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Mémorial du passage et du séjour de S. A. R. Madame la Dauphine dans la ville de Caen, les 8, 9 et 10 septembre 1827 , [par F.-J. Joyau]

De
129 pages
impr. de T. Chalopin (Caen). 1827. France -- 1824-1830 (Charles X). 98-XXXII p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
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Imprimé aux frais de la ville, pour être distribue' aux
principales autorités , et vendu au bénéfice des pauvres.
PRIX ; 1 franc.
MÉMORIAL
DU PASSAGE
ET DU SÉJOUR
MADAME LA DAUPHINE
DANS LA VILLE DE CAEN,
LES 8, 9 ET 10 SEPTEMBRE 182.7.
CAEN,
DE L'IMPRIMERIE DE T. CHALOPIN,
IMPRIMEUR DE LA VILLE, DE L'ACADÉMIE, DE LA SOCIÉTÉ LINNEENNE
ET DE CELLE DES ANTIQUAIRES DE NORMANDIE
1827.
MÉMORIAL
DU PASSAGE
DE S. A. B.
MADAME LA DAUPHINE.
EXTRAIT des registres des délibérations
du Conseil Municipal de la ville de Caen ;
séance du 8 septembre 1827.
LE samedi huitième jour du mois de septembre
de l'an de grâce. 1827 , troisième du règne de
S. M. Charles X, roi de France et de Navarre ,
le corps municipal de la bonne ville de Caen s'est
réuni à l'hôtel de ville pour la réception de S.
À. R. MADAME LA DAUPHINE, MARIE-THÉRÈSE-
CHARLOTTE , fille de France.
A cette réunion assistaient-, savoir :
Administration municipale.
MM.
Le comte D'OSSEVILLE ( Louis ) , chevalier
des ordres de la légion d'honneur et de Malte,
(6) .
MAIRE , membre du conseil général du départe-
ment du Calvados;
DE LALONDE (Jacques-Richard-François) ,
chevalier de la légion d'honneur, Ier. adjoint ;
Du Bissox ( Frédéric ) , 2e, adjoint ;
LE BOUCHER D'ÉMIÉVILLE. ( Frédéric ) , che-
valier de la légion d'honneur , 5e. adjoint ;
LE BAILLY ( Claude-Guillaume ), secrétaire
en chef de la Mairie.
Conseil municipal..
MM.
SIGNARD D'OUFFIERES ( Pierre-Gabriël-Sàmuel-
Louis ) , membre du conseil général du dépar-
tement ;
D'ESPERROTS (Pierre-Jean-Baptiste),.chevalier
de St.-Louis , ancien capitaine de frégate ;
D'AIGREMONT DE ST.-.MANVIEUX ( Jean-Bap-
tiste-Auguste ) , chevalier de la légion d'honneur ,
président à la Cour royale, membre de la chambre
des députés , ancien maire de la ville de Caen ;
DE MAGNEVILLE ( Henri-David-Désiré) , pro-
priétaire ;
BELLAMY l'aîné ( Michel-François ) , négociant ;
(7)
LANGLOIS ( Abel-Joseph-Archambault ) , che-
valier de la légion d'honneur , payeur général
du département ;
LE MORE ( Marie-Charles-Louis ) , receveur
principal des douanes;
DE BAUDRE ( Louis-André) , président de
l'Académie des sciences, arts et belles-lettres;
BARBEY ( Jean-Baptiste ) , ancien lieutenant-
criminel au présidial de Caen ;
JOYAU ( François-Justin ) , avocat à la Cour
royale et professeur à la faculté de droit ;
MACAIRE ( Louis-Léonard ) , ancien notaire ;
LE ROY ( Alexandre ) , imprimeur du Roi ,
chef de bataillon de la garde, nationale ;
THOMINE - DESMASURES ( PlERRE - JEAN-Fran-
çois ) , avocat à la Cour royale et professeur en
droit ;
DUPONT-LONGRAIS ( Auguste-Alexandre) , che-
valier de la légion d'honneur , président à la Cour
royale ;
LE HARIVEL DE GONNEVILLE ( Charles-Louis-
Rolland ) , propriétaire ;
MÉRITTE-LONGCHAMP. ( Charles -Louis - Au--
GUSTE ) , chevalier de St.-Louis et de la légion
d'honneur , chef de bataillon en retraite , ancien
colonel de la garde nationale de Caen ;
DUVAL-VAUTIER ( Jean-Gentien ) , négociant ;
(8)
THIERRY ( Pierre-Boniface ) , professeur à la
faculté des sciences , membre du conseil général
du département, ancien capitaine de la garde
nationale ;
L'HERMITE ( Victor ) , vite-président du tri-
bunal civil de Caen ;
GOUJON ( Evremond-François ) , propriétaire ,,
ancien garde-du-corps, lieutenant de cavalerie ;
DAN-DE-LA-VAUTERIE(Pierre-Auguste), doc-
teur en médecine ;
JOLIVET , vte; DE COLOMBY ( Samuel-Anne ) ,
chevalier de St.-Louis , propriétaire ;
LE FRANÇOIS ( Urbain ) , négociant ;
Le marquis DE VENOIX ( Marie-Charles-Pierre-
Jean ) , chevalier de la légion d'honneur , colonel
de la garde nationale ;
HUBERT ( Joseph-Benjamin ) , conseiller à la
Cour royale;
BRIÈRE ( Emmanuel ) , négociant ;
S'étaient réunis au corps municipal les mem-
bres des administrations gratuites et de charité ,
que préside M. le Maire , savoir :
Commission administrative des hospices civils.
MM,
DE LALONDE , DE MAGNEVILLE , D'OUFFIÈRES ,
LE FRANÇOIS , ci-dessus dénommés comme ad-
( 9 ) .
joint et conseillers municipaux , et M. DES ISLES-,
( Gustave ), chevalier de. la. légion d'honneur.
Bureau secondaire de Bienfaisance.
MM.
De LALONDE, JOYAU, et d'ESPERROTS, ci-dessus-
dénommés comme adjoint et conseillers munici-
paux , et MM. LEPETIT DE MONTFLEURY ( Paul),
chevalier de St. -Louis , ancien adjoint ; TAIL-
LEBOS-DUPRÉ (Charles ) , curé de la paroisse de-
Saint-Michel de Vaucelles.
En cette circonstance , avaient été invitées à
accompagner le corps municipal les personnes
chargées de la direction des affaires ou des éta-
blissements principaux de la.ville et de ses admi-
nistrations de charité , savoir :
MM.
De SUROSNE , receveur municipal;
BOURLIER DE SAINT-MARTIN, chevalier de St.-
Louis,, contrôleur en chef de l'Octroi ;
HÉBERT, bibliothécaire de la ville, secrétaire
de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres ;
ELOUIS , peintre, conservateur du musée
des tableaux, et professeur à l'école gratuite de
dessin.
(10)
N. conservateur en chef du musée
d'histoire naturelle (1);
GUY , architecte de la ville , et professeur à
l'école gratuite d'architecture et de dessin appliqué
aux arts ;
TROUVÉ et DOMINEL , docteurs en médecine ,
médecin et chirurgien en chef des hospices
civils , professeurs à l'école secondaire de méde-
cine ;
DUCHEVAL , agent de surveillance des mêmes
hôpitaux , ancien conseiller de préfecture;
DURAND, receveur des mêmes hôpitaux,officier
de la garde nationale;
De MAUGENEST , receveur du bureau de bien-
faisance , chevalier de la légion d'honneur, officier
de la garde nationale.
L'assemblée étant réunie sur les deux heures
après midi, le Conseil municipal, formé en as-
semblée particulière sous la présidence de M. le
Maire , arrête sur la demande de plusieurs de ses
membres, que le récit du passage et du séjour
de S. A. R. dans la ville de Caen sera porté sur
(1) Cet emploi est vacant, M. de MagnevilIe , conseiller mu-
nicipal , fondateur et directeur honoraire perpétuel du musée d'his-
toire naturelle , ayant bien voulu , pour cette année encore ,
donner lui-même tous ses soins à cet établissement.
(11 )
le registre de ses délibérations , en insistant spé-
cialement sur tout ce qui a rapport aux fêtes et
aux cérémonies de là ville et de ses établisse--
ments, afin de mieux conserver :pour les temps,
à venir la mémoire d'instants si heureux pour. les.
habitants de cette ville.
