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M. l'abbé Barthélemy, ancien curé de la paroisse Saint-Sébastien, à Nancy... ou Le père dom Fourier-Marie, décédé prieur de la Chartreuse de Valbonne : Gard : sa vie, son ministère paroissial, sa profession religieuse, sa mort, ses funérailles / par M. l'abbé Blanc,...

De
154 pages
Vagner (Nancy). 1870. Barthélemy, Jean-Nicolas (1792-1869). Chartreuse Notre-Dame de Valbonne. VIII-148 p. ; in-8°.
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M. L'ABBÉ BAITHÉLEIY
ANCIEN CURÉ DE LA PAROISSE SAINT - SÉBASTIEN
A NANCY (MEURTHE),
ou
lï PÈl^DOM FOURIEtMfARïÉ
DÉCÉDÉ
;r - 1'
t RIEUR DE LAjCHARTREUSE DE VALBONNE (GARD)
X-*-s -
SA VIE, SON MINISTERE PAROISSIAL,
SA PROFESSION RELIGIEUSE, SA MORT, SES FUNÉRAILLES
PAR
m. L'ABBÉ BLAKC
Chanoine honoraire, Aumônier du Lycée impérial de Nancy.
Dominus, Deus luus, ductor tuus in
solitudine. et cibapit te mannâ in
solitudine.
Le Seigneur ton Dieu te conduisit dans la
solitude. et te nourrit de la manne du
désert. (TOB. I.)
NANCY
VAGNER, IMPRIMEUR - LIBRAIRE - ÉDITEUR
Rue du Manège, 5
1870
ÉVÊCHÉ
DE
NANCY ET DE TOUL.
Nancy, le 8 décembre 1869.
9
CHER MONSIEUR L'AUMÔNIER,
Je n'ai pu que parcourir rapidement votre opuscule sur
le regrettable M. l'abbé Barthélémy, décédé Prieur de la
Chartreuse de Valbonne; mais je ne doute pas que cette
vie si édifiante ne soit lue avec intérêt et avec fruit dans
les diverses paroisses qu'il a administrées comme curé, et
notamment par ceux qui ont eu la consolation de connaî-
tre ce saint religieux. Nous en autorisons, volontiers,
l'impression dans le diocèse.
Recevez, cher Monsieur et ami, l'assurance de mon
affectueux dévouement.
JAMBOIS, vicaire-général.
tk M. l'abbé Blanc, chanoine honoraire, aumônier du Lycée impérial.
AVANT-PROPOS.
Lorsqu'un homme, quel qu'il soit, a fourni
noblement sa carrière, lorsqu'il a conquis l'es-
time de ses semblables par ses vertus, ses
œuvres, ses bienfaits, il est juste de bénir son
nom et de célébrer sa mémoire. Mais si cet
homme est le ministre de Dieu, le dispensa-
teur de ses divins Mystères dans la société
comme dans le cloître, une âme d'élite, un
ami particulier, alors la vénération qu'on lui
doit, revêt des formes nouvelles, un caractère
nouveau, car l'amitié a ses droits comme la
justice.
C'est à ce double titre que nous avons formé
le dessein de consacrer ces quelques pages à
la pieuse et douce mémoire du vénérable
Dom Fourier-Marie Barthélemy, ancien curé
de Saint-Sébastien de Nancy, décédé Prieur
de la Chartreuse de Valbonne.
Toutefois, avant de prendre la plume, nous
avons dû nous demander si, dans un diocèse
aussi avancé pour la science et la piété, Dom
Fourier Barthélemy n'aurait pas trouvé au
service de sa vie si édifiante une plume fé-
conde et brillante, qui aurait apporté, dans
ce récit, l'onction et la beauté de forme qu'on
recherche dans une biographie de ce genre,
et par conséquent plus capable que la nôtre
de remplir ce pieux devoir.
Nous avons pensé que les liens d'estime et
d'affection qui nous ont constamment uni à sa
personne vénérée pendant les quatorze der-
nières années de son ministère pastoral à
Nancy, une vingtaine de lettres qui nous ap-
partiennent, quelques autres fournies par sa
famille et par des personnes (1) qui, dans les
diverses phases de sa vie, s'étaient trouvées
près de lui ou associées à ses œuvres, seraient
un titre suffisant qui suppléerait à notre fai-
blesse, et nous mettraient à même de peindre
avec les couleurs les plus vraies son âme et
son cœur d'apôtre, et d'apprécier sainement
les motifs purs et élevés qui l'ont constamment
guidé — comme pasteur d'une paroisse con-
sidérable vers le bien des âmes, — comme
pieux disciple de saint Bruno, vers l'active
recherche de la perfection religieuse dont il
s'efforça d'être un vivant exemple et un mo-
dèle accompli.
Une autré considération personnelle est
venue nous encourager dans cette tâche : il y
a vingt-trois ans, appelé en Lorraine par des
liens de famille, nous quittions, non sans re-
grets, le beau ciel du Languedoc, et le mo-
nastère de la Chartreuse de Valbonne, à l'om-
(t) En particulier, M. l'abbé Chevallier, chanoine titulaire de la
Cathédrale de Nancy, son ancien élève dévoué de Malzéville et son
constant ami.
bre duquel s'étaient écoulées les heureuses
années de notre jeunesse. Nancy devenait pour
nous un pays d'adoption, une seconde patrie.
Le vénérable Dom Fourier-Marie Barthélémy,
alors curé de la paroisse Saint-Sébastien, nous
y réservait, au déclin de sa vie, le plus hono-
rable et le plus sympathique accueil. Chaque
jour ne fit que rendre nos bons rapports plus
forts et plus doux. Son départ pour la solitude
du cloître ne put les affaiblir ; le cœur de ses
paroissiens comme les regrets de ses nom-
breux amis lui furent constamment fidèles ; et
lorsque devenu le vénéré Prieur de ce monas-
tère de Valbonne, il nous a reçu naguère dans
sa modeste cellule, toute embaumée du par-
fum de ses vertus, nous avons pu apprécier
par nous-même les fruits abondants de sa nou-
velle vie, comme nous avons été l'heureux
témoin de la respectueuse affection et du dé-
vouement de ses saints religieux pour sa per-
sonne vénérée. Notre présence et notre amitié
semblaient être pour sa vieillesse comme une
brise vivifiante du sol natal, ou une douce
apparition de son ancienne paroisse de Nancy,
de ce cher Nancy qu'il avait édifié, pendant
quatorze années, des œuvres de son zèle, qu'il
aima toujours, qu'il n'oublia jamais, même
dans ses dernières pensées et ses dernières
prières avant de mourir. « Et dulces moriens
reminiscitur Argos J. *
Et maintenant que la dépouille mortelle du
vénérable Prieur Dom Fourier-Marie Barthé-
lemy, attendant en paix la Résurrection glo-
rieuse, repose sur cette terre lointaine, dans la
silencieuse enceinte de ce même monastère
de Valbonne; — maintenant que cette âme
d'élite est entrée dans un monde meilleur
pour y recevoir la récompense de ses vertus
et de ses bonnes œuvres, et que sa pensée fait
partie du trésor de nos plus chers souvenirs,
il nous a semblé qu'un pieux devoir, nous
pourrions dire une dette de reconnaissance
nous incombait : celle de faire connaître ce
que fut Dom Fourier Barthélemy, pendant sa
vie, comme prêtre, comme curé et comme
religieux. Triple et sainte auréole qui consa-
crera sa mémoire sur la terre où il a combattu
courageusement les bons combats du Sei-
gneur, servi et honoré tout à la fois la saintp
Eglise, l'ordre cartusien et le diocèse de
Nancy en particulier par ses trente-huit an-
nées de ministère pastoral.
Daignent sa famille, les pieux enfants de
saint Bruno et ses anciens paroissiens, ac-
cueillir avec indulgence, comme une simple
fleur déposée sur sa tombe, cette trop im-
parfaite esquisse ! Elle n'a d'autre but que la
gloire de Dieu et l'édification des fidèles.
1
I.
Jean-Nicolas Barthélemy naquit le 19 mars 1798
à Lagarde, village du diocèse de Nancy, situé sur
la rivière du Sanon, dans le canton de Vie, arron-
dissement de Château-Salins. Sa famille, dont il
fut le dixième enfant, occupée aux travaux agri-
coles, se faisait remarquer dans la contrée par une
rare probité et un attachement à la religion qui a
toujours été héréditaire (1). Son père, pendant le
règne de la Terreur (2), qui venait de passer sur
la France comme un torrent qui ne laisse après lui
que des ruines, avait été dénoncé au tribunal ré-
volutionnaire comme bon catholique et défenseur
courageux de l'ordre public et des droits sacrés de
l'Eglise.
Le jeune Barthélemy fut baptisé sous le nom de
Jean-Nicolas, et reçut ainsi en naissant le nom
d'un des glorieux patrons de la Lorraine. Elevé
par des parents éminemment chrétiens, et prévenu,
dès ses plus tendres années, des bénédictions du
(1) Deux de ses neveux exercent avec honneur les fonctions du saint
ministère dans le diocèse de Nancy, et un troisième est mort diacre, à
Vézelise.
(2) Du 31 mai 1793 jusqu'au 9 thermidor (27 juillet) 1794.
SES premiè-
res année.
& Lagarde.
— 2 —
Ciel, il croissait en grâce et en sagesse à mesure
qu'il croissait en âge. Mme Barthélémy, sa mère,
femme aux sentiments élevés et d'une vertu solide,
insinua si bien à sa famille l'amour de la prière
qu'à l'âge où les enfants savent à peine en réciter
quelques formules, le jeune Jean-Nicolas était déjà
un modèle de piété pour ses jeunes camarades sur
les bancs de l'école comme au catéchisme de la pa-
roisse. Sa raison commençait à peine à se dévelop-
per qu'on aperçut en lui un fonds extraordinaire
de dévotion. Son attention et son recueillement
pendant le saint sacrifice de la messe étaient re-
marquables ; il semblait qu'il comprît dès lors la
grandeur de Celui qui s'immole et du Dieu à qui
s'offre la Victime sacrée. On le surprenait parfois,
dans l'intérieur d'un appartement, dressant des
reposoirs, ou bien, un simple tablier sur ses
épaules et devant un petit autel improvisé, disant
les prières de la messe avec une ferveur toute
angélique.
