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Mémoire sur trente-neuf nouvelles inscriptions puniques / expliquées et commentées par l'abbé Bargès,...

De
31 pages
B. Duprat (Paris). 1852. Inscriptions puniques. 28 p. ; in-4.
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MÉMOIRE
SUR
TRENTE-NEUF NOUVELLES
INSCRIPTIONS PUNIQUES.
IJ
Meulan. — Imprimerie de J. M. Nicolas
MÉMOIRE
SUR
TRENTE-NEUF NOUVELLES
INSCRIPTIONS
PUNIQUES
EXPLIQUÉES ET COMMENTEES
PAR
L'ABBÉ BARGÈS,
PROFESSEUR D'HÉBREU ET DE CHALDAÏQUE A LA SORBONNE,
CHANOINE HONORAIRE DE L'ÉGLISE DE PARIS,
MEtfBttt DE L'ACADÉMIE DE MARSEILLE, DU COMSEIL DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE, ETC.
PARIS,
LIBRAIRIE ORIENTALE DE BENJAMIN DUPRAT,
RUE DU CLOÎTRE SAINT-BENOÎT, 7.
M DCCC LII
1
NOUVELLES
INSCRIPTIONS PUNIQUES.
Tunis, ville bâtie avec les ruines et presque sur l'emplacement de l'antique Carthage,
recèle, en fait de monuments et de débris du passé, une mine que l'on exploite depuis
longtemps, mais qui est loin d'être épuisée. Elle abonde surtout en épigraphes puni-
ques, dont les particuliers font un objet de commerce et de spéculation. Un amateur
riche et intelligent pourrait, s'il le voulait bien, se former dans cette cité une collection
des plus belles et des plus précieuses du monde. M. l'abbé Bourgade, qui doit à un
long séjour dans cette ville la connaissance des richesses archéologiques qu'elle
possède, encouragé par ses amis, et désirant d'ailleurs faire quelque chose d'utile au
progrès de la science et à la religion (1), a eu l'heureuse pensée de faire copier ces
inscriptions, dont quelques-unes ont été découvertes en premier lieu à Tunis même,
mais dont la majeure partie y a été transportée de divers endroits de la régence. Elles
sont au nômbre de trente-neuf; car nous ne comptons pas les deux premières, que
nous avons nous-même publiées dans le courant de l'année 1849.
M. l'abbé Bourgade vient de les publier dans un recueil qui, nous n'en doutons pas,
sera accueilli avec reconnaissance par tous ceux qui s'occupent de paléographie. De
plus, afin qu'on ne les confondît point avec celles qui sont déjà connues des savants
sous le nom de Carthaginoises et de Numidiques, il les a appelées Tunisiennes.
Il a fait encore preuve d'intelligence en les partageant en trois catégories; en plaçant
d'abord les votives, ensuite les épitaphes, et en dernier lieu celles que leur lecture
et leur mauvais état rangent naturellement parmi les douteuses.
Il a accompagné son travail de quelques explications qui, sous plusieurs rapports,
nous paraissent laisser beaucoup à désirer. Notre intention, du moins pour le moment,
n'est pas de les réfuter, ni d'en faire la critique : il nous suffira ici de présenter d'autres
(1) M. l'abbé Bourgade destine le produit de sa publication au soutien des œuvres éminemment
chrétiennes et civilisatrices qu'il a fondées à Tunis.
— 2 —
interprétations, et quelquefois d'autres transcriptions. La comparaison que l'on pourra
établir entre le résultat de nos recherches et les tentatives plus ou moins heureuses de
notre devancier mettra le lecteur compétent à même de décider qui de nous a le plus
approché de la vraisemblance ou de la vérité.
Quel que soit ce jugement, nous avons la confiance d'avoir abordé l'explication des
épigraphes puniques avec les études préliminaires que ce genre de travail exige, c'est-
à-dire la connaissance de l'hébreu et du chaldaïque, que nous professons à la Sorbonne
depuis nombre d'années, et une certaine pratique des caractères et de la langue phéni-
cienne. Si nous nous sommes trompé dans quelques-unes de nos interprétations, nous
formons d'avance le vœu que nos erreurs servent du moins à ceux qui viendront après
nous; car, dans cette publication, nous n'avons en vue que le progrès de la science
et la découverte de la vérité.
Ces inscriptions peuvent se diviser en trois classes : les votives, les commémoratives
et les funéraires.
Les votives sont celles qui expriment l'acquittement d'un vœu ou promesse religieuse.
Elles sont au nombre de huit, et contiennent toutes le mot 115.
