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À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Personnages1

MONSIEUR DE POURCEAUGNAC2.

ORONTE3.

JULIE, fille d’Oronte.

NÉRINE, femme d’intrigue4.

LUCETTE, feinte Gasconne5.

ÉRASTE, amant de Julie.

SBRIGANI, Napolitain, homme d’intrigue6.

PREMIER MÉDECIN.

SECOND MÉDECIN.

L’APOTHICAIRE.

UN PAYSAN.

UNE PAYSANNE.

PREMIER MUSICIEN.

SECOND MUSICIEN7.

PREMIER AVOCAT.

SECOND AVOCAT.

PREMIER SUISSE.

SECOND SUISSE8.

UN EXEMPT.

DEUX ARCHERS.

PLUSIEURS MUSICIENS, JOUEURS D’INSTRUMENTS ET DANSEURS9.

La scène est à Paris10.

1Dans les éditions de 1674 et de 1682, la liste des acteurs est rejetée après l’« Ouverture », qui va suivre, c’est-à-dire après le programme et les vers du Ier intermède ou prologue.
2C’est Molière qui prit ce rôle : voyez à la Notice la description de son costume, et, ce qui est dit du reste de la distribution des rôles.
3ORONTE, père de Julie. (1734.)
4NÉRINE, femme d’intrigue, feinte Picarde. (1682, 1734.) – – Il y a une Nerina, nymphe, dans l’Aminte du Tasse. Le nom de Nérine a été employé encore par Molière dans deux pièces où la scène est en Italie, dans l’Étourdi (vers 219), et pour un des personnages des Fourberies de Scapin ; il nous semble qu’il rappelle plutôt l’italien nera ou nerigna, la « noire » ou « noirâtre », que le nom antique de Nerine, Néréide (qui est dans la VIIe églogue de Virgile, vers 37).
5LUCETTE, feinte Languedocienne. (1773.)
6Auger rapproche ce nom, qui paraît être de l’invention de Molière, du verbe italien sbrigare, « se hâter ». « Sbrigani, dit-il, est en effet un personnage prompt, alerte et expéditif. » M. Hermann Fritsche le rapproche en outre de sbricco, « brigand, fripon ». M. Maurice Sand (tome II de ses Masques et Bouffons) y voit une variante du nom de Brighella, qui (dit-il) signifie intrigant, et désigne un personnage de valet bergamasque aussi ancien qu’Arlequin.
7Ce premier et ce second musicien désignent ici les deux médecins grotesques ou opérateurs italiens du second intermède.
Il s’agit ici des personnages des scènes III et IV de l’acte III, qui paraissaient sans doute en costume de Cent-Suisse. – Ceux des deux camarades qui dansent à la fin du premier ballet (ci-après) pouvaient bien figurer de gros suisses-portiers.
9On trouvera ci-après, au Livret de Blois, dans l’Appendice, les noms des artistes auxquels, à la cour, pour l’exécution des intermèdes de la comédie, furent distribués tous les rôles principaux de musiciens et de danseurs. Lulli, qui a composé la musique des intermèdes, fut un des chanteurs, du moins à la première représentation de Chambord.
10La liste est ainsi disposée, après SECOND MÉDECIN, dans l’édition de 1734, qui la partage en deux :ACTEURS.ACTEURS DE LA COMÉDIE......UN APOTHICAIRE.UN PAYSAN.UNE PAYSANNE.PREMIER SUISSE.SECOND SUISSE.UN EXEMPT.DEUX ARCHERS.ACTEURS DU BALLET.UNE MUSICIENNE.DEUX MUSICIENS.TROUPE DE DANSEURS.DEUX MAÎTRES À DANSER.DEUX PAGES dansants.QUATRE CURIEUX de spectacles, dansants.DEUX SUISSES dansants.DEUX MÉDECINS grotesques.MATASSINS dansants.DEUX AVOCATS chantants.DEUX PROCUREURSdansants.DEUX SERGENTS.TROUPE DE MASQUES.UNE ÉGYPTIENNE chantante.UN ÉGYPTIEN chantant.UN PANTALON chantant.CHOEUR DE MASQUES chantants.SAUVAGES dansants.BISCAYENS dansants.La scène est à Paris.
