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'MÉMOIRE
SUR
LES MINES FLOTTANTES
ET LES PETARDS FLOTTANS;
IMPRIMERIE DE FAIN, PLACE DE L'ODÉON
MÉMOIRE
SUR
LES MINES FLOTTANTES
ET LÉS PETARDS FLOTTANS,
ou
MACHINES INFERNALES MARITIMES
PAR MONTGERY,
OFFICIER DE MARINE.
K^S0- PARIS,
BACHELIER, LIBRAIRE POUR LA MARINE,
QUAI DES AUGUSTINS, No. 55.
1819.
i
MÉMOIRE
SUR
LES MINES FLOTTANTES
ET LES PETARDS FLOTTANS,
pu
MACHINES INFERNALES MARITIMES.
Ju'art de construire les mines flottantes a
été précédé, comme on peut le penser; par
celui de miner le terrain qui soutient les
murs des places assiégées. Il existe du reste
beaucoup d'analogie entre les progrès succes-
sifs de ces deux arts, et je crois convenable
de commencer ce mémoire par quelques dé-
tails historiques touchant les mines exécutées
à terre.
Celles-ci furent employées dans des sié-
ges, à des époques fort reculées. C'est au
moyen d'une mine que Fidènes fut prise
2
par les Romains (i), Chalcëdoine par Da-
rius, fils d'Hystaspe (2) Veïes par Ca-
mille (3), dans les années 664 52o et
3g3, avant l'ère chrétienne. Alexandre (4),
Sylla (5), César (6) et plusieurs autres grands
généraux de l'antiquité (7), employèrent aussi
(i) Djronis. Halj car., liber -3, ou Antiquités ro-
maines de Denis d'Halycarnasse, traduction de M.
tome i"r., page 3o6; Paris, 1723.
(2) Polien liv. 7,-chap. 11, art. 5, ou la traduc-
tion par M. tome 2 page 17; Paris ,1739.
(3) Diodore de Sicile, liv. 14, chap. g3. Plu-
tarque, vie de Camille, ou la traduction par M. Da-.
cier; tome 2 page 94 Paris 1 734.
(4) Quintus-Curtius, lib. 4, cap. 6, ou la traduc-
tion par M. Beauzée, pages g7, 227 et 23 1 Paris,
1810.
(5) uîppianus Alex, de Bello mithridalico cap. 5,
ou la traduction par C. de Seyssel, page 177; Pcf
ris, i544--
(6) J. C. Cœsaris Commentarii de bello gallico,
lib. 7, cap. 3, et lib. 8, cap. 4; idem, de bello ci-
vili, lib. 2 ou la traduction de M. de Wailly; t. itr.,
pages 295 et 4>7 tome 2, pages n3 et 5o3 Pa-
ris, 1806.
(7) Hérodote, liv. 6. Joseph Histoire de la
guerre des Juifs contre les Romains, chap. 4, liv. 2.
5
les mines dans le cours de leurs exploits.
Les premières mines étaient de simples
souterrains dirigés vers l'intérieur des places.
Les mineurs, lorsqu'ils se croyaient parvenu
sous un lieu convenable, remontaient vers
la superficie du sol, jusqu'à ce qu'ils eussent
pratiqué une ouverture qui pût donner pas-*
sage aux soldats dont ils étaient suivis. Les
mines pratiquées à Fidènes, à Chalcédoine,
à Veïes, furent de cette espèce. Alexandre,
Sylla et César en employèrent d'une autre na-
ture. Végèce, qui a parlé des deux espèces de
mines, décrit ainsi la seconde « L'autre
» méthode dit-il, est de pousser le soutes
rain jusqu'au mur seulement de miner
sous une des faces, en la soutenant par des
étançons. Lorsque l'excavation est suffi-
sante, on entoure le pied des étançons de
» sarment et autres matières combustibles,
» auxquels les mineurs en se retirant mettent
» le feu de sorte que bientôt après les
Thucydide, livre 2, art. 1 5. AEncas de Tole-
randâ obsidibne. Polien liv. 6, chap. 17.
Marais Vilruvius de Archileciurd, lib. 10, cap.
ultimo etc., etc.
4
n étançons brûlent, le mur croule et fait
5) brèche (1); »
L'idée de placer de la poudre dans la
chambre des mines parait avoir été essayée,
pour la première fois, en 1487* au siège de
la ville de Sarzana (2) fait par les Génois.
