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Mémoire sur les fièvres typhoïdes périodiquement développées par les émanations de l'étang de Lindre-Basse / par E.-A. Ancelon,...

De
75 pages
Grimblot et Vve Raybois (Nancy). 1847. 1 vol. (73 p.) ; in-8.
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MÉMOIRE
sun u;s
FIÈVRES TYPHOÏDES.
NANCY, IMPIUMEitlE IJE VEUT» I1AYII0IS ET (OJII'.
MÉMOIRE
SUR LES
FIÈVRES TYPHOÏDES
PEnioninur.5iF.NT DÉVELOPPÉES PAR LES ÉMANATIONS
DE L ÉTANG DE LINDRE-BASSE,
PAR E.-A. AÏNCELON,
Docteur en Médecine,
Membre correspondant de la Société de Médecine de Nancy,
de l:i Société royale de Médecine de Marseille, ele.
Pri'iiripiix obsta
NANCY,
GIUMBLOT ET VEUVE RAYBOIS, IMPRIMEURS-LIBRAIRES,
Place Stanislas, 7, et nie Sainl-Dizier, 12EJ.
1847.
MÉMOIRE
SDR LES
FIÈVRES TYPHOÏDES
I'EUIODinUE.MENT «EYEI.OI'I'ÉES PAR LES ÉMANATIONS
DE L'ÉTANG DE LINDRE-BASSE.
[Lu à l'Académie des Sciences, le 15 mars 1847 )
CHAPITRE 1.
HISTORIQUE ET SYNONYMIE.
§1-
Est-il besoin, pour tracer l'historique de la fièvre typhoïde,
d'exhumer des lambeaux arrachés aux ouvrages écrits,
depuis deux mille ans, sur les pyrexies de toutes espèces?
C'est, nous le savons , la méthode ordinaire des noso-
graphes ; ils empruntent, à chaque siècle, un mot, un
membre de phrase, bien obscur , bien controversé par les
commentateurs , dans le but d'établir, selon les besoins de
leurs théories humorales, solidistes, ou autres, la nature
tantôt inflammatoire, tantôt bilieuse, pituiteuse ou putride
d'un état pathologique donné. On peut ainsi faire étalage
d'une facile érudition ; mais qu'a donc à gagner la pratique
médicale à ce travail dangereux et stérile ? La machine hu-
maine n'est point, que nous sachions, douée de la souplesse
des mots d'une langue morte, comme le grec ou le latin, et
— 6 —
la raison commande de rechercher ailleurs les éléments
nécessaires à la solution du problème.
Ainsi, loin de nous la futile préocupation, tendant à
concilier les théories disparates, qui, sur les fièvres graves,
se sont succédées depuis Hippocrate jusqu'à nos jours. Bien
convaincu que les idées de chaque période de l'histoire
médicale reposent sur des bases tout autres que l'anatomie
pathologique, création des temps modernes, nous nous met-
trons peu en peine de savoir si, dans quelque coin bien
inintelligible des Prénotions coaques , par exemple, nous
pourrions découvrir une expression assez élastique, assez
complaisante pour faire dire à Hippocrate, en faveur de
telle ou telle théorie, ce que évidemment il n'a jamais dû
imaginer.
Peut-être arriverons-nous à de plus heureux résultats en
sondant davantage le mystère des plus larges constitutions
médicales ; elles seules justifieront, sans doute, les opinions
surannées, éteintes, des auteurs qu'il n'est utile ni de
torturer, ni de trier pour les approprier à notre sujet.
Cherchons, pour appuyer ces réflexions préliminaires, des
enseignements dans les ruines d'un système qui s'écroula
avec la constitution qui le fit éclore.
Quand parutle procédécuratif, dit méthode physiologique,
ce fut, de toutes parts, on s'en souvient, un épouvantable
lollè, tant les idées nouvelles froissaient les anciennes doc-
trines. Il semblait que des profanes venaient de porter la
main sur l'arche sainte, que la religion d'Hippocrale, remuée
jusque dans ses fondements, allait succomber sous les coups
des novateurs. Le scandale fut grand, car il y eut de hautes
et nombreuses abjurations : toute la jeunesse, espoir du
corps médical, séduite par la simplicité des théories, par la
rude éloquence du professeur du Val-de-Grâee, donna, tête
baissée, dans ce que l'on appela le physiologisme. Il y eut,
de part et d'autre, des attaques, des champions et d'impi-
toyables détracteurs. Cependant, il faut bien l'avouer, quoi-
que l'on n'ait pu ébranler Hippocrale sur son large piédestal,
la médecine antiphlogistique, issue, sans s'en douter
peut - être , de la constitution inflammatoire de l'époque,
eut pleinement raison, pendant vingt ans, et nous vivons
encore aujourd'hui des débris qui lui appartiennent et qui
ne nous semblent point destinés à mourir dans l'oubli. Mais
l'étoile de Broussais a pâli ; la doctrine du fougueux profes-
seur s'est amoindrie avec les besoins de la constitution qui
l'enfanta et le disciple qui, dans les temps de lutte, se montra
le plus acharné et jetta, pour en finir, cette apostrophe à
l'IIippocratisme vieilli : « La constitution bilieuse, qui fit la
fortune de Stoll, s'est évanouie pour faire place à la cotisti-
tulion inflammatoire » ; ce disciple , disons-nous , fut bien
inspiré et prédit, en prononçant ces prophétiques et remar-
quables paroles, la décadence obligée , prochaine de l'école
qu'il voulait défendre et pour laquelle il réclamait les palmes
de l'immortalité.
