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Mémoire sur les douleurs de l'enfantement... suivi d'observations sur l'orifice de la matrice, et de quelques aperçus sur le flux menstruel, sa nature et sa cause ; par un amateur de l'art

67 pages
Ouvrier (Paris). 1797. In-8°.
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MÉMOIRE
SUR LES DOULEURS
DE L'ENFANTEMENT.
MÉMOIRE
SUR LES DOULEURS
DE L'ENFANTEMENT,
Sur la cause qui détermine cette précieuse fonc-
tion , suivi d'observations sur l'orifice de la
Matrice , et de quelques aperçus sur le Flux
menstruel, sa nature et sa cause.
Par un Amateur de l'Art.
A PARIS,
Chez OUVRIER, Libraire, rue André-des-Arts,
maison Château-Vieux , n°. 41.
1797
AVANT-PROPOS.
L'ART des Accouchemens a sans
doute fait de grands progrès dans le
dernier siècle, et sur-tout dans celui-ci.
Le privilège qu'il a de sauver, par un
seul coup de main, plusieurs individus
à-la-fois , comme le dit M. Levret, a
excité une émulation générale : les
Médecins * les Physiciens * les Chi-
rurgiens instruits s'en sont occupés ;
tous y ont contribué , plus ou moins ,
par leurs lumières et leurs connois-
sances.
C'est dans la partie la plus utile,
îà pratique , qu'ils se sont particuliè-
rement distingués ; elle est aujourd'hui
portée à un point de perfection qui
rie laisse rien à désirer , et nous de-
vons au génie de plusieurs d'entre eux
l'abolition de l'usage meurtrier des ci-
seaux , des bistouris , des perce-crâne
et des crochets.
3 3
îî) ïrfrANT-PROPOS.
Il n'en est pas de même de la théo-
rie de cet art sublime ; nos connois-
sances sont encore bien bornées sur
cette fonction si intéressante , nous
ignorons, en effet, la cause de l'action
qui la commence , et pourquoi cette
action augmente et devient enfin assez
puissante pour la terminer.
Nous devons à des Anatomistes cé-
lèbres une connoissance plus étendue
de la structure de la matrice ; ils nous
ont appris d'où lui venoit la force
prodigieuse dont elle est pourvue, que
nous apercevons et admirons tous, les
jours : grâces leur soient rendues.
Hélas ! nous n'en savons guères plus*
Les anciens , quoique moins ins-
truits , savoient aussi que ce viscère
jouissoit dune certaine force et qu'il
se contractoit. Jacques Grevin nous
a dit , il y a bien long-temps :
a La femme a un aman dédié à
Î? recevoir la semence et à retenir
Z4VANT-PROP0S. »
»J l'enfant : il est situé entre la vessie et
ÎS le droit boyau, et a, comme la vessie,
55 un fond et un col, lesquels se peu-
J> vent eslargir et retressir * comme
n estants faits de membranes lâches\
»? tissues de quelques fibres charnues,
55 au moyen desquelles l'amari se de-
55 mène en partie volontairement »».
Vanhelmont s'exprime à cet égard
d'une manière plus précise dans son
Fluxus ad gêner ationem. Utérus tandem
maturitatem foetus sentiens , sese corru-
gandç contrahit-, quod eniti prolem ve-
teres dixerurtt.
Remarquez que c'est d'après les
Anciens que Vanhelmont dit , « que
pj la matrice se contracte en se fron-
55 çant, pour procurer la naissance de
55 l'enfant 55.
Arrivé, par mon âge et mes infir-
mités , à l'impuissance de continuer
l'exercice de mon état , j'ai fait quel-
ques réflexions sur ce qui est exprimé
a3
Vj A VA N T-P RO P' 0 S.
dans cet avant-propos relativement à
la théorie ; elles m'ont été suggérées
par les ouvrages de quelques grands
maîtres \ je les adresse aux gens de
l'art dans ce Mémoire , qui renferme
quatre articles.
Je propose dans le premier, la cause
de l'intervalle qui existe entre les dou*
leurs de l'enfantement et les effets qui
en sont la suite. Dans le second, une
opinion nouvelle sur la cause qui le
termine, Quelques observations sur
l'orifice de la matrice seront le sujet
du troisième. Quelques aperçus sur
le flux menstruel , sur sa nature et
sur sa cause, formeront le quatrième»
Jgriosce, legens, et inopice et confidentiel*
(7)
PROPOSITION
Delà cause de Vintervalle qui existe entre
les douleurs de VEnfantement et des effets,
qui en sont la suite.
