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Louis, ou l'instruction salutaire

63 pages
Barbou frères (Limoges). 1868. Sales, Louis de. In-32.
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BIBLIOTHÈQUE
llfÉrIE:'iNE ET 510RALE
APPROUVÉE
LR Mgk L'ÉVÊQUE DE LIMOGES,
Tout exemplaire qui ne sera pas
revêtu de notre griffe sera réputé
contrefait et poursuivi conformément
aux lois. -
LOUIS.
LOUIS
Il
n,,
~, u
1-
L'lNSTRUCTIGNl SALUTAIRE
LIMOGES.
DARLOU FRÈRES , IMPRIMEURS - LIBRAIRES.
1
Louis de Sales naquit au châ-
teau de Brens, dans le Chablais,
où sa famille s'était retirée pour
s'éloigner des troubles qui déso-
o-
laient alors la Savoie. Le Cha-
blais été infecté du calvinisme,
et les parents du jeune Louis,
craignant de l'exposer à sucer,
pour ainsi dire, l'erreur avec le
lait de Ja première enfance, firent
venir du comté de Sales une nour-
rice d'une foi et d'une piété éprou-
vées.
Les heureuses dispositions qu'il
montra presque en naissant se for-
tifièrent beaucoup par le com-
merce intime de François de Sa-
les, son frère , qui était son aîné
de dix ans, et qui manifestait déjà
une vertu fort au-dessus de son
-11-
age. Il ne négligeait aucune occa-
sion de donner à son frère tantôt
une instruction salutaire, tantôt
un conseil plein de sagesse. Celui-
ci recevait l'une et l'autre avec la
, plus tendre déférence ; jamais on
ne vit entre deux frères des rap-
ports plus frappants et de corps
et d'esprits. Encore au matin de
la vie, le plus jeune apprit de son
Mentor la pratique de la médita-
tion et du recueilloment inté-
rieur : tous deux se donnaient à
Dieu avec une égale ferveur, et
leur vertueuse mère, ravie d'un
tel spectacle, ne cessait d'en bénir
le divin auteur de tout don qui
- 42
découle de sa bienveillance in-
finie.
Il ne tarda pas à donner des
témoignages publics de sa piété,
en s'associant à de pieuses socié-
tés dont il remplissait les obliga-
tions avec une exactitude parfaite.
Ses sentiments religieux ne lVm-
pêchaient pas de se trouver dans
le commerce des femmes décentes
et estimables ; toujours il s'y dis-
tinguait par ses manières respec-
tueuses et son maintien réservé..
Ses conversations étaient cons-
tamment au profit de la religion
et des mœurs, et il savait relever
13 -
avec adresse le prix que donnent
à la beauté les vertus et la mo-
destie.
Le président Favre, envoyé en
Italie par son prince pour y mé-
nager de grands intérêts, désira
se faire accompagner par le comte
Louis, afin que ses deux. fils fus-
sent en société intime avec ce
jeune seigneur, dont l'exemple
devait produire sur eux de si heu-
reux effets. René et Favre, l'aîné
des deux frères, s'y attacha étroi-
tement, et ne cessait de parler
avec admiration de l'extrême sa-
gesse du comte Louis. Pendant
M
son séjour à Rome, où, comme
dans les autres métropoles du
monde, les occasions dangereuses
sont si fréquentes pour la jeu-
nesse, déjà on le voyait, ne pou-
vant contenir son indignation,
réprimer vivement les propos im-
pies du licencieux. « Je ne suis
pas vertueux, disait-il, et néan-
moins je hais si fort le vice, que
je voudrais, s'il m'était possible,
l'exterminer de toute la terre, et
le précipiter dans l'enfer, qui est
son centre. » Les écueils dont il
était environné l'engagèrent à re-
tourner au sein de sa famille, et
son départ fut. hâté par la nou-
-15 –•
velle de la mort de son père. Ac-
cablé de cette perte, il ne trou-
vait de soulagement à sa douleur
que dans ces paroles de Job : « Le
Seigneur me l'a ôté; que son saint
nom soit béni ! » Il versa des lar-
mes dans le sein de François de
Sales, alors devenu évêque de
Genève ; il en reçut de grandes
consolations, et se retira ensuite
près de sa mère, qui le chargea
de toutes les affaires de sa famille.
Il
La manière dont il conduisit
son administration redoubla le
respect et la confiance que déjà la
maison de Sales lui témoignait.