11 faut bien qu'il en soit ainsi, que des constitutions
variées se succèdent sans interruption ; car, en parcourant
l'histoire des doctrines médicales, nous voyons celles-ci
osciller, et souvent avec bonheur, entre des points extrêmes.
Cette variation serait à jamais inexplicable s'il nous fallait
admettre que nos observateurs d'élite se sont constamment
trompés ; et si l'on voulait y voir autre chose que la preuve
irréfragable de la fragilité de leurs systèmes , construits sur
des bases trop étroites, bons pour un temps {à felicilate
temporis alicujus, dit Bacon), pour une période, une révo-
— 8 —
tution constitutionnelle, et qu'ils ont eu le tort grand de vou-
loir rendre exclusifs, universels. On a toujours affecté de
tenir compte du changement des saisons, négligeant, avec
une inconcevable légèreté, des périodes plus larges, de
l'existence desquelles les périssables doctrines médicales
n'ont cessé de témoigner par le bruit de leurs chutes. Voilà
pourquoi, à des époques variées, nous voyons le sol médical
jonché de ruines plus ou moins remarquables; pourquoi il
est presque impossible de consolider les idées nouvelles, en
ce qui concerne notre sujet, par les idées d'un autre âge.
Nous n'avons plus aujourd'hui la constitution bilieuse
constatée par les observations de Stoll ; et la constitution
inflammatoire, le solidisme, — nous dirions volontiers le
matérialisme, — de Broussais, qui furent la conséquence de
nos cinquante dernières années d'irritation politique, ont fait
place à une constitution toute spéciale, fille de notre ère
nouvelle, ère corrompue, énervée, stupéfiante. Cet état
social est, sans contredit, un des modificateurs organiques
les plus puissants.
Ou nous avons dit vrai, ou les médecins se trompent
généralement dans le diagnostic des affections qu'ils ren-
contrent ; car, à les en croire, nous serions aujourd'hui
assaillis, de tout côté , par la dothinentérie ; et tout état
fébril , qui ne justifie point son existence par quelque
lésion organique bien palpable , doit être aussitôt réputé
typhoïde (1).
On n'est plus libre d'avancer que ce soit une maladie
(1) Nous ne voulons point parler ici île la panique qu'exploitent, h l'envi,
l'ignorance et le charlatanisme, en signalant au public toute émotion circula-
toire comme une fièvre de mauvais caractère.
— 9 —
nouvelle, sans avoir à soutenir une lutte inégale contre les
écrits de tous les temps;"mais on est en droit d'affirmer
qu'elle a été bien connue, seulement, depuis les travaux
de MM. Petit et Serres, Louis , Andral , Bretonneau , etc.,
etc.; que surtout depuis l'époque delà publication des écrits
de M. Bretonneau, jusqu'à ce jour, elle s'est largement pro-
pagée, si bien que présentement nous avons affaire, — que
l'on nous passe l'expression, — à une constitution typhoïde.
§«•
Le hasard nous a conduit à exercer la médecine pendant
16 ans, dans une partie de la Lorraine, périodiquement
ravagée par des fièvres de mauvais caractères. Faut-il dire
que ces fièvres, que nous avons étudiées avec soin, sont pré-
cisément celles auxquelles les auteurs ont assigné des noms
divers, suivant les théories dominantes, suivant les symptô-
mes les plus saillants offerts par les malades , suivant aussi
certaines modifications intestinales, révélées quelquefois par
l'anatomie pathologique ? Pour nous conformer à un usage
adopté, nous ferons mention des noms les plus connus et
nous citerons: Les fièvres a-dynamiques, alaxiques, ataxo-
adynamiques, mucoso-bilieuses, la gastro-entérite typhoïde ,
l'exanthème intestinal de M. Andral, la fièvre typhoïde
de M. Louis, la dolhinenlèric de M. Bretonneau, la lyphohè-
mie de M. Piorry, etc. Cette synonymie, dans notre pensée,
sera donc l'expression variée d'un même état morbide, d'un
groupe de symptômes, le plus souvent accompagné du déve-
loppement hyperhéinique, inflammatoire , exanthématique,
ulcéreux des glandes de Payer dans l'intestin grêle et le gros
intestin; de la fièvre typhoïde enfin, résumant, à elle seule,
— 10 —
toute l'action de la funeste influence constitutionnelle, sous
laquelle nous vivons.
Ajoutons que ce travail sera le résumé de nos observations
recueillies pendant les épidémies, plus ou moins circon-
scrites qui ont sévi en 1830, 1833, 1836, 1839,1842. Il
existe, entre elles, des différences peu marquées, pour les
symptômes ; à la quatrième seulement, une modification
s'est montrée, qui sera notée à l'article symplômatologie.
— Il —
CHAPITRE II.
ÉTI0L0G1E.
§ I.
Les causes de la fièvre typhoïde, comme celles de toutes
les autres maladies , sont prédisposantes et déterminantes ;
avec cette différence toutefois que les premières ont des
effets bien plus lents, mais plus surs, mais mieux déterminés
que dans toute autre circonstance pathogénique.
§«•
A. PRÉDISPOSANTES, elles modifient l'individu de manière à
le rendre susceptible de contracter infailliblement la fièvre
typhoïde.
Dans cette catégorie, il convient de ranger :
1° L'influence climatérique, la constitution médicale, sous
le poids de laquelle le siècle marche depuis vingt ans, et qui
est signalée par des phénomènes de toute espèce :
Mulalions météoriques. N'avons-nous pas été soumis aux
températures les plus opposées, aux soubresauts de l'atmo-
sphère les plus inattendus ? N'avons-nous pas eu à signaler
trop de sinistres causés par l'électricité, pour qu'on n'en
tienne pas compte? En quel temps vit-on jamais autant de
météores ignés sillonner l'air qui nous environne ?