Heureux enfant, qui, par ses sentiments et ses
pieux amusements du jeune âge, faisait déjà pré-
sager en lui la vocation à laquelle le Ciel devait
l'appeler un jour!..
Cette ferveur ne fut point passagère ; on le vit
persévérer, avec une exacte fidélité, dans toutes les
vertus qui font l'ornement de la jeunesse jusqu'à
l'époque de sa première communion qu'il fit à
onze ans dans son église paroissiale, avec tout le
zèle et le plus grand soin dont un enfant de cet
Sa première
communion.
— 5 —
âge peut être capable. Cet événement devait mar-
quer dans ses souvenirs, il se le rappela toujours
comme un des plus beaux de sa vie. Le jeune
Barthélemy s'appliqua dès lors à la pureté de
cœur, caractère particulier des âmes d'élite en qui
le Sauveur Jésus se complaît spécialement.
Ses premières années se passèrent ainsi au sein
de sa famille chrétienne et au milieu d'une bonne
et religieuse population rurale qui, malgré les
désastres survenus plus tard par l'invasion étran-
gère dans les villes frontières, conserva toujours
intactes la pureté de sa foi et la simplicité de ses
mœurs patriarcales. Son caractère affectueux et
ses charmantes qualités le faisaient aimer et re-
chercher partout dans son village natal. A l'âge
de quatorze ans, il eut la douleur de perdre sa
mère !. Quel bon fils n'a point éprouvé les an-
goisses d'une telle séparation!. Une année s'était
à peine écoulée que son père allait rejoindre son
épouse dans la tombe, laissant entre les mains de
Melle Elisabeth Barthélémy, l'une de ses filles, le
soin et la direction du jeune Jean Nicolas, son
frère puiné.
Le jeune Barthélémy, orphelin de père et de
mère dans un âge si tendre, parut comprendre
toute l'étendue de son malheur; il versa tant de
larmes et inspira tant d'intérêt que ses heureuses
dispositions engagèrent sa famille à le placer d'a-
bord à Parroy, chez M. le curé Didrit, un très-
digne prêtre, et type de l'ancien clergé. Peu après
Ses études de
latiaité à
Juuecoart.
- 4 -
on le confia en qualité de pensionnaire à M. l'abbé
Heatz, curé de Juvrecourt, pour commencer ses
études de latinité. Le jeune Barthélémy, sans être
doué d'une intelligence extraordinaire, était favo-
risé d'une mémoire heureuse, d'un jugement droit,
d'un cœur docile et naturellement bon. Il trouva
auprès de son respectable maître, prêtre de mérite
et confesseur de la foi, un tendre dévouement et
des soins aussi multipliés qu'assidus.
C'est dans cet humble presbytère de campagne
et en 1813, qu'il eut pour premier camarade d'é-
tude un jeune condisciple qui devait un jour occu-
per successivement dans le diocèse de Nancy les
postes les plus élevés de la hiérarchie sacerdotale,
devenir curé-archiprêtre de la Cathédrale de Toul,
vicaire-général titulaire pendant dix années et
enfin figurer avec distinction dans les rangs de l'é-
piscopat français, Monseigneur Louis-Auguste De-
lalle, Evèque de Rodez. Une douce et étroite amitié
unit dès lors les deux jeunes étudiants de Juvre-
court par ces liens d'estime et d'affection récipro-
ques qui font le charme de la jeunesse et ne finis-
sent qu'avec la vie, selon la pensée du poète :
Il Adeo in leneris consueseere multùm est. Tant
11 de nos premiers ans l'habitude est puis-
» sante 1. »
Sous l'œil vigilant de ce respectable curé, le
jeune Barthélémy, par son aptitude et son applica-
tion, fit des progrès rapides dans l'étude des lettres
latines et françaises, mais surtout il se forma à une
— 5 —
solide piété el aux vertus sacerdotales pour lesquel-
les il avait manifesté depuis son enfance un vif et
sensible attrait. Déjà la grâce avait parlé à son
cœur, et sa résolution de se donner à Dieu, en se
consacrant au ministère des autels, devint irrévo-
cable; après une année d'étude au Séminaire de
Verdun, le jeune élève entra, en 1817, au Grand-
Séminaire de Nancy pour y commencer ses études
théologiques.
M. l'abbé Michel, qui en était alors le vénérable
Supérieur et pour lequel M. l'abbé Barthélemy
conserva toujours une vénération profonde, ne
tarda pas à reconnaître dans notre jeune lévite les
indices sérieux d'une vocation solide. Sa régularité
à tous les exercices de la Communauté devint cha-
que jour de plus en plus exemplaire; M. l'abbé
Barthélémy, que sa taille élevée faisait remarquer
dans les rangs de ses condisciples, se distingua
surtout au milieu d'eux par sa modestie, une pro-
fonde humilité d'esprit et de cœur, et une charité
reconnue de tous, qualités précieuses qui n'ôtaient
rien à son aimable enjouement, parce qu'elles
étaient accompagnées de beaucoup de douceur et
d'affabilité. Durant ses années de Grand-Séminaire,
comme toute âme privilégiée, il se sentit parfois
fortement attiré vers la vie religieuse du cloître,
et, par un pressentiment instinctif de la grâce spé-
ciale dont le Ciel devait couronner un jour sa lon-
gue carrière sacerdotale, il manifesta en plusieurs
circonstances, à ses compagnons d'étude, son désir
Sa vocation
ecclésiasti-
que et son
entrée au
Grand-Sé-
uiiuaire.
— 6 —
d'entrer en religion et de se faire Chartreux. La
suite de ce récit nous montrera cette pensée in-
time devenue en quelque sorte la compagne fidèle
de toute sa vie.
Néanmoins, voulant se préparer aux fonctions
du saint ministère, par la sainteté et la science
ecclésiastique, sous la direction de ses pieux et
savants maîtres, notre jeune séminariste cultive
avec ardeur les régions sévères de la théologie; il
travaille, il creuse son sillon, tandis qu'à ses côtés,
ses dévoués condisciples préparent avec une ardeur
égale cette riche moisson de science sacrée et de
vertus qui fait encore à notre époque l'honneur du
clergé de la Meurthe.
Après quatre années de noviciat clérical,
M. l'abbé Barthélémy, qui avait été appelé successive-
ment par ses Supérieurs : à la tonsure le 16 mai
1818 — aux ordres mineurs le 5 juin 1819 -
au sous-diaconat le 27 mai 1820 - au diaconat
le 23 septembre 1820 .- n'ayant point l'âge ca-
nonique pour recevoir la prêtrise, passa une an-
née entière au sein de sa famille, à Lagarde. Une
mission eut lieu cette année, dans sa paroisse na-
tale; M. l'abbé Barthélémy, engagé par M. le curé
à prendre part à ces saints et salutaires exercices,
où tant d'âmes égarées comprennent enfin le bon-
heur de se réconcilier avec Dieu et avec elles-mê-
mes, parut pour la première fois dans la chaire
de vérité, n'étant encore que simple diacre; il donna
quelques sermons qui excitèrent Je plus vif intérêt
Son appel
1 aux divers
ordres sacrés
Simple dia-
cre, il prend
partà une
mission à
Lagarde.
- 7 -
de ses auditeurs. On a conservé longtemps, dans
le pays, le souvenir de l'heureux début du jeune et
ardent apôtre de la parole évangélique.
Enfin, après ce délai d'une année consacrée à
l'étude et aux exercices de piété, le jeune diacre,
dont on reconnaissait la sagesse, l'expérience et la
sainteté, fut jugé digne de l'honneur du sacerdoce.,
M. l'abbé Barthélemy fut ordonné prêtre, le 25
mars 1823, par Mgr Antoine-Eustache Osmond,
alors Evèque de Nancy.
C'est un moment bien solennel que celui où le'
lévite du Seigneur, brisant le dernier anneau qui
l'attache au monde, laissant à sa famille un der-
nier adieu, courbe humblement la tête sous la
main du Pontife pour en recevoir l'esprit du sacer-
doce, puis, chargé du lien d'une obéissance volon-
taire, se relève plein de force pour travailler à la
gloire du souverain Maître et au salut de ses frères
en Jésus-Christ; telles furent les impressions inef-
façables de M. l'abbé Barthélemy dans cette mémo-
rable journée de son ordination à laquelle une foi
profonde et une grande piété l'avaient déjà préparé.
Le lendemain de ce jour et sans noviciat pratique
du ministère, il fut installé comme curé de la paroisse
de Malzéville, village considérable, de plus de 1,900
âmes, gracieusement assis sur la rive droite de la
Meurthe et à un kilomètre de Nancy. Le nouveau
curé y fit son entrée dans la dernière semaine des
Pâques et y chanta sa première messe le dimanche
du Bon Pasteur; heureux présage, car malgré sa
Ordonné prè-
tre, il est
nommé curé
ée Malzé-
ville , près
Nancy.
— 8 —
jeunesse, il devait être lui-même un Pasteur ac-
compli !.