18 -
Avant de s'unir à mademoiselle
de Cussy, qu'il épousa environ
un an après la mort de son père,
il consulta Dieu longtemps, et se
mit sous la protection spéciale de
la Reine du ciel, qui sembla le
protéger d'une manière visible
dans un accident où il courut ris-
que de la vie. Dieu répandit de
grandes bénédictions sur ce ma-
riage, et les effets en furent mani-
festes dès l'instant où le nouveau
Tobie conduisit sa vertueuse Sara --
au milieu de sa famille. Le châ-
teau de Sales n'offrait dès-lors que
paix, union et régularité. Saint
François de Sales en parlait ainsi,
- 19 -
I
dans une lettre à madame de
Chantai : cr Je suis présentement
» à Sales ; en vérité, vous auriez
» du plaisir de voir un si parfait
» accord parmi des choses qui
» sont, pour l'ordinaire, si dis-
» cordantes. Belle-mère, belle-
D fille, belle-sœur, frères et beaux-
» frères, entre tout cela, ma vraie
» fille, je vous puis assurer, à la
» gloire de Dieu, qu'il n'y a ici
» qu'un cœur et qu'une bonne
» âme. » Et dans une autre let-
tre à la même, il lui disait : « Ja-
D mais la religion ne fut plus'flo-
» rissante dans la famille. Je vous
» avoue qu'une bonne partie de
20
» la louange en est due à mon
» cher La Tuille (nom que por-
» tait alors le comte), car cette
» intelligence ne se peut main-
» tenir sans une très-grande sa-
» gesse et piété en celui qui a la
» conduite principale de tout
» cela. »
Le nouvel époux remplissait
avec un égal succès les emplois
dont il se trouvait chargé par son
rang dans le monde et par la con-
fiance qu'inspiraient ses lumières
et ses talents. L'affaire de son sa-
lut l'occupait toujours de préfé-
rence à toute autre, et les sacri-
21
fices pour cet objet ne lui coûtaient
point. Le baron de Cussy, son
beau-père, qui l'aimait avec ten-
dresse, désirant le fixer près de sa
personne, obtint pour lui du duc
de Savoie la lieutenance de Mont-
mélian. Le comte Louis s'aperçut
bientôt des désordres de la garni-
son ; craignant non-seulèment de
n'y pouvoir remédier, mais en-
core de s'en trouver lui-même at-
teint, il prit le parti de supplier
Son Altesse de pardonner à son
peu de capacité, s'il n'acceptait
i as la place qu'elle voulait bien
lui offrir. « Rien. disait-il, à un
» de ses amis, surpris de ce re-
22 -
» fus, rien ne doit être estimé
» considérable à un chrétien, de
» ce qui est l'occasion de sa ruine
» spirituelle. En matière de salut
» et de religion, ajouta-t-il, si l'on
» ne peut surmonter les obsta-
» cles, c'est une nécessité d'évi-
» ter la voie où ils se rencon-
» trent. »
Partout il donnait des preuves
de la prudence et de la justesse de
son esprit. Les troupes espagnoles -
auxiliaires de la Savoie avaient
fait quelques tentatives pour s'em-
parer d'Annecy; ne pouvant y
réussir, elles imaginèrent un
n
moyen de faciliter cette entre-
prise. Ce fut de traiter avec les
habitants, pour acheter plusieurs
maisons près des portes de la ville,
sous prétexte de faire une garde
plus exacte. Comme on délibérait
sur cette demande, et que les ma-
gistrats commençaient à donner
dans le piège qui leur était tendu,
le comte de Sales se rendit à l'as-
semblée sans y être invité, et dé-
couvrit si clairement le but des
Espagnols, qu'il rompit tout-à-
coup un projet très-contraire aux
intérêts de sa patrie; sans crain-
dre les dangers personnels aux-
quels il s'exposait par cette con-
24
duite noble et ferme. Il fut em-
ployé avec succès dans les négo-
ciations les plus délicates, parti-
culièrement en Suisse, quelque
opposition qu'il y trouvât de la
part de nos frères séparés, qui le
regardaient, lui et saint François
de Sales, comme les plus redou-
tables antagonistes.
III
Le ciel accorda aux jeunes et
pieax époux un fils nommé Char-
les-Auguste; celui-ci fut un vase
d'élection, et une source de béné-
26 -
dictions nouvelles pour sa famille
et pour le diocèse de Genève, dont
il devint évêque dans la suite.
Aussi bon parent que bon
époux, son père donna, peu de
temps après, une preuve de son
désintéressement et de son amour
pour la paix, en faisant, dans les
partages qui-eurent lieu entre lui
et ses frères, le sacrifice de la
maison paternelle à la crainte de
troubler l'union.
Selon l'es droits de la nature,
ce château devait lui appartenir;
et néanmoins il passa au plus jeu-
ne de ses frères, qui avait le droit
de choisir suivant le vœu de son
père mourant. La comtesse, fem-
me de Louis, plus jalouse que lui-
même de ses intérêts, l'engageait
à les soutenir. « Croyez-moi, Ma-
dame, la paix dans les familles
est le plus grand de tous les biens;
et ce que nous prétendons obtenir
ne vaut pas la tranquillité que
nous perdrions. » Le comte se dis-
posait ainsi, par un ordre secret
de la Providence, à un plus péni-
ble sacrifice : la mort, en 160(j,
lui ravit une épouse chérie. La
grâce vint au secours de la nature,
et il se soumit aux décrets du ciel
O Q
sans murmurer. Fixé auprès de
son frère le saint évêque de Ge-
nève, celui-ci, toujours pi us frappé
des vertus du comte, ne pouvait
s'empêcher de désirer qu'il se sen-
Lil appelé .au sacerdoce; mais
nieu voulait qu'il demeurât dans
le monde, pour y donner de nou-
veaux exemples d'une rare piété.
Sur le point de contracter une
seconde alliance avec mademoi-
selle Favre, jeune personne qui
réunissait tout ce qui pouvait at-
tacher le comte de Sales, il J'en-
tendit tout à coup déclarer qu'elle -
n'aurait jamais d'autre époux que
Jésus-Christ, auquel elle consa-
- i'ô
crait le reste Je ses jours. Saint
François de Sales se chargea de
préparer son frère à cette épreuve
inattendue. Le comte, au premier
instant, en fut vivement affecté;
mais un moment de réflexion suf-
fil pour l'engager à sacrifier à la
volonté de Dieu une inclination
légitime : il alla même jusqu'à
hâter le dessein qu'avait formé
mademoiselle Favre, d'être avec
madame de Chantal les premières
à embrasser l'excellent institut de
la Visitation. Le 6 juin 1610, il
les conduisit dans une maison
d'un faubouig d'Annecy, qui fut

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