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Marie-Rose-Vincent du Trévoux, en religion soeur Rose. Simple récit de sa vie et de sa mort. (Signé : Un homme du peuple [18 mai 1866].)

8 pages
Impr. de Ve Dupuy (Bordeaux). 1866. Du Trévoux. In-8 °. Pièce.
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5 centimes au profit des pauvres
, Assistés par les Sœurs de Charité de Saint-Projet.
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Marie-Rose-Yincenl Du Trévoux
EN RELIGION sœUR ROSE
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SIMPLE RÉCIT DE SA-VIE ET DE SOï.::
Tout près des lieux où vinrent, au monde Saint Brieuc et Saint Yves, les deux
Saints les plus chers à la Bretagne, à mi-chemin de Lannion à Morlaix, on trouve
un bourg de trois à quatre mille habitants, ayant nom Plestin. C'est là que, l'an
de grâce 1792, le 18 mai, alors -le lendemain de la fête de l'AscensioQ
de N.-S. Jésus-Christ, un noble manoir fut réjoui par l'accomplissement d'une
pieuse attente. Il était habité par Charles Du Trévoux du Baut et dame Gabrielle
son épouse, née de Kergrist, dont le cousin-germain devait devenir un jour ar-
chevêque de Paris (Jlgr. de Quélen). L'enfant si désiré reçut, à son baptême, les
trois prénoms de Marie-Rose-Vincent, par suite, peut-être, de l'usage du pays,
qui était de donner aux nouveau-nés, pour être tenus sur les fonts par leurs
parrain et marraine, savoir : aux garçons, deux hommes et une femme, et aux
filles deux femmes et un homme. Anciennement aussi, dans cette contrée, il
était expressément enjoint aux parrains et aux marraines d'apprendre à leurs
filleuls et filleules l'Oraison dominicale, la Salutation angélique et le Symbole
des Apôtres (Chardon, Hist. des Sacr., t. I, ch. VI). L'heureuse mère se chargea
de ce soin et de tous les autres, sans lesquels est bien souvent compromise la
frêle existence de ces pauvres petites créatures qui conservent longtemps les
influences du premier lait et du premier pain de vie qui leur ont été dispensés.
A quinze ans, déjà prédestinée à s'élever vers le Ciel, sous la conduite de
Saint Vincent de Paul, qui avait assisté en nom à son baptême, la jeune Rose
sollicita avec instance et obtint de ses parents, accoutumés à laisser passer le
service de Dieu avant tout, la permission d'entrer comme postulante dans une
maison religieuse de Morlaix, où elle demeura un an.
Un historien de nos jours (M. de Marchangy) a dit de Morlaix : « C'est la plus
» ancienne ville de la Basse-Bretagne ; elle est située dans le creux d'une vallée
» et semble, encore mieux que toutes les autres villes de la province, le réser-
» voir des traditions, croyances et usages des premiers siècles. » Disposée par
son caractère et ses habitudes à suivre la vocation qui lui plaisait le plus, parce
qu'elle espérait y faire mieux, elle trouva dans son âme le secret de suppléer au
temps, qui est le père nourricier du progrès, même religieux. Craignant peut-
être aussi, comme sa patronne, sainte Rose de Lima, que, si elle rentrait dans
ses foyers, ses parents ne songeassent à la marier, elle poursuivit sa course, et
bientôt elle sut se faire désigner pour être envoyée au Séminaire établi dans la
rue du Vieux-Colombier, à Paris. On eût dit, pour parler comme le R. Père
Lacordaire, que sa jeunesse s'écoulait « comme un fleuve qui aime ses rives et
» qui n'est point inquiet de son cours. » Vers le milieu de l'année 1809, à peine
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âgée de dix-huit ans, la fille de la Charité de Saint-Vincent de Paul arriva à Bor-
deaux pour y. pratiquer toutes les œuvres de son attendrissant ministère. La
maison de secours de Saint-Projet l'accueillit avec joie, et elle y prit possession
de la cellule bénie où elle devait traverser cinquante-sept années de souffrances