Modifications du sol. Avons-nous jamais eu à déplorer
autant de malheurs occasionnés par les tremblements de
— 12 —
terre? La statistique des morts et des ruines dues aux innon-
dations est effrayante, et, pour comble de maux, il faut que
nous ayons encore à regretter les défrichements des forêts,
imprudemment accordés à tous postulants , depuis une
quinzaine d'années. Toutes ces masses de grands végétaux,
destinées à rendre à l'air respirable une quantité d'oxygène
au moins égale à celle de l'acide carbonique qu'elles lui
soutiraient, ne sont plus là pour le purifier ; le sol, tout neuf,
encore trop gras, d'où elles ont été enlevées, désormais livré
à l'agriculture, exhale sans cesse des miasmes dont aucune
production d'oxygène, aucune réduction de la part des végé-
taux ne vient contrebalancer les déplorables effets. Aussi
avons-nous vu la fièvre typhoïde, si peu connue autrefois ,
ordinairement endémique et confinée dans un petit nombre
de localités malsaines , s'accroitre et s'étendre dans tous les
sens avec une effrayante rapidité. Que l'on ne nous demande
donc plus pourquoi, depuis un certain nombre d'années, elle
se plaît à se jouer de toutes les prévisions de l'hygiène
publique.
Changement dans les moeurs. Les populations s'accroissent
et s'accumulent dans une proportion fort inquiétante ; avec
cet accroissement, les besoins se multiplient ; l'ambition , la
convoitise, l'amour effréné des richesses et du luxe dévorent
toutes les classes de la société ; et de là vient que tous les
moralistes signalent ce triste désordre social , inséparable
de la négation des principes éternels, sur lesquels reposent
la vie et la destinée des empires. Partout un encombrement
funeste prépare les voies à la constitution qui nous occupe :
c'est la première enfance entassée dans des salles d'asile
trop étroites, trop basses, trop peu aérées, où des maîtres
s'évertuent à solliciter un développement intellectuel, fu-
— 13 —
ueste par sa précocité ; c'est la seconde enfance, parquée
dans des réduits trop souvent infectes; c est l'âge adulte,
perdu dans d'autres établissements publics où la surveillance,
la plus sage et la plus active , reste impuissante contre ces
vicieuses habitudes , phénomènes initiaux de la corruption
qui surgit de toutes parts, pour atteindre la vie dans son
principe divin et dans sa source physique.
Certes la variole , repoussée par les bienfaits de la vaccine,
vient rarement mettre en jeu la sollicitude des familles. Y
avons-nous réellement gagné quelque chose ? Il est bien à
craindre qu'ici, comme en bien d'autres circonstances, la
prudence humaine n'ait été mise en défaut. Généreux parti-
sans de la découverte jennérienne , nous avons oublié l'ac-
tion des lois providentielles qui président à la conservation
générale et régissent le mouvement des populations ; nous
avons oublié qu'il faut, à ces inexorables lois, une compen-
sation à tout ce que les hommes entreprennent dans le but
île s'opposer à leurs mystérieux moyens de destruction.
N'est-ce pas alors que le développement de la fièvre typhoïde
doit progresser en raison inverse de celui de la petite vérole
et en raison directe de l'action de la vaccine ?
Autour des causes , déjà si puissantes, dont nous venons
de faire l'énumération, viennent s'en grouper d'autres qui
ne manquent pas d'une certaine importance, comme fu-
nestes modificateurs de l'économie animale. Ce sont : la
malpropreté de nos villages toujours boueux ; l'action des
rayons solaires sur la tête, sur l'épine dorsale et sur une
grande surface de la peau des ouvriers occupés aux travaux
des champs et qui n'ont, en été, pour se désaltérer, que des
sources saumàlres où ils vont se gorger d'une redoutable
quantité d'eau indigeste et putride ; une alimentation, la
— 14 —
plupart du temps, insuffisante ; la construction vicieuse îles
habitations trop basses, dont le plancher est toujours au-
dessous du niveau du sol, dont les ouvertures sont trop
petites et où sont entassées de nombreuses familles, sans
cesse en opposition avec les plus vulgaires lois de l'hygiène.
Aussi voit-on communément des familles entières alitées,
pendant la saison des fièvres, et le mal s'introduire, séjour-
ner de préférence dans les réduits les plus malpropres,
les plus misérables. En septembre 1842 , nous finies remar-
quer à M. le curé de Vahl, qui nous conduisait, que devant
toutes les maisons où nous avions vu deux , trois et quatre
malades, il y avait des mares larges et profondes, remplies de
vase et de végétaux en putréfaction.
Les veilles , les affections morales profondes, les excès
vénériens, enfin tout ce qui peut porter atteinte au sys-
tème nerveux en général, doit encore être considéré comme
cause au moins prédisposante delà dolhinenlérie. Pour être
exact, nous devons dire que les buveurs en ont été préservés
dans l'épidémie de Guéblange , en 1842.
2" Les foyers endémiques, points de départ de toutes nos
épidémies.
Celui qui fut le théâtre de nos observations est bien digne
d'occuper une place d'une certaine étendue, tant il l'em-
porte sur tous ceux dont nous avons connaissance.