A o u s les auteurs qui ont écrit sur l'art de»
Accouchemens , n'ont fait qu'annoncer les
douleurs(i) inséparables decettefonction, en
exprimant les différences qu'elles présentent
suivant les différens temps du travail. La
femme qui a accouché une fois en auroit pu
dire autant.
J'ai beau les parcourir, je trouve dans tous,
qu'elles sont très-légères dans le principe ,
qu'elles se rapprochent et augmentent dans
le milieu , et que sur la fin du travail elles
sont très-violentes ; tout cela est vrai : mais
ils ne nous apprennent pas'pourquoi elles sont
si légères dans le commencement, et si vio-
lentes sur la fin.
J'examine le mécanisme théorique de-
l'Accouchement de M. Levret s je vois- cefc
auteur suivre la même marche : il partag»
le travail en trois temps, les douleurs sont
(i) J'avertis qu*à l'imitation de beau coup d'autres,.
je me servirai indifféremment des- mots douleur^
action et contraction, pour exprimer la même chose*
A 4
( 8 )
plus ou moins vives suivant ces différents
temps; mais il nous dit quelque chose de plus,
§ ... « Si les corps contenus dans la matrice,
33 n'opposoient aucune résistance à cet organe
» lors de ses contractions, la femme accou-
» cherdit sans douleurs ».
J'applaudis sincèrement à la sagacité que
Cet auteur célèbre a déployée dans ce méca-
nisme; mais je lui reproche de n'avoir pas
pas fait à la résistance de ces corps toute
l'attention qu'elle méritoit, il ei'it certaine-
ment aperçu qu'elle jouoit un assez grand
rôle pendant le travail, excepté cependant
dans les accouchemens précipités : nous en
donnerons la raison dans la suite.
Je ne suis pas plus heureux, en lisant l'ar-
ticle Accouchement clans le Dictionnaire en-
ejetopédique par ordre de matières ; je n'y
trouve, sur les douleurs, qu'une tirade copiée
mot à mot du mémoire dont je m'occuperai
bientôt.
Cependant les douleurs de l'enfantement
forment la partie la plus essentielle du mé-
canisme de cette grande opération ; elles
présentent un problème difficile, mais non
impossible à résoudre : nous ignorons, en effet,
et ij seroit au moins intéressant de savoir
pourquoi elles sont séparées les unes des au-
tres ; pourquoi elles se rapprochent et de-
viennent plus vives; pourquoi, enfin,elles sont
si accélert/es et si violentes lorsque l'accou-
chement/est, près de sa fin.
M. de BufFon s'est occupé un instant de ce
problème, On seroit bien étonné aujourd'hui
.(9)
d'entendre un physicien de cet ordre nous pro-
poser d'admettre que les douleurs sont pro-
duites par la séparation partielle et graduelle
des mammelons du placenta d'avec la ma-
trice , avec Ja prétention d'en extraire la cause
de l'alternative de souffrance et de repos que
les femmes éprouvent pendant leur travail.
Il étoit réservé à M. Antoine Petit de nous
éclairer un peu plus. Cet homme célèbre ,
savant médecin , -physicien éclairé, profes-
seur distingué dans l'art des Accouchemens,
en ayant exercé la pratique pendant le
cours d'une assez longue vie , a publié , en
1766 , un très- bon mémoire sur le méca-
nisme de l'Accouchement. Je n'ai pas la
même opinion sur la cause qu'il en assigne.
Ce mémoire , dont le but principal étoit
alors d'étayer son opinion sur la possibilité
et la validité des naissances tardives , con-
tient le principe par le moyeu duquel j'ose
entreprendre de.résoudre le problème dont
j'ai parlé , nous aurons toujours à regretter
qu'il ne s'en soit pas occupé.
. Après avoir réfuté, par les argumens les
plus concluans , toutes les hypothèses qui ont
précédé son opinion sur la cause de l'Accou-
chement; après avoir démontré, delà manière
la plus évidente, que la matrice est la puis-
sance principale qui le termine , M. Petit
s'exprime de la manière qui suit, p, 73.
