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Mémoire justificatif adressé à S. M. Louis XVIII par MM. les officiers du corps de cavalerie légère, connu d'abord sous le nom de partisans de la Gironde, et ensuite sous celui de chevau-légers de Brons

57 pages
Impr. de Simard (Bordeaux). 1814. France (1814-1815). In-8 °.
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JUSTIFICATIF
LOUIS XVIII
JUILLET. 1814.
JUSTIFICATIF
ASSISSE A SA MAJESTÉ
Par MM. les Officiers du corps de cavalerie
légère , connu d'abord sous le nom de PAR-
TISANS DE LA GIRONDE , et ensuite sous celui
de CHEVAU-LÉGERS DE BRONS.
Proecipuum Principis opus bonos amicos
sibi comparare , quos fovere et audire debet,
ac proindè bonos viros eligat.
PLIN. Panegyr. ad Trajanum. ,
U
N conquérant que la Providence a réduit
à la fuite présente une leçon bien imposante :
il n'y a qu'un moment qu'on le voyait envi-
ronné de tous les prestiges de la victoire ;
devant lui s'inclinaient les grands de la terre ;
l'admiration, le respect et l'amour semblaient
former son cortège ; tout a disparu. Où sont
ces douze cent mille soldats, dépositaires de
sa gloire ? Qu'est devenue cette innombrable
artillerie, qui vomissaitt nouvel Etna, l'in-
( 2 )
cendie, la destruction et la mort ? Cette voix,
qui fesait trembler l'Europe, se tait; ce front,
naguères si radieux, est pâle et livide ; des
plaintes accusatrices s'élèvent de toutes parts j
la mère redemande son fils ; le fils, son père ;
le frère appelle , en vain , l'ami que la nature
lui avait donné; le cultivateur déplore la perte
de ses récoltes ; le négociant , celle de son
commerce ; l'artiste , sa profession rendue
stérile. Une conspiration générale se forme
contre l'auteur de tant de maux ; elle est
d'autant plus terrible, qu'elle réside dans tous
les coeurs , qu'elle agite tous les esprits , et
que, visible pour tons les yeux, elle est, pour
le tyran , impalpable et indestructible.
Tous veulent secouer un joug qui opprime
et avilit. Que faut-il, pour opérer cette heu-
reuse révolution ? Quelques hommes armés ,
assez courageux pour se dévouer au salut de
la Patrie , assez audacieux pour donner- la
première impulsion, assez éclairés pour rap-
peler les droits du légitime Souverain.
C'est d'après cet aperçu que fut conçu le
plan d'organisation des Partisans de là .Gi-
ronde , comme si la ville de Bordeaux avait
reçu de Dieu même la sublime mission de
contribuer, dans toutes les classes de ses ha-
bitans, à relever l'étendard des lys.
(3)
27 Janvier
1814.
Dès la fin dé 1813 , le bruit s'était répandu
qu'un Prince de la Maison de France était au
quartier-général de lord Wellington.
Messieurs Laloubie et Bourbon-le-Blanc se
réunissent : ils s'accordent à croire que le mo-
ment est venu de se rendre utile à l'illustre et
malheureuse famille des Bourbons (n.° 10, pièce
B. ) Aussitôt des proclamations sont dressées ;
des placards sont, dans le silence de la huit,
apposés pour sonder l'opinion , et l'ancienne
constitution monarchique que le tems a consa-
crée est enfin tirée des archives nationales (a).
Pour couvrir leur marche et détourner les
soupçons, ils s'adjoignent M. Thibout, ancien
capitaine, membre de la légion d'honneur.
Tous trois demandent à être autorisés â
former un corps franc de cavalerie légère,
sous le nom, de Partisans de la Gironde.
Ils en reçoivent le pouvoir ( n.os 1 et 2. ).
Par ce moyen, ils ont à-la-fois la faculté
d'échapper aux inconvéniens d'un recrute-
(a) M. Bourbon-le-Blanc a eu l'honneur d'adresser,
le 25 Avril dernier,. son travail à cet égard ( sous le
titre de Réfutation de la Constitution présentée, par
le Sénat) , à S. A. R. MONSIEUR, frère du Roi.