Le Conseil municipal invite M. JOYAU , un de
ses membres , à se charger de la rédaction de ce
mémorial, lequel a. été ouvert, à l'instant, ainsi,
qu'il suit..
MEMORIAL
§ 1er.
PREPARATIFS.
DÈS qu'on eut appris que Madame la Dauphine
devait honorer la, ville de Caen de sa présence ,
M. le maire s'empressa d'en faire part au Conseil
municipal qui , dans sa séance du 11 août der-
nier , arrêta de concert avec lui les bases prin-
cipales des préparatifs à faire et des fêtes à don-
ner (i).
Tant à cause de la multiplicité des soins à don-:
ner que parce que , par suite d'une chute , il était
grièvement blessé au genou , M. le maire avait,
délégué à diverses commissions , qui seront indi-
quées, en leur ordre ,la surveillance des prépara-
tifs d'une partie des fêtes, et le soin d'en-faire les,
honneurs.
Sur la route de Falaise , à. cent pas, environ en
(1) Voyez cette délibération , n° 1er des pièces annexes de ce
mémorial.
( 15 )
avant du calvaire de Vaucelles , lieu où le corps
municipal devait recevoir S. A. R. , on avait fait
les dispositions suivantes :
Sur seize colonnes corinthiennes, faites avec
des feuillages et couronnées de leur entablement,
était un berceau formé de plusieurs courbes re-
liées entr'elles,par des traverses formant caisson.
Sur le côté du berceau par lequel Madame la Dau-
phine devait arriver était cette inscription en let-
tres d'or sur un fond de feuillages ; Vive le Roi,
vive Madame la Dauphine ; et sur le côté qui
regardait la ville., celle - ci : Aux Bourbons
amour et reconnaissance. Sur chacune des huit
colonnes qui se trouvait ne pas porter le berceau
était un vase de forme antique exécuté également
tout en feuillage. Cet arc de triomphe , ou pour
mieux dire ce berceau triomphal, avait trente-six
pieds d'élévation et occupait presque toute la
largeur de la route. Sur les deux côtés et en avant
de cet arc on avait construit deux larges pyra-
mides , d'environ 12 pieds de haut, et compo-
sées de gradins , afin de placer sur l'une les en-
fans des Ecoles chrétiennes, et sur l'autre les vieil-
lards de l'hospice St.-Louis et de l'atelier de cha-
rité. Ces pyramides étaient surmontées par des
mâts de 40 pieds de haut, et sur lesquels flottaient
deux grands drapeaux blancs.
( 14 )
Les sous-officiers et soldats de la garnison-,sur les
plans et sous la direction de MM. leurs Officiers,
avaient aussi élevé , en face de leur caserne et
vis-à-vis du Pont-Royal, un arc de triomphe en
feuillage avec des inscriptions disposées pour foi-
mer transparent lors de l'illumination du soir. D'un
côté :
A S. A. R.
MADAME LA DAUPHINE.
LE 18e RÉGIMENT D'INFANTERIE LÉGÈRE.
et de l'autre ces vers,par M.le capitaine de Philip-
Rangoni:
De nos,soldats, vertueuse princesse ,
Reçois l'hommage en ce beau jour ;
Aux champs d'honneur, au sein de l'alégresse ,
Toujours , VIVE LE Roi, sera leur cri d'amour.
Sur toutes les rues que devait parcourir Ma-
dame la Dauphine pendant son passage et son sé-
jour à Caen (1) étaient déposés des amas de sable
(1) Ces rues étaient, le premier jour, rué de Falaise, grande
Tue de Vaucelles , Pont-Royal . Place- Dauphine , rue Saint-
Jean , pont , place et rue Saint-Pierre , rue Nôtre - Dame , rue.
Venelle-aux-Chevaux , place Royale , rue et place de la Préfec-
ture, rues de la Foire et place de la Comédie.
Les rues parcourues les autres jours vont être indiquées dans le
cours du récit des fêtes.
( 15 )
que les habitants de chaque maison s'étaient char-
gés d'épandre deux heures avant le passage de S.
A. R.
Toutes les fenêtres étaient pavoisées de dra-
peaux blancs pour la plupart semés de fleurs de
lys , et sur beaucoup desquels on lisait : Vive le
Roi\ Vive Charles X\ Vive Madame la Dau-
phine ! Un grand nombre de maisons étaient or-
nées de feuillages et de guirlandes de verdure.
On remarquait entr'autres celle de l'administra-
tion de l'Octroi, occupée par MM. DE SAINT-MAR-
TIN , contrôleur en chef de cette administration,
et AUBER , sous-intendant militaire , décorée par
leurs soins et par ceux des employés de l'octroi ;
la maison des soeurs de la Providence de la pa-
roisse Saint-Jean , que signalait surtout ce disti-
que, par M. l'abbé LEPAGE , curé de la paroisse :
Ah ! daignez conserver, divine providence ,
Tous les coeurs aux Bourbons, les Bourbons à la France !
Et encore l'hôtel de M. le comte Théodose d'Os-
SEVILLE, receveur général ; puis l'hôtel de l'admi-
nistration des Douanes , et toutes les maisons
qui sont situées sur le quai Vendeuvre , entre la
rue des Carmes et la rue Guilbert. Par les soins
de ses habitants, MM. DU HAUTPLESSIS , inspec-
(16)
teur , et LE MORE , receveur principal des doua-
nes ; AUBELIN , directeur des contributions di-
rectes ; REVERONY , employé principal à la recette
générale ; et HERVIEU-DUCLOS , négociant ; tout
ce quartier formait une seule décoration consis-
tant en d'immenses festons , guirlandes et cou-
ronnes de verdure , rehaussés par la blancheur
d'une multitude de grandes fleurs de lys , et ve-
nant se rattacher à une quarantaine de lances à
l'extrémité de chacune desquelles flottait le dra-
peau sans tache. Les bornes de ce mémorial ne per-
mettent pas d'autres citations.
Madame la Dauphine devait sceller le bloc
de marbre formant le couronnement du piédestal
de la statue en bronze que la ville de Caen
relève au milieu de la Place Royale, à la mé-
moire de Louis-le-Grand (1) , conformément à
la délibération du conseil municipal , en date
du 21 décembre 1819 (2). Il fallait pouvoir
accéder commodément à la hauteur de ce
piédestal, et en même-temps il fallait recouvrir
(1) Cette statue, exécutée par M. Petitot, sculpteur, vient
d'être coulée à Paris sous sa direction, dans les ateliers de M.
Crosatier, fondeur ; on est occupé à la ciseler , ainsi que
les bas-reliefs en bronze, par le même statuaire , qui doivent'
décorer le monument élevé sur la place Berry à la mémoire
de S. A. R. Mgr. le duc de. Berry.
(5.) Voyez cette délibération ci-après, N°. 5 , des annexes.
( 17 )
et décorer les machines nécessaires pour élever
le dernier bloc et le tenir suspendu. Pour at-
teindre ce double but, on avait élevé autour du
piédestal de la statue un édifice exécuté en char-
pente recouverte de toile et de menuiserie peintes,
et dont voici la description :
Sur un soubassement en granit de sept pieds
de hauteur avec pilastres , et d'environ 40 pieds
sur chacune de ses faces, s'élevait un portique'
composé de trois arcades en marbre blanc , sou-
tenu par huit colonnes d'ordre composite : ces
colonnes; étaient en marbre jaune avec la basé et
les chapitaux en bronze. Au-dessus , dans la frise
et en lettres de bronze , étaient; cette inscription,
proposée par M. JOYAU , destinée à consacrer, à
l'occasion de ce rapprochement d'un instant, entre
l'image de Louis XIV et l'Héroïne de Bordeaux
en personne, la similitude de grand caractère
entre l'illustre aïeul et le noble rejeton de son
sang.
LUDOVICO MAGNO
NEC NON
DIGNISSIME NEPOTI
MARIAE-THERESIAE-CAROLAE (I );
(1) A Louis-lc-Grand et à Marie-Thérèse-Charlotte , sa petite-
fille , si digne de lui.
