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Mademoiselle Le Gras : fondatrice de la compagnie des Filles de la charité / par l'auteur de : "le B. Fourier de Mattaincourt" [le comte de Lambel]

De
192 pages
J. Lefort (Lille). 1868. Louise de Marillac (sainte ; 1591-1660). 1 vol. (VIII-192 p.) ; in-12.
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> V
MADEMOISELLE
LE t, GRAS
- -
FONDATRICE DE LA COMPAGNIE
, DES FILLES DE LA CHARITÉ
e
par l'auteur de ; LE B. FOURIER DE matta INCOURT
LIBRAIRIE DE J. LEFORT
IMPRIMEUR, ÉDITEUR
LILLE
rue Charles de Muyssart, 24
PRÈS L'ÉGLISE N.-D.u&E
PARIS
rue des Saints-Pères, 30
J. MOLLIE, LIBR.-GÉRANT
SMffiMSELLE LE GRAS
In -12. îe séri».
MADEMOISELLE
LE GRAS
FONDATRICE DE LA COMPAGNIE
DES FIULES DE LA CHARITÉ
UI-V'
d6 : LE B. FOURRIER DK MATTAINCOCRT
LIBRAIRIE DE J. LEFORT
IMPRIMEUR éditeur
LILLE
rue Charles de Muyssart
PRÈS L'ÉGLISE NOTRE-DAME
PARIS
rue des Saints-Pères, 30
J. MOLLIE, LIBRAIRE-GÉRANT
Propriété et droit de traduction réservés
1868
PRÉFACE
Le nom de Mlle le Gras est inséparable
du nom et des œuvres de Vincent de Paul.
La figure de cette vénérable servante des
pauvres, placée à côté de celle de l'apôtre
de la charité,. ajoute une nouvelle gloire
à l'auréole du saint et complète son his-
toire.
Publier la Vie de Mlle le Gras, c'est d'ail-
leurs faire connaître d'édifiants exemples
de détachement, de courage et de charité;
c'est enfin rendre un légitime hommage à
VI PRÉFACE
la compagnie qu'elle a fondée. Or cette
communauté bénie, après avoir beaucoup
fait dans le passé, a reçu de nos jours le
don d'une merveilleuse fécondité. Non-
seulement elle continue, mais elle propage
partout le bien commencé par la fonda-
trice ; son nombreux personnel dépasse de
beaucoup celui des autres instituts hospi-
taliers ; ses légions forment une armée
active toujours occupée de combattre la
misère, et. rendent de si grands services
qu'elle est devenue pour le catholicisme,
l'un de ses titres les plus incontestés à
la reconnaissance des peuples.
Tels sont les motifs qui sollicitent l'in-
térêt en faveur de la biographie que nous
publions.
Afin de donner satisfaction aux per-
sonnes désireuses de recourir aux sources,
PRÉFACE VII
nous indiquons les ouvrages consultés
pour la composition de ce livre. Nous
avons reproduit le plus possible les lettres
de Mlle le Gras, celles de saint Vincent,
et les relations écrites par leurs contempo-
rains. Notre principal guide a été la Vie
de la vénérable Louise de Marillac,
écrite par M. Gobillon, curé de Saint-
Laurent, approuvée par cinq évêques et
cinq docteurs de la faculté de théologie
de Paris, en 1676, c'est-à-dire seize ans
seulement après la mort de Mlle le Gras.
Ce précieux ouvrage à été revu et aug-
menté de notre temps par M. Collet, prêtre
de la Mission et docteur en théologie.
Nous avons aussi puisé dans les Vies de
saint Vincent de Paul par Abelly, évêque
de Rodez, et par l'abbé Maynard, chanoine
honoraire de Poitiers; dans Saint Vin-
VIII PRÉFACE
cent de Paul peint par ses écrits, de
M. Gossin, ancien conseiller à la cour de -
Paris, et dans la Sœur de charité, par
M. de Pistoye, chef de division au minis-
tère des travaux publics. Enfin, nous
avons consulté les histoires générales du
XVIIe siècle, spécialement Y Histoire de
France de M. Gabourd, celle de M. Tro-
gnon , etc.
s
MADEMOISELLE LE GRAS
« f\,-
CHAPITRE I
Naissance de Louise de Marillac.. - Détails sur sa famille et
-
spécialement sur ses deux oncles Michel et Louis. — Son éducation ;
sa piété précoce;, ses succès dans les lettres, les sciences et les arts.
— Son caractère ardent et soumis. — Son mariage avec M. le Gras.
- Madestie de sa. toilette. — Gouvernement de sa maison. — Ses
œuvres. — Ses visites. — Ses tentations. — Sa confiance en saint
François de Sales. — Elle devient mère d'un fils qu'elle élève pour
Dieu. — Son affection tendre et éclairée pour son mari. — Maladie
et mort de M. le Grss.
Louise de Marillac, née à Paris Je 4 2 août
1591, était fille de Louis de Marillac, sei-
gneur de Ferrières, et de Marguerite le
Camvs. Quand une physionomie eomme la
sienne mis apparaît pour la prenne fois,
40 MADEMOISELLE LE GRAS
sa beauté morale charme nos regards; nous
nous prenons à regretter qu'elle n'ait pas vécu
de notre temps; nous voudrions pouvoir la
contempler à loisir ; nous sommes avides de
détails; nous aimerions à faire connaissance
avec le milieu dans lequel elle a vécu, à la
suivre dans les différentes phases de son pè-
lerinage en ce monde, à connaître l'Emploi
de ses journées et à pénétrer pour ainsi dire
par la pensée jusque dans l'intimité de sa vie.
Malheureusement son humilité semble s'être
concertée avec celle de son ordre pour enfouir
dans l'oubli un grand nombre de traits qui
auraient ajouté un vif intérêt à ce récit. Ce-
pendant cette espèce de conspiration, tramée
par la modestie contre les intérêts de l'his-
toire, ne nous paraît pas un motif suffisant
de passer sous silence une existence si rem-
plie de mérites : aussi allons-nous rappeler
le plus exactement possible les faits qu'il nous
a été donné de recueillir.
Nous ne savons rien de la mère de Louise,
si ce n'est qu'elle était issue d'une honorable
famille de robe, que Mgr Camus, évêque de
Belley, ami de saint François de Sales étai t
CHAPITRE 1 11
son cousin, et qu'elle mourut jeune, laissant
sur la terre une orpheline enfant dont l'édu-
cation fut dirigée par M. de Marillac. Ce père
était très-attaché à la foi catholique. Doué d'un
esprit élevé, il avait une si rare obligeance
qu'on,pouvait lui rendre ce témoignage d'un
vieil auteur : « Jamais en sa vie ne fut las de
faire plaisir à un chacun. )
La famille de Marillac, originaire de l' Au-
vergne, était sortie de l'obscurité, et s'était
successivement élevée dans l'échelle sociale,
par l'exercice de la charité, par d'autres ser-
vices rendus à sa province d'abord , plus tard
à la France entière ; et le temps, qui finit
par tout détruire, ne semblait, à la fin du
XVIe siècle, user de son pouvoir que pour per-
mettre à chaque génération nouvelle d'ajouter
à l'estime et à la notoriété acquises par les
ancêtres.
