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Mirabeau aux Champs-Elisées : comédie en un acte et en prose ([Reprod.]) / par Madame de Gouges

De
67 pages
chez Garnéry (Paris). 1791. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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20x
MICROCOPY RESOEUTION TEST CHART
NBS 1010a
'ANSI ond ISO TEST CHART No 2,
THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LESARCHIVESDELA
REVOLUTION FRANÇAISE
r
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBYV, UK
UN ACTE ET EN PROSE,
fAR MADAME DK GOUGES.
H/prèfeniu à Part par les Comédiens Italiens ordinaires
du Roi* le t AyrU « av«c changement* (t
Prix, 34 folt.
Chez GaRNÉRY, libraire rue Serpente
PARIS,
1
P S RS O N N A Q E S.
J. JACQUES.
VOLTAU*
MOSTKSQUUU..
JPRAXKUIT.
fit khi îv;
Louis xiv.
Fortujié !g4 de 1 1 am & en litbît de garde niu'onale.
L. CARDINAL D'AM»OISI.
SOLOM.
Le Dmiv.
MADAME D£JK«utit*M.
Sevigvs.
NlXOK DB L'ElIClOS.
Une multitude d'ombres de. quatre partiel du ttionie.
Chaqut a&tur doit dftiï» tJttiUMtafon toflumt.
A
r RÉf A C E.
J U S Q,u'A, ce moment la liucïgture eut
des charmes pour moi, aujourd'hui c'efl
dans les horreurs et lcs dégoûts de la
compofition que je dicte fans ordre cette
préfacc c'efl à-peu-près ma manière.
J'ai donné au public, avec zè!c et con-
fiance une pièce patriotique il l'a reçue
avec indulgence je la lui préfente aujour-
d'hui imprimée ci-peu-près avec ses mîmes
défauts et le même emprell'enient que j'ai
toujours mis dans mes écrits je fais que
ce n'eft point affez pour le fatisfaire il
ne fuffit pas de piquer fa curiofité il faut
agacer fon goût, et c'efl la coquetterie lit.
téraire qui me manque; cette coquetterie
diffère entièrement de celle des belles
l'une n'a bcfoin que de toutes les grâces
de la jeuneffe et l'autre au contraire a
bcfoin de vieillir dans le travail et l'expé-
rience de l'art.
J'ai préfenté aux Italicns le 12 de ce
mois Mirabeau aux champs -ili/ées fi l'es-
time et l'eruhouu'afme donnoient l'expres-
fion, je n'en truuverois pas d'aflez fotte
pour témoigner a cette fociété toute ma
rcconnoifTaiKe. Après avoir reçu ma pièce
d'une voix unanime ils m'annoncèrent
iv PRÉFACE-
qu'ifs alloicnt la mettra à l'étude pour la
jouer vingt-quatre heures aprts j'avoue
que je fus moins étonnée de leur empres-
fçment qtlc je ne le fus de la poflibililé
de leur mémoire ils n'avoient qu'une
seuk inquiétude c'étoit le tems que le co-
pifte pouvoit exiger pour livrer les rôles
une voix s'éle va hé! pourguoi ne Icj copierions-
nous pas nous • mânes Auffi • tôt un élan
patriotique crnbràfa tous les cœurs, et en
une demie-heure cn ma prefenec, chaque
acteur eut colié fon rôle ils firent plus,
its rn'obfervèrent pluficurs changemens
mais le peu de tems qui nous refloit ne nous
permettoit pas de donner à cette pièce toute
la perfection que nous pouvions mutuelle-
ment dcfirer. En même-tous que les atteun
apprenoient la pièce je crû qu'il étoit
pjudent de la foumettre au goût aux con-
naiffances d'un connaijfeur ordinaire car
il faut que je prévienne le public que j'ai
la manie encore de ne demander des avis
qu'à ceux qui n'en fa vent guères plus que
moi et comme^ cette remarque ne touche
ni à leur probité ni à leurs moeurs ils
ne fauroient s'e fâcher. Ainfi donc le con.
tcil me fut donné de retrancher aux trois
quarts, le rôlc de Louis XIV «nniaflu.