Il serait difficile de dire avec quelle joie et
quelle espérance on le reçut. Cette paroisse, pri-
vée de pasteur depuis le mois de décembre précé-
dent, par la mort du bon et vénéré Père Munier,
ancien confesseur de la foi, avait été desservie
comme une surcharge pénible, par des prêtres voi-
sins ou passagers. On conçoit combien ce long
veuvage avait disposé cette population, d'une nature
simple et affectueuse, à bien recevoir le nouvel en-
voyé de Dieu, et combien dut ajouter à cette heu-
reuse disposition, la vue de ce jeune curé, dont
la stature avantageuse, l'air noble, doux et affable,
inspiraient la plus entière confiance. Dès ce moment
la sympathie de ses paroissiens lui fut acquise.
Mais quand, à sa première messe, on fut témoin
de la piété touchante avec laquelle il célébrait les
saints Mystères, quand on eut entendu son chant
sonore et suave, et surtout son premier sermon
dans lequel son cœur timide et palpitant, mais
embrasé du feu divin, retraça à grands traits l'idéal
du bon Pasteur, — programme admirable dont toute
sa vie n'a été que la constante réalisation, — alors
tout l'auditoire, ravi jusqu'aux larmes, comprit
quel trésor Dieu lui avait donné dans sa miséri-
corde. Déjà l'union était faite : la paroisse aimait
son curé, elle en était fière, et on pouvait tout
espérer d'un si heureux début.
Disons tout d'abord le résultat immense auquel
Ses vertus sa.
cerdotales.
- 9 —
1*
il parvint en seize années de labeurs à Malzévillc :
M. l'abbé Barthélemy trouva une paroisse pres-
qu'inculte, où très-peu non seulement d'hommes
mais de femmes faisaient leurs Pâques, où les offi-
ces religieux et les règles disciplinaires de l'Eglise
étaient généralement abandonnés, une paroisse
que l'on Fegardait comme une des plus difficiles dù
diocèse à cause de son voisinage de Nancy, qui la
constitue, les jours de dimanches et de fêles, le
rendez-vous joyeux et bruyant d'une partie de la
population ouvrière de cette ville ; et quand il la
quitta, elle était devenue une paroisse modèle.
Par quel ensemble de moyens M. l'abbé Barthé-
lemy réalisa-t-il un tel succès ? c'est ce que nous
allons indiquer rapidement.
Personne n'ignore que pour travailler efficace-
ment au salut des autres, le. prêtre doit d'abord se
sanctifier lui-même : priùs sanctificari, deinde
sanctificare. Aussi le bon pasteur s'efforça-t-il de
remplir parfaitement ses devoirs personnels de re-
ligion et d'avancer chaque jour dans les voies de la
justice et de la sainteté.
Avec quelle exactitude et quelle ferveur M .l'a'bbé
Barthélémy se livrait tous les matins au saint exer-
cice de l'oraison; se levant toujours de très-bonne
heure, il y employait un temps considérable dans
la posture la plus recueillie, à genoux sur un prie-
Dieu, devant un crucifix au fond d'un petit ora-
toire, où aucun bruit du dedans ni du dehors
n'arrivait jusqu'à lui. Fidèle à lire, dès la veille,
-10 -
le sujet dans Chevassu, son auteur favori, il se
livrait plus particulièrement le lendemain à cette
partie de l'oraison qu'on nomme les affections et les
résolutions. Il épanchait son cœur devant Dieu
dans de vifs sentiments d'amour, d'offrande de
lui-même, de confiance, d'humilité à la vue de sa
faiblesse et du besoin immense qu'il avait des lu-
mières et des grâces divines pour gouverner, si
jeune encore, le peuple nombreux qui lui était con-
fié. Ce fut toujours chez lui une dévotion particu-
lière, fruit de son ardente charité, de prier beau-
coup pour tous ses enfants spirituels qu'il portait
vraiment dans son cœur comme une tendre mère.
Dans une des dernières années qu'il passa comme
profès à la Chartreuse ,de Bosserville, il avouait à
un de ses amis que, pendant les longues insomnies
qui précédaient, ou suivaient l'office de la nuit, il
éprouvait un grand bonheur de repasser en sa mé-
moire ses trois anciennes paroisses et de recom-
mander affectueusement à Dieu chacun de ceux
qu'il avait connus.
Après son oraison, il se rendait ordinairement à
l'église où il préparait tout pour la sainte messe. :
il en avait choisi l'heure la plus convenable pour
le plus grand nombre de ses paroissiens, puis fai-
sait sa préparation immédiate au saint sacrifice.
Il était là agenouillé dans un petit banc, à deux
pas de l'autel, absorbé par le recueillement, le vi-
sage enflammé des saintes pensées, des désirs céles-
tes qui remplissaient son cœur. Jamais il n'omit
— 11 —
de célébrer les divins myslères, à moins d'empê-
chements majeurs ; c'était son bonheur suprême
pour lequel il eût tout sacrifié.
Après la sainte messe et ayant terminé son action
de grâces, qu'il faisait avec autant de fidélité que
de ferveur, il se rendait au confessionnal si on le
demandait, et enfin il rentrait chez lui pour pren-
dre une légère réfection , pendant laquelle il rece-
vait les communications de Melle Barthélémy, sa
sœur, qui était aussi sa gouvernante, ou lui don-
nait ses ordres. Revenu dans son appartement, il
achevait aussitôt les petites heures du Bréviaire,
car il disait souvent prime avant la messe et ne
remettait jamais matines au lendemain de peur
d'avoir alors un encombrement d'exercices, ce qui
nuit beaucoup à la bonne exécution de chacun
d'eux.
A ces devoirs essentiels, M. le curé Barthélemy
joignait, comme tout saint prêtre en a l'habitude,
plusieurs pratiques spirituelles qu'il distribuait sa-
gement dans le cours de la journée, afin de repren-
dre des forces dans la pensée de Dieu : — L'exa-
men de conscience, très-recommandé par les Pères
de la vie spirituelle. Sur le soir : — Le chapelet
et la visite au Saint-Sacrement qu'il faisait, autant
que possible, à la même heure, au bas de l'église,
afin d'être plus à portée des personnes qui dési-
raient se confesser ; puis enfin, — la lecture spiri-
tuelle et la préparation de l'oraison. Sauf des
empêchements involontaires , il apporta toujours
— 12 —
comme un humble séminariste la plus exacte fidé-
lité à son règlement de la journée.
Ces pratiques journalières ne suffisaient pas à sa
piété sacerdotale ; il sentait le besoin de se recueil-
lir encore plus parfaitement, pendant quelques
jours de l'année, pour interroger ses voies devant
Dieu, et reprendre une nouvelle ardeur dans son
service ; aussi était-ce avec une vraie joie qu'il ac-
courait aux retraites diocésaines, où il se croyait,
disait-il, « comme au paradis terrestre ou sur le
Thabor. » Qnand il n'y était pas invité, il y sup-
pléait en son particulier, ou en allant se retremper
à la Chartreuse de Bosserville et même une fois à la
Trappe de la Meilleraye. d'où il revint tout
pénétré et comme ravi de la vie angélique de ces
saints religieux. Son attrait pour la vie cénobitique
en reçut une impulsion nouvelle, qu'il communiqua,
à son retour, à ses amis, leur disant que « si Dieu
le laissait curé jusqu'à soixante ans, il quitte-
rait alors toute charge pour aller se préparer à
la mort dans un monastère, » et nous verrons,
dans la suite de ce récit, comment son entrée à
Bosserville, trente-huit ans plus tard, a justifié son
pressentiment de cette époque.
M. l'abbé Barthélémy avait compris, selon le
sage conseil de saint Paul, que le prêtre pasteur
ne doit pas seulement prier, mais encore travailler,
lire et s'instruire : attende lectioni et doctrinœ.
Le temps qu'il ne donnait pas à ses fonctions pasto
raies et à la prière, il le consacrait à la lecture
— 15 —
et à l'étude : il employait ordinairement le reste de
la matinée à composer ses sermons, à préparer ses
instructions et ses catéchismes en particulier qu'il
regardait comme l'œuvre par excellence du mi-
nistère pastoral. Mais ce n'était pas là seulement
l'objet de son travail de cabinet ; il savait que les
études d'un jeune prêtre sont nécessairement incom-
plètes, et qu'en sortant du séminaire, on n'a guère
que la clé, c'est-à-dire les éléments indispensables
pour pouvoir ensuite travailler par soi-même; aussi
le plus souvent, ses après-diners étaient-ils consa-
crés à l'étude de la théologie et particulièrement à
la lecture de l'histoire ecclésiastique. C'est ainsi
qu'il parvint à acquérir une grande variété de con-
naissances qui lui méritèrent la considération
d'homme compétent ; et, chose étonnante, il trouva
encore du temps pour prendre des élèves qu'il ini-
tiait à l'étude du latin, car, dès sa première année
de pasteur, il eut constamment plusieurs jeunes
étudiants, et son zèle infatigable pour préparer des
sujets capables de pouvoir servir un jour l'Eglise,
lui faisait regarder ce surcroît de fatigues comme
une simple récréation.
Telle fut en résumé la vie privée de M. l'abbé
Barthélémy, vie de prière et de travail, vie solide-
ment vertueuse que Dieu se plut à combler de
grâces et de faveurs. Considérons-le maintenant
dans sa vie publique, travaillant de toutes ses
forces à la sanctification des âmes qui lui sont con-
fiées.
