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( I )
LYCÉE DE TOULOÎ^gJ^
LIS T Ej
DES , "- -
ASSOCIÉS CORRESPONDANS
i-
,. ABADIE, artiste à la fonderie des canons. Tou/ouse.
Ailhaud, homme de Lettres. Montauban.
- Alquier le jeune , musicien. Toulouse.
Andrieux, de l'Institut national. Paris.
Anson , de l'Athenée de Lyon. Paris,
Arnal, architecte. -f
Arnault, de l'Institut national. Paris.
Asselin , homme de lettres. Saint-Domingue.
- Asimont, musicien. Toulouse.
Baour-Lormian , de Toulouse , littérateur. Paris.
Barrau, libraire. < Paris.
Barrau , libraire. Par is.
Barrié, médecin. Castelnaudary.
Belon , homme de lettres. Grenade.
---'Benet, médecin , ex-professeur de philosophie à l'univer.
sité de Toulouse. Toulouse.
Bernardin-Saint-Pierre , de l'Institut national. Paris.
fiertholst, de l'Institut national. Parité
r
( z )
Blanchard , homme de lettres. Albf.
- Boense , musicien. Toulouse.
Boilleau-Lossy , littérateur. Toulouse.
--- Hoilleau- Villeneuve, littérateur y Toulouse..
> Bonaparte-Napoléone, de l'Institut national. Paris.
Boucher , président de la société d'Abbeville, de l'Insti-
titut national. Abbeville.
Bouton , peintre. Toulouse.
Brisson , de l'Institut national. Paris.
Bru , jardinier botaniste. Toulouse.
Cadet-Gassicourt , littérateur.. Paris.
Cailhava, de Toulouse , de l'Institut national. Paris.
..,.. Carrete , musicien. Toutouse.
Carriere, professeur de langues. Sorete.
Castex, sculpteur. Paris.
- Cazaux. Toulouse.
Chalvet, musicien-compositeur. Toulouse.
Chaptal, d £ ^'Institut national. Paris.
*""* c^ia} U»u4' d a.,v-.,-,.-..
Cheverry , musicien. x Toulouse.
t Chirac , littérateur. Marseille.
Colin-Harleville, de l'Institut national. x Pari-r.
Colon , médecin. Paris.
Combes-Dounous, homme de lettres. Cahors.
Courtalon , ingénieur en chef. L.ir.J ItMtHe.
Cubieres , homme de lettres. Paris.
Dalayrac, musicien-compositeur. Paris.
Damin, littérateur. Paris.
Dangos, astronome , de l'Institut national. Tarbes.
Dardenne. Saint-Girons.
David , peintre , de l'Institut national. Paris.
Deguerle, professeur de littérature. Compiegne.
( i )
Dehoey , musisien. Toulouse.
Delasterie, agronome. Paris.
- Despouy , musicien-compositeur. Toulouse.
m Dispan , professeur adjoint de physique experimen-
eot rÇ$tl0USe*
ùôî)«y*,**.* «-* -- ttU'
Dollier, négociant. Marseille.
Duc-Lachapelle, astronome, de l'Institut nat. Montauban.
m Duc, musicien-compositeur. Toulouse.
Dudevant, naturaliste. Bordeaux.
Duffau , cultivateur. Lardenne..
Dupré ( Émile ) littérateur" Carcassonne.
Dupau , médecin. Rieux.
Dupin , ingénieur. Perpignan.
Drulhe , homme de lettres. Paris.
Eusebe Salverte , littérateur. Paris.
* Falcou , musicien. Toulouse.
Ferlus ainé , de l'Institut national* Sore{e.
Ferlus le jeune , homme de lettres. Soreje.,
*» Ferradou, musicien. Toulouse.
Ferriere , musicien-compositeur. Toulouse.
Fontana , professeur. Florence.
Fourcroy , de l'Institut national. Paris.
F y , ''(¡lA , i:;- Ü 1J d
Yray. r r Bord eaux.
François ( Neuf-Chateau } de l'Institut national. Paris.
Frizac. Albi.
Gaillac, littérateur. , rrlontauban.
Gamelin, peintre. rrrw. ü
Garat, de l'Institut national. Paris.
Gazard , de Toulouse , peintre et conservateur du Mu-
séum de Versailles. Versailles.
(4)
Gazàrd , de Toulouse, littérateur. YersaiHes.
Gibelin , de l'Institut national.. farsailks.
Gottey. Paris*
Gossec le fils , musicien. Paris.
Grancher , homme de lettres. Rieux.