tant que ce caractète feroit mul vu dans
ce moment-ci parce que je le préfcntai du
PRÉFACE. v
A a
côté favorable. La comédie italienne s'étant
prefcrite d'apprendre cette pièce en vingt.
quatre heures fit de nouvelles coupure* à
fon tour et à la repréfentation mon Louis
le Grand étoit bien petit bien pitoyable
et ma furprife ne fut pas moins grande
que celle du public de le voir arrivcr là
pourquoi faire ?,pour dire un mot et en»
tendre des chofes défobligeantes. L'impro-
bation générale à cet égard juftifie pleine.
ment l'auteur mais le public qui n'eft pas
inflruit ne l'accable pas moins en atten-
da'nt fa juftification il falioit opter dans
ce moment fe pendre ou fe juftificr le
dernier m'a paru plus doux et perfuadee
que les Français ne feront pas toujours des
bourreaux pour me juger j'en appelle
aujourd'hui à.leur juflice.
Toutes les critiques, fur cette pièce, qui
m'ont été faites, étoient juftes mais peut-
être l'ouvrage ne les méritoit pas qu'on
examine quel a été mon but en faifant pa-
roitre Mirabeau aux champs élifées c'étoit
de rendre hommage à fa mémoire ce fut
là le premier élan de mon coeur de mon
patriotifme je ne mis que quatre heures
pour compofer cette pièce et l'on a pu
exiger qu'en fi peu de tems je fis un
chef-d'oeuvre de la réunion de tous les
grands hommes, que j'cus l'art .de les faire
vj PREFACE.
parler chacun leur langage, non.tculcment
comme ils parloicnt dans leur vie privée
car on ne disconviendra pas que nos plus
grands-hommes ont été toujours (impies
dans la focu'té mais éloquens, précis, éner-
giques te!s qu'ils l'ont été dans leurs ou-
vrages. Mirabeau fur-tout ri adroit pas mérité
lei éloges qui lui font dus s'ill s'éloit exprimé
comme je foi fait parler. Comme s'il étoit
aifé de le faite parler fans puilèr fon
dialogue dans fes propres é rits comme
s'il ctoit aifé de le remplacera l'aflemblcé*
nationale Mirabeau on le it, quand il
tout avec lui-même et vous exigeriez,
quelque foit le fexe de l'auteur qu'il eut
égalé ce grand-homme dans fcs plus beaux
motnens. Vous ferez fatisfaits mon effort
ne fera pas bien grand il s'agit d'adopter
dcs morceaux de fes fublimcs difcours à
la fubftancc de ma pièce je crains le dis-
parate, mais vous l'avez voulu. I.e pafTage
qui m'a paru le plus heureufcinent ajuflc
à cette pièce cfl l'éloge que Mirabeau a
fait fur la mort de Franklin c'eft Fran-
Klïf? lui-même qui le préfente aux champs
élilées et qui prononce les mânes parolcs
que Mirabeau a, prononcé à l'on égard à
l'affeniblcc nationale tous ceux i qui j'ai
fait part de ce changement m'ont afluré qu'il
P R F. F A C F. xûj
A3
étoit bien conçu j'en accepte l'augure.
Mais tes femmes les femmes fi gcnlicufcs
pour leur fexe 'desquelles on n'a pas ap-
perçu un fcul coup de main à la repré-
fentation de cette pièce: et mes amis, mes
bons arnis il faut que je leur dife un mot
puifqi:c me voilà en chemin. Tous atten-
doient mon fuccès ou le craignoient car
l'amitié de ce tems n'exempte pis de h hc.
tite jaloufig. Les nns,je le fais ont ap-
plaudi à ce peu de fucecs les p!us dcTin-
téreffés m'ont vu d'un autre otil !c fchti-
ment de la pitié couvre d'opprobre celui
qui l'excite. Aucun n'a eu la noble gcuc-
rofité de venir me confolcr et comme fi
j'avois commis des crimes, tous m'ont aban-
donnée ah!qiiclsamis!âb!rigourcufcc'prcu:_
ve non il n'yen a pas cfaufli stlrc que
celle du théâtre les fuccès couvrent tous
les défauts, même les vices une chute les'
donne tous, et les vertus difparoifl'cnt.