— lik -
A peine installé dans sou presbytère de Malzé-
ville, M. le curé commença la visite pastorale de sa
paroisse qu'il fit dans le plus grand détail, n'omet-
tant pas une seule maison, une seule âme, s'infor-
mant délicatement de tout ce qui concernait chaque
membre de la famille, imitant la tendresse du bon
pasteur pour les enfants auxquels il donnait des
images, des médailles et des chapelets aux jeunes
filles, les exhortant à ne pas manquer aux écoles
et aux catéchismes, et témoignant aux parents son
grand désir de les voir assister fidèlement aux offi-
ces. Doué d'un discernement très-prompt et d'une
mémoire heureuse qui lui gravait à l'instant dans
l'esprit les personnes, les noms et les situations, il
acquit ainsi en quelques mois une connaissance
complète de toute la paroisse et il pouvait dire dès
lors comme le bon pasteur : « Cognosco oves meas,
et cognoscunt me meœ. »
M. l'abbé Barthélemy remplit avec beaucoup de
zèle, dans les trois paroisses qu'il administra succes-
sivement en qualité de pasteur, le devoir des visites à
faire ou à rendre. C'est là pour un curé un moyen
efficace, en honorant ses paroissiens, de gagner leur
confiance. Au lieu de prendre ses récréations dans
des passe-temps même innocents, il se reposait dans
les devoirs de la bienséance, en allant visiter les
malades, les infirmes, les personnes dans le cha-
grin qui toutes en éprouvaient une grande consola-
tion ; mais ceux de ses paroissiens qu'il affection-
nait le plus, c'étaient les pécheurs, ces hommes à
Les heureux
effets de
Ion minis-
tère pasto-
ral.
— ta-
préjugés, les indifférents qui avaient abandonné le
chemin de l'église ; il les priait, les sollicitait de
rentrer en eux mêmes, et de revenir à Dieu. On
aimait à l'entendre, dans ses conversations familiè-
res, réfuter leurs sophismes, à le voir plaisanter de
leurs vaines excuses, tout en éclairant leurs intel-
ligences par des traits de lumière, en même temps
qu'il charmait leurs cœurs par sa bonté et sa dou-
ceur ; et s'il ne réussissait pas tout d'abord à les
ramener à la foi chrétienne et aux pratiques reli-
gieuses, il en faisait du moins des hommes moins
prévenus, et préparait ainsi leur retour à Dieu dans
un avenir prochain. On en a vu des preuves bien
remarquables. C'est ainsi qu'à l'exemple de saint
Paul, ses visites étaient une espèce d'apostolat :
publicè et per domos. Non content dans les rues,
d'offrir ou de rendre son salut, il adressait ordi-
nairement à tous ceux qu'il rencontrait sur ses
pas, particulièrement aux ouvriers, aux pauvres,
aux enfants, quelques bonnes paroles, une bienveil-
lante question qui attestaient son affection et son
intérêt tout paternel. Tel était ce jeune prêtre se
faisant tout à tous pour les gagner tous à Jésus-
Christ.
II.
A Malzéville comme dans ses deux paroisses sub-
séquentes, la splendeur du culte et la pompe des
cérémonies furent aussi un moyen dont il se servit
Son zèle pour
l'ornemen-
tation de
l'Eglise pa-
roissiale.
— 16 -
pour attirer les âmes à Dieu. Animé du même
amour que le roi-prophète pour la décoration de
1» maison du Seigneur : Domine ditexi decorem
dornûs tuœ, non seulement il faisait régner une
propreté admirable dans toutes les parties de l'édi-
fice sacré, mais il savait le parer et l'orner avec un
goût exquis. Bientôt tous les ornements et ustensi-
les de la sacristie de Malzéville, usés ou détériorés
par un trop long usage, furent restaurés et en grande
partie remplacés par de nouveaux, beaucoup plus
beaux et plus riches ; les vases sacrés furent réargen-
tés et dorés, un superbe ostensoir et sa niche furent
achetés, les statues des saints, les tableaux, tout le
fond du chœur retouchés et embellis par des tra-
vaux de peintres et de doreurs, en même temps
que de nouvelles bannières étaient confectionnées
et déployées dans l'église. Par ses soins, les autels
reçurent de belles et nombreuses garnitures de
nappes à longues franges de dentelles, des fleurs
artificielles, de grands chandeliers argentés et un
magnifique écran brodé. Les armoires auparavant
si vides se remplirent de surplis, d'aubes dont plu-
sieurs d'une beauté remarquable et enfin de linge
et d'ornements de toute sorte. Aux ressources qu'il
savait se créer par les simples quêtes à l'église et
sans recourir à des moyens importuns, se joi-
gnaient spontanément les dons et les travaux de
personnes riches et pieuses qui étaient heureuses
de le seconder pour rendre à la maison de Dieu la
dignité et l'éclat qui lui sont dus.
— 17 -
Ce n'était encore là que le début de ce que de-
vait réaliser M. l'abbé Barthélemy dans sa première
paroisse. Le concours des fidèles, attirés aux offices
par la beauté des décors et la pompe des cérémo-
nies, devint tellement nombreux et régulier que
l'église paroissiale ne fut pas assez vaste pour le
contenir, il fallut songer à l'allonger. Le bon curé
pria beaucoup avant de se décider pour une entre-
prise dont les dépenses élevées devaient dépasser
ses ressources, et qui n'était pas sans danger pour
la solidité de cette antique et jolie église ogivale ;
car il était à craindre que la voûte et les murs ne
fussent ébranlés par la démolition du portail.
M. l'abbé Barthélemy mil la mainà l'œuvre, surveilla
les travaux avec un zèle infatigable et bientôt il
eut le bonheur de voir l'ouvrage terminé avec un
plein succès. L'édifice allongé fut complété par une
tribune placée au-dessus de l'entrée, qui lui permit
de recevoir tous ses paroissiens et rehaussa encore
le charme des cérémonies par la perspective de
l'éloignement.
A ces diverses réparations, le zélé curé en fit suc-
céder d'autres non moins importantes: repaver la
nef et le chœur en pierres de taille, substituer de
nouveaux bancs d'une forme élégante et en bois de
chêne à la place des anciens qui étaient de diffé-
rentes formes et tombaient de vétusté, enfin rem-
placer le maître-autel et l'autel de la sainte Vierge
qui étaient vieux et en bois, par des autels en mar-
bre, fut l'œuvre rapide de son ardent amour pour
— J8 —
la décoration du saint lieu. Toutes ces dépenses
s'élevèrent à un chiffre considérable qui fut bien-
tôt couvert.
Ce n'était pas comme but mais comme moyen
que le pieux curé agrandissait et ornait ainsi son
église; déraciner les vices, corriger les abus, im-
planter les vertus et les observances religieuses,
former des âmes pieuses et solidement chrétiennes,
c'est à quoi il travaillait sans relâche. A cette fin,
il institua une congrégation d'hommes et de jeunes
gens qui, chaque dimanche, chantaient les matines
de la sainte Vierge avant la grand'messe, et une
congrégation de demoiselles en l'honneur et sous
la protection de Marie dont elles chantaient les
Vêpres tous Les dimanches et célébraient les fêtes
avec dévotion et solennité. Le lecteur voudra bien
nous permettre à ce sujet quelques détails qui,
pour paraître insignifiants, ne feront pas moins
ressortir le zèle de M. l'abbé Barthélemy pour la
sanctification de ses paroissiens.
Chaque dimanche il assistait lui-même aux ma-
tines des hommes et des jeunes gens, à moins qu'il
ne fût retenu au confessionnal, et dans ce cas on
le voyait sortir du tribunal de la pénitence pour
venir adresser quelques mots d'édification et d'en-
couragement aux associés. La congrégation des
demoiselles fut l'objet particulier de sa constante
sollicitude. Pour les rendre plus fidèles, il fit ap-
prouver leurs règles et statuts par l'Evèché et en
surveilla l'exécution avec une grande fermeté ; à
Ses associa-
tions pieu-
ses et cha-
rihbles pour
ranimer la
foi et la
piété des fi-
dèles.
— 19 —
moins d'empêchements, il était présent à leur office,
placé derrière elles dans le but de les exciter à
l'exactitude et à un maintien recueilli et pieux. Là
aussi il se trouvait en famille pour leur donner ses
avis et leur adresser chaque fois une petite exhor-
tation sur. les vertus de la sainte Vierge qu'elles
devaient imiter et sur les devoirs qu'elles avaient
à remplir. Combien ses paroles toutes simples,
mais pleines de vie et d'onction, produisaient d'heu-
reux fruits dans ces jeunes cœurs, il est facile de
le penser. Mais c'était surtout le 8 septembre, jour
de la Nativité, leur fête patronale, qu'il mettait
tout en œuvre pour en faire de dignes filles de
Marie. Après une retraite préparatoire de 4 à 5
jours où toutes se rendaient avec empressement,
et après s'être approchées du tribunal de la récon-
ciliation, toutes les congréganistes s'approchaient
pieusement de la sainte Table, à la messe solennelle,
à la grande édification de la paroisse. Le soir, à
l'issue d'une brillante procession aux flambeaux
dans l'église, où la statue de Marie était portée en
triomphe, les congréganistes renouvelaient l'une
après l'autre et à haute voix leur consécration à
la Reine des Vierges. Cette cérémonie, que M. le
curé Barthélemy a mise en pratique dans chacune
de ses paroisses, se faisait d'une manière si tou-
chante qu'on en parlait même avec admiration dans
les localités voisines. On devine aisément l'influence
salutaire que devait exercer sur les mœurs de la
paroisse cette fervente congrégation, réunissant
— 20 —
presque toutes les filles à partir du renouvellement
de la première communion et un certain nombre
de dames affiliées. Les unes et les autres, par leur
modestie, leur piété, leur fuite absolue de tous les
plaisirs bruyants et mondains, devenaient, comme
autant de prédicateurs et de modèles, au sein de
chaque famille. C'était à grand'peine que l'on par-
venait à former un bal à la fête du lieu et encore
il n'y paraissait guère que des filles et des femmes
étrangères. Cette sage conduite des congréganistes
de Malzéville persévère encore aujourd'hui sous la
direction et par les soins de M. le curé Charpentier,
le zélé successeur de M. Barthélemy dans cette pa-
roisse. C'est tout simplement admirable pour un
village si rapproché d'une cité où , comme dans le
voisinage de toutes les grandes villes, abondent tant
de causes de désordres et de séductions.