.,. Guinée, musicien. 1 Toulouse.
Guichou , médecin. Montesquieu-Volvestre.
Guilhe , professeur à l'école centrale. Bordeaur.
Guillemeau , le jeune , médecin. Nigrt.
Hauy, instituteur des aveugles de naissance. Paris.
Herouard, professeur. Saint-Girons.
Hinard, littérateur. Montauban.
Houdon , sculpteur , de l'Institut national. Paris.
'?** Jamme ( Auguste ) littérateur. TOlllowe.
Julien, sculpteur. Paris.
rlw Labadens , musicien. Toulowe.
» Laborde-Roncal, littérateur. Toulousé.
Labouisse ( Auguste ) homme de lettres. Saverdun.
Lacoste , de Plaisance , professeur d'histoire natu-
relle. Clermoot d'liuvefgrt?. 'f*
Lacour , de l'Institut national. Bordeaux.
Lacroix , de l'Institut national. Paris.
E elm ——-——— ,- P~'
Lafont ( Gaspard ) de Toulouse , littérateur. Paris.
Lansel, homme de lettres. Paris.
Lagrange , de l'Institut national. Paris.
Lagrenée , do Toukmsf , peintre. Paris.
Lalande , astronome, de l'Institut national. Paris.
Lange, sculpteur. P".3. -Ièww.
** Lasnié , artiste à la fonderie des canons. Toulouse.
Laplace, de l'Institut national. P*rit.
n m Î -- *i f, i
Lapenne , ngtiete.ioulouse.
( i )
Lareveillere-Lépaux.. Parise
m Laporte-Marignac , musicien., Toulouse.
Laromiguiere , de l'Institut national. Paris.
Laya , homme de lettres. Paris.
Laxan , cultivateur. Saint-Martin du Touch,
It Lebon , de Paris. Toulouse.
Lebrun, de l'Institut national. Paris.
Legendre , de l'Institut national. Paris.
Legouvé, de l'Institut national. Paris.
Libes , ex-professeur de physique à Toulouse. Paris.
Lombard, homme de lettres. Villefranche , Aveyron.
Marie le fils, musicien. Toulouse.
m Maurin. Toulouse.
Mehul, de l'Institut national. Paris.
Maison, littérateur. Montech.
«• Mayniel, ingénieur. Toulouse.
Mercadier , ingénieur en chef du département de l'A-
riege. Foix.
Mercier, littérateur. Compiegne.
Miger, homme de lettres. Paris.
Molinier, botaniste. Agde.
Molis , musicien. Toulouse.
Monge , de l'Institut national. Paris.
* Montels , musicien. Toulouse.
Niel-Brieudes , homme de lettres. Muret.
Naylies , de Toulouse. Paris.
Pajou , sculpteur. Paris.
*" Pagan , musicien. Toulouse.
Parmentier , de l'Institut national. Paris.
Parny , homme de lettres. Paris.
Pavée , homme de lettres. M.ontpellier.
( 6 )
- Pechbusque , musicien. TÓulollse.
Pech , de Toulouse. Paris.
Pelport, agriculteur.. Boulogne.
Pérez , homme de lettres.' Paris.
- Perrin , musicien. Toulouse.
Pont, homme de lettres. Paris.
Portes l'ainé , musicien. Toulouse.
*** Portes le jeune , musicien. Toulouse.
Poitevin , homme de lettres. Toulouse.
Pradel , homme de lettres.. Montauban.
«~ Prax, musicien. Toulouse.
;,'fI{I! Privât. Toulouse.
Ramond , professeur d'histoire naturelle. Tarbes.
Raymond , de Toulouse , de l'Institut national. Paris.
Renaud , peintre. Paris.
wot Rhein , musicien. Toulouse.
Ricco, musicien. Castelnaudary.
Robert , homme de lettres. Montauban.
Roques, cultivateur. * Donneville.
-*, Ruelle ( Louis ) musicien. Toulouse.
Roger , professeur. Nîmes.
Roger-Martin , professeur de physique expérimentale , à
Toulouse. Paris.
Save , pharmacien. Saint-Plancard.
',-'Saiiit-Amans , homme de lettres. Toulouse.
- Sirven , musicien. Toulouse.
Taleyran-Perigord , homme de lettres. Paris.
Tarteyron ( Izaac ) négociant. Bordeaux.
Taverne , homme de lettres. Montastruc.
Paris.
Valenciennes, peintre. Paru.
Waton , médecin , et professeur de physique et de chy.
