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Mémoire à Monsieur le préfet de la Gironde / par les habitants de La Tresne (février 1865)

21 pages
A. Lavertujon (Bordeaux). 1865. 22 p.-[1] f. de dépl. ; 24 cm.
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MÉMOIRE
A MONSIEUR
LE PRÉFET DE LA GIRONDE
PAR
LES HABITANTS DE LA TRKSNE
BORDEAtJX
ÉTABLISSEMENT TYPOGRAPHIQUE D'AUGUSTE LAYERTUJON
7, rue des Treilles, 7
MÉMOIRE
A MONSIEUR LE PRÉFET DE LA GIRONDE
PAR LES HABITANTS DE LA TRESNE
MONSIEUR LE -PRÉFET ,
La commune de La Tresne lutte dans ce moment pour la défense dé ses
traditions religieuses, pour le maintien de la concorde entre ses habitants
et pour la conservation de ses finances.
Le spirituel et le temporel, en se mêlant, ont fait surgir un conflit
regrettable entre l'autorité municipale et l'autorité religieuse. Nous nous
adressons à vous, pleins de confiance dans votre sollicitude et votre
sagesse, pour le faire cesser.
Nous donnons de la publicité à nos plaintes, afin que l'opinion publique
puisse venir en aide aux habitants d'une commune rurale, blessés dans
leurs sentiments, menacés dans leurs intérêts et dans leurs droits.
Voici ce qui se passe à La Tresne :
L'autorité religieuse a fait fermer l'église paroissiale depuis le mois de
janvier 1864, et toutes les pétitions des habitants, les sollicitations du
Maire, les délibérations du Conseil municipal de la commune, et les efforts
bienveillants de l'autorité administrative ont été impuissants pour décider
_ 4 -
Son Éminencc le Cardinal-Archevêque de Bordeaux a rouvrir cette église
et à y rétablir le service divin.
Quels sont les motifs de cette détermination si contraire aux voeux les
plus légitimes?
Monseigneur a d'abord déclaré que l'église paroissiale, fort ancienne
aujourd'hui, ne pouvait plus servir, en son état actuel, à la célébration des
offices.
Les fidèles ont opposé leur profond attachement a leur vieille église; ils
ont dit qu'elle rappelait leurs souvenirs les plus chers et leurs devoirs les
plus sacrés, puisque autour d'elle reposent les cendres de leurs ancêtres.
Les femmes et les vieillards ont exprimé leur douleur par des plaintes;
les hommes ont comprimé la leur, dans l'espoir qu'ils pourraient se faire
entendre enfin par l'organe de leurs représentants légaux. Tous ces tra-
vailleurs de la terre pensent que les baptêmes, les communions, les céré-
monies funèbres, les mariages, longtemps pratiqués dans un même édifice,
le consacrent, le sanctifient, et en fixent îi jamais la destination. Ils croient
que la religion restera toujours grande et au dessus des spéculations plus
ou moins artistiques, des habitudes nouvelles d'élégance, et de ce qu'on
nomme le confortable de la vie moderne.
Il s'agit de la campagne, où la tradition est l'autorité la plus respectée ;
où l'on s'applique — et ce n'est pas le clergé qui doit s'en plaindre — à
faire comme ses prédécesseurs.
Les habitants de La Tresne ont donc songé à réparer leur église. Riches
et pauvres, administrés et administrateurs, les hommes de l'art et Mon-
sieur le Préfet, qui est venu s'assurer, par lui-même, de l'état du monu-
ment, ont été d'avis que ces réparations étaient possibles, et la commune
s'est occupée de faire les fonds nécessaires à leur prompte et parfaite
exécution.
Une souscription signée par deux cent trente-sept habitants de La Tresne
s'est élevée en peu de temps à la somme de 7,724 francs. Le Conseil muni-
cipal a décidé a l'unanimité, dans sa séance du 14 février 1864, qu'il y
avait lieu de faire exécuter sans retard, à l'église paroissiale, les répara-
tions qu'elle exige ; qu'il serait pourvu a cette dépense au moyen de la
souscription volontaire des habitants et des secours promis par Monsieur
le Préfet.