Cet essai fut infructueux on ignore le nom
de celui qui l'imagina. Mais un nommé Pierre
de Navarre, qui était parmi les assiégeans, et
qui fut témoin de cette tentative, la répéta
au siège dé Céphalonie,; que les Vénitiens et
les Espagnols firent contre les Turcs (3), et
ensuite, avec un succès complet en i5o3 à
Naples, au siège du château dé-
fendu par les Français contre les troupes de
Charles-Quint (4). Vanoccio Biringuccio (5)
(1) Flavius Fegelius, de Re militari, lib. 4, cap. 24
ou la traduction par M. le chevalier de Bongars
pàgè 4o4; Paris 1772.
J (2) Historià dhalia di F. Guicciardini rive-
vduta e correttic per F. Sànsovino tome 4, page 307
.Firenze, i636.
(3) Paulus Jovius, in vitâ Gonsalvi.
(4) Historia d'ïialia, etc., tome 4, page 308.
(5) Pjrolechnia etc., lib. 10 cap. 4; P"enetia,
'i54o; ou la traduction française, page 220 bis;
Rouen, 1627.
5
et Cardan (i), ont accordé l'invention des
mines modernes à Francesco Giorgio, natif
de la ville de Sienne mais ils ne donnent
aucune preuve de ce qu'ils avancent à cet égard,
et leurs écrits portent seulement à croire que
cet homme fut l'architecte ou le maçon dont
Pierre de Navarre se servit pour faire miner le
roc sur lequel était bâti le château dell'Ovo.
Dès qu'il exista des fabriques et des maga-
sins'de poudre, plusieurs durent sauter nous
voyons déjà un exemple de cette nature en
i36o, où l'hôtel de ville de Lubeclc fut
détruit par l'inadvertance des fabricans de
poudre (2). Pour prouver cette opinion, au
demeurant, il est inutile de citer des faits
anciens elle est démontrée par les accidens
qui arrivent encore journellement, malgré
mille précautions nouvelles. Il semble qu'il
(1 ) Les livres cffliérôme Cardan intitulés De lasub-
tilité et subtiles inventions, traduits du latin en fran-
çais par V. Leblanc, liv. 2 des élémens; page 3o bis;
Paris i 556.
(2) Historische abhandlungen der Gefellsch. der
Coppenhagen ant
von heinze. 1 band. seite 23 1 Grams abhandl. von
deot aller dererjindungenderschiesspulvere. page 68.
6
eût suffi de voir sauter une seule fois un édi-
fice contenant de la poudre, pour concevoir
le moyen de faire sauter le terrain et les mu-
railles sous lesquels on pratiquait des mines.
Mais il n'en fut pas ainsi car ce fut seule-
ment en i4#7> comme nous venons de le
dire que la poudre parait avoir été employée
à cet usage, quoiqu'elle ait été peut-être in-
ventée en Orient dans des temps fort recu-
lés (i), connue en Europe à des époques très-
(1) Philos traies, in vitilAppollinii, lib. 2, cap. 33
et lib. 3 cap. i3; Lipsice, anno 1709. Agathias
Myrinœus de rebus gestis Justiniani lib. 5
p. i5i; Gr. lai. Parisiis, i66o. Julius Africanus,
in xeo-ôa, cap. 44 ̃> P- 303 in veter. tnathemat. edit.
Parisiis a Thenot. Isaaci fossii Variarum obser~
valionum liber, page 87; Londini. Liber ignium
il Marco Grceco prœscriptus etc. Manuscrits de
la bibliothèque royale et de celle d'Oxford. Casiri
bibliotheca arab. Hisp. Escurialens. part. 2, in no-
liliit et methodo regid, Histoire des Indes, etc.
par Pierre Martee liv. 6. Mémoire de l'académie
des sciences de Paris sav. étrang, tome 4 » page 7<£-
Journal de physique, de chimie et d'histoire na-
turelle, extrait des Mines de l'Orient; Avril) 1812
etc., etc.
1
anciennes aussi (i), et mise en pratique chez
la plupart des peuples européens, près de
deux siècles avant le siégede Sarzana (2). Les
conceptions humaines se perfectionnent avec
lenteur, et la pratique des arts avec plus de
lenteur encore.
On sent que, dans l'enfance de la. marine
moderne, la poudre devait être plus exposée
(t) Claudianus, de Mallio Theodoro. » Roggierus
BJco, de Seeretis operibus artis et natures, cap. 6.
Idem, Opus majus p. 474 Londrès 17 33.
Selva de varias lecciones, etc., por Pedro Mexia
liG. i, cap. 8, etc., etc.