2
( 18 )
On montait à ce portique par. un large escalier ;
après être, parvenu sur l'estrade entourée de
piédestaux en marbre et de ballustrades en bronze,
et avoir passé sous la colonnade , on arrivait au
pavillon formant tente, sous lequel était placé
le fauteuil destiné à recevoir S. A. R. Ce pa-
villon était formé par cinq pans d'un octogone ;
à l'angle de chacun de ces pans était une co-
lonne surmontée d'une boule armée d'une pointe.
Toutes ces colonnes étaient d'un blanc mat et
reliées entr'elles par une frise également blanche ,
mais avec un fond bleu-de-ciel. Cette frise
venait former fronton sur le devant du pavillon
couvert en vella avec des tentures bleu-de-ciel
et des galons blancs. Au-dessous de la frise
était une draperie bleu-de-ciel qui venait se
relever sur le devant, soutenue par des tors et
cordons blancs. La balustrade qui entourait le
pavillon était aussi tendue en draperies blanches
et bleues.
Tout autour du pavillon étaient suspendues
des guirlandes et des couronnes de fleurs au
milieu desquelles se détachait le chiffre de
Madame la Dauphine. Sur le centre de ce pa-
villon flottait un drapeau blanc.
L'élégant portique de la place Royale , et le
berceau triomphal de la barrière de Falaise ,
( 19 )
avaient mérité à M. GUY , architecte de la ville ,
le suffrage de tous les connaisseurs et de tous
les hommes de goût.
Les commissaires chargés de diriger le céré-
monial et de faire les honneurs de l'estrade , au
moment où Madame la Dauphine s'y rendrait,
étaient MM. D'OUFFIÈRES et DE MAGNEVILLE ,
Conseillers municipaux.
La ville avait commandé d'exécuter en or une
des médailles de grand module , qu'elle fait
frapper à l'occasion de l'érection de la statue
de Louis XIV, afin que M. le Maire l'offrît en
son nom à S. A. R., au moment où elle scel-
lerait la pierre. La même médaille , exécutée en
argent et en bronze, devait être distribuée aux
personnes présentes ; mais la monnaie des mé-
dailles n'ayant point fait la livraison à temps ,
cette offrande a été forcément retardée et remise
à l'époque de l'inauguration de la statue.
Dans l'intérieur de l'hôtel de ville , les escaliers,
galeries et pièces que devait parcourir Madame
la Dauphine , avaient été repeints et décorés
autant que le permet le genre de construction
du bâtiment. Toutes les parties de cet édifice,
où S. A. R. devoit porter ses pas, étaient gar-
nies de tapis , ou recouvertes dans les passages
de toiles vertes doublées d'étoffes ; il en était
( 30 )
de même , au moment de la cérémonie , de
l'espaee entre l'hôtel de ville et l'estrade de la
place Royale, et de cette estrade elle-même.
Les planchers des vastes salles de la biblio-
thèque et du musée , où devaient se former de
nombreuses réunions, avaient reçu dans toutes
leurs parties un triple rang d'étais.
Le cercle que Madame la Dauphine voulait bien
honorer de sa présence, et auquel 1500 personnes
avaient été invitées par M. le Maire , devait avoir
Heu dans la salle de la bibliothèque.
Le fond de cette salle, depuis la terrasse où
va être construit le cabinet particulier du bi-
bliothécaire , jusqu'aux deux premières fenêtres
latérales , avait été transformé en une estrade
élevée de deux marches et recouverte de riches
tapis. Au milieu et sur le devant était le fauteuil
destiné à Madame la Dauphine , et aux côtés ,
quatre plians pour les dames qu'elle pourrait dési-
gner; sa suite et les membres du corps municipal
devant se placer derrière le fauteuil.
En avant de l'estrade et entre les deux croisées
latérales , on avait laissé vide un grand carré
formé, à droite et à gauche du fauteuil, par
des banquettes réservées aux douze dames dési-
gnées pour accompagner S. A.R. à l'hôtel de ville ,
et par d'autres banquettes placées des deux côtes
(21)
en retour d'équerre jusqu'au passage , et des-
tinées aux jeunes demoiselles qui devaient pré-
senter la corbeille de la ville , et, derrière elles ,
pour leurs mères ou autres dames auxquelles
elles seraient confiées. Le surplus de cette vaste
pièce, sauf l'espace strictement nécessaire pour
le passage de S. A. R. et de sa suite , était
garni par six rangs de banquettes disposées dans
le sens de la longueur de la. salle , et destinées
aux dames. .
Les hommes invités au cercle devaient se tenir
entre les banquettes des dames et les rayons,
des livres. Dans le croisillon , sur la droite du
fauteuil , une place était réservée à MM. le
officiers dé la garde nationale et de la garnison
qui se trouveraient ne pas être de service au mo-
ment du Cercle, et dans celui sur la gauche ,
devait se réunir la musique de la garde nationale.
Dans l'appartement de M. le secrétaire de la
mairie , une pièce était préparée pour déposer
l'a corbeille à offrir par la ville , et recevoir les
jeunes demoiselles.Les personnes invitées devaient
entrer par la cour des postes et par la porte de la
bibliothèque à gauche de l'estrade ; l'autre entrée
étant réservée pour S. A. R.
Au surplus, à l'exception d'une draperie placée
dans le fond de l'estrade ? on avait pensé qu'aux
(22)
yeux de Madame la Dauphine la bibliothèque
n'avait besoin d'aucun autre ornement que les
livres formant sa richesse et les portraits des
grands hommes qui ont illustré la ville de Caen :
on remarquait entr'autres le buste colossal de
Malherbe , donné par M. LAIR , et placé en face
de l'estrade , au-dessus de la fenêtre , vers la
place Royale , avec cette inscription :
Enfin Malherbe vint....
Pendant la durée du Cercle, la société philhar-
monique devait exécuter des chants en l'honneur
de Madame la Dauphine. M. de CHÈNEDOLLÉ ,
invité seulement quelques jours à l'avance à
composer des vers à cette occasion, s'était em-
pressé d'envoyer, une cantate (1). M. PICOT DE
MAGNY DE CORDAY devait en faire la musique ; il
avait déjà composé celle d'une autre cantate par M.
Eugène DUFERRAGE , avocat ; cette composition,
terminée par un Vive le Roi ! en choeur , avait
réuni les suffrages des connaisseurs (2). Mais
(1) M. de Chènedollé, inspecteur de l'Académie, était alors
absent; mais il s'empressa de venir se réunir à son corps, à
l'instant du passage de S. A. R.
Voyez ci-après cette cantate, N°. 4 des annexes.
(3) On espère que M. de Corday qui , ainsi que toute sa
( 23 )
des accidents étant survenus aux personnes
chargées des principales parties du chant, et le
peu de temps qui restait ne permettant pas de
faire de nouvelles dispositions , on ne put exé-
cuter aucun de ces morceaux lyriques.
Le passage de Madame la Dauphine à Caen
avait donné naissance à plusieurs autres pièces
de vers , exprimant toutes les sentimens d'atta-
chement aux Bourbons qui animent la masse
des habitans de cette contrée. On doit citer
entr'autres l'Invocation à Malherbe, par M.
DUFERRAGE ; les Chants Neustriens , par M.
Alphonse LE FLAGUAIS (I); une Ode, par M.
Adolphe LE NOBLE de Dreux , élève en droit (2) ,
et d'autres vers par MM. JOUENNE , régent d'hu-
manités au collège de Saint-Hilaire-du-Har-
couet (5) ; LE DEUF , commissaire de police à
Caen; MARIE , chef des sapeurs de la garde na-
tionale; SAMSON., et OLIVIER , vieillard octogé-
naire.
famille, s'était dévoué pour les armées royales de l'ouest,
et M. Duferrage qui compte parmi les siens 4 otages de Louis
XVI , dont deux ont payé de leurs têtes ce dévouement, feront
graver leur cantate , et que M. Duferrage, à cette occasion ,
publiera aussi l'Invocation à Malherbe, que son départ inopiné
ne permet pas de joindre aux autres annexes de ce Mémorial.
(1) V. N°. 5 des annexes.
(2) V. N°. 6. id.
(3) V. N°. 7. id.
