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Mes fantaisies . Troisième édition considérablement augmentée

De
344 pages
Delalain (La Haye). 1770. 363 p. : fig. ; in-8.
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MES FANTAISIES.
Ludlbria venus.
TROISIEME ÉDITION.
Considérablement augmentée.
A LA HAYE,
Etfe trouve à Paris
Chez D E L A L A I N Libraire, rue |Je
Comédie Françaife. 'à'i
MI D. c C. L X X. x
-J:
.3.: iL
Sur -la Poëjîc par-
Fugitives.,
H Jr e p u ï s qui Homère le premier &r
le plus parfait des modèles 9 a enchanté
ce trifte globe par le charme des vers,
la Poëfie • a droits fur les
•j eœurs fenfibles
qui connoiffènt le prix d'une erreur x£
fôuveht utile à la vérité. ;Cet Art ie plue
fous le beau:- ciel de la- Gréée.
La* Patrie du Peintre^ d'Achille fut auflîL
celle des fidions brillantes de l'Élo-
^C}| que l'ignorance n'atteindra jamais
pardonner lies conquêtes ei^
^S Disco U R £
faveur du talent de lès chanter.
du Tibre ? iî fouvent Jonchées de morts y
fe couvrirent de rieurs aux accëns d'Ho-
'race, de Virgile &• de Tibulle. Grâce à.
ces Philôfôphës un Jbi|f doux
pénétra dans ce deuil immense répandu
Entre les Nations modernes les Ita-
liens 8c les Anglois: fe font auffi diftin-
gués par leur goût pour cet art-confolà-
teur. Les derniers furtout avoient befbinc
de fa magie pour éclaireir cette mélan-
colie fombre qui les consume, -ôc^ vain-
cre cette férocité infulàire qui peut-être,,
fans les Popes ISt les Miltons?vauf oit
produit des montres. Gromwel n'aimoit:
Mor-
tels à qui la Nature^ dans leur infortune
a laine un hochet pour les, diftraireôc
les' empêcher de devenir barbares i ^s&
P RÉ L I*M I JW AIR E.. ,)
Allemands aujourd'hui Semblent avoir
recueilli quelques-unes de ces étincelles:
poétiques long-tems égarées fous" les
cendres d'Athènes 8c tes débris de l'an--
tienne Capirale du Monde mais la
France eft toujours lexique les Mules
affectionnent davantage elles y réfiftent
aux chocs des aux
dégoûts de la frivolité yâ l'ingratitude
de ces. Oifîfs > dont le luxe endurcit
qui aimeroient mieux être
accablés d'ennui que
mer ce qui leur donne des plaifîrs.:
S Je • vai& cuivre les révolutions de la
Focfie parmi nous je remonterai )uf|-
grès fes jours de force ou de langueur
§ç
le genre efTais.
.*̃'
ïo o*v r s
d'e.fquiiTes quand elles font rapides:
deviennent intérefTàntes en ce qu'elles
raÏÏèmblent fous un feul point de vue
l'ouvrage de plufieurs Siècles rappro-
chent- les- nuances épàrfës? d'im grand
tableau & ^fixant en quelque foité l'é-
ternelle mobilité de l'éfprit hitmam. Ee-
dépôt des
jourd'hui en d'innombrables analyses qui
tes font circuler èc les rendent plus ra-
milières la multitude. Cette méthode
contre laquelle on a déclame placé les:
tréfors de la Science à une hauteur où
l'on peut les a.tteindre elle favorise la
parene en multipliant les lumières, & > "$
elle empêche de découvrir de s fources
nouvelles elle tire au: "moins des an-
ciennes coût ce quelles peuvent fournis?
d'agrément ou d'utilité. C'eft ainfiquQ
l'eau des grands Fleuves fe fçfferre '©îx-
il
aiy'
tailla canaux fouterrains, pour aller ern>-
bellir nos. Parcs & abbreuver nos prai-
Nos premiers Poëtes ri nous voulons
les; chercher jufques dans les Gaules »
font connus fous le. nom de Bardes. Ils
compofoient des vers les Druides les ré-
• citoient. Ces. Prêtres en. fçayoient quel-
quefois jufqu'a vingt, mille dans leir
quels étoient renfermés les. fecrçts de la
Keligion 8c les dogmes de la Théologie»
]\£ais je ne veux point me perdre dans
cette antiquité où l'on ne trouve que
nuages qu'incertitudes. Je. laine ces
4ifcu,n'Iqns minucieufes, à la Patience dès
Compilateurs. On en cite un. qui/affirme
hardiment que les Patriarches, avant le
déluge, n'étaient point du tout infénfibles
•à la Poëfie que notre premier Père
fôns le Paradis terreftre faifoit pour ia,
il Discours
chère compagne de très-jolis Madrigaux
8c que les Anges même, au moment de
la création entonnèrent en vers les
louanges du Créateur. Ces. a-bfurdités ne
font bonnes qu'à faire voir jufqu'bu peut
égarer la manie des recherches, quand
elle n'eft point- dirigée par le goût 8ç la
Philofophie. Je n'examinerai pas non,
plus fi nous devons la rime
te des Romains y û elle nous vient des
Provençaux, ou leur eft antérieure. le-
quel en eft inventeur, de Paul Diacre
ou du Pape elle entra en France y.
par le Nord ou le Midi, par l'enrremife
des Maures des Goths ou des Arabes*
Cela ii'iïitérefîè perionne.
