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APOLOGÉTIQUE
POUR LE SIEUR TÉRRÉN AINÉ.
JE sortais de la Préfecture, le 3 Mars dernier,
à trois heures trois quarts de l'après-midi : en face
de la porte, je rencontrai le sieur JEAN ROBIN ,
ancien tonnelier à Brannes.
Il me salua ; je le saluai à mon tour.
J'allais à la; Bourse; il me suivit.
J'étais instruit de quelques démêlés qui existaient
entre lui et sa famille. Je lui demandai s'ils étaient
terminés. Il me répondit que non; mais il ajouta
qu'il dépendait de moi qu'ils prissent fin.
Je lui dis qu'il était dans Terreur à cet égard,
et je le lui prouvais, lorsque je me sentis frappé
par lui d'un coup de couteau dans les entrailles ,
lequel , heureusement, n'a pas été mortel.
Je criai au secours. Le sieur Robin fut entouré.
Au moment où mes forces m'abandonnaient, je
l'entendis tenir, à ceux qui l'arrêtaient, le propos
suivant : « Je viens de me venger d'un homme qui
» m'a ruiné, et qui m'a escroqué 14,000 francs, y*
Le sieur Robin est sous la main de la Justice.
Je ne cherche point à aggraver son sort, malgré
tous les dangers qu'il m'a fait courir par son em-
portement , et les souffrances, que j'ai eu à suppor-
ter; mais l'imputation qu'il m'a faite publiquement
est si odieuse, et contraste si fort, j'ose le dire, avec
les principes de délicatesse qui ont toujours été la
règle de. ma conduite, que je dois profiter du pre-
mier moment de repos que me laisse ma blessure ,
pour la repousser.
Un petit nombre de faits , que je vais rappeler ,
suffiront à ma justification.
Il a existé à Bordeaux , il y a quelques années,
une Maison de Commerce connue sous le nom de
G. Hegner et Compagnie.
Elle avait accordé sa confiance au sieur Robin.
A différentes époques, elle l'avait chargé d'ache-
ter des eaux-de-vie , et lui en avait fourni les fonds.
Elle lui avait, de plus , fait l'avance de diverses
sommes pour ses propres affaires.
Le sieur Robin tenait à la disposition de cette
Maison les eaux-de-vie qu'il avait achetées avec ses
fonds , dans les chais qui lui appartenaient à Bran-
nes.
La société C. Hegner et Comp.e fut dissoute; le
sieur G. Hegner neveu en fut nommé liquidataire.
Le sieur G. Hegner avait, presque en même tems,
reçu de la Maison Henri et Jean-Martin Brauer frè-
res , établie à Hambourg , et propriétaire , dans l'ar-
rondissement de Libourne, de la terre de Puyseguin,
la procuration pour vendre cette terre.
Le sieur Robin se montra disposé à en faire l'ac-
quisition.
Le sieur Gaspard Hegner lui supposait des res-
sources et sur-tout de la probité ; il traita avec lui
de cet objet , et le jour fut pris pour passer le con-
trat dans l'étude d'Eyquard, notaire à Lugagnac.
3
Le sieur Hegner était bien aise de profiter de cette
occasion pour déguster et faire déguster les eaux-
de-vie que le sieur Robin avait en dépôt. Il pria le
sieur Pichard de l'accompagner.
Ils partirent ensemble , le 3 Avril 1808 ; ils se
rendirent chez le sieur Eyquard, à Lugagnac ; ils y
trouvèrent le sieur Robin : le sieur Hegner lui fit vente
de la terre de Puyseguin, pour le prix de trente
mille francs , payables dans quinze ans, à raison
de deux mille francs par an, avec l'intérêt à deux
pour cent par an.
Le lendemain , ils voulurent déguster les eaux-
de-vie que le sieur Robin devait tenir à la dispo-
sition de la Maison Hegner et Compagnie , et qui
s'élevaient, d'après les comptes d'achat, à environ
110 pièces.
Sur cette quantité , dont le sieur Robin ne s'était
pas attendu qu'il serait fait une vérification exacte,
il fut reconnu que , distraction faite de la consom-
mation pour l'ouillage et le coulage, il manquait
encore 362 hectolitres 97 litres d'eau-de-vie.
Cet énorme déficit se monta , d'après le prix d'a-
chat, à 15,283 fr. 20 c.
L'étonnement du sieur Gaspard Hegner fut ex-
trême. Il eut du regret d'avoir consommé l'acte de
la veille. Il n'était plus tems de revenir sur ce qui
avait été fait. Le sieur Hegner ne dut plus s'occu-
per qu'à prendre des mesures pour assurer la rentrée
des reprises qu'avait à exercer, sur le sieur Robin, la,
Maison de Commerce dont la liquidation lui était
confiée.
Il choisit de préférence les moyens les plus doux.
4
Outre le déficit de 15,283 fr. 20 c., le sieur Robin
devait à cette Maison, pour des billets qu'il lui
avait consentis et quatorze douzaines de barriques
qu'il en avait reçues, 4,554 fr. 84 c.
Ces deux sommes montaient ensemble à 19,838 fr.
4 centimes.
Par acte retenu par Baron et son collègue, notaires
à Bordeaux, le 10 du même mois , dont copie est
à la suite du présent, le sieur Robin fit l'aveu du
déficit ci-dessus ; il se reconnut débiteur de la Mai-
son Hegner et Comp.e de ladite somme de 19,838 fr.
4 c., qu'il promit de lui payer dans un an avec
l'intérêt: Il hypothéqua à cette créance tous les
biens qu'il possédait dans les communes de Brannes
et de Cabara.
L'année s'écoula, et le sieur Robin ne paya rien.
