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Mémoire sur l'action de l'eau sulfureuse et iodée d'Allevard, près Grenoble (Isère), dans les affections chroniques de la poitrine et principalement dans la phthisie, par le Dr Niepce,...

De
29 pages
impr. de E. Protat (Mâcon). 1854. In-8° , 27 p..
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MÉMOIRE
SDR L'ACTION
DE L'EAU SULFUREUSE ET IODÉE
. ^\ D'ILIiGTlBD
-' ; , î^.'A Près firenable ( Inère),
:- y:\iims-LSs AFFECTIONS CHKONIQUES DE LA POITRINE
-iiJ;^X '"ÏE* PRINCIPALEMENT DANS LA PHTHISIE,
LE DOCTEUR NIEPCE,
Médecin-Inspecteur de l'Établissement thermal d'AHevard, lanréal
de l'Institut (Académie des Sciences) et de l'Académie impériale
de Médecine, membre de plusieurs Sociétés savantes.
MAÇON,
IMPRIMERIE D'ÉMILE PROTAÏ, SCCC DE DEJCSSIEU
Hnr île lu Barre, n. 4.
185*.
AMARYSE
DE L'EAU SULFUREUSE ET IODÉE D'ALLEVARD.
PRODUITS GAZEUX.
Centimètres cubps.
Acide sulflrydrique 28,60
— carbonique 97,00
— azote 41,00
TOTAL 166,60
PRODUITS SOLIDES.
, Bi-carbonate de magnésie 0,053
— de chaux 0,234
*" — de Fer '. . 0,009
Sulfate de soude '. 0,219
— de cliaux 0,053
— d'alumine 0,042
— de magnésie 0,065
Chlorure de sodium.., . .• 0,334
— de magnésium 0,068
Phosphate de chaux | traces
Proto-sulfate de fer )
TOTAL 1,077
Iode 6 milligrammes.
Barégine quantité considérable.
Cette richesse en principes gazeux sulfureux et en iode
explique facilement quelle doit être l'action de ces principes
minéralisateurs sur l'économie.
PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES
DE
L'EAU SULFUREUSE ET IODÉE
D'ÀLLEVARD (ISÈRE)
DANS LES MALADIES CHRONIQUES DE LA POITRINE.
Bien des gens pensent que les eaux minérales n'ont, par
elles seules, aucune action sur les maladies, et que si après
leur usage on est rendu à la santé, il faut en attribuer tout
l'honneur, soit à l'imagination chez les uns, soit à l'air pur
des montagnes et à la distraction chez les autres, soit à
l'exercice en plein air, soit à toutes ces causes réunies. Sou-
tenir une pareille opinion est, à mon avis ; tout aussi déplacé que
de croire à l'action unique des eaux en niant totalement celles
des causes qui viennent d'être indiquées. Si, dans un établis-
sement thermal, tout concourt à rendre la santé à celui qui
l'a perdue, il est certain aussi que, dans une foule de mala-
dies , les eaux, par elles-mêmes, suffisent seules à la guérison ;
de sorte que, dans la majorité des cas, la distraction, le
changement d'air, ne sont absolument que des moyens auxi-
liaires. En voici les preuves :
Beaucoup de chevaux qui ont un commencement de pousse,
catarrhe pulmonaire chronique, et qui boivent l'eau sulfu-
reuse d'AÎlevard matin et soir, après vingt-cinq à trente jours
de traitement, sont débarrassés de leur maladie. On ne peut
pas, dans ce cas, prétexter l'influence des causes morales.
Une autre preuve puissante en faveur de mon opinion est
prise dans l'effet physiologique des eaux tulfureuses d'AIle-
vard. Cet effet est trop remarquable pour que je n'entre pas
dans quelques, détails à cet égard. Chez l'homme qui ne pré-
sente aucune disposition morbide, l'eau sulfureuse détermine
les phénomènes suivants après quelques jours de son emploi :
appétit plus vif et cdhstipation, sécrétion urinaire plus abon-
dante, chaleur à la gorge, quelquefois enrouement léger,
insomnie, battements artériels plus vifs, quelquefois mal à la
tête; malgré ces symptômes, sentiment de bien être; jo dirai
plus, de force. Chez la femme, les menstrues devancent leur
époque et sont plus abondantes. Chez les individus atteints
d'hémorroïdes, l'écoulement sanguin se manifeste.