24)
Les commissaires chargés de diriger les dispo-
sitions préparatoires et de faire les honneurs du
cercle étaient MM. D'ÉMIÉVILLE, Adjoint ,D'Es-
-PERR TS JOYAU, HUBERT , De GONNEVILLE ,
DUVAL-VAUTIÈR , BRIÈRE , Conseillers munici-
paux.
Dans la grande salle du musée des tableaux ,
destinée pour le Banquet, avaient été pratiqués
deux escaliers recouverts et cachés de manière à
ce que , vus de l'intérieur de la salle , ils for-
maient chacun une estrade à droite et à gauche
de la porte. Ces escaliers donnaient accès et issue
à une galerie en encorbellement , entourant la
salle des trois autres côtés, placée à six pieds de
hauteur, convenablement décorée , et dont le
plancher était garni de manière à empêcher le
bruissement qu'aurait occasionné la circulation.
Des tableaux du musée garnissaient la partie su-
périeure des murs. Le beau portrait de. Louis
XVIII , dû au pinceau de M. ÉLOUIS, s'élevait au
fond de la salle sur le devant de la galerie et der-
rière la place que Madame la Dauphine devait
occuper à table. Sous la galerie , dans tout le sens
de sa longueur, étaient disposés à droite et à gau-
che les buffets de service. La salle était éclairée
( ainsi que les deux salles qui la précèdent ) par
un grand nombre de lustres suspendus au plafond
( 25 )
ou accolés à la galerie , et garnis d'une multitude
de bougies ; au milieu était dressée une table de
cinquante couverts.
La commission chargée de veiller à l'ordonnan-
ce du repas était composée de MM. Du BISSON ,
Adjoint, BARBEY , LE ROY , DUVAL-VAUTIER ,
GOUJON ; Conseillers municipaux.
Les escaliers de la galerie prenaient leur ori-
gine dans les salles des Écoles gratuites de dessin
et d'architecture entretenues par la ville. Ces es-
caliers et ces salles avaient été séparées par des
cloisons , de manière à ce que la foule dût entrer
par la grande cour du musée, monter à la galerie,
la parcourir , redescendre et sortir par la rue St.
Laurent, sans pouvoir se croiser ni revenir sur ses
pas.
Le commissaire chargé de veiller à faire exé-
cuter cette circulation et à faire maintenir le bon
ordre parmi les personnes admises était M. MÉ-
RITTE-LONGCHAMP , conseiller municipal.
Dans la seconde salle du musée des tableaux ,
celle qui touche à la salle du festin, devait être un
orchestre d'harmonie.
Dans la première on avait placé au-dessous des
tableaux qui la garnissent la copie de la tapisserie
de la reine Mathilde , donnée récemment à la ville
par M. l'abbé GERVAIS DE LA RUE, doyen de la fa-
( 26 )
culte des lettres, et qui occupait en presque totalité'
les deux côtés de cette salle où le café devait être
servi après le Banquet, et où devaient se réunir
préalablement les dames pour accompagner S.
A.R.
Dans la salle des séances du conseil municipal
était préparée une autre table de quinze couverts,
destinée pour M. l'officier des gardes-du-corps,
faisant les fonctions de capitaine des gardes de S.
A. R.
Le commissaire chargé de faire les honneurs
était M. THIERRY , conseiller municipal.
Madame la Dauphine ayant manifesté l'inten-
tion d'assister au spectacle , afin d'y trouver une
réunion plus nombreuse de personnes de toutes les
classes de la société , l'amphitéâtre des premières
loges avait été disposé pour recevoir S. A. R.
et sa suite , et une entrée particulière avait été
ménagée pour elle.
Le commissaire chargé de faire disposer la salle
et de veiller à la police du spectacle était M.
D'ÉMIÉVILLE , adjoint.
Une vaste tente avait été dressée en face de
l'hôtel de la préfecture , pour y établir un corps
de garde destiné au détachement qui devait faire
le service près de S. A. R.
Le service militaire avait été préparé par M.
( 27 )
le Maire quant aux indications de ce service , et
quant aux ordres par MM. les officiers d'état ma-
jor (1) , et particulièrement (par suite de relations
plus spéciales avec les autorité civiles ) par M. le
commandant de place DUBARET , chef de ba-
taillon au corps royal d'état-major , officier de
la légion d'honneur et chevalier des ordres royaux
et militaires de St. - Louis et de St. - Ferdinand ,
dont le zèle et l'activité ont puissamment secondé
le corps municipal dans tout ce qui tenait au bon
ordre des fêtes.
La partie de ce service militaire qui devait être
partagée entre la garde nationale et la garnison ,
avait été réglée ainsi par les autorités compé-
tentes :
Service du 8 septembre.
Garde du palais de S. A. R.,service d'hon-
neur. Cent hommes dont moitié gardes nationaux.
Capitaine , M. Urbain VAUTIER ( de la garde na-
tionale ). Lieutenant, M. NICOLINI ; sous-lieute-
nant , M. DELBOS ( du 1 8e léger ).
(1) M. le lieutenant-général vicomte DE PUTHOD , commandant
la 14e division militaire, était absent par congé; mais il interrom-
pit ce congé , et vint attendre Madame la Dauphine à Alençon ;
il l'a accompagnée dans toute la division. M. le comte Eugè-
ne d'HAUTEFEUILLE , maréchal de camp , commandant la subdi-
vision du Calvados et de l'Orne , était également à Alençon ,
et a suivi de même S. A. R. dans toute sa subdivision.
(28)
Détachement pour escorter le corps muni-
cipal à la réception de S. A. R, à l'arc de
triomphe de Vaucelles. Les compagnies de
sapeurs-pompiers , 1re des grenadiers , 1re des
chasseurs de la garde nationale, commandées par
M. le marquis DE VENOIX , colonel, chevalier de
la légion d'honneur et conseiller municipal : et
M. DEBOIS LAMBERT , chevalier de la légion d'hon-
neur, chef de bataillon ( M. Thouroude VIGOR ,
adjudant-major) , tous de la garde nationale.
Détachement de la place Dauphine destiné
à border la haie. La compagnie d'artillerie et les
3es de grenadiers et de chasseurs de la garde natio-
nale, et un détachement du 18e léger, sous les ordres
de MM.le comte Joseph-Marie-Benoît de la Mous-
SAYE , colonel de ce régiment, chevalier de St.-
Louis et officier de la légion d'honneur ; HORRIC ,
chevalier de St.-Louis, officier de la légion d'hon-
neur , chevalier de St. - Ferdinand , lieutenant-
colonel du même régiment ; PARIS, chevalier de
la légion d'honneur , chef de bataillon de la garde
nationale ( Adjudant - major de la garde nationale,
M.MICHEL).
Détachement de la place Saint-Pierre. La
2e compagnie de grenadiers , la 2e et la 4e com-
pagnie de chasseurs , et un détachement du 18e
léger : commandant , M. DE BERNEL , chef de:
( 29 )
bataillon , chevalier de St.-Louis et officier de la
légion d'honneur.
Détachement de la Place Royale. La 4e
compagnie de grenadiers de la garde nationale ,
sous les ordres de M. ALEXANDRE , avocat, che-
valier de la légion d'honneur , lieutenant-colonel
de cette garde.
Salle de spectacle, service d'honneur à
l'intérieur. Un poste de garde nationale, com-
mandé par M. DENIS , lieutenant de grenadiers
de cette garde.
Service du 9 septembre.
Garde du palais, service d'honneur. Cent
hommes , dont moitié gardes nationaux, com-
mandés par M. AIREL , capitaine ; PAYAN , lieu-
tenant ; IMBERT , sous-lieutenant ( du 18e léger);
et par MM. SIMON le jeune , avocat, lieutenant;
et HAMON , sous - lieutenant ( de la garde natio-
nale ).
Hôtel-Dieu, service d'honneur à l'intérieur.
Un détachement de garde nationale , commandé
par MM. SEIGNEURIE , capitaine , et MAUBANT ,
sous-lieutenant de cette garde.
Eglise de Saint-Pierre, service d'honneur
à l'intérieur. Un détachement de garde natio-
nale , commandé par MM. CHRÉTIEN , capitaine
et BEUZELIN , lieutenant de cette garde.
(50)
Hôtel de ville, service d'honneur à l'inté-
rieur pendant le Cercle et pendant le Banquet.