Son idée principale est que ; de toutes les chartes-
constitutionneelles , la meilleure est, pour la France,;:
celle qui l'a rendue heureuse pendant plusieurs siècles»
(4)
ment secret, qu'on eût considéré comme em-
bauchage , de pouvoir se porter sur les flancs
ou sur les derrières de l'armée anglaise ; de dé-
border, sans danger, celle du Maréchal Soult,
et d'aller se placer sous la bannière du Prince
que tous les voeux appellent.
Mais, s'il est indispensable de mettre quel-
ques officiers dans la confidence, d'un plan si
hardi, il serait de la plus grande imprudence
de le faire connaître aux soldats. Aussi leur
présente-t-on comme seul appât, l'espérance
de faire des prises, et le tableau séduisant de
nombreux avantages.
Il est d'autant plus probable qu'à Bordeaux
un tel corps deviendra, en peu de temps,
très-considérable , que le haut commerce s'y
livre aux spéculations de la course , et que
des partisans ne sont effectivement que des
corsaires de terre, avec cette différence néan-
moins en leur faveur, que, par institution, ils
attaquent, non le malheureux commerçant9
mais le Gouvernement de la nation contre la-
quelle ils -marchent, en détruisant les appro-
visionnemens de ses armées , ses convois et
tous ses moyens d'invasion.
Ils doivent être d'autant mieux accueillis ,
que leur intérêt personnel exige qu'ils aient
constamment des refuges assurés, des éclai-
(5)
reurs fidèles, et des amis sincères dans les
habitans du pays qu'ils doivent parcourir ; ce
qui leur manquera , s'ils se permettent le
plus léger excès.
Ils seront vus avec d'autant plus de plaisir,
qu'ils prennent volontairement les armes ; que
tout bon Français a horreur d'un joug étran-
ger , et qu'ils doivent maintenir la tranquillité
des provinces non envahies, en retardant les
progrès de l'ennemi.-
Vain espoir ! les uns, par défiance, para-
lysent leurs généreux efforts ; d'autres mé-
connaissant leurs principes , les considèrent
comme de nouveaux ennemis. On ne veut pas
réfléchir que jamais ils ne se présentent comme
partisans de Buonaparte ; que leurs chefs ont,
chacun en particulier, donné des preuves non
équivoques de la sainte indignation que le
tyran leur inspire ; qu'ils sont en contact avec
des hommes distingués par leur.naissance, leur
savoir ou d'anciens services; qu'ils ont volon-
tairement abandonné le théâtre brillant où ils
pouvaient paraître, pour se placer d'euxrmê-
dans une honorable obscurité.
Cependant, et quoiqu'on eût eu le soin de
ne pas faire figurer, sur les contrôles du corps ,
plusieurs personnes marquantes, qui, secrète-
(6)
10 Mars.
11 Mars.
ment, en fesarent partie, ce corps fixe l'atten-
tion du ministère (n.os 3, 4, 5. ).
Le vicomte de Brons de Cezerac, fils de
l'ancien gouverneur de Libourne, vient pren-
dre le commandement des Partisans de la Gi-
ronde en qualité de Colonel.
Il semblait que cet officier supérieur fût
en communication de pensée avec les officiers
chargés de l'organisation de ce Corps. Aussi
mène-t-il, à sa suite } le marquis de Redon ,
les chevaliers de Barrey et Jacobet de Lasplane,
et M. de Bié.
Il reçoit l'ordre de passer la Garonne et de
se rendre à Lormont. Cette destination con-
trarie et les anciens officiers , et le nouveau
chef.
Cependant il est impossible d'éluder l'obéis-
sance, parce que, dans l'état des choses, le
plus léger soupçon peut provoquer la disso-
lution du Corps, et que le Général serait maître
de faire arrêter et fusiller, sur-le-champ, ceux
qui prendraient une direction contraire à celle
qu'il aurait prescrite.
Malgré tout, et comme si les anciens et les
nouveaux officiers se fussent concertés, MM.
Bourbon-le-Blanc et de Barrey reçoivent ,
chacun séparément, l'un, du chef d'escadron
Laloubie ; l'autre , du colonel de Brons, la
(7)
e 12 Mars.
Le 13.
mission de rester à Bordeaux, pour informer
S. A. R.. Mgr. le duc d'Aggoulême, que des
braves ont pris les armes , mais pour servir la.
cause dé Louis XVIII.