Ces effets déterminés chez l'homme en santé se font aussi
remarquer chez le malade ; mais, chez ce dernier, c'est sur
l'organeren souffrance que se concentre l'excitation. Ainsi,
y a-t-il de la toux, celle-ci augmente momentanément. C'est
en déterminant une irritation mi generis dans un organe déjà
irrité que ces eaux guérissent, et c'est cette irritation secon-
daire, spéciale, que le médecin doit surveiller avec la plus
grande attention.
Bordeu, qui est considéré à juste titre comme le père et le
créateur de l'hydrologie thérapeutique , a dit l'un des pre-
miers , ce qui a été répété sous toutes les formes : « Le trai-
a tement des eaux minérales employées à leur source est sans
» contredit de tous les secours de la médecine le mieux en état
» .d'opérer, pour le physique et le moral, toutes les révdlu-
» lions nécessaires et possibles dans les maladies chroniques.
» T/outy concourt : le voyage, l'espoir de réussir, l'air sur-
» iout qu'on y respire et qui baigne et pénètre le corps, le
» changement de sensations habituelles, tout cela change,
» bouleverse, détruit les habitudes d'incommodités et dema-
» ladies auxquelles sont sujets les habitants des villes, etc. »
La beauté, le nombre et la variété des sites pittoresques du
pays d'AIlevard, sa riche végétation, ses gorges si grandioses,
ses glaciers si imposants, la salubrité de la vallée, la douce
température, la bonne tenue des hôtels, le confortable que
sont assurés d'y trouver les étrangers, tout cela suffit, pour
prouver que ses thermes réunissent à un degré éminent tous
les avantages signalés par Bordeu.
Un autre avantage de l'établissement thermal d'AIlevard,
imiquement considéré sous le rapport thérapeutique, c'est
l'influence sur l'organisme qui résulte de la moindre pesanteur
de l'atmosphère, en raison de l'élévation des lieux (475 mètres).
Personne n'ignore que, en se plaçant à une certaine élévation
au-dessus du niveau de la mer, la respiration, la circulation
se modifient sensiblement; qu'on éprouve une raréfaction
•générale ; que la déperdition, par la transpiration insensible,
m — 3 —
en est augmentée, et par conséquent le besoin de réparation
accru, d'où appétit, digestion prompte, assimilation rapide;
qu'enfin le sommeil est plus profond. Une sorte de bien-être, de
légèreté, semblent s'être emparés de nous. Et c'est un fait bien
observé, que les personnes habituellement atteintes de maux
de tête, de migraines, en sont ordinairement, délivrées, si
elles séjournent sur les hauteurs ; qu'un certain nombre
d'individus atteints d'oppression, d'essoufflement, en sont
soulagés et quelquefois guéris. Aussi, dans certains cas.
d'asthme, de disposition anévrismatique, les médecins conseil-
lent avec avantage le séjour des montagnes. Combien y
sont moins fréquents ces états de langueur et de débilité,
ces malaises, ce trouble des organes digestifs, ce défaut
d'appétit, ces digestions laborieuses, ces mélancolies qui sont
si fréquentes dans les villes ! Qui, d'ailleurs, ne s'est pas
senti renaître, n'est pas devenu plus alerte et plus dispos, n'a
pas paru dégagé d'un poids dont il se sentait oppressé, en
quittant ces plats pays où les hommes se pressent et s'agitent,
pour ces localités moutagneuses qui, soit par le repos qu'on
y goûte ou l'exercice qu'on y fait, soit par l'air pur qu'on y
respire, nous mettent dans un tel état de bien-être qu'elles
nous paraissent constituer des contrées privilégiées ?
Toutes ces circonstances accessoires à l'action thérapeutique
des eaux minérales se trouvent, dans les conditions les plus
favorables, près de l'établissement thermal d'AIlevard.
L'expérience a démontré la vérité avancée par Bordeu, que
les eaux sulfureuses sont un des plus puissants remèdes contre
les maladies chroniques, souvent si désespérantes par leur
invincible résistance.