Ma pièce loin d'échouer a été, même
applaudie; elle a excitée la critique et
pius encore l'envie, ce qui tn'aflure qu'elle'
n'cfl pas fi mauvaife mais je n'ai pas de
ptôneurs mais je n'ai pas la malle des «iu-"
teursquife tiennent ordinaltcmcni ciiftmbic
pour faire réulfir leurs ouvrages feule,
ifoléc et en but tant d;iuconvcnicns
comment attendre môme un fucc cirl.6iié'
viij PRÉFACE.
Je fuis d'ailleurs malheureufe je crois à la
fatalité auffi l'ai-jc prouvé par la trans-
migration des âmes.
Je me fuis je crois, rendue recomman-
dable à ma patrie; elle ne fauroit oublier
jamais que, dans le tems où elle étoit aux
fers, une femme a eu le courage de prendre
la plume le premier pour les brifer. J'ai
attaqué le dcfpotifme l'intrigue des minis-
tres, les vices du gouvernement: je refpectai
la monarchie et j'embraffai la caufe du
peuple toutes mes connoiffances alors ont
frémi pour moi mais rien n'a pu ébran-
ler ma réfolution le talent fans doute ne
répô"ndoit pas à ma noble ambition, mais
je me fuis montrée ardente patriote j'ai
facrifié au bien de mon pays mon repos,
mes plaifirs, la majeure partie de ma for-
tune, ta place même de mon fils et je n'ai
reçu d'autre récompenfe que celle qui eft
dans mon coeur elle doit m'être chère
elle fait mon bonheur je n'en ambitionne
pas d'autres. Peut-être avois-je droit d'at-
tendre une marque de bienveillance de l'as-
semblée nationale elle qui doit montrer à
l'univers l'exemple de l'eftirae que l'on doit
à tout citoyen qui fe confacre au bien de
fon pays elle ne peut fc diflimulcr qu'elle
a adopté tous les projets que j'avois offerts
dans mes écrits avant fa convocation on
PREFACE. «"<
A4
dénonce à fon augufte tribunal toutes hos.
tilités et moi je dénonce fon indilférence
pour moi à la poftérité. Elle a reçu la
collection de mes ouvrages, chaque membre
en particulier, le feul qui m'a témoigna f.i.
gratitude,eft l'incomparable Mirabeau lui
feul a eu la grandeur d'ame de m'encou-
rager, de m'élever peut-être au-de(fus de
mes talcns mais cet éloge n'a fait que me
convaincre qu'il rendoit juflice à mes vues,
à mon patriatifme. Je joints ici fa lettre pour
ma jultification.
Verfailles, le 12 feptembre 1 7S9.
Je fuis très-fenfiblc madame, à l'envoi que
vous avez bien voulu me faire de votre ou-
vrage jufqu'ici j'avois crû que les grâces
ne fe paroient que de fleurs. Mais une con-
ception facile une tête forte ont élevé vos
idées et votre marche aufli rapide que la
révolution-eft auffi marquée par des fuc-
cès. Agréez je vous prie madame tous
mes remercîmens et foyez perfuadéc des
fentimens refpectueux avec lefquels j'ai
l'honneur d'être madame votre très.
humble et très-obéiffant ferviteur,
Le Comte DE Mirabeau.
Les propos injurieux qu'on a répandus
fur mon compte la noire calomnie que
x R É F A C E..