En effet, nous voyons, de loin en loin , d'effroyables épi-
démies parcourir le globe et disparaître pour jamais , après
l'avoir dépeuplé : telle fut la peste noire du XV" siècle ; nous
en voyons d'autres, comme la variole, la scarlatine , la rou-
geole , se montrer à des époques plus ou moins rapprochées,
plus ou moins régulières; nous voyons beaucoup decontrées,
semblables aux Marais-Pontins, désolées par de constantes
— 1S —
endémies ; niais ce que probablement aucun médecin n'a
signalé jusqu'à ce jour, ce que l'on ne retrouve dans aucune
histoire d'épidémies, c'est le retour exact, à périodes fixes ,
d'états pathologiques graves, affectant presque toujours la
même marche, les mêmes symptômes , les mêmes carac-
tères.
Cette circonstance, toute particulière de périodicité, devait
avoir sa raison d'être dans une influence purement locale ;
aussi ne l'avons-nous point cherchée ailleurs que dans l'état
des lieux où nous exerçons.
Pour acquérir quelque certitude relativement aux causes
locales à assigner : 1° au développement de nos fièvres
typhoïdes; 2° à la régulière intermittence qu'elles affectent,
dans leur apparition , il importait de se livrer, dans le pays ,
à de sérieuses recherches sur la nature du sol et sur ce qui
se passa avant notre arrivée.
i. La partie de la Lorraine que nous habitons se trouve à
un niveau très-bas; les campagnes en sont humides, maréca-
geuses, couvertes de nombreux et vastes étangs et sillonnées
de ruisseaux limoneux , presque sans écoulement, à cause
du peu de pente qu'ils rencontrent. Toute la partie du sol
qui n'est point fangeux peut être considérée comme un
terrain très-gras, bien propre à vicier l'air, quand la chaleur
trop forte ou trop constante (comme en 1842) entr'ouvre la
terre et permet aux miasmes de l'intérieur de s'échapper à
la surface. Nous devons dire toutefois que nos épidémies
affectent de déH.ter toujours dans la même commune. Voici
ce que nou. sommes parvenu à recueillir sur ce point. La
commune de Guermange, considérée comme le principal
foyer de nos endémies typhoïdes, se trouvait autrefois en-
tourée de vastes étangs, et la dothinenlérie, qui y a nom
— 10 —
sotte maladie [\] y paraissait tous les ans, tantôt au sud-
ouest , tantôt au nord-est et y tuait beaucoup de monde.
Depuis 25 ans environ. il s'est fait un changement remar-
quable dans la direction prise par l'endémie,qui ne se montre
plus, à son invasion , que de l'ouest à l'est. C'est que, de-
puis 25 ans, un étang voisin , placé au nord-est du village,
a été supprimé ; que toute la partie sud-ouest est baignée ,
en quelque sorte, par les flots de l'immense étang deLindre-
Basse , dont le périmètre est d'environ 30 kilomètres, la
profondeur moyenne d'au moins 3 mètres, c' la contenance
de 20,000,000 de mètres cubes d'eau; et qu'enfin le vent
d'ouest, dominant dans le pays, rase la plus grande sur-
face de la nappe d'eau avant d'atteindre Gucrmange. A cette
cause évidente d'insalubrité , il faut encore ajouter la posi-
tion du village , dont le sol se trouve à un niveau très-bas.
H. Ainsi terrains gras , vastes étangs, lieux bas , humides,
marécageux , nous rencontrons bien, sur le même point,
toutes les conditions nécessaires à la production de miasmes
paludéens ; et, pour peu que la chaleur vienne en favoriser
le dégagement, nous voyons se manifester ce mouvement
destructeur qui s'exerce, en des temps déterminés et en
divers pays, sur la nature animée. Mais pourquoi nos lièvres
typhoïdes endémiques reviennent-elles chaque trois années '?
Pourquoi, durant l'année qui précède leur venue, avons-
nous des fièvres intermittentes, plus ou inoins pernicieuses,
et des affections charbonneuses, l'année qui la suit? Le
(1) Les gens de la campagne, frappés du délire qui s'empare des malades,
presque toujours, dès le début de la lièvre typhoïde et ne les quitte pas
toujours lorsqu'elle a complètement disparu , se servent de celte expression,
qui, dans leur langage, est synonyme de folie.
— 17 —
mode d'exploitation de letang de Lindre, dont nous avons
fait mention plus haut, rend suffisamment raison de cette
périodicité. Pendant deux ans , il est couvert d'eau et rempli
de poisson , puis il est vidé en automne et livré à l'agri-
culture pendant le cours de sa troisième année. C'est un
cercle que le propriétaire parcourt sans cesse.
Expliquons-nous ; ce fait est trop grave pour que nous
nous permettions de nous en tenir à ce simple énoncé.