Un poste de garde nationale , commandé par M.
REGNAULT , capitaine de cette garde.
Pendant les trois jours la gendarmerie royale
avait l'honneur de fournir l'escorte à cheval de
S. A. R. ; l'état-major de ce corps était ainsi
composé :
MM. RENOU DE LA BRUNE , colonel, comman-
dant de la légion d'honneur, chevalier de St.-
Louis ; DE BRETTEVILLE , chef d'escadron, che-
valier de S t.-Louis et de la légion d'honneur ;
JACQUINOT ,. capitaine , chevalier de St.-Louis et
de la légion d'honneur ; LE CORDIER , trésorier.
De. son côté , M. le Préfet, comte de MONTLI-
VAULT , conseiller d'état, gentilhomme honoraire
de la chambre du Roi, chevalier des ordres de
St.-Louis., de Malte , de St.-Maurice et de St.-.
Lazare et officier de la légion d'honneur, avait
fait à l'hôtel de la préfecture les dispositions con-
venables pour y recevoir dignement S. A. R., et
pour donner aux fêtes qu'elle voulait bien y
accepter tout l'éclat dentelles étaient susceptibles.
Telles étaient les dispositions principales faites
par les diverses autorités publiques ; mais il est
juste de rendre compte aussi des préparatifs
spontanés faits par les particuliers.
( 31 )
Depuis plus de trois semaines l'argent répandu
avec abondance et avec joie par les classes supé-
rieures de la société , allait vivifier et enrichir
la classe qui vit de son industrie : les ouvriers
de toute espèce étaient occupés jour et nuit, et
les boutiques des marchands avaient été vidées
de presque tous les objets d'habillement et de pa-
rure. De plus abondantes aumônes étaient faites.
Une foule de personnes riches ou aisées de toute la
province s'étaient rendues à Caen; les habitants des
villages à plusieurs lieues à la ronde y accouraient
chaque matin. La population de la ville était plus
que doublée. Un multitude de voitures élégantes
devait transporter les dames à une demi-lieue en
avant de l'arc de triomphe et augmenter et em-
bellir la suite de S. A. R. , lorsqu'après sa récep-
tion par le corps municipal elle daignerait mon-
ter dans la calèche découverte qui lui avait.été
préparée.
Ce brillant cortège , tous les habitants de Caen
et toute l'immense population du dehors réunie
dans la ville, n'attendaient pour courir au-devant
de la fille de leurs Rois, et pour faire éclater en
sa présence leur dévouement et leur joie , que le
signal qui devait être donné par le départ du corps
municipal de l'hôtel de ville , fixé deux heures
avant l'heure indiquée pour l'arrivée de Mme
(32)
la Dauphine. Afin que rien ne pût diviser le reste
d'une journée consacrée au bonheur, l'instant des
repas avait été avancé dans la plupart des maisons.
Enfin , au mouvement, à l'air joyeux et empressé
de la multitude , on présageait facilement ce que
devaient bientôt être ses transports.
§ II.
Arrivée de S. A.R. ; journée du 8 septembre.
Dès le matin , le bureau de bienfaisance , par
l'intermédiaire de MM. les curés , avait fait dis-
tribuer aux pauvres du pain en quantité plus
considérable encore que celle de distributions les
plus abondantes qui avaient eu lieu jusqu'à ce
jour.
Suivant l'itinéraire de Mme la Dauphine , elle
devait quitter Alençon à sept heures du matin ,
entendre la messe à la cathédrale de Séez et se
reposer quelques instants chez Mgr l'évêque de
cette ville , se rendre de là au haras du Pin et y
assister à une course de chevaux , venir déjeuner
à Argentan , s'arrêter un moment à Falaise pour
recevoir les autorités , et arriver à Caen sur les
cinq heures et demie du soir. Une course aussi lon-
gue, et avec tant de causes de retard, donnait la per-
(35)
suasion que l'entrée de S.A. R. à Caen ne pourrait
avoir lieu qu'à la nuit close, ce qui eût diminué de
beaucoup l'éclat de cette solennité. Ces craintes,
transmises à Mme la Dauphine furent accueillies
par elle ; et dans sa bonté elle avança de près
d'une heure l'instant de son départ, et restreignit
encore les courts instants pendant lesquels elle
devait suspendre sa course. D'un autre côté ,, les
maîtres de poste , jaloux de soutenir la réputation
des chevaux de race normande , avaient acheté
exprès des attelages de choix : de sorte que S. A.R.
parcourut les 28 lieues de poste qui,en passant par
le haras , séparent la ville d'Alençon de celle de
Caen, avec une rapidité inouie pour un course
aussi longue , puisque cette rapidité fut (en dé-
duisant les instants de repos ) de plus de cinq
lieues par heure, et que Mme la Dauphine,partie
d'Alençon un peu après six heures du matin, était
descendue de voiture à Caen à deux heures trois
quarts de l'après-midi.
Quelques instants avant cette arrivée inopinée ,
le corps municipal, déjà réuni , averti que
l'on venait de voir le courier qui précède ordi-
nairement la voiture de la princesse , partit
précipitamment de l'hôtel de ville et, ainsi que
le détachement de la garde nationale qui lui
servait d'escorte, précédé des tambours et de la
D
(34)
musique, jouant l'air national vive Henri quatre!
marcha rapidement vers le berceau triomphal,
tandis que les autres détachements de la garde
nationale et de la garnison se portaient au pas
de course vers les postes qui leur étaient as-
signés , et que les états-majors de la division
et de la place montaient au plus vite à cheval.
En même-temps les habitants se précipitèrent
dans les rues pour épandre le sable et pour
achever en toute hâte les autres préparatifs. Mais
quelle que fût la célérité avec laquelle chacun
devança de beaucoup l'instant fixé,elle fut rendue
inutile. Le corps municipal n'était parvenu qu'au
tiers du chemin , c'est-à-dire dans la rue St-
Jean , vis-à-vis la rue St.-Louis, lorsque tout-
à-coup une voiture emportée par la rapidité des
chevaux passa devant le cortège : on aimait à
croire que ce n'était encore qu'une des voitures
de la suite , et ce ne fut qu'au moment même
du passage que, S. A. R. ayant été reconnue
par quelques membres du corps municipal , les
cris de vive le Roi, vive Madame la Dauphine
avertirent, mais trop tard, les autres de la vé-
rité. La même erreur fut partagée sur tous les
points du reste de la course , et partout ce ne
fut que quelques minutes après que la voiture
s'était éloignée, que l'on apprit et qu'il fallut
(35)
se persuader que Madame la Dauphine venait de
passer.
Ainsi, par suite même de l'obligeant empres-
sement de l'auguste Princesse, chacun se trouvait
privé du bonheur de concourir , par son enthou-
siasme , au spectacle brillant et bien plus touchant
encore, qu'eût présenté l'entrée de la fille de
Louis XVI, de l'épouse d'un Bourbon , guerrier
pacificateur héritier du trône , de la soeur de
notre Berry , de ce. prince dont la mémoire
sera toujours si vivante dans le coeur des ha-
bitans de cette grande cité..... D'ailleurs, les
causes de tant de célérité étant encore ignorées,
une crainte oppressait tous les coeurs : « Madame
« la Dauphine n'a-t-elle point été induite en erreur
« sur les sentimens qui animent les habitans de
« la ville de Caen ? Ne verra-t-elle point une
« coupable indifférence dans cette muette sur-
« prise d'un amour qui avait calculé avec tant
« d'impatience sur l'instant où il lui serait permis
« de se manifester dans toute sa vivacité? »
Une sensation pénible , une sorte de découra-
gement se répandirent donc d'abord dans le
peuple , et ils ne cédèrent qu'au récit des vé-
ritables causes de ce fâcheux contre-temps, et
mieux encore aux preuves de cette bonté inhé-
rente aux Bourbons que prodigua bientôt l'illustre
Princesse.
(56)
Au moment où elle arriva à la Préfecture ,
M. le Préfet avait eu à peine le temps de
s'habiller pour descendre, accompagné de M.
