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Merles et pinsons : poésies par un Suisse... / Dr Henri-M. Vallon-Colley

De
112 pages
Lachaud (Paris). 1873. 1 vol. (128 p.) ; in-8.
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D' HENRI M. VALLON-COLLEY
MERLES ET PINSONS
POESIES
PAR UN SUISSE, AUTEUR DE LA PRUSSIADE
PARIS
LAGHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
. ' 4, PLACE DU THEATRE-FRANÇAIS, 4
BERNE
DEPOT GENERAL P.OU R L A SUIS SE CHEZ HUDER & C«
i873
Tous droits réservés
NOUVEAUTÉS LITTÉRAIRES ET POLITIQUES
DE LA LIBRAIRIE E. LACHAUD
Garibaldi et François //, drame en quatre actes, par le
D" H.-M. VALLON-COLLEY. Un vol. in-8 . . , .\ t fr.
La Prussiade, polîmes par le Dr H.-M. VALLON-COLLEY.
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Ces Dames et ces Messieurs à'Outre-Rhin, pol'mes satirico-
badins, par le Dr H.-M. VALLON-COLLEY. Un vol. i fr.aS
Paris, imp. Jouàust, rue Saint-Honore', 338.
MERLES ET PINSONS
D' HENRI M. VALLON-COLLEY
MERLES ET PINSONS
[OESIES
PAR UN OUÏSSE, AUTEUR DE LA PRUSSIADE
PARIS
LACHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR
4, PLACE DU THEATRE-FRANÇAIS, 4
BERNE
DÉPÔT OÉNÉRAL POUR LA SUISSE CHEZ HUDER & C°
i873
Tous droits réservés
PRÉFACE
Aimables lectrices, bénévoles lecteurs, si
vous désire^ que je puisse vous offrir demain
de mélodieux rossignols, achete\ aujourd'hui
mes modestes pinsons.
Dr HENRI M. VALLON-COLLEY.
MERLES ET PINSONS
VICTOR RUFFY >
PRESIDENT DE LA CONFEDERATION SUISSE
I
Suis-je bien éveillé? n'est-ce donc point un rêve?
Des Alpes au Jura, de Constance à Genève,
Ce cri partout est répété :
Victor Ruffy n'est plus ! Lugubre fin d'année !
Tous les coeurs sont navrés, la Suisse est consternée,
En grand deuil est la liberté.
i. Victor Ruffy, président de la République suisse, mourut a la fin
de décembre 1869.
Victor Ruffy.
II
Tes pleurs et tes regrets, je les comprends, patrie,
Car du grand trépassé tu fus toujours chérie j
Il te donna tout son amour.
A ton service il mit sa vaste intelligence,
Ses nombreuses vertus. De sa noble existence
Il te consacra chaque jour.
III
Et toi, terre vaudoise, oh! tu dois être fière
Que sur ton libre sol il ait vu la lumière,
Que cet illustre homme de bien,
A l'âme noble et droite, au coeur patriotique,
Soit l'un de tes enfants, et que la république
L'ait fait son premier citoyen.
Victor Ruffy. .
IV
Digne, simple, modeste, avec tous sociable,
Surtout avec le pauvre il se montrait affable,
Souvent il lui serrait la main.
C'était un ami sûr, obligeant et fidèle.
Il fut et restera le plus parfait modèle
Du magistrat républicain.
-. V '
Victor .Ruffy n'est plus! Aux lieux de son jeune âge,
Auprès de ses amis, sur le riant rivage
Du Léman, il repose en paix.
Dans l'avenir toujours, avec honneur et gloire,
L'on citera son nom, et chez nous sa mémoire
Ne périra jamais.
EXAMINER LE CAS
Qui se sent morveux qu'il se mouche.
MOLIÈRE.
Bis dat qui cito dat.
SÉNÈIQUE.
L'hiver avait sur notre terre
Jeté son lugubre linceul;
Dans la nature solitaire
Tout était mort, tout était deuil.