– Le vieux mémoire du décorateur donne sur l’arrangement de la scène et sur les accessoires nécessaires les renseignements suivants : « Il faut deux maisons sur le devant (La maison d’Oronte et la maison du premier médecin. On peut conclure de là que dès lors, comme d’ordinaire aujourd’hui, le lieu de la scène était une place à laquelle aboutissaient plusieurs rues et où se faisait la course des porte-seringues aux trousses de Pourceaugnac. Les deux avocats, procureurs et sergents de la fin du second acte sortent ensemble de l’une des rues.), et le reste du théâtre est une ville. Trois chaises ou tabourets (Pour la consultation de la scène VIII du Ier acte.) Une seringue (Celle de l’apothicaire du 1er acte). Deux mousquetons (Pour les faux archers de la scène IV de l’acte III). Huit seringues de fer-blanc (Celles dont sont armés les deux médecins italiens et les six matassins à la fin du Ier acte). – La gravure de l’édition de 1682 montre dans une chambre la scène du second intermède (de la fin du Ier acte) ; ce serait donc là aussi qu’aurait eu lieu la consultation des deux docteurs. Mais il est bien douteux qu’au théâtre on coupât l’acte par un changement à vue, et que ce ne fût pas par les différentes issues de quelque carrefour ou autour de quelque vaste place que M. de Pourceaugnac prit sa course et essayât d’échapper à la bande lancée contre lui.L’Ouverture11 se fait par Éraste, qui conduit un grand concert de voix et d’instruments, pour une sérénade, dont les paroles, chantées par trois voix en manière de dialogue, sont faites sur le sujet de la comédie, et expriment les sentiments de deux amants, qui, étants12 bien ensemble, sont traversés par le caprice des parents.13PREMIÈRE VOIX14.Répands, charmante nuit, répands sur tous les yeuxDe tes pavots la douce violence,Et ne laisse veiller en ces aimables lieuxQue les cœurs que l’Amour soumet à sa puissance15.Tes ombres et ton silence,Plus beau16que le plus beau jour,Offrent de doux moments à soupirer d’amour.DEUXIÈME VOIX17.Que soupirer d’amourEst une douce chose,Quand rien à nos vœux ne s’oppose18 !À d’aimables penchants notre cœur nous dispose ;Mais on a des tyrans à qui l’on doit le jour19 :Que soupirer d’amourEst une douce chose,Quand rien à nos vœux ne s’oppose20 !TROISIÈME VOIX21.Tout ce qu’à nos vœux on opposeContre un parfait amour ne gagne jamais rienEt pour vaincre toute chose,Il ne faut que s’aimer bien22.LES TROIS VOIX ensemble23.Aimons-nous donc d’une ardeur éternelle :Les rigueurs des parents, la contrainte cruelle,L’absence, les travaux, la fortune rebelle,Ne font que redoubler une amitié fidèle.Aimons-nous donc d’une ardeur éternelle :Quand deux cœurs s’aiment bien,Tout le reste n’est rien24.
La sérénade est suivie d’une danse de deux Pages, pendant laquelle quatre curieux de spectacles ayant pris querelle ensemble, mettent l’épée à la main. Après un assez agréable combat, ils sont séparés par deux Suisses, qui, les ayant mis d’accord, dansent avec eux, au son de tous les instruments25.
11On verra à l’Appendice où et en quoi, dans les intermèdes, le livret du Divertissement de Chambord diffère, en dehors des poésies, du texte de nos éditions de la comédie-ballet.
12Étant, sans accord, dans le texte de 1682.