Nous venons de dire que nous avons des fièvres intermit-
tentes. Leur apparition répond à la première année, durant
laquelle l'étang de Lindre est plein d'eau ; nos dothinenté-
ries coïncident avec la seconde année; et les affections char-
bonneuses se montrent pendant l'état de vacuité. Ainsi,
périodicité dans l'exploitation de l'étang , périodicité dans
le retour des affections auxquelles nous pouvons raisonna-
blement l'accuser de donner naissance. Ceci posé, on conce-
vra facilement pourquoi la seconde année est la plus dange-
reuse , si l'on veut bien faire attention que, pendant deux
ans, le sol des bords de l'étang a été délayé et transformé
en vase par l'eau ; qu'une grande quantité de végétaux et
d'animaux a fourni des débris, constamment poussés vers le
rivage, par les vents dominants et les vagues ; que ces débris,
finissant par céder à l'empire des lois physiques , se putré-
fient et se mêlent aux marais, toujours largement décou-
verts , pendant les chaleurs de l'été ; que , par conséquent,
leur accumulation, sur des rives sans cesse échauffées par
les rayons du soleil, fournit à l'atmosphère une quantité
effrayante de miasmes marécageux et putrides. En 1859,
l'étang livrait à l'évaporation près d'un myriamôtre carré
de surface vaseuse. L'influence marécageuse est donc moin-
dre la première année, parce que nécessairement l'atmo-
— 18 —
sphère trouve à se charger de miasmes qui n'ont pas eu le
temps de mûrir aux rayons du soleil. Elle est toute autre
pendant l'état de vacuité , à cause du dessèchement
qui commence à la fin de l'automne et se parachève en
hiver. Durant cette portion de période triennale, l'humidité
manquant, nous avons affaire à des affections charbon-
neuses. — De ce qui précède, on peut tirer cette conclusion,
qu'il y a une frappante analogie entre les fièvres intermit-
tentes , les fièvres typhoïdes et les maladies charbonneuses ;
qu'elles reconnaissent pour cause unique le miasme maré-
cageux , agissant sans interruption et produisant, suivant
son intensité, suivant les saisons, suivant l'état hygromé-
trique de l'air, les pyréxies typhoïdes, intermittentes ou le
charbon malin : plus loin , à propos de ces trois affections,
nous verrons surgir un remarquable rapprochement théra-
peutique. Cette circonstance particulière de la périodicité de
notre dothinentérie , alternant avec d'autres états patholo-
giques dus aux miasmes des marais, détruit désormais tout
soupçon qui tendrait à faire rejeter la cause locale que nous
lui assignons.
3° La contagion. La fièvre typhoïde est-elle contagieuse?
Si cette question vivement controversée, non-seulement à
propos de la typhohémie, mais toutes les fois qu'il s'agit
d'épidémies en général et de toutes maladies régnantes,
est encore en ce moment sans solution, n'est-ce pas à
cause du peu de compte que les observateurs tiennent de
l'influence atmosphérique, agissant sur plusieurs points à la
fois ? Ne se sont-ils peut-être pas trop hâtés de porter un
jugement sur des faits qu'il eût fallu creuser davantage? Il
est bien certain que , dans des circonstances encore inap-
préciées, des maladies rarement signalées comme conta-
— 19 —
gieuses , le deviennent à un haut degré et vice versa. Il n'y a
pas bien longtemps que des médecins recommandables
considéraient comme contagieux les miasmes émanant d'une
grande réunion d'hommes malades, de la malpropreté,
tandis qu'ils refusaient cette propriété redoutable aux efflu-
ves des marais. Nous ne laissons pas que d'accorder quel-
que importance à cette hypothèse , tout en admettant qu'il
n'est pas permis d'établir sur elle des règles générales et des
principes immuables, propres à être appliqués dans tous les
temps , dans tous les lieux. Pour nous, qui, dans une
période de 16 années, avons déjà pu observer cinq épidémies,
nous n'aurions aucun fait à apporter en faveur de l'opinion
contagioniste. La contagion ne nous semble pas plus exister,
pour les fièvres typhoïdes, que pourles pyréxiespériodiques.
Un point déterminé d'un village , une ligne de maisons, des
familles, des communes entières, placés sous le vent des
marais, sont successivement envahis , parce qu'ils sont sou-
mis à la même influence morbide ; mais il ne nous est pas
arrivé de voir la maladie importée, se développer, suivant
les lois de la contagion , dans une commune saine et éloi-
gnée du foyer endémique. Citons , entre beaucoup d'autres,
un fait concluant en faveur de la non contagion et qui appar-
tient à une de nos plus fâcheuses années. En 1836, une
jeune femme, bien portante, habitant une commune heu-
reusement située et fort éloignée des marais , vint à la ferme
de Stranhoff, écart de Guermange, pour y soigner sa mère
et sa soeur, affectées toutes deux de fièvre typhoïde. La
soeur guérit, la mère mourut subitement, pendant la con-
valescence, d'une perforation intestinale ; et la jeune femme,
atteinte du mal endémique, retourna dans son village où
elle finit par succomber. Le domestique qui l'avait accompa-
— 20 —
gnée, dans son pieux déplacement, tomba malade en même
temps qu'elle de la dothinentérie , puisée au même foyer ;
il guérit et la maladie n'atteignit aucun de ceux qui leur
avaient donné des soins ; on n'entendit parler d'aucun autre
cas dans le village. L'épidémie de 1853 envahit 12 com-
munes en s'étendant de proche en proche (1) comme si les
miasmes avaient été successivement poussés dans chacune
d'elles. Tous les malades s'alitèrent à peu près en même
temps , sans que l'on eût vu un sujet venu d'ailleurs , traî-
nant après lui l'infection. Ne sommes-nous pas en droit de
dire , jusqu'à présent du moins , que la fièvre typhoïde n'est
pas contagieuse dans nos contrées ?
4° L'immunité des vieillards et des sujets une première
fois atteints.
Nous ne pensons pas que l'on croie encore aujourd'hui au
respect de la dothinentérie pour les vieillards. Quatre faits ,
bien observés, nous ont prouvé , d'une manière incontesta-
ble , qu'ils ne jouissent pas du privilège d'être exempts de la
fièvre typhoïde. En voici un exemple. Au commencement
d'août 1839, Masson, charron, âgé de 69 ans , demeurant à
Gelucourt, à 1500 mètres environ au sud-ouest de l'étang
de Lindre, eut la diarrhée pendant 8 jours ; le 9e jour, fris-
sons violents pendant 3 heures , chaleur brûlante pendant
12 heures, sueurs chaudes, froides et visqueuses de 2 heures.