« Lorsqu'au commencement du travail la
).i matrice essaye ses forces , et prélude, pour
3> ainsi dire, par des efforts légers et de courte
» durée , on voit bien que sa cavité se trou-
C IO-T
» vant exactement pleine, ce qu'elle contient
» doit résister également de tous les côtés,
s) excepté vers le vagin ; or cette résistance
3) arrête , en quelque sorte , le coup et le sus-
3> pend , ce qui fait que l'effort est de courte
» durée , la douleur que l'effort produit est
3) petite et passe vite ».
Voilà le principe , la conséquence , j'ose le
dire , saute aux yeux. Il est évident, en effet,
que si la résistance des corps contenus dans
la matrice arrête et suspend le coup , ou,
si on l'aime mieux, le premier effort , elle
est réellement la cause de l'intervalle plus
ou moins long qui se marquera entre ce
premier effort et le second, de même que de
tous ceux qui leur succéderont ; et il en ré-
sulte encore que tant que la résistance sera
entière , et pourra agir également de tous
les côtés , les efforts seront de courte durée,
et la douleur continuera d'être petite , de
passer vite, et ne produira aucun effet sen-
sible.
Mais il ne suffit pas d'avoir dévoilé la cause
de l'intervalle qui existe entre chaque dou-
leur, cette découverte auroit bien peu de va-
leur , si nous nous arrêtions-là. Il nous im-
porte de trouver les moyens de remplir nos
engagemens, de completter enfin la solution
du problème. Occupons-nous d'en faire la re-
cherche , M. Petit va nous aider à les aper-
cevoir dans ce qu'il nous dit, p. jô-jô.
«' La cause que nous assignons aux dou-
î3 leurs de l'enfantement étant suffisamment
jj éclaircie, il est aisé de voir que dansle corn-
»9 mencement du travail > les efforts n'étant
55 ni violens , ni long-temps soutenus , la di-
55latation.de l'orifice doit être bien petite,
>> bien peu sensible , et par conséquent les
js douleurs seront courtes et légères. Mais
)5 quelque petite et légère que soit la dilata-
55 tion dont on vient de parler , on sent bien
55 qu'elle ne pourra se faire, ainsi que la con-
55 traction qui y a donné lieu , sans une sorte
95 de froncement dans les fibres les plus voi-
sssines du passage qui s'ouvre; on ne peut
55 concevoir ce froncement , sans concevoir
55 aussi que, par son effet, la surface interne
55 de la oirconférence de l'ouverture se déta-
5 5 chera , se décollera de la partie correspon-
»5 dante du chorion à laquelle elle étoit adhé-
,?rente »,
Notre auteur confirme, dans le commence-
ment de ce paragraphe, la puissance de la ré-
sistance , la foiblesse des douleurs, leur courte
durée, en donnent les preuves les plus eon~
vaincantes; mais ayant à parcourir une route
encore assez longue, il a bien senti qu'il lui
falloit un moyen pour assurer et continuer
sa marche ; il trouve ce moyen dans l'effet
du froncement que la contraction procure
aux fibres les plus voisines du passage qui
s'ouvre, et c'est par ce résultat qu'il passe
assez rapidement au second temps , après
avoir expliqué à sa manière pourquoi les
femmes sont plus légères et plus agiles lors-
que le ventre tombe et s'abaisse.
En assurant sa marche par le résul-
tat du froncement qu'éprouvent les fibres
( 12 )
les plus voisines du passage qui s'ouvre,
M. Petit nous fait apercevoir que par ce
même résultat , la résistance a perdu son
intégrité , qu'elle ne peut plus agir égale-
ment de tous les côtés ; elle a donc dès-lors
perdu une partie de sa puissance , elle a donc
commencé de s'affoiblir ; le passage du pre-
mier au second temps est donc produit par
i'affoiblissement de la résistance qui devien-
dra de plus en plus sensible, à mesure que
par ce froncement continué son résultat fera
du progrès.
Ces efforts, nous dit notre auteur, sont
alors plus violens , sans nous apprendre
pourquoi," mais ils ne peuvent être devenus
5)lus violens que par une augmentation de
"orce dans la partie qui lesiait; il s'ensuit
donc encore que la matrice acquiert plus de
force par ce même résultat, et nous osons
établir que ces conséquences sont si étroite-
ment liées , si inséparables , qu'il est impos-
sible de concevoir l'augmentation de la foi-
blcsse de la résistance , sans concevoir en
même temps l'augmentation des forces de
cet organe ; ces assertions seront amplement
confirmées dans les paragraphes suivans.