(2) Histoire d'Espagne par Mariana, traduction du
Père Charenton; tome 3, liv. 14 Page 4^8. An-
nales de la Corona de Aragon por Diego Ortiz de
Zurita; tomc2, liv. 7,chap.i5. Annales ecclesiasti-
cos y seculares de la Ciudad de Sevilla por cl mis-
mo, lib. 5, p. 199; Madrid, 1677. Histoire de la
milice française, par lePèreDaniel, tom. t, pag. 44 1 j
Paris 172I. Froissard; tome 1, pages 48, 66,
82, 88 et suivantes. A new naval Hisiovy, etc.
by John Entick; p. 101 London 1757. •– Erlan-
terung der in Kupfer géstochenen vorstellungen der
Reichstad, ya%e65;Ausgburg, l'j&S.–Aventiniannalci
Boiorum, lib. 8, cctp. 2.1,p. 763; Lipsiœ, 1710.
Albert [(ranz. 8,cap. etc.
8
bord, des navires que partout ailleurs. Aussi
vit-on sauter plusieurs vaisseaux renommés
par leur forcé et leur grandeur. Tel fut le
sort de la Cordelière, én i5o4 (0 du' Car-
fàqïiôh ërï iÔ45 (2), du Sans -Pareil
en i563 (3) etc. La perte de Za Cordelière
ehtràina même celle d'un autre superbe vais-
seau monte par un amiral anglais; car Hervé
Pôrst'M'ôfguer (4) qui montait la Corde.
(1) Mémoires relatifs à la marine, par A. Thé-
venàrd, vice-amiral tome 2 page 5i et suiv. Paris,
an 8. 1 Martin clu Bellay place l'affaire de la Cor-
delière au 10 août s5i3j .Me'm, tom. 1, page 65,
édition de 1753,
(2) Mém, de Martin du Bellai t. 6, p. 65 et suiv.
(3) Recueil clironologjique et historique de faits
mémorables étc., tome i.page 45o; Paris, 1777-
(4) La plupart des historiens ont appelé ce capi-
taine Primauguet d'autres ont écrit son nom un peu
différemment. Lcdiard même l'appelle Morgan. Mais le
vice-amiral Tloévenard prouve qu'il se nommait
Hervé Porst-Morguer. Ses autorités sont i°, d'avoir
consulté la chronique du diocèse de Saint-Pol-de-
Léon pays de l'amiral 20. 'des papiers de famille
3°. d'avoir connu particulièrement un officier de ma-
rine du même nom, qui mourut eu 1778, dernier re-
9'
Uèrê ayant vu se manifester à son bord un
incendie trop violent pour espérer de l'é-
teindre, se hâta d'aborder le vaisseau de son
adversaire qui s'enflamma et sauta ainsi que
le sien. Onze cents hommes de l'équipage
des deux bâtimens périrent, très-peu de Bre-
tons furent sauvés.
De pareils événemens indiquaient d'une
manière positive le moyen de détruire les
plus grands vaisseaux ainsi que les forts et
autres édifices exécutés sur la mer ou sur les
flenves. Néanmoins long-temps après que
la poudre fut en usage on se borna pour
détruire par le feu les vaisseaux et les fortifi-
cations maritimes, à employer des navires
et des barques remplis de fascines goudron-
nées, de copeaux enduits de suif ou de ré-
sine, d'étoupes huilées ou soufrées et d'autres
matières semblables. C'était un usage fort
ancien. Les Tyriens incendièrent de la sorte
des tours qu'Alexandre avait fait construire
à l'extrémité d'une digue (i). Cassius détrui-
sit aussi avec des brûlots trente-cinq navires,
(1) Quint. Curtius, lib. t\,càp. 3, tom. ou la
traduc. parTW. Bcanze'o, tora. i j).io3; Paris, i8ïo.
10
qui composaient une escadre commandée
par un lieutenant de César (i). Les Nor-
mands brûlèrent, par le même moyen, un
pont au siège de Paris (2) les Sarrasins
plusieurs des galères de saint Louis, lorsque
ce prince fesait le siège de Damiette (3), etc,
Il y avait déjà bien des années qu'on avait
connaissance de la poudre, lorsqu'on com-
mença à entremêler parmi les matières com-
bustibles, anciennement en usagè, des ballons
d'artifices des carcasses incendiaires, des
bombes, des grenades, et enfin quelques ba-
rils de poudre dispersés çà et là dans les entre-
ponts et dans la cale des brûlots (4).
(i) J. C. Cœsaris commentarii de bello civili,lib.d,
ou la traduction par M. de Wailly, tome 2, page 26g
Paris, 1806.
(2) Histoire de la milice française etc., par le Père
Daniel; tome i, page 65;Paris, 1721.
(3) Historia di Malta,di Giacomo Bosio ,etc ;parl. t
lib. 3.
(4) Devises or inventions, etc., by TVilliam Bourne,
page 5 et suivantes; London, 15^8. Arcano del
mare, di Ruberto Dudleo duca di Northumbria etc.
lib. 3, p. 5; Firenze, t646. Recueil historique et
chronologique de faits mémorables pour servir à l'his-
toire générale de la marine etc. tome 1, page 246,;
Il
Mais, de même qu'on avait employé la
simple action du feu avant d'employer la
poudre, pour faire écrouler le terrain supé-
rieur aux mines, de même on chercha à
détruire, par le seul effet des flammes, les
corps plongés sous l'eau.
