//img.uscri.be/pth/59714228916dbf1226818b05c037d9879e0dd90d
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Louise Scheppler, pieuse et fidèle servante d'Oberlin. Traduit librement de l'allemand

36 pages
Société des livres religieux (Toulouse). 1853. Scheppler. In-18. Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

PIEUSE ET FIDÈLE SERVANTE D'OBERLIN.
TRADUIT LIBREMENT DE L ALLEMAND.
SOCIÉTÉ DES LIVRES RELIGIEUX.
Dépôt : rue du Lycée, 14.
1853.
PUBLIE PAR LA SOCIÉTÉ DES LIVEES BELIGIEUX
DE TOULOUSE.
Toulouse, Imp. de CHAUVIN ET FEILLÈS , rue Mirepoix, 3.
PIEUSE ET FIDÈLE SERVANTE D'OBERLIN.
Et quand vous aurez fait tout ce qui vous est
commandé, dites : Nous sommes des serviteurs
inutiles, parce que nous n'avons fait que ce que
nous étions obligés de faire (Luc, XVII, 10).
(Texte choisi par la défunte.)
A 60 kilomètres de Strasbourg, au mi-
lieu de hautes montagnes se trouve une
vallée retirée formant la limite entre la
Lorraine et l'Alsace ; c'est le Ban-de-la-
Roche, si connu dans le monde chrétien
par la fidélité qu'y déploya Oberlin, pen-
dant cinquante-neuf ans de ministère.
Sa foi, sa charité à toute épreuve, chan-
gèrent la face du pays comme elles re-
— 4 —
nouvelèrent le coeur d'une partie de ses
habitants.
Quand on s'éloigne de Strasbourg, du
côté de l'ouest, on rencontre, en s'éle-
vant vers les Vosges, une contrée agreste,
arrosée par la Bruche. Après avoir tra-
versé Rothau, en remontant cette rapide
rivière, on atteint Fouday, le premier
village de l'ancienne paroisse d'Oberlin,
qui en comptait cinq et trois hameaux.
Waldersbach, à 2 kilomètres 1/2 plus
loin, était la résidence du pasteur.
Au centre du cimetière qui environne
l'église de Fouday, en face de la porte de
ce modeste édifice, se trouve une pierre
avec une inscription. Sur la croix qui la
domine, se lisent : PAPA OBERLIN.
Les mots LOUISE SCHEPPLER sont
gravés sur une croix voisine:
C'est de Louise Scheppler en particu-
lier que nous désirons vous entretenir,
tout en rappelant que, sans Oberlin,
Louise ne serait pas devenue cette femme
dévouée dont nous allons raconter la
vie. Tous deux servirent le Seigneur
clans la mesure des dons qu'ils avaient
— (5) —
reçus, comme de fidèles dispensateurs
des grâces d'en haut.
Louise, fidèle servante d'Oberlin, réu-
nissait aux vertus de Marie l'activité de
Marthe, et son nom, malgré l'humilité
de ses actes, doit occuper une grande
place parmi les bienfaiteurs du Ban-de-la-
Roche.
Louise Scheppler naquit le 4 novem-
bre 1763 à Bellefosse, village situé au
pied du Champ-du-Feu et annexe de la
paroisse d'Oberlin. Pendant longtemps
la contrée présenta un bien triste aspect :
on y découvrait les vestiges de cette
guerre longue et cruelle, qui ravagea
l'Europe entière pendant trente années.
Le Ban-de-la-Roche fut ensuite inquiété
par des bandes de brigands ; puis une
terrible contagion frappa les habitants,
de 1645 à 1651, et fit périr la plupart
d'entre eux. A Fouday, il ne resta qu'une
femme avec sa petite-fille âgée de sept
ans.
Peu à peu le Ban-de-la-Roche se repeu-
pla par suite de l'émigration des contrées
voisines, et en particulier du pays de
— 6 —
Montbéliard, du canton de Berne; néan-
moins, en 1700, l'on ne comptait que
quatre-vingts familles. L'ignorance et la
misère de ces pauvres gens étaient pro-
fondes ; leurs vêtements dénotaient la
plus grande indigence, et leur langage,
mélange de. français et d'allemand, for-
mait un patois presque inintelligible. Il
y avait dans leurs moeurs une certaine
rudesse, et d'anciennes discordes, léguées
de père en fils, divisaient les familles.
C'est au sein de cette population à
peine civilisée, très-peu éclairée sous le
rapport religieux, que le Seigneur se
choisit un petit peuple auquel il envoya
un fidèle pasteur animé de l'esprit apos-
tolique.