( 7 )
mie a l'école centrale du département de Vau.
cluse. Carpentras.
Vialette-Mortarrieu, artiste. Montauban.
Vien, de l'Institut national. Paris.
,,'Vigan, sculpteur. -Tawfoiue.
Vigeé, homme de lettres. Paris.
YiJLIrs, médecin et professeur d'histoire naturelle, de
l'Institut national. Grenoble.
Villar , de Toulouse', de l'Institut national. Paris.
Villar , chirurgien de l'hôpital militaire. Toulouse.
Vincent, de l'Institut national. Paris.
ASSOCIÉES CORRESPONDANTES.
LITTÉRATURE, MUSIQUE ET PEINTURE.
— Mademoiselle Alquier ( Pauline ). Toulouse.
Madame Beauharnais ( Fanny ). Paris.
"• Madame Boulet, née Dolive. Toulouse.
Madame Bourdic-Viot. par-s
Madame Crabere ( Julie ). Rieux.
< Mademoiselle Daumaison. Toulouse.
Mademoiselle Delongchamp. Toulouse.
Madame Dhautpoul-Beaufort. Toulouse.
Madame Dubocage. Paris.
Mademoiselle Fontés ( Sophie ). Toulouse.
Mademoiselle Georgeon ( Henriette ). parîSm
Mademoiselle Mascar ( Pauline ). Toulouse.
- Mademoiselle Marmiesse ( Rose-Ferdinande ). Toulouse.
Madame Pipelet ( Constance ). Paris.
Madame Thoinard-Desparbés. Auch.
C s y
SOCIÉTÉS SAVANTES,
AVEC lesquelles le Lycie de Toulouse est en
correspondance.
*
L'Institut national.
L'Athenée de Lyon.
La Société d'Émulation de Rouen.
La Société d'Émulation d'Abbeville. -..,
L'Institut de Santé et de Salubrité de Nîmes.
Le Lycée de Grenoble.
La Société des Sciences et Arts de Montauban.
La Société des Sciences et Arts de Bordeaux.
Le Lycée de Bourges.
Le Lycée de Caen.
L'École de Médecine de Montpellier.
La Société des Sciences et Arts de Montpellier.
La Société d'Agriculture du Département du Nord.
La Société d'Agriculture , des Sciences et des Arts du
Départçment du Tarn.
Le Lycée d'Alençon.
Le Lycée des Sciences et des Arts de Poitiers.
La Société d'Agriculture de Boulogne-sur-Mer.
Fait et arrêté à Toulouse, le 10 Brumaire an i o de
la République,
LUCAS, vice-Président.
TOURNON, D. M.
B, TAJAN.
Secrétairu.
L Y C É E
D E
TOULOUSE.
RECUEIL
DES OUVRAGES
Lus dans la Séance publique du 10 Floréal,
an VIe. de la République Française.
*
A TOULOUSE,
DE l'Imprimerie de BENICHET et Campe., rue de -
la Pomme, IIIe. Section, No. 142.
Se trouve
Chez LECLERC, Libraire, près du Théâtre.
.A 2
DISCOURS
D'OUVERTURE,
PRONONCÉ par le Citoyen CASTILHON,
v ice-Président-
1 CITpYENS,
S'IL est vrai que les abus du pouvoir suprême aient
dans tous les temps entraîné la chute des trônes, s'il est
vrai que toute autorité doive être fondée sur de bonnes
moeurs , il est encore plus vrai qu'un peuple qui a repris
sa souveraineté, ne peut la conserver qu'autant que cha-
que citoyen , ayant le droit d'en exercer les forfctions,
aura les. vertus que le pacte social prescrivait au mo-
mônarque *. Voilà sans doute pourquoi les législateurs •
exigent du gouvernement républicain , des vertus plus
sévères, des'moeurs plus épurées, que de tout autre
gouvernement.
* Voyez le contrat social, liv. m, cbap. JII.
(4)
Tels sont les principes sur lesquels le Lycée a fondé
son établissement, et c'est vers ce but «qu'il dirigera ses
travaux. Avant la révolution , les lettres, les sciences et
les arts étaient divisés en différentes corporations, sous
le nom d'académies. A l'exemple des musées qui avaient
senti les désavantages de cet isolement, l'institut national
et le Lycée de Toulouse, les ont tous réunis. Les muses
sont soeurs ; elles ont entr'elles des rapports nécessaires ,
desquels résulte ce lien, dont parle l'orateur Romain;
lien précieux qui, en augmentant leur énergie, rend plus
rapides les progrès des connaissances humaines.