Dans un vaste manteau grisâtre
Les cieux étaient enveloppés,
Et sous le chaume, au coin de l'âtre,
Les laboureurs étaient groupés.
Examiner le cas.
Le vent soufflait avec furie
A travers les monts et les bois,
Et le ruisseau de la prairie
Avait perdu sa douce voix.
Demi-gelé sur une borne,
Les vêtements tout en lambeaux,
Un pauvre diable, sombre, morne,
Attendait la fin de ses maux.
Vint à passer, en équipage,
Un monsieur chaudement vêtu ;
Il était coq de son village
Et renommé pour sa vertu.
Il quitte aussitôt sa voiture,
Et s'adressant au malheureux :
« Comment donc, par cette froidure,
Peux-tu t'arréter en ces lieux?
Ah ! je vois, le drôle sommeille;
Il a probablement fêté
Examiner le cas,
Bacchus, la divine bouteille,
Quelque peu trop pour sa santé !
— Pardonnez, je ne suis pas ivre :
En moi voyez un travailleur
Qui va bientôt cesser de vivre,
Frappé par la main du malheur.
— Demain, viens chez moi de bonne heure,
Nous examinerons ton cas;
De cet endroit a ma demeure
L'on compte à peine mille pas.
— Soyez aujourd'hui charitable,
Oh 1 laissez tomber — j'ai bien faim —
Quelques miettes de votre table,
Car ce serait trop tard demain. »
Mais le monsieur dans son carrosse
Remonte avec célérité,
Cela malgré qu'il ait la bosse,
La bosse de la charité.
14 Examiner te cas.
À l'àube, sur là grande routéi
Un cadavre par un enfant
Fut trouvé : c'était, l'on s'en doute,
Celui du pauvre mendiant.
De ces vers voici la morale :
On ne dissèque pas un râle 1
Les pleurs ne s'analysent pas !
Nôtre monsieur était Lévite j
Lé Samaritain donne vite,
Sans même examiner te cas.
VAN N Ê Ë QÙI S'EN ; VA
ET L'ÉTERNITI!
Je suis un gouffre épouvantable
D'ofc jamais rien n*est revenu)
Ma profondeur est insondable,
Chez moi réside l'inconnu.
Du monde j'engloutis la gloire,
Sa ridicule vanité,
L'un de mes flancs contient l'histoire
Entière de l'humanité.
Î(5 VAnnée qui s'en va et VÉternité.
Mais que veut cette infortunée
Qui, là-bas, s'avance à pas lents ?
Ah ! je vois, c'est la vieille année
Ici conduite par le Temps.
« Holà ! comme ta devancière,
Succombes-tu sous le fardeau
De tes péchés? Réponds, sorcière:
Que caches-tu sous ton manteau?
Quoi ! tu refuses de répondre ?
Eh bien, avant que ton décès
Ait lieu, je tiens à te confondre.
Sans autre forme de procès. »
L'Abîme, alors, sans retenue,
Déshabille, met toute nue
La vieille, jette ses haillons;
Il ne reste sur sa carcasse
Qu'une dégoûtante besace,
D'où s'échappent par bataillons
L'Année qui s'en va et VÉternité. 17
Crimes de rois, propos obscènes
De courtisans, péchés de reines,
Monstruosités d'empereurs,
Vengeances d'amantes jalouses, ,
Cornes de maris et d'épouses,
Mensonges de prédicateurs,
Médisances d'honnêtes femmes,
Secrets baisers de grandes dames,
Désirs impurs de religieux,
Ruses et tours de doctrinaires,
Injustices d'autoritaires,
Moyens immoraux d'envieux.
Il sort cncor du sac magique
La mauvaise foi politique
Des diplomates de nos jours,
Toutes sortes d hypocrisies,
Toute espèce d'apostasies,
Du mal, du mal, du mal toujours.
18 L'Année qui s'en va et l'Éternité.
L'Abîme dit : « De ce bagage
Je veux composer une page
En l'honneur de l'humanité.