Cette action propre, cette valeur intrinsèque des eaux sul-
fureuses , cette puissance qui ne tient qu'à elles, qui ne dépend
nullement des circonstances accessoires, elle existe à un degré
éminënt dans l'eau sulfureuse d'AIlevard, comme le prouve 1
sa nature chimique et comme le démontré mieux encore
l'expérience acquise de son efficacité dans certaines maladies.
Celte preuve de l'action puissamment médicatrice de cette eau
sulfureuse conduit nécessairement à l'étudier sous deux points
de vue : l'un, analytique, consistant dans l'appréciation
thérapeutique de cette action; l'autre, tout expérimental ou
pratique, c'est-à-dire qui se rapporte à la simple observation
des faits ou des guérisons opérées.
Nous allons nous en occuper dans lés deux sections sui-
vantes : ;
PREMIÈRE SECTION.
ANALYSE THERAPEUTIQUE DE I, ACTION MEDICATRICE PROPRE
A L'EAU SULFUREUSE D'ALLEVARD.
Daps cette section, deux points sont à examiner : 1.° l'action
du traitement thermal, aidé de l'emploi de l'eau minérale à
l'intérieur; 2.° l'action de cette eau, prise seulement en
boisson.
1.° TRAITEMENT THERMAL.
Deux puissances contribuent à produire les effets remar-
quables'qu'on en obtient : celle qui est propre au calorique
et qui appartient à toutes les eaux minérales administrées
en bains et en douches ; celle qui dépend absolument de la
constitution chimique de l'eau minérale.
Le calorique, aux yeux de tous les médecins qui savent
observer, joué un rôle très-important dans l'action du traite-
ment thermal ; l'effet éminemment excitant des bains chauds,
des bains de vapeur à une température élevée et des douches,
doit certainement lui être attribué en grande partie. C'est ce
qui explique pourquoi des eaux thermales, très-différentes
sous le rapport de leur constitution chimique, sont renommées
pour guérir et guérissent en réalité les mêmes maladies.
Celte généralité d'action médicatrice, c'est principalement à
l'influence dû calorique qu'il faut l'attribuer. Aucun agent
thérapeutique n'a plus d'énergie; aucun ne peut être modifié
dé manière à produire des effets aussi variés, aussi puissants ;
aucun n'est susceptible de réagir sur un aussi grand nombre
de maladies -' ' '
L'influence du calorique peut s'exercer, en effet, de manière
à déterminer,une vive excitation de tout l'organisme, exci-
tation à laquelle participe nécessairement l'organe malade.
Telle est l'influence particulière d'une température élevée,
de celle qui dépasse plus ou moins le degré normal de la
chaleur du corps humain. Plus la chaleur est forte, plus cette
influence excitante se fait sentir avec énergie.
Soumis à cet agent qui excite vivement tous les systèmes,
qui active surtout l'acte respiratoire et la circulation, qui
produit artificiellement une turgescence sanguine et une fièvre
momentanée, tout l'organisme se trouve monté à un degré de
surexcitation vitale qui modifie nécessairement plus ou moins
l'état morbide de la partie souffrante.
Ce n'est pas, d'ailleurs, à cette excitation momentanée que
se borne l'action du calorique. A cette effervescence organique,
à cet état fébrile d'un moment, succède, après que le calme
s'est rétabli, une énergie inaccoutumée dans le mode ordinaire
de vitalité du malade; toutes les fonctions s'exécutent plus
librement, toutes les sécrétions se trouvent activées, tous les
actes physiologiques s'exercent avec plus d'énergie. Si donc
il existe, dans un corps soumis à ces nouvelles conditions de
vie, quelque partie du système général où la circulation né
se fait plus librement, où quelque production accidentelle et
morbide s'est lentement accumulée, où le tissu même de
l'organe se trouve modifié, changé en quelque sorte par le
travail désorganisateur d'une maladie chronique, n'est-il pas
évident, pour tout esprit habitué à observer l'homme malade,
que la secousse imprimée à tout l'organisme pourra réagir
utilement en se propageant à la partie affectée, et changer ses
conditions anormales de vitalité, de telle sorte que, si la
désorganisation n'est pas complète et définitive, il y aura.lieu
d'espérer que les choses pourront revenir à l'état normal?