Le P. Daniel rapporte, d'après Roger de
Hoveden rr Que dans l'année i2o3 un ingé-
nieur, nommé Gaubert, natif de Mante,
trouva le secret de conserver sous l'eau une
sorte de feu d'artifice enfermé dans des
» pots de terre sans nulle ouverture et
» comme il avait en même temps le talent
» de certains plongeurs, de passer une rivière
assez large, entre deux eaux, il se servit uti-
o lement de ce secret pour mettre le feu à de
grosses palissades qui empêchaient l'entrée
» de l'Ile d'Andelis que l'armée de Philippe-
» Auguste attaquait, et qu'il e'mporta d'assaut
après que la palissade fut brûlée (i). »
Paris, 1777, Historia di Malta, di Giac. Bosio,
part. 2 lib. 11. ̃ VArmata navale del capitan
Pantero Pantera etc., page 345 et suivantes; Roma
16l4, etc., etc.
(1) Histoire de la milice française, tome i, p. 576;
Paris, 172^
12
Ce fut seulement en 1 585 que l'on exécuta
les premières machines, auxquelles on puisse
donner le nom de mines flottantes. Voici ce
qui a été rapporté à cet égard par plusieurs
historiens vivant à cette époque et notam-
ment par Flaminius Strada (i) dont le té-
moignage à ce sujet a été fréquemment
cité
Alexandre de Farnèse duc de Parme,
qui assiégeait depuis long-tems la ville d'An-
vers, voulant empêcher les habitans de cette
place de recevoir des secours de la Zélande
fit -construire sur l'Escaut, avec des navires,
un pont ayant six cents toises de 'longueur.
Un ingénieur italien, nommé Frédéric Jam-
helli qui était au service des habitans d'An-
vers entreprit de rompre ce pont. Il fit
préparer treize petits brûlots, dont la des-
tination principale était de répandre beau-
coup de fumée, afin de cacher l'arrivée de
machines plus redoutables. C'étaient quatre
grands navires à fond plat, renfermant plu-
sieurs milliers de poudre, et chargés par-
dessus avec une grande quantité d'artifices.,
(t) De bello belgico, decad. 2, lib. 6.
t3
,de morceaux de marbre et de pierres d'un
volume énorme. L'explosion de ces machines
devait s'opérer dans les unes par des
mèches dont la durée avait été éprouvée
dans les autres par des espèces d'horloges
dont le ressort fesait battre une sorte de bri-
quet au bout d'un tems déterminé.
Les brûlots et les machines infernales
furent amenés devant le pont, un peu au-
delà de la portée du canon, et abandonnés
au courant. La plupart des brûlots échouè-
rent sur les rives de l'Escaut avant d'arriver
au pont; deux machines infernales eurent le
même sort, une troisième fit eau, et ne pro-
duisit qu'une grande fumée, sans détona-
tion..La quatrième aborda vers le milieu du
pont, sauta avec un fracas épouvantable,
détruisit plusieurs navires et fit périr huit
cents hommes, parmi ceux qui se trouvaient
dessus, ou aux environs.
Le prince de Farnèse fut assez grièvement
blessé pour perdre quelque tems connais-
sance mais aussitôt qu'il fut revenu à lui,
il s'empressa de faire réparer le pont avec
de nouveaux navires, amenés à la place de
ceux détruits. Il fit ménager de plus la faci-
14
lité de les écarter les uns des. autres, pour
laisser passer les machines que les assiégés
pourraient envoyer de- nouveau. Ceux-ci
en envoyèrent effectivement, mais sans suc-
cès, à cause de la sage mesure qu'avait prise
le prince de Farnèse.
Depuis cette époque, jusqu'à l'année i6a8,
il parait qu'on ne fit point usage de machines
infernales maritimes. Mais, dans le mois de
septembre de cette année 1628, les révoltés
Rochelais en préparèrent trois, acçompa-
gnées de trois brûlots à fumée, espérant de
rompre la fameuse digue qui avait été con-
struite devant l'entrée de leur port. Ces ma-
chines ne remplirent pas leur destination. Les
A nglais,qui étaient venus au secours desRoche-
lais avec une puissante flotte, ne furent pas
plus heureux dans une entreprise du même
genre, qu'ils firent contre les vaisseaux du
roi de France qui étaient à l'ancre, et for-
maient une ligne s'étendant depuis la digue
jusqu'à la rade de Ché-du-Bois.
