, je ne suivis que d'une oreille distraite le début du cours. J'aimais bien ce prof, malgré une coupe de cheveux assez hors du temps. Il maniait l'ironie avec virtuosité. Ce que les dindes installées au premier rang, pour pouvoir lever la main toutes les dix secondes, ne pouvaient pas comprendre... S'il lui arrivait de m'interroger, c'est parce qu'il y avait un piège à déceler. Dans lequel je tombais rarement, lui rendant son sourire satisfait. C'était un jeu entre nous.
Ce matin là ne dérogea pas à la règle. Bien calé contre la fenêtre, je regardais les retardataires se précipiter vers le bureau des pions. Ceux qui séchaient, ou bien commençaient plus tard, allumaient nonchalamment une énième cigarette.
Ilfaisait partie de ceux-là. Sa bande n'était pas au complet, et je pouvais le détailler à ma guise.
Adossé au poteau du parking à motos, les mains dans les poches de son jean,ilsemblait admirer la semelle de ses chaussures. À ses côtés, deux de ses potes, au look de délinquant ceinture noire-cinquième dan, semblaient négocier au téléphone. Je n'osais imaginer quelle extorsion ils avaient encore monté. Ni pourquoi ils n'étaient toujours pas derrière les barreaux...
Mais lui paraissait indifférent à leur manège.Ilavait l'air de profondément s'ennuyer. J’espérais ne pas le revoir aux alentours duKerry. Je voulais pouvoir y retourner. J'en avais besoin, c'était devenu un point d'ancrage pour moi. Mais si je devais à nouveau tomber sur lui...
Je fus interrompu dans mes rêveries par le prof d'anglais. Il s'interrogeait sur l'intérêt d'un futur échange scolaire. Au secours !... Mais alors que je ruminais pendant une heure à la perspective de passer une à
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