Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Louis XVIII à son lit de mort, ou Récit exact et authentique de ce qui s'est passé au château des Tuileries, les 13, 14, 15 et 16 septembre 1824, par M. Alissan de Chazet,...

De
48 pages
Ponthieu (Paris). 1824. In-8° , 48 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

LOUIS XVIII
A SON
LIT DE MORT,
OU
RÉCIT EXACT DE CE QUI S'EST PASSÉ AUX TUILERIES
LES 13, 14, 15 ET 16 SEPTEMBRE 1824.
Un Roi peut mourir, mais il ne
doit pas être malade.
( Réponse du Roi. )
PONTHIEU , LIBRAIRE AU PALAIS-ROYAL,
GALERIE DE BOIS, N° 44.
LOUIS XVIII
A SON LIT DE MORT.
A. GUYOT, IMPRIMEUR
De Mgr. le duc d'ORLÉANS et du prince de CONDÉ , rue
Mignon-Saint-André-des-Arcs, n° 2.
LOUIS XVIII
A SON LIT DE MORT,
OU
RÉGIT EXACT
ET AUTHENTIQUE
DE CE QUI S'EST PASSÉ AU CHATEAU DES TUILERIES ,
LES 13, 14, 15 ET 16 SEPTEMBRE 1824;
OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR.
PARIS,
PONTHIEU, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL ,
GALERIE DE BOIS, N° 44
1824.
AVANT-PROPOS.
LORSQU'AU mois de septembre
1820, j'ai offert les premiers
détails de la nuit miraculeuse
qui a donné la vie à l'Enfant du
Prodige, et l'immortalité à son
auguste Mère, j'étais loin de pen-
ser que bientôt ce même mois,
si heureux pour la France, lui
deviendrait fatal. Aujourd'hui,
comme à cette époque, je me
bornerai simplement à des faits,
sûr d'exciter autant de regrets
(6)
que j'ai causé alors de joie et
de bonheur.
Qu'on ne s'attende pas à
trouver dans cet écrit impro-
visé le luxe des paroles et les
artifices du style; je n'ai ni le
temps ni la force de revoir ce
que j'écris. Je dirai ce que j'ai
vu : c'est tout ce que je puis
promettre. J'aurai atteint mon
but, si le tableau que je vais
offrir inspire autant de douleur
que j'en éprouve.
LOUIS XVIII
A SON LIT DE MORT.
LA France avait célébré le 25 août la
fête de son Roi, pour la onzième fois de-
puis la restauration ; car cette fête auguste
n'a pas connu d'interrègne (1) ; mais les
officiers de la garde nationale, toujours
heureux de contempler les traits chéris
de leur vénérable monarque, avaient
éprouvé un profond chagrin en observant
cette année que sa santé était entièrement
(1) Le Roi qui était parti pour Gand le 20 mars
1815, rentra dans sa capitale le 8 juillet de la même
année.
(8)
altérée. Après avoir salué le père de la
France, nous nous regardions tristement,
comme pour nous dire : « Nous pleure-
rons bientôt un si bon Roi ! » Son auguste
famille prévoyant la fatigue que causerait
à S. M. la réception d'un si grand nom-
bre d'officiers, le supplia de rester dans
ses appartemens ; mais le Roi résista à
toutes les instances, voulut que rien ne
fût changé aux dispositions habituelles,
et fit celte réponse, qui sera recueillie par
la postérité : Un roi peut mourir, mais il
ne doit jamais être malade.
J'ai dit que tous les officiers de la garde
nationale avaient été frappés de l'extrême
changement du Roi; mais le moral de
S. M. était resté le même, son esprit ne
l'a jamais abandonné ; parmi les réponses
que son élocution brillante et facile lui
rendait familières , on distingue celle qu'il
(9)
adressa à M. le préfet de la Seine et qu'il
prononça avec un accent qui peut se re-
tenir , mais qui ne peut, pas se rendre :
« Ma bonne ville de Paris connaît mon
« amour pour elle; je suis bien sûr, quand
« elle célèbre ma fête, que c'est du fond
« du coeur. »
On se rappelle aussi les paroles si ai-
mables et d'un goût si exquis , que
S. M. adressa au général Vallin : « Général,
« votre coup de canon retentit encore. »
Après avoir recules officiers de la garde
nationale et les autorités civiles et militai-
res, il était naturel de penser que le Roi,
déjà malade, aurait besoin de repos ; mais
il voulut absolument travailler avec Mon-
seigneur le garde-des-sceaux , et user du
plus beau droit de la couronne, le droit
de faire grâce : « C'est aujourd'hui ma
fête, dit le Roi à son ministre avec le
2
( 10 )
sourire de la bonté. » Et. cinq cent
trente-deux remises ou commutations
de peines furent accordées à l'instant
même.