« Dans la nuit du dernier jour de septem.
n bre ils placèrent en mer .une douzaine
de pétards flottans, qui consistaient en des
» machines de fer-blanc remplies de poudre.
i5
» Elles renfermaient un ressort qui se déban-
je dait en touchant quelque chose de solide,
» et mettait le feu à l'artifice. Un de ces
» pétards qui était destiné à brûler les vais-
seaux du roi, s'étant débandé en touchant
o un vaisseau, ne lui fit d'autre mal que de
j> lui jetter de l'eau; on prit les autres avant
qu'ils pussent faire leur effet (i). »
Le peu de succès qu'eurent au siège de la
Rochelle les pétards flottans ainsi que les
mines flottantes, jeta sans doute du discrédit
sur ces sortes de machines. Néanmoins une
invention plus ancienne qui avait été rajeu-
nie et perfectionnée dans les écrits de Wil-
liam Bourne (2), du P. Mersenne (3), et
une expérience faite à Londres par un Hol-
(t) Histoire générale de la marine, etc., par Bois-
mêlé, tome 2 page 402 Paris, 1746. Recueil de
faits historiques pour servir à l'histoire générale de
la marine, tome 2 page i 9; Paris, 1777.
(2) Devises or inventions, etc., page 13 et suiv.
London, 1578.
(3) Marinus Mersenrzus, phœnomena hydraulica
propos. 49 corol. 2. Tractatus de magnètis pro-
prietaiibus lib. 2. Harmonies lib. 4 moni-
tuna 5.

landais nommé Cornelius Drebbel; les
bateaux plongeurs ou sous-marins don-
nèrent l'idée à Casimir Siemienowic*
en 165o (i), et à Févêque Wilkins en 1680 (2),
de la construction de mines entièrement
cachées sous l'eau. Les projets de ces deux
auteurs n'ont, je crois, été mis à exécution
que de nos jours; mais des machines sem-
blables à celles de Jambelli furent employées
par les Anglais, soixante-cinq ans après les
tentatives exécutées à la Rochelle.
Ce fut en 1693 qu'ils imaginèrent d'en
faire l'usage le plus cruel qui puisse entrer
dans la pensée. Car, au lieu d'entreprendre de
détruire des vaisseaux ou des fortifications
avec leurs défenseurs, ce que les lois de la
guerre peuvent excuser, n'importe le moyen
qu'on emploie, ils avaient projeté d'anéan-
tir, dans un seul instant la ville de Saiut-
Malo et toute sa population.
(1) Ars magna arlilleriœ ,pars i, lib. 4, cap. 8;
Amstclodàmi i65o; ou la traduction française par
P. Noizet pages ag3 et 29.4 Amsterdam i65i.
{̃}.) Malhematical magick, etc., page 187 Lon-
doit, i6So.
17
2
Voici la description et l'histoire puisées
dans les écrits mêmes des Anglais de la ma-
chine dont ils firent usage machine nommée
infernale parles Anglais mêmes, et à laquelle
le reste de l'Europe a confirmé justement
cette dénomination.
« C'était une galiote d'environ trois cents
tonneaux; les contours de sa cale étaient
» revêtus d'une maçonnerie en brique, et
» dans le fond il y avait une grande quantité
» de barils de poudre recouverts avec des
» matières combustibles, poix, goudron,
» soufre, résine, étoupe paille et fagots.
Par -dessus ces matières était un pont ou
» plancher, percé de trous en plusieurs en-
droits afin que le feu mis d'en haut par-
« vint facilement en bas, et sur ce pont
» étaient placées trois cents quarante carcasses
0 ou espèces de ballons d'artifice dont l'inté-
n rieur contenait des grenades, des boulets
» des chaines de fer, de gros morceaux de
« métal, des bouts de mousquets chargés avec
» des balles de plomb. Les intervalles étaient
m remplis avec des matières combustibles et
n le tout enveloppé de toiles goudronnées.
On avait pratiqué dans la coque du navire,
r8.
six ouvertures par où de valent s'échapper
M les flammes dont la nature.était si. active,
x qu'elles étaient capables de consumer les
substances les plus dures, et qu'on ne pou-
» v ait les éteindre qu'avec de l'eau chaude
» propriété reconnue dans l'expérience qui
» en avait été faite (à ce que l'on assure.) Le
m dessein était d'amener la machine, au pied
M des murs de Saint-Malo., et l'on ne dp"
»tait pas que fesant tout son effet, la ville
m n'eût été soudain convertie en un tas de
» ruines. En conséquence, la machine fut
conduite au vent de la ville et se trouvait
»déjà très-près des murs lorsqu'une bouffée
».de vent l'en éloigna et l'entraîna vers une
n. roche où elle s'échoua près du lieu où l'on.
