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Louis XIV et Louis XV, ou le Coup de hache de la Révolution, par Robert-Dutertre

De
23 pages
impr. de A. Leroy fils (Rennes). 1867. In-12, 23 p..
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AVANT-PROPOS.
Dans cette revue anecdotique des règnes de
Louis XIV et de Louis XV, nous avons pris pour
guidel'excellent petit livre populaire intitulé : Dé-
cadence de la Monarchie française, par E. Pelletan,
qui a lui-même puisé aux documents contempo-
rains : Mémoires de Saint-Simon, Lettres de
Mme de Sévigné, etc. Les mots en lettres italiques
sont textuellement authentiques. Cette série de
tableaux, dont le fond tout entier nous est fourni
par les données de l'histoire, et que nous avons
simplement encadré à notre façon, peut être
bonne à méditer par ceux qui croient encore
que les révolutions s'improvisent et éclatent tout-
à-coup, sans raison, dans un ciel serein, tandis
que toutes, au contraire, ont leur cause dans le
passé et dérivent fatalement d'événements qui les
contenaient en germe, comme le nuage contient
la foudre. C'est à ce point de vue que nous avons
AVANT-PROPOS.
rangé dans une même galerie, attachées chacune
à son pilori, toutes ces figures qui ont fait la
honte des XVIIe et XVIIIe siècles. Toutes ces tur-
pitudes, toutes ces exactions, toute cette souve-
raine anarchie, s'incarnant dans un despotisme
sans frein, peuvent, non pas justifier, mais très-
bien expliquer les causes de l'exaspération popu-
laire et le brutal coup de hache de la Révolution.
R. D.
LOIS XIV & LOUIS XV
LE COUP DE HACHE DE LA RÉVOLUTION.
I.
La France a vu passer en son ciel orageux,
Gomme un lambeau de pourpre, un brillant météore,
Un Roi-Soleil, faisant sous ses rayons éclore
Parmi quelques exploits tous les vices fangeux.
Ses chroniqueurs séduits par des manteaux de moire
Ou rivés à la cour par des emplois suspects,
Bien loin, dans leurs écrits, de flétrir sa mémoire.
Enveloppaient le dieu d'encens et de respects.
Enfin la vérité venant venger l'histoire
L'a saisi corps-à-corps et souffletant sa gloire,
D'un fer rouge, aujourd'hui suppléant le bourreau.
L'a marqué sur l'épaule au fond de son tombeau.
Sur deux points il était vraiment maître sublime :
_ 4 -
Il faisait d'un côté des gueux nus et hagards;
De l'autre, il procréait sa race illégitime,
Enfants adultérins, noble essaim de bâtards
Qu'ensuite il fallait bien, grâce à leur origine,
Faits duchesses et ducs, d'apanages pourvoir.
L'honneur du sang princier ne veut pas qu'on lésine.
Donc, la France avilie acceptait le devoir,
Malgré son dur martyr et ses longues détresses,
De payer de son or les royales maîtresses.
Pourtant en rejetant son noir manteau de deuil,
En secouant le joug des sottes avanies,
Elle, pouvait alors montrer avec orgueil
Sa couronne où brillaient tant d'immortels génies.
Les vices, dès quinze ans, guettaient l'enfant gâté.
Mais sa mère et Louvois, grand ministre qui triche,
Dès qu'ils virent en lui germer la puberté,
Lui donnèrent pour femme une altesse d'Autriche.
Hélas! fumait encor le cierge de l'hymen
Qu'à la cour, où brillaient tant d'oiseaux de volière,
Madame de Brancas, femme d'habile main,
Lui poussa dans les bras la belle La Vallière.
Puis bientôt à Lauzun, qui fit pleurer l'écho,
Il volait sa Phryné, dame de Monaco,
Qu'un valet amenait, seule, à la dérobée,
— 5 —
A l'alcôve du prince, après la nuit tombée.
Mais ce doux fils du sang du saint roi des croisés,
Tout en rêvant d'amour n'oubliait pas la Parque,
Et savait préluder au métier de monarque
Par des arrêts de mort dits entre deux baisers.
Au Parlement, armé du droit de remontrance,
Cet imberbe despote, en vrai roi d'écuyers,
Entra, cravache en main, botté, plein d'arrogance,
Disant : L'Etat, c'est moi; silence! conseillers.
Et ce grand corps, muet sous ses nobles perruques
Et servile devant ce sultan d'Occident,
S'inclina sous l'affront, pareil à des eunuques
Qui d'un maître viril subissent l'ascendant.
Qu'était-il donc au fond cet impérieux maître?
Un enfant qu'enivrait le pompeux attirail
Du trône auprès duquel le sort l'avait fait naître;
Et, comme un icoglan nourri dans un sérail,
Qui n'avait d'autre loi que son royal caprice,
Qui dansait quand la France avait le ventre creux
Et qui donnant de haut l'exemple de tout vice,
Dès l'instant que son coeur daignait être amoureux
Faisait tel père, duc, pour lui voler sa fille,
Ou si de l'adultère un désir le tentait
S'amusait à jouer double tour et mettait
— 6 —
La femme dans son lit, l'époux à la Bastille.
Pour l'être plaint trop haut, marquis de Montespan,
De l'honneur que ce prince, inspiré du serpent,
Faisait aux doux attraits de ta,volage épouse,
Afin de mettre un frein à ta fureur jalouse
Et de mieux ramener le calme en ta raison,
Par lettre de cachet tu fus mis en prison.
A Montespan joignons madame de Soubise,
Duchesse qui mettait sa honte sur l'étal,
Mais dont l'heureux époux, amoureux du métal,
JSavait faire payer au roi sa paillardise,
Et créait un hôtel dont tout pan, tout moellon,
"Tout .ornement d'airain, pilastre ou médaillon,
Aussi bie:'n qu'un placard qui rend un fait notoire,
Affichait dan, s ^aTls 'a scandaleuse histoire.
Plus tord, il pourck assait une fille d,llonneur>
Comtesse de Laval, flem." qui venait d'éclorer
jEt dont bientôt aussi sortit ,une autre fleur-
Mais, le terme approchant, it fil à R°que'aure
jDon de la demoiselle et mit sons le o.'Iievet
IP.es époux,, cet écrit : Noble et dm à bret'el-
Le noiweaa duc, quand vint, petite, frêle et nnue
ta fille <du grand roi : « Si j'en crois mon hymen,
— 7 —
Quoique vous veniez tôt, soyez la bienvenue,
Dit-il, mis en humeur par le cher parchemin. »
Un beau jour, en Lorraine, il sentit la chair fraîche (1);
Quand il sentait cela, ni confesseur ni prêche
N'avait sur le noyau de son coeur souverain
Plus de prise que n'a l'érable sur l'airain.
Cette chair avait nom de Ludre, et blanche et rose,
Outré tout son éclat, elle avait quelque chose,
Qui de notre monarque excitait l'appétit.
Au voile à soulever le vice s'intéresse.
C'était donc bien vraiment, car l'histoire le dit,
Tendre gibier d'alcôve — elle était chanoinesse.
Un de ses pourvoyeurs, de La Rochefoucauld,
Noble duc, sur ma foi,'tête froide et coeur chaud,
Dépista sur la voie ou plutôt dans la fange,
Un autre doux gibier, la belle de Fontange;
Mais son règne fut court, quoique retentissant;
Très-jeune elle mourut d'une perte de sang.
Comment vint l'accident? — d'une terreur panique?
D*une opération? qui sait! — Mais la chronique,
Qui ne peut pas toujours connaître le pourquoi,
L'enregistra, blessée au service du roi.
(d) M" de Sévigné.
Et puis, par entre-temps, blasé de ses duchesses,
Tel qu'un saint pris d'ennui, qui sort du Paradis,
Pour raviver ses sens à de viles caresses,
Il quittait ses boudoirs pour d'ignobles taudis,
Fatigué de parfums, d'ambre, de cinnamomej
Désirant sentir l'ail après le pur arôme,
Après soie et velours, chiffonner le haillon,
Il prenait au hasard fille, femme ou guenon,
Et s'excitait sans fin à des excès sans borne
En passant de Margot aux bras de Maritorne.
Pour replâtrer à neuf son honneur dévasté,
Alors que son printemps commençait à décroître,
La maîtresse au rebut s'en allait dans un cloître,
Avec ciliée aux. reins, pleurer sur sa beauté.
Mais quelle est donc la fin de cette litanie,
Liste infâme de noms que la France a honnie!
Le trépas seul la clôt. C'est du lit de Ninon
Qu'un dernier spectre sort. Dame de Maintenon,
Debout, démasque-toi; l'on sait ton imposture,
Tes airs dévots trompant la foi de Bossuet
Et servant près du roi d'amorce à la luxure.
Des pores de ton corps le mensonge suait;
Tu fus fausse en amour et fausse dans ton culte •