Nous appelons commémoratives celles qui ornaient primitivement un bas-relief ou un
monument sacré quelconque, et étaient destinées à consigner une faveur divine, ou à
perpétuer le souvenir d'un acte religieux inspiré par la reconnaissance, spontanément,
et non à la suite d'un vœu. La plupart de ces inscriptions se distinguent des précédentes
par l'absence du mot 115, et par la présence de celui de mzv. Le recueil publié par
M. l'abbé Bourgade en contient trois seulement.
Les funéraires" ou épitaphes, sont celles, comme l'indique le mot lui-même, qui
marquent le nom, l'âge, et quelquefois le pays d'une personne défunte. On en compte
une vingtaine dans le recueil. Elles portent ordinairement les mots pa et ïWB-
Les inscriptions votives, qui sont les huit premières du recueil, contiennent toutes la
formule connue 115 113; mais, dans quelques-unes, ces mots sont écrits d'une ma-
nière fautive, et renferment des aleph, des iod et des aïn faisant fonction de voyelles
brèves. C'est ainsi que, dans la quatrième, on trouve 18125 mis au lieu de 115, et, dans
la huitième, THS5 et 1913 à la place de 115. Ces fautes ne sont pas seulement le fait de
l'ignorance du graveur, mais elles accusent une époque de décadence, et peut-être de
domination étrangère.
Toutes ces inscriptions se terminent par cette phrase, que l'on rencontre également
dans plusieurs de celles qui ont été publiées par Gésénius (Scripturæ linguœque phœ-
niciœ monumenta) : MIS ïtàp Le reste du texte se compose d'un plus ou moins
grand nombre de noms propres dont le déchiffrement offre en général peu ou point de
difficulté.
Après ces explications préliminaires, nous passons immédiatement à la transcription
et à l'interprétation de chacune des nouvelles épigraphes puniques, en conservant l'ordre
-5--
dans lequel elles se trouvent placées dans la publication de M. l'abbé Bourgade, et en
renvoyant, pour le texte original, aux planches qu'il a lui-même fait graver.
PREMIÈRE INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali votum aræ vovit
CRES.
Exaudivit vocem supplicantem.
pSj au Seigneur. C'est le mot hébreu llltt (adon) écrit ici defective, et précédé de
la préposition i à.
à Baal, nom du principal dieu adoré par les Tyriens et dans leurs colonies.
~n5 signifie vœu, promesse religieuse et obligatoire, chose promise par un vœu, et
se trouve en rapport d'annexion avec le mot suivant.
ES peut se lire et se prononcer de trois manières différentes : asch, esch, osch.
Lu et prononcé asch, il a le même sens que l'hébreu ~, pronom relatif qui, quce,
quod.
Esch signifie ignis, et probablement quod crematur, ou sacrificium, comme 0 îvb.
Osch ou ~, mot chaldaïque dont on trouve le pluriel dans deux endroits d'Esdras
(IV, 12, et V, 46), répond à l'hébreu (oschiah), et veut direfimdamentum, basis,
columna, fulcimentum. C'est à ce dernier sens que nous nous arrêterons. Nous pensons
que les Carthaginois ont voulu désigner par ce nom ce que les Latins exprimaient par
le mot ara. En effet, les petits monuments sur lesquels sont gravées les inscriptions
puniques qui nous occupent, ressemblent aux aræ ou autels votifs des Romains, et pré-
sentent la forme d'une base ou d'un piédestal de colonne. La formule Domino Baali
votum aræ vovit, ou, ce qui revient au même, aram vovit, de ces inscriptions serait
analogue à la première partie de celle-ci, qui a été découverte, en 1845, à Lella-
Maghrnia (province d'Oran) :
DEO INVICTO APOL
LIJNI SACRVM
ARAM POSITAM
EX PROMISSIONI
ET VOTO LENIN I
PRISCIAN. PREP. NSV
RORV CONSECRAVIT
La tournure Tf3 ©S est parfaitement hébraïque; on en voit plusieurs exemples
dans la Bible. On lit (Gell. XXVIII, 20) : TT5 iri vovit autem Jacob votum.
Voyez aussi Jug. XI, 59, et Il. Samuel, XV, 8.
CRES, nom propre de la personne qui a fait graver l'inscription, est le sujet du verbe
— 4 —
qui précède. La présence d'un mot tracé en caractères latins au milieu d'une inscription
punique est, à notre connaissance, un fait unique, et mérite par conséquent l'attention
des paléographes. Il prouve, ce nous semble, que l'inscription ne remonte pas à une
époque antérieure à la domination romaine.
9120 il a entenduj écouté, exaucé.