» avait l'intention de la faire sauter. L'ingé-
o nieur, s'apercevant qu'elle commençait à;,
o. se défoncer, s'empressa; d'y mettre le feu, et.
« de se retirer. Elle sauta immédiatement,
après. Les ballons incendiaires, qui devaient,
»̃ produire le plus d'effet,, avaient été mouil-
» lés avec l'eau de mer et. ne s'enflammèrent,
» point cependant l'explosion fut terrible
elle renversa une partie des murs de la,
,ville, quoiqu'elle se fut opér ée à, quel-.
19
» que distance elle ébranla toutes les mai-
sons et fit tomber les toits de plus de
n trois cents parmi celles qui se trouvaient le
» plus près. Le cabestan du navire qui pe-
» sait environ deux mille livres fut enlevé
» par-dessus les remparts et défonça un toit
» sur lequel il tomba (i). »
Les années suivantes, les Anglais renou-
velèrent des expéditions du même genre. Je
vais laisser parler l'historien dont le témoi-
gnage est le plus irrévocable, M. Burchett,
qui délivra lui-même tous les ordres et reçut
tous les rapports, étant alors secrétaire de
l'amirauté
Le i5 juillet 1694 la ville de Dieppe fut
» bombardée et avec un si grand succès,
qu'elle paraissait toute en flamme, et pen-
» dant la riuit on avait fait sauter une ma-
» chine faite en manière de vaisseau à la tète
» du môle, mais avec fort peu ou point de
» succès. Le capitaine uunbart qui com-
(t) Histoire navale d'Angleterre par Lediard;.
traduite de l'anglais en français tome 3, page 137;
Lyon 1751. Naval Chronicle) etc., tome 8,
n°. 47 page 3o6 etc.
ao
n mandait cette machine s'y comporta avec
beaucoup de bravoure, car, la fusée s'étant
» éteinte, ilretournaàbord et y mille feu. Il en
fut récompensé comme il le méritait, aussi-
bien que ceuxqu'ilavait pris avec lui( 1).
« Vers le milieu de septembre de la même
année, les Anglais bombardèrent Dunlcer-
que, et dirigèrent contre ses forts deux
» machines infernales qui, ayant étédétour-.
nées de leur route sautèr ent sans causer de
dommage (2). Le 5 juillet i6g5 ils bom-
» bardèrent Saint-Malo et lancèrent deux
» brûlots ou mines flottantes contre un fort
» qu'ils incommodèrent beaucoup (5). Enfin
les premiers jours d'août de la même an-
o née, ils effectuèrent une expédition de
» même nature contre Dunkerque; expédi-
» tion qui avait été projetée depuis plusieurs
(i) Mémoire de ce qui s'est passé de plus considérable
sur mer, durant la guerre avec la France, depuis
l'an 1688 jusqu'à la fin de 1697, par M. Burchett,
secrétaire de l'amirauté trad. de l'anglais; pages 219
et 220 Amsterdam, 1704.
(2) Idem, page 226.
(3) Idem, pag. 274 et suivantes.
21
» années, mais qui n'eut point desùccès ( 1).»
Il paraît que, vers 1688 c'est-à-dire plu-
sieurs années avant que les Anglais fissent
usage de ces grandes machines infernalés on
avait eu l'idée en France d'employer une de
ces machines contre les Algériens.
La pièce principale était une bombe
én'orme établie dans la cale d'un navire. Un
oflicier de marine qui avait vu cette bombe
au port de Toulon, en donna la description
suivante, qui fut insérée dans plusieurs ou-
vrages d'artillerie.
a La bombe qui est embarquée sur la flûte
» le Chameau est de la figure d'un oeuf;
elle est de sept à huit milliers de pou-
» dre on peut juger par là de sa grosseur:
n on l'a placée au fond du bâtiment dans
» cette situation outre plusieurs grosses pou-
très qui la maintiennent de tous côtés, elle
1) est encore appuyée par neuf gros canons de
» fer de dix-huit livres de balle, quatre de
(1) Mémoire de ce qui s'est passe de plus considé-
rable sur mer, durant la guerre avec la Trance, de-
puis l'an 1688 jusqu'à la fin de 1657; par M. Bur-
cliett, secrétaire de l'amirauté traduit de l'anglais
pages 377 et suivantes; Amsterdam 1704.