Nous lisons dans la page 84, que « lorsque
si les fibres longitudinales et obliques se con-
y> tracteront, elles approcheront le fond de
» la matrice de son orifice , et réciproque-
» ment cette dernière partie de la première».
Si l'on considère que ces fibres se sont con-
tractées dans le premier temps du travail,
comme elles le font dans le second , sans
C 13 )
pouvoir produire l'effet dont il est question ,
parce que l'adhérence des membranes occu-
poit alors une trop grande étendue des pa-
rois de la matrice , il ne sera pas difficile de
concevoir que lorsqu'elle aura pu s'en se- 1
parer en partie , lorsque cette séparation
aura fait du progrès par les efforts plus vio-
lens du second temps , qui le deviennent en-
core plus par ces progrès , la contraction de
ces fibres pourra réellement rapprocher le
fond de la matrice de son orifice , et vice
versa. N'en résulte-t-il pas évidemment que
la résistance continue de s'affoiblir, que la
force de ce viscère augmente , au contraire ,
et une preuve affirmative de la solidité de
nos assertions.
M. Petit ajoute un second moyen qui con-
court à produire cet effet, p. 90.
« Quand la matrice contractée presse les
» corps qu'elle renferme , une partie des
3> eaux comprimées se fait jour au travers des
Î) pores de cette partie des membranes qui*
» répond à l'orifice ; ce qui s'en échappe di-
3) minue la masse totale des eaux, cette dimi-
a> nution est encore augmentée par ce qui
j) transsude des petits tuyaux qui s'ouvrent
» à la superficie extérieure de. cette portion
3) des membranes qui se trouve collée à la'
3> matrice dans le voisinage de son col, avant-
3) le commencement du travail, et qui s'en
3» décolle dès les premières douleurs, par l'effet
3) du froncement des fibres contractées com-
33 me nous l'avons dit ».
Ce paragraphe pourroit être regardé comme
( *4 )
une répétition du résultat produit par \ë
froncement des fibres contractées ; mais ce
qui le distingue particulièrement ^ ainsi que
ceux qui le précèdent, est la manière claire
et précise dont notre auteur nous trace les
progrès du travail ; il n'est pas douteux que
la transsudation des eaux y Contribue aussi*
Je n'ai rien vu ni lu d'aussi satisfaisant à
cet égard» Il est cependant vrai que* depuis
la publication de son mémoire , quelques
auteurs ont parlé de transsudation des eaux;
mais ils n'ont rien dit de l'effet qui en étoit
la suite , ni de celui qui résultoit du décolle-
ment des membranes. Il nous-paroît certain
que c'est par eux que la résistance continue
de s'afïoiblir , que la matrice au contraire se
renforce, et par eux aussi, que les fibres lon-
gitudinales et obliques peuvent , par leur
contraction, produire le rapprochement du
fond de la matrice de son orifice. Nous
croyons qu'if est de nécessité absolue pour
que l'accouchement se termine.
Notre auteur confirme cette dernière asser-*
tion par ce qui suit, p. 93.
ce Ce n'est pas à la seule diminution des-
3) eaux que les membranes doivent la puis-
3) sance qu'elles ont de s'avancer dans le va-
» gin ; il se passe aussi quelque chose du côté
» de la matrice, qui contribue à produire cet
» effet, à chaque contraction sa cavité se
33 resserre , et elle reste toujours plus petite
» qu'elle n'étoit auparavant».
Il est évident que la cavité de la matrice
ne reste plus petite, à chaque contraction ,
( iS)
que parce que , par son effet -, le fond dé la
matrice continue à se rapprocher de son ori-
fice ; mais ce n'est pas ce qui en prouve la
nécessité : les membranes sont si peu exten-
sibles, qu'il est impossible qu'elles eussent
pu s'avancer dans le vagin , qui ne peut avoir*
lieu sans l'abaissement du fonds de la matrice,
suite nécessaire de leur décollement et de la
transsudation des eaux. Il paroît donc que ces
trois moyens concourent également à leur
donner cette puissance. C'est une omission de
l'auteur, de ne l'avoir attribué qu'à la dimi-
nution delà cavité de la matrice et à la trans-
sudation des eaux. Cette omission est bien
prouvée par ce qu'il nous dit des membranes,
p. 91-93 : dans la première, elles sont lâches j
dans la seconde, elles se rident dans l'organe
dans le temps du repos ; mais dans cet état
elles sont censées être au moins en partie
décollées ; la portion qui le sera s'avancera
donc dans le vagin dans la contraction qui
succédera au repos; elles tiendront donc aussi
cette puissance de leur décollement.
