Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Molière et les médecins, lecture faite à l'Académie d'Amiens, dans sa séance du 11 février 1854 , par M. Alexandre,...

De
31 pages
impr. de Duval et Herment (Amiens). 1854. Molière. In-8° . Pièce.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

ET
Lecture faite à l'Académie d'Amiens,
Dans sa Séance du 11 Février 1854,
PAR M. ALEXANDRE,
teur Médecins, Professeur à l'Ecole préparatoire de Médecine
Amens, Membre de la Société de Médecine de la même
AMIENS,
IMPRIMERIE DE DUVAL ET HERMENT , PLACE PÉRIGORD, 3.
JUIN 1854.
MOLIÈRE ET LES MÉDECINS.
MESSIEURS.
J'étais un jour au parterre du Théâtre français, dans cette
douce attente où l'on se trouve parfois, un peu avant le lever
du rideau, lorsqu'il s'agit d'une oeuvre qui nous promet du
plaisir. Je me croyais seul, seul comme on l'est si souvent à
Paris parmi la foule, lorsqu'un petit coup amical frappé.sur
l'épaule, m'avertit du contraire. — Gomment, docteur, est-
ce bien vous que je vois? Vous n'avez donc pas lu l'affiche !
Mais on va