Le bisaïeul de Louise avait été contrôleur
général des finances du duc de Bourbon.
Charles, son grand-oncle, avocat au par-
lement de Paris, s'était fait remarquer par le
savoir, par l'éloquence, et avait attiré l'at-
tention du roi François Ier. Très-habile diplo-
12 MADEMOISELLE LE GRAS
mate, il avait été chargé de plusieurs ambas-
sades importantes. Appelé dans le sanctuaire
par la voix intérieure de la grâce, il avait reçu
le redoutable honneur de l'épiscopat, était
monté sur le siège archiépiscopal de Vienne,
et avait succombé prématurément, accablé de
chagrin à l'aspect des ravages que le protes-
tantisme exerçait dans le domaine de l'Eglise.
Charles eut deux frères : Gabriel, avocat
général au parlement de Paris, et Gilbert de
Marillac, auteur d'une histoire de la maison
de Bourbon.
Sous Louis XIII, deux oncles de notre
sainte1 parvinrent aux premières charges du
royaume, et s'attirèrent, en devenant histo-
riques, la célébrité réservée aux grandes in-
fortunes.
L'un d'eux , Michel de Marillac, conseiller
au parlement de Paris, fut un des membres
les plus zélés de la Ligue. Sa vénération pour
les Carmélites lui avait inspiré ie désir de
servir leurs intérêts et de s'associer à leurs
1 Cette qualification exprime le sentiment de ses contemporains.
Nous ne l'employons pas dans sa rigoureuse acception ; le Saint-
Siège a seul le droit de la décerner, dans ce sens." aux personnes
dignes d'un culte public.
CHAPITRE 1 13
prières. Un de leurs couvents était situé au
faubourg Saint-Jacques. Michel protégeait cette
maison, s'occupait des affaires extérieures des
religieuses, et s'était fait construire dans leur
ayant-cour un appartement, où il allait de
temps à autre se mettre en retraite, ou au
moins passer vingt-quatre heures, afin d'as-
sister aux offices de jour et de nuit célébrés
dans la chapelle du monastère. Marie de Mé-
dicis, mère de Louis XIII, fondatrice de cet
établissement, y venait souvent elle-même.
Elle y rencontra M. de Marillac, apprécia ses
vertus, l'admit dans son intimité, et promit
de faire servir les talents du magistrat au bien
du royaume. Elle le recommanda chaudement
au cardinal de Richelieu, qui le nomma di-
recteur des finances à soixante et un ans; deux
ans plus tard, il était garde des sceaux. Assidu
à l'étude des lois, il comptait parmi les juris-
consultes les plus érudits de son temps. Il avait
réuni les anciennes ordonnances à celles des
derniers états généraux, et en avait composé
un recueil appelé Code Michau, du nom de
baptême de son auteur. On lui doit plusieurs
dissertations sur l'auteur présumé de Ylmi-
14 MADEMOISELLE LE GRAS
tation et une traduction en prose 1 fort estimée
de ce livre incomparable. Il avait aussi traduit
les Psaumes en vers, et avait composé des
poésies empreintes d'un profond esprit de
piété. Mais la dignité de son caractère ne le
mit pas à l'abri de la persécution. En ces -
temps agités où le plus difficile n'est pas de
faire son devoir, mais de discerner ce à quoi
il nous oblige, il ne sut pas rester neutre dans
les démêlés survenus entre la reine-mère et
Richelieu. La reine, désireuse de combattre
l'autorité du ministre, parce qu'il contrariait
ses ambitieux desseins, réussit à grouper au-
tour d'elle un parti nombreux; et ce parti
crut un moment s'être débarrassé d'une puis-
sance qui leur était importune : c'était une
illusion ! Le crédit ébranlé de l'homme d'Etat
n'en devint bientôt que plus solide : et la
journée pendant laquelle ses ennemis nour-
rirent l'espoir de l'avoir renversé, s'appela la
journée des Dupes. Michel, compromis par
son dévouement pour la reine, ne tarda pas à
payer la peine de son imprudence. Son admi-
1
1 Cette traduction a été rééditée, en 1860 à Paris, chez Patois-
CreLté.
CHAPITRE 1 1S
nistration avait été si intègre qu'elle ne fournit
pas de prétexte à un procès. Mais il perdit sa
charge, et fut exilé au château de Caen 1, où
il mourui pauvre et consolé par la religion
( 1632).
Louis de Marillac, qui sortit de ce monde
deux mois avant son frère, eut encore un pire
destin. D'abord gentilhomme de la chambre
sous Henri IV, il s'était, distingué par ses ta-
lents militaires, avait été nommé gouverneur
de Verdun, avait mérité par ses exploits le
bâton de maréchal de France, et avait épousé
une cousine de Marie de Médicis. Après la
journée des Dupes, il subit le châtiment de
son hostilité pour le vainqueur. Arrêté en
Italie à la tête de ses troupes, il fut traduit
devant une commission spéciale de vingt-quatre
membres choisis dans le conseil du roi et dans
le parlement de Bourgogne, malgré les persé-
vérantes réclamations du parlement de Paris
qui prétendait avoir le droit exclusif de le
juger. On mit quatorze mois à rechercher les
1 II mit à profit les loisirs de sa captivité, pour publier de
nouveau son Imitation. On remarquait dans ce livre une gra-
vure qui le représentait communiant avec son frère le maréchal
et Louise sa nièce.
16 MADEMOISELLE LE GRAS
griefs formulés contre lui. Il essaya vainement
de' récuser plusieurs de ses ennemis person-
nels, appelés à figurer au nombre de ses juges;
et, après bien des lenteurs, il fut déclaré cou-
pable de détournement des deniers publics. Il
est vrai qu'il avait pourvu aux besoins de ses
troupes, sans observer les édits. financiers alors
en vigueur, et sans se conformer aux règles
ordinaires de la comptabilité; mais c'était
l'usage généralement suivi par les officiers
de son temps, et nul n'avait été jusqu'alors
inquiété à ce sujet : toutefois la commission
lui en fit un crime, se montra impitoyable, et
une faible majorité, aveuglée par la passion,
prononça la peine de mort contre le maréchal.
Les efforts de la reine-mère, les démarches
de Gaston d'Orléans n'obtinrent aucun suc-
cès. Tout ce que ses amis entreprirent pour
le sauver échoua. Le procès s'instruisit à
Rueil, et la sentence était à peine prononcée
qu'on s'occupa de transférer Marillac à Paris,
afin de lui faire subir le dernier supplice.
Pendant le trajet, sa piété se manifesta d'une
manière touchante. Au lieu de songer à ce
qu'il pouvait encore tenter pour échapper à la
1 17
CHAPITRE 1 17
mort, il n'était occupé qu'à prier Dieu et à
réciter les Psaumes de la pénitence. Il entendit
avec calme la lecture de l'arrêt ; puis , lais-
sant échapper un cri de légitime indignation,
« C'est chose étrange, dit-il aux officiers de
la justice, de m'avoir persécuté avec tant d'in-
justice 1 Il n'a été question que de foin, de
paille, de pierres et de chaux!. Je reconnais
qu'obligé de faire subsister l'armée quand je
commandais en Champagne, j'ai ordonné des
levées sur le peuple : autrement elle se fût
dispersée! mais j'y étais autorisé par de bonnes
lettres du roi ; je les ai produites, on n'y a pas
eu égard. On m'accuse de péculat!. Bon
Dieu ! qu'on examine ma fortune, elle est de
moitié moindre que lorsque j'entrai, il y a
quarante ans, au service de Henri IV! » Cette
défense simple et digne n'admettait pas de sé-
rieuse réplique; toutefois son arrêt était irré-
vocable, et on se hâta de consommer sa perte.