l'on a employée pour cinpoifonner tout ce
que j'ai fait.de méritoire fcroient propres
a nie donner de l'orgatil .puifqu'il eft
\rai qu'on me traite ctqu'on me pcifecute
en grand-homme fi je pouvois me le per-
fuader, je i calife rois leprojet que j'ai futmc
de me rctircr entièrement de la fociété
d'aller \i\re dans la folitgde étudier nos
auteurs méditer un llan quc j'ai conçu en
/aveur de mon fcxc de mon fexe ingrat
je connois tes défatuts fcs ridicules majs
je fcns auffi iju il peut s'élc\er un jour c'eft
a cela que je \eux nz'attachcr. Cet ou-
v*wgc eft de longue baleine et je ne le
prcfenterai pas du matin au foir je veux
î;;iie cependant mes adieux comiquement
il mes concitoyens après avoir mis les
morts au théâtre je veux y mettre les vi-
vans je vcux me jouer reoi-meme ne
point faire grâce à mes ridicules pour
ne point ceux des autrcs je n'ai
pas trouvé de plus vafle plan ni de plus
original que madame de Gouges aux tnfcn
On fe doute aifément que je me trouverai
banc des pet Tonnages dignes de mon at-
tention et de mon reifentiment les comé-
diens frahçai' par exemple. mes bons
mnis. les bons auteurs qui. m'ont repro-
clré impitoyablement leurs lameufcs obfer-
vations fur quelques fynonimes et. qui
PRÉF A CE. xi
m'ont pillé. volé grolfièrcmcnt comme un
certain I.abrcu qui a eu le front, après
avoir efc roqué à mon fils une pièce -de»
voeux forcés pour le théâtre dont il fc dit
directeur, a eu l'audace de faire mettre
fur l'affiche par madame de Oouçu d
nwmieur Lalwi. Cclui-la c(l fott c'cfl
comme fi les comédiens italiens difoicnt
avoir fait une pièce parce confen-
tic aux changemens qu'ils m'ont demandés.
Les petites maîtrcfTes arillocr.ucs les déma-
gogues. les enrages, en un uiot j'irai aux
enfers, mahje n'irai pai/e,:li\et quelqu'un m y
fu'wra. Je préviens cependant que je ne ton.
cherai aux moeurs ni la probité dé per*
fonne tels font mes piincipcs. Il fcroit
fort plaifant que cette farce me couvrît de
gloire je n'en ferois pas iurpfifc mon
projet de la caille patriotique la r«fpon«
fabilité des miniftres les i-tabliffcrnchs pu-
blics pour les pauvres le mô\cn cioc-
ctfper aux terres incultes tous les homme)
oîfifs les impôts fur les fpectades y.Vâlciâ
voitures chevaux jeux afin de les dé-
truire par un impôt cxhoibitaiu mon cf-
ctavage des noirs pièce qui aj.c.^itc' în*
juftément la haîne des Colons Vnum qui n«
prouve pas moins que j'ai cuit la première
dramatiqiumenl pour Hiuiiianitc trois vo-
lumes encore de mes pièces, pas mo;s cfli-
xij PRÉFACE.
méc des gens de goût, ne m'ont pas attiré
un regard général et favorable c'eft bien
là le cas de citer ces vers
Mon Henri quatre tt ma Zaïre
» Et mon américaine Aliire
9 Ne m'ont valu jamais un foui regard du roi;
JJ*vois mille ennemis avec très-pou de gloire.
v Lejlionncurs&cltJ bicniplcuvetuer.fiafurœoi
» Pour une farce de la foire.
P. S. On m'a affuré vrai le bienfait
anonime de Mirabeau je n'affure pas que
l'enfant foit mort, mais il m'a été indis-
penfable de l'égorger pour rendre le trait
de bienfaifance public.
Je n'ai pas fait feulement cette pièce pour la et-
pitale, je me fuis eropreflee de la faire impriroer pour
les provinces avaut ta reprife Paris perfuadle qu'elles
(ne fauroot bon gré de cet «mpreflement en outre,
je fupplie te charge toutes les municipalités du royaume,
d'après le décret de l'aflemblét nationale, qui rend aux
«uteurs leurs propriétés de prélever ma part se de
la répandre fur les femmes qui fe feront distinguées
par qutlqu'aclion patriotique, comme celle de Ninci,
•infi que toutes celles qui auxoot le noble courage de
t'imiter.
ENCORE UNE PREFACE.
JLE lecteur ne manquera pas de dire, cette
femme aime bien à préfacer patience lec-
teur, je vais tâcher que celle-ci foit du
moins utile.