La troupe se rend à Lormont, où elle reçoit
ordre du général de se diriger sur Agen , par
Libourne, Sainte-Foi et Bergerac, etc.
Arrivé à Libourne, M. de Brons consacre
les premiers momens de la journée à conférer,
avec M. le major du 21.e de chasseurs à
cheval et Commandant de la place , sur les
moyens de pourvoir aux besoins les plus pres-
sans de sa troupe. Il obtient de ce Chef quel-
ques actes d'obligeance; et tous les officiers
sont tellement d'accord que l'amitié les réunit
au même banquet. . . .
Cependant les officiers arrivés de Paris avec
M. de Brons, ayant laissé leurs chevaux eu
arrière n'étaient pas montés : six chevaux de
selle leur sont accordés, en vertu de l'ordre
spécial de M. le Général l'Huillier; de l'invi-
tation de M. le commissaire des; guerres, De-
bessé, et de celle de M. le baron de Valsu-
zenay , Préfet du département:, alors présent
à Libourne.
M. le capitaine de Redon, chargé de l'exé-
cution de cet ordre, donne aux proprié-
taires des chevaux des billets de garantie en
cas d'accident. Il s'oblige , personnellement
(8)
envers eux, de les leur faire remettre, sans
frais, aussitôt que les chevaux attendus seront
arrivés; ce qui a été exécuté.
Le soir on se rend à Abzac. M. de Brons
y fait, à M. le Maire , son ancien ami, la
confidence de ses vues et des principes du
corps ( n.° 33. ). .
Le lendemain on couche à Coutras. -
Ce fut là que le chef d'escadron Lalôubie
s'ouvrit à Monsieur le Vicomte de Brons,sur le
système secret de l'organisation du corps des
Partisans, et lui dit que M. Bourbon-le-Blanc,
capitaine-adjudant-major, était demeuré à Bor-
deaux pour une mission semblable à celle que
le chevalier de Barrey y remplissait (n.os 10,11).
En effet, à peine S. A. R. le Duc d'Angoulême
était-elle arrivée, que M. de Barrey fit, au nom
du colonel de Brons et des officiers qui l'a-
vaient accompagné, soumission de fidélité,
et M. Bourbon-le-Blanc écrivit pour deman-
der une audience dans le même objet.
Il fit plus : il se présenta à M. le comte
Lynch; lui exposa le plan et le but des chefs des
Partisans (n.° g), et pria ce grand Magistrat
de vouloir bien communiquer au Prince tous
les détails qu'il lui donnait.
Ainsi, et dès le 13 Mars, au Palais-Royal,
comme parmi tous ceux qui eurent la gloire
(9)
Le 5 Mars.
Le 16 Mars
d'avoir, les premiers, signalé leur zèle, les
Partisans de la Gironde étaient reconnus pour
soldats de Louis XVIII.
On se l'end à Saint-Martin-de-Gurson, où
l'on conduit 13 Anglais prisonniers de guerre ;
ils avaient déserté, s'étaient égarés dans leur
fuite, et s'étaient jetés, d'ans la journée, entre
les mains de M. de Brons qui' se hâta de leur
prodiguer les secours dont ils pouvaient avoir
besoin.
Cette rencontre fut d'autant plus agréable
au Colonel, qu'elle lui présentait un moyen
assuré de faire connaître aux Alliés les prin-
cipes qui le dirigeaient. Aussi refuse-t-il cons-
tamment de se dessaisir de ces nouveaux com-
pagnons que la Providence lui a envoyés.
Mais, quel sujet d'étonnement, pour des
officiers qui avaient reçu, jusqu'alors , toutes-
sortes de témoignages d'intérêt, d'estime et
de considération , et qui les avaient mérités par.
le soin qu'ils avaient pris de maintenir la plus
exacte discipline , de voir, à leur arrivée à
Sainte-Foi, le peuple se réunir, comme effrayé
de leur approche !
Cependant on entre dans la ville,
Déjà des bruits sourds annonçaient que le
corps composé de partisans de Louis XVIII,
se disposait à passer sous les ordres du DUC
B
(10)
Le 17 Mars.