Du reste,, ce que la théorie indiqué d'une manière si évidente,
l'observation le démontre plus certainement encore, par la
pratique, dans les établissements thermaux.
Une autre action plus puissante encore, celle du calorique,
s'ajoute à ces,modificateurs importants de l'organisme et, par
la révulsion énergique qui en résulte, vient grandement en
aide â la nature, dans sa tendance à la résolution de là
phlogose chronique et de l'engouement vasculaire et dans son
travail d'élimination des produits de l'influence morbide : on
comprend que je veux parler de la transpiration, acte physio-
logique sj prodigieusement accru ou développé par l'action
des bains et des douches. ■ , . • ' '
Cette formation si abondante de sueur, ce travail si énergique
de la peau est, en effet, un des moyens les plus puissants et
les plus utiles de la thérapeutique ; quand on considère
qu'il agit presque sans relâche pendant tout le temps que le
malade passe dans un établissement thermal, comment
s'étonner, des guérisons presque miraculeuses qu'on y obtient
chaque année, et cela dans,des maladies si différentes par
leurs caractères et par leur nature? . i' - -,
Qui ne connaît les grands avantages qu'a rétirés des simples
vapeurs d!eau M. Bertrand, inspecteur des.eaux du,Mont-
— 6 —
d'Or, dans les affections chroniques de l'organe pulmonaire?
Aussi, les praticiens doivent facilement comprendre quelle
doit être l'incontestable puissance des vapeurs sulfureuses et
iodées d'AIlevard. Employée sous forme de bains de vapeurs,
i'eau. d'AIlevard exerce deux sortes d'actions bien distinctes :
l'une, extérieure et révulsive par suite de la stimulation vive,
déterminée sur toute la surface de la peau par le calorique
et le soufre; l'autre, intérieure et qui a quelque chose de spé-
cial, à raison de la nature même de cette vapeur sulfureuse et
iodurée introduite dans le poumon.
Or, dans les affections chroniques, un des faits patholo-
giques qui se reproduisent le plus habituellement, c'est la
diminution ou la cessation presque complète du travail de la
peau enrayé par la concentration établie sur les organes
malades. Ranimer les fonctions cutanées, leur rendre une
action ulus vive et plus soutenue, c'est faire beaucoup pour
la guérison, a dit M. Bertrand, du Mont-d'Or. Ce fait importe
beaucoup à Allevard, où un grand nombre de malades se
rendent pour des lésions diverses de l'appareil pulmonaire.
On comprend, dès-lors, et dans des conditions que nous
venons de dire., l'influence de cette atmosphère sulfureuse
chaude, agissant tout à la fois par sa température élevée,
par un travail dérivatif énergique et à vaste surface et, enfin,
par son contact direct sur l'organe respiratoire pénétré jusque
dans ses plus intimes replis. L'asthme, le catarrhe pulmo-
naire , les inflammations chroniques du pharynx et du larynx
sont puissamment et heureusement modifiés par cette médi-
cation; c'est un fait acquis, aujourd'hui connu de tous; si
bien que, à présent, je n'ai pas besoin de conseiller les salles
de vapeurs à Allevard. Je n'ai plus qu'à les interdire à ceux
auxquels elles pourraient nuire, et ces derniers ne se mon-
trent-ils pas toujours dociles ! Je ferai voir, un peu plus loin,
les raisons qui me déterminent à prescrire plutôt à certains
malades l'usagé de la salle d'aspiration des gaz sulfhydrique
et carbonique à la température ordinaire, que celui des salles
d'aspiration de vapeurs sulfureuses chaudes. Il y a là un point
thérapeutique de la plus haute importance à élucider et que
l'expérience seule m'a fait apprécier.