A ces diverses congrégations, M. le curé Bar-
thélémy joignit une association de Dames de cha-
rité, destinées à visiter les pauvres malades à domi-
cile et à leur procurer les secours dont ils avaient
besoin. Aux offices de leur fête patronale qui se
célébrait le dimanche le plus rapproché de la Visi-
tation de la sainte Vierge, l'une d'elles faisait la
quête, qu'elle complétait par une autre dans toutes
les familles aisées, et le produit, joint aux larges
cotisations des associées, formait le budget des
pauvres pour l'année. Un grand bien moral résul-
tait de l'exemple de ces Dames qui, appartenant
aux classes les plus distinguées, se transformaient
— 21 -
ainsi en mères consolatrices des malheureux et se-
couraient les pauvres avec le zèle et la bonté d'une
humble Sœur de charité. Elles étaient pour le
pasteur sa joie et sa couronne, de précieuses auxi-
liatrices dans son œuvre si méritoire du salut des
âmes.
Les soins que M. le curé Barthélemy donnait p
toutes ces associations n'étaient pas encore à com-
parer à ceux qu'il prodiguait à l'enfance, qui est
l'espérance et le gage de l'avenir. Il allait très-
souvent visiter les écoles, interrogeait les élèves,
examinait leurs cahiers, demandait les notes de
leur conduite, louait ou blâmait selon les circons-
tances, et encourageait maîtres et disciples à bien
remplir leurs devoirs. Le matin avant de commen-
cer l'étude, on récitait en commun la prière du
diocèse et de même la prière du soir avant de ter-
miner la journée. Il exigeait qu'on mit une impor-
tance extrême à l'étude par cœur et à la récitation
journalière du catéchisme, cette science abrégée de
la religion et des mœurs, la plus nécessaire de la
vie. Il fallait le savoir parfaitement pour être admis
à la première communion. Ce grand acte, dont dé-
pend ordinairement toute la vie, était pour lui
l'objet d'une vive sollicitude. Nous verrons ulté-
rieurement son zèle pour le catéchisme des en-
fants, et quelle importance il attachait à ce saint
exercice.
Depuis près de quatre ans, le zélé pasteur semait
ainsi sans relâche la semence du salut dans les
Le Jubilé de
1825, à
Malzéville.
- 22-
cœurs, déjà la paroisse avait changé de face et
promettait les fruits les plus abondants quand
arriva le jubilé de 1825, à l'occasion duquel Mrr de
Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, fit
donner une mission dans toutes les paroisses du
diocèse. M. l'abbé Barthélemy fut d'abord nommé
avec plusieurs confrères pour aller prêcher le jubilé
dans quelques localités, entr'autres à Pagny-sur-
Moselle, où il fit preuve d'une ardeur vraiment
apostolique ; puis enfin il revint avec ses collègues
le célébrer dans sa paroisse de Malzêville. Pendant
plusieurs semaines, la parole de Dieu, annoncée par
des bouches éloquentes, retentit plusieurs fois le
jour au milieu d'un peuple que la grâce de Dieu
attendait. L'impression produite par la méditation
des vérités éternelles fut si profonde, le triomphe
de la miséricorde si éclatant, la moisson si abon-
dante qu'à peine resta-t-il dans la paroisse quel-
ques incrédules qui ne s'approchèrent pas de la
Sainte-Table. On peut difficilement se figurer la
joie du pasteur, et rien ne pourrait rendre l'en-
thousiasme, de cette population revenue en masse
à la pratique complète et fervente de la religion,
surtout dans la cérémonie de la plantation de la
croix qui clôtura le jubilé, et où les cris d'adora-
tion et d'amour, éclatant de toutes les poitrines,
retentissaient jusqu'au Ciel ; il en fut de même au
moment du départ des missionnaires dont on n'au-
rait pas voulu se séparer.
Ce retour à Dieu qu'on peut dire général, même
— 23 —
de la part des hommes, ne fut pas, pour la grande
majorité, un simple feu de paille ; non, ils conti-
nuèrent à assister aux offices et à s'approcher ré-
gulièrement des Sacrements; enfin le bien se main-
tint, s'enracina et alla même en se développant
parce que Dieu continuait à verser ses grâces, et la
main habile qui cultivait le champ du Seigneur ne
se lassait pas.
Alors, en effet, les travaux du confessionnal de-
vinrent très-longs et très-fréquents. On conçoit
combien une paroisse si nombreuse, rendue à la
ferveur, devait occuper un seul prêtre, d'autant
plus que le bon curé de Malzéville avait déjà réussi
précédemment à disposer un grand nombre de per-
sonnes à la communion fréquente. Mais cette
lourde charge, loin de le fatiguer, faisait sa joie
et sa consolation. Pour l'augmenter encore, s'il
était possible, il avait soin, au prône du dimanche
qui précédait chaque fête solennelle, d'en indiquer
l'objet, l'excellence et d'inspirer aux fidèles, par
quelques paroles bien senties, le désir de la célé-
brer de la manière la plus fructueuse en s'appro-
chant des Sacrements. Bientôt dans la paroisse les
simples dimanches et les jours ouvriers même eu-
rent leurs nombreuses communions presque à l'ins-
tar des communautés religieuses dans les cou-
vents.
Par quelles pieuses ressources de son zèle, la
messe des jours de la semaine était-elle devenue
très-fréquentée à Malzéville? les voici : M. le curé,
— 24 —
dans ses instructions, excitait souvent ses auditeurs
à cette dévotion, la principale et la plus sainte de
la religion, et l'imposait même quelquefois comme
pénitence aux personnes qui en avaient le temps
et la facilité. Il agissait de même à l'égard du caté-
chisme, qu'il savait nécessaire à beaucoup de per-
sonnes dont l'instruction religieuse avait été extrê-
mement négligée pendant et à la suite des malheurs
de la Révolution, et qui n'avaient des dogmes et
des devoirs chrétiens que des notions très-incom-
plètes. Sa sollicitude n'était pas moins grande pour
qu'on assistât à la prière du soir qui se faisait à
l'église tous les dimanches ou aux complies les
jours de grandes fêtes, comme moyen de bien ter-
miner la journée et de détourner des promenades
solitaires ou passe-temps dangereux. Cette prière
était suivie d'une lecture pieuse, tantôt des litanies
de la Bonne-Mort et le plus souvent il adressait
quelques avis ou exhortations toutes familières sur
les vertus et les pratiques d'une sainte vie chré-
tiepne.
Pendant le Carême, le bon curé faisait, chaque
jour, la prière du soir terminée par une courte
exhortation adaptée à ce temps de pénitence et de
préparation au devoir pascal. Les ouvriers de la
campagne s'y rendaient, eux aussi, en grand nom-
bre, à leur retour du travail. Enfin, M. l'abbé Bar-
thélemy ne fut jamais las de parler à son peuple
ni son peuple las de l'entendre, tant il y mettait de
prudence, de science, d'amour et de bonté. On
— 25 —
2
peut dire aussi que, sauf les fatigues du ministère,
nul ne fut plus heureux pasteur.
Il eut cependant deux chagrins très-sensibles :
le premier en 1830. La Révolution politique de
Juillet lui causa une grande affliction ; aux cris
d'insulte contre le clergé, au mauvais esprit qui
fermentait ouvertement dans les masses, il était à
craindre que la religion ne fut bientôt persécutée
et ramenée aux jours néfastes dont elle commen-
çait à peine de sortir. Déjà le Grand-Séminaire
de Nancy avait été assailli et dévasté, le Petit-Sémi-
naire congédié et envahi par la troupe. M. l'abbé
Barthélemy voyait, avec douleur, plusieurs de ses
élèves chassés de ces établissements et rentrés tris-
tement dans leurs familles. Pour comble d'affliction,
la grande croix du Jubilé fut sciée par le pied pen-
dant une nuit sombre, et précipitée à travers le
chemin où l'image du Christ fut en partie mutilée
et profanée. Combien il pleura ce forfait sacri-
lége !. Combien toute la paroisse, humiliée, cons-
ternée, prit part à l'expiation solennelle qu'il en fit!
La croix avec le crucifix réparé fut dressé dans
le cimetière à côté de la tour, et pendant plusieurs
mois, on y faisait, les dimanches et les fêtes, une
procession, en expiation et en forme d'amende
honorable. Il est à remarquer cependant qu'à cette
époque critique pour la religion et ses ministres,
M. l'abbé Barthélemy ne cessa pas un seul jour de
porter la soutane. On le vit même paraître publique-
ment, revêtu de ce saint habit, dans les rues de
La Révolu-
tion de
juillet 48SO.
— 2G —
Malzéville comme sur les places de Nancy, sans
jamais subir la moindre insulte, recueillant même
sur ses pas les témoignages de l'estime et de
la vénération qu'il inspirait. Plusieurs de ses pa-
roissiens, et en particulier une honorable famille (1)
qui lui était dévouée, voyant dans les esprits les
idées les plus sinistres, lui offrirent de venir, en
cas de danger, se réfugier chez eux, protestant
qu'ils le défendraient au péril de leur vie ; mais il
leur répondit avec calme et reconnaissance qu'il ne
craignait que pour le salut de son peuple, qu'il
resterait à son poste et se trouverait heureux de
souffrir pour la foi si cela était nécessaire.
Le second chagrin fut l'invasion ducholéra en 1832.
Appelé en toute hâte au milieu de la nuit auprès
du premier malade qui venait d'être subitement
frappé à mort par le fléau, M. le curé Barthélemy
fut atteint lui-même de la contagion. Sa vie fat
pendant plusieurs jours en danger. Dieu le con-
serva cependant, grâce surtout aux ardentes prières
de tous ses dévoués paroissiens. Mais il resta long-
temps dans une très-grande faiblesse qui l'empêcha
de rendre aucun service à ses chers malades et
moribonds, si ce n'est en priant sur son lit de
douleurs et en s'offrant à Dieu comme victime
d'expiation, ou en donnant au généreux chanoine
honoraire de la Cathédrale, M. l'abbé Laflize, de
(1) M. Victor Chenut, propriétaire de Jéricho-le-Vieux, à Malzé-
ville.