Après lui avoir laissé le temps de se préparer
au redoutable passage. Il fut conduit sur la
place de Grève ; sa tête tomba sous la hache
des bourreaux; et ce coup terrible, qui retentit
en Europe, fit comprendre, spécialement à la
18 MADEMOISELLE LE GRAS
France, combien était redoutable la puissance
de Richelieu !
Les auteurs de la condamnation ne reçurent
pas même la récompense éphémère qu'ils at-
tendaient de leur iniquité. Au lieu d'obtenir
de nouvelles faveurs, quelque temps après
l'exécution de la sentence, ils recueillirent de
la bouche même du ministre cette satirique
appréciation de leur conduite : ï Il faut avouer
que quelquefois Dieu donne aux juges des lu-
mières qu'il n'accorde pas aux autres hommes,
puisque vous avez condamné à mort le maré-
chal de Marillac. Pour moi, je ne croyais pas
que ses actions méritassent un si grand châti-
ment 1. »
C'est ainsi que la Providence élève ou
abaisse les familles comme les empires, selon
les desseins de sa miséricorde ou de sa justice,
disposant tout pour le salut des âmes, et di-
rigeant vers cette fin sublime les événements
1 L'indignation fut grande en France à la nouvelle de cette
exécution. Cependant le parlement de Paris ne réhabilita la mé-
moire du maréchal qu'après la mort de Richelieu.
La famille de Marillac, maintenant éteinte, eut pour dernier
représentant Jean-François de Marillac, brigadier des armées du
roi, gouverneur de Béthune, tué en 1704, à la bataille de
Gochstet.
CHAPITRE 1 19
qui se succèdent, sans que nous sachions tou-
jours en comprendre le sens et en découvrir
la portée.
Les épreuves dont la famille de Louise fut
abreuvée montrèrent à cette âme d'élite ce que
les faveurs de la fortune, mêlées aux passions
de la politique, imposent souvent de douleurs
et de sacrifices ; mais elles lui apprirent en
même temps quel courage et quelles consola-
tions se puisent aux sources intarissables de
la foi.
Elle sentit vivement le malheur de n'avoir
pas de mère : toute jeune elle se tourna vers
la sainte Vierge, en lui demandant de l'agréer
pour sa fille. Cette humble confiance en Marie
grandit avec les années et fut couronnée de
grâces abondantes. Louise donna des signes
précoces de piété. Elle tâchait de bien prier,
s'appliquait à être très-recueillie dans l'église,
écoutait avec une attention soutenue les ins-
tructions religieuses, évitait toute distraction,
se serait fait scrupule de détourner la tête,
craignait, par-dessus tout, d'offenser Dieu,
et fuyait jusqu'à l'apparence du mal. Son père
ne perdait aucune occasion de fortifier le bon
20 MADEMOISELLE LE GRAS
vouloir de cette enfant. S'adressant tantôt à sa
raison pour la convaincre, tantôt à son cœur
pour la toucher, il lui enseignait qu'il n'y a
pas de satisfaction comparable à celle du devoir
accompli, lui signalait l'amour de Dieu comme
le souverain remède à appliquer à toutes nos
blessures, la préparait dès son jeune âge aux
combats de la vie, et l'amenait à envisager les
choses du monde de ce point de vue élevé
qui les présente sous leur vrai jour et reporte
tout naturellement nos pensées vers le ciel.
Il était persuadé que l'innocence d'un enfant
a droit à un grand respect, et avait soin d'en-
tourer sa fille de maîtres sérieusement chré-
tiens. C'est qu'il savait combien, à cet âge,
on fait attention à tout ce qui se passe autour
de soi, et on se laisse vite impressionner par
les exemples dont on est entouré. Il la confia
quelque temps à une maison de religieuses
établie à Poissy, qui comptaient dans leurs
rangs plusieurs membres de sa famille ; puis
il la rappela dans son intérieur et plaça près
d'elle une institutrice distinguée. Toujours il
conserva la haute direction de ses études et se
réserva la plus grande partie de son éducation,
-CHAPITRE 1 '21
afin d'être bien sûr que la religion en serait
la base et Le couronnement.
Elle étudiait avec succès la littérature , les
arts, les sciences, et réussissait dans les exer-
cices du corps comme dans ceux de l'esprit.
Son goût pour le dessin et la peinture lui
procurait une agréable diversion aux travaux
plus sérieux. Elle s'est plu à le cultiver, et
on a conservé longtemps après sa mort des
tableaux religieux qui attestaient son talent.
Le règlement de sa journée, fidèlement
observé, en assurait le bon emploi. Elle appre-
nait le latin, pour s'associer plus intimement
aux prières et aux offices publics de l'Eglise ;
elle s'initiait aux principes de la théologie et
aux questions philosophiques, afin de pouvoir
mieux réfuter les sophismes de l'hérésie, si
répandus de son temps. Elle se pénétrait par
dessus tout des pensées de l'Evangile, et dé-
couvrait avec admiration, suivant la pensée
de Chateaubriand, qu'il n'y a pas une posi-
tion dans la vie pour laquelle on ne puisse
rencontrer dans ce livre inspiré un verset
qui semble dicté tout exprès.
Les lectures quotidiennes tendaient à former
22 MADEMOISELLE LE GRAS
son jugement et à détourner son esprit des
choses vaines.' Elle avait à sa disposition les
meilleurs ouvrages de son temps, et faisait
des extraits afin de graver dans sa mémoire
les principaux passages. Les connaissances
acquises dans la journée servaient de thème
aux conversations vives et spirituelles que
chaque soir ramenait au foyer domestique. La
pénétration de son esprit brillait dans les re-
marques et dans les questions qu'elle adressait
à son père. M. de Marillac la voulait solide-
ment instruite; mais il avait soin de la pré-
munir contre la tentation de l'orgueil. Il lui
disait souvent que la modestie était sa meil-
leure parure, et lui répétait ces paroles de
l'Imitation : « Peu de savoir avec l'humilité
vaut mieux qu'un trésor de science avec une
vaine complaisance de soi-même. »
Quand l'intelligence de Louise fut assez
développée pour qu'elle pût se rendre compte
de l'état des esprits, M. de Marillac lui ensei-
gna l'histoire contemporaine ; il y trouva ma-
tière à de bien sérieuses réflexions. Louis XIII
régnait alors sur la France et à beaucoup d'é-
gards, la situation était déplorable. La guerre
CHAPITRE I 23
civile, les discordes religieuses, le relâche-
ment des bons, l'extrême perversité des mé-
chants avaient accumulé dans le royaume les
misères et les .scandales. Pour un caractère
aussi élevé que celui dé Louise, ce n'était pas
le moment de se laisser aller au courant de la
légèreté naturelle à la jeunesse. Elle aimait
beaucoup son père, éprouvait du charme à
l'écouter, à lui tenir fidèle compagnie, à lui
témoigner sa tendresse; elle avait une entière
confiance dans le jugement de M. de Marillac
et puisait dans ce sentiment la force de porter
avec joie le joug -de la soumission filiale. Ce
frein lui était d'autant plus salutaire que la
vivacité de son caractère avait besoin d'être
dirigée et contenue. Avec son ardeur native ,
elle était exposée à la tentation de se trop ré-
pandre au dehors et de se lancer dans le tour-
billon du monde. Pour conjurer ce danger, elle
sentit la nécessité d'une règle, et trouva dans
la pratique d'une ponctuelle obéissance la pro-
tection dont elle avait besoin.