Wû$bp vocem supplicantem. Dès le premier abord, nous avons été tenté de lire
bp vocem benedictionis ou supplicationis, en considérant l'aleph qui précède le
mot comme représentant l'article hébreu ïi; mais l'intervalle qui existe entre
cette lettre et la première du mot wnia sur la plupart des inscriptions où ces deux mots
se trouvent reproduits, nous a déterminé à adopter la leçon W13 abp.
sbp vocem est chaldaïque; il s'écrit en hébreu bip plenè et 3p defectivè.
sn-in, participe pohel ou pahel du verbe "pS benedicere, invocare, deprecari, sup-
plicare. Il est vrai que ce participe ne se rencontre point dans le texte biblique, quoique
nous y voyions le pahoul et l'infinitif kal de cette racine avec le sens que nous venons de
donner; mais ce n'est pas une raison pour affirmer qu'il n'était pas usité dans la langue
hébraïque, puisque nous ne possédons pas tous les monuments littéraires des peuples qui
la parlaient autrefois, et l'on serait encore moins fondé à dire cela de la langue punique
ou phénicienne, dont nous ne possédons que quelques débris.
Le sens que nous donnons à la formule M1!2 se trouve confirmé par les neu-
vième, onzième et douzième numidiques, et par la huitième tunisienne, où on lit d'une
manière certaine : ïfcblp Hîfc er-vi et exaudivit vocem; car la préposition ou particule
118 indique, d'une part, que le mot qui suit est un substantif, et, de l'autre, que ce
substantif est le complément du verbe 9120 qui précède. Ce qui achève de montrer, la
solidité de notre conjecture, c'est que, dans la cinquième tunisienne, le mot &?p est
remplacé par son synonyme ïibtt vox., sermoj verbwn.
La formule 9120 rappelle involontairement ces paroles du fsalmiste :
Entends la voix de mes supplications lorsque je
crie vers toi (Ps. XXVIII, 2);
et celles-ci :
Seigneur, écoute ma voix; que tes oreilles soient
attentives à mes supplications (Ps. CXXX, 2).
Avant de passer à l'explication des autres inscriptions votives, nous ferons observer
10 que les lettres e, ïi, M, y s'y substituent les unes aux autres; 20 que le 9 est quel-
quefois ajouté à un mot comme mater lectionisj ou tenant lieu d'une voyelle ; 5° que
cette même lettre est quelquefois supprimée; 40 que Yaleph quiescent est souvent omis
au milieu et au commencement des mots; 50 que le vaf quiescent est également omis
— 5 —
non-seulement au milieu des mots, mais aussi à la fin; 60 qu'il en est de même de l'iod
quiescent; 70 que Yaleph est quelquefois substitué au vaf ou à l'iod quiescent, soit au
milieu, soit à la fin des mots; 8° que les mots hébreux féminins qui se terminent par
un n remplacent souvent cette lettre par un D ; 90 enfin, que l'on rencontre souvent des
caractères oblitérés, tronqués, dégradés ou dénaturés soit par le temps, soit par l'impé-
ritie du graveur, soit par l'ignorance de ceux qui ont composé le texte épigraphique.
,-- C'est d'après ces principes, admis d'ailleurs et reconnus par Gésénius lui-même, que
nous interpréterons les inscriptions qui suivent.
DEUXIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali vo-
tum arae vovit Cunul-
aga, filia Bar.r,
filii Kenosæ n
Rectè exaudivit vocem
Nous regardons l'aleph, dans ~, comme faisant fonction de mater lectionis. C'est
le substantif de la première tunisienne.
SUS est la se pers. fém. du verbe ~, au lieu de Î1YI5. Ce genre est exigé par le
sujet de la proposition, qui est un nom de femme.
est mis évidemment pour fille.
Les derniers caractères de l'inscription sont en grande partie tronqués ou oblitérés.
Nous croyons qu'ils expriment la formule ordinaire %;bp yac, par laquelle se terminent
les autres inscriptions votives.
TROISIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali votum
arse vovit Dathbocchus,
filius Aserae.
Le mot bs est mis pour bya.
Ascherahest le nom de la Vénus orientale, appelée plus communément Aschtoret ou
Aschlartè.
— 6 —
QUATRIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali volum aræ vovit
Belaneg, filia Bonba.
R.a
CINQUIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali votum aræ vovit
Ebedmelcarthus, filius Baalis, filii Dona-
kedbanen. Benigne exaudivit sermonem
deprecantem.
La sixième lettre et les suivantes de la troisième ligne présentent une véritable diffi-
culté, à cause de leur forme insolite et de leur dégradation. Suivant nous, le groupe
m se compose de deux mots, savoir, de qui est la conjonction hébraïque 5 dans3
par, avec, et de ~, qui signifie grdcc, bonté,faveur.