Rémission de 3 ou 4 heures, après laquelle nouveau redou-
ta) Nous n'avons eu à signaler, à Dieuzc même, que des cas très-rares
de fièvre typhoïde. Celle petile ville, si malheureusement située, devrait-elle
le privilège, dont elle jouit, aux immenses fabriques de produits chimiques ,
au moyen desquelles son alinosphère esl sans cesse salnrée de chlore, d'acide
clilorhydrique , d'acide sulfureux cl de gaz. iiitrcux "! — C'est noire opinion.
— 21 —
blement semblable au premier accès. Cet état rémittent,
de moins en moins prononcé,dura 10 jours. Dès la seconde
exacerbation , il y eut des tremblements généraux , des sou-
bresauts des tendons, carphologie , rêvasseries , chevrotte-
ment de la voix; dessèchement, aridité, état fuligineux
de la langue, des gencives et des dents ; ballonnement du
ventre, gargouillement, crépitation iléo-coecale. Le cinquième
redoublement amène des sudamina, des pétéchies, une sensi-
bilité extrême de la surface cutanée; irritabilité musculaire,
plaintes, cris continuels. Durant les accès et la rémission ,
il y eut constamment de fortes douleurs de la tête et des
lombes. De fréquentes épitaxis ; des selles involontaires ; le
pouls monta progressivement à 140 pulsations jusqu'au 18e
jour que le malade mourut. Nous avons eu le bonheur de
voir se rétablir les trois autres sujets, dont nous avons
parlé plus haut, quoiqu'ils fussent tous trois au moins
septuagénaires.
S'il était vrai que jamais la fièvre typhoïde ne dût atteindre
deux fois le même sujet, elle manquerait de pâture dans nos
campagnes où elle reparait si souvent ; nous ne serions point
appelés, tous les trois ans , à donner des soins aux mêmes
familles ; nous ne verrions pas succomber, à une seconde
attaque , des individus qui avaient triomphé d'une première,
quelques années auparavant. La consolante assertion des
médecins qui comparent la dothinentérie à la variole, n'est
malheureusement qu'une pure hypothèse.
Elle s'attaque, quoique avec partialité , à tous les âges, à
toutes les conditions ; mais on ne saurait dire si elle favorise
plutôt un sexe que l'autre. En 1842, dans la commune de
Guéblange, sur une population de 361) habitants, depuis
les premiers jours de juin jusqu'au 7 novembre, il y eut
75 malades, répartis ainsi qu'il suit :
— 22 —
Relativement aux sexes : 42 du sexe féminin.
33 du sexe masculin.
Total.... 75
Relativement à lage : 14 enfants de 4 à 10 ans.
33 jeunes gens de 10 à 20 ans .
15 adultes de 20 à 50ans.
9 — de 30 à 40 ans.
2 — de 40 à 45 ans.
3 — de 50 à 60 ans.
1 — de 70 ans.
Total.... 75.
La fièvre typhoïde , d'après cette statistique qui s'accorde
parfaitement avec celles dont nous avons tenu note dans
toutes les autres localités , serait une maladie de l'enfance et
de l'âge adulte; elle affecterait peut-être un nombre plus
considérable de femmes que d'hommes et les tuerait dans
les mêmes proportions. Comme nous, MM. Lombard et
Fauconnet de Genève sont arrivés à cette double conclu-
sion : « La fréquence de la fièvre typhoïde est en raison
inverse et la mortalité en raison directe de 1 âge » (nous ajou-
tons ici : l'enfance exceptée).
Nos endémies, si régulièrement périodiques, se montrent,
au plus tôt, vers le commencement de juin, au plus tard ,
dans la première quinzaine d'août ou, en d'autres termes,
quand la température commence à s'élever d'une manière
constante dans notre zone tempérée. On dirait qu'elles
obéissent, en quelque sorte , aux variations, aux soubre-
sauts de l'atmosphère. Il suffit d'un peu de pluie , d'un faible
abaissement du thermomètre pour en enrayer le développe-
— 23 —
ment. Ainsi, en 1859 , la fièvre a paru et s'est développée
dans les derniers jours de juillet ; un orage, suivi d'un refroi-
dissement atmosphérique peu considérable , l'a arrêtée dès
le 20 août, durant un septénaire ; puis elle a repris, avec
beaucoup moins d'intensité. Mais cette heureuse influence
des vicissitudes météoriques , sur la cause morbide, ne s'é-
tend jamais jusqu'aux sujets affectés. On se rappelle jusqu'où
et combien de temps s'est élevé le thermomètre en 1842.
Six mois de chaleur et de sécheresse continuelles ont amené
une large épidémie qui s'est prolongée indéfiniment jusqu'en
1843. Il est incontestable qu'une température aussi brûlante,
aussi continue , a dû exercer pour longtemps une influence
funeste sur l'économie animale. D'un autre côté, la terre
elle-même profondément gercée a dû fournir à notre atmo-
sphère , en même temps que nos marais , des exhalaisons
qui l'ont viciée pour longtemps.
Il est digne de remarque que toutes les autres affections
prennent le cachet de la maladie régnante ; que les fièvres
puerpérales se transforment ordinairement en typhoïdes et
que celles-ci n'abandonnent jamais le pays brusquement.