A peine arrivé au Ban-de-Ia-Roche,
M. Stuber, le prédécesseur d'Oberlin se
sentit ému de la misère spirituelle et ma-
térielle de ses habitants, et prit à coeur
d'y porter remède. Il concentra tous ses
efforts sur la jeunesse et les écoles. A sa
visite à l'école dé Waldersbach, on le
conduisit dans une misérable hutte, où
étaient réunis une quantité d'enfants qui
— 7 —
faisaient grand bruit : « Où se trouve
l'instituteur,» demande M. Stuber. Pour
seule réponse on lui indique un vieil-
lard décrépit étendu sur un lit, au fond
de la chambre. « Etes-vous, en effet , le
maître d'école ? s'écria le pasteur. — Oui,
monsieur; j'étais berger, et quand je
suis devenu vieux et trop faible pour
mon état, l'on m'a donné le soin des
enfants. »
Les autres écoles de la paroisse pré-
sentaient à peu près le même caractère
d'abandon. Stuber parvint peu à peu à
les améliorer; mais, néanmoins, lors-
qu'après dix ans de ministère Oberlin
lui succéda, elles exigèrent encore de lui
bien des labeurs. Il eut une peine extrême
à trouver des jeunes gens qui consentis-
sent à devenir instituteurs. Ces fonc-
tions, qui avaient été rabaissées au ni-
veau de celles de paire, étaient trop peu
estimées pour qu'un père de famille
honorable y destinât son fils.
Ces difficultés une fois vaincues, il
fallut chercher tous les moyens possibles
de persuasion pour engager les parents
— 8 —
à envoyer avec assiduité leurs enfants à
l'école. Grâces à Dieu, ces obstacles
furent aplanis, et au bout de quelques
années, chaque village du Ban-de-la-
Roche avait son école bien fréquentée.
Oberlin sentait qu'il manquait un élé-
ment de culture à la jeune génération :
l'éducation domestique des filles. Elles
grandissaient sans être initiées aux ou-
vrages de femme, et passaient dans l'oi-
siveté les heures qui suivaient celles de
l'école.
Insouciantes pour tout ce qui apporte
dans un intérieur la joie et le bien-être,
les femmes du Ban-de-la-Roche négli-
geaient ces mille devoirs qui préparent à
la vocation d'épouse et de mère, et con-
tribuent, pour une si forte part, au
bonheur domestique.
Aidé de sa fidèle compagne., il forma
des institutrices et.ouvrit, à ses frais,
dans chaque village, des écoles de trico-
tage et d'ouvrages de femme. Une sim-
ple et modeste servante fut son aide
intelligente et dévouée ; dès son enfance,
elle avait fixé l'attention d'Oberlin par
— 9 —
son sérieux, sa charité et son amour
pour les enfants , et, dans sa quinzième
année, elle obtint le privilège d'entrer
comme domestique dans ce presbytère
dont elle avait toujours franchi le seuil
avec un si grand respect. Oberlin ne
tarda pas à trouver en elle ce qu'il cher-
chait pour la direction de ses petites éco-
les, qui prirent le nom de Poêles à tri-
coter. Ces écoles furent le noyau des
salles d'asile, si répandues actuellement
dans toute l'Europe. Du Ban-de-la-Roche,
cette institution passa en Angleterre,
d'où elle revint en France, et fut consi-
dérée comme une des créations les plus
utiles du dix-neuvième siècle (1).
Les plus petits enfants admis dans ces
écoles regardaient des images, parfi-
(1) « C'est de là qu'est venue, en Angleterre et
en France, l'institution de ces salles d'asile, où
l'on reçoit et où l'on garde les enfants des ouvriers.
L'honneur de cette idée est entièrement dû à
Louise Scheppler, à cette pauvre paysanne de
Bellefosse. Elle y a consacré le peu qu'elle possé-
dait , et de plus sa jeunesse et sa santé. » (Extrait
d'un discours du baron Charles Cuvier.)
— 10 —
laient, et les plus*grands apprenaient à
tricoter, à coudre et à filer, tandis que
la maîtresse leur faisait divers récits,
principalement tirés de la Bible. Elle leur
enseignait de beaux cantiques , les pre-
miers éléments de la langue, et tâchait,
par la prière, d'ouvrir leurs coeurs aux
douces impressions de l'Evangile ; elle
les conduisait, dès l'âge le plus tendre
auprès de leur Seigneur et Sauveur.
C'est là que Louise était à sa place.
Nulle aussi bien qu'elle ne semblait con-
venir à une telle mission. Elle savait
mettre à la portée des enfants les belles
et touchantes histoires de la vie de Jésus,
et exerçait sur leur âme une influence
bénie.
Lorsqu'au soir l'école était fermée, et
qu'elle s'était assurée que tous les enfants
étaient de retour dans leur demeure,
Louise rentrait au presbytère et trouvait
là d'autres devoirs. Elle devenait la mé-
nagère du pasteur et l'institutrice des sept
enfants de Mme Oberlin , que le Ban-de-
la-Roche avait eu le malheur de perdre
en 1783.