Dans l'intervalle, le sieur Xavier Espinasse et
Raymond Bonnet, créanciers particuliers du sieur
Robin , avaient fait faire , à son préjudice , des
saisies-exécutions.
Il leur devait 4,500 fr. par jugement.
Il proposa au sieur Hegner d'intervenir à la vente
d'une petite maison qu'il se proposait d'aliéner pour
les payer, et de prendre ce qui resterait du prix,
à valoir sur sa créance de 19,838 fr. 4 c.
Le sieur Hegner donna les mains à cet arran-
gement.
Obligé de s'absenter fréquemment, le sieur Hegner
m'avait confié tous ses pouvoirs, dès le 6 Novembre
1809, et il m'avait même substitué à ceux qu'il tenait
de MM. Brauer, d'Hambourg.
Je me transportai avec lui à Brannes, le 3 Avril
1810.
5
La petite maison fut vendue devant le sieur Du-
bois , notaire, pour le prix de huit mille francs,
et mille francs de pot de vin.
Le prix principal fut acquitté en cinq billets
payables , le premier dans un mois , les trois autres
dans 15, 30 et 45 mois, et le dernier dans cinq
ans. Ils furent tous passés par Robin à l'ordre dû
sieur Hegner , qui prit l'engagement de désintéresser
MM. Espinasse et Bonnet, et s'obligea de tenir le
surplus en compte, à valoir sur sa créance.
Le sieur Robin est d'un caractère très-emporté ,
et il en avait donné des preuves pendant la ré-
daction de l'acte de vente.
Le sieur Hegner, à ma sollicitation, consentit
cependant à lui laisser le pot de vin de 1,000 fr.
Les sieurs Espinasse et Bonnet furent payés im-
médiatement par le sieur Hegner ; et par actes
retenus par Duprat et son collègue, notaires à Bor-
deaux , deux jours après et le 3 Mai suivant, ils lui
remirent les titres de leur créance.
Le sieur Robin se trouvait avoir donné au sieur
Hegner un faible à-compte sur sa créance ; mais
il n'avait encore rien payé à MM. Brauer' pour son
acquisition de la terre de Puyseguin.
Il avait établi son domicile dans ce nouveau do-
maine , il y avait, fait transporter partie de son
mobilier, et avait laissé à Brannes sa femme et
sa famille.
La première opération qu'il y avait faite, avait
été de dégrader entièrement le château. Il en avait
enlevé les fers , les plombs et même les charpentes ,
qu'il avait vendus à Bordeaux.
6
Instruits de sa conduite, MM. Brauer me don-
nèrent l'ordre de le poursuivre pour les termes et
les intérêts échus ; et faute de paiement, de faire
prononcer la résiliation de la vente.
Je remplis leurs désirs.
Par un premier jugement, le sieur Robin fut
condamné à payer les termes et' les intérêts échus.
Un second jugement prononça la résiliation.
Le sieur Robin fit appel de ces deux jugemens;
mais ils furent confirmés par un arrêt de la Cour.
Il fallait faire rentrer MM. Brauer en possession
de la terre qu'ils avaient vendue, et faire constater
les dégradations commises par le sieur Robin.
Je me transportai, dans cet objet, à Puyseguin
avec un huissier.
On nous prévint que le sieur Robin voulait op-
poser de la résistance. La gendarmerie fut requise
par mon huissier, et les mauvais desseins du sieur
Robin furent déjoués. Le procès-verbal de prise de
possession et celui constatant les dégradations, furent
dressés : les dégradations furent évaluées à 8,000 fr.
Le sieur Robin avait encore, dans les bâtimens
du domaine, son mobilier et vingt-trois barriques
pleines de vin , et c'était pour les sauver qu'il au-
rait été bien aise de nous éloigner.
Je pouvais , et je devais peut-être les faire saisir.
Je pris sur moi de les lui laisser : je fis plus,
j'ordonnai aux métayers de lui fournir leurs attela-
ges pour les voiturer où. il voudrait, et je lui permis
de rester au château jusqu'à ce qu'il eût trouvé un
logement convenable.
Comment le sieur Robin répondit-il à tous ces
procédés?
7
Il me fallut faire rendre un nouveau jugement
pour l'obliger à déguerpir.
Sorti du château de Puyseguin , le sieur Robin se
sépara définitivement de son épouse et de ses enfans.
Il fit disparaître la plus grande partie de son
mobilier, fit différentes fermes de son bien, et en
aliéna même une partie.
Le sieur Hegner voyait son gage s'affaiblir de
jour en jour.
Il perdit patience.
Il ne restait au sieur Robin que sa maison de
Brannes et le ci-devant domaine national de Lagut,
sur lequel il avait à payer au Gouvernement un
décompte de 4,000 fr.
La valeur de ce domaine n'égalait pas, à beau-
coup près, la créance du sieur Hegner.
Il me chargea de proposer au sieur Robin de
le lui vendre pour la totalité de ce qu'il lui de-
vait , et de lui offrir un pot de vin de 600 fr.
Dans le cas où cette proposition ne serait pas
acceptée , il me donnait l'ordre de le faire exproprier.
J'écrivis au sieur Robin, et lui fis part des offres
du sieur Hegner. Je l'exhortai à consulter des amis
désintéressés, et à se décider d'après leur avis.
Il ne prit aucune détermination.
Je savais que M. le Maire de Puyseguin et le
sieur Gallot, notaire dans la même commune ,
avaient de l'empire sur son esprit.
Je transmis, le 3 Mai 1812., à M. Gallot, copie
de la lettre que je lui avais écrite le 12 Décembre
précédent et je le priai de se réunir à M. le Maire,
pour lui laire entendre raison.

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