Et, dans les séances des 14 et 21 août suivant, le même Conseil a voté à
l'unanimité l'acceptation des plans et devis de M. Grellet, architecte, rela-
tifs à ces travaux de restauration, et décidé qu'ils seraient soumis à l'ap-
probation de M. le Préfet ; qu'on lui remettrait également la liste de sous-
cription, afin qu'il puisse la faire recouvrer par le Receveur municipal. —
La délibération du 21 août se terminait par ce voeu :
« Le Conseil espère que M. le Préfet usera de sa haute et légitime in-
fluence auprès de l'Archevêque pour faire rétablir le plus tôt possible le
culte dans Iancienne église. »
Ce voeu ne paraît pas près de recevoir satisfaction. Cependant, son ur-
gence se trouve motivée dans une délibération du Conseil de la commune,
en date du 1er mai 1864, il y aura bientôt un an, en des termes qui ont dû
émouvoir le Directeur spirituel du diocèse de Bordeaux, Son Éminence le
Cardinal, qui a charge d'âmes des habitants de La Tresne. Cette partie de
la délibération est ainsi conçue :
« La Municipalité, à la suite de vives et nombreuses réclamations qui lui
ont été adressées depuis que ïexercice du culte divin a été interrompu
dans l'église paroissialep>our être célébré dans la chapelle appartenant à
M. le comte de Bonneirtl, a dû informer les autorités supérieures de Tétat
de perturbation qui s'était produit dans la commune, puis rechercher et
indiquer les moyens à prendre pour mettre fin à une situation aussi dange-
reuse pour les intérêts de la religion que pour Tordre public. »
Ainsi, en vue d'obtenir le rétablissement du culte catholique dans leur
église paroissiale, les habitants de La Tresne pétitionnent, ils s'imposent
des sacrifices relativement considérables par des souscriptions individuelles ;
les représentants de la commune votent et acceptent tout ce qu'il faut pour
— 6 ~
arriver a ce résultat; on prie M. le Préfet d'user de son influence auprès de
l'Archevêque : on devait compter que Monseigneur ne résisterait pas a des
sollicitations et des voeux si conformes aux devoirs de son ministère.
C'était l'espérance générale. Elle a été jusqu'à présent bien déçue.
Le 21 novembre 1864, à la suite de ces délibérations et des demandes
qu'elles font suffisamment comprendre, M. le Maire de La Tresne reçut une
lettre de M. le Préfet de la Gironde qui faisait pressentir des difficultés sus-
citées par Monseigneur et annonçait le retard qu'il apportait à la solution
de l'affaire.
Voici cette lettre :
« Monsieur le Maire,
» Son Éminence Monseigneur le Cardinal-Archevêque de Bordeaux vient
de me renvoyer les pièces relatives au projet do restauration de l'ancienne
église de La Tresne, en faisant observer qu'il est nécessaire de les commu-
niquer au Conseil de fabrique pour avoir son avis, et qu'il faudra ajouter
aux dépenses pour le bâtiment celle exigée par le remplacement d'une
partie du mobilier, qui est hors de service.
» Je vous renvoie en conséquence le dossier de l'affaire, afin que vous
soyez à même de compléter ainsi l'instruction.
T> Recevez, etc.
» Ze Préfet,
» Comte DE BOUVILLE. »
La véritable pensée de Monseigneur n'avait pas été exprimée à M. le
Préfet; car, contrairement ace que cette lettre dit formellement, l'instruc-
tion complémevtaire demandée à M. le Maire, et à laquelle celui-ci s'em-
pressa de procéder, ne devait avoir aucune influence sur la réalisation du
projet de réparer l'ancienne église et du voeu d'y rétablir l'exercice du
culte.
— 7 —
C'est ce que démontre la lettre suivante, écrite le 5 décembre de la même
année par Monseigneur au Curé de La Tresne :
« Monsieur le Curé,
» Vous m'informez que M. le Maire de La Tresne réclame lavis du Con-
seil de fabrique sur le projet de restauration de l ancienne église de cette
paroisse, et vous me demandez des instructions a cet égard. Lorsqu'il y aura
lieu de réaliser ce projet, la Fabrique dovi-aêtre entendue, mais il n'estpas
temps encore de s'occuper de ces soins. Il sera nécessaire, avant tout, qu'on
ait procuré à la paroisse une église placée au centre, ainsi que je m'en suis
expliqué auprès de M. le Maire par ma lettre du 12 avril dernier. Cette con-
dition essentielle et préalable n'ayant pas été remplie, il n'y a pas lieu ac-
tuellement à ce que la Fabrique examine le projet de réparation sur lequel
elle est consultée.
» Je vous renouvelle, Monsieur le Curé, etc.