On comprend aisément l'indocilité des malades, quand on
peut voir sur les lieux les effets du remède; bien des guérisons
lui sont dues qui n'eussent jamais été obtenues sans ce moyen ;
mais ce qu'on lui doit surtout, et ce qui frappe le plus à cet
égard, c'est la rapidité des effets. Sans doute, les eaux gué-
rissaient autrefois comme aujourd'hui; mais, presque toujours,
cette guérison tant souhaitée se' faisait attendre. Rarement
on voyait l'amélioration commencer, sur les lieux;, c'était
l'exception. Aujourd'hui, les choses marchent plus vite :.le
mieux,' obtenu sur place, devient plus habituel et tend à mettre
de plus en plus le remède en faveur.
Si l'on réfléchit sur les phénomènes observés pendant
l'emploi du traitement par les eaux sulfureuses, on trouve
que leur puissance thérapeutique, indépendamment de celle
de la température, résulte des actions élémentaires suivantes :
1° Excitation de tout l'organisme et. particulièrement de
l'organe cutané, indépendante de l'action du calorique, mais
qu'elle favorise et tend à accroître ;
2° Action sudorifique produite par l'influence excitante du
principe sulfureux, indépendamment de celle de la tempé-
rature, et qui doit en être distinguée à cause de la révulsion
énergique qu'elle détermine ;
3" Action spécifique, particulièrement appréciable dans les
maladies de la poitrine et de la peau.
L'action stimulante du principe sulfureux des eaux miné-
rales à été bien reconnu par tous les observateurs., C'est à elle
qu'est due cette excitation fébrile notée par tous les observa-
teurs, et spécialement remarquée pendant les premiers jours
de l'emploi du traitement thermal ; excitation qui se termine,
à Allevard, par cette éruption anormale qu'on appelle la
poussée et que M. Pâtissier, dans son remarquable rapport à
l'Académie sur le service médical des établissements thermaux,
signale à l'attention des médecins. Ce savant académicien, si
compétent dans la science hydrologique, s'exprime ainsi : >.
« Au bout de huit à dix jours d'usage de l'eau d'AIlevard,
» il survient la poussée, c'est-à-dire une éruption de. plaques
» rouges à la peau, semblables à la rougeole, à la scarlatine
» ou à l'urticaire; cette éruption disparaît même, en conti-
» nuant les bains; elle est presque constamment favorable,
a Le médecin-inspecteur des eaux d'AIlevard, M. Niepca,
» a obtenu de cette poussée des résultats très-heureux. » -
; L'action sudorifique du principe sulfureux, indépendante
dé celle du calorique, n'est pas plus douteuse que l'action
stimulante ; elle est démontrée par la disposition aux sueurs
qu'on remarque chez les malades soumis au traitement
thermal. M. le docteur Pérouse a remarqué,,dans l'établisse-
ment d'AIlevard, que la sueur des malades avait constamment
une odeur sulfureuse pénétrante, observée aussi par les
malades, qui me l'ont toujours signalée. Ce phénomène me
semble tenir à deux causes : 1° à la perspiiation de la peau,
qui rejette ainsi le principe sulfureux absorbé dans les.bains,
ou par l'aspiration de la vapeur dans les salles d'aspiration;
— 8 —
2* an soufre précipité dans l'eau par la décomposition de
l'acide sulfhydrique au contact de l'air ; soufre dont la peau
peut rester imprégnée après l'usage de quelques bains! Ce fait
est très-remarquable et peut être donné comme une nouvelle
preuve de la richesse de l'eau d'AIlevard en principes sulfureux
et de l'énergie avec laquelle elle doit agir, spécialement dans
les maladies de la poitrine et de la peau.
L'action spécifique du principe sulfureux n'est pas plus
contestable que leur action excitante ou diaphorétique. De
tout temps, les médecins ont reconnu que le soufre agissait
d'une manière très-marquée sur les maladies chroniques de
la peau ; aussi joue-t-il le premier rôle dans la thérapeutique
de ces affections si rebelles. C'est encore au principe sulfureux
qu'on attribue l'efficacité des eaux dans les affections du
larynx, des bronches et du parenchyme pulmonaire; cet
élément a, il est vrai, dans ces cas, une influence incontes-
table reconnue depuis les temps les plus reculés : Galien
envoyait ses phthisiques en Sicile pour leur faire respirer l'air
des volcans.
2° USAGE INTERIEUR DE L'EAU MINERALE.