13L’édition de 1682 ajoute ici, avant les vers du dialogue, les quelques paroles qu’Éraste disait à son entrée : « ÉRASTE aux musiciens. Suivez les ordres que je vous ai donnés (que je vous donne, 1718) pour la sérénade ; pour moi, je me retire et ne veux point paraître ici. » – Sur ce prologue ou premier intermède, et sur les autres divertissements de chant et de danse, voyez ci-après à l’Appendice, le livret qui en fut préparé pour les premiers spectateurs, et les quelques renseignements que nous y avons joints.Dans l’édition de 1734, la comédie commence sans préambule, ainsi qu’il suit :MONSIEUR DE POURCEAUGNAC,COMÉDIE-BALLET.ACTE PREMIER,SCÈNE PREMIÈRE.ÉRASTE, UNE MUSICIENNE, DEUX MUSICIENS chantants, PLUSIEURS AUTRES jouant des instruments, TROUPE DE DANSEURS.ÉRASTE, aux musiciens et aux danseurs.Suivez les ordres que je vous ai donnés pour la sérénade. Pour moi, je me retire, et ne veux point paraitre ici.SCÈNE II.UNE MUSICIENNE, DEUX MUSICIENS chantants, PLUSIEURS AUTRES jouant des instruments, TROUPE DE DANSEURS.Cette sérénade est composée de chants, d’instruments et de danses. Les paroles qui s’y chantent ont rapport à la situation où Éraste se trouve avec Julie, et expriment les sentiments de deux amants qui sont traversés dans leur amour par le caprice de leurs parents.
14UNE MUSICIENNE. (1734.)
15Ici finit, dans le chant, une première reprise, qui est à redire comme la seconde ; dans celle-ci, le dernier vers est répété, et les deux fois qu’il se chante il y a encore répétition particulière des mots à soupirer.
16Plus beaux. (1674, 82, 1734.)
17PREMIER MUSICIEN. (1734.)
18Après ce troisième vers, le compositeur a ramené les deux premiers.
19Des parents qui nous tyrannisent.
20À ce retour de la première reprise, les deux premiers vers en reviennent naturellement encore après le troisième.
21SECOND MUSICIEN. (1734.)
Ce couplet est divisé en deux reprises, dont la seconde est formée des deux derniers vers dits deux fois.
23TOUS TROIS ENSEMBLE. (1734.)
24Voici comment les paroles ont été employées par le musicien et partagées entre les trois voix. Ensemble, d’abord : « Aimons-nous donc d’une ardeur éternelle ; » puis, après un trait des violons : « Aimons-nous donc d’une ardeur, d’une ardeur éternelle. » Le premier dessus : « Les rigueurs des parents. » Le second dessus : « la contrainte cruelle. » La basse : « L’absence. » Le second dessus : « les travaux (Le chagrin, au lieu de les travaux, dans la copie de la partition.), » La basse : « la fortune rebelle (Cruelle, par faute, pour rebelle, dans la même copie ; nous ne relèverons pas quelques autres fautes aussi évidentes.). » Le premier dessus : « Ne font que redoubler une amitié fidèle. » Ensemble, sans qu’il y ait, comme dans le texte de Molière, retour du tout premier vers : « Quand deux cœurs s’aiment bien, Tout le reste n’est rien. » Enfin, après un trait de violons, le premier dessus et la basse : « Quand deux cœurs s’aiment bien. » Les trois : « Quand deux cœurs s’aiment bien, Tout le reste, tout le reste n’est rien. »
25L’éditeur de 1734 a disposé ainsi les indications de ce dernier alinéa :PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET.Danse de deux Maîtres à danser.DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET.Danse de deux Pages.TROISIÈME ENTRÉE DE BALLET.Quatre curieux de spectacles, qui ont pris querelle pendant la danse des deux Pages dansent en se battant l’épée à la main.QUATRIÈME ENTRÉE DE BALLET.Deux Suisses séparent les quatre combattants ; et, après les avoir mis d’accord, dansent avec eux.
Acte I1
Scène première2