Le 18.
d'Angoulême ; le major du 21.e de chasseurs
avait observé l'incertitude et la lenteur du
mouvement de cette troupe, que la persévé-
rance à garder les treize Anglais fugitifs avait
rendue suspecte; il en avait informé le Général.
Malgré toutes les précautions prises , on n'a-
vait reçu aucune nouvelle de MM. Bourbon-
le-Blanc et Barrey; ce qui fesait craindre
que la correspondance eût été interceptée.
Toutes ces circonstances nécessitaient une
prompte résolution : aussi le colonel de Brons
se hâte-t-il de dépêcher, vers minuit, l'adju-
dant-sous-officier Reytter , déguisé en bour-
geois, et l'un des Anglais, auprès du maréchal
Beresford (n.° 29 ).
L'objet de cette mission était, d'informer ce
général que le corps, qui s'était armé pour le
service du Roi, se proposait de passer sur la
rive gauche de la Garonne, et de l'engager à
prendre les mesures les plus convenables pour
lui faciliter son passage.
Le lendemain soir on se rend à Gardonne.
L'adjudant- sous- officier Reytter rentre
avec une lettre de M. le Maréchal , qui
fait son compliment au colonel de Brons sur
son dévouement à la cause de l'honneur et de
la justice ( n,os 29 et 30 ) ; l'engage à se diriger
sur Saint-Macaire, où il le recevra, et promet
(11)
19 Mars.
de couvrir sa marche par un escadron de cava-
lerie , de manière que les troupes du général
Darrieault, qui étaient du côté de la Réole,
ne puissent pas s'opposer à son passage.
En conséquence, on part vers deux heures
de l'après-midi de Gardonne.
Dans cette marche, M. le vicomte de Brons,
voulant donner des gages de fidélité à S. A. R.
le Due d'Angoulême , n'hésite plus à faire
prendre au corps ses véritables couleurs; il
s'empare des étalons que Buonaparte envoyait
en Normandie ; abandonne l'itinéraire tracé
par lé général l'Huillier ; laisse Bergerac sur-
la gauche ; s'avance sur Puyguilhem et Loubès,
pour se rendre à Saint-Macaire.
Quelle, noble satisfaction d'e pouvoir pré-
senter , au Prince, des Anglais arrachés à
la captivité ; de superbes étalons enlevés à
l'ennemi des peuples, et une troupe fidèle qui
a couru les plus grands dangers, pour se places-
sous l'oriflamme de Lotis le désiré !
Trompeuse espérance! Il n'est plus possible
de pénétrer à Saint-Maeah'e, que les troupes
de Buonaparte ont repris- Néanmoins on se-
décide à passer par Cadillac, et on couche à
Monségur. (a)
(a) Le 19, le capitaine Jacobet est envoyé à Bordeaux.
pour prévenir S. A. R. de l'arrivée du Corps. Le 20,
( 12 )
Le 20 Mars.
M. le colonel donne ordre au capitaine
Thibout de prendre le devant, et au. chef
d'escadron Laloubie , ainsi qu'aux autres
officiers, de l'attendre sur la place, tandis qu'il
réglera, avec M. le Maire , quelques affaires
essentielles.
Une heure s'était écoulée : la troupe était
partie. Les officiers attendaient impatiemment
le colonel. Tout-à-coup des gendarmes, des
soldats et des paysans armés s'élancent : Les
cris à bas; les traîtres, les royalistes, les bri-
gands ; se font entendre. Vainement on op-
pose le sang-froid à la fureur, l'impassibilité
à la menace, la raison à des vociférations (12).
Le colonel, assailli à la Mairie , est arrêté ; les
chevaux des officiers sont dispersés; les porte-
manteaux sont enlevés ; les bagages du corps
pillés, et les officiers complètement dévali-
sés. Enfin le commandant Desorthis arrive ;
secondé par Monsieur le Maire lui-même
( n.° 11 ), il ramène le calme ; témoigne ses
regrets d'avoir été charge d'une mission dont
il ignorait le secret motif ; assure qu'il ne se
S. A. le charge d aller avec M. de Barrey a Langon pour
en informer le général Inglis, et faire effectuer les pro-
messes du maréchal Beresford, mais, le 31, ils appren-
nent que le Corps a été arrêté la veille à Monségur, ce
qui donne lieu à une infinité de fausses conjectures de la
part des généraux Anglais.
