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Mémoire sur le déplacement de l'Hôtel-Dieu d'Angers

14 pages
Barassé (Angers). 1864. Angers (France). 15 p. ; in-8.
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MÉMOIRE
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DÉPLACEMENT DE l'HOTEL-DIEU
^ANGERS
ANGERS,
F, HARASSÉ, IMP&IMEUR - LIRRAlRfi -ÉDÏTEITR,
Une Saiîit-LnuJ, 83.
1*01.
MÉMOIRE
811 LE
DÉPLACEMENT DE LDTEL-D1EU
D'ANGERS.
Ce mémoire, sur le déplacement projeté de l'Hôpital Saint-
Jean, n'est point une oeuvre d'opposition systématique, une vaine
et inopportune récrimination. Il n'a été inspiré, nous nous ren-
dons ce témoignage, que par le désir d'être utile en défendant des
intérêts considérables qui sont engagés danscetteaffaire,etqui nous
semblent en péril. Il arrive tard, nous l'avouons, mais non trop
tard, s'il renferme une idée juste et réalisable, car les hommes
si distingués auxquels nous nous adressons particulièrement, sont
de ceux qui ne disent jamais à une pensée utile et encore appli-
cable : « Il n'est plus temps. »
Dans la crainte que le but auquel nous tendons n'étant pas
immédiatement aperçu, nos raisons ne perdissent une partie de
leur force sur les esprits, nous avons cru devoir commencer par
mettre nos conclusions sous les yeux du lecteur. Les motifs
viendront ensuite.
Suivant l'arrangement nouveau que nous nous permettons de
proposer à l'appréciation de MM. les Administrateurs des Hos-
pices : 4° l'Hôpital Saint-Jean, conservant sa destination actuelle,
recevrait les améliorations jugées indispensables au bien des
malades;
2° Les bâtiments récemment annexés à Sainte-Marie seraient
affectés à quelque oeuvre nouvelle de bienfaisance. On pourrait,
_ 4 —
par exemple, y établir le dépôt de mendicité, un sanitut, un or-
phelinat avec école professionnelle, ou toute autre oeuvre de ee
genre. Il y aura toujours plus de pauvres à recueillir que nous
n'aurons de place à leur donner.
Dans ce plan nous ne voyons ni terrains perdus, ni dépenses
inutiles. MM, les Administrateurs auraient simplement agrandi,
complété l'oeuvre de Sainte-Mario, et se réjouiraient les premiers,
sans doute, d'avoir été conduits, par les circonstances, à faire aux
pauvres plus de bien qu'ils ne Pavaient d'abord espéré.
On a entendu nos conclusions, voici maintenant nos motifs ;
Je signalerai d'abord le respect dû à la volonté nettement
exprimée par le royal donateur dont la munificence a doté notre
ville de son Hôtel-Dieu monumental.
Personne ne l'ignore, c'est à la piété et au patriotisme unis,
selon toute apparence, au sincère repentir d'un grand crime que
nous devons les vastes et remarquables constructions de notre
Hôpital Saint-Jean.
Henri II Plantagenel, duc d'Anjou cl roi d'Angleterre, ayant
participé au meurtre de S. Thomas de Canlorbéry, tout porte à
croire que l'illustre pénitent voulut racheter cette sanglante et
sacrilège iniquité, dont le souvenir odieux'traverserait les siècles,
par une oeuvre de charité proportionnée à son crime et impéris-
sable comme le scandale qui devait en résulter.
C'est vers le milieu du xnc siècle que furent jetés les fonde-
ments de notre Hôtel-Dieu-, il ne reçut qu'un peu plus lard son
entier achèvement.
Les intentions du donateur sont aussi clairement que solennel-
lement exprimées. Henri II, non-seulement consacre cette aumô-
nerie à Dieu et aux Pauvres du Christ, lko cl Paupcnbus Christi,
suivant le lexte môme des anciennes chartes, mais il veut qu'elle
, constitue pour ces derniers un véritable et glorieux apanage. Les
titres de fondation disent, en effet, avec une insistancesignificalive,
que les Pauvres seraient les seigneurs propriétaires du domaine
concédé. Touchante expression d'une charité toute chrétienne,
qui ne laisse aucun doute sur la volonté du donateur et suffit du-
rant sept siècles à protéger son oeuvre.
