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Menus Propos de théâtre

15 pages
imp. de A. Chauvin (Toulouse). 1867. In-8°. Pièce.
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MENUS PROPOS DE THEATRE.
A\ Que n?a-tron jais dit, depuis dix ans, sur la déca-
dence pr^.ceisiW'cle notre théâtre? Ce sont autant de griefs,
vrais le plus souvent, et, en tout cas, très-justifiés par la
situation actuelle.
En dehors de toute question de personnes, nous vou-
drions rechercher et montrer la cause du mal, afin de le
guérir, si faire se pouvait.
En ce temps de spéculation et d'exploitation par tout
et en tout, qui s'étonnerait de trouver le temple des arts
changé en boutique ? Un entrepreneur quelconque de-
mande l'autorisation de se charger de nos plaisirs et, si
on reconnaît en lui certaines garanties, l'autorisation ' est
accordée.
Gela correspond, chez nous, à traiter avec la ville, pro-
priétaire d'une salle de spectacle, à la condition d'être
soumis aux clauses d'un cahier des charges.
Tout est très-logique jusqu'ici. On nomme un directeur,
on lui donne une salle, on ajoute à ce cadeau une somme
qui varie de 70 à 80,000 francs ; en retour, ce directeur
doit exploiter le théâtre en se conformant, à des règlements
A o f : 7
écrits et accepter toutes les charges.de l'entreprise. C'est la
loi commune de l'échange ; Je vous donne une Chose-dont
vous me devez l'équivalent.
Le cahier des charges est donc la base de l'exploitation
théâtrale, et, si cette base chancelle, l'édifice tout entier
est fort compromis dans sa solidité.
*+ Nous n'hésitons pas à dire que l'une des causes les
plus évidentes de la décadence de notre théâtre, est l'inob-
servation du cahier des charges. De deux choses l'une :
ou ce cahier est exécutable, et alors il faut s'en tenir à la
lettre, ou il n'est plus en rapport avec les exigences pré-
sentes, et il faut le refaire complètement.
Mais ce dernier point ne nous regarde pas.
Un directeur ne devrait jamais être admis à porter ses
doléances à l'administration. C'était à lui de savoir d'avance
s'il avait les reins assez forts pour soutenir le poids de l'en-
treprise et pour-ne pas trébucher en route.
La ville n'a pas à connaître les ficelles du métier ; elle
a seulement le devoir de surveiller son mandataire, dans
l'intérêt des fonds municipaux et du public. Le directeur
pourra se prévaloir de la cherté des artistes, de l'augmen-
tation des droits de toute nature, de la diminution des
bénéfices, mais la ville ne demande à personne de se rui-
ner bénévolement : elle fait appel à tous ; elle pose des
conditions, et celui qui les accepte en connaissance de
cause n'a plus aucun prétexte pour ne pas les exécuter
fidèlement.
/* Examinons les clauses principales du cahier des char-
ges , afin de pouvoir juger sciemment et sans parti pris la
situation des théâtres.
Le directeur a, dit l'article premier, la jouissance gratuite
de la salle du Capitale : voilà qui est bien. Il y a vingt-
— 3 —
cinq ou trente ans/ie-direeteur était obligé de payer une
location très-considérable, pour jouir de cette salle.
Art. 3. — Il est accordé pour l'exploitation des théâtres
une subvention de 72,000 francs.
Cette subvention est affectée par privilège au paiement
des appointements des choristes, musiciens et employés...
Voilà le don octroyé par la munificence municipale.
Quelles sont les charges du donataire? — Huit mois d'hi-
ver et vingt représentations par mois (Art. 4). — Si, pen-
dant le courant du mois, le directeur ne donnait pas le
nombre des représentations prescrites, il sera fait sur la
subvention du mois une retenue de 500 francs pour cha-
que représentation d'hiver (Art. 5). — Le traité serait,
résilié, de plein droit, TROIS MOIS après l'ouverture des
théâtres, si la troupe pour les deux genres, lyrique et
dramatique, n'était pas complète et définitivement agréée
(art. 5).
Le maire aura toujours le droit de retenir une somme
de CENT FRANCS A MILLE FRANCS par mois pour chacun des
artistes manquants (art. 5).
*+ Eh bien! vous tous qui fréquentez le théâtre depuis
longues années, combien de fois avez-vous vu une troupe
incomplète trois, quatre, cinq, six et sept mois après l'ou-
verture?... Combien de fois avez-vous réclamé en vain des
artistes nouveaux pour remplacer ceux qui étaient tombés?
Et autant de fois aussi vous avez appris qu'on ne retenait,
pas la subvention au directeur dans les proportions ci-
dessus rapportées.
Il y avait, disait-on, des considérations à faire valoir,
des ménagements à garder; il fallait faire la part des
temps difficiles ; et les ménagements et les faiblesses ame-
naient la décadence déplorable dont on se plaint chaque
jour.
— 4 _
Il eût été désirable, au contraire", que le drapeau de
l'art fût maintenu haut et ferme. La scène de Toulouse
était la première en province; elle ne devait pas déchoir
au quatrième ou cinquième rang. De qui donc a-t-on fait
la fortune, sinon des artistes et des directeurs!... Quels
intérêts a-t-on pris en main, en fermant les yeux sur des
fautes sciemment commises, sinon ceux des entrepreneurs
de plaisirs ? Ils y ont perdu leur argent, dira-t-on ! Et
pourquoi alors avons-nous vu tels directeurs revenir chez
nous et réclamer le privilège jusqu'à trois, quatre, cinq et
dix fois ?
Le mal est là. Le théâtre sera perdu définitivement, dans
peu de temps, si les errements anciens subsistent encore.
Puisqu'on maintient le cahier des charges, il faut qu'il soit
sérieux et -non lettre morte ; il faut l'appliquer dans sa ri-
gueur et non lui donner une élasticité qui se prête à toutes
les exigences d'un directeur.
„.\ Les observations faites au sujet des premiers articles
du cahier des charges seraient applicables aux clau-
ses concernant la composition de la troupe, le nombre
des choristes et des musiciens. On comprend, d'ailleurs,
que nous n'ayons à nous occuper que des points inté-
ressant le public, et que nous laissions de côté tous les
règlements^ d'ordre intérieur, de matériel, d'éclairage, de
sûreté, etc..
+*+ En présence de la faiblesse constatée chaque jour dans
l'exécution des oeuvres lyriques et dramatiques, tandis que
les prétentions des artistes augmentent dans une propor-
tion alarmante, les esprits sensés se demandent à quoi bon
les subventions municipales, sinon à favoriser des préten-
tions et des exigences qui sont la ruine de nos théâtres et
la négation de l'art.
— 5 —
Les directeurs de province devraient former une ligue
contre l'envahissement de ces chanteurs qui dévorent les
recettes et portent avec eux une odeur de faillite. Si ces
gosiers, affamés d'or, trouvaient les portes des théâtres
fermées à leur gloutonnerie, ils rabattraient de leurs ridi-
cules exigences et se contenteraient forcément du nécessaire
pour vivre.
De son côté, le public n'est-il pas bien coupable de ré-
server ses faveurs et ses ovations aux cris et aux beugle-
ments qui rappellent les bruits discordants de l'abattoir.
L'effet avant tout et quand même!!! Qu'importent le talent,
la méthode, le goût, le chant vrai!... La note a seule cours
et se maintient toujours à la hausse.
*^ Combien est loin de nous cette génération de vaillants
artistes, qui ont laissé après eux plus de souvenirs que
d'héritiers : le triomphe les accompagnait plus que la for-
tune; ils croyaient remplir une mission, un sacerdoce ar-
tistique; ils avaient étudié pendant de nombreuses années
avant de se présenter au public et de lui demander la ré-
compense d'un labeur ingrat et continu ; grâce à eux , on
savait alors ce qu'étaient le chant, le style et l'école ; on
■ connaissait vraiment les oeuvres des maîtres : c'eût été un
sacrilège d'y rien ajouter ou retrancher.
Aujourd'hui nous voyons nos artistes ordinaires corriger
le maître, substituer, le plus souvent, leur goût douteux
aux inspirations du génie, ignorer les préceptes les plus
simples de l'art du chant et, à la faveur d'une note écla-
tante, enlever les bravos du public et les écus du directeur,
tirer parti de tout, spéculer, en un mot, sur l'état de leur
gosier, et trafiquer de leurs poumons et de leurs reins plus
ou moins solides : l'étude, les principes, le goût, le res-
pect pour les oeuvres qu'ils prétendent interpréter, qu'est-ce
que tout cela, bon Dieu ! à côté du si bémol et de l'ut clièzc,

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