22
chaque côté et un sur le dereière, qui ne
» sont point chargés, ayant la bouche en bas;
») par-dessus on a mis encore dix pièces de
» moindre grosseur, avec plusieurs petites
» bombes et plusieurs éclats de canons; et
M l'on a fait une maçonnerie à chaux et s
« ciment qui environne le tout où il est en-
)) tré trente milliers de briques ce qui com-
» pose une espèce de rocher au milieu de ce
» vaisseau. Il est d'ailleurs armé de plusieurs
» pièces de canons, chargées à crever, de
j) bombes carcasses et pots à feu pour en
n défendre l'approche. Les officiers doivent
» se retirer après que l'ingénieur aura mis le
feu à l'amorce qui durera une heure. Cette
» flûte doit éclater avec la bombe, pour
» porter de toutes parts les éclats des bombes
et des carcasses, et causer par ce moyen
» l'embrasement de tout le port de la ville
» qui sera attaquée (i).
Les Français ne firent point usage de
(i) Mémoire d'artillerie par M. Surirey de Saint-
Ilemy, etc., tome 2, page il, 2; Pari.s, 1765. L'Ar-
tillerie raisonnée etc. par M. ï,eblond page 26^
Paris, 1776, etc.
33
éèttê machiné. Ils auraient eu cependant plu-
sieurs excuses s'ils s'en lussent servis; puisque
leur intention était seulement de détruire un
port qui renfermait dès navires de pirates et
de prévenir les entreprises d'un peuple viola-
teur dès droits les plus sacrés de l'humanité.
Dés maximes existant alors, autorisaient
d'ailleurs à faire usage de tous les moyens
imaginables pour nuire aux ennemis de la
foi et surtout aux musulmans. Les ravages
qu'ils exercèrent si long temps en Europe
peuvent sans douté mieux justifier cette
maxime aux yeux des hommes d'aujourd'hui,
qu'aucune espèce de différence entre dés opi-
nions religieuses.
.Le peu do succès que les Anglais obtinrent,
à l'aide des machines infernales aux époques
qui viéiïn'ent d'être citées, fut probablement
ta cause qui leur fit renfoncer pendant long-
ténis à ce genre d'attaque. Leurs principes
politiques habituels, et leur conduite subsé-
quente, ne donnent pas a penser que ce fût
par des motifs d'humanité. On peut même
observer que les seuls imitateurs qu'ils aient
trouvés jusqu'ici furent chez un peuple ti-
rant d'eux son origine. Ce fut au demeurant
24
dans des vues beaucoup plus légitimes, puis-
qu'elles ne tendaient pas a détruire les pai-
sibles habitans des cités, mais à miner sous
l'eau des vaisseaux de guerre qui sont eux-
mêmes des instrumens de destruction. Un
Anglo-Américain M. Bushnell, qui fut en-
suite imité par M. Fulton entreprit de faire
sauter les navires, au moyen d'un bateau
sous-marin muni d'un p;etard.
Comme la description des bateaux sous-
marins n'entre pas dans le plan de ce mé-
moire je renvoie aux ,ouvrages qui en ont
traité. Outre ceux déjà cités de William
Bourne, du P. Mersenne, de Casimir Sie-
mienowicz, de l'évêque Willtins, il est parlé
aussi de la navigation sous-marine dans l'Hy-
drographie du P. Fournier (r). De plus,
M. Bushnell donne une pleine description
de la construction et des entreprises d'un ba-
teau sous-marin, dans une lettre datée d'oc-
tobre 1787, adressée à M. Jefferson, alors
ministre plénipotentiaire des Etats Unis
près le roi de France. Cette lettre a été in-
sérée, en 1798, dans les Mémoires de la
(t) Page 777 édition de 1643.
25
société américaine et philosophique, séante
à Philadelphie (i); etdepuis, dans les Annales
des arts et manufactures (2) où l'on trouve
également le projet d'un bateau sous-marin,
dont un anonyme s'attribue l'invention (3).
Enfin, M. Castéra a publié une petite bro-
chure sur la navigation sous-marine (4). Je.ne
doute pas qu'on ne trouve d'autres renseigne-
mens à cet égard dans beaucoup d'ouvrages
qui ne seront pas venus à ma connaissance,
et particulièrement dans les OEuvres pos-
thumes de M. Fulton qui peut-être ne sont
pas encore publiées.
Je vais présenter une traduction abrégée
du récit de M. Bushnell, relatif à ses entre-
prises pour faire sauter des bàtimens anglais,
durant la guerre de l'indépendance. Il com-
mence de la sorte
(1) Transactions of the American philosophical
socieij", held at Philadelphia tome 4 pag- 303 et
suivantes.
(2) Idem, tome 5 pag. 74 et suiv.
(3) Idem pag. 8o et suiv.