Charles de Montlivault , secrétaire général de
la Préfecture , au bas du grand escalier ; et
Madame la comtesse de Montlivault s'y trouvait
dans le costume qu'elle avait le mâtin. S. A. R.
voulut bien exprimer ( ce qu'elle réitéra plusieurs
fois dans la soirée ) ses regrets d'être arrivée
aussi long-temps avant le moment indiqué, et
se plaindre de la rapidité des postillons qui ,
malgré toutes les recommandations qu'elle leur
avait fait donner, l'avaient menée beaucoup, plus
vite qu'elle ne l'eût voulu : elle, témoigna aussi
quel jugement favorable elle avait porté, de la
réception qui l'attendait par les préparatifs qu'elle
avait aperçus et par le mouvement dans lequel
se trouvait déjà toute la population.
Madame la Dauphine était accompagnée de
Mme. la duchesse DE DAMAS-CRUX , de Mme. la
marquise DE SAINTE-MAURE, ses dames d'honneur,
et de M. le marquis DE VIBRAYE , son chevalier
d'honneur : M. DE VERDALLE , officier des gardes
du corps, l'avait précédée. Afin de donner le
temps d'achever quelques arrangements , S. A.
R. fit une promenade dans les jardins de la
préfecture : parvenue dans une partie reculée
( 37 )
de ces jardins , et au moment où elle passait sur
un pont qui est en vue du boulevart , elle fut
aperçue par quelques femmes du peuple qui ,
ayant deviné la princesse à son noble port et
à l'attitude respectueuse des personnes qui l'en-
touraient , lui adressèrent leurs naïves salutations
en s'écriant : Ah ! c'est donc vous, notre bonne
Princesse! Soyez là bien venue ! Bonjour
Madame la Dauphine , bonjour ! Vive le
Roi ! Vive Madame la Dauphine ! Aussitôt
ces acclamations attirèrent la foule et devinrent
universelles. « V. A. R. le voit, dit M. le Pré-
fet, ceci ne pouvait être préparé, c'est bien le
cri du coeur. »
Cependant Madame la Dauphine étant rentrée
dans ses appartements pour changer de vêtements ,
les diverses autorités convoquées pour 4 heures
seulement , mais accourues bien auparavant ,
se réunirent dans les salons de la préfecture,
et S. À. R. voulut bien recevoir successivement :
M. le lieutenant-général vicomte DE PUTHOD ,
commandant la 14e division militaire , grand
officier de la légion d'honneur , chevalier de
St.-Louis et de plusieurs autres ordres;
M. le baron DE L'HÔRME , 1er. président de
la Cour royale , officier de la légion d'honneur ,
député du Rhône ;
( 38 )
M. le maréchal de camp, comte Eugène
D'HAUTEFEUILLE , commandant la subdivision ,
commandant de la légion d'honneur , chevalier
de St.-Louis et de plusieurs autres ordres;
LA COUR ROYALE, présidents, MM. GAUTHIER,
officier de la légion d'honneur, RÉGNÉE , D'AI-
GREMONT DE SAINT-MANVIEUX et DUPONT-LON-
GRAIS , chevaliers, du même ordre ; procureur-
général, M. le baron. BOULANGER , officier de la
légion d'honneur .;
L'état-major de la division (1) ;
(1) MM. les officiers de l'état - major ont eu l'honneur de
suivre à cheval Madame la Dauphine et de l'accompagner par-
tout lorsqu'elle a visité les établissemens de la ville ; cet état-
major est ainsi composé : MM. PICHOW , lieutenant-colonel,
chef d'état-major , chevalier de St.-Louis et de la légion d'hon-
neur ; DUBARRET , commandant de place ( V. pag. 27 ) ; ESCHER ,
chevalier de St.-Louis et de la légion d'honneur; PACOTTE DE
FONTAMÈS , capitaine d'état-major ; DESCRIVIEUX , chevalier de
St.-Louis et de la. légion d'honneur, capitaine, et. LE GRIP ,
chevalier de la légion d'honneur, lieutenant, aides de camp de
M. le lieutenant-général ;
DUPLEIX , chevalier de la légion d'honneur, sous-intendant ,
remplissant les fonctions d'intendant militaire; AUBER, che-
valier de St.-Louis et de la légion d'honneur , sous-intendant ;
CARRE , chevalier de St.-Louis et de la légion d'honneur ,
capitaine de recrutement ;
Les officiers de la gendarmerie royale ( V. ci-dessus, p. 30 );
M. le colonel baron HOFFMAYER , chevalier de St.-Louis ,
officier de la légion d'honneur , commandant le dépôt des re-
montes établi à Caen , et MM. VICOGNE , chevalier de St.-Louis
et de la légion d'honneur , lieutenant-colonel , et GOUABIN ,
(39)
Le Conseil de Préfecture : doyen, M. LAIR ,
et MM. les sous-préfets , GÊNAS DUHOMME,
DE GASVILLE , DE CONIAC et DES MOUTIS (2);
Le Tribunal de 1re. Instance : président, M.
THOMINE-DESMASURES , père , chevalier de la
légion d'honneur; vice-president, M. L'HERMITE;
procureur du Roi, M. LENTAIGNE ;
Le maire, M. le comte D'OSSEVILLE , avec le
corps municipal et les administrations de bien-
faisance (V. pag. 5 à g) ;
Le corps Universitaire composant l'académie de
Caen ; recteur, M. l'abbé JAMET , supérieur du
Bon-Sauveur ; inspecteurs , MM. DE CHÊNE-
DOLÉ , chevalier de la légion d'honneur , et
DUPLESSIS ; inspecteur honoraire , M. DE
CHANTEPIE ;
Le Tribunal de Commerce, président, M.
BONNAIRE ;
Le président du Consistoire , M. MARTIN-
ROLLIN ;
chevalier de la légion d'honneur , capitaine , attachés au même
dépôt;
PION, commandant d'artillerie , chevalier de St.-Louis et of-
ficier de la légion d'honneur ; DUVAL , capitaine d'artillerie,
chevalier de St.-Louis et de la légion d'honneur ; MOULIN , ca-
pitaine de génie , chevalier de St.-Louis et de la légion d'honneur;
(2) M. DE RHULLIERES était à Falaise que Madame la Dau-
phine venait de traverser)
( 40 )
Les juges de paix,MM. LEHARIVEL, et VERRIER,
avec MM. leurs suppléants ;
Et les commissaires de police , MM. VIOLARD,
LEDEUF , VASNIER et LELASSEUX., chevalier de la
légion d'honneur.
Madame la Dauphine avait interdit toute espè-
ce de harangue , mais elle adressa la parole aux
chefs de chaque corps et à quelques-uns de leurs
membres , distribuant à chacun quelque éloge ou
quelque encouragement à l'occasion de l'exercice
de ses fonctions. Ainsi elle félicita la Cour royale-
sur la réputation acquise aux lumières et à l'équité
de ses arrêts , et fit connaître combien elle était
flattée de voir que , malgré le temps des vacances,
presque tous les membres de cette compagnie
eussent suspendu leur départ ou fussent revenus
pour l'instant de son arrivée. Ainsi encore S. A.
R. entretint en peu de mots le corps universi-
taire de la haute importance dont l'enseignement
des bonnes doctrines est pour le repos de l'Etat
et pour le bonheur domestique des familles ; et
en s'informant à M. le Recteur et à M. l'abbé DA-
NIEL , proviseur , du nombre des élèves dû col-
lège , elle fit connaître qu'elle avait déjà remar-
qué , des jardins de la préfecture 5 la situation ad-
mirable , le style élégant et la vaste étendue des
bâtiments , qui contribuent à faire de cet établis-
( 41 )
sèment un des collèges les plus remarquables et les
plus beaux de la France entière.
Après cette réception, Madame la Dauphine
descendit dans le jardin , s'approcha du mur d'ap-
pui de la terrasse qui domine la place de la Pré-
fecture et \e boulevart, et salua la foule que le
bruit de son arrivée y avait attirée et qui faisait
entendre les cris de VIVE LE ROI ! VIVE MADA-
ME LA DAUPHINE ! VIVENT LES BOURBONS ! Ces
cris furent répétés avec un; nouvel enthousiasme
et sans aucune interruption lorsqu'on eut vu à
plusieurs reprises l'auguste princesse se pencher
sur la tablette du mur d'appui et souvent la tou-
cher de sa poitrine , afin de pouvoir atteindre de
ses royales mains le placet élevé par le bras sup-
pliant de l'infortune. En un instant la population
presque entière de la ville accourût sur ces places
et les obstrua au point que ce ne fut qu'avec une
grande difficulté que la garde nationale et la gar-
nison purent profiter de l'honneur qui leur avait
été accordé de défiler devant S. A. R.