Aussi, tant que M. de Marillac vécut, elle
conserva l'habitude de ne rien faire sans son
assentiment et de soumettre les plus petites
24 MADEMOISELLE LE GRAS
choses à sa décision. Comme il l'a dit dans son
testament, elle était son repos d'esprit dans
les afflictions de la vie, et sa plus grande con-
solation dans le monde.
Ce testament exprimait le secret pressenti-
ment d'une mort qui ne tarda pas à le séparer
de sa fille chérie. Louise, devenue tout-à-fait
orpheline avant d'avoir connu sa vocation et
d'avoir choisi sa voie, hésita quelque temps
sur la décision qu'elle devait prendre. Elle se
crut d'abord appelée à la vie cloîtrée ; et son
attachement pour les religieuses capucines lui
inspira le désir de commencer un noviciat dans
leur couvent. Mais sa constitution physique ne
parut pas assez robuste pour lui permettre
d'affronter un régime aussi austère, et son
confesseur, disciple lui-même de saint Fran-
çois d'Assise, la détourna de ce dessein en
lui disant : « Je crois que Dieu a d'autres vues
sur vous. »
C'est alors que sa famille et ses amis, préoc-
cupés de son isolement, insistèrent pour lui faire
accepter un honorable mariage. Elle n'éprouvait
pour cet état ni attrait ni répulsion ; elle ne
refusa pas de l'embrasser, se laissant guider
CHAPITRE i 25
3
par çeux dont l'expérience la rassurait, et qui
lui semblaient avoir reçu la mission de pourvoir
à son avenir. A l'âge de 22 ans (février 1613),
en l'église de Saint-Germain, dans ce quartier
célèbre du vieux Paris, qu'on regardait déjà
comipe le théâtre habituel des agitations poli-
tiques , elle s'agenouillait au pied de l'autel
avec le calme d'une conscience pure, et rece-
vait le sacrement institué pour donner à l'union
de deux cœurs un caractère surnaturel et
perpétuer les familles en les sanctifiant. Elle
apportait à l'autel les grâces de la jeunesse
rehaussées par les charmes d'une intelligence
ornée, avec un caractère déjà mûri par le
malheur; mais ces dons précieux étaient sur-
passés par les beautés d'une âme faite pour
captiver à jamais celui qui avait le bonheur
d'obtenir sa main.
Cet heureux époux était M. Antoine le
Gras, écuyer, secrétaire des commandements
de Marie de Médicis. La famille le Gras, comme
celle des Marillac, avait l'Auvergne pour ber-
ceau. Elle y était très estimée, et on s'y rap-
pelait encore avec reconnaissance qu'un de ses
membres avait fondé au Pu y un hôpital en fa-
26 MADEMOISELLE LE GRAS
veur des indigents. Le cœur généreux de Louise
trouvait dans le souvenir de charité dont son
mari recueillait l'héritage une sorte d'attrait
qui ne fut pas étrangère à sa détermination.
A peine mariée, Mlle 1 le Gras s'efforça de
reproduire dans sa conduite les traits et les
vertus de la femme forte. Elle avait une affec-
tion pleine de déférence pour son mari, qui,
l'appréciant à sa juste valeur, se confiait entiè-
rement en elle. Absorbé par les devoirs et les
sollicitudes de sa charge, M. le Gras ne pou-
vait donner que de rares moments à la vie de
famille; mais sa femme s'ingéniait pour les
lui rendre les plus doux et les plus agréables
possible. Au lieu de se laisser entraîner par
les exemples de mollesse et les goûts de luxe
dont elle était entourée, elle luttait contre le
torrent, comme ces courageux nageurs qui
remontent le fleuve et résistent au courant
parce qu'il conduit aux abîmes. A cette époque,
1 Autrefois les qualifications de dame et damoiselle étaient
des titres d'honneur réservés aux femmes et aux filles de parents
nobles. Les femmes des chevaliers s'appelaient dames, et celles
1 des écuyers damoiselles. Au xvne siècle, la distinction établie
entre les deux titres commençait à s'effacer : Louise de Marillac
aurait pu prendre le premier : son humilité préféra le second.
f
CHAPITRE 1 27
la lutte exigeait une grande énergie; car on
recherchait avec une sorte de frénésie la ri-
chesse des étoffes, la multitude des broderies
et celle des bijoux. C'était une passion déjà an-
cienne et qui n'avait encore rien perdu de son
ardeur. Henri III avait promulgué en 4 583 un
édit pour la réforme de cet abus ; il avait cons-
taté dès lors les ravages du mal en disant :
( Dieu est grandement offensé , et la modestie
s'en va presque du tout éteinte. » Mais la ten-
tative du souverain avait échoué, les mauvaises
mœurs avaient été plus fortes que les pres-
criptions de la loi, et les folies de la toilette
continuaient à jeter la division et la ruine dans
les familles. Toutefois on pouvait constater de
rares exceptions qui formaient avec les usages
généralement répandus un salutaire contraste.
Parmi ces exceptions on distinguait Mlle le
Gras ; car elle ne suivait la mode que dans la
mesure nécessaire pour échapper au ridicule.
Elle ne prenait aucune part aux fêtes mon-
daines; et pendant le carnaval elle avait cou-
tume de se mettre en retraite chez ses chères
religieuses capucines, afin d'y prier pour ceux
qui couraient un si grand danger de se perdre.
28 MADEMOISELLE LE GRAS
Le gouvernement de sa maison occupait une
place importante dans l'emploi de son temps.
Elle veillait à l'ordre, à la propreté dans son
intérieur, à l'achat des provisions et au paie-
ment régulier des fournisseurs ; se levant de
bonne heure, et enseignant ainsi à ses domes-
tiques la vigilance chrétienne, elle priait avec
eux matin et soir, les conduisait aux grandes
messes, aux offices de la paroisse, qu'elle pré-
férait à ceux des chapelles privées,parce qu'elle
les jugeait plus capables d'impressionner et
d'édifier. Elle rappelait adroitement à son mari
qu'il ne pouvait pas se contenter d'une messe
basse et qu'il devait l'exemple à ses gens. Il
se rendait à ses raisons ; sans doute il les trou-
vait bonnes ; puis il sentait bien qu'il lui ferait
de la peine s'il essayait de les réfuter.