Mais quelque grand que soit en lui-même le projet
d'étendre ces connaissances , le Lycée ne l'envisage que
comme un moyen de régénérer les moeurs publiques et
privées.
Ce plan n'est point une chimère ; telle fut. la marche
de la nature. Si nous remontons aux premiers âges du
monde, au défaut des fastes écrits, la fable, cette tra-
dition qui les supplée, ce voile ingénieux que le mehsonge
a tissu pour rendre la vérité plus aima ble , nous a con-
servé le tableau de la civilisation. Par-tout c'est le génie
des arts qui rassemble les peuples, les moralise et Ips
polit ; ici c'est Mercure, le dieu de l'éloquence, qui
de' peuplades errantes , forme une société , et lui donne
un culte et des moeurs *. Là, Prométhée façonnant
l'homme, d'une argile détrempée, est l'emblème des
premières leçons de l'agriculture, perfectionnée ensuite
par Cérès et par Triptolème. Minerve animantl'homme
de Prométhée , est l'usage que la sagesse lui apprend à
faire de la raison. Aux sons harmonieux de la lyre
d'Amphion , les pierres s'animent , se rangent d'elles-
* Qui J'eros cultus hominum recentum voce formasti.
Hor, lib. i, ode xi.
(5)
mêmes, et les murs de Thèbes s'élèvent. Ce tableau
nous retrace l'histoire d'un philosophe législateur qui,
1 par le secours de la poésie , sut persuader aux Grecs ,
erfcore sauvages de se réunix dans les cités Jo contre les
entreprises de leurs- ennemis. Orphée , pénétrant dans les
enfers, enchaînant Cerbère et les furies par .le seul
charme de sa voix, .n'est que ce puissant génie adoucissant
les mœurs féroces-des Scythes. Dieu du jour, père des
arts , dont les rayons fondirent les ailes d'Icare et qui
ne pus défendre Phaéton de la foudrerde Jupiter , apprends
à nos jeunes et imprudens artistes , vains d'un talent que
le goût n'a. pas encore perfectionné, que sans le secours
d'une critique éclairée et d'un travail obstiné , ils s'ex-
posent aux plus honteuses chûtes.
Enfin, la fable et l'histoire nous offrent par-tout des
exemples de l'influence des lettres et des arts sur les moeurs.
Puissent les sociétés savantes sacrifier à cet objet tout
intérêt personnel, toute autre ambition que celle de
concourir , par la réunion de.leurs travaux , au soutien
de la république et au bonheur de l'humanité. Pénétrées
de l'amour de la patrie et fortes de la confiance de leurs
contemporains , elles obtiendront sur les coeurs un empire
plus doux et plus glorieux, que celui des rois sur leurs
sujets. Que nos poètes dramatiques, ainsi que ceux de
la Grèce, vengent les nations opprimées , par le spectacla
des infortunes des rois et des conquérans" mais qu'ils ne
cessent de mettre sous les yeux des peuples libres, les
destinées des républiques , dont les vertus et les lois n'ont
pas su les prémunir contre la corruption des moeurs ; qu'ils
leur répètent avec le plus philosophe des pdètes, qu'au
sein de l'immoralité , les lois sont sans force et sans effet * ;
* Quid loges sine moribus vancç proficiunt ?. Hor.
ode xxiv., liv. m.
(6)
parce qu inutiles à I homme Vertueux et ne pesant que sur
le coupable, celui-ci les enfreint et les élude impunément,
assuré de trouver par-tout des complices de sa perversité
et des protecteurs de ses crimes.
Puissent mes voeux s'accomplir: ce sont ceux du Lycée,
dont je ne suis que l'organe. Cette société, à laquelle le
ministre et les autorités constituées ont donné leuf sanc-
tion , paraît formée sous les plus heureux auspices : le
hasard, d'accord avec les circonstances, semble avoir
déterminé le jour de notre première assemblée publique'
et la faire coincider avec cette époque, où Toulouse
célébrait les fêtes d'Izaure, où son acadérnre, la plus
ancienne de l'Europe , distribuait les prix des talens.
La fondatrice de ces prix invita celles de ses con-
citoyennes qui se livraient aux charmes de la poésie , à
disputer la palme aux concurrens ; elle voulut que celles
qui l'auraient obtenue trois fois , fussent admises au rang
des juges, et l'académie des Jeux Floraux vit successi-
vement dans .son sein plusieurs femmes célèbres. Déjà
le Lycée , qui s'est empressé d'adopter oet usage; se
félicite de pouvoir donner aux Dreuillet, aux Catelan,
aux Montégut et aux Desparbès, une rivale de leurs
talens et de leurs grâces *.