physiques (car elle était d'une santé fort délicate), de pénitences, d'oeuvres mul-
tipliées d'abnégation et de dévouement pour les enfants, les pauvres, les mala-
des, en un mot pour toutes les misères attachées à la condition humaine. Nom-
mée, en 1820, supérieure des servantes du Seigneur dans cet humble et admi-
rable asile dont tous ceux qui, dans cette grande cité, souffrent et pleurent,
connaissent si bien le chemin, elle n'en fut absente que trois ans, de 1840 à
1843, période durant laquelle il lui fallut subir l'ordre de se rendre à la maison-
mère, à Paris, pour y remplir les fonctions graves et difficiles d'assistante de la
Supérieure générale. Elle obéit non peut-être sans quelque murmure entendu
de Dieu seul, mais elle revint, avec une satisfaction, visible reprendre les travaux
obscurs du toit sous lequel, si ses journées étaient plus lourdes, ses méditations
étaient plus paisibles ou moins chargées de pensées de responsabRité. Parfois,
elle laissait, avec sa franchise bretonne, arriver du fond de son cœur à ses lèvres
cette exclamation accompagnée d'un aimable sourire : « J'espère bien qu'à pré-
sent on me laissera tranquille ici. » Son ange gardien était l'unique confident de
cette tranquillité si délicieusement savourée !.
Se lever en toute saison à quatre heures du matin, et, après avoir invoqué
pour tous les actes de la journée la protection divine, présider à la distribution
des bouillons, de la soupe et des autres moyens de subsistance, à une foule d'indi-
gents, parmi lesquels plus d'un peut-être, hélas ! n'ayant pas demandé le pain
quotidien à son Père céleste, recevait, sinon avec insulte, du moins avec dé-
dain, ce qui lui était remis par la bonne Mère ; assister aux instructions faites
par le clergé de la paroisse à des hommes et à des femmes de tout âge, mieux
disposés à supporter les épreuves de l'infortune par la résignation, fruit des en-
seignements de l'Eglise ; recevoir et consoler elle-même les uns ; glisser dans la
main des autres la petite pièce de monnaie destinée à ramener l'espoir au sein
de leur obscur ménage; en présenter d'autres encore, infirmes ou blessés, à cette
Sœur Madeleine, qu'on voit depuis si longtemps, en passant dans la rue Sainte-
Gemme, consacrer sa matinée à faire des pansements tels qu'ils ne peuvent être
décrits qu'en rebutant les sens ou provoquant un profond dégoût : tel fut le
début du labeur futur de la Sœur Rose.
Passer de là à la préparation des remèdes accordés gratuitement par les bu-
reaux de bienfaisance; surveiller l'école des petites filles du peuple qui, par
centaines et bien au-delà peut-être, ont pour institutrice une seule femme
qu'elles appellent tout simplement ma soeur ; parcourir, jusqu'après le coucher
du soleil, les rues ardentes en été, glaciales et humides en hiver ; ne s'arrêter
que pour monter, avec un effort plus ou moins pénible, jusqu'à de hautes man-
sardes, et parfois descendre, non sans danger, dans des caveaux transformés en
logements malsains; y faire des visites assises; après des œuvres si laborieuses,
si tourmentées, si pleines de bienfaits ignorés du monde, se séparer de ce mon-
de, voir arriver sans repos, et pourtant non sans regret, l'heure où il faut ren-
dre compte à Dieu de ses œuvres du jour et le prier de rendre meilleures celles
du lendemain ; -
On ne finirait pas, si on voulait essayer de rappeler, même sommairement,
tous les services rendus à la société par cette fille de Saint Vincent de Paul.
N'est-il pas vrai, nous le demandons à tous ceux qui ont connu la sœur Rose,
que, jalouse de la mission de ses compagnes, elle seule, depuis un demi-siècle,
ne voulut jamais demeurer étrangère à aucune des œuvres de chacune d'elles?
Un jour, cependant, cette demeure hospitalière, dont le seuil n'était ordinai-