Mme la Dauphine étant rentrée pour dîner voulut
bien admettre à sa table avec ses dames et son che-
valier d'honneur :
Mme la comtesse de MONTLIVAULT ;
M. le comte de MONTLIVAULT , préfet;
( 42 )
MM. Le vicomte de PUTHOD , lieut. gén. ;
Le baron de L'HORME , premier président ;
Le général comte D'HAUTEFEUILLE ;
- Le baron BOULANGER , procureur-gén. ;
- Le comte D'OSSEVILLE , maire ;
Le marquis de VENOIX, colonel de la garde na-
tionale ;
Le comte de la MOUSSAYE, colonel du 18e léger;
GENAS-DUHOMME , sous-préfet de Bayeux ;
Charles DE MONTLIVAULT , secrét.-gén. ;
DE CORDAY , député ;
LAIR , doyen du conseil de préfecture ;
DUMESNIL - DUBISSON, président de la chambre
de commerce ;-
Le marquis D'OILLIAMSON , lieut.-géh. ;
DE THAN , contre-amiral ; ■
Le commandeur de MONTCANISY , anc. col. ;
Le comte DE POLIGNAC , maréchal de camp ;
Le vic. DE SAINT-PIERRE , gentilhomme de la
chambre du Roi ;
Le comte HÉRACLE DE POLIGNAC , idem ;
Le comte Alfred DE NEUVILLE , idem;
Le marquis de LIVRY ;
BEAUSIRE , curé de Notre-Dame ;
Le comte D'OSSEVILLE , recev. gén. ;
Pendant le dîner de Madame la Dauphine , les
( 45 )
dames s'étaient réunies clans ses appartements. En
sortant de table elle les reçut, se les fit nommer
par Mme la comtesse de Montlivault , et adressa
la parole à chacune d'elles avec une bonté dont
elles furent toutes pénétrées.
Aussitôt après cette réception Madame la Dau-
phine se rendit au spectacle : elle fut accueillie
à son entrée par les acclamations les plus vives
qui se réitérèrent chaque fois que des couplets
de circonstance (par M. Le Flaguais)., intercallés
dans.la petite pièce que l'on jouait , en ramenè-
rent la moindre occasion. S. A. R. parut infini-
ment, sensible à ces marques non équivoques de
l'attachement de tous les spectateurs pour elle et
pour son auguste famille. Elle avait fait asseoir à
ses côtés avec ses dames d'honneur et son cheva-
lier d'honneur MMes DE MONTLIVAULT et D'OSSE-
VILLE. Les personnes qui avaient eu l'honneur de
dîner, à sa table eurent aussi celui d'être admises
dans sa loge.. En se retirant , S. A. R. salua avec
beaucoup d'affabilité les loges et le parterre , et
reçut encore un long et vif tribut d'acclamations.
Pendant la soirée , les édifices publics et par-
ticuliers avaient été illuminés ; et pour favoriser
les plaisirs du peuple , deux orchestres avaient
été dressés sur la Place Royale , des mâts de co-
cagne élevés et des feux de joie allumés sur la place
de la Préfecture.
(44)
§ III
Journée du dimanche 9 septembre.
A sept heures du matin , une loterie; de co-
mestibles, pour une somme considérable, fut tirée
clans les cours de l'hôtel de ville par les pauvres
et les indigens qui s'y présentèrent, et elle fut im-
médiatement suivie de la distribution.
A neuf heures et demie , Mme la Dauphine
sortit de ses appartements intérieurs pour rece-
voir dans le grand salon de la préfecture les dames
de charité de la ville (1). Elle s'informa avec sol-
licitude de la situation des pauvres , et adressa à
ces dames les paroles et les encouragements les
plus flatteurs sur leur dévouement charitable et sur
le noble but de leur association.
A dix heures , S. A. R. monta en calèche dé-
couverte pour aller assister à la messe , et admit
dans sa voiture ses dames d'honneur et Mme la
comtesse de Montlivault. Venait ensuite une voi-
ture où se trouvaient M. le marquis de Vibraye,
M. le conseiller d'état, préfet , et M. le lieute-
nant-général , puis la voiture de M. le comte et
(1) Mesdames comtesse de MONTLIVAULT , comtesse Théodose
d'OSSEVILLE ; vicomtesse de CAUVIGnY ; THIERRY, mère; GAU-
THIER . LENTAIGNE ; DE PREFELN ; VAUTIER ; FESNEAU ; D'AVEYNE;
GAMARD ; JOLIS-DE-VILLIERS et Mll° DE COURCY,
( 45 )
Mme la comtesse d'Osseville (maire), celles de MM.
les gentilshommes de la chambre , et un grand
nombre d'autres calèches découvertes , remplies
de dames des plus distinguées de la ville et de
toute la province de Normandie. M. le général
d'Hautefeuille était à cheval ainsi que presque tous
MM. les Officiers de l'état-major. Le cortège se
mit aussitôt en marche par la rue Saint-Laurent,
placeMalherbe, rue Ecuyère, place Fontette, rue
Guillaume -le - Conquérant et la place Berry , et
s'arrêta à la porte de l'église Saint-Etienne. Là
une partie de la garnison était en bataille , une
autre formait la haie dans l'intérieur de l'édifice.
Eglise Saint-Etienne.
La vaste basilique de Saint - Etienne , où la
cligne fille de St.-Louis allait se prosterner de-
vant le Roi des Rois , fut fondée vers l'année
1066 par Guillaume - le - Conquérant ; il en fit
faire la dédicace en 1077 ; il y reçut ensuite la
sépulture , et ses cendres reposent encore au
milieu du sanctuaire. Ce fut dans cette église que
Mgr. le duc de Berry , à son retour en France ,
fut en* rendre les premières actions de grâces
au Dieu de ses pères ; et Mme la Dauphine venait
de passer à quelques pas de là auprès du monument
d'amour et de regrets élevé par les habitants de
Caen sur l'emplacement où cet excellent et infor-
( 46 )
luné prince était descendu de voiture à son entrée
dans la ville (1).
Les acclamations d'une foule immense,, qui
avaient accompagné S. A. R. pendant son trajet,
redoublèrent au moment où elle parvint à l'église
Saint-Etienne. Elle y fut reçue processionnelle-
ment par un nombreux clergé ; l'eau bénite et
l'encens lui furent offerts ; un dais porté par quatre
de MM. les marguilliers honoraires ou en char-
ge (2) lui était préparé , mais elle le refusa. Elle
fut complimentée par M. l'abbé BOSCHER, vicaire-
général , qui officiait sur l'invitation et à l'assis-
tance du curé de la paroisse , M. l'abbé LEROYER.
Au moment où M. le vicaire - général cessa de
parler , quelques cris de VIVE LE ROI ! VIVE MA-
DAME ! échappèrent du milieu de la foule ; mais
S. A. R. rappelant avec dignité le respect dû au
lieu où la louange de l'Eternel doit seule se faire
entendre , comprima aussitôt ces cris en disant :
« Pas dans l'église ! »
(1) Une des inscriptions qui vont être placées sur ce monu-
ment avec les bas-reliefs en bronze exécutés par M. Petitot ,
consistera dans ces seules paroles du prince chrétien qui déjà
n'appartenait plus à la terre :
« Sire ! grâce pour l'homme !»
(2) MM. de Saint-Manvieux , Laigre de Grainville , Duhamel
( président et conseillers à la Cour royale ) , Richard de la Chèze ,
des Mezières , Provost, Corbel, Pihan de Surlaville et de Mau-
genest.
( 47 )
Tout ce grand monument et les vastes travées
qui décorent ses parties élevées , étaient rem-
plis d'une multitude de fidèles. En traversant le
choeur , Madame la Dauphine s'arrêta à plusieurs
reprises pour saluer à droite et à gauche toutes
les autorités de la ville rangées dans les stalles.