Geux qui cultivoient notre Poëfîe dani
fon premier âge formoient des troupes
errantes à peu-pres comme celles, de nos
Comédiens de Campagne des Eiïàinï.
Préliminaire. ï $
Poétiques fe rcpandoient de toutes parts
ils"afliégeoient les Châteaux-* les Palais,
Se récitoient à tout venant des vers tu-
deiques qu'ils appelloient modérément
le langage des Dieux. Les chefs de fa-
mille menaient avec eux leurs femmes 8c
leurs enfans qui naifïbient dans le fein de
la rime & n'avoient qu'elle pour hérita-
ge. Tous ces Âmphions voyageurs écoient.
admis à la table de nos Rois qui les rai-
foierit vivre, &: a qui comme de;raifon,
ils promettaient rimmortalké. La louarir
ge adroite ou non fut la première le-
dudeion qu'employa la Poëne pour fe
concilier la bienveillance des hommes &c
les Grands mirent bientôt de 1-impor-
taùce à des chanfons qui flattpient leur
oreille en chatouillant leur vanité.
Les préparatifs des Çroifadesjsjaièr-:
enthouliafme précurseur des grands évéÿ
îiemens le vertige facré qui agitoit l'Eu-
rope toutes ces causes réunies firent
éclore des légions de Poètes belliqueux
qui s'armèrent pour 1 è Saint tombeau ôç
s'en alloient rimant contre les Sarrafins
-tnais les noms de tous ces guerriers ne
font pas venus jafqu'à nous; on né Se
ibuvient que de leur zèle & de leur ex-
trayagance. Une telle révolution changea
cependant le cara&ere des ouvrages il
ny était queftion, avant elle. que de
Charlemagne j de Roland j dé Renaud de
Montauban du Roi Artus,-du Chevalier
de la Table Ronde noms fuccé-
dëreniù ceux de Bouillon de Soliman de
Noradin des Califes & des Soudans. Ces'
rimeurs Catholiques ne s'épargnoient pas
fur-tout les Satyres contre les Turcs & ce
Paydi de Mahomet! ilsaurôieiitàu belbin^
P R E t I M IN AI R È. 1%
fertile Jérufalem pour en mieux extirper les
racines de la Religion Mufulmane.On voit
par là que le Fanatifme les avoit tant
foit peu- gagnés êc que les Pactes dans
tes temps de crife au lien de s'élever
contre les panions des Princes en étoient
les plus ardens Apologistes.' Il ne parôîc
pas que depuis ils fe foient corrigés de ce
défaut y Se ce ïeïa Pour eux une tache
éternelle aux- yeux de la ration & de
l'humanité. «•
Parmi tant de noms oubliés & fi di-
gnes de l'êtxe, il eneft un que répéte-
ront dans la poftérité la plus reculée les
Amans & les Philofophes c'eit celui
d'Abélard dont la feience les réflé^
xions & le génie vinrent échouer contre
un ïbuqre d'HéloïfeV & dont les mal-
heurs ont ouvert une loufice ';de larmes
qui ne fe fermera jamais dans tous les
t& ô
coeurs fenfîbles. Il entremêlut les fleurs
de la Poëfie aux épines théologiques &
îorfc|ue des études incertaines offufquoient
fes yeux les rayons de la Divinité 3 il
les retrouvoit avec tout leur éclat dans
les regards de fa maîcrejffe. Les vers qui
lui échappoient alors refpiroient la
paffion, la volupté, l'amour les jeunes
Amans fe les rappelloient dans le calme de
la folitude j ils y retrouvoient la peinture
enflammée de leurs peines,de leurs plaifirs
& de leurs fentimens. Abélard fut à la fois
lë Savant le plus profond; le plus aimable
des hommes, &: certainement le plus pei-
fécuté. Né avec une ame brûlante il re
vit obligé de s'ensevelir vivant pour
pleurer l'impuiuance de fes dedrs, l'inu-
tilité de fa riiicn & cette loi dufort qui
le ne paner .en quelque forte par tous les
grades de l'infprtune, Son exiftence ce-
pendant,
B
pendant, toute orageufe toute pénible,
toute horrible qu'elle fût, me fembleroit
préférable à celle de ces Érudits orgueil-
leux, qui croyent reculer les limites de
l'esprit humain en pofant les bornes du
leur, achètent du facrifice de leurs paf-
bons ,le droit d'être infenfibles pour les
autres, & ne laiflènt en entrant dans le
tombeau que des noms qu'on abhorre Ôc
<?es volumes -qu'on ne lit pas.
Je me fuis trop abandonné, peut-être
en parlant d'Abélard j mais lorfqû'on
«çrît pour foulager fon coeur, & distraire
fon imagination on fe permet tout, ce
'qui peut attacher l'une ou intèrefïèr l'au-
tre. La crainte de la critique doit céder
au plaifir de fe fatisfaire & il faut bien
fe garder de toucher à un défaut quand
il eft le réfultat d'un fentiment.