Une foule de cas se font souvent remarquer à sa suite, pen-
dant les mois d'automne et d'hiver. De là vient que des gens
étrangers au travail intellectuel, peu versés dans l'étude des
influences étiologiques, si négligées de nos jours, et ignorant
complètement tout ce qu'il faut de patience, d'habitude, de
persévérance, de ténacité pour arriver à quelques résultats
dans les sciences d'observation , se sont mis à nier purement
et simplement des faits qu'ils n'ont ni pu, ni su observer, et
qui nous ont coûté 16 ans de poursuites et de labeurs non
interrompus.
24
§ III.
B. LES CAUSES DÉTERMINANTES soulèvent, d'une manière
spéciale, les phénomènes initiaux de ce que nous considé-
rons comme un empoisonnement miasmatique et sollicitent
l'émotion circulatoire , après avoir passé par le système ner-
veux ganglionnaire. Ce n'est point, à nos yeux,une spécula-
tion vaine de poursuivre des causes spécifiques dans l'étiolo-
gie de la fièvre typhoïde. Elle est trop peu nuancée pour
devoir son origine aux causes banales et multiples qui lui
sont assignées par les nosographes ; quant aux modifications
qu'elle éprouve quelquefois, on doit les rapporter aux diffé-
rentes idiosyncrasies qu'elle rencontre.
Miasmes paludéens. Puisque la typhohémie est restée
longtemps inconnue , à cause de sa rareté, confinée qu'elle
était dans les lieux bas et humides, d'où se dégageaient,
sous l'influence du soleil, des miasmes dont personne ne
conteste l'existence, il fautbien qu'elle ait, avec ces miasmes,
quelques rapports de causalité. L'expérience, d'accord en
cela avec la théorie, nous apprend que les étrangers qui
viennent établir leur demeure autour des foyers signalés
par nous, ne manquent jamais de payer leur tribut à l'in-
fluence locale, dans un temps assez court. D'un autre côté ,
les migrations, en des contrées mieux famées, ramènent
plus promptement les convalescents à la santé.
Infection des grandes villes. Le même miasme, produisant
dans la capitale les mêmes désordres que les émanations de
nos foyers endémiques , a fait dire à M. Brctonneau que :
« Nulle part ailleurs la fièvre typhoïde n'est plus contagieuse
» qu'à Paris. » Sans doute aussi ce savant médecin, en jetant
— 2b —
sur la capitale un pareil interdit, songeait autant aux am-
phithéâtres, aux chantiers d ecarrissage qui l'infectent qu'aux
autres cloaques d'où surgissent des émanations paludéennes.
Seigle ergoté. Nous avons vu , dans des fermes isolées,
assises sur les bords de l'étang de Lindre, des familles en-
tières , atteintes de fièvres typhoïdes, à des époques et dans
des saisons où elles n'avaient point coutume de sévir. II nous
a bien fallu chercher ailleurs une cause à ces épidémies
domestiques, qui s'étaient développées avec une violence
extraordinaire. En examinant le pain dont avaient fait usage
les malheureux patients, nous y avons constaté la présence
du seigle ergoté. Cette substance vénéneuse ne renferme-
t-elle pas un principe capable de produire, par suite d'un
usage prolongé, tous les accidents typhiques ?
— 26 —
CHAPITRE III.
SYMPTOMATOLOGIE.
SI-
INCUBATION.
Entre l'application du principe morbifique et l'apparition
de la fièvre typhoïde , il s'écoule un temps plus ou moins
long auquel nous ne saurions donner d'autre nom que celui
de période d'incubation. Cette période, toujours bien mar-
quée chez l'adulte, souvent moins prononcée dans l'enfance,
dure au moins un septénaire et se prolonge quelquefois fort
longtemps. Nous en avons jusqu'ici remarqué deux formes,
l'une diarrhéïque, l'autre céphalique.
Lorsqu'on observe la première forme, tout semble se
passer dans la profondeur des viscères abdominaux. Il y a
anorexie , empâtement de la bouche, sans aucun change-
ment du côté de la langue et des gencives. Une diarrhée
séreuse s'empare des sujets, en même temps que le trem-
blement général dont nous croyons devoir faire un signe
pathognomonique. Sous l'influence de ce début intestinal,
rarement la tète est prise, plus rarement la circulation s'é-
meut ; dans tous les cas , la peau se décolore et la prostration
est portée fort loin. On rencontre très-fréquemment cette
forme dans l'enfance.
Dans l'autre forme, le premier effet de l'intoxication mias-
matique est de produire, chez certains sujets, pendant 10
ou 15 jours, des courbatures, une roideur particulière du
— 27 —
col, des alourdissements, des céphalalgies partielles ou géné-
rales , sans autre réaction circulatoire apparente que quelques
rares palpitations. Les douleurs céphaliques , notées suivant
leur ordre de fréquence, occupent, le plus communément,
la région susorbitaire, moins souvent la région occipitale,
plus rarement la région temporale. Quelle que faible que soit
la céphalalgie, elle s'accompagne toujours d'insomnie. Les
malades, dans cette forme non moins que dans la première,
ne sauraient fermer les yeux sans être tourmentés par des
images bizarres, incohérentes , terribles. Parfois, dans
cette période d'incubation , qui s'est montrée la plus com-
mune en 1859, les tremblements généraux apparaissaient,
dès les premiers jours , aussi bien que l'inappétence, l'em-
pâtement de la bouche, la décoloration de la peau , la cou-
leur paille des sclérotiques et de vives douleurs abdominales,
avec constipation opiniâtre.
Il arrive presque toujours que dans l'un et l'autre cas ,
les patients sont poursuivis par un fatigant ptyalisme et
par des saignements de nez qui reparaissent dans le cours
de la maladie.