En attendant que ma promesse
Se réalise, ô pécheresse,
Rentre dans mon éternité. »
BEX'
IMPRESSIONS
Non loin du bleu Léman aux magiques rivages,
Au milieu de jardins que Flore a parfumés,
Entre des monts géants perdus dans les nuages,
Se trouve un paradis ; ce paradis, c'est Bex.
Là, tout parle de Dieu, de sa magnificence,
Les fiers sommets des monts disent sa majesté;
Les rochers, les torrents révèlent sa puissance,
Et les fleurs du vallon son amour, sa bonté.
i. Beau et grand village du canton de Vuud, rendez-vous des «Étran-
gers de toute l'Europe.
20 Bex.
Oh! quand par un beau soir on gravit la colline,
Et qu'à ses pieds l'on voit ce chef-d'oeuvre de Dieu,
L'orgueil s'anéantit, l'humilité domine :
L'homme supérieur reconnaît qu'il est peu.
L'être présomptueux, l'être dont la folie
Rejette sottement l'éternel roi des arts,
Sent* dans ce beau séjour, de sa philosophie
Les impossibles lois crouler de toutes parts.
Devant ces pics altiers, pour refuser de croire
Au maître universel, à sa force, à sa gloire,
A son titre de souverain,
Il faudrait ressembler à la bête de somme,
Il faudrait, disons-le, ne rien avoir de l'homme,
Dans le coeur n'avoir rien d'humain.
TABLE D'HOTE
Celui qui dit : « J'ai bien dîné »
En sortant d'une table d'hôte,
Quoiqu'il ait très-peu déjeuné,
Selon moi, commet une faute.
Il a peut-être anéanti,
Outre le potage ordinaire,
Une livre de veau rôti,
Un beefsteak aux pommes de terre,
33 Table d'hôte.
De belles tranches de filet,
Du poisson frais en abondance,
Une poitrine de poulet ;
Passons le reste sous silence.
L'estomac ne manque de rien ;
Mais la tête, grâce aux fourchettes,
Elle s'en passerait fort bien,
Est toute pleine de sonnettes.
Le nez est plein d'exhalaisons
Au plus haut degré méphitiques,
Qui sont autant de vrais poisons
Servant à former des étiques.
L'on pourrait, après examen,
Découvrir plus d'un projectile
Siégeant au fond de l'abdomen,
Pour celui-ci fort inutile :
Par exemple une vieille dent
Mise soudain hors de sa place
Table d'hôte. a3
Par un coup de langue imprudent
D'un gros voisin par trop loquace;
Une mèche de cheveux gris
De quelque beau sexagénaire,
Deux ou trois poils des favoris
D'un fils de la vieille Angleterre.
Engloutir des mets comme un loup,
De cheveux blancs prendre une dose,
Peut s'appeler dîner beaucoup;
Mais bien dîner, c'est autre chose.
POÉSIE
La nuit s'enfuit, la douce aurore,
Dans ses glorieux vêtements,
Vient de la ravissante Flore
Réveiller les tendres enfants.
Caché sous le naissant feuillage,
Le gai rossignol au matin,
Dans son mélodieux langage,
Adresse un suave refrain.
a6 Poésie,
Avec extase je contemple
De l'architecte merveilleux
Le grand, l'indestructible temple,
Formant un tout harmonieux.
Je sens qu'une céleste flamme
S'est introduite dans mon sein ;
Elle l'échauffé, et sur mon âme
Passecomme un souffle divin.
Par sa présence, le grand maître,
Dans mon coeur fait épanouir
Une fleur, la seule peut-être
Qui ne doit jamais se flétrir;
Et cette fleur, Dieu l'a choisie
Pour embellir son pur séjour :
Son nom, ici-bas poésie,
Là haut, dans le ciel, est amour.
Heureux sont ceux qui la possèdent,
Car ils conservent leur candeur;
Poésie, 27
Le beau, le bien, d'elle procèdent;
Elle est un ornement du coeur.