Puisse cette société naissante, rendre à tette commune
les mœurs douces et l'éclat littéraire dont elle n'a cessé
de jouir depuis les derniers siècles de la république
Romaine. -
e La citoyenne Julie Crabère, Associée correspondante.
t
1
( 7 )
LE L Y C E E
DE TOULOUSE,
DISCOURS EN VERS,
PAR le Citoyen SAINT-JEAN, Professeur d'Histoire
près l'École. Centrale du Département de la Haute:
Garonne, Associé résident.
Carmina. loeturn
sunt opus, et pacem mentis habere volunt.
OVID. Trist. 5. Elegi. 12.
-
J'AI vu dans le sacré Vallon
Les Muses, tristes , solitaires ,
Sur le long exil d'Apollon
S'exhaler en plaintes amères.
Qui viendra calmer les douleurs
De ce pénible et noir veuvage ?
Quelle main séchera les pleurs
Dont est sillonné leur visage ?
Jupiter ! réponds à leurs vœux !
Ne sois pas toujours inflexible ;
Au désespoir des malheureux
Il est si doux d'être sensible !
Tu les entends : le Dieu des Arts
Est rappelé dans son empire :
Déjà ses favoris épars
S'assemblent au son de sa lyre ;
'( 8 5
Les Muses, dans leurs vifs transports,
Reprennent leurs harpes charmantes ;
Le Dieu des sublimes accords
Se réunit à ses Amantes.
'Ainsi dans les jours nébuleux
Qu'on a vu peser sur la France
Les Plaisirs , les Ris et les Jeux
S'éloignaient avec l'Espérance :
Enfm un plus bel horizon
S*élève aujourd'hui sur nos rives !
La Paix, à l'aimable Apollon
Ramène ses Soeurs fugitives •
Ils ne sont plus ces temps cruels y •
Où les Vertus et le Génie,
En tremblant, fuyaient les autels
Qu'on élevait à la Patrie.
Eh ! pour y rappeler les coeurs
Qu'indignaient des voeux -homicides,
Il faut des guirlandes de fleurs,
Et non les bûchers des Druides !
0 Muses ! vous fûtes jadis
Le tendre objet de nos hommages !
Par votre présence embellis ,
La Gloire illustra nos rivages.
Armé du nel* de l'Aretin ,
Irai-je , détracteur d'Isaure * y
Répandre un perfide venin
Sur les fleurs qu'elle fit éclore?
* Fondatrice des Jeux Floraux. C'est à cette fille illustre
que Toulouse doit sa célébrité , et néanmoins on a osé
jouter de son existence et de ses bienfaits.
(9)
Quand on voit un fleuve nouveau
Semer les trésors dans sa course ,
Se souvient-on que le ruisseau
Fut d'abord sa première source ?
Mais des Ministres différens
Faisaient entendre des oracles,
Et quoiqu'avec un même encens ,
On voyait plusieurs. tabernacles.
Réprimant du génie altier
Les élans toujours indociles ,
Il fallait, dans un seul foyer ,
Concentrer ses flammes mobiles, •
Afin que des efforts constans ,
Des beaux Arts étendant la sphère i
Du concours des divers talens
Jaillit un faisceau de lumière. *
On vit l'ami de Cicéron
Tourmenté d'un pieux délire;
Faire élever le Panthéon
En l'honneur des Dieux de l'Empire.
En rassemblant des Immortels
Les grandes et saintes images ,
Il voulut que tous leurs autels
Reçussent les mêmes hommages
Un même Temple est en ce jour,
Aux chastes Filles de Mémoire,
Consacré par le tendre amour
Et des beaux Arts et de la Gloire :
Jamais de plus flatteurs accens
Ne vinrent frapper leurs oreilles !
Jamais d'un aussi pur encens
On ne vit consacrer leurs veilles !
( 10 )
Un Maître, sur le double Mont y
Armé d'un sceptre despotique,
Imprimait sur leur noble front,
Les marques d'un joug tyrannique:
C'est ici que tombent leurs fers ;
Ici leur divine harmonie ,
Pour faire entendre leurs concerts ;
Peut suivre l'essor, du Génie;
La Liberté ! voilà le Dieu
Qui doit présider à leurs fêtes ;
Du laurier qui croît en ce lieu
De sa main elle orne leurs têtes.