Bien souvent tout cet appareil de symptômes diminue,
disparait même complètement, la veille de l'invasion de la
fièvre ; souvent encore, soit que l'élément pathogénique ait
perdu de sa puissance, soit qu'il ait rencontré une idiosyn-
crasie réfractaire, soit tous autres accidents encore inappré-
ciés, tout se borne à ces phénomènes initiaux et la fièvre ne
se déclare pas.
— 28 —
§ II.
INVASION.
La fièvre typhoïde , comme on le voit, ne prend jamais
ses victimes à l'irnproviste. Elle les avertit, pendant un temps
plus ou moins long, puis soudain elle frappe avec fureur.
Subitement, ou des lipothymies, ou des accidents semblables
à ceux que causent les indigestions, forcent les malades à
garder le lit. Ces derniers accidents affectent de se montrer
pendant la nuit.
A ce début nouveau, succèdent des frissons vagues, fu-
gaces; l'augmentation de la céphalalgie, quand elle existe
déjà, son apparition, quand elle n'existe pas encore; quelque-
fois enfin d'atroces douleurs lombaires. D'autrefois, comme
cela est fréquemment arrivé en 1839, ce sont de violents
frissons, suivis de vomissements muqueux ou bilieux, qui
ouvrent la scène.
Quel que soit le mode d'invasion, bientôt on a affaire à
une fièvre rémittente, dont les redoublements ne tardent
pas à se confondre, quand rien ne vient en enrayer les
fâcheux progrès. La chaleur, qui suit le frisson bien déter-
miné, s'accompagne très-souvent de douleurs épigastri-
ques, de vomissements bilieux, porracés ou muqueux;
souvent de coliques , rarement de crampes. La diarrhée de
l'incubation continue, ou la constipation devient opiniâtre et
le ventre se ballonne. Alors le faciès prend le caractère
typhique et,dans les cas les plus graves, la stupeur apparaît.
Dans la troisième période de l'exacerbation, les malades ,
pendant plusieurs heures , sont baignés d'une sueur chaude
— -29 —
et liquide, qui finissait, en 1859, par sepaissir, devenir
gluante et froide, comme celle de l'agonie. Puis enfin,pour
arriver à la rémission, les patients tombent dans un état
d'anéantissement tel, que l'on redouterait de leur imprimer
le plus léger mouvement dans la crainte de les voir suc-
comber. La rémittence est tout à fait semblable à la période
de chaleur, seulement l'agitation et les autres accidents sont
moindres.
Des observateurs inattentifs , qui ne tiendraient point
compte de la constitution régnante , croiraient fort souvent
avoir affaire à une fièvre périodique tierce , dont le frisson
est léger, l'intermittence mal dessinée; mais l'erreur ne
saurait durer plus de deux ou trois jours, car les accidents,
ne -cessant d'aller en augmentant, font bientôt reconnaître
la mauvaise nature du mal : l'état fâcheux de la rémittence
se prononce de plus en plus et donne bientôt au visage des
malades la teinte olivâtre et tous les autres signes qui carac-
térisent la dolhinentérie.
Dans les cas les plus réguliers , les exacerbations suivent
le type tierce et reviennent au milieu de la nuit ; mais, le
plus souvent, les malades ont deux et trois exacerbations par
jour.
Les sexes ne nous ont jamais paru modifier, en aucune
façon, l'état rémittent dont nous venons de faire mention. Il
n'en est pas de même pour les âges. Dans l'enfance, la lièvre
est continue d'emblée , l'agitation est toujours extrême, la
nuit surtout ; les accidents cérébraux sont communs et les
phénomènes cutanés fort rares. Chez les vieillards, les exa-
cerbations se dessinent mal, la stupeur vient promptement,
le coma remplace l'agitation, et les escarres gangreneuses se
montrent de bonne heure.
— 50 —
Si l'on examine le pouls dans la période algïde des exa-
cerbalions, il est comme rentré dans la profondeur des
muscles. La chaleur le développe, le tend, le roidit un peu,
pendant le premier septénaire ; plus tard il baisse sensible-
ment, il devient souple, dépressible ; il diminue de volume,
augmente de fréquence et perd de sa régularité. Large ,
ondulent quand la sueur commence ; plat, misérable,
quelquefois intermittent quand elle diminue et lorsqu'elle
devient froide et gluante (1859) ; vide, fréquent dans la
rémittence , sa vitesse augmente avec le danger et ne
diminue jamais si le sujet doit succomber.
Nous avons eu occasion de remarquer que la forme cépha-
lique colorait le visage en rouge lie de vin , aux approches
du terme fatal. En toute autre circonstance, quand les dou-
leurs de tète ont une violence extrême, la face prend la
teinte olivâtre notée plus haut.
Les lèvres sèches , fendillées, écailleuses , les gencives
couvertes de taches blanches, comme si on les avait peintes
avec du lait, la langue salie par un enduit couleur de crème
brûlée, dès les premiers instants de l'invasion, sont ainsi
que les dents, en peu de jours, envahies par la fuliginosité.
La langue, d'abord plate, large, rose à son limbe, bientôt
s'épaissit, comme si elle était enflée ; elle rougit, tremblotte,
se gerce et se couvre de croûtes fuligineuses, d'un a deux
millimètres d'épaisseur, d'aspect et de consistance cornés.
Cet état ne permet plus aux malades d'articuler les mots ; ils
ne font plus entendre que des sons en quelque sorte soufflés
et mal formés dans l'arrière-bouche.
Il arrive quelquefois, qu'au début, la soif est intense ; à la
(in du premier septénaire, elle cesse pendant la rémission,
où les malades éprouvent du dégoût pour les boissons fades,

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