Je veux, en chantant ta puissance,
O roi complètement parfait,
Te prouver ma reconnaissance
Pour le beau don que tu m'as fait.
JE VAIS A DIEU
L'esprit cr«5«S ne peut pas pénétrer dans l'in-
térieur de la nature, pot ce que cet intérieur,
idée première, c'est Dieu môme.
(«7/i auteur allemand.)
Une mère dont le visage
Disait ces mots : bonté, douceur,
Contemplait tristement l'image
De son enfant, son petit coeur,
Qui demandait : « Pourquoi, ma mère,
Pleures-tu quand je vais mourir?
N'entends-tu pas là-haut mon père
Qui te dit aussi de venir ?
3o Je vais à Dieu,
« Il est heureux, et face à face
Il contemple le Tout-Puissant,
Au sein duquel est une place
Pour moi, car je suis innocent,
« N'ai-je pas lu dans le saint livre
Que tous les enfants vont aux cieux ?
Tu vois donc qu'en cessant de vivre
Je ne serai pas malheureux.
« Avec mes bons amis les anges
Je pourrai chanter les louanges
Du Père de notre 5 Sauveur.
Toujours, toujours a* ans l'allégresse,
Jamais un instant de tristesse
Ne viendra troubler mon bonheur.
« Je sens que je quitte la terre,
Adieu ! je vois le ciel ouvert ;
On m'appelle... Adieu donc, ma mère!
J'entends déjà le saint concert. »
Je vais à Dieu. 3i
Et l'inhocente créature,
En bénissant son Créateur,
Revit le sein de la nature
Oul'attendait son Rédempteur,
PUISSANCE DU PAYS NATAL
I
Quand le pauvre ouvrier, après dix ans d'absence,
Revoit les lieux sacrés de sa première enfance,
Un père aux cheveux blancs, des frères, des amis,
Il oublie à la fois tous ses maux, et s'écrie :
« Je suis heureux ici, mieux vaut dans ma patrie
Être pauvre qu'aisé dans un autre pays. »
34 Puissance du pays natal,
II
Quand le tambour de Mars, quand la voix de Bellone
Se sont tus, que la paix de sa trompette entonne
L'hymne conçu là-haut par le Père éternel,
Le valeureux soldat, le fils de la victoire,
Oublie en un moment ses lauriers et sa gloire
Pour une simple fleur du jardin paternel.
III
Le libertin venant de la terre étrangère,
OU nuit et jour il a vidé la coupe amère
Des coupables plaisirs dans les antres du mal,
Sent son coeur sec et froid battre dans sa poitrine
Lorsqu'à ses yeux blasés apparaît la colline
Sur laquelle est bâti le village natal.
Puissance du pays natal. 35
IV
Le vieillard couvert d'ans, qui se meut avec peine,
Tout à coup rajeunit quand le sort le ramène
Sous l'humble toit témoin de ses jours de printemps.
Pour lui le souvenir entr'ouvre du jeune âge
Le poétique livre, et ses yeux, à la page
Intitulée : Amour, s'arrêtent bien longtemps,
V
L'amant désenchanté sent tressaillir son être,
Dans son coeur ulcéré l'espérance renaître,
Lorsqu'il foule, rêveur, le sol de son berceau.
« Elle m'aimait, dit-il, mais, faible créature,
Dans un jour de faiblesse elle me fut parjure,
Et déserta mon coeur comme un chef son drapeau.
36 Puissance du pays natal.
VI
« Maintenant que la mort a pris ma fiancée,
Je rentre chez les miens, sa faute est effacée,
Du voile de l'oubli son infidélité
Est couverte à jamais, de coeur je lui pardonne i
Le souvenir le veut, le passé me l'ordonne,
La voix du vent natal dit : pardon, charité. »
LES AMIS
Avant de me lancer sur la scène du monde,
Mes amis sont venus me faire leurs adieux.