Le dernier mot de cette même ligne, b»c, pour ~, pl. construit, signifie paroles.
La substitution de ce mot à 51p, que l'on rencontre dans les autres inscriptions, est digne
de remarque.
SIXIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali votum aræ vovit Abimelech,
filius Hazrubaalis, filii Manicbaalis, tempore
quo in carcere me detinuerunt.
Ille exaudivit vocem supplicantem.
Cette inscription donne lieu à plusieurs observations.
D'abord, le troisième mot de la première ligne lieid est mis évidemment pour 115
vœu, et le dernier doit se lire "p'JCÛîR Abimelech, le n ayant été substitué à l's.
En second lieu, nous croyons pouvoir donner à la quatrième lettre de la seconde ligne
la valeur du 7 zaïn, à cause de la ressemblance que présente ce signe épigraphique avec
les zaïn de l'inscription phénicienne découverte à Marseille. En lisant Hazru-
baal. mot répondant au nom propre hébreu JïOlT? Azriel (secours de Dieu), nous
y
avons Hasdrubal, qui a été porté par plusieurs personnages historiques. Si l'on prend le
caractère en question pour un C schin, on lira Hoscherbaal, qui veut dire ri-
chesses de Baal.
Troisièmement, nous avons transcrit le quatrième groupe de la seconde ligne par les
lettres ~, qui donnent Manicbaal (collier de Baal); mais l'on pourrait également
prendre le noun et le caf pour deux lettres tronquées et déformées, et considérant la
première comme un thaf et la seconde comme un noun, lire et prononcer b."nDrr-
Miithunbaal (don de Baal), répondant au grec Θεoδώρoς.
Les sept derniers caractères de la même ligne forment, suivant nous, deux groupes,
et doivent se lire rien et 1^5.
£ 1913 se compose de la prép. S dans, et du subst. ti, temps, époque. Nous lisons ti,::3
dans le temps.
Ï953. Dans ce groupe, le 9 a été substitué à l'a. ebn signifie, en hébreu, renfermer,
détenir, emprisonner, d'où dérive le subst. 8^5 prison., et l'expression rimn maison
de détention.
Le noun qui termine le mot est le pronom affixe de la lrc pers., au nombre singulier,
et doit se prononcer 15 ni.
est écrit defectivè pour TJIï&S. La disparition des adformantes soit du prétérit,
soit du futur, n'est pas rare, dans le texte biblique, devant les pronoms affixes ; il suffira
de citer quelques exemples : ils me sont arrivés (Jérém. XIII, 22); *mpv\ et ils
le perceront (Zachar. XIII, 3) ; iSSinCi ils me chercheront le matin (Prov. I, 28).
nen signifie donc : Dans le temps où ils m'ont tenu en prison. Cette tournure
est tout à fait hébraïque, et l'on en trouve de nombreux exemples dans la Bible : fyi!
ÎIISH rit; fcOiF dans le temps où Ion apportait l'arche (II. Paralip. XXIV, 11) ;
irijJ'ED à l'époque où ils (les torrents) sont brûlés par le soleil, ils disparaissent
(Job, VI, 17); ,;:::=" dTHpÛ rien lorsque je les visiterai, ils tomberont (Jérém. VI, 15).
Le dernier mot se lit sans difficulté HûTO, pour ~, la lettre y faisant ici fonction
de mater lectionis.
SEPTIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali vota vovit
Baaltsisauus, filius Baricbaalis, filii
Ramathisani. Caligando caligabam. Exaudivit
vocem supplicantem.
Nous sommes tenté de former deux groupes avec les neuvième, dixième, onzième,
douzième et treizième lettres, et de lire ~, au lieu de ÛSTTS, en supposant que la
-8-
main du graveur a tracé fautivement un mem à la place d'un schinmais en admettant
la leçon ÛS115 telle quelle, nous avons un sens également plausible. L'aleph qui entre
dans la composition de ce mot est une lettre-voyelle ou mater lectionis, et doit se pro-
noncer i : or, (nedarim) est le pluriel de TT5 votum.
Les deux mots tins WD sont mis pour fifO firD, la lettre heth ayant été substituée
au hé. Nous lisons tîinD. Nous considérons niro comme l'infinitif, et comme
la lre pers. du prêt. de la racine ï"iï"D caligare. L'expression calïgando caligabam est
tout à fait dans le génie de la langue hébraïque, et marque que la personne dont il est
question dans l'épigraphe avait presque perdu la vue lorsqu'elle adressa son vœu et ses
prières au dieu Baal Hammon.
HUITIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Domino Baali votum arae
vovit Hanna, filia Muthun-
baalis, filii Baalytheni. Caligabam.
Exaudivit (ille) vocem supplicantem.
Dans cette inscription, le aïn a été substitué à l'aleph, au hé et au heth, Yaleph au
heth et au hé; de plus, l'aleph et le aïn fonctionnent quelquefois comme matres lec-
tionis au milieu et à la fin des mots. Nous lisons donc le premier mot de la première
ligne itttb domino, le troisième de la même ligne '1Qn Hammoni, et le quatrième 113
votum.
A la deuxième ligne, S113 est mis pour ïiTft vovit, 5e pers. fém. du prêt.; "",e est
un nom propre de femme, sujet du verbe qui précède : c'est, à n'en pas douter, le même
que l'hébreu Mn Hannah.
Ce mot est suivi de deux caractères, dont l'un a disparu; celui qui reste nous pa-
raissant tronqué ou déformé dans sa partie supérieure, nous croyons y reconnaître un
ihav, lettre qu'exige d'ailleurs le contexte, et nous lisons fO flUa.
Après le mot de la troisième ligne, viennent plusieurs caractères tronqués
dont nous proposons la restitution suivante. Le premier est incontestablement un caph.
La ligne courbe et regardant à droite qui suit, et les deux autres tracées plus ou moins -
obliquement qui l'accompagnent, semblent indiquer la présence de la lettre heth.
Enfin, nous avons un thav décapité dans le signe qui termine cette ligne. Si à ces lettres
l'on ajoute l'aleph par lequel débute la suivante, on aura ï&Pins mis pour mWtD ou
TPÏt3, mot qui nous est déjà connu.
rsnîiS est la 5e pers. fém. du prêt. Si on lit Titra, l'on aura la lre pers. de ce même
— 9 —
2
temps. Ainsi l'on traduira caligabat, caligabam ou caligavi, suivant que l'on adoptera
l'une ou l'autre de ces deux leçons.
A la quatrième ligne, il faut lire ''Q'IZ' au lieu de ~, et nsis à la place de *n-ien.
NEUVIÈME INSCRIPTION TUNISIENNE.
Cette inscription est une de celles dont la lecture offre les plus grandes difficultés,
soit pour le déchiffrement des lettres, dont plusieurs sont déformées et méconnaissables,
soit pour le sens des mots, dont quelques-uns sont écrits en dépit de l'orthographe,
comme la plupart de ceux que nous venons d'expliquer. Voici comment nous croyons
pouvoir la traduire :
Les deux premiers mots se lisent assez facilement bilib pS? au seigneur Baal.
Les neuvième, dixième et onzième signes, occupant ici la place où se trouve dans les
autres inscriptions le nom d'Hammon, nous semblent, le neuvième un aïn très-mat
arrondi, le dixième un mem privé de sa ligne transversale et oblique, et le onzième un
noun sans crochet. Nous lisons donc yû? mis pour "j 12n Hammon.
Les deux traits séparés qui suivent sont probablement les deux pieds d'un schin.
Après cela vient un aleph dont la forme est irréprochable.
La figure ronde qui accompagne l'aleph, occupant le haut de l'alinéa, nous semble
être, non le ain, qui est tracé ordinairement au milieu, mais la boucle ou partie supé-
rieure du beth. Joignant cette lettre au heth qui vient après, et à l'aleph de la deuxième
ligne, nous avons *tizev mis pour ïifd© lausj prœconium.
C'est l'hébreu Oïftl caput, princeps, dux.
VtjH doit se lire VTîn exercilus, le premier heth ayant été substitué au hé.
bp2D, lisez b2D, car le aï" fait ici comme ailleurs fonction de mater lectionis. En
hébreu, ^25 signifie eripere, liberare, servare; il est synonyme de "moii s liberare, ser-
varej adjuvare, victoriam dare (alicui).
se compose de Fptà et du pron. pl. de la Ve pers. 15, écrit ici defeetwè. Le mot
STpù* se trouve seulement dans Ézéchiel (XII, 14; XVII, 21 ; XXXVIII, 6, 9, 22, et
XXXIX, 4), et il est toujours employé au pluriel ; il répond au chaldéen ~, pl. "pBàifc,
et signifie aloe, copiéetagmina, exercilus. Nous lisons donc ce groupe ~, au pluriel
construit, puisqu'il est accompagné d'un pronom affixe.
La quatrième lettre, quoique décapitée, paraît être un caph: c'est la valeur que nous
lui donnerons.