Je ferois tentée de croire que la nature
a placé en moi le don de prophétie fi
j'avois été fanatique ah combien de mi--
rades j'aurois déjà faits Tous mes écrits
en pétillent; on n'y croit pas parce qu'on
les a fous les yeux mais un jour on les
citera. Ce qui m'encourage à revenir à mes
miracles patriotiques c-cll que rathéifme.
m'afïurc que je n'ai point comme Jeanne
d'Arcq à redouter la fainte grillade je
pourrois peut-être craindre la lanterne na-
tionale mais on allure que fes nobles fonc-
tions font fufpcnducs ainfi je vais ufcr de
tous mes droits de citoyenne libre et zelec
patriote.
Depuis quinze ans j'ai prévu la révo-
lution de plus grands politiques l'avoient
prévu de plus loin M. de Saint Ger.
main et la ieinc l'ont au moins devan-
cée de plus de trente ans non comme le
public l'interprète le vieux bonhomme
St.-Germaina fait machinalement fcs foup-
çons fur la maifon du roi fans avoir le
xiv PRÉFACE.
dcffein 'de nous être utile la reine en
faifant difparoître l'étiquette a perdu le ref-
pect des Français j'ai fait jadis une obfer-
vation à fon égard connue de vingt per-
fonnes. It y a à-peu -près quatorze ans que
je me trouvai à la porte de la comédie fran-
caife quand la reine arriva, jeune, élégante,
telle qu'on voit nos petites maîtrefiès les
plus recherchées fon air fon ton cnchan-
toicnt les yeux mais on murmuroit tout
bas. Je dis tout haut adieu la majcjîè royale,
un jour celle reine verfera des larmes de fang
furjon le pronofiic ne s'eft que
trop réalifé. Mais l'inconféquence n'efl pas
vice ellc eft attachéc à la jeunefle et fa:t
fouvent l'éloge de l'innocence une reine
doit-elle être exempte de cette innocence ?
Les uns diront oui les autrcs diront non
moi je dis que ce qui cfl fait cftUait et ne
voyons mes concitoyens, que l'avenir. Je
plains d'autant plus la reine que peut-
être elle n'a aucuns reproches à fe faire de
tout ce dont on l'accufe contre le peuple
français elle n'a donc pas de vrais amis
Tous les écrivaillcurs ont écrit contre elle;
et pcifonne n'a Plis la plume pour la jus-
tifier, perfonne n'a eu le noble courage dc
l'avertir de ce qu'elle doit aux Français
de ce quelle fe doit à elle-même dans un
moment comme celui-ci fi il y à un corn-
PRÉFACE» xv
plot des ariftocratcs des prêtres réfrac-
taires dcs prétendus patriotes, c'cfl la
reine qui les fufcitc et toujoms la
reine. Quoi toujours le mcnfonge grof-
fier égarera les hoirmes, fera triompher
le vice et mafquera la vérité Elle eft donc
bien mal entourte, cette reine qu'il ne
fe trouve pas, dans aucuns perfonnages
de fa cour, alfez de force, affez de loyauté
pour lui dire Madame, tous les efforts de
la nobleffe et du clergé font impuiflans,
la révolution eft décidée il faut embraf-
fer le nouveau gouvernement avec fes dé-
fatits quand il y en auroit il faut cm-
braflèr la caufe du peuple ct vous con-
cilier de nouveau fon amour; il faut éloi-
gnerde votre cour tous ceux qui prétendent
à la contre-révolution il faut écrire vous-
même au pcuplc et fans fortir de la di-
gnité qui convient aux fouverains une
reine bienfaifante peut un moment de[-
cendre du trône pour témoigner à fon
peuple que fon bonhcur n'eft affuré qu'au-
tant qu'il efl heureux lui-même, lui dé-
clarer, folemnellement, qu'elle fera la pré.
mière à défourdirlcstrâmcsqui viendroient
à fa connoiffance, contre le repos publie
et que fa majefté doit encore affurer fon
peuple de démafquer de pourfuivre
comme criminel de l«zc-nation et lèze-rua-
xvj PREFACE,
jcflc celle ou cemrtle fa cour qui vou-
droit, par de fauflès allarmes, l'induire ea
erreur. Ses entours ne manqueront pas
çTcmpoifonner mcs obfervations mais
comme je n'attends rien, que je ne de.
mande rien et que je fuis peu propre à
lire ma cour au roi, aux titoyens par-
venus je dirai la véritc fans m'inquiéter
Il clic a blclfc les oreilles de ceux qui ne
l'aime pas. J'en vais dire bien d'autres le
but fcul de mes éctits ne tend qu'à la
tianquillitc publique, au bien général, et
c'eft ainfi que je fervirai toujours loyale-
ment ma patrie.