Elle prévenait les fautes de ses serviteurs
pour n'avoir pas à les réprimer, donnait ses
ordres avec précision, se tenait au courant de
l'emploi des journées, travaillait quelquefois
avec les femmes attachées à sa personne. Evi-
tant à tous la surcharge qui porte au murmure
et l'oisiveté qui offense Dieu, elle les instrui-
sait de leurs devoirs, mettait à leur portée les
CHAPITRE 1 29
vérités de la foi et leur en exposait toutes les
consolantes conséquences. Elle savait d'autant
mieux se faire obéir qu'elle excellait à se faire
aimer. Aussi la politesse, la paix et une joie
tempérée régnaient dans sa maison. Ceux qui
la fréquentaient ne pouvaient s'empêcher d'en
être édifiés. Deux employés aux écritures de
M. le Gras en furent si touchés qu'ils durent
leur conversion à ces beaux exemples. Re-
montant de l'effet à la cause, ils s'élevèrent
jusqu'à Dieu, source des vertus dont ils étaient
émerveillés ; ils voulurent se consacrer à son
service et devinrent de fervents religieux.
Mlle le Gras menait une vie sérieuse, et ne
sortait guère que pour aller à l'église, chez les
pauvres, dans sa famille, ou à des visites d'a-
I
mitié et de bienséance. Sa modestie, sa simpli-
cité , ses manières gracieuses, associées à un
certain enjouement, étaient agréables à chacun
et lui conciliaient les sympathies générales, en
sorte qu'elle plaisait davantage et qu'elle avait
plus d'autorité que ses contemporaines les plus
élégantes et les plus assidues aux fêtes mon-
daines. Sa piété rendait son esprit bienveillant,
sa façon de dire attachait à ses récits et donnait
30 MADEMOISELLE LE GRAS.
l'intérêt aux moindres détails. Ici elle portait
un utile conseil ; là elle prêtait un bon livre ;
ailleurs elle propageait une pratique de dévotion
ou de charité; presque toujours elle travaillait
à rendre service à son prochain.
La maison des malheureux était celle qu'elle
abordait de préférence ; elle se dirigeait de leur
côté, les poches pleines de provisions, et le
cœur tout pénétré de dévouement. Aucun ser-
vice à leur rendre n'était au-dessus de son
courage; elle préparait leurs aliments, refai-
sait leur lit, balayait leur chambre, pansait
leurs plaies, consolait leur tristesse, les dis-
posait à paraître devant Dieu, et les enseve-
lissait de ses mains après leur mort.
« Ce sont ces choses simples, dit Bossuet,
gouverner sa famille, édifier ses domestiques,
faire justice et miséricorde, accomplir le-bien
que Dieu veut et souffrir les maux qu'il envoie,
ce sont ces communes pratiques de la vie chré-
tienne que Jésus-Christ louera au dernier jour
devant- les saints anges et devant son Père
céleste; les histoires seront abolies avec les
empires; et il ne se parlera plus de ces faits
éclatants dont elles sont pleines. »
CHAPITRE 1 31
La religion éclairée de Mlle le Gras lui ins-
pirait tout le bien qu'elle parvenait à réaliser.
Elle était fidèle à la prière, à l'oraison et aux
lectures sérieuses. Après la saint Ecriture, elle
lisait et méditait surtout l'Imitation, le Com-
bat spirituel, les œuvres de Louis de Grenade,
celles de saint Français de Sales, récemment
publiées et déjà fort gotîtées. - Monseigneur
Camus, son confesseur, empruntaità l'évêque
de Genève sa méthode et ses maximes pour
la conduite des âmes. Il dirigeait Mlle le Gras
avec sagesse, et suppléait par ses lettres aux
conseils que son éloignement de Paris ne lui
permettait pas de donner de vive voix. Plus
d'une fois il eut à modérer l'excès de son
zèle pour les pratiques de piété. « Je suis con-
solé , lui écrivait-il, de savoir que les exercices
de recueillement et les retraites spirituelles
vous soient si utiles et si savoureuses ; mais il
en faut prendre pour vous comme du miel,
c'est-à-dire rarement et sobrement. Car vous
avez une certaine avidité spirituelle qui a be-
soin de retenue. »
Il dut aussi la prémunir contre les atteintes
de tentation qui l'assaillirent sous des formes
32 MADEMOISELLE LE GRAS
et dans des circonstances diverses. Ce fut d'a-
bord un trouble continuel et une crainte mal
entendue de la justice divine qui paralysèrent
son activité; ses fautes les plus légères se
dressaient devant son imagination effrayée
comme autant de spectres hideux, et tendaient
à lui enlever tout courage. « J'attends toujours,
ma chère fille; lui dit à. ce sujet l'évêque de
Belley, que la sérénité vous revienne après ces
nuages qui vous empêchent de voir la belle
clarté de la joie qui est attachée au service de
Dieu. Ne faites point tant de difficultés aux
choses indifférentes, détournez un peu votre
vue de vous-même et l'attachez à Jésus-Christ.
Voilà, selon mon jugement, votre perfection,
et je puis dire, avec l'Apôtre, qu'en cela je
pense avoir l'esprit de Dieu. »
Plus tard cette belle intelligence fut éprouvée
par une sorte de dégoût des choses du ciel ;
de perpétuelles sécheresses l'empêchaient de
goûter les consolations de la prière; les obscu-
rités les plus navrantes remplaçaient la douce
umière de la foi, et les doutes survenaient au
sujet des vérités fondamentales, telles que
l'existence de'Dieu et l'immortalité de l'âme,
CHAPITRE 1 33
C'est en livrant bataille que le soldat s'aguerrit,
et les meilleures troupes laissent à désirer tant
qu'elles n'ont pas affronté le feu de l'ennemi.
Il en est de même de cette milice spirituelle
dont Jésus-Christ est le chef. La lutte fortifie
le chrétien, développe ses facultés et lui at-
tire de nouvelles bénédictions. Toutefois les
temps de combats très-acharnés sont des pé-
riodes douloureuses dont il est permis de dé-
sirer le terme. MIle Le Gras ne consentait pas
aux désolantes pensées dont elle était assaillie;
sa fidèle résistance ajoutait à ses mérites;
mais des assauts si souvent répétés effrayaient
sa bonne volonté et la plongeaient dans la
tristesse. Elle en demanda la délivrance à Dieu
par l'intercession de saint François de Sales ;
après de ferventes prières elle fut exaucée, et
resta persuadée qu'elle devait cette grâce au
crédit du saint. Elle avait eu le bonheur de le
voir plusieurs fois à Paris, de recevoir ses
visites, de recueillir pendant une maladie ses
consolantes paroles, et avait conservé pour ce
grand évêque un sentiment de confiance et de
vénération que le temps n'affaiblit pas et qui
resta inaltérable.