( 13 )
Le 21 Mars
propose que d'accompagner M. de Brons au
quartier-général, pour y donner des éclaircis-
semens, et de remettre la troupe sur le chemin
de Marmande.
Le capitaine Thibout reçoit ordre du Co-
lonel de rentrer à Monségur avec le Corps,
qui devient prisonnier du commaridant De-
sorthis , et l'on part pour se rendre , sous
escorte , au quartier - général. On couche à
Castelmoron.
Le lendemain on arrive à Sauveterre,
L'adjudant-sous-officier, porteur des dépê-
ches au maréchal Beresford, est reconnu par,
des militaires, et une foule d'habitans , qui at-
testent l'avoir vu passer et repasser le bac a
Saint-Macaire, trois jours auparavant, étant
habillé en bourgeois, et accompagné d'un
Anglais.
Il était évident qu'il avait reçu des ordres
pou,r négocier avec les Alliés, et que cette opé-
ration avait été concertée entre le Colonel et
ses officiers ; les Anglais que l'on n'avait pas,
voulu abandonner; l'itinéraire tracé par le:
Général, et que l'on avait quitté ; les étalons
que l'on avait pris.; tout annonçait clairement-
une intelligence criminelle aux yeux de l'usur-
pateur.
M. de Brons saisit un moment favorable
( 14 )
pour faire part de ses réflexions au chef d'es-
cadron Laloubie et à quelques officiers, et leur
faire observer que la troupe se trouvant mor-
cellée par les dispositions du commandant De-
sorlhis., il était impossible d'opposer la force
à la force ; que la perte des officiers était
certaine s'ils se laissaient conduire au quartier-
général; qu'il fallait ne témoigner aucune in-
quiétude au commandant Desorthis, pour lui
inspirer de la confiance , et s'échapper isolé-
ment, au risque d'être sabrés ou fusillés en
combattant, s'il était nécessaire , au moment
qu'on serait parvenu à la hauteur de Rauzan.
En effet, au lieu indiqué par le Colonel,
le signal est donné par le chef d'escadron La-
loubie ; les chevaux partent au galop , et le
soir même tous les officiers et l'adjudant Reyt-
ter se réunissent à la Bastide, après avoir fait
douze lieues en cinq heures, par des chemins
de traverse et un temps affreux.
Le colonel fut vainement attendu : placé
au centre du bataillon du sieur Desorlhis, il
n'avait pu faire aucun mouvement. II avait
ouvert à ses compagnons d'infortune les voies:
du salut, lui seul était resté dans lès fers!
Ah! du moins il apprendra sans doute que
les braves qu'il a conservés au Roi ont obtenu
quelques récompenses pour s'être voués à une
(15)
Le 22 Mars
mort presqu'inévitable pour le bien de son
service ; que l'on attache un grand intérêt à
la personne d'un officier supérieur qui a eu
l'héroïsme de s'immoler lui-même, et que, si
Dieu veut qu'il tombe victime de sa géné-
rosité, un concert de louanges et de regrets
accompagnera sa mémoire.
Mais non : l'affreuse calomnie veille, elle
triomphe ; elle obtient dans une feuille pu-
blique l'insertion d'un article où des hommes
pleins d'honneur sont présentés comme des
brigands et des incendiaires ( n. ° 6 ) ! Elle pénè-
tre jusque dans le cabinet de mylord Dalhousie
(n.°9); elle s'insinue près de S.A. R. le Duc
d'Angoulême ; MM. le Duc de Guiche, le
Comte de Damas, et aulres personnes de haute
distinction, se laissent surprendre et influen-
cer; et pour prix de leur zèle, de leur courage
et de leur dévouement, des officiers qui,
s'ils eussent été pris hier, eussent été misa
mort par Buonaparte, sont aujourd'hui exilés
à Bazas, par ordre d'un Prince indignement
trompé (n.° 7 ) !
. O honte ! Et comme si la réputation des
hommes était une propriété commune dont
il est permis à chacun d'user et d'abuser, des
individus qui frémiraient de rage, à la seule
idée d'un soupçon injurieux pour eux-mêmes.
(16)
n'hésitent pas à recueillir les mensonges les
plus grossiers , à les répandre avec empresse-
ment, et à frapper du fer de l'ignominie des
militaires dont ils ne connaissent même pas
les noms !