Mais que font donc nos nouveaux minis-
tres auprès du roi et de la reine, pour n'a-
voir pas prévenu de semblables observa-
lion, ? pour n'avoir pas cherché à épurer
cctte cour qui conferve encore des vieilles
chimères? et ces chimères loin de lui rendre
fon premier éclat la font baiffer tous les
jours d'un luftre ? quels charmer a-t-elle
donc cette cour pour qu'au bout de trois
"ïnois au plus toutes les têtes y tournent?
Les minillrcs ont-'ls oublié les intérêts facrés
qui leur ont été confics ont-ils oublié la
ielponfabilité à laquelle on les a fournis
ont-ils oublié l'eftimc publique qui les a
],iocl;miés?Non, ilsn'ont pui'oublier.ct je
lcs en crois encore dignes mais comme je
PRÉFACE. xvij
l'ai dit cette cour en fatale ceux qui la
compofent font aimables infinuans fur-
tout les femmes et nos minières font des
hommes, on en fait bientôt des dieux et
ils le croyent. Le falut de l'état eft entre
leurs mains et il eft fi doux de fedivinifer;
voilà à-peu-près l'adulation que les couru.
fans employent auprès des minières; mais
les tems font changés, et cette vieille politi-
que de cour n'en plus de mode. Pour le
foutenir en place aujourd'hui le fecret
n'en eft pas merveilleux et l'effort n'en en
pas pénible il ne s'agit que d'être impartial
et fincère qu'ils n'oublient jamais cette
morale, et j'affure que tous mourront ho-
norablemcnt dans leur place.
Les projets incendiaires, combinés avec
tant d'art par les factieux et auffitôt déjoués,
fcmenti'allarmeei perpétuent l'anarchie. Les
uns craignent véritablement pour le roi, les
faux amis viennent à l'appui de cette crainte,
et l'onconclut qu'il faulfoùflraire fa majeflé
la fureur des deux partis le roi n'a lien
à craindre et s'il venoit à difparaitre le
royaume fcroit boulverfé, tout feroit livré
au fang, aux flammes, et l'état feroit perdu
fans reflburecs. Mais quelques foient leurs
atteintes, la manc des bons citoyens eft trop
formidable pour que le roi foit en danger;
le roi doit être libre et peu fans crainte aller
dans fes maifons de campagne toutes les ion
xviij P 11 E F A C E-
qu'il l'aura décide. Mirabeau comenoit ce»
deux partis, en maraudant, dit-on, fur tous
les deux il raifoit fon profit et celui de l'état
pour être fi.lcle aux principes conftitutio-
nels fa ver itable ambition était de ramener
l'ordre. Il falloit difoit-il, dans l'origine,
quelqu'un pour graiffer les roues du chariot
j opulairc, et nous avons trouvé le dindon.
Ce dindon ncfl pas difficile à reconnoître,
on dit qu'il reconimence encore fes gla-
piffemens et qu'il chante de nouveau:
je ne fais pas pourquoi il n'eft pas \venu
(iansl'efprit de nos graveurs de faireïaca-
ricauirc du dindon couronné; de toutes
fes tîcpenfes il ne lui reflc dit-on, que la
r.a;c et il fomente encore une féditon. I.c
poltron 1, le lâche peut-il s'avcugler fur l,t
jufiicc, fur lecaractère de l'efprit français ?
peut-il oublier fonaveifion pour les traitres?