Quelle foule d'adorateurs ,
Frappés du jour qui les éclaire ,'
Pour se consacrer aux neuf Soeurs,
Se presse dans ce sanctuaire !
Ainsi d'abeilles un essaim ,
Après une longue tempête,
Vole sur la rose et le thym
Qu'on voit fleurir au Mont Hymète
Quand la sérénité du.ciel ,
Lui promettant des jours tranquilles ,
Il peut élaborer son miel
Dans ses solitaires asyles.
De l'homme malgré les eff-orts
Pour s'élancer dans la carrière ,:
La Nature à ses vifs transports
Oppose une immense barrière : J
Si quelquefois, pour ses amans
Elle soulève un coin du voile y
Jamais à leurs regards perçans
Son empire ne se dévoile :
( 11 ) -
Il est peu de ces favoris
A qui sa douce bienfaisance
Daigne découvrir les replis
Et -les secrets de sa puissance ;
Elle tient ces hommes nouveaux
En réserve pour ses largesses ;
C'est dans le sein de ses fourneaux
, Qu'elle préparft ses Richesses..

Dans les Arts, où l'esprit humain
Se trace des routes 'nouvelles ,
On ne voit sortir de son sein
Que de brillantes étincelles :
L'esprit, le goût et la raison,
Le jugement vif et solide ,
Pour étendre au loin l'horizon ,
Rarement lui servent de guide :
Il est contraint d'avoir recours
A des ressources étrangères ;
Il s'élève par leur secours ,
II se traine avec ses lumières.
Le Commetce , de ses cent bras ,
Ne presse les deux hémisphères ,
Que pour rèndre tous les climats
Les uns des autres tributaires.
Voulez-vous porter dans les Cieux t
Une lumière vive et pure ;
Dans vos transports audacieyx
Sur la fait saisir la Nature ;
Etudier , dans ses ressort? ,
Le jeu de la machine humaine ;
De notre âme et de notre corps
Connaître l'invisible chaîne :
( 12 )
Jeter dans lame et dans les cœurJ
Des éclairs brûlans et rapides ;
Dans les yeux appeler les pleurs
Calmer des fureurs homicides ;
Emouvoir les sens par des sons ;
Charmer le cœur et les oreilles ;
Dans les Vers et dans les Chansons
Des Dieux retracer les merveilles j
Colorer l'âme, et du plaisir
Sur la toile suivre les traces ;
D'un bloc grossier faire sortir
Les Dieux , les Héros et les Grâces.. s
Venez, mêlez-vous à nos jeux ,
Vous que l'amour des Arts enflamme :
Si vous n'obtîntes rien des Dieux t -
Ici vous puiserez une âme.
Que de bienfaits ! que de secoure
Sont rassemblés dans cet asyle !
Du travail abrégeant le cours"
Ils rendront la gloire facile.
Les Artistes et les Savans ,
Les Orateurs et les Poètes.,
Vont réunir tous leurs talens f
Pour mieux agrandir leurs conquêtes î
Je les vois de communs efforts.
S'animer, s'entr'aider sans cesse j
Se communiquer leurs trésors ,
Sans rien perdre de leur richesse:
Tels on voit différens objets
Frappés d'une égale lumière,
Participer de leurs reflets ,
En gardant leur couleur première.
( i3 )
Rivaux courageux et constans
Des Èchine, des Démosthèney
On vous dira que leurs talens
Firent seuls la splendeur d'Athènes ;
Que pour moissonner *les lauriers
Qu'offrent les Filles de Mémoire,
Il faut suivre tous les sentiers
Qui les ont conduits à la gloire : •
Les émules d'Anacréon
Et des Horace et des LucrÜe,
Pour descendre au sacré Vallon,
Prendront des leçons de sagesse.
Beaux Arts ! vous aurez part aussi
A cet échange de lumières !
Ceux dont le goût a , jusqu'ici,
Rejeté les feux éphémères,
Sentant pénétrer leurs esprits
D'une commotion soudaine,
Oseront disputer le prix
Aux Praxitelle, aux Protogéne.
Homère, en célébrant les Dieux,
Des Grecs électrise les Ames;
Dans ses accens mélodieux ,
Du Génie ils sentent les flammes :
Si Jupiter, en ces climats ,
Parut, dans sa gloire immortelle ,.
C'est que Pindare à Phidias
En avait tracé le modèle.
Je vous entends fougueux censeurs
De Cette glorieuse arène ,
Faire au loin mugir les clameurs
De l'impuissance et de la haine !