M. Petit nous a conduit insensiblement à
la fin d'un travail ordinaire, par les effets que
nous croyons seuls capables de l'y faire par-
venir ; ils nous présentent une confirmation
complète de la foiblesse de la résistance ;
elle est en effet alors presque anéantie. Nous-
Voyons en même temps combien la matrice
a de force , la vigueur de ses contractions'
en est la preuve.
L'observation vient à notre aide , elle va"
confirmer la bonté de la doctrine , nos ré-
( x6 )
flexions et les conséquences que nous en
avons déduites.
Les grandes douleurs ne s'annoncent que
lorsque les membranes ont pu s'avancer dans
le vagin, ou, pour parler le langage le plus
ordinaire , lorsque les eaux ont pu se former ;
mais elles ne le peuvent que. par le moyen
des effets dont je viens de parler ; mais par
ces mêmes effets , la résistance ne peut non-
seulement plus agir également de tous les
côtés , mais il. paroît encore qu'elle ne peut'
agir que très-foiblement sur un seul ; il en
résulte donc qu'elle a perdu la plus grande
partie de sa puissance, qu'elle est alors très-
affoiblie. Et s'il est vrai que les douleurs ne
peuvent être si violentes , que parce qu'elles
sont déterminées par des contractions lon-
gues , véhémentes et vigoureuses , qui ne
sont telles que parce que l'action de la ma-
trice est devenue très-forte ; il est à croire-
que bientôt elle sera assez puissante pour
terminer l'accouchement, s'il n'est plus au-
cun obstacle qui s'y oppose. Il est donc cons-
tant que ce viscère a d'autant plus de force,
que la résistance a de faiblesse.
Il nous semble que M. Petit confirme tout
ce qui précède dans ce qu'il exprime , p. 106.
« A mesure que letravail s'avance et que
55 la matrice s'ouvre, le décollement-dés mem-
3> branes s'étend et gagne successivement en
55 montant toujours vers le fond de la matrice,
»5 jusqu'à ce qu'il soit arrivé proche du pla-
55 centa , alors les eaux sortent et l'accouche-
33 ment s'achève ».
Et
( I7 )
Et voilà véritablement pourquoi la résis-
tance s'affoiblit, pourquoi au contraire la
matrice se renforce, pourquoi le fond de cet
organe peut se rapprocher de son orifice ,
pourquoi la tumeur qu'elle y forme se crève
spontanément par l'effet d'une contraction ,
pourquoi enfin l'accouchement s'achève.
Il est cependant des auteurs qui ont attri-
bué la violence des douleurs à une résistance
plus grande du corps sur lequel les fibres de
la matrice agissent.
M. Baudelauque partage cette opinion. Il
s'explique , à cet égard , de la manière qui
suit, §....
« La violence des douleurs de l'enfante-
3> ment est toujours proportionnée à la force
3> des contractions qui les déterminent. Com-
35 me celles-ci sont très-foibles dans le com-
» mencement du travail, les douleurs sont
3> alors si légères, qu'il est passé en usage
3) de les désigner sous le nom demouches ;
3> si elles sont plus aiguës sur la fin , c'est que
3) l'action de la matrice est plus forte, que
» ses fibres sont plus tendues , qu'elles sont
3> plus sensibles, qu'elles agissent sur un corps
» qui leur résiste davantage ».
Ce paragraphe renferme plusieurs propo-
sitions qui me paroissent mériter une dis-
cussion particulière. Il est vrai que la vio-
lence desdouleurs est proportionnée à la force
des contractions; mais il l'est aussi que celles-
ci sont prpportitmnées à la résistance qu'elles
éprouyè^^on pqïirroit même dire que dans
le coinrnéncemç%\du travail -, elles sont
(i8)
maîtrisées par elle , et on en donneroit pour
{)reuve ces douleurs si légères désigne'es sous
e nom de mouches , qui ne sont telles, que
parce que les contractions qui les détermi-
nent sont arrêtées et suspendues presqu'aus-
sitôt. qu'elles s'annoncent.