pcut-iloublicrquc du foir au matin la haine
prend la place de l'amour, et quelqucsloient
les fàcrifices qu'il a fait de fa fortune, il n'a
jamais poffédcrcflimepubliquc.il ne régnera
jaunis que dans la boue. Cotnmcnt tout
factieux ne frémit-il pas, ncrcdoutc-t-ilpa»
le châtiment que referve à fcs attentats là
vengeance publique: miférablc efl.ce l:i Jts
moyens que vous employez pour fervir la
1a patrie des deux côtés elle efl trahie des
clcux côtes elle clldcchircect le peuple qui'
de
PRÉFACE- xix
B
ne fait pas encore diftinguer fes vrais amis
dn traîtres qui le trompent fous un marque
fpécitux eft égaré de nouveau. je fai; bien
que je m'expofe en parlant ainfi ie dindon
couronné a déja fait attenter ma vie
mais il eft beau de mourir quand on fat
Quoi, il ne fera donc pas po LIe de
de ramener l'ordre la nation efl divine,
le roi efl fans force le militaire cfl infu-
bordonné, les chefs bafoués, le. général
infuité, le magiflrat fans pouvoir, et la loi
fans organe; tout efl dans un équilibre épou-
vantable le choc peut être terrible et
cependant il en tems encore de tout ré-
parer, et de fauver l'état et les citoyens;
mais il faut par une réunion générale, un
concourus d'élans patriotiques, ramener le
peuple à fcs foyers, à fes travaux faire
parieT la loi dans toute fa vigueur indif-
ttneteraent pour tous les citoyens, rappeller
ks fugitifs,- engager l'étranger à revenir en
France. Hélas pour un moment que nous
avons à pafler fur la terre, laiffons à nos cn-
fans, à nos neveux les traces d'une confli-
tution qui doit adjurer pour jamais lcor
bonheur et notre gloire,et faifons, s'il nous
«ft poflible.de notre tetns refleurir le
royaume.
Voila ce que j'avois à dire j'ai dis la vérité
PREFACE.
'ilc qu'eue doit être prononcée fans ré-
ilcxions, fans recherches, fans m'occuper du
flyle lcs changemens de ma pièce, la conf
truction de ces préfaces font le tems d'un
après demandé des avis,
j.eut-eire aurai-je eue la modcAic de les
lu vie, mais comme ceux que j'ai fuivis en
de ik ou trois occalions on été improuvés
du public, je m'y prefente comme j'ai tou.
jouis fait, avec le défordre de la nature
brute, toujours moi-même et avec toute la
(implicite de ma parure.
Je ne manquerai pasd'adrefler celte pièce,
avec un double exemplaire, à tous nos mi·
niflies, en les engageant d'en remettre un au
roi et à la reine fi deja ils redoutent la
̃franchife mon franc parler ne les amufera
pas, Cependant M. de Montmorin peut me
judifier il fait que je n'ai pas attendu le
droit de dire la vérité j'ai ofé la mamfcfler
avec énergie fous l'ancien régime, plufieuri
lettres alors de fa part font fon éloge et font
une preuve de mon patriotifmc. Je n'ai pas.
été le fommer de réalifcr fa bienveillance;
il ne me connoit point, je ne fuis point furî
le regiftre des penfions, mon zèle et mon
dcTintereftement font connus et j'ai facrifié
jllfqu'à la place de rnott fils. Ainfi que mQn
fils foit placé, qu'il ne le foit pas, je ne fer-
virai pas moins mon 'pays,
F A C E.
Je ae fuis point de ces femmes vicieufes
dont les maximes varient comme les modes,
qui prêchent la religion quand elle n'a pas
befoin d'appui qui la détruife quand elle
n'a plus de foutien qui font la guerre aux
morts et aux philofophc», adulent les vivans,
encouragent le crime et facrifient les chofes
les plus facrées à leur infatiable ambition
à leur égoïfme.
Dans tous mes écrits,j'attaquai Mirabeau
comme homme public moi fcule peut-être
ne l'ai point redouté j'ai ofé lui dire qVie
fi fon coeur étoit auffi grand qu« fon efprit,
l'état étoit fauve on n'a point oublié cette
phrafe dans mon difcours de l'aveugle;
'quand vous tournera conjlammtnt voire plume
vers le bien il faudra vous drejfer des autels.
Voilà encore une de mes prophéties accom-
plies il efl mort, et j'ai fait fon éloge parce
qu'il n'eft plus.