Le choléra de
18SS
à Malziville;
il est atteint
du fléau
dans l'axer-
cice de
«et fondions.
- 27 —
pieuse et douce mémoire, qui, en dépit du fléau et
de ses rigueurs, était venu bravement remplacer
le pasteur malade, tous les secours et les recomman-
dations de sa charité. Ce temps d'épreuve servit en-
core à l'affermissement de la piété dans la paroisse.
On prêchait la pénitence en invitant à la réception
des Sacrements, Beaucoup s'en approchaient avec
ferveur, de sorte que les six semaines de deuil et
d'angoisse que dura l'épidémie furent encore un
temps de fruits et de progrès spirituels.
M. l'abbé Barthélémy, rendu à la santé, se mit à
cultiver avec une nouvelle ardeur le champ du
père de famille. En récapitulant tous les offices
auxquels il présidait et toutes les allocutions qu'il
adressait à son peuple pendant la seule journée du
dimanche, on est surpris que sa santé, quoiqu'excel-
lente, ait pu résister pendant seize années à tant
de fatigues : matines des hommes et exhortation,
grand'messe et prône, généralement d'une demi-
heure, débité avec tout le feu et le pathétique de la
charité qui était son caractère spécial d'orateur, dou-
ble catéchisme, assistance et exhortation à la congré-
gation, les vêpres paroissiales, et enfin prière et
entretien du soir, sans parler d'une foule de circons-
tances où venait s'ajouter quelque surcharge im-
prévue. N'est-ce pas là pratiquer fidèlement ce que
recommande saint Paul à son disciple : Insta op-
portunè, importunè, argue, obsecra, in omni
patientiâ et doctrinâ ?
Aussi le champ du père de famille, fécondé par
— 28 —
la grâce, était dans toute la fleur de la prospérité,
lorsque l'Evêché, pleinement édifié sur la capacité
et le mérite du zélé pasteur, voulut l'élever à un
poste plus important. Mais ses paroissiens désolés
se rendirent en masse auprès de l'autorité diocé-
saine, afin de conjurer le coup qui les menaçait.
Une première fois ils réussirent. L'autorité, touchée
de leurs larmes et surtout des instances de M. le
curé, la suppliant instamment de le laisser dans sa
première paroisse, renonça pour le moment à son
projet ; mais un nouveau vide s'étant fait dans le
clergé par la mort du vénérable M. Alba, curé-
doyen deVézelise, l'autorité demeura inflexible de-
vantde nouvelles réclamations. M. l'abbé Barthélémy
fut nommé à cette cure cantonale le 25 mars 1838.
Ainsi contraint de quitter ses premiers nés spiri-
tuels, M. le curé ne fit point d'adieux : il n'en eût
pas eu la force et le courage ; mais voulant cacher
à toussa douleur et lé jour de son départ, il sortit
de Malzéville au milieu de la nuit, bénissant ceux
qu'il laissait, et arrosant son chemin de ses larmes.
Les regrets qu'il laissa dans cette paroisse ont été
très-vifs et ont duré longtemps, quoiqu'ils fussent
bien adoucis par les qualités et les vertus de son
digne successeur.
III.
M. le curé Barthélemy nommé à Vézelise, cure
de 2e classe, d'environ 1,500 âmes, et où M. le vi-
Sa nomina-
tion à la cure
cantonale
Je Vthelise.
— 29 —
caire-général Dieulin, alors administrateur du dio-
cèse, lui confia son propre frère, M. l'abbé Charles
Dieulin, en qualité de vicaire, pour l'initier aux
travaux du saint ministère, fut dans cette paroisse
ce qu'il avait été à Malzéville : l'homme de Dieu et
l'homme du peuple. En effet, le nouveau curé, à
peine installé, se trouva en présence de difficultés
nombreuses, venant d'usages introduits dans la pa.
roisse sous ses prédécesseurs et qui ne pouvaient
plus subsister : ainsi il y avait deux chemins pour
aller au cimetière, l'un pour l'enterrement des ri-
ches, et l'autre pour les pauvres, ce qui donnait
lieu à des murmures, à des plaintes et parfois i. des
conflits. M. Barthélémy, en pasteur habile, fil cesser
cette cause de discordes; il n'y eut plus qu'une seule
voie pour conduire les défunts à leur dernière de-
meure. Cet acte populaire, qui lui gagna aussitôt la
sympathie reconnaissante de la presque totalité des
fidèles, fut bientôt suivi d'un second où il fit preuve
d'une sagesse éclairée et de beaucoup de tact, car
personne n'ignore que c'est surtout dans la réforma-
tion des abus que le prêtre a besoin d'user de la plus
haute prudence. L'âge avancé de M. le curé Alba,
son prédécesseur, avait permis à certains zélateurs
laïques de prendre la place du curé pour introduire,
dans l'administration de la fabrique, et même dans
tes cérémonies du culte, des innovations qui étaient
loin d'être favorables à la piété et à la religion ;
M. l'abbé Barthélemy, par sa prudence jointe à
une grande fermeté, sut bientôt diminuer l'influence
- 30-
de ceux qui voulaient diriger la paroisse en dehors
de l'autorité pastorale. Sans doute tout cela ne
manqua pas, comme il arrive souvent, de lui sus-
citer des contradictions de la part des différentes
administrations laïques, mais il puisait sa force dans
le sentiment de son devoir. D'ailleurs il avait pour
lui ses supérieurs naturels ; et, pour le pasteur
d'une paroisse, ce n'est pas une petite consolation.
C'est ainsi que, dès le début de son administra-
tion, M. Barthélemy devint véritablement curé de
Vézelise, et on le vit s'occuper activement des be-
soins les plus urgents de son église, tant au spiri-
tuel qu'au temporel. Nous nous bornerons ici à le
considérer sous ce dernier rapport :
A son arrivée à Vézelise, le nouveau curé n'avait
presque aucune ressource à espérer ni du côté de
la fabrique, ni du côté de la caisse municipale, nous
ajouterons même ni du côté de la générosité privée des
fidèles, car six mois auparavant (1) on avait exécuté,
dans l'église paroissiale, un travail très-dispen-
dieux, la restauration des vitraux peints, anciens
restes de la grande révolution, qui, disséminés dans
toutes les parties de l'église, vinrent orner les cinq
grandes fenêtres de l'abside et deux des fenêtres du
transept. Mais le zèle de la maison de Dieu qui dé-
vore le nouveau pasteur, et son activité prodigieuse
enfantent des merveilles pour ranimer la piété et
(1) Le 1er octobre 1857, sous M. l'abbé Charpentier, vicaire admi-
nistrateur de la paroisse, et curé actuel de Malzéville depuis 52 ans.
— 51 —
la charité des fidèles ; par ses soins, les orgues du
sanctuaire sont réparées et la seconde des quatre
cloches, du poids de 531 kil., est refondue ; sage
inspiration de sa foi et de sa piété, car si l'orgue,
ce roi des instruments sacrés, remplit l'intérieur de
nos temples de ses flots d'harmonie, ajoute à la di-
gnité et à la majesté de nos augustes mystères, la
cloche, placée au faite de nos églises, par ses carillons
joyeux, n'est-elle pas l'orgue du dehors qui nous
invite au recueillement et nous convoque à la
prière ? L'orgue et la cloche touchent donc à tout
ce qui nous est saint, précieux et cher. C'est en août
1840 que la réparation de l'orgue, s'élevant à la
somme de 2,000 francs, fut confiée par M. le curé
au talent de MM. Cuvillier, de Nancy ; et cinq mois
après, en janvier 1841, la seconde cloche, fêlée et
hors de service, fut refondue par M. Thuillier, aux
frais de la fabrique.
Ce fut pendant son administration à Vézelise,
que M. l'abbé Barthélemy eut la douleur de perdre
M. l'abbé Clément Désalme, diacre, son neveu et
cher élève. Il reçut ce coup, si sensible à son cœur,
avec respect et soumission aux ordres du Ciel, tout
en répandant une grande abondance de larmes.
M le curé en écrivit lui-même en ces termes à un de
ses bons amis qui lui fut constamment dévoué et
fidèle (1) :
« Mon bien cher ami, c'est avec la plus vive
(1) M. l'abbé Chevallier, chanoine titulaire.
— 32 —
» deirieur et en fondant en larmes que je vous écris
» à la bâte pour vous annoncer que celui qui votts
> aimait et que vous aviez honoré de votre amitié
» a cessé de vivre ici-bas. Vos prières, je n'en
> doute pas, ont contribué à lui obtenir cette mort
» sereine qui a paru à tous le sommeil du juste !.
» Son père, sans nous y attendre, est arrivé
» quatre heures avant sa mort ; il lui a parlé avec
» un courage et une affection admirables, abiolu-
* ment comme s'il eût été en santé. Je vous dirai
» plus tard quelques-unes de ses dernières paroles,
» si édifiantes pour ma consolation et pour le sea-
» lagement de mon cœur. Adieu, mon cher ami,
» priez pour lui et pour nous.
» Votre ami désolé,
« BARTHÉLÉMY, curé de Vézelise. »
P.-S. L'enterrement aura lieu demain à quatre
heures et ses services lundi, à neuf heures du matin.
Dès le 1er janvier 184-0, Mgr Menjaud, êvèque
de Joppé, coadjuteur de Mgr l'évêque de Nancy et
de Toul, appréciant les services et le zèle pastoral
de M. l'abbé Barthélémy, avait voulu les récompen-
ser publiquement par une distinction méritée. Sa
Grandeur l'honora à cette époque du titre et des
insignes de chanoine honoraire de la Cathédrale.