Les Poëtes qui vinrent après l'Amant
Il JD î S C O V R S
d'Héîoïfe n'eurent ni Ion mérite ni
réputation c'eft un Hélynand qui fut
Moine pendant fa vie &*dont on fit
un Saint après fa mort $ un Hugues de
Bercy Auteur d'une Satyre fanglante
qu'il nomma la Bible de Guyot ua
Raoul un Face Normand &c 3 &c Sec
Thibault, Comte de Champagne ie dift
tingua dans cette foule c'eft qu'il aûnoif
& qu'il chantoit 1* Amour. Il mêla le. pre?
mièr les rimes mafculines aux féminines
& fentit les graces de ce' mélange l'A"
riofte le TaflTe le Cavalier Marin trans-
porterent cette nouveàuté dans leurs
Stances qui en acquirent. plus de charme
& d'harmonie. Les Chanfons de Thibault
furent très eftimées & eurent beaucoup
d'imitateurs elles célébroient la beauté
de Blanche de Caftille Mère de Saint
Eouis. D'après cela, il. n'y
P Ri L ï M I tp
Bij
limeur qui ne fe fît une Reine à fa
guife -j pour laquelle il s'épuiibit en Ma*
dtigau)t amoureufement gothiques. De4à
font nées les Iris en l'air les chaînes
les martyres 1 toutes ces phrâfes douce-
reufes qui vieillirent dès'leur nouveauté
êc font venues depùis afâdir nos Éclo-
gues nos Idyles, nos Élégies fur-touï;
nos Opéra..
Au milieu de tant de Ghanfons oit
vit éclore le Roman de la Rofe, que lg$?
gens dé goût eftiment encore
df'hui:il fut commencé par Guillaume de
Lorris 9 ôc continué par Jean; de
e'èft une èfpéce d'art d'aimer
Ci eft le Roman de la Rofe
Où cent: Tare d'amours ell enclofe.
Il renferme les expreflîoiis vivesdej
.cette pafllon iî doue© &? & cruelle » qj»*oi*
I S le v R S
ne fe lancera jamais de peindre, •& doiit
les peintures font toujours mtérefïantes
même pour les malheureux qu'elle a faits.
Cet Ouvrage éprouva tout ce qui ac.
compagne les grands fuccès les éloges
outrés & les contradictions ridicules.
Les Religieux qui s'y voyoient makrai<-
tés trioient au blafpkême les Prédica-
teufs lançoient contre lui toutes les fou-
drès de l'Éloquence Apôftolique 8c
Gerfen, Chancelier de l'Uni verfité, crut
l'enfevelir fous un énorme Traité Latin;
qu'il compofa à ce fui et avec toute la
fougue de mais les Giâces
toujours vidorieufes fe jouent des criail-
leries des Moines, des Anathêmes de la
Chaire, & du Latin de i'Univeriité.
Les partifans du Roman de là Rofe
tombèrent dans un autre excès a les
entendre c'étoit le Livre universel.
ri
Fabie,Hiftoire.> Morale, Théologie, Reli-
giotijChymie, tout étoit renfermé fous cet
ingénieux emblème. Cette Rôle, d'après
eux repréfentoit tour-à-tour la Science,
h Sagefle les myftères de k Gmcc la
•Piété Chrétienne Scie Port du Salut:
quelques-uns même y appercevoient k
Rofe virginale de Marie 3 la. blanche.
le Rofier de tout bien'
gloire j
fencedé D'i€u.
Quel délire de part Se d'autre Il eft
clair cependant que cette Rofe fî mat
attaquée, fi mal défendue, eft abfolument
la même qui fut tranfpkntéê depuis à
POpéra-Cbmique par l'Auteur de 11
Métromanie.
u
Quoi qu'il en foit ce Roman célèbre
fut en quelque forte l'Aurore de la Poe-
fie Françoife j il eft à la fpis voluptueux
& fabrique, J-es Femmes furtout n'y
font pas ménagées > les Epigràmmes
contr'eiles y reviennent à tout moment^
voici une
Pénélope même il prendroit,
Qui bien à la prencjïe enteadroit.
Quand cela feroit faut-il le dire avec
cette diareié & outrager un Sexe char-
mant qui n'a pas,toujours le courage de
.le défendre contre les. idées de bonheur
nous attachons a iTes foihlefTes i
Après cette production les Mufes fe
̃reppfêrent long-tems? Dans cet inter-
.yalje files n'accordèrent leurs faveurs
qu'à quelques Moines, & entr*AUtres a
du, graad Couvent
Enfin grâce k Froijfard on vit naître
Préliminaire*
"B.m
le .Chant Royal j la Ballade* lé Lai ±
le Virelai ,1e Triolet, \è Rondeau Se
toutes les Pièces à refrain. Ce Froiffard*
que nous connoifïbris comme
6t auffi beaucoup de vers il., mettoit à
la? tête qu'ils avoient été compofés èk
comme dit Boileau,
dans ces fiétles^rôfliers£
l'art confus de nos. vieux Romancier
Ce Villon avoit quelque mérite, mais,
fa vie eft pleine de détails qui repu*
gnent. Ses licences plus que poétiques lèV
mirent aux prifes avec le Ghâtelèt > & il
paroît par les plaifanteries.qui lui échap-
pèrent alors,, que c'étoit uri homme fanfe
honneur ô? fans aucanë forte de fenfibili»
té. Je ne fçais. commërit on s'arrête *ltier
ces anecdotes fliétniïàntes pour la Litté*-
ne peut on^ plutôt cacheta
24. D S C -O U R s ̃
la pointé les noms des malheureux qui
ont déshonoré leur talent, &: n'ont. pas
fenti que la première gloire eft celle des
mœurs & de la probité?