Si elles sont plus aiguës sur la fin , c'est
que l'action de la matrice est plus forte ,
cela est encore vrai ; mais comment et pour-
quoi cette action devient-elle plus forte ?
c'est ce que cet auteur ne nous apprend
pas ; j'espère y avoir suppléé. C'est aussi
parce que les fibres de cet organe sont plus
tendues , qu'elles sont devenues plus sen-
sibles , et qu'elles agissent sur un corps qui
leur résiste davantage.
Personne n'a plus de vénération que moi
pour les talens et les lumières de M. Bau-
delauque ; mais voyant les fibres de la ma-
trice se raccourcir à chaque contraction , je
ne peux concevoir qu'elles puissent être plus
tendues , qu'elles deviennent plus sensibles,
puisqu'elles ne sont pas le siège de la douleur,
et que c'est ,au contraire , par leur contrac-
tion qu'elles la déterminent. Et à l'égard de
leur action sur un corps qui leur résiste
davantage , je$e prie d'observer que la ma-
trice jouit alors de toute sa force , que la
véhémence des douleurs est une suite de la
violence de ses contractions , et d'après lui,
qu'elles leur sont réellement proportion-
nées; qu'à la vérité , ce corps plus fortement
poussé sur la partie de la matrice la plus
sensible, son orifice,peut augmenter la souf-
C*9)
France , mais que sa résistance n'y a, et ne
peut y avoir aucune part.
La pratique des accouchemens nous pré-
sente encore des circonstances bien propres
à nous éclairer encore sur un objet aussi
intéressant pour.la partie théorique de cet
art sublime ; elles nous serviront à étayer, à
fortifier notre opinion.
Il n'est pas rare que le commencement,
du travail se prolonge pendant, dix , douze
et même quinze heures, dans des femmes
bien conformées , dont les enfans se présen-
tent dans une bonne position. Il l'est heu-
reusement encore moins, que d'autres accou-
chent dans l'espace de quelques heures
plus ou moins. La cause de ces différences
dépend certainement de la résistance plus
ou moins long-temps soutenue que les corps
contenus dans la matrice opposent à son
action. Dans le premier cas , l'adhérence
trop tenace des membranes aura résisté aux
efforts répétés de la matrice pendant tout
cet intervalle, la transsudation des eaux ne
pouvant être que très-médiocre par cette
raison , ce viscère continuera d'être plein, à
peu de chose près ; ce qu'il contient, pourra
agir également de tous les côtés , son action
languira , sera comme enchaînée , la dila-
tation de l'orifice ne fera aucun progrès.
. Dans le second, au contraire, la matrice se
sera bientôt séparée d'une portion des mem-
branes , la transsudation sera plus considé-
rable , on sent bien pourquoi , son action
deviendra par-là plus forte, le décollement
B z
. ( *> )
et la transsudation continueront de faire du
progrès , la force de Faction augmentera,
et bientôt elle sera assez puissante pour la
délivrer du fardeau qui la surcharge.
On me dira , sans doute , l'adhérence
des membranes ne s'étend pas jusqu'à la
fibre musculaire , elle ne peut donc ni gêner,
ni comme enchaîner son action.
J'accorde volontiers les prémisses, mais je
nie sans balancer la conséquence. Je suis en
effet tellement persuadé du contraire , que
je défie les objectans de me prouver que la
dilatation de l'orifice puisse faire un progrès
bien sensible pendant tout le temps que l'ad-
hérence des membranes résistera à Faction
de la matrice , que cette action devienne
assez forte pour assurer l'arrivée du second
temps , qu'elle puisse rapprocher le fond de
cet organe , que les eaux puissent se former;
cependant tous ces effets doivent précéder la
iin du travail.