» Le Cardinal,
» FERDINAND DONNET. »
Une pareille lettre, ayant pour but d'empêcher le Conseil de fabrique de
donner une réponse que le Maire avait été invité à lui demander par
l'Archevêque lui-même, d'après la lettre de Monsieur le Préfet du 21 no-
vembre, pourrait être sévèrement critiquée en sa forme et au fond. Nous
nous bornerons à faire remarquer combien est étrange cette déclaration :
que la condition essentielle et préalable, pour que la restauration de l'an-
cienne église, se fasse, c'est qu'on ait procuré h la paroisse une autre église
centrale. — Comment ! la commune est obligée, pour exécuter ces répa-
rations, estimées 11,500 francs par M. Grellet, de recourir aux souscriptions
individuelles, à l'intervention de l'État, et d'épuiser ses propres ressources,
et le Chef du Diocèse annonce résolument que cette réparation ne sera per-
mise que lorsqu'on aura construit une nouvelle église !
Cette pensée est pourtant bien arrêtée dans l'esprit de Monseigneur, qui
— 8 —
l'avait déjà exprimée dans la lettre suivante, adressée à M. le Maire de La
Tresne :
<• Paris, au Sénat, le 12 avril 1864.
» Monsieur le Maire,
» Par la lettre que vous m'avez écrite le 29 du mois dernier, vous m'en-
tretenez du vif désir que manifeste une partie de la population de La Tresne
de conserver son ancienne église et de la voir servir au culte divin. Ce
sentiment est bien légitime. J'ai su le comprendre et l'apprécier, puisque
j'ai fait savoir que, non seulement cette église n'était pas interdite, mais
qu'en outre, je serais disposé à y faire remplir un service régulier au moyen
d'un vicaire.
» Depuis le 1" février dernier, le culte paroissial a été transféré dans une
église nouvelle existant au centre de la commune. On n'a pas dû être surpris
de cette mesure. Je l'avais annoncée depuis longtemps, et, après l'avoir
différée autant que possible, j'ai eu soin, Monsieur le Maire, de vous la
notifier par ma lettre du 13 décembre dernier. Dès lors, tout le monde a dû
s'y attendre.
» On n'a pas à se plaindre de cette décision ; car il a été juste de satis-
faire, après une longue et inutile expectative, aux besoins comme aux
•voeux de la grande majorité de la population.
» Quant au service de l'ancienne église, je ne refuse nullement; mais il
faut évidemment une église au centre.
» Que la commune la fasse bâtir, si le Conseil municipal persiste à refu-
ser celle qui lui a été offerte. Avant tout, cette condition est essentielle ;
mon devoir est de la réclamer de nouveau.
j> Le service de l'ancienne église aura lieu par les soins d'un vicaire,
lorsque le Conseil municipal, adoptant la proposition que j'ai déjà faite,
2NX& ménagé les moyens de doter la paroisse $un vicariat.
t> Que le Conseil municipal se prononee sur ces deux points dans un sens
favorable. A ce prix, je serai heureux de procurer un service à l'ancienne
— 9 -
église, et de voir cesser dans la commune de La Tresne des divisions que
je déplore.
» Recevez, Monsieur le Maire, etc.
» FERDINAND,
» Cardinal-Archevêque. »
Monseigneur, dans cette lettre, paraît croire qu'il fait de grandes faveurs
à la commune ; cependant, il faut convenir que ses demandes sont plus
coûteuses et plus difficiles que celle qu'on lui adressait. — Une église à
bâtir, une autre à réparer, un vicariat à doter, c'est énorme. A ce prix,
que la commune devra payer, Monseigneur sera heureux de procurer un
service à l'ancienne église ; mais c'est la commune qui, en ce cas, l'aura
procuré, comme c'est elle qui aura fait cesser de déplorables divisions pro-
duites par les exigences de Monseigneur.
Monseigneur se fonde, pour dire qu'il faut absolument une église cen-
rale à La Tresne, sur les besoins et les voeux de la grande majorité de la
population, mais il ne dit rien des ressources de la commune. Ce point
n'est pas moins essentiel que tout autre; car, à moins de voir les choses
de Paris, où la passion de bâtir dispose de ressources colossales et enfante
de somptueuses merveilles, on ne peut pas raisonnablement ^proposer à
une petite commune rurale les charges que nous venons d'énumérer, et
que leurs accessoires, prévus et imprévus, rendraient bientôt insoute-
nables.
Mais cette grande majorité de la population réclamant une église cen-
trale, elle n'existe pas et n'a jamais existé. Du reste, l'affirmer, c'est don-
ner à penser que le Conseil municipal représente tout au plus une petite
minorité. Or, cette supposition peu flatteuse pour le Conseil, et peut-être
illégale, est heureusement mal fondée.
Ce qui est certain et démontré, c'est que la presque unanimité des habi-
tants de La Tresne demande surtout, et avant tout, le rétablissement du
culte dans l'ancienne église. Les pétitions et souscriptions des habitants,
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