34 MADEMOISELLE LE GRAS
Mlle le Gras ne négligeait aucun devoir, et
se servait du temps consacré à Dieu pour se
mieux pénétrer de ses obligations envers le
prochain. Les heures passées à l'église ou dans
son oratoire la rendaient plus empressée à
plaire à son mari, plus vigilante dans son mé-
nage, plus dévouée à ses pauvres. Elle était
heureuse, parce qu'elle vivait dans l'union
avec Dieu ; et les vraies joies de la terre ne lui
manquaient pas. La bénédiction de la fécondité
avait été accordée à son mariage. Devenue
mère d'un fils dont elle soignait l'enfance avec
une tendresse qui n'excluait pas la fermeté,
elle priait avec lui et s'efforçait d'élever son
cœur avec ses petites mains vers le ciel. De
bonne heure elle tâcha de former son caractère
et d'en corriger les mauvais penchants, lui
inspirant l'amour du devoir, de la droiture, de
la loyauté, et la résolution de placer le trésor
de la vertu au-dessus de tous les autres. Elle
sut éviter deux écueils, l'excès de l'indulgence
qui ne réprime pas les défauts, l'excès de la
sévérité qui décourage et ferme le cœur. Elle
put surveiller ses études plus longtemps que
les femmes n'ont coutume de le faire , parce
CHAPITRE 1 35
qu'elle mit à profit ses notions littéraires et sa
science du latin. Puis elle le confia à des maîtres
pieux, habiles, qui le préparèrent aux luttes de
laTie en le mettant en contact avec ses égaux.
Elle aurait désiré le voir appelé dans le sanc-
tuaire, et demanda souvent pour lui la vocation
du sacerdoce. Ce vœu ne fut pas exaucé; mais
son fils répondit par une conduite régulière
aux soins assidus dont il fut l'objet, et occupa
plus tard avec distinction une place de con-
seiller du roi-à la cour des monnaies.
M. le Gras était fier d'un enfant dont la vive
intelligence l'amusait et autorisait ses rêves
de brillant avenir. Après ses longues journées
de travail, il était avide du repos, qu'il prenait
entre un petit garçon qui semait la gaieté au-
tour de lui, et une femme qu'il aimait toujours
davantage, parce qu'elle se montrait toujours
plus oublieuse d'elle-même, plus occupée de
lui, plus cordiale à son endroit, el plus suave
en L'affection qu'elle lui portait. Huit an-
nées s'écoulèrent dans la paisible jouissance
d'une position honorée et à l'abri des chagrins
domestiques ; puis l'épreuve de la souffrance
et de la maladie vint visiter ce bon ménage.
36 MADEMOISELLE LE GRAS
M. le Gras perdit en peu de mois les forces
qu'il consacrait au service de la reine-mère ; il
eut le chagrin de se voir vieillir avant le temps,
et de se sentir pendant quatre ans incapable
de remplir les obligations de sa charge,. se
guérissant d'un mal pour en contracter un
autre, mourant en détail, et ne sachant pas
se résigner à ce dépérissement prématuré.
Son caractère s'en aigrit : il devint triste ,
morose, irascible, s'en prenant à tout, n'é-
pargnant pas même à sa femme les reproches
les plus immérités. Cependant c'était là que la
Providence l'attendait pour le détacher de ce
monde et le préparer à l'éternité. Mlle le Gras
redoublait d'attentions et de prévenances, lui
procurait les distractions qu'elle s'ingéniait à
découvrir, gardait le silence au milieu des em-
portements, et se permettait rarement quel-
ques mots d'explication après l'accès de colère,
quand le moment lui semblait opportun. Sa
patience, son habileté comme garde-malade,
sa tendre sollicitude de jour et de nuit finirent
par triompher de la mauvaise humeur du ma-
lade. Vaincu par tant de bontés, il comprit
qu'une pareille douceur ne pouvait venir que
CHAPITRE 1 37
du ciel. Il bénit Dieu de l'avoir associé à une
compagne d'un si rare mérite, témoigna sa
vive reconnaissance à celle qui savait si bien
consoler ses derniers jours, et se soumit peu
à peu aux desseins miséricordieux de la justice
divine. Bientôt la grâce domina tous les mou-
vements de son âme, et il parvint à se montrer
résigné envers la mort comme il était coura-
geux en face de la douleur. Il sortit de ce
monde le 21 décembre 1625, muni des sacre-
ments qui nous préparent une sentence favo-
rable. Une lettre adressée par Mlle le Gras à
son parent le P. Hilarion Rebours, chartreux,
fait connaître les sentiments de son mari :
« Mon très-révérend père, puisque vous
voulez savoir les grâces que notre bon Dieu a
faites à feu mon mari, après vous avoir dit
qu'il m'est impossible de vous les faire toutes
connaître, je vous dirai que dès il y a long-
temps il n'avait plus aucune affection pour les
sujets qui peuvent porter au péché mortel, et
qu'il avait un très-grand désir de vivre dévo-
tement. Six semaines avant sa mort, il eut une
- fièvre chaude qui mit son esprit en grand dan-
ger ; mais Dieu, faisant paraître sa puissance
0
38 MADEMOISELLE LE GRAS
au-dessus de la nature, y mit le calme; et,
en reconnaissance de cette grâce, il se résolut
entièrement de servir Dieu toute sa vie. Il ne
dormait presque point toutes les nuits : mais
il avait une telle patience, que les personnes
qui étaient auprès de lui n'en recevaient pas
d'incommodité. Je crois qu'en cette dernière
maladie Dieu l'a voulu faire participant de
l'imitation des peines de sa mort ; car il a
souffert en tout son corps et a entièrement
perdu son sang : son esprit a été presque tou-
jours occupé dans la méditation de sa passion.
Il répandit sept fois du sang abondamment par
la bouche, et la septième lui ôta la vie à l'ins-
tant. J'étais seule avec lui pour l'assister en
ce passage si important, et il témoigna tant
de dévotion, qu'il fit connaître jusqu'au der-
nier soupir que son esprit était attaché à Dieu.
Il ne put jamais me rien dire, sinon : « Priez
» Dieu pour moi, je n'en puis plus ! Il Paroles
qui seront à jamais gravées dans mon cœur.
Je vous prie de vous souvenir de lui quand
vous direz complies ; il y avait une si parti-
culière dévotion qu'il ne manquait guère à les
dire tous les jours. »
i
CHAPITRE II
Mlle le Gras veut se consacrer exclnsivemeul aux œuvres de piété
et de charité. — Mgr Camus la place sous la direction de Vincent de
Paul. — Coup d'œil sur la vie du saint. — Situation déplorable, de
la. Fiance. — Après une épreuve suffisante, Mlle le Gras est autorisée
à s'engager par un vœu au service des pauvres. — Confréries de cha-
rité. — Leur règlement. — Mlle le Gras en visite plusieurs et en
fonde un grand nombre dans les campagnes et dans les villes. —
Elle les organise à Paris, d'abord à Saint-Nicolas-du-Chardonnet,
sa parobse, puis dans les divers quartiers de la capitale. — Lettres
ie saiut Vincent de Paul. — Ovations à Beauvais. — Extraits du
journal du voyage d'Anjou.