Ils me diront peut-être que cette cause dé-
pend bien moins de la résistance des corps
contenus dans la matrice que de son action ,
et ils ajouteront qu'elle n'a plus le même de-
gré de force dans toutes les femmes. Je les
prie de me dire d'abord pourquoi cette action
est si différente dans les circonstances énon-
cées , pourquoi elle n'est et ne peut être la
même : ils voudront bien aussi observer que,
quoiqu'il soit vrai que la matrice n'a pas le
même degré de force dans toutes les fem-
mes, il l'est aussi qu'elle en a assez dans toutes
pour remplir l'objet auquel elle est destinée t
( 21 5
et que les femmes foibles accouchent aussi
facilement que les fortes. Et s'ils attribuent
un prolongement du commencement du tra-
vail aussi long à l'inertie de ce viscère , ils
voudront bien aussi m'apprendre quel est
le moyen qui fait cesser cette inertie , après
cet intervalle , quel est celui qui réveille
son action , qui la rend enfin assez puissante
pour terminer l'accouchement.
Les accouchemens précipités forment une
espèce à part; dans ceux-ci , la résistance
est absolument nulle • la matrice se décolle
entièrement de ses membranes par ses pre-
miers efforts , et si la séparation du placenta
s'y joint , le sac entier de la conception
pourra franchir le passage , comme l'ont dit
et observé quelques auteurs. Il n'y auroit ja-
mais d'accouchemens précipités , si cela
n'étoit pas ainsi. Cette circonstance n'est pas
sans danger pour les femmes ; car , outre
l'hémorragie mortelle qui peut en être, et
en est quelquefois la suite , elles sont encore
exposées à la déchirure de leurs parties ex-
térieures , et à celle de l'orifice et du col de
la matrice , qui, dans la suite des temps ,
peut donner lieu à des maladies incurables.
Nous trouvons ici une nouvelle preuve que
c'est au décollement plus ou moins prompt
des membranes qu'est dûle retard ou la briè-
veté de l'accouchement.
Il arrive quelquefois que les membranes
se rompent spontanément avant que la fem-
me ait éprouvé la moindre douleur. Le tra-
vail commence dès-lors, mais il ne devient
C « 5'
douloureux, que lorsque les eaux se sont en-
tièrement écoulées ou à-peu-près , la dou-
leur se fait alors sentir; elle est plus vive
que celle du commencement d'un travail
ordinaire , ce qui fait présumer qu'il est au
second temps. Cette circonstance est quel-
quefois fâcheuse ; mais si la femme est bien
conformée , si son enfant se présente dans
une bonne position , elle accouchera aussi
heureusement que si elle étoit dans le cas le
plus commun. C'est dans ce qui rc'Ste con-
tenu dans la matrice que réside la résistance,
qui s'affoiblira à mesure que l'orifice s'ou-
vrira , et deviendra enfin presque nulle lors-
que le travail sera près de sa fin.
Cette circonstance paroît d'abord infirmer
ce que j'ai dit sur la puissance de l'adhé-
rence des membranes; mais par leur rup-
ture elles perdent cette puissance , elles ne
peuvent opposer une résistance marquée aux
contractions de la matrice, que lorsqu'elles
contiennent leurs eaux. Pressées et compri-
mées par elles contre les parois de la ma-
trice , on diroit presque que leur adhérence
en est fortifiée ; qu'elle ne cède que peu-à-peu
à l'action. Quoi qu'il en soit, il est certain
qu'elles lui opposent une réaction plus ou
moins grande.
Je n'étendrai pas plus loin mes réflexions,
les maîtres de Fart jugeront si elles ont quel-
que valeur. J'ai fait quelques efforts pour
commencer le défrichement d'une terre con-
nue , mais jusqu'à présent inculte; je laisse
aux grands cultivateurs le soin de l'achever ;
je finis en me résumant.
La cause de l'intervalle qui existe entre
les douleurs de l'enfantement est due à la
résistance des corps contenus dans la matrice.
Cette résistance paroît être supérieure et
maîtriser l'action de ce viscère dans le com-
mencement du travail.
Elle perd sa force par le décollement d'une
portion des membranes, et par la transsu-
dation d'une partie des eaux , l'action en ac-
quiert au contraire.
L'action deviendra d'autant plus forte,
que le décollement et la transsudation feront
du progrès.
Et j'ajoute , en forme de propositions qui
paraîtront bien extraordinaires , peut - être
même extravagantes, que
Le fond de la matrice peut être considéré,
à quelques égards , comme le point d'appui
de la puissance qui doit déplacer le fardeau
de la génération.
Plutôt le point d'appui se rapprochera de
la puissance , plutôt aussi le fardeau sera
déplacé.