En effet, au xvuc siècle, notre Hôtel-Dieu ayant été menacé
dans sa destination primitive, le Parlement fut saisi de celte
cause, et décida qu'on devait respecter la volonté du donateur,
se fondant sur cette maxime constante : « Que le temps ne peut
» apporter aucun changement, ni altération aux fondations faites
•« des Hôpitaux, parce que ce qui a été une fois donné à Dieu
» pour ses pauvres ne peut être employé à un autre usage. »
Plus tard des circonstances particulières firent sentir le besoin
de rapprocher toutes les aumôneries, au nombre de huit, éparscs
dans les divers quartiers de la ville. Sept furent réunies à Saint-
Jacques de la Forêt, depuis appelé les Renfermés, mais les Ad-
ministrateurs d'alors, s'appuyant sur le même principe que le Par-
lement, crurent devoir faire une exception-pour Xexceptionnelle
aumônerie fondée par Henri II. — Inspirons-nous des mêmes
pensées, elles sont justes, nobles, salutaires. Il y a sept cents ans,
un roi illustre pensant aux souffrances des pauvres, ses frères,
leur fait un don digne de ses richesses et de sa foi; et voici
qu'après tant d'années, tant de révolutions, tant de changements
de toute sorte, ce don de la munificence royale et de la charité
chrétienne arrive intact jusqu'à nous, protégé par la volonté du
donateur toujours présente et toujours respectée.
Oui, nous trouvons celajuste, beau , éminemment utile : il est
impossible de donner aux "coeurs disposés à Taire le bien un en-
couragement plus puissant, aux pauvres une leçon plus éloquente
de reconnaissance et deirpspect pour leurs bienfaiteurs.
Sans doute, nous n'accuserons point MM. les Administrateurs
de tenir peu jjé compté de lai volonté expresse de Henri II. Ces
Messieurs but pensé qu'en changeant la destination dé l'aumô-
— 6 ~
nerie construite par ses soins, ils s'inspiraient des intentions
mêmes du donateur, et comme lui travaillaient su bien des pauvres.
Nous avouons n'avoir rien à opposer à cette raison, si l'Hôpital
Saint-Jean n'est pas susceptible de recevoir les améliorations
jugées indispensables. Mais, au contraire, s'il peut être amélioré,
placé dans des conditions hygiéniques satisfaisantes, pourquoi
l'abandonner, au risque de voir bientôt ce monument détruit eu
partie, ou affecté à quelque usage, sinon tout à fait indigne, sans
rapport <u moins avec sa destination première.
Modifions-le plutôt, ei i'embellissonsmême, s'il y a lieu, mais
tenons à honneur de le laisser à Dieu et aux Pauvres qui l'ont
reçu; de le transmettre à la postérité avec sa beauté historique,
sa signification morale, et le charme de ses souvenirs.
En effet, môme à ne considérer la question qu'au point de vue
archéologique, on aurait tort, croyons-nous, de ravir à ce mo-
nument une partie de son intérêt et de sa beauté, en lui donnant
sans nécessité une destination nouvelle.
C'est avec un soin jaloux et justement apprécié de quiconque
a le sentiment de ce qui est beau, ou seulement convenable, que
l'Etat protège les monuments historiques, les moindres débris
du passé, la plus petite pierre sur laquelle l'art ou l'histoire ont
laissé quelque trace. Et non-seulement l'Etat veille à ce que
ces monuments qui sont un ornement pour le pays, pour l'histo-
rien des témoins impartiaux, pour l'artiste des modèles et presque
des amis, ne soient ni détruits ni déshonorés, mais il travaille
constamment à leur conserver, à leur restituer même leur desti-
nation primitive, surtout quand celle destination contribue à les
rendre plu; intéressants et plus beaux.
Eh bien ! nous possédons un monument classé parmi les plus
remarquables dans son genre, non-seulement de l'Anjou, mais
de la France entière. Illustre dans son origine, il a été illustré
encore, embelli par la présence des plus glorieux et des plus

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