Les Ouvrages de Villon quoique
plus corre&s., ne ferwirent point aux
progrès de la Poéfie au contraire ceux
qui le fuivirentr la défigurèrent au point
d'en faire un art méconnoilïable & bar-
bare. Ce plus qu'un amas de
mes laborieusement: encaffées. les unes
fur les autres; leurs noms étoient la Ba-
telée y la Fraternifée la
Senée- la Couronnée j YEmpéricre 4
Bionftraeux abus de la patience êc de l'ef-
prit humain. Ce mauvais goût infeda
tous les écrits il donna des entraves à
la ra,ifon 3 au fentiment j & les Poètes
alors n'écrient que des enfans imbéciles
Préliminaire. 25
ou des Bateleurs coupables. La fureur
des rimes bizarre n'eft pas la feule ma-
nie qu'on ait à leur reprocher. Pour
comble de ridicule ils arrangeoient
leurs vers avec une telle fymtnétrie &
des combinaifons fi ridiculement in-i
génieufes qu'ils en formoient toutes for-
tes de figures comme des triangles >
des ovales des croix des fourches .des
râteaux. On a confervé cinq de ces
Pièces, qui représentent un autel, ua'
œuf des ailes & un Jlflet ce dernier
convient merveilleufement a de pareilles
inventions, Bc aux Rimailleurs Automa-
tes qui fe font j joué ce point de l'in-
dulgence de leurs Contemporaines.
L'excès des extravagances annonce
qu'elles touchent i leur terme. Marot
les fit oublier. Voici le moment où la
Paéiie fort en quelque fbite de fbm
x4 e Disc o u r §̃
çahos prend une forme plus régulière*
Se s'embellit par dégrés, fous les pin-
ceaux de Clément de Saint Gelais
de Belleau de Roniard & & de Baï£.
Malherbe lui donne encore plus de pom-
pe ôc d'énergie il ébauche en elle ces
traits de force & de majefté qui fe dé-
veloppent enfin fous le beau fiécle des
Corneille, des Racine, des Boilean &
des la Fontaine. Le nôtre a. ce qu'il
avons je crois, des. rivaux à oppofer aux
plus beaux génies qui ajent ilJutlré le
règne de Louis XIV. La Philofophie-
a ouvert le champ des connoifïàrices où
la Poéfie elle-même a cueilli des fleurs,
moins pallàgères & de plus folides or-.
nemens. L'augmentation du luxe l'a-
mour de la nouveauté fappiéciation plus
jufte des titres &c des rangs une forte-
P RÉ L I M I N AI R E.
d'indépendance dans les opinions tout
cela donne plus de mordant aux efprits Se
au goût plus de délicatelïè. Les grands
Hommes que je viens de nommer en
nous applanilfant les difficultés de l'art >
:nous ont laifïe le temps de penfer davan-
tage Le travail de l'Arcifte ne nuit pas
de nos jours aux études du Philofophe
Se nous fommes d'autant plus avancés
qu'on a fait pour nous les premiers pas
qui ne font pas les moins difficiles. Peut-
étre eft-il quelque partie plus négligée
iwlie que laComédiejportéeà fa perfection
par Moliere & voifine aujourd'hui de fa
décadence; mais il en eft d'autres dans
lesquelles nous )le J^voris rien envier l
nos prédécelïèurs.
Parmi les genres où nous excellons >
la Poefie légère efl un de ceux que nous
avons le plus perfectionnés; On a vu naî·
28 Vis C o ir m s
tre depuis quarante ans une foule de Pie-
ces fugitives qui font devenues le charme
& Tamufemenf de la Société. Il ne faut
point les juger par leur peu d'étendue
msis par les graces tantôt badines., tantôt
voluptueuses qu'on y doit répandre par
la gaîté franche,, la peinture vive des
moeurs., & ce cachet d'originalité qui en
doit être le principal caraâere. Dans cet-'
taines productions le Poete eft «contraint
de difparoîrre fous des. Perfonnages em-
pruntés qu'il. fait parles bien ou. mal. Il
fe montre dans quelques-unes avec un
attirail fatigant pour lui & pour les au-
tres la, il n'a point d'entraves à f,e
donner il eft exempt de ces. convul-
fions préliminaires qui dans la régie
doivent précéder Finfpiration. C'efl:
l'homme que l'on cherche c'eft lui qu'on
eft cenfé voir & entendre ^il parle., il*
Préliminaire. i$
converfe il s'abandonne à cette indlfcré-
tion qui fait honneur l'ame qu'elle tra-
hit. Ses goûts, fes penchants, fes hu-
meurs fes défauts même, tout lui échap-
pe, comme G. le Public ne devoir jamais
être dans la confidence. S'il eft vrai qu'un
Poète fe peigne dans fes écrits c'eft fur-
tout dans ceux dont il eft queftion. Il y
eft froid dès qu'il fe mafque j il faut qu'il
y foit Amant, Convive, Ami Se que foîi
cœur fe réfléchifle dans tous les tableaux
que colorie fon imagination. Voilà pour-
quoi ces fortes de Pièces doivent être
courtes & rapides elles font le* fail-
lies du moment tout leur fel s'évapore
dès qu'elles annoncent le projet. Qu'on
life Horace on verra chez lui le précepte
renfermé dans l'exécution. Exceptez -en'
les Satyres, l'Art Poétique, quelques
Odes dans le goût de Pindare > ce Poète
D i s C o tr é. y
charmant eft tout en Pièces fugitives
Ce font autant da petits chefs-d'œuvres
que la volupté même adirés a la pareflè*
& que lep Mttsfes ont recueillis pour en
faire les délices de la poftérité. Ce genre
çonvenoit parfaitement au tour d'efprit
d'Horace {on. caractère volage à
la vie difïlpée qu'il menoit chez Mécène,
$c qui ne lui permettoit pas de s'ünpofer
la charge d'un long ouvrage. Entraîné
par le tourbillon de Rome il faiiîfïbit en
courant les nuances les plus délicates
fur-tout il fe peignoit lui-même avec ces
couleurs vraies qui prêtent à la né-
gligence même un charme que n'ont pas
des beautés a prétentions. Tantôt il vante
l'illufion d'un amour naifTant tantôt il
remporte contre la perfidie d'une Mai-
greffe. Pour fe confo ler il ordonne à un
d'apporter des rieurs & du. via j
Pue limitai ke.