Mais, de quoi nous plaignons-nous ? La ca-
lomnie, comme tous les poisons mortels, peut
être utile a quelque chose, puisque , de même
que ceux-ci établissent souvent une crise qui
rend l'homme à la vie , la calomnie rend le
citoyen à toute sa vertu, en le forçant à parler
des actions qui l'honorent.
Grâces soient donc rendues à ceux qui nous
ont haïs sans nous connaître, jugés sans nous
entendre, désignés à la vindicte publique sans
motifs comme sans autorité.
Les partisans de la Gironde ont attaqué les
fermes, les hameaux , les maisons de cam-
pagne. Ils ont pris le bétail, les chevaux,
l'argent. Ils ont maltraité les habitans, in-
cendié les récoltes.
Tu le dis, impudent calomniateur! Mais
qui voudra te croire?
Comment concevoir que du 11 au 19 Mars,
les Partisans aient eu le pouvoir de parcourir
cette vaste carrière de crimes , et qu'ils en
(17)
aient eu la-pensée , au milieu d'une armée en-
tière, ainsi que d'une population immense qui,
à l'instant même, pouvaient les briser comme
de frêles roseaux?
Tu dis que Castillon fut le théâtre de leurs
excès ? — Ils n'y ont pas été ( n.°39 ).
Interroge MM. les maires des communes où ils
ont passé, où ils ont séjourné ( n.os 11,12,13,
14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21 , 22, 23,
24,26,27, 28, 31, 32, 34, 35, 36, 37,
38 et 39 ) ; demandé k M. le baron de Valsu-
zenay, préfet du Département (25) ; à M. le
Major, commandant le 21 .e régiment de chas-
seurs à cheval ; ose interpeller M. le comte de
Damas, sous les yeux duquel les renseignemens
les plus positifs ont été placés, et M. le comté
Maxime de Puysegur qui a été chargé de
l'examen de la conduite de ce corps , objet
de ta lâche fureur.
Ces personnages, aussi distingués par leur
naissance que par leurs lumières , par leurs
places que par leurs vertus-, donneront un
démenti formel à toutes tes impostures.
Cependant, infâme, tu as été cru : oui tu
as été cru , précisément parce que tu es in-
fâme.
Diras-tu que les circonstances ont amené
l'explication que nous donnons au système
C
( 18)
organique du corps des Partisans? Cherche
et trouve, si tu le peux, le moyen d'adopter
une explication contraire.
Nous te le demandons : pourquoi le corps
des Partisans n'avait-il ni aigle ni cocarde ?
Pourquoi leurs formules d'enrôlement, leurs
placards, leur règlement organique ne pré-
sentent-ils aucuneidée favorable k Buonaparte ?
Pourquoi, le 11 Mars , quand le Corps,
d'après les ordres, du général l'Huillier , pas-
sait sur l'autre rive de la Garonne, M. Bourbon-
le-Blanc , l'un des chefs, s'exposait-il, en res-
tant à Bordeaux, à endourir la confiscation
de ses biens et une condamnation à la peine
de mort? Pourquoi a-t-il écrit, le 13 Mars,
à S. A. R. (n.° 9, pièce B. )? Pourquoi a-t-il ex-
pliqué le 16, à M. le comte Lynch, maire de
Bordeaux, le système d'organisation, tel qu'il
se présente aujourd'hui (n.° 9, pièce a )?
Pourquoi M. le chevalier, de Barrey fit-il, le
13 Mars, au nom du vicomte de Brons , et
le 15, au nom de tous les officiers , la sou-
mission de fidélité (n.° 10 ) ? Pourquoi le co-
lonel écrivit-il, le 16, au maréchal Beresford
(n.°..29 )? Pourquoi garda-t-il des anglais fu-
gitifs qu'on voulait lui faire déposer dans
les prisons publiques ( n.° 20 ) ? Pourquoi ces
ouvertures à MM. les Maires d'Absac, de Saint-
Martin de Curson, de St.-Antoine, de Carsac,
(19)
de St.-Méart, etc.(n.°S 19, 20, 21,22, 23, 33,
35, 36. )? M. de Brons pouvait-il faire tant de.
démarches ostensibles., tant d'actes d'un roya-
lisme pur, sans le concours de ses officiers?