B|
( 24 )
OPINION NOUVELLE
Sur la cause qui détermine l'accouche-
ment.
JL»'AUTEUR de l'article Accouchement, dans
le Dictionnaire encylopédique , par ordre de
matières , prétend que sa cause réside dans la
matrice. Il n'est pas douteux que ce viscère
a la puissance de le terminer ; mais il ne
s'ensuit pas que l'agent qui produit le premier
effort, et qui, seul, peut être considéré comme
cause , réside dans la structure de cet or-
gane. Le moyen par lequel une machine
quelconque doit exécuter des mouveuiens ,
n'existe pas dans sa composition, et, qu'on
me passe la comparaison -, une montre ne
marcherait pas sans la clef qui la monte;
or , la clef n'existe pas dans la composition
de la montre , le promoteur de la première
contraction de la matrice n'existe pas plus
dans sa structure.
La multitude des auteurs qui se sont oc-
cupés de la recherche de cette cause , abusés
par des apparences trompeuses , par des sup-
positions sans fondement, ou par les presti-
ges de leur imagination , sont tombés dans
des erreurs à-peu-près semblables j ils ont
négligé de se servir du flambeau qui seul
pouvoit les éclairer dans les ténèbres qu'ils
avoient à parcourir.
( 25 )
Quoique le préjugé qui s'opposoit , en
quelque sorte , aux progrès de l'art , soit
depuis long-temps détruit , quoique nous
ayons tous les jours l'occasion de suivre la
marche du travail depuis son commencement
jusqu'à sa fin , nous ne ccnnoissous pas en-
core , j'ose le dire , la cause qui le détermine,
ej nous avons à nous reprocher la même né-
gligence.
Je ne me flatte pas d'être plus heureux
que tous les auteurs qui m'ont précédé dans
cette recherche ; mais croyant que l'opinion
que j'ai à proposer est plus près de la na-
ture ,*lui est plus conforme que toutes celles
qui jusqu'ici ont été émises ,* je me déter-
mine à la publier , après avoir discuté celle
de l'auteur célèbre qui m'a servi de guide
dans l'article précédent.
La matrice est véritablement la puissance
principale par laquelle l'accouchement se
termine. Elle est fortifiée et aidée dans cette
grande opération par l'actiondu diaphragme
et des muscles de l'abdomen. Ces aides ne
paraissent sensiblement agir que lorsque le
produit de la conception , poussé avec vio-
lence sur l'orifice de ce viscère , y occasionne
un tenesme qui oblige les femmes de s'é-
preindre et faire des efforts semblables à
ceux qu'un état de constipation leur rendroit
nécessaire pour faciliter la déjection de leurs
excrémens.
Cette puissance est suspendue , et comme
enchaînée , pendant la grossesse, par l'action
et l'augmentation successive des corps con-
(26)
tenus dans la matrice qui, obligée de s'é-
tendre et de se développer plus ou moins
suivant le degré de volume auquel ils par-
viennent , n'est plus alors que puissance ré-
sistante.
L'action des corps contenus dans ce vis-
cère , d'une part, et la résistance qu'il oppose
a cette action , de l'autre , établissent une es*
pèce d'équilibre qui se soutiendra jusqu'à ce
que le développement des fibres de cet or-
gane soit achevé ; dès qu'il l'est, cet équi-
libre est rompu , la matrice rentre dans ses
droits, et. les corps qu'elle contient .ne lui
opposeront plus qu'une résistance plus ou
moins long-temps soutenue.
Mais quoiqu'il soit vrai qu'elle se soit alors
réemparée de sa puissance active , il ne Fest
pas moins qu'ayant été engourdie et comme
assoupie pendant l'espace de neuf mois , elle
a besoin d'un moyen qui la réveille , qui
provoque son action ; ce moyen , quel qu'il
soit, doit être considéré comme la cause dé-
terminante de l'accouchement.
Les physiciens , les naturalistes , les mé-
decins , les accoucheurs ne sont pas d'accord
sur ce moyen : l'enfant , le besoin de res-
pirer , celui d'une nourriture plus ample ,
l'acrimonie des eaux , celle du méconium »
ont tour-à-tour été préconisés, comme de-
vant le fournir ; mais ils ne présentent que
des suppositions ou des hypothèses qui ne
sont pas soutenables.
M. Petit a prétendu que l'irritation, dont