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Metzger le sauveteur ; par A. Sabatier

De
17 pages
impr. de E. Donnaud (Paris). 1861. Metzger. In-8° , 16 p..
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LE SAUVETEUR
PAR
A. SABATIER
PARIS
IMPRIMERIE DE E. DONNÀUD
RUE CASSETTE. 9
1861
LE SAUVETEUR
Metzger le sauveteur!... Voilà, n'est-ce pas, un beau titre?
C'est qu'ils sont vraiment nobles ces hommes de coeur, tou-
jours prêts à voler au secours de leurs semblables!
Aujourd'hui, un père sera rendu à sa famille bien-aimée ; de-
main, une mère à son enfant chéri.
C'est que, en effet, il y a de par le monde des natures privilé-
giées qui ne reculent devant aucun danger.
Au secours ! au secours ! criera-t-on de tous côtés, et aussitôt
un homme s'élancera pour arracher à la mort le malheureux
englouti sous les eaux ou poursuivi par les flammes.
Mais quel est donc cet homme, me demanderez-vous, qui ose
ainsi se jouer de l'eau et du feu ?
Cet homme, vous répondrai-je, c'est Metzger, membre de la
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Société des sauveteurs de France, ancien employé des contri-
butions indirectes.
La fondation de la Société des sauveteurs de France date de
l'année 1835; mais c'est seulement en 1856 qu'elle a été défi-
nitivement constituée.
En peu de temps, un grand nombre de membres y ont été
affiliés, et elle en compte en ce moment près de mille.
Tous les braves gens qui ont sollicité l'honneur d'en faire
partie sont ses correspondants, et élèvent le chiffre des socié-
taires à environ six mille.
Cette société mérite d'être inscrite en tête de toutes les asso-
ciations de bienfaisance; car tous ses membres se cotisent de
leur vie pour secourir leurs semblables.
La Société des sauveteurs a pris pour devise ces énergiques
paroles : Sauver ou périr !
Elle a l'appui du gouvernement. L'Empereur, qui en a ac-
cepté le protectorat, lui a donné pour président M. le comte de
Lyonne, officier supérieur en retraite, officier de la Légion
d'honneur, un vrai sauveteur, un homme au coeur excellent,
digne à tous égards de commander ce véritable bataillon sacré.
La Société se compose de titulaires, de correspondants et de
sauveteurs honoraires; elle est représentée par un conseil admi-
nistratif pris parmi les sauveteurs titulaires ; elle se réunit
tous les trois mois à la salle Saint-Jean de l'Hôtel-de-Ville.
On lit à chaque réunion le rapport des belles actions et actes
de sauvetage qui ont eu lieu pendant le trimestre.
Les candidats appelés à faire partie de cette Société sont pré-
sentés à ces réunions, et leur admission n'a lieu qu'après la plus
minutieuse enquêté sur leur moralité et les titres qu'ils peuvent
faire valoir.
En 1858, le 10 juin, une assemblée générale annuelle des
sauveteurs du département de la Seine eut lieu dans la salle
Saint-Jean.
Dans le brillant rapport que fit à cette occasion M. Jaybert,
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secrétaire général de la Société, avocat distingué du barreau de
Paris, on remarque les lignes suivantes, qui font houneur au
mérite et au dévouement du brave Metzger.
« Il ne me reste plus qu'à vous signaler les actes de sauve-
tage accomplis depuis notre.dernière réunion, et à vous faire
connaître les noms des camarades qui ont acquis de nouveaux
droits à l'estime publique.
» Le premier dont j'ai à vous entretenir, c'est Metzger. Celui-
là, vous le connaissez tous, et dire, son nom suffirait à soi*
éloge.
» Metzger a accompli son premier sauvetages l'âge de neuf
ans, en retirant de la rivière un de ses camarades qui se noyait.
» Un pareil début était la digne préface de toute la vie de
Metzger; vie entièrement consacrée à des actes pareils.
» C'est tantôt un cheval effrayé et furieux qu'il arrête, des
baigneurs imprudents qu'il arrache à une mort certaine ; un
homme atteint par la foudre qu'il rappelle à la vie par des soins
aussi intelligents qu'empressés ; des assassins qu'il éloigne par
une audace calme et froide ; des personnes qu'il enlève aux
dangers pressants d'un incendie.
» Mais ces faits, vous les savez tous aussi bien que moi, mieux
que moi, car vous voyez Metzger tons les jours; il est votre vieil
ami, votre camarade intime, et ma main n'a jamais pressé la
sienne ; aujourd'hui j'aurai ce bonheur.