A.Allevard, on boit de un quart de verre à quatre
verres par jour. Une seule verrée est prise le soir, à trois
heures. Il vaut mieux prendre toute sa dose le matin, à
jeun, parce qu'alors l'estomac étant libre de toute substance
alimentaire, l'absorption est plus active et le principe
médicamenteux pénètre avec une plus grande énergie dans
les tissus. On coupe l'eau avec du sirop , du lait ou des
infusions, ou bien on la boit pure, suivant les susceptibi-
lités individuelles. Prise de cette manière , dans les laryn-
gites et. bronchites chroniques, dans les bronchorrées, celte
eau produit d'excellents effets. Toutes les fois qu'il ne s'agit
que de modifier l'état de la membrane muqueuse des tubes
respiratoires, soit qu'on veuille y produire de l'excitation, les
tonifier; soit qu'on ait pour but d'y développer une irritation
substitutive, elle a une efficacité dont personne ne peut
douter. J'ai recueilli plusieurs observations d'épanchements
pleurétiques, que les médications ordinaires n'avaient fpu
guérir, prouvant qu'elles ont disparu rapidement sous son
influence.
Gomme toutes les eaux sulfureuses, celles d'AIlevard sont
excitantes. Le problème à résoudre consiste à modérer ce
mode d'action et à le contenir dans de justes limites pour le
— 9 —
rendre profitable. Le premier effet succédant à l'ingestion des
eaux est l'accélération du pouls. Vers le cinquième jour, une
excitation générale, légère, se fait sentir : les forces se
relèvent ; on éprouve un bien-être universel. Par suite de
l'impulsion imprimée à la circulation, toutes les fonctions se
ravivent; les sécrétions deviennent plus actives, leurs produits
augmentent de quantité, les poumons prennent leur part de
celte stimulation, l'expectoration devient plus abondante et
plus facile. Telle esPTa cause pour laquelle Bordeu attribuait
aux eaux sulfureuses des propriétés béchiques. Un travail
soutenu vient s'établir à la peau ; une chaleur douce s'y
développe; cette membrane s'ouvre et devient halitueuse,
surtout si les eaux bien digérées n'augmentent pas la quantité
des urines. C'est une chose remarquable, en effet, que la puis-
sance médicatrice des eaux se fait d'autant mieux sentir qu'elles
portent moins leur action sur l'appareil urinaire. Une digestion
parfaite semble alors les assimiler d'une manière plus complète,
plus intime, aux fluides en circulation. Les principes minéra-
lisateurs tenus en dissolution vont successivement toucher et
stimuler tous les organes. De là résulte l'excitation générale
dont l'accélération de la circulation et la chaleur de la peau
ne sont que l'effet secondaire, et en même temps les indices
révélateurs. Quand, au contraire, elles sont presque immé-
diatement entraînées de l'estomac aux reins, et rapidement
expulsées par cette voie, cette traversée si brève ne leur laisse
le temps ni de s'assimiler, ni par conséquent d'agir à l'inté-
rieur. Le malade est pris de lassitude ; le sommeil est agité ;
l'appétit se perd; une courbature générale survient; la toux
augmente, devient sèclje, et un véritable état fébrile se
déclare. Cette réaction dure pendant deux ou quatre jours,
pendant lesquels l'usage de l'eau est suspendu, et le malade
mis aux boissons émollientes, au repos et à la diète. Une
transpiration abondante arrive ; une poussée à la peau se
manifeste; le corps se recouvre d'une éruption qui produit
d'assez vives démangeaisons, et la fièvre disparaît. Quatre
jours de repos suffisent au malade, pour que ces phénomènes
se calment. Il revient à son traitement ; sa toux devient moins
pénible ; il crache plus facilement. Ces phénomènes sont
tout-à-fait semblables à ceux produits par une bronchite aiguë.
A dater de ce moment, la maladie diminue et le malade
revient petit à petit à la santé.
Les phénomènes d'excitation qui viennent d'être exposés
démontrent que les eaux ne sont pas toujours aussi douces,
aussi bénignes que le prétendent certains auteurs. On peut,
d'ailleurs, en les modérant d'une manière convenable, appro-

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