Par quels moyens M. le curé de Vézelise parve-
nait-il à se créer des ressources, pour entreprendre
des. travaux importants, ou pour faire des achats
d'objets mobiliers destinés à l'embellissement de
— 55 —
2.
l'église paroissiale, alors que les revenus de la fa-
brique étaient insuffisants (1)? C'est que M. l'abbé
Barthélémy, durant les huit années de son admi-
nistration, fit constamment preuve de ce noble dé-
vouement par lequel un curé se donne à sa paroisse
sans partage, sans mesure et sans fin, qualité pré-
cieuse que les peuples aiment le plus à trouver
dans un Pasteur.
« Un curé chéri et vénéré fait facilement
aimer et bénir son ministère; il lui en coûte peu
pour- gagner à Jésus-Christ ceux dont il a déjà
conquis le cœur. La confiance dont il jouit est illi-
mitée, son autorité s'exerce sans résistance sur tou-
tes les ouailles qui s'empressent d'écouter une voix
chère et amie. L'obéissance est toujours filiale là
où l'autorité se montre paternelle. Tel est le prêtre
qui retrace l'image du bon Pasteur, il fait les dé-
lices de sa paroisse, inspire la confiance et l'amour,
commande le respect même aux ennemis de la re-
ligion (2). » Tel fut le secret de M. l'abbé
Barthélémy ; nous n'en invoquons d'autre preuve
que la dernière délibération du conseil de fabrique
de Vézelise, à laquelle assista M. Barthélemy et que
l'on retrouve ainsi conçue textuellement sur les
registres paroissiaux :
(1) Les bancs de l'église ayant été loués à vie avec droit de recon-
naissance au décès, par les parents en ligne directe, moyennant une
trcs-faible allocation, les revenus de la paroisse étaient tombés à rien :
aussi fallait-il chaque année recourir à un emprunt ou faire appel à la
générosité des paroissiens.
- (2) M. Dieulin, le Bon Curé au XIXe siècle, t. I, p. 316.
— 34 —
« Ce jourd'hui dix février mil huit cent qua-
» rante-six, le conseil de fabrique réuni au lieu
» ordinaire de ses séances, M. Barthélémy lui fait
» part de sa nomination en qualité de curé de la
» paroisse Saint-Sébastien de Nancy; il en fait con-
» naître les motifs, et l'obéissance à laquelle il a
» dû se soumettre, et enfin les regrets qu'il éprouve
) en quittant V ézelise. Il fait part également au
» conseil que, depuis plusieurs années, les quêtes
» qu'il a faites dans l'église et chez les particuliers
» et qu'il destinait à la restauration et à l'embellis-
» sement du lieu saint, se sont montées à la somme
» de dix-neuf cent trente-huit francs (1938) —
» que sur cette somme, Iii a employé dix-sept'cent
» quinze francs à l'achat d'une lampe, d'un os-
» tensoir, d'un ciboire, et que sur celle des 223
» francs restant, il se proposait de faire redorer
» la niche d'exposition, les Reliquaires, et les ca-
» nons du maître-autel; ce que la fabrique s'em-
» pressera de faire, en mémoire d'un Pasteur
» qu'elle regrette, et afin de laisser à la postérité
n un souvenir de son dévouement tant pour le bien
» de la religion en général, que pour procurer les
» ressources nécessaires à la splendeur du culte. »
Suivent les signatures des fabriciens (1).
M. l'abbé Barthélémy administra la paroisse de
Yézelise jusqu'au 8 février 1846, époque de son
(1) Note communiquée par M. l'abbé Klein, curé actuel de Vézelise.
Il est trans-
féré à la cure
de Saint-Sé-
bastien
à Nancy.
— 35—
arrivée à Nancy en qualité de curé-doyen de la
paroisse Saint-Sébastien.
cr Nancy, dit M. de Dumast, est peut-être, à
» tout prendre, et compensations faites, le point
» du royaume qu'il vaut le mieux habiter dès
» qu'on est forcé de renoncer à Paris; — c'est
» moins parce que la ville est bien bâtie, aérée,
» jolie, régulière ; — moins parce que ses envi-
» rons sont variés et charmants, et qu'elle a tout
» à la fois, à ses portes, des jardins, des champs,
» des vignobles, des prairies et des forêts ; —
» moins parce qu'on y peut voir autour de soi de
» grandes exploitations agricoles, de grandes chas-
» ses, de grandes courses de chevaux ; — moins
» même parce qu'elle présente des souvenirs de
» grandeur et de gloire, et qu'elle promet, à qui
»vient l'habiter, la jouissance, perdue partout
» ailleurs, de cette urbanité de haut style, inimi-
» table et dernier apanage des cités souveraines ;•
» - ce n'est point tant par là, que par des raisons
» morales de bonheur et de sagesse pratique.
» C'est que dans ses nobles salons, où se parle
a encore un langage pur et d'élite, où se conserve,
» avec une fleur de politesse maintenant pres-
» qu'oubliée, un sens exquis des convenances.
n l'indulgence et la modération sont venues éta-
» blir leur trône. (1). »
M. l'abbé Barthélemy possédait admirablement
(1) Nanoy, Histoire et Tabtenu, 2e édition, p. 162, 1847.
— 56 —
l'aptitude et les qualités nécessaires pour les fonc-
tions pastorales dans la ville de Nancy, et en parti-
culier à Saint-Sébastien, paroisse d'environ 11,000
âmes, devenue vacante par la promotion du res-
pectable M. Thouvenin au canonicat titulaire de
la Cathédrale.
En effet, à ses vertus pastorales, M. Barthé-
lemy joignait toutes les belles et bonnes qualités
qui distinguent l'homme privé et social. Il était
prévenant et affable, d'une grande expression de
bonté dans le regard, d'un caractère ouvert et
expansif, gai et enjoué même dans l'occasion, tou-
jours d'une politesse exquise qui rappelait l'ancien
clergé aux usages si distingués ; attentif à exercer
scrupuleusement toutes les convenances de la vie
civile, il exerçait l'hospitalité envers ses confrères,
ses paroissiens et même les étrangers avec une gé-
nérosité et une cordialité peu communes; à l'égard
de ses supérieurs, il était affectueux, respectueux
et soumis ; guidé par la conscience et non par un
esprit de servilité, jamais il ne critiquait ni ne cen-
surait leurs actes ou leurs décisions, mais il parlait
toujours de leurs personnes avec honnenr et sui-
vait leurs conseils avec une docilité parfaite. Aussi
lui ont - ils toujours témoigné une sincère es-
time, nous dirons presque une familiarité pater-
nelle.
Doué d'un cœur aimant et sympathique, sans
mollesse ni afféterie, tous ceux qui vivaient près
de lui étaient heureux : sa bonne et vénérable
Ses qualités
dis-
tinctivet.
— 57 —
sœur, sa pieuse nièce (t), cet ange de modestie et
de douceur, qui toutes deux aussi donnaient tant
d'édification dans la maison de cure comme dans
la paroisse; -les nombreux vicaires qui se sont suc-
cédé pendant l'espace de quatorze ans, ses digues
collaborateurs, trouvèrent toujours en lui le père
et l'ami le plus dévoué.
Mgr Alexis-Basile Menjaud, alors évêque titulaire
de Nancy et de Toul, honora constamment M. l'allé
Barthélemy d'une amitié et d'une confiance particu-
lières, et en le nommant à la cure de Saint-Sébas-
tien de Nancy, Sa Grandeur, qui avait apprécié ses
nobles qualités, voulut offrir à son apostolat un
champ plus vaste à cultiver et un plus .nombreux
troupeau à diriger dans les gras pâturages du
Seigneur. Ou peut affirmer que, pendant les qua-
torze années de son administration, M. le curé
Barthélemy a su justifier les espérances que son
élévation à ce poste important avait fait concevoir.
En effet, la position élevée qui venait de lui
être faite convenait parfaitement à son activité.
Nous l'avons vu à l'œuvre à Malzéville et à Véze-
lisc ; les fonctions pastorales n'étaient donc point
nouvelles pour lui; elles le trouvèrent à Saint-Sé-
bastien toujours l'homme du devoir, se montrant,
dans toutes les circonstances, d'une affabilité at-
trayante pour tous ceux qui réclamaient son mi-
nistère, d'une bienveillance prévenaute pour ceux
1 Murk'-CathrriiK,
— 58 —
auxquels il espérait être utile, d'un dévouement
sans bornes dès qu'on lui avait fourni l'occasion
de le devenir, bon, enfin, et toujours bon quoi
qu'il arrivât. Aussi le nouveau curé de. Saint-Sé.,
bastien conquit bien vite l'estime et la sympathie
générale dans sa paroisse comme dans la ville
épiscopale, et au milieu des défiances d'un siècle
qui a si grand peur des prêtres et de leur in-
fluence, M. l'abbé Barthélemy fut regardé comme
un des ministres de la religion les plus capables de
faire tomber les préjugés des gens du monde et de
gagner des âmes à Dieu.
Sans répéter ici ce que nous avons dit de son
ardeur pastorale à Malzéville et à Vézelise, on le
vit, dès les premiers jours de son installation, pour
travailler efficacement au salut de ses nouvelles ouail-
les, apporter un soin particulier à ses prônes. La pa-
role du pasteur n'est-elle pas le pain fortifiant de la
grande famille spirituelle ? c Allez et instruisez
» toutes les nations, leur a dit le divin Maître
» dans la personne des apôtres, les premiers
» évêques, les baptisant au nom du Père, du
» Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à
» observer ce que je vous ai recommandé ; je
» suis avec vous jusqu'à la consommation des
» siècles (1). »
Pour M. Barthélémy, le ministère de la prédi
cation était plein d'attrait ; il s'y sentait porté sur-
(1) S. Math., ch. 28, v. 18-19.