Vous, Français, qui m'allez lire, quelque
Toit le pcu de goût que vous prendrez à
cette lecture!, apprenez à me connoître et
vous rendrez juflicc à mes principes je
finirai par vous recommander pour vos
propres intérêts, d'affermir, d'attirer votre
roi fur le trône et de craindre le foit des
grenouilles de la fable. ••
P R 0 l Û&'U E.
L DstTiN, d<xns un thar.
\f S viens de faire: trancher le» jours du grand
Mirabeau. J'ai vd trembler pour la premier»
fois la main de la parque; un enfant a foivida
près ce grand homme tel étoit mon deflein.
k
Il' faut convenir que l'efpèce humaine eft bien
YAntti i qael afage fait-elle du génie qu'elle
a reçu de la rature," en présence tous les
autres animaux? foibles mortels! que vous Etcs
loin du bonheur que vous cherchez! Il eft cepen-
dant fi près de vous mais la dévorante ambition
qui vous tourmente, mais cette foif in(atiable
de vos intérêts particutiers vous fait em-
poifonner tous ces dons que le ciel a répandus
fur la terre; ah! fi je ne veillois pas leur
profpéxité, les hommes s'cntregorgeroient en-
temble & fins (avoir pourquoi Quel exemple
de.morale je donne aux Français, en leur enle-
vant à la fleur de t'age, un de leur plus fort
foutien. Ils murmurent actuellement contre ma
rigueur hommes injuftei, jetiez un regard pro.
fond fur vos inconféquences, fur vos préventiors,
vous reconnoitrez tous vos toits vous n'avez
petfécutez & vous ne perfécutez encore que ceux
qui fe facrifient pour le bien public. Vous ne
jv
/avez les appflctè r^que quand ils né 'font pfrft;
il en eft bien rems! Je ne peux cependant m'en
dcfendre, j'aime les Français, leur caractère,
leur efpnr, leur folie même mais dans ce moment
de vertige qui les égare s'ils allaient confp rr/
contre moi, je ,en ferois pas étonné, ils en
font bien capables mais le les. défie de
m'ateindre, je fuis un peu trop haut pour redouter
celte fameuse lanterne; en vérité leur révolution
en bien originale. Ils (ont arrivés. (ans répandre
de fang,a un degré De perfection conftitution»
nelle, où toute autre nation en auroit rougi la
terre. Mais feront-ils affez confiais, affez r»i-
fonnables pour ne pas détruire un travail fi mer-
veill«ux C'efl-U mon (ecret; voyons comme
ils vont fe conduire après la mort de Mirabeau;
voyons s'ils fautont m'engager à leur nommer
un fucceffeur ce grand, génie. Allons tout pié-
parer aux. Champs- Elifées pour le recevoir!
ah combien les grands hommes de la
France vont être étopnés & affligés de le
voir arriver parmi eux tnais
ler par les dons que je vais faire à leur patrie;
je vais tout di(pofer, & que la terre & le ciel
applaudirent aujourd'hui à mes bienfaits.
A mtfurt que le char itnfuh dans la coulifle le nu,fgs
fi difiipt tt découvre les ÇhAmpt-ï^ia
A 3
v M I R A B R A U
AUX
C H A M P S-É I. I S É E S,
COMÉDIE EN UN ACTE ET EN PROSE.
•*
Les ombres doivent lire cojluint'es chacun* dans leur genre.
L'ouverture doit être une mufique douce prifible
miU- de quelques traits plaintifs.
Le the'dtre reprtftntt les Champs- FJi/e'tt.
Toutes les ombres font errantes dans 1/ fond du the'ùref*
quarAle rideau fe the. On doit voir unefpict de nua^t
imitant une vapeur t tUt fedijfipe infenfibUment. due va-
peur doir terminer la pièce Il la fin du chctur.
SCENE PREMIER K.
J.- JACQUES, VOLTAIRE. MONTESQUIEU.
V O'I TAIRE.
J E (e dis encore, Montefquieu, les tems font
changés. Les fièctes de l'ignorance ont difparus:
la lumière s'eft répandue fur toute la terre; tes
principes fur les gouvernement ne foot plus c'o
faifonj partout l'homme reconncît !es loix de

Un pour Un
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