Mlle le Gras pleura beaucoup son mari; mais
elle ne s'abandonna pas à un désespoir qui
révèle la faiblesse de notre foi. Elle accepta
l'épreuve de la main de Dieu et s'y soumit
humblement. A ses yeux la vie était un voyage;
elle comptait bien rejoindre celui qui l'avait
devancée dans la vraie patrie, et ne pensait
plus qu'à s'enrichir de mérites, afin d'abréger
pour elle et pour lui les redoutables expiations
du purgatoire. Le jour même où elle perdit
40 MADEMOISELLE LE GRAS
M. le Gras, elle voulut se confesser; et, le len-
demain, elle communiait à son intention. Ce
fut comme le commencement d'une nouvelle
voie dont elle ne devait plus s'écarter. Veuve
à trente-quatre ans, elle n'aurait pas manqué
de prétextes ni même de raisons spécieuses
pour rester dans le monde. La plus sérieuse
était l'éducation de son fils ; elle pouvait aussi
se persuader qu'il fallait entretenir des relations
influentes qui l'aidassent à lui procurer un jour
on brillant établissement; mais l'attrait pour
elle n'était pas du côté des choses qui passent,
et elle était convaincue de leur vanité. Elle se
sentait un grand penchant vers les bonnes
œuvres, désirait servir Dieu dans une vie re-
tirée , et voulait adopter l'état de viduité tel
que le conseille l'apôtre saint Paul.
L'évêque de Belley semble avoir deviné une
partie des dispositions de sa pénitente , quand
il lui écrivit, après la mort de M. le Gras :
« Ma chère sœur, le Sauveur de nos âmes,
après avoir mis votre époux en son sein, s'est
mis dans le vôtre. 0 céleste Epoux, soyez à
jamais celui de ma sœur, qui vous a choisi
pour tel lorsqu'elle en avait encore un autre
CHAPITRE Il 41
It
sur la terre. Mais demeurez sur son sein, Sei-
gneur, comme un bouquet de myrrhe, douce
à l'odorat, amère au goût. Donnez-lui quelque
consolation dans les amertumes inséparables
de son veuvage. C'est maintenant qu'il faut
dire à Dieu qu'il se souvienne de sa parole.
Et quelle est cette parole, ma très-chère fille?
C'est qu'il sera le père de l'orphelin et le juge
de la veuve : juge , ma très-chère sœur, pour
prendre sa cause en main et pour juger ses
adversaires. C'est à cette heure que nous ver- -
rons si vous aimez Dieu comme il faut, puis-
qu'il vous a ôté ce que vous aimiez beaucoup.
Paix éternelle et repos soit à cette chère âme
pour laquelle nous prions ; consolation à la
vôtre, par le Père de toute consolation et le
Dieu des miséricordes. »
La pieuse veuve dépassa de beaucoup les
prévisions de son directeur. Bientôt elle s'en
ouvrit à lui ; puis elle en écrivit au R. P. Re-
bours pour solliciter le secours de son inter-
cession.
« N'est-il pas bien raisonnable, lui disait-
elle , que je sois toute à Dieu après avoir été
tant de temps au monde ? Je vous dis donc,
42 MADEMOISELLE LE GRAS
mon cher cousin, que je le veux de tout mon
cœur et en la manière qu'il lui plaira. Mais
j'ai grand sujet de me défier de moi-même
pour la persévérance dans ce saint désir, à
cause des continuels empêchements qui s'op-
posent aux desseins que Dieu a sur moi. Or,
sus, mon cher père, aidez donc ma pauvre
âme, et par vos prières rompez ces liens qui
m'attachent si fortement à tout ce qui n'est pas
Dieu; et pour son saint amour, continuez les
prières que vous me promettez. »
On la vit alors s'adonner avec un surcroît
de zèle à la prière, à la réception des sacre-
ments , aux pratiques de pénitence et de cha-
rité. Mgr Camus applaudit à ce redoublement
de ferveur; puis, comme l'administration de
son diocèse ne lui permettait ni de longs ni de
fréquents séjours à Paris, il lui chercha un
confesseur qui pût la suivre de près et la gui-
der dans les sentiers de la perfection où elle
voulait niarcher. L'inspiration lui vint de la
recommander à un prêtre que la France com-
mençait à vénérer comme un saint; ce prêtre
s'appelait Vincent de Paul. Arrêtons-nous
devant ce nom qui se place pour la première
CHAPITRE II 43
fois - sous notre plume, et saluons avec une
respectueuse reconnaissance celui qui l'a porté.
Esquissons les principaux traits de ce grand
caractère, et racontons quelques incidents de
sa vie : quand nous connaîtrons un peu cette
intelligence élevée, cette autorité douce et ferme
à la fois, cette bonté que rien ne surpassait,
nous comprendrons mieux l'influence décisive
que Vincent de Paul exerça sur les œuvres de
sa nouvelle pénitente.
A l'époque qui nous occupe, il était dans
l'âge de la maturité et avait environ cinquante
ans. Né en 1576, au village de Pouy, situé au
pied des Pyrénées, il avait eu pour père un
pauvre paysan des landes de Guyenne, qui
s'était donné bien de la peine pour pouvoir
élever ses six enfants et les avait habitués de
bonne heure au travail des champs. Le petit
Vincent avait été chargé de la garde des bes-
tiaux; mais les grandes destinées, suivant l'ex-
pression d'un de ses biographes, n'attendent
pas le nombre des années pour se révéler. Vin-
cent de Paul annonça dès son jeune âge que
la miséricorde était née pour lui. Enfant, il ai-
mait singulièrement à secourir plus pauvre que
44 MADEMOISELLE LE GRAS
lui ; si des indigents venaient à passer, il par-
tageait avec eux sa nourriture et leur donnait
les petites pièces de monnaie qu'il avait pu éco-
nomiser. Un jour, apercevant un vieillard qui
lui parut fort misérable, il courut à lui, et lui
donna jusqu'à trente sous qu'il avait amassés
à force de privations, dans un temps et dans un
pays où l'argent était fort rare; c'était un petit
trésor dont il fit joyeusement le sacrifice. Quand
il allait chercher la-farine au moulin, il en dis-
tribuait des poignées aux indigents qu'il ren-
contrait sur le chemin; et son père ne se plai-
gnait pas de ses libéralités, parce qu'étant
sérieusement chrétien, il savait que l'aumône,
loin d'appauvrir, attire les bénédictions du -
ciel.
Vincent manifesta bien jeune encore le désir
de se vouer au sacerdoce, et sa famille accueillit
avec reconnaissance cette vocation bénie. Mal-
gré de nombreux obstacles, l'enfant put entre-
prendre ses études, les poursuivit avec succès,
et à vingt-quatre ans il recevait le sacrement
d'ordre. Pendant les vingt-cinq premières an-
nées de prêtrise, il accomplit des œuvres excel-
lentes mais isolées qui le préparèrent à la
CHAPITRE II 45
grande mission réservée à la deuxième partie
de son apostolat.
Une épreuve fit tout d'abord admirer la cou-
rageuse patience du jeune prêtre ; ce fut sa
captivité. S'étant embarqué pour voyager plus
économiquement de Marseille à Narbonne, il
était monté sur un bâtiment qui fut attaqué par
trois brigantins turcs. Plusieurs hommes furent
tués, les autres furent blessés et traînés comme
esclaves à Tunis; lui-même, percé d'une flèche,
la chaîne au cou, fut vendu dans cette ville à un
pêcheur, puis à un médecin, et enfin à un re-
négat. Vincent parvint à convertir ce dernier
maître, le ramena en France avec lui, et le fit
entrer dans un couvent de frères hospitaliers.