En arrivant à la place qui lui était destinée dans
le sanctuaire , vis-à-vis la tombe de Guillaume-
le-Conquérant, S. A. R. fit retirer les coussins
qui garnissaient le prie-Dieu et s'agenouilla.
Aussitôt la messe commença et le profond re-
cueillement de la Princesse , objet de l'édification
publique , devint le modèle de recueillement de
toute l'assistance.
M. le curé avait demandé à S. A. R. la per-
mission de faire une quête pour les pauvres de
sa paroisse ; elle l'avait accordée en disant :
Bien volontiers, M. le curé, et je veux
donner l'exemple : Aussi la première offrande
reçue par le digne pasteur fut celle de S. A. R.
Après l'office , Madame la Dauphine fut re-
conduite par le clergé et les marguilliers jusqu'à
la porte de l'église ; mais elle refusa toujours
de marcher sous.le dais. S. A. R. avait remarqué
la dignité avec laquelle on officie à S t.-Etienne,
et bientôt après, elle en témoigna sa satisfaction
à M. Le Royer , en lui disant, lors de la pré-
(48)
sentation du clergé : M. le Curé, les cérémo-
nies se font parfaitement dans votre église.
En sortant de Saint-Etienne , le cortège reprit
le même chemin pour retourner au palais de S.
A. R.
Réception à la Préfecture.
A peine rentrée chez elle, Madame la Dau-
phine daigna recevoir les corps ou administra-
tions ci-après indiquées, et dont la plupart
n'ont point encore de rang déterminé dans les
cérémonies publiques :
Les députés du Calvados à la chambre des dépu-
tés , MM. DE CORDAY , DE BELLEMARE , DE NEU-
VILLE,D'AIGREMONT DE ST.-MANVIEUX et BAZIRE;
Une députation du conseil général du dépar-
tement ; président, M. ACHARD DE BONVOULOIR ;
secrétaire , M. LANCE ;
Les sociétés savantes siégeant dans la ville ,
savoir :
L'Académie royale des sciences, arts et
belles-lettres ; président, M. DE BAUDRE ; vice-
président , M. DE MAGNEVILLE ; secrétaire, M.
HÉBERT ; vice-secrétaire , M. THIERRY ; trésorier,
M. LEGRIP.
La société royale dagriculture et de com-
merce ; président, M. DUFRESNE ; vice-président,
M. HÉRAULT ; secrétaire , M. L'AIR ; vice-secré-
(49)
taire, M. PRUDHOMME ; trésorier, M. DUCHEVAL;
La Société de médecine ; président , M.
RAISIN ; vice-président, M. TROUVÉ ; secrétaire,
M. LAFOSSE fils ; pro-secrétaire , M. DURAND ,
La Société Linnéenne de Normandie ; prési-
dent, M. CHAUVIN ; vice-président, M..FAUCON;
secrétaire , M. DE CAUMONT; archiviste, M. HU-
BERT; ; trésorier , M. HABDOUINS;
La Société des Antiquaires de Normandie;
président, M. lé chevalier DE TOUCHET; vice-
président;, M. LAIR; secrétaire, M. DE. GAUMONT;
secrétaire adjonit, M. ROGER ; trésorier, M,
LANGE ;
La Société Philarmonique, président. M.
le comte D'OSSEVILLE , maire ; présidents hono-
raires, MM. le comte DE MONTLIVAULT , le,comte
DE PUTHOD et le baron DE L'HORME ; vice-pré-
sidents , MM. D'ÉMIVILLE; comte;; D'HAUTE-
FEUILLE et BONNAIRE; secrétaire., M.BUSNEL,
ancien officier de marine;
Les corps appartenant au commerce, savoir :
La chambre de commerce ; président M. Du-
MESNIL-DUBUISSON; ; la chambre consultative
de commerce; la commission sanitaire, l'une
et l'autre présidées de droit par M. le Maire ;
et. le conseil de prudhommes,;président ; Mi
BELLAMY , l'aîné ;
4
(50)
Le comité de l'association paternelle des
chevaliers de St.-Louis ; président , M. le
baron FÊRAULT , ancien intendant militaire ; se-
crétaire , M. le chevalier DE TOUCHET ; trésorier ,
M. D'ESPERROTS , ancien capitaine de frégate,
conseiller municipal ; autres membres du comité ,
MM. le chevalier DE TOURNEBUT , ancien co-
lonel ; MÉRITE-LONGCHAMP , ancien chef de ba-
taillon, conseiller municipal ; DE COLOMBY, ancien
chef d'escadron, conseiller municipal, et LABBEY
DE DRUVAL , colonel de cavalerie. Vice-pré-
sident honoraires , MM-. le comté de VASSY
( Louis ), et le marquis de CANISY ( Henri ) ;
membres honoraires. MM. le comte de MONTLI-
VAULT , le. vicomte de PUTHOD et le comte de
GUERNON. Ce comité était accompagné de tous
MM. les Chevaliers de St.-Louis de ce départe-
ment ou des départements circonvoisins qui se
trouvaient alors à Caen ;
MM. les Officiers en retraite ;
Le corps des Officiers de la garde natio-
nale; colonel , M. le marquis"de VENOIX ; lieu-
tenant-éblonel, M. ALEXANDRE; chefs de bataillon,
MM. LE ROY , PARIS et BOIS LAMBERT ;
Le corps des officiers du 18e. régiment
d'infanterie légère ; colonel , M. le comte DE
LA MOUSSAYE ; lieutenant-colonel, M. HORRIC ;
( 51 ) .
chefs de bataillon , MM. DE BERNEST , et DE
GARIN ; major, M. DE LUSSET ;
Le Clergé, à là tête duquel étaient MM.
DAUDIBERT et BOSCHER , grands-vicaires capitu-
laires de Bayeux , le siège vacant ; M. PAYSANT ,
provicaire-général , et MM. les curés de la ville ,
MM.. HÉBERT , BEAUSIRE , MONTARGIS , TAILLE-
BOS-DUPRÉ , NOEL , LE FLAGUAIS , LE ROYER ,
LE PAGE , et LE COINTRE ;
Enfin diverses administrations, dont les noms
suivent : Des finances, receveur général , M.
le comte Théodose D'OSSEVILLE , officier de la
légion d'honneur ; payeur du département, M.
LANGLOIS , chevalier de la légion d'honneur ;
Des ponts et chaussées , M. PATTU , ingénieur
en chef ; des douanes , inspecteur , M. Du
HAUTPLESSIS , chevalier de St.-Louis ; sous-
inspecteur , M. DE CLASSÉ ; receveur principal,
M. LEMORE ; Des contributions directes et du
cadastre , directeur , M. AUBELIN , chevalier de
Malte ; géomètre en chef , M. SIMON ; De
l'enregistrement et des domaines, directeur ,
M. CEILLIER ; des Contributions indirectes ,
directeur, M. RAGEOT-LAROCHE ; De la marine,
commissaire , M. DUBOSQ , chevalier de la légion
d'honneur ; Des postes aux lettres , directeur ,
M. DÉSÉTANGS ; Des poids et mesures , véri-
ficateur en chef, M. LECONTE.
( 52 )
Madame la dauphine reçut ensuite indivi-
duellement les membres des autorités présentées
la veille , et une foule d'autres personnes dis-
tinguées qui avaient aussi reçu par lettres par-
ticulières l'avertissement qu'elles pouvaient pro-
fiter de cet honneur.
Dans tout le cours de la réception , S. A.
R. ne cessa d'adresser à chaque corps ou
personne présentés, quelques mots sur les ma-
tières qui pouvaient les concerner ou les inté-
resser davantage. Elle entretint particulièrement
les sociétés savantes de l'objet de leurs travaux ,
et daigna accepter l'hommage des recueils de
leurs Mémoires. M. le marquis de Venoix et M.
le comte de La Moussaye reçurent aussi les
compliments les plus flatteurs pour eux-mêmes
et pour la tenue et le service de la garde natio-
nale et du 18e léger.
Excursion dans la ville.
Dès que la réception fut terminée , Madame
la Dauphine monta en voiture suivie du même
cortège qu'auparavant, pour parcourir ceux des
principaux quartiers de la ville qui ne se seraient
pas trouvés sur son passage, si elle se fût rendue
directement aux établissements qu'elle. voulait
visiter. Elle traversa donc le cours la Reine , où