En saisissant les étalons du haras de Tarbes, le
18 Mars , les Partisans ne disaient-ils pas suffi-
samment qu'ils étaient soldats de Louis-X-VIII?
Pourquoi M. Henri Chesnau, Capitaine de
recrutement, fils de chevalier de St.-Louis,
ancien enseigne de vaisseau, condamné )à la
détention le 8 Frimaire an 2, par le tribunal
révolutionnaire de Rochefort, pour avoir , lors
de la prise de Toulon y arboré la. cocarde blan-
che y et proclamé LouisXVII, était-il en mis-
sion dans la Charente-Inférieure (n.° 9 )?
Pourquoi M. Bourbon-le-Blanc, capitaine-
adjudant-major, et M. Mariaval, lieutenant
et interprète , sans aucun caractère public ,
sans autre intérêt que celui de servir le Roi,
se sont-ils fait un devoir de se placer sous les
ordres de M. le marquis de la Roche-Jacquelin;
de concourir à tranquilliser les campagnes,
rassurer les Alliés sur les opinions du pays , à
défendre Blaye d'une ruine presque inévitable,
et à amener tous les esprits à voir dans les
opérations concertées par les Puissances Euro-
péennes, le rétablissement de la maison des
Bourbons ( n. ° 9) ? Pourquoi le colonel de Brons ,
plusieurs officiers et sous - officiers, ont-ils
( 20 )
été traduits dans les prisons d'Angoulême, pour
être jugés comme royalistes ( n.os 26 et 27 ) ?
Ici, chaque fait subséquent prouve néces-
sairement le fait antérieur, et c'est avec une
rectitude géométrique que tout s'enchaîne, se
développe et se démontre.
Dira-t-on que, du moins , il y a ici trahison,-
parce que nous abandonnons les drapeaux- de
celui dont la bannière paraissait être la nôtre ?
Mais'quelle fidélité doit-on à celui k qui l'on
n'a rien promis? Peut-il y avoir trahison en-
vers l'usurpateur du trône et le destructeur
dès lois? Le combattre n'est-il pas au Con-
traire un besoin comme homme, un devoir
comme français? A-t-on jamais appelé traître
un capitaine de vaisseau, parce qu'il a arboré
un pavillon qui lui donnait l'avantage de
surprendre son ennemi et de le vaincre?
La reconnaissance , cette vertu qui honore
le plus le coeur de l'homme, a pu lier quelques
individus au sort de Buonaparte.
Quant à nous , abreuvés d'amertume, privés
de toute récompense , découragés par mille
injustices, nous n'avons reçu de ce tyran
fameux , que l'humiliation de voir notre patrie
déchirée, nôtre liberté menacée, et notre exis-
tence en péril.
Pour accomplir nos devoirs envers notre
(21)
patrie et notre Roi, nous avons fait une entière
abnégation de nous-mêmes. Aussi, considèrez
les officiers des Partisans de la Gironde sépa-
rément, ou le Corps dans son ensemble : les
uns s'exposent à la confiscation de leurs biens ,
en abandonnant leur domicile ; à une exil
dont rien n'annonce le terme, si Buona-
parte est vainqueur ; au dernier supplice ,
s'ils sont arrêtés. Les autres perdent le fruit
de leurs longs services et les grades qu'ils ont
obtenus ; ceux-là leurs retraites ; ceux-ci se
ferment irrévocablement la carrière de l'avan-
cernent ; aucun ne conserve le plus léger pré-
texte pour échapper a la perte de ses biens et
de sa vie, comme si, voulant épuiser les preu-
ves d'un dévouement inoui, ils eussent résolu
unanimement de se placer tous dans une telle
position que , menacés de tous côtés par l'ad-
versité et par la mort, ils ne trouvassent de
repos, de bonheur et de salut, que dans le
triomphe du souverain légitime.
O Louis XVIII ! aujourd'hui vous avez bien
des amis , parcequ'il est utile de l'être. Nous fû-
mes les vôtres quand cette qualité conduisait aiu
supplice. Nous ne sommes pas les plus nobles,
les plus puissans de vos enfans , mais nous
vous avons toujours été fidèles. Nous n'avons pas-
eu la gloire de vous replacer sur le trône, mais

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