La cure de Clichy près de Paris, celle de
Châtillon-les-Dombes en Bourgogne, successi-
vement confiées à son zèle, éprouvèrent les sa-
lutaires effets de son dévouement pour les ha-
bitants des campagnes. Douze années passées
dans la maison de M. de Gondi, général des
galères de France, furent consacrées à évan-
géliser les paysans de nombreux domaines, et
à élever trois jeunes gens destinés à occuper
un rang très-distingué dans le royaume. Le
46 MADEMOISELLE LE GRAS
saint profita de cette position pour rechercher
les moyens les plus efficaces de ranimer la
foi qui s'éteignait dans les champs comme dans
les cités, d'intéresser les premières familles de
France à cette nouvelle et pacifique croisade,
et de les amener à sauver leur âme en tra-
vaillant au salut du pays.
Ses fonctions d'aumônier général des galères
lui dévoilèrent la profonde dégradation de cri-
minels avilis par le crime qui maudissaient la
société. A force de compassion, il parvint à leur
rendre un peu de calme et d'espérance. Com-
ment n'aurait-il pas réussi à les améliorer? Sa
bonté sympathique se manifestait dans toute sa
personne ; il suffisait de le voir pour deviner
en lui l'avocat, l'ami, le père. Il les embrassait'
avec effusion, les soulageait dans leurs maladies,
plaidait leur cause près des officiers chargés de
les surveiller , et obtenait l'adoucissement de
leur sort. Un jour, il alla jusqu'à prendre la
place d'un jeune forçat, plus malheureux que
coupable, pleuré par une vieille mère et de
nombreux enfants. Un des surveillants con-
naissait l'histoire de ce condamné. Vincent s'a-
dresse au cœur de cet homme, parvient à le
CHAPITRE Il 47
toucher et le supplie de fermer les yeux sur ce
qui va se passer. Le nombre des forçats restera
le même, et la responsabilité des fonctionnaires
ne sera pas engagée. Il le lui promet, puis,
sans attendre la réponse, il s'élance vers le
galérien, le délivre en se chargeant de ses fers,
et le renvoie à sa famille comblée de joie.
C'est ainsi que Vincent de Paul, placé tour
à tour en présence de misères spéciales, était
parvenu, comme le bon Samaritain, à les sou- 1
lager et à les guérir. Le temps allait arriver où
Je génie de sa charité, prenant un vigoureux
essor, devait généraliser son influence. Désor-
mais son action ne se bornera plus à une pa-
roisse ou à une œuvre isolée, c'est la direction
générale de la charité en France qui va lui être
confiée. Notre patrie ne sera pas même la seule
partie du globe appelée à recueillir ses bienfaits;
son zèle ne connaîtra ni frontières ni obstacles,
et voudra pénétrer partout où il y aura des
orphelins à élever, des ignorants à instruire,
des pauvres à assister, des affligés à consoler
et des pécheurs à convertir.
La première communauté fondée par saint
Vincent fut destinée aux campagnes; il brûlait
48 MADEMOISHLLE LE GRAS
du désir de les instruire et de les ramener à
Dieu. Il communiqua son dessein à quelques
prêtres qu'il enflamma de son ardeur et qu'il
sut conquérir à la vie mortifiée. Mgr de Gondi ',
archevêque de Paris, bénissant et encourageant
cette généreuse initiative, le nomma principal
du collége des Bons-Enfants et lui donna cet
établissement pour loger l'association naissante.
Le général des galères, cédant aux instances
de Mmé de Gondi, lui affecta une somme de qua-
rante mille francs afin que les missions pussent
être données sans frais aux pauvres paysans.
Vincent de Paul organisait sa congrégation
de missionnaires* , quand Mlle le Gras vint
se placer sous sa direction. Elle avait eu soin
de mettre sa démarche sous la protection de
saint Louis et de sainte Monique, c'est-à-dire
sous la protection de deux grandes âmes qu'elle
aimait et vénérait singulièrement. Aussi cette
résolution fut-elle exceptionnellement bénie ;
1 Le siège épiscopal de Paris fut érigé en archevêché en l'hon-
neur de ce prélat.
s Ils s'appellent de nos jours encore prêtres de la Mission
ou Lazaristes, du nom du prieuré de Saint-Lazare, qui fut donné
en 1632 par Louis XIII à saint Vincent de Paul, et resta le siège
de l'institution jusqu'à la fin du siècle dernier. -
CHAPITRE 11 49
5
non-seulement elle assura son salut, mais elle
prépara sa haute perfection. Pour arriver à gra-
vir cette montagne mystérieuse dont la cime se
perd dans les nues, il faut du courage et de la
persévérance. ,Les âmes vaillantes peuvent seules
prétendre à la gloire de cette ascension. Il y a
là unlabeur de toute la vie; plusieurs n'arrivent
au sommet qu'à leur dernière heure. Les re-
gards superficiels confondent souvent et placent
au même rang ceux qui sont entrés dans le
même chemin, sans tenic compte de la dis-
tance qui les sépare. Les observateurs attentifs
et exercês-ne s'y trompent pas; saint Vincent,
qui possédait à un haut degré l'esprit de dis-
cernement, pénétrait jusqu'au plus intime de la
conscience, constatait bien vite le nombre des
étapes parcourues, et savait accélérer la marche
sans trop augmenter la fatigue du voyageur. Il
encouragea chez sa nouvelle pénitente la bonne
volonté, l'extrême désir de plaire à Dieu dont
il la vit animée, et voulut développer en elle
l'amour du sacrifice, c'est-à-dire le secret de
la sainteté. Il connut aussi ses côtés faibles, son
ardeur spirituelle mal servie par sa délicate
santé, ses scrupules qui l'empêchaient d'avancer,
50 MADEMOISELLE LE GRAS
son enthousiasme parfois irréfléchi qui brillait
et s'éteignait comme un feu de paille, son hu-
meur prompte à se décourager devant les obs-
tacles , au lieu de les regarder en face afin
d'apprendre à les surmonter. Il leur appliqua
les remèdes et les conseils les plus propres à
faire de ces imperfections des genres de vertu.
A l'école du saint, les progrès de Mlle le
Gras ne tardèrent pas à s'épanouir comme les
fleurs sous la double influence de la rosée et
de la chaleur. Elle comprit qu'une œuvre vaut
ce qu'elle coûte, et qu'elle est plus méritoire
si son accomplissement exige plus d'efforts.
Elle s'accoutumait à faire avec plus de promp
titude ce que Dieu demandait, et à éviter plus
complètement ce qui lui déplaisait. Elle s'ha-
bituait à marcher avec plus de fidélité en la
présence du Seigneur, et bientôt son cœur
aspira vers Jésus-Christ, comme le cerf altéré
court à l'eau du torrent. Modérée et dilatée tout
à la fois, elle en vint à agir envers Dieu ronde-
ment, franchement, à la bonne foi, à la vieille
française, avec cette confiance filiale toujours
récompensée. Sous l'impression de la grâce, un
nouveau foyer de charité s'allumait en elle, et

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