Julie, Éraste, Nérine.

JULIE

Mon Dieu ! Éraste, gardons d’être surpris3 ; je tremble qu’on ne nous voie ensemble, et tout serait perdu, après la défense que l’on m’a faite.

ÉRASTE

Je regarde de tous côtés, et je n’aperçois rien.

JULIE4

Aie aussi l’œil au guet, Nérine, et prends bien garde qu’il ne vienne personne.

NÉRINE5

Reposez-vous sur moi, et dites hardiment ce que vous avez à vous dire6.

JULIE

Avez-vous imaginé pour notre affaire quelque chose de favorable ? et croyez-vous, Éraste, pouvoir venir à bout de détourner ce fâcheux mariage que mon père s’est mis en tête ?

ÉRASTE

Au moins y travaillons-nous fortement ; et déjà nous avons préparé un bon nombre de batteries pour renverser ce dessein ridicule.

NÉRINE7

Par ma foi ! voilà votre père.

JULIE

Ah ! séparons-nous vite.

NÉRINE

Non, non, non, ne bougez : je m’étais trompée.

JULIE

Mon Dieu ! Nérine, que tu es sotte de nous donner de ces frayeurs !

ÉRASTE

Oui, belle Julie, nous avons dressé pour cela quantité de machines, et nous ne feignons point de8 mettre tout en usage, sur la permission9 que vous m’avez donnée. Ne nous demandez point tous les ressorts que nous ferons jouer : vous en aurez le divertissement ; et, comme aux comédies, il est bon de vous laisser le plaisir de la surprise, et de ne vous avertir point de tout ce qu’on vous fera voir. C’est assez de vous dire que nous avons en main divers stratagèmes tous prêts10 à produire dans l’occasion, et que l’ingénieuse Nérine et l’adroit Sbrigani entreprennent l’affaire.

NÉRINE

Assurément. Votre père se moque-t-il de vouloir vous anger11 de son avocat de Limoges, Monsieur de Pourceaugnac, qu’il n’a vu de sa vie, et qui vient par le coche vous enlever à notre barbe ? Faut-il que trois ou quatre mille écus de plus, sur la parole de votre oncle12, lui fassent rejeter un amant qui vous agrée ? et une personne comme vous est-elle faite pour un Limosin13 ? S’il a envie de se marier, que ne prend-il une Limosine et ne laisse-t-il en repos les chrétiens14 ? Le seul nom de Monsieur de Pourceaugnac m’a mis15 dans une colère effroyable. J’enrage de Monsieur de Pourceaugnac. Quand il n’y aurait que ce nom-là, Monsieur de Pourceaugnac, j’y brûlerai mes livres16, ou je romprai ce mariage, et vous ne serez point Madame de Pourceaugnac. Pourceaugnac ! cela se peut-il souffrir ? Non : Pourceaugnac est une chose que je ne saurais supporter ; et nous lui jouerons tant de pièces, nous lui ferons tant de niches sur niches, que nous renvoyerons à Limoges Monsieur de Pourceaugnac.

ÉRASTE

Voici notre subtil Napolitain, qui nous dira des nouvelles.

1COMÉDIE (Comédie-ballet, 1682) faite à Chambord (Chambor, 1674), pour le divertissement du Roi. (1674, 82.)
2SCÈNE III.(1734.) On a vu plus haut que le prologue est divisé en deux scènes dans cette édition.
3Prenons garde, ayons attention, ayons l’œil à n’être pas surpris. On a déjà vu garder, employé ainsi aux vers 1347 et 1360 de l’École des femmes ; à la fin de la scène VII de l’acte II de George Dandin (tome VI), il se confond presque avec le pronominal se garder, se préserver : « Gardez de vous tromper, » préservez-vous d’erreur.
4JULIE, à Nérine. (1734.)
5NÉRINE, se retirant dans le fond du théâtre. (1734.)
6Ce que vous avez à nous dire. (1673, 74, 92.)
7NÉRINE, accourant, à Julie. (1734.)
8Nous n’hésitons pas à…
9Nous fondant sur…, nous autorisant de la permission, d’après la permission : comparez, au couplet suivant : « sur la parole de votre oncle. »
10Sur cet accord de tous, voyez ci-dessus.
11Sur l’étymologie, peu certaine, de ce mot anger ou enger, voyez le Dictionnaire de Littré. Après avoir eu le sens neutre de pousser, croître, provenir, et le sens actif de pourvoir (un terrain du germe de….), fournir (surtout en plantes), doter (de), il s’est, comme ici, pris ironiquement dans ce dernier sens, en parlant de choses mauvaises ou incommodes, embarrassantes ; cet emploi semble avoir été populaire : « Qui m’a angé de ce galouriau ? » dit le paysan Gareau dans le Pédant joué de Cyrano Bergerac (acte II, scène II), c’est-à-dire : « Qui m’a fourré ici ce godelureau, qui me l’a jeté aux jambes ou sur le dos ? » L’Académie, en 1694, place enger dans la famille étymologique du mot GENRE, entre engendrer et engeance, et le définit par embarrasser, charger : « Il m’a voulu enger du plus sot valet du monde. » – La Fontaine a, d’une façon piquante, rendu au mot une de ses anciennes acceptions à la fin de son conte de Mazet de Lamporechio (1668, le XVIe de la 2de partie) :Il les engea de petits Mazillons,Mazet, le jardinier, leur fit faire souche de Mazillons.
12Dont on n’a pour garant que la parole de votre oncle.
13Molière écrit Limosin ; plus loin, nous verrons Périgordin : on lit aujourd’hui plus communément Limousin et Périgourdin. Par un changement contraire, nous disons maintenant Bordeaux au lieu de Bourdeaux, qu’on disait autrefois. (Note d’Auger.)
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