(4) Essai sur la navigation sous-mariue etc. Pa-
ris ,1810,
-26
J'avais projeté-le bateau sous-marin, le
petard et toutes leurs dépendances dès
» Tannée 1771 mais -leur exécution ne fut
terminée que dans l'année 1776.
m J'avais besoin ensuite de quelqu'un pour
» mettre toutes ces machines en action. Je
finis par me procurer un homme qui me pa~
n rut plus habile que ceux que j'avais trouves
» avant lui. Il alla depuis New-Yorch jusqu'à
un vaisseau anglais de cinquante canons,
v mouillé auprès de l'île du Gouverneur. Il
plongea sous le navire et tâcha de fixér la
» vis du pétard contre sa carène; mais il reh-
contra, à ce qu'il suppose, une des barres
de métal appartenant aux gonds du gou-
» vernail. Le bateau ayant remonté sur
l'eau il le fit plonger de nouveau m'ais,
o ne sachant pas bien le diriger, il manqua
le navirè et chercha en vain à le retrouver.
Il se décida à ramer quelque tems entre
n deux eaux pour s'éloigner et ensuite il
s'éleva à la surface de la mer; mais il trouva
que le jour était trop près de paraître pour
» continuer son entreprise. Il prétend quela
«première fois qu'il s'approcha du vaisseau,
il aurait pu facilement fixer le pétard sous
*7
son arrière un peu au-dessus de la.flottaison.
» S'il l'eût fait, on ne saurait douter que
l'explosion de cent cinquante livres de
poudrc, contenues dans le petard, aurait été
fort dangereuse pour le vaisseau.
Le conducteur de mon bateau, en re-
in venant.à New-Yorcls passa auprès de l'île
i) du Gouverneur, et crut remarquer que l'en-
» nemi, qui y était établi, l'avait découvert.
o Afin d'éviter d'être joint, il se débarrassa
m du petard, s'imaginant qu'il l'empêchait
m d'avancer contre la houle qui était consi-
j) dérable, et environ une heure après que le
j) pétard eut été abandonné, le mécanisme
» intérieur qui était monté fit partir la
batterie ce qui donna lieu à une explosion
» très-violente.
m Deux autres tentatives semblables furent
exécutées dans la rivière d'Hudson, au-
u dessus de la ville; mais elles n'eurent aucun
«succès; et j'en fis d'un autre genre pendant
n l'année 1777.
Je fus dans un bateau baleinier auprès de
la frégate Cerberus qui était à l'ancre entre
» la rivière de Connecticut et New-London.
Je conduisis une machine le long de son
28
» bord par le moyen d'un cordage. Cette
» machine était pleine de poudre et renfermait
» une batterie de fusil dont la détente devait
» être lâchée par un autre appareil qui devait
» agir en touchant le côté de la frégate. Mais
» la machine rencontra un petit navire qui
» était mouillé derrière la frégate et dont
» celle-ci m'avait caché la vue. L'explosion
» se fit et le petit navire fut détruit, ainsi que
m trois hommes. Un autre homme fut lancé
» par-dessus le bord; il fut retrouvé en vie,
o mais blessé très-grièvement.
« Dans une autre circonstance je remplis
» de poudre plusieurs barils préparés de
» manière à s'enflammer sous l'eau par le
» contact du premier corps solide qu'ils ren-
» contreraient. Je les jetai dans la Dela-
ware, en avant de la flotte anglaise qui
n était ancrée auprès de Philadelphie au mois
» de décemhrc 1777. Je ne connaissais point
» la rivière et je fus obligé de me (icr à une
personne qui la connaissait très-imparfaite-
» ment dans ce parage ainsi que j'eus par la
» suite l'occasion de m'en convaincre. Nous
» nous approchâmes de la flotte autant que
» mon compagnon osa le faire mais il fut
29
» trompé sur la distance, ainsi que je le fus
» moi-même. Nous mîmes nos barils à l'eau,
n espérant que le flot les porterait sur la flotte
>•• ennemie, et si nous n'avions été alors qu'à
» une soixantaine de yards (trente mètres en-
» viron) comme nous le pensions, je suis
n persuadé qu'ils seraient arrivés dessus
presque instantanément. Mais je reconnus
ensuite qu'ils avaient été abandonnés au
o courant beaucoup trop tôt; ils furent re-
o tenus quelque tems par des glaces et,
» lorsqu'ils s'approchèrent de la flotte, le jour
commençait à paraître, ils étaient éloignés
M les uns des autres, et dans une situation
» tout-à-fait désavantageuse. Un d'eux ce-
o pendant fit sauter un canot et les personnes
qui étaient dedans, parce qu'elles eurent
» l'imprudence de le toucher trop librement..
o L'alarme se mit parmi les Anglais, et cette
entreprise reçut le nom de la bataille des
» barils (i). »
Dans l'année 1800 et suivantes, ainsi que
(i ) Transactions of the american philosophical so-
ciety, hcld at Philadelphie, etc., tome 4 page 3io et
suivantes.