Dès son arri-
vée 4
Saint-Sébas-
tien,
il obtient
la confiance
générale
de
n paroisse.
Ses prédica-
tions.
— 39 —
tout par le désir de glorifier Dieu en augmentant
le nombre de ses adorateurs, de venger la religion
des injustes préjugés nourris contre elle, en la fai-
sant mieux connaître, et enfin de fortifier, conso-
ler, ou rendre meilleures les âmes qui lui étaient
confiées. Combien de personnes reconnaissent lui
devoir, par une conversion sincère, leur retour à
des obligations oubliées, ou leur maintien dans la
fidélité à des devoirs difficiles à remplir ! Les pa-
roissiens de Saint-Sébastien conserveront longtemps
le souvenir de ce langage convaincu et plein d'onc-
tion, lorsqu'aux jours des grandes fêtes, alors que
les vastes nefs de l'église étaient trop étroites pour
contenir la foule, il venait du haut de la chaire de
vérité dévoiler à leurs yeux les mystères dont ils
célébraient la mémoire, et leur apprendre quels
fruits ils devaient en retirer. On aimait ses homé-
lies pieuses et familières sur l'Evangile, et l'on
était touché de ce langage simple, paternel qui
coulait pur et limpide d'une source qu'on eût dit
intarissable, tant il puisait ce qu'il avait à dire
dans le trésor de son cœur et la flamme de sa
charité.
Il n'est aucunefonclion dans la carrière sacerdotale
qui demande autant de préparation que le minis-
tère de la parole. Certes, ce n'est pas au hasard
que l'on trouve ces pensées fortes, ces tableaux sai-
sissants, ces morceaux pathétiques qui remuent le
cœur et entraînent les volontés les plus rebelles.
Pour cela, il faut méditer profondément l'Ecriture
— 40 -
sainte, toutes les vérités de la foi et se pénétrer des
grands modèles de l'éloquence chrétienne; il faut
étudier, sonder le cœur humain dans tous ses re-
plis, observer attentivement les mœurs, les besoins,
le caractère de son peuple pour l'intéresser, le sai-
sir et l'entraîner à la pratique du bien. On conçoit
que, prêchant si souvent et toujours d'une manière
si noble, si éloquente et avec tant de succès,
M. Barthélémy dut employer à la préparation tout le
temps que lui laissait libre le ministère pastoral.
Par une même association d'idées, le catéchisme -
des enfants fut, à Saint-Sébastien comme à Malzé-
ville et à Vézelise, une de ses plus constantes préoc-
cupations. Il en fit son œuvre par excellence. Plus
d'un au à J'avance, il se faisait présenter les en-
fants par leurs parents, les inscrivait sur un livret
destiné à être conservé comme un registre, et dans
lequel il consignait à la suite de chaque nom les
notes de caractère, de conduite et d'assiduité.
M. Barthélemy aimait beaucoup les enfants ; à
l'exemple du divin Maître, il voyait en eux et il
sentait la beauté de cette première innocence, pure
de tout contact du vice, et il n'épargnait aucune
fatigue pour l'entourer de saintes défenses, la
préserver de tout ce qui pourrait ternir sa pureté,
et préparer ainsi un âge mùr capable de se conduire,
avec force et sagesse, dans le bien et la vertu.
Aussi, chaque dimanche à l'issue des vêpres pa-
roissiales et deux fois la semaine, on aimait à voir
ce bon curé en surplis, revêtu de son camail et de
Ses toins
dODnét
à l'enfance.
— iki -
son étole pastorale, au milieu de son nombreux
auditoire de petites filles et de petits garçons, bé-
gayant avec eux les premiers éléments de la doc-
trine chrétienne, et ceux-ci, rangés autour de lui,
écoutant attentivement le récit de quelque anec-
dote curieuse et édifiante qu'il suspendait tout-à -
coup à un point culminant d'intérêt pour être con-
tinué au catéchisme suivant, afin de les attirer
plus nombreux encore à ce salutaire exercice. Il
avait un rare talent pour ce genre d'instruction ;
ses catéchismes étaient fort bien faits ; et la preuve
la plus décisive à cet égard, c'est qu'on fut tou-
jours charmé de l'entendre ; on y accourait avec
empressement, et les fruits qu'il en retira ne fu-
rent pas seulement une vaine admiration qu'il ne
cherchait pas d'ailleurs, mais l'amélioration pro-
gressive et constante de sa paroisse et finalement
son renouvellement presque complet.
M. Barthélémy, plein d'une tendre sollicitude
pour les enfants, les convoquait fréquemment au
tribunal de la pénitence. Il savait combien il est
important de les confesser le plus souvent possible,
pour la bonne direction de la vie, dès qu'ils ont
acquis le discernement du bien et du mal; aussi y
était-il très-exact, mais c'était surtout à les dis-
poser à la première communion qu'il déployait un
zèle et une patience infatigables. Il les réunissait
à part, deux ou trois fois par semaine, autant qu'il
le fallait pour leur inculquer à fond toutes les
connaissances désirables. Enfin, la semaine qui
— 42 —
précédait le grand jour, était presque entièrement
consacrée à une pieuse retraite, où, déployait tout
son zèle et toute son âme, il achevait de les purifier
et de les pénétrer des plus vifs et des plus sublimes
sentiments qu'on puisse apporter à la réception de
la divine Eucharistie. Ce jour-là l'église Saint-Sé-
bastien était dans toute sa magnificence, pour une
vraie fêle paroissiale!. L'auguste cérémonie, où bril-
lait tant de pureté, de jeunesse et de bonheur, s'ac-
eomplissait ensuite, sous les accents de sa parole,
avec tant de charme et d'émotion que communiants
et assistants en étaient touchés jusqu'aux larmes,
et en conservaient un ineffaçable souvenir. Après
la première communion, l'adolescent était encore
obligé d'assister régulièrement au grand catéchisme,
sous le nom de persévérance, afin d'être admis à
la renouveler solennellement l'année suivante. Tout
cela certes était bien propre à former des chrétiens
solides.
Dans l'instruction de la jeunesse, il n'y a pas
d'autre élément aussi puissant que celui de l'amour.
Où il y a amour, — vrai amour pour l'enfant, -
l'enfant le découvrira bien vite; bien vite il sentira -
de la sympathie pour celui qni l'aime, et lorsque
cet amour est basé sur Dieu, lorsqu'il est animé
par la vertu, — étant accompagné de ce que l'ex-
périence et un solide jugement - suggèrent, - il
deviendra un irrésistible levier dans l'éducation
chrétienne de l'enfant. Tel était le vrai secret de
l'influence que M. Barthélemy exerçait sur cet âge :
— 45 —
son amour et son dévouement pour l'enfance, et
-personne n'ignore combien cette influence était
grande à Saint-Sébastien.
C'est sous l'inspiration de ce sentiment qu'il
établit dans sa paroisse la petite grand'messe des
élèves des écoles paroissiales, chantée par eux-
mêmes chaque dimanche à 8 heures. Cet office,
qui les réunissait très-nombreux, accompagné d'un
petit prône, à la portée des jeunes auditeurs,
était suivi avec intérêt par un grand nombre
de personnes ; il produit encore aujourd'hui ,
à Saint-Sébastien comme dans les paroisses de
la ville qui en ont imité l'exemple, les plus
heureux fruits chez les enfants et leurs fa-
milles.
Après les soins donnés à l'enfance, on n'a point
oublié sa sollicitude non moins grande pour les in-
firmes, les malades de sa paroisse et son assiduité
à les visiter, ainsi que les consolations efficaces
que sa présence et son affectueuse parole sa-
vaient si bien répandre dans les familles affli.
gées par la maladie ou la mort ; mais en par-
ticulier, ce que l'on remarqua toujours dans M. le
curé Barthélémy, c'est sa très-grande régularité
au tribunal de la Pénitence. Entré à l'église dès
huit heures du matin pour célébrer les saints
Mystères (il n'en sortait ordinairement que vers
midi) ; là il passait de longues heures à entendre
les confessions; et la veille des grandes fêtes il y
consacrait de quinze à seize heures. de la journée
Ses visite.
privilégiée..
Sa régularité
au
confession-
�" nal.
— &lk -
(il n'est point dans le ministère ni de fonctions
plus délicates ni de fatigue pareille). Les âmes
que la grâce et le repentir amenaient à ses pieds,
étaient si chères à sa tendresse sacerdotale qu'il
dit volontiers donné sa vie pour elles. Au milieu
des devoirs multiples et différents de sa charge
pastorale, il trouvait du temps à leur consacrer
presque comme si elles avaient été les seuls objets
de ses préoccupations. Aussi les résultats correspon-
daient à son infatigable zèle; pendant les quatorze
années de son ministère à Saint-SébastieB, com-
bien de cœurs affermis ou subjugués par sa cha-
rité!. combien d'âmes conquises et ramenées à
Jésus-Christ !. c'est le secret de Dieu !.
Pour atteindre à ces résultats si consolants,
toutes les solennités de l'Eglise avaient un charme
particulier dans la paroisse Saint-Sébastien. Nous
citerons en particulier : les solennités de La Tous-
saint, VOctave des Morts, Noël, Pâques, etc.,
etc. Dans ces grands jours, son église était éblouis-
sante de lumières et somptueuse de décors, d'une
propreté remarquable, ornée de fleurs et de guir-
landes de verdure entrelacées avec un goût exquis;
parce qu'il savait combien les choses sensibles ont
de l'empire sur nos âmes, et que le culte catholique,
par le symbolisme de ses augustes mystères, si
vaste, si simple et si majestueux tout à la fois, pos-
sède un moyen puissant pour réveiller en nous des
idées, des sentiments, l'amour, la joie, l'adora
tion, la douleur, la crainte ou l'espérance.
Son zèle
pastoral
pour la
pompe du
culte catho-
lique.