il' célèbre les charmes de la jeune Phi*
dylé plaifante fur la coquetterie de la
vieille Chloris prend congé de i'Amout
avec humeur & l'infant d'après chante
amoureufement une hymne à Vénus là i
c'eft Bacchus qu'il implore & qu'il prie
de Faidera bien recevoir Meflàla j: plus
loin, il annonce à Lamia de Forage poai
le lendemain, & lui recommande d'a-
doucir la rigueur du temps par le plains
de la table. Ne croiroiton pas; en ^2$?
courant tous ces Sujets, être dans la fa*
miliarité d'Horace ? Il vous tranfpoi-ce i
fon Tivoli, entre Philis & Ligurinus 5
vous devenez le témoin de fes fêtes, le
confident de fes amours & l'admirateur
de fes chanfbns. Ce qui achevé fon élo-
ge, c'eft ce mélange de raifon qui percei
4 travers fon badinage on trouve plusdé|
morale dans les efquife de
32 Discours
lofophe, que dans les traités approfondis
de tous nos Moralises. Ce point cette
Philofophie orgueilléufe qui fe charge
avec confiance de l'inftruction de l'Uni-
vers, n'eftime que fes opinions, n'aime
que fes Pï ofélytes & verfe autour d'elle
le fiel brûlant de la. mifantropie c'eft celle
qui fçait rire & pardonner, qui fe joue en
quelque forte autour du coeur humain
pour mieux faifir l'inftantd'y pénétrer; 5 eft
toujours fimple, ne dogmatife jamais, Se
adoucit, par des Fables aimables les traits
aufteres de la vérité. La Philofophie d'un
Poète doit être fans affiche. Il faut qu'il
la puife dans fon coeur, & qu'elle fe mêle
à fes ouvrages comme l'air ce fluide
imperceptible,s'infinue dans tous les corps
fans que l'œil s'apperçoive de cette opé-
ration de la Nature. Un vrai Sage eft
indulgent j c'eft d'après fes propres par-
fions
c
fions qu'il doit raifonner fur celles des
autres c'êft de fbn aveuglément qu'il
doit emprunter le flambeau dont il éclaire
ce qui l'environne l'infenfibilité féche
esprit, ,& refTerre les idées, De-U nai£-
.fént les conjectures vagues, les^ faux ju-
gemens les déclamations faftueufes, tous
ces froids apophtegmes pour qui Fanié
n'a point d'oreilles. Il faut avoir vu'les
tempêtes pour ofer les décrire enfin c'eft
parmi les peines & lès I plailirs dans les
chocs de l'amour &'de
du rein des foiblefles & des erreurs que
s'élève cette voix intéreiTante &' vi&o-
rieufe qui inftruit les malheureux en les
attendriflànt rait aimer la Raifbn§* jperr
fuade le
-l'attrait même du -bonheur qu'il âvoit
vVoilà mes Sages voilà ceux que j'irai
j 4 S© $ C E^fÉU '•
de jplûs
uoisjaîe uu Maîtréc» \& ^confult^ Horac»
Bruyejje dont jamais eoiinue. a
i.l Je ,m'arrêterai, un moment fur ce Poete
célèbre qui te premier a mis en vogue le
rifquer quelque
bonne Àfaifon,
avoit
brillante l'ame fenfible .pleine
de ejialeut, ouverte aux douces iiu-
de: ces
lités il fe çrouva
qu'on appelle bonne Compagnie^ qui
feule pouvoic faire
Cij
Çpnû
|ç la de
sent & Tadfliirent da^s
Les Gens de
voient de vrais
à fe tenir en Y'^
tolencQ des
rejeté que datte çetfe
qui fe erpyent ..du j^Jent
qu'ils prônent ver%itf
fur fe||W qui neibnt
^Jane^ni ferçgt janiais|)ar les!
vers de l'Abbé de Chaulieu &: par la
§oç|ét;jé qui les
Lycée, où les .Mutes le. jpuoie^t
les l'efprit aig.uiUQnnié par, la
confiance écoit toujours defarmé par '4
j£ "D;1 S C 0 U k S
délicateflè j ou malgré le bon ton ré*
gnoit encore cette cordialité fans laquelle
le rire n'eu: qu'une grimace inventée pour
déguifer l'ennui. C'eft-là que l'Ami de
la Farepuifoit ces tours heureux cette
aménité, cette fraîcheur de coloris
répandue fur tous Ces Ouvrages Il eft
diffus, incorrect mais pénétré de ce qu'il
écrit qualité piécieufe à qui l'on doit
le peu de bons vers qu'on lit encore.
Peint-il Lifette avec un chapeau de
fleurs ? On voit qu'il avoit fouvent
consulté fon modéle. Il ne parle de la
gôutte que comme un Maître dans Fart
de jouir j & dès long-tems exercé aux
plaifirs qui la précédent. Sa morale même
eft toute en fentimens. Chez lui, les idées
de la deftruârion n'ont plus rien d'affreux
il fe familiarife avec elles & n'en âvan-
ce pas moins dans les délices de la vie
Préliminaire, f%
Cui
quoiqu'elles le rapprochent dm ternie
dont il ofe envîfager G!efc
que fbn Epicuréifme affranchi de l&f&si
vitude des préjugés fe repréfente au
bout de fa carrière un Dièuabon qui
lui tend les bras non un Tyran imaginai-
re, attendant aux borhesde l'exigence un:
être qu'il a créé faible pour le |iunb dé
fes foibleflTes & lui faire expier par une
dernite de douleurs, des plaifîfs d'un
inftant. ̃ ':̃ d'
Lor/que Chaulku ceflà de vivre, on
Imagina que la Mufe des Grâces ne feroit
plus occupée qu'à
de: Voltaire nous a fait i voir qu'il
étoit poflible delà confier. S'il a moins
de chaleur de,. volupté que le Gou-
teux du Temple iléft inér
gâl plus fécond fur tout plus étince-
tant. de 'Cette.
$&
pore dans nos cercles, & qu'il a fixée
dàris fes écrits; Lé Ryle de ces deux
Emulés indique 'les ^différentes eirconf-
tances ou ils (é- font
ne vit que l'aurore de cette Philosophie
lé fyftème motal y amené
d'autres combinai-
fôns. De efprits étoient
plus tranquilles les âmes plusrrecueillies >
les tableaux plus monotones. Son rivât
parut dans le moment de la révolution.
Des travers perfectionnés des plaifirs
Rajeunis, une fuperfîciè de légèreté ré-
pandue fur les choses les plus, folides,
des» cannoiHànces nouvelles :9 de nouvel-
les fottifes voila ce qui dut frapper
fes premiers regards lorsque de fori ber-
ceau il s'élança dans un Monde où il
alloit jouer un fi grand rôle. Admis clie»
la célèbre Ninon. de Lenclos -̃̃> il puifa
FR ff
Civ
dans fon commerce la politefli du Siè-
cle qui expiroit,& la malignité de celui
qui CGmmeîifok à naître* H devina lé*
hommes avec lelquélsil
faifit de Parme du ridicule
depuis avec tâiit d'avantagé 8è ^cruâùtéi
Ses plaifanteries mètïié
réflexions coBiir humain y
il ne fait rire que pour inviter à
penser. J'ai toujours. cru que les petits.
Roilians > fes Lettres en vers x iés Pièces-
détachées de fés Poèmes fàtj?ïiquèSv
avoient doiiiié l'idée du mbt Perfiflàge
qui s'introduit depuis peu > &- dont le
fëhs n'eft pas atifiî vagtte que d'abord il
le. pârbît* Le Perfiflage èft mes. yeux.
la décompdlîtion. des objets, impofans.
réduite à leur {ufte valeur. Lorsqu'il at-
tàqùè les devoirs delà vie qu'il fappe
h& préjuges, utiles x& faÎE rougir là vertu
4p Disc ou r s
il devient l'opprobre de celui qui rem"
ployé mais s'il fe borne fronder les
folies du jour, pulvérifer les titres qui
décQrent des Nains à montrer à nud la
difformité des Sots, à purger la Société
de tous les fourbes qui la trompent, 6c
de toutes les chenilles qui Pempoifonnent
ce n'eft plus alors que le droit de l'hom-
me feniible,& la vengeance du Philosophe
révolté. Le grand malheur de perfiffleç
la Courçifanne dont îa dignité burle£
que infulte la décence publique le
Fat ignorant qui tranche décide x col-
porte des Épigraiames & ne fçait pas
qu'il eft aivdeflfous même de la Satyre.
La femme Surannée, qui au défaut des
charmes fe fauve dans la' Métaphyfique.
Le Poète présomptueux fe. croyant un
Sophocle parce qu'il a lu dans Ariftote
les. mots de Péripétie de Protafi Ôc de.
Préliminaire. 41
Cataftrophe tous ces Etres enfin qui nous
inonderoient de leurs ridicules, fais; la
fermeté courageufe qui les dénonce & les
anéantit
M. de Voltaire s'eft chargé de ce foin
dans la plupart de fes Ouvrages frugitifs
mais on fert bien, lorfqu'il s'exerce dans
ce genre qu'il eft fupérieur au genre
même. Heureux s'il n'avoir pas quelquefois
porté trop loin un talent dangereux, dont
alors le feul dédommagement eft le plaifir
d'avoir nui. Jouiflance morne inquiette,
égoïûne féroce n'a pas encore dénaturée.
M. Greffe: a un caractère moins mar-
qué, Ôc parcourt un cercle moins étendu.
Ses Poéfies, fi l'on en excepte le Méchant..
refpirent ,Il parefle, le goût de lafolitu-
de Ôc des plaifirs tranquilles. On y voit
percer de temps en temps la haine des
hommes mais e'eft une haine fans âprete r
elle* s'éteint bientôt dans cette apa-
thiè douce, aufli éloignée du tourmenr
de haïr que de la fatigue d'aimer. La
Littérature aujourd'hui eft une espèce
d'arène où l'on s'entre-déchire pour le
brin de laurier qu'on difpute. Après ies:
premiers efforts, le dégoût ne tarde pas 4
geriner dans un coeur honnête n des
panions fortes ne le foutiennent, ne l'em-
brâfent, ne le déterminent. Elles feules
donnent l'avion au talent reiîbuveHeht
les idées mettent l'ame aux prifes avec
Timagination dévorent l'intervalle qui
fépare les travaux & les fuccès ce font
dès femences de feu qui courent de veine
en veine» fourniflent au génie l'aliment
qu'il demande, ne lui permettent
de repos que pour le pouifer à de nou-
veaux élans. Cette impulfïon victorieuse-
P R é L 43
a manqué, je crois 9 au charmant Auteur
de Vcrd-^trà car je ne puis me t ·n-
vaincre qu'il ait leneufémerit
comme un fcandàle public Theùireufe fa-
cuité d'orner la Raifoiiî d'égayer la Mo-
rale d'intimider lesMéchans5 Ôc d'im-
tnortalifer un Perroquet.
On perd fans doute beaucoup au fileiice
de cet ingénieux Écrivain 1nais quel-
cjiïes perfonnés aujourd'hui Semblent raites
pour nous en dédommager. Le G. de B.
qui dans fon Ephre àttx Grâces a trahi
fon commerce avec elles j le Chevalier de
Boufflers, YHàmilton de nos jours, ce
Duc Philôfoplié j dont le nom feiil rap-
pelle l'idée d'un tàlèht,& d*tth efprit héré-
S. Lam-
bert ont permis à leur plume ces riens
bnllans & faciles quibccùpoientantrefais
~TM.leDiïc2ïWK*K 'V
44 Dis c o u r s
les loifirs ils ont peint
leur aine &: le modèle répond de la dé-
licatefre du tableau. Je citerois encore un
de nos Militaires le plus distingue par
fanaiiïàiice & fon génie qui, de la.raême
main qu'il traça des plans de campagne
écrit en vers charmans des Epîtres pour fes.
Amis & des Contes pour fes MaîtreâTes.
Il nous apprend que le goût eft de tous
les états & qu'il habite fous des tentes
comme dans nos Académies. Les Gens
du Monde eurent toujours une préférence
marquée pour ce genre de productions
c'eft qu'il n'affiche point 5 c'eft qu'il échap-
peà l'envier ne choque qu'indirectement
les Littérateurs declarés, gens pour la
pixpart héiïfTés d'ombragesj& fur le che-
min defquels il ne faut pas fe trouver.»
quand on s'entête à vivre heureux..
M. le Comte de M*.
Préliminaire. 45
Parmi les Poètes aimables que je viens
de nommer, je n'ai garde d'oublier i'O-
vide moderne, cet Epicurien accompli
qui pratique l'art de plaire avec autant de
Succès qu-il a écrit fur l'art d'aimer. La
rigueur fcrupuleufe avec laquelle il ren-
ferme les Ouvrages, eft une forte l'de
pudeur littéraire qui en u jgmente le
charme, Se tournera un jour au profit
de nos plaifirs. Le jeune Auteur de
'au 'Bain digne de chantée
l'Amour, & d'en obtenir le prix de
fes Chanfons.. Nous avons aufli de
M. Barthe quelques Epîtres d'une tour-
nure très-agréable.
Eh que ne peut-on pénétrer dans les
portefeuilles de ces Sages obfcurs qui
méprifent ce vain bruit qu'on nomme
Réputation répandent leur ame pâifî-
ble fur leurs tablettes ignorées & n'ont
o
garde de promue!: aux regards publics Il
Mafe Solitaire qui les cqnfole ? C'eft U
qu'on trouveroit fouvent l'exprenion vraie
de la fenfibilité 8c ces jeux naturels d'un
efprit libre qui n'a que lui pour confident
& pour Juge.
Le genre dont il s-agit eft vraiment le
feul où jufqu'ici nous n'ayons point
craindre de rivaux il convient à cette
effervefcence paffagère de TEfprk Natio-
nal, à cette gaîté fuperficielle qui n'é*
chauffe point un long ouvrage & prête
tant de.grâce à nos productions du rno.-
ment.; Je dirai plus avec toutes les dif-
pofitions naturelles pour cette forte de
Poéfie il faut encore, fi l'on y veut être
Supérieur, réfpirer l'air de la Capitale. Ici,
le fuccès dépend â\i fol ce n 'eft .qu'a Paris
qu'on a pu écrire les Tu & les Vov > le
Mondain, les vers au Président JJnault
P r é L i M i & AJ*R E. 47.
au
Maréchal
fource 4es ridicules que vous
avez fous les yeux la lifte des Sots pai>
venus, des Femmes vacantes des Amans
en pied ou des Surnuméraires. Qn s'y
met au fait des anecdotes de l'hiftoire
desfoupers, des brouilleries des noir-
ceurs, de mille nuances charmantes qu'on
ne devine point s dès^u'on s'en éloigne.
Rien
tourbillon roule, il faut être
au les pinceaux
à la main, ces modèles' fugitifs qui ne
laifïent pas même au Peintre le temps de
les efquifïèr. C?eft au milieu de ce Hux
& reflux que rEfprit fermente que l'i-
magination s'allume ôc enfante les ta-
bleaux rapides qui immortaliferont iiotre
frivolité. Paris,en un mot,eft le féjour par
D
MES FANTAISIES.
L'ES P R IT DE L'OUVRAGE.
%*J r pauvre Globe eft balotté
Entre l'Amour & la Folie
Sentir l'un eftSna volupté
Rire avec l'autre eft mon génie.
TOUT
font vos
Par fonattiait
D'ailleurs à ma fanté
,Et me moquer-des fois entre dans mon régime.
fuis homme à parler d'un
De tous vos tyrans littéraires 3
In vrai Républicain., je verrai fans
Les Tarquins 'du fes
ferai s'il léger,
Et tâcherez, mes chers conrreres,
De vivre heureux enrager-
Su: ce traitons, ç'eft moi
» X
ï^erfécutez-moi bien une fois pour toujours 3,
N'allez point avec baibarie
^Goutte à goutte épancher votre fiel buts
Faites un feul faifceau des traits de la Càtite^
Et de mon avenir embraflant tout recours,
Et puis.rions proférez, j'y cpnfens
Pour moi, ri j'en reviens /j'oublierai
Ne craignez pas que j'ufe mes momens
A méditer une vengeance ;>
Je connois mieux l'emploi du ;vp
Si
A UNE COQUETTE-
%*J'î s t affez me croire ta dupe,
En dépit de ta vanité
Et du manège qui t'occupe
D'honneur je ne l'ai pas été
Sauve qui peut! Jeune & charmante
Tes traits fur moi n'ont point porté.
Sans doute l'infulte eft criante
C'eft manquer à la probité.
A tes rufes les plus fecrettes
Qui ? moi j'aile front d'échapper
Tout Amant qu'on ne peut tromper,
Eft un montre aux yeux des Coquettes,
J e l'avouerai; quand je te vis,
Frâiche, comme on l'eft au bel âge,
T'avancer au milieu des ris,
Et fixer la foule volage
De tous nos jeunes étourdis,
T'offrant des coeurs ton paflage
Lorfcuie je vis tes beaux cheveux
Tomber, à! boucles ohdoïântesi »
Sur tes épaules éclatantes,
Dont l'albâtre en reflbrtoit mieux &
Lorfque je vis fur tes grands yeux
Tes longnes paupières
Et ton regard ingénieux
Où l'on croit lire tés fènCèès i,
Cette taille qui tour à tour
Eft légere ou voluptuèufè
Sans trop effaroucher l'Àmoùr 5;
Embrâfé d'une ardeur nouvelle
Quand je vis tout cela Zùlfrie,
Je m écriai comme elle eft belle V.
Qu'il fèroit doux d'en être aimé
Mais, après. la- prextiiere yvrefle,
Quand, laiflant tomber le bandeaov
Je vis tes projets, ton adrefTe,,
Et tout le revers du tableau y
Ta beautd toujours jfausles arme?
1 ̃ MES FANTAISIES.
Pour incultes à les martyrs.^
L'artifice de tes foupiïs.
Et le menfonge de tes larmes j
Quand je te vis à tes Amans,
Jetter une amorce perfide;
Pour t'aflurer 4e leurs tourmysnSïj
Quand je furprïs une ame aride
Sous le mafque des fentimens
Lorfque_, pour fuivce une conquête
Je te vis, avec tant de feu
lettre cent paffions, en jeu, ,4
Avec Famour-propre à leur tête j
Prompt alors à me dégager,
Et plein d'un fens froid qui m'étonne,,
Je m'écriai qu'elle jeft friponne!.
gt quel plaifir de s'en venger
Breî, la guêtre- entre nous commence.
J'abjurai vue mon amour,
et n'eu gardai que l'apparence..
Tu m'enhardis, le premier jour
le fécond je. ris quand j'y
mim
Les dédains même eurent leur tour. ).-
Je me tins prêt à la défenfe.-
A cet ade d'hoftilité
J'oppofe une autre batterie
J'encourage ta perfidie
Par un défefpoir imitée
Bientôt mon air d'indifférence;
Aime l'orguei.l de tes appas
Nouvelle attaque autres combats $i
Nous déployons notre fcience
C'eft à qui fera-le' plus' faux.
De l'art épuitant les chefs-d'oeuvres.,
Je déconcerte tes manœuvres
Et contremine tes. travaux..
Ta prudence en vain fe ménage*
Des chemins couverts & mêlés t.
Dans tes plus fombres défilés;
Je fuis toujoars- fur ton partages
T e fouvient-il de ce moment,,
Où baloté pas ton caprice-
Je foupirois fi tendrement*^
Eu acculant ton injiiftice .-i.
c^
J'appuyai ces Soupirs trop vain
Par un beau déluge de larmes
Tes yeux alors fèmbloient. ferainsj
Tu jouiflbis de mes allarmes j
Eh bien ces pleurs, ils étoient feint»
J'en fuis défolé pour tes charmes.
T e fèuvient-il èhcor d'un foùv
où, fur un fbpha renverfeë
Et, par centiéphirs careffée
Dans le plus magique boudoir,
Trois fois tu m'étois retracée
Par le jeu d'un triple miroir ?
Tes frais vétemens laiflbient voir
Une jambe au hazard jettée,
Attitude exprès méditée,)
l Pour me r'embàrquer dans l'efpoir,
La lumière demi Voilée
Colorait ton fein, presque nu
Allant, fans être contenu
Comme une fleur fort effeuiEée
Du calice qu'elle a rompu.
J'ordonnai mes yeux s'ailumewàfc»