» Metzger vient d'être l'objet d'une distinction récente. S. E.
M. le ministre de l'intérieur, si bon juge en fait de courage,
lui a donné une médaille d'or [1re classe).
» Voici le fait qui a motivé cette récompense.
» Un effrayant incendie s'était déclaré chez un apprêteur d'é-
toffes, à la gare d'Ivry. Le fléau, alimenté par des amas de
charbon, prenait des proportions effrayantes. Metzger monte
courageusement sur la toiture en Qammée> pour arrêter les pro-
grès de l'incendie; il ouvre une tranchée pour que le feu aille se
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perdre dans le vide ; mais, à ce moment, il perd l'équilibre, et,
sans le secours d'un camarade, nous aurions peut-être à déplo-
rer un irréparable malheur.
» Metzger a reçu trois blessures en accomplissant ce sau-
vetage.
Louis Metzger, originaire de la Lorraine, est né dans les Vos-
ges, en 1811. Son père avait suivi Napoléon Ier dans ses grandes
et glorieuses guerres.
Volontaire à dix-sept ans, il avait, dès son jeune âge, plus
que l'estime de ses chefs. Sa bravoure militaire, ses hautes ca-
pacités, lui valurent des décorations de plusieurs ordres.
Dans les grandes occasions, le père de Metzger montra un
courage héroïque. S'agissait-il de pousser une reconnaissance
vers l'ennemi, toujours prêt à combattre, il accourait en s'é-
criant : Présent !
Un jour, notre intrépide soldat fut mis en vedette aux avant-
postes de l'armée.
Quatre houlans l'assaillirent : sans se décourager, Metzger
riposta, se défendit avec tant d'acharnement que trois d'entre
eux tombèrent sous ses coups; quant au quatrième, il prit la
fuite. Mais la lutte avait été terrible ; Metzger, épuisé par la fa-
tigue, couvert de blessures, fut conduit à l'ambulance, où il
reçut les soins les plus empressés. Un coup de sabre lui laissa
sur le crâne une cicatrice de la forme d'une croix, cicatrice si
apparente, que, par la suite, Metzger fut surnommé le Chré-
tien.
Louis Metzger était encore bien jeune lorsque son père
mourut.
Sa mère lui restait : pieuse et digne femme, qui ne cessa
d'entourer son fils de ces mille soins qu'une mère seule sait
prodiguer à son enfant.
De bonne heure Metzger était doué d'une ferme résolution.
Brave, bienveillant, tenace jusqu'à l'entêtement, il annonçait
déjà ce qu'il serait un jour.
Était-il question de faire une bonne action, bien vite il ap-
paraissait. « Rien pour moi, tout pour les autres, » était la de-
vise de son jeune âge ; comme « Sauver ou périr » est devenu
celle de sa virilité.
En 1823, un jour de Pâques, Metzger, qui n'avait alors que
cinq ans, réunit, à l'aide de la petite chapelle qu'il avait édifiée,
environ deux francs dans l'espace de quelques heures.
Avec une fortune semblable, ce brave enfant voulut régaler
ses camarades. — Venez avec moi, leur dit-il, chez* la mère
Carfa, je paie des gâteaux !
Notre bande joyeuse était à peine en marche, qu'une pauvre
femme, couverte de haillons, accompagnée de trois petites
créatures malingres, s'avança en jouant delà vielle.
— N'oubliez pas, dit-elle à nos jeunes étourdis, n'oubliez pas
une pauvre mère de famille !
Par un mouvement plus prompt que la pensée, Metzger se
retourna vers ses camarades en leur disant :
— Mes amis, n'allons pas plus loin ! nous mangerons des gâ-
teaux une autre fois.
Ces paroles n'étaient pas prononcées, que Metzger remettait
son argent entre les mains de la mendiante et s'esquivait, tout
heureux de la charitable action qu'il venait de faire.
Digne coup d'essai d'une vie toute d'honneur et de loyauté !
L'année suivante, en 1824, une inondation des plus terribles
envahit la vaste plaine de Brumath (Bas-Rhin).
La désolation régnait partout. C'était un sauve-qui-peut gé-
néral. Que de victimes périrent englouties dans les eaux!
Un spectacle des plus déchirants attirait les regards de la
foule. Un berceau renfermant un enfant en bas âge flottait sur
l'eau. On hésitait à porter du secours, si rapide était le cou-
rant.
Soudain un batelier accompagné d'un enfant se dévoue, prend

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