— 11 —
Elle dirigeait l'intérieur d'Oberlin avec
un esprit d'ordre et d'économie porté
dans les moindres détails, et Oberlin,
débarrassé de ces soucis domestiques,
pouvait s'occuper sans préoccupation de
sa paroisse, et opérer tout le bien que le
Seigneur lui donna d'accomplir.
Nous avons déjà fait connaître l'état
matériel et moral dans lequel se trouvait
le Ban-de-la-Roche. Il était réservé à
Oberlin de travailler, jusqu'à la fin de sa
longue et laborieuse carrière , à la dou-
ble amélioration de cette contrée. Son
oeuvre fut richement bénie, et il ouvrit à
bien des âmes la source de la foi et
de l'espérance chrétienne. OBERLIN ÉTAIT
AVANT TOUT HOMME DE PRIÈRE. L'union
harmonique de la loi et de l'Évangile se
rencontrait en lui, déjà toute sa per-
sonne , pleine d'onction, de noblesse et
de grâce, en portait l'empreinte. Les
commandements de Dieu ne restaient
pas chez lui à l'état de théorie, et les
vertus chrétiennes qu'il pratiquait sans
relâche témoignaient de la charité, de la
foi et surtout de l'humilité dont elles
— 12 —
émanaient ; car ce fidèle serviteur de
Dieu était sincèrement convaincu de cette
vérité, « que la meilleure de nos actions
a besoin d'être pardon née. »
Déjà, en 1760, il s'était consacré au
Seigneur par un acte solennel, renouvelé
en 1770 ; et six ans avant sa mort , il
ajouta encore en marge ces paroles :
« Seigneur, aie pitié de moi ! »
Généreux et juste tout à la fois, il lui
fut donné de faire beaucoup de bien avec
de faibles ressources. Il était profondé-
ment pénétré de la sainte obligation dans
laquelle se trouve chaque chrétien de
destiner une partie de ses revenus à son
prochain et à l'avancement du règne de
Dieu. Cette conviction , il l'appuyait de
l'autorité de la Bible : « Sous l'économie
de la loi, disait-il, les Israélites payaient
chaque année, en offrandes à l'Eternel,
les deux dixièmes de leurs revenus, aux-
quels ils joignaient encore une troisième
dîme tous les trois ans ; sous l'économie
de la grâce, nous voyons la pauvre veuve
qui mit dans le tronc deux pites : c'était
tout ce qu'elle avait pour vivre. » Il re-
— 13 —
gardait donc comme obligatoire l'emploi
d'une première dîme au moins, et comme
un acte évangélique celui de trois dîmes.
Son exemple porta bien des fruits de
charité dans sa paroisse et ailleurs.
Lors de la création de la Société bibli-
que britannique et étrangère, Oberlin fut
le premier pasteur en France qui se mit
en rapport avec elle. On ne peut lire,
sans une profonde émotion, la lettre
simple et touchante qu'il adressa à cette
illustre Société, pour lui rendre compte
de la distribution des premiers exem-
plaires des Saintes-Ecritures, qu'il de-
vait à sa libéralité chrétienne.
Cette lettre devint, par la bénédiction
divine, le premier germe des associations
bibliques de femmes, et rendit les noms
de Sophie Bernard, Marie Muller et Ca-
therine Scheiduker, chers aux enfants
de Dieu. — Dudley, dans son esquisse
sur l'origine et les résultats de ces asso-
ciations , dit : « Combien de Sophies,
animées par cet exemple, ont dirigé les
faibles pas de l'orphelin vers Celui qui
est le père de ceux qui manquent de
— 14 —
père ; combien de Maries sont devenues
la bénédiction des villages où elles de-
meurent ; combien de Catherines ont
mis entre les mains des enfants le guide
sacré qui leur montre le chemin par
lequel il faut qu'ils marchent. »
Oberlin, également dévoué au bien
temporel de ses paroissiens, leur donnait
l'exemple de la fidélité, de l'intelligence
et de l'activité dans les travaux de la
campagne. Il cultivait lui-même les ter-
res arides, leur enseignait à ouvrir des
communications. Par ses efforts assidus et
par ses conseils, des marais étaient des-
séchés, les terrains rocailleux défrichés,
les prairies améliorées, l'éducation du
bétail perfectionnée. Oberlin envoya dans
quelques villes de l'Alsace des jeunes
gens y apprendre les diverses profes-
sions encore inconnues au Ban-de-la-Ro-
che. Plus tard, il eut la satisfaction de
voir s'introduire successivement dans
sa paroisse, dénuée de toute ressource,
des industries de famille, dues à la véné-
ration à laquelle il avait tant de titres.
Les connaissances médicales d'Ober-