Depuis ce temps le Roi, quoique éprou-
vant des souffrances plus vives et plus
aiguës, voulut se livrer comme à l'ordi-
naire aux soins que réclame l'administra-
tion du royaume ; on eût dit que le ciel
ajoutait à son courage tout ce qu'il ôtait
à ses forces. Ne pouvant pas se faire illu-
sion à lui-même, le Roi cherchait à abu-
ser sur sa situation les objets les plus chers
à son coeur, pour alarmer le plus tard
possible leur tendresse. Le 29 du mois
dernier il écouta avec la plus grande
attention M. le duc de Damas, qui lui pré-
senta, comme président d'une commission
spéciale, le programme et les dessins du
monument de Quiberon ; le Roi versa des
( 11 )
larmes, et paya ainsi un tribut d'admira-
tion à la mémoire de ces Français, de ces
martyrs qui réclament un tombeau.
C'est le dimanche, 12 septembre, que
la maladie du Roi prit un caractère plus
sérieux. S. M., malgré l'avis des méde-
cins , avait voulu se lever et assister au
déjeûner, mais vaincue par la violence du
mal, elle ne peut rien prendre, et prononce
à peine quelques mots ; S. A. R. Madame
veut en vain cacher son émotion. Le Roi
l'appelle et l'embrasse avec la plus vive ten-
dresse; aussitôt aprèsle déjeûner, les méde-
cins s'assemblent, ils jugent unanimement
que le mal fait des progrès rapides ; ils en
préviennent M. le président de conseil.
Mgr. l'évêque d'Hermopolis, ministre des
affaires ecclésiastiques et de l'instruction
publique, adresse à MM. les archevêques
et évêques la lettre suivante :
( 12 )
Paris, la septembre.
MONSEIGNEUR,
Je suis dans la douloureuse nécessité de
vous informer que l'état de santé où se
trouve le Roi donne de vives inquiétu-
des : tous les coeurs français et chrétiens
doivent se réunir pour implorer sur une
tête si auguste et si chère les bénédictions
du Ciel ; votre dévouement à la personne
sacrée du monarque et le zèle qui vous
anime vous dicteront tout ce qu'il est con-
venable de faire dans cette conjoncture.
Veuillez, Monseigneur, agréer l'hom-
mage de mes sentimens respectueux.
Le même jour, Monsieur le Président
du Conseil, Ministre des finances, prend
l'arrêté suivant :
Le Ministre Secrétaire d'Etat au dépar-
tement des finances ;
Vu le bulletin de la santé du Roi, en
date de ce jour ,
( 13)
Arrête ce qui suit :
Art. Ier. La Bourse de Paris sera fermée
jusqu'à ordre contraire.
2. Le Conseiller-d'Etat, Préfet de po-
lice , est chargé de l'exécution du présent
arrêté.
Fait à Paris , le 12 septembre 1824.
Signé JH. DE VILLÈLE.
M. le Comte de Corbière prend le même
jour les dispositions suivantes :
Le ministre secrétaire d'Etat au dépar-
tement de l'intérieur,
Vu le bulletin de la santé du Roi, en
date de ce jour,
Arrête ce qui suit :
Art. Ier. Les spectacles et tous autres
lieux de fêtes publiques, seront, dans
tout le royaume, à la réception du pré-
sent arrêté, fermés jusqu'à nouvel ordre.
2. Le préfet de police, dans le départe-
( 14 )
ment de la Seine, et partout ailleurs, les
préfets des divers départemens , sont char-
gés de l'exécution du présent arrêté.
Fait à Paris, le 12 septembre 1824.
Signé CORBIÈRE.
Enfin Mgr. l'Archevêque de Paris vou-
lant que toute la France implore la misé-
ricorde divine, pour obtenir la prolonga-
tion des jours de son Roi, publie le man-
dement suivant, dont la touchante et no-
ble simplicité produit le plus grand effet.
Hyacinthe-Louis de Quélen , par la mi-
séricorde divine et la grâce apostolique
du Saint-Siège, archevêque de Paris,
pair de France,
Au clergé et aux fidèles de notre dio-
cèse, salut et bénédiction en Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ.
Le roi Ézéchias, si renommé dans Is-
( 15)
raël par sa piété, son courage et la bonté
de son coeur, tomba dans un état de ma-
ladie qui fit craindre pour ses jours; il
fut malade jusqu'à la mort, dit l'Ecriture:
AEgrotavit Ezechias usquè ad mortem.
Le prophète Isaï était venu lui annon-
cer qu'il fallait mettre ordre aux affaires
de sa maison, parce qu'il ne devait pas en
relever: Morieris tu, et non vices. Cepen-
dant le Seigneur, touché de ses larmes et
des prières qui avaient été répandues en
sa présence, révoqua cet arrêt fatal, ren-
dit au Roi la santé, et daigna ajouter
quinze années encore à un règne rempli
de merveilles et de gloire.
Vous nous avez compris, sans doute,
N. T. C. F., et quoique nous hésitions à
vous l'annoncer, les précautions dont
nous essayons d'envelopper une si triste
nouvelle, vous avertissent assez du mal-
( 16)
heur qui menace de plonger la France
dans l'affliction et le deuil. En vain nous
chercherions à vous le dissimuler; en
vain, par une suite de son amour pour
ses peuples, notre auguste et religieux
monarque, surmontant ses douleurs avec
une rare magnanimité, avec une constance
admirable, a voulu se roidir contre les
efforts et les progrès du mal, et se survivre
en quelque sorte à lui-même, afin de ne
pas troubler, par des alarmes prématu-
rées , le repos et le bonheur où sa sagesse
a su maintenir le royaume, le moment
est venu où il faut que la nature recon-
naisse sa faiblesse sous la main puissante
de celui qui frappe ou qui guérit, qui
donne ou qui ôte le salut aux princes.
Résigné toute sa vie aux décrets adora-
bles de la Providence, plein de recon-
naissance pour les bienfaits sans nombre
( 17 )
qu'elle a répandus sur lui et sur sa royale
famille , pénétré de respect pour la foi de
ses pères, notre Roi très-chrétien désire
et réclame les secours de la religion, les
sacremens de l'Église et les suffrages des
fidèles, ou pour se préparer à paraître de-
vant Dieu qui juge les justices, si son heure
suprême est arrivée, ou pour supporter
avec patience les rigueurs de la maladie
et les langueurs de l'infirmité, s'il plaisait
au Seigneur d'en prolonger les épreuves ;
ou enfin pour renouveler ses forces et ra-
nimer la vigueur de son ame, si la divine
miséricorde, exauçant nos voeux, daignait
le rendre à son peuple, afin de le lui
montrer encore long-temps sur le trône
comme l'objet de sa prédilection et l'ins-
trument de ses miracles.
Quels que soient, N. T. C. F., les im-
pénétrables desseins de Dieu , la foi et
( 18)
l'amour nous appellent aux pieds des
saints autels. Notre espérance ne saurait
être trompée ; Français ! si nous ne pou-
vons sauver la vie du Roi, nous nous as-
socierons du moins à son dernier combat ;
nous voudrons l'aider à conquérir la cou-
ronne immortelle, et lui ouvrir , par le
pouvoir de la prière , cette cité céleste où
régnent déjà tant de saints de sa noble
race, et où , assis à leurs côtés, il devien-
dra , comme eux, le protecteur de la mo-
narchie.
A ces causes, après en avoir conféré
avec nos vénérables frères les chanoines
de la Métropole, nous avons ordonné et
ordonnons ce qui suit :
1° Aujourd'hui dimanche, 12 septem-
bre , à l'issue des vêpres, il sera chanté
un salut solennel dans notre église métro-
politaine.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin