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Mémoire adressé par M. Salmon, avocat à Metz, comme prévenu de complot contre la sûreté de l'État, à M. le bâtonnier et à MM. les membres du conseil de discipline de l'ordre des avocats à la Cour royale de Metz

De
15 pages
impr. de C. Lamort (Metz). 1822. In-8° , 15 p..
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MÉMOIRE
Adressé par M. SALMON, Avocat à
Metz, comme prévenu de complot con-
tre la sûreté de l'Etat,
A Monsieur le Bâtonnier et à Mes-
sieurs les Membres du Conseil de
discipline de l'Ordre des Avocats à
la Cour Royale de Metz.
MESSIEURS ,
Ayant reçu la délibération que vous avez
prise à mon égard le 2 du courant, et ap-
pris en même temps que vous aviez bien
voulu m'accorder jusqu'à l'expiration de ce
mois, pour que je pusse vous donner des
éclaircissemens relativement aux faits sur
lesquels on a appelé votre attention, j'ai
cru devoir vous adresser quelques observa-
tions qui vous mettront à même de mieux
1
les apprécier. Encore bien que je ne suive
pas le barreau, et que votre décision ne
puisse me blesser que très-légèrement, dès-là
qu'il ne vous est possible tout au plus que
de me priver d'un titre incapable par lui-
même , comme tous les autres titres, de faire
naître ou de fixer la considération, j'ai pensé
cependant que je devais, par égard pour
l'ordre des avocats de Metz, dont vous êtes
membres, ne pas me refuser à vous donner
sur ma conduite des explications propres
à la justifier.
Je n'ai point voulu, Messieurs, en gar-
dant envers vous le silence dans cette cir-
constance , donner lieu au public de sup-
poser que je n'évitais de me défendre que
parce que je vous considérais comme des
hommes plus disposés à adopter toutes les
mesures que vous croiriez agréables à l'au-
torité , qu'à vous montrer les dignes organes
d'un ordre qui, malgré l'état de dépendance?
auquel l'a réduit le précédent gouverne-,
ment, peut devoir encore au caractère per-
sonnel de ses membres une considération
qui n'est jamais accordée à une basse ser-
vilité, même par ceux qui la désirent, Quoi-
qu'appelés effectivement plutôt par l'auto-
rite que par le choix de vos confrères à
3
devenir leurs juges, par respect pour vous
et l'honneur de l'humanité, je ne veux point
douter de votre parfaite impartialité lorsque
vous avez à décider entre moi, tout faible,
et l'autorité toute puissante.
En vous parlant, Messieurs, n'attendez
pas de moi que j'emprunte l'humble langage
d'un suppliant : lorsqu'un accusé a la con-
viction de son innocence, lorsqu'il ne de-
mande point grâce , mais justice, il se dé-
grade s'il s'humilie, comme il fait injure à
ses juges, s'il témoigne par des paroles flat-
teuses qu'il les croit incapables d'entendre
le mâle langage de la vérité.
Par l'effet de je ne sais quelles circons-
tances, Messieurs les magistrats de Metz ont
jugé convenable de penser que, seul entre
tous mes concitoyens, j'avais formé un com-
plot contre le gouvernement. Quelques jours
après que l'on eut appris dans cette ville
que les gendarmes y avaient arrêté un Mon-
sieur allant à Woippy, il arriva aussi que
le bruit se répandit qu'ils venaient encore
d'arrêter des voyageurs ; et c'est ce même
jour, et à une époque où l'on n'avait point
encore appris par l'expérience et les jour-
naux , que peut-être ce pourrait n'être pour
moi qu'une simple visite ou une manière
1*
4
de m'en faire faire une aux magistrats,
qu'une nombreuse troupe de gendarmes ac-
compagnée de M. le juge d'instruction et
d'un commissaire de police, se présenta vers
huit heures du soir, dans mon domicile,
pour s'emparer de ma personne et visiter
mes papiers. La justice ne m'ayant pas trouvé
chez moi ne se contenta pas de m'y attendre ;
elle envoya à ma recherche des gendarmes
et un commissaire de police qui se trans-
portèrent dans celui des cercles littéraires
de Metz dont je fais partie, pour m'y ar-
rêter. L'on avait sans doute pensé me saisir
là, parce que j'y avais été un instant vers
six heures du soir, et que probablement
quelqu'un chargé d'épier mes démarches en
avait été faire le rapport. Comme je ne ren-
trais ordinairement chez moi qu'à dix heu-
res , il eût été bien étonnant qu'après avoir
annoncé d'une manière aussi ostensible, et
au cercle et dans la maison où je loge qui
est très-habitée, l'intention de m'arrêter, je
n'eusse pas été bientôt instruit de ce que
tant de personnes savaient : je le fus, et ne
crus pas devoir me montrer à ce point do-
cile aux, desseins de l'autorité, jusqu'à aller
mettre ma personne à la disposition de ses
gendarmes. J'estime la liberté, chose trop
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précieuse pour la perdre volontairement
en allant moi-même à la hâte et sans ré-
flexion me livrer à ceux qui veulent m'en
priver. S'il peut dépendre d'un accusé de
se faire ouvrir les portes d'une prison pour
y entrer, il n'en est pas de même pour en
sortir; alors il est prudent d'y bien songer
avant de le faire. Si un simple huissier, ou
un commissaire de police, accompagné seu-
lement de deux gendarmes, se fut présenté
chez moi pour me déclarer que les magis-
trats avaient des explications à me deman-
der, la conviction de mon innocence, jointe
au désir que chacun doit avoir d'éclairer la
justice quand elle éprouve des doutes qui
intéressent de simples individus ou tout l'or-
dre social, m'eussent décidé à me rendre avec
empressement à un pareil appel.
Mais en songeant à toutes les forces qui
furent mises en mouvement pour s'emparer
de moi, et à l'ardeur extrême avec laquelle
on me fit chercher dans plusieurs maisons
de la ville et de la campagne, je dus croire
que l'on en voulait sérieusement à ma li-
berté, et que d'avance j'étais déjà dans l'es-
prit des magistrats plutôt reconnu que pré-
sumé coupable. Dans de telles circonstances
je trouvai convenable de chercher au moins