« Prends bien garde, ont-ils dit, cette terre est féconde
En hommes corrompus, passant pour vertueux.
« Sache bien discerner. Écoute-nous, mon frère :
Suis, sans broncher jamais, le chemin de l'honneur ;
De la vertu, toujours, suis la sainte bannière,
Elle te conduira vers l'éternel bonheur.
« Si, tout en restant pur, prudent, courageux, sage,
La misère paraît un jour sur ton chemin,
Sur l'océan du temps si tu faisais naufrage,
Tous d'un commun accord nous te tendrons la main. »
4
38 Les Amis.
Et je partis content. Mais sur la route humaine,
Au lieu de fruits exquis et d'odorantes fleurs,
Je trouvai des chardons, je rencontrai la haine
Et le vieux vice, à qui l'on rendait des honneurs.
Sans crainte je marchai sur la ronce et l'épine,
Je combattis la haine avec la charité,
Je terrassai le vice, et gravis la colline
De l'austère vertu, non sans difficulté.
Mais au sommet du mont je trouvai la misère
Narguant amèrement uli homme jeune encor :
C'était un écrivain dont l'âme noble et fière
Avait mépris de l'or.
Me souvenant alors de la sainte promesse
Que firent mes amis le jour de mon départ t
« Frères, dis-je tout haut, je suis dans la détresse;
Venez, secourez-moi, mais venez sans retard. »
A ces mots l'écrivain part d'un éclat de rire,
Dans ses yeux presque éteints soudain un éclair luit,
Les Amis. 3g
De sa tremblante main il saisit une lyre
Et chante ce qui suit :
« Offrez aux amis la folie,
La bonne chère et la gaîté,
Ils vous promettront pour la vie
Conseils, appui, fidélité.
« Mais si l'inconstante déesse
Vient vous retirer ses faveurs,
Je dois le dire avec tristesse,
Les amis retirent leurs coeurs.
<« Pourtant, trois fois honneur et gloire
A ceux qui, combattant le mal,
Peuvent remporter la victoire,
Car ils ont Dieu pour idéal.
« Si trop souvent sur cette terre
L'homme de bien est délaissé,
Il sera par Dieu, notre père,
Divinement récompensé.
40 Les Amis,
« Luttez, luttons avec courage
Pour la vertu jusques au soir :
Alors, à la fin du voyage,
Nous aurons fait notre devoir. »
SOUS LA CANTINE FÉDÉRALE■«
I
O patriotique cantine!
Immense et bruyante cuisine,
Je dois avouer que l'on dîne
Sous ton toit fédéralement;
Que l'on y trouve du liquide
Si pur, si chaud et si limpide,
Que chaque tireur au moins vide
Trois pots quotidiennement,
i. Dans les tirs fédéraux suisses ta cantine peut contenir <i,ooo per-
sonnes. Entre midi et une heure, pendant les dix jours que dure le tir,
ces 6,000 places sont presque toujours occupées.
4.
42 Sous la cantine fédérale.
II
Le colonel, par trop obèse,
Le gros-major, qui deux cents pèse,
Trinquent là, sans gêne, à leur aise,
Avec de modestes chasseurs ;
Et, chose vraiment incroyable,
Un créancier, dur, implacable,
Rit, jase, en un mot fait l'aimable
Avec de mauvais débiteurs.
III
Voyez ce brave aristocrate,
Au port, au regard d'autocrate,
D'un redoutable démocrate
Serrer la gigantesque main.
Tous deux montent à la tribune
Sous la cantine fédérale. 43
Et, joyeusement, sans rancune,
S'embrassent plutôt trois fois qu'une,
Grâce à quelques verres de vin,
IV
Pendant une longue semaine,
Un impétueux Démosthène
De notre Suisse souveraine
Vante les éclatants exploits.
« Ah ! si l'horizon politique
S'assombrissait, la République ,
Dit-il, se montrerait épique
Pour protéger ses biens, ses droits. »
V
C'est naturel. Or, ce langage
Que vous tenez est d'un autre âge;
44 Sous là cantine fédérale.
C'est, monsieur, du pur rabâchage :
Tant pis pour votre vanité.
Est-il possible qu'il s'amuse,
Le bon public, quand on l'abuse
Avec des mots ? Non, car tout s'use,
Même la longanimité.
VI
Vous permettrez donc, je présume,
Qu'avant de déposer la plume,
Grands orateurs, je me résume
Par le peu de mots que voici :
A la cantine, il faut le dire,
L'on a tout ce que l'on désire,
Tout, excepté le mot pour rire :
Ne pourrait-on l'avoir aussi ?
RÉMINISCENCE
Dans les|neuf dixièmes des cas, le moi dont
fait usagejlo poûtc n'a absolument rien de per-
sonnel. S'il en était autrement, ces messieurs
scraicnt.singullèrement présomptueux.
Aujourd'hui, Léman enchanteur,
Témoin de mes amours passées
Et de mon candide bonheur,
Vers toi retournent mes pensées.
Doux souvenir, ravissante soirée,
Transports divins, soupirs, tendres serments,
Premier baiser d'une amante adorée,
Sortez, sortez des abîmes du temps !
46 Réminiscence.
Heureux passé, de ce magique rêve
Qu'on nomme amour, oh ! rends-moi les douceurs ;
Rends-moi, rends-moi la blonde fille d'Eve
Qui sur mes pas sema jadis des fleurs.
Dans tous ses traits tu régnais, harmonie;
Sur son beau front on lisait : pureté ;
Dans ses yeux bleus je voyais du génie
L'éclair qui mène à l'immortalité.
Ange chéri d'éternelle mémoire,
Je te craignais plus qu'Ulysse les dieux,
Je t'aimais mieux qu'un jeune auteur la gloire,
Et le sein de la mer les cieux.
Pourtant, ce jour, ô chose bien étrange !
Tu me parus comme un printemps du Nord ;
Ton coeur battait, mais ta bouche d'archange
Ne s'ouvrit pas pour m'apprendre mon sort.
Désirais-tu des bords plus poétiques?
Rêvais-tu donc de plus riants coteaux ?
Réminiscence. 47
Ou pour témoins, vierge aux formes antiques,
Voulais-tu donc des parages plus beaux ?
Non. Tu voulais que de notre hémisphère
Se fût enfui le roi brillant du jour,
Que de Phoebé l'amoureuse lumière
Au lac azuré fît la cour.
Ce moment vint : avec lui vint le nôtre,
Car ce soir-la, reposant sur mon sein,
Tu dis tout bas : « Crois-moi) jamais un autre
N'aura mon coeur, n'aura ma main. »
Aujourd'hui, Léman enchanteur,
Témoin de mes amours passées
Et de mon candide bonheur,
Vers toi retournent mes pensées.
LA MUSE
Un jour, accablé de tristesse,
Abandonné de mes amis,
Je regrettais de ma jeunesse
Les heureux jours évanouis,
Ces douces heures de l'enfonce
■ ■'■'..t. ■'.,,.
Oti tout nous sourit ici-bas,
Oh la couleur de l'espérance
Se montre partout sur nos pas ;
5o La Muse,
Ou l'on ne croit pas que la rose
Cache l'épine dans son sein,
Et que la fleur que l'on arrose
Recèle souvent du venin,
Quand tout à coup je crois entendre
Distinctement les mots suivants :
« Sois homme, cesse de répandre
Des pleurs sur tes jours de printemps.
« Laisse le passé dans l'abîme
OU le temps l'a précipité,
Imite l'aigle au vol sublime,
Va conquérir la liberté.
« La liberté, c'est le courage ;
La liberté, c'est l'avenir ;
Mais le passé, c'est l'esclavage s
Résiste donc au souvenir.
a Viens, je serai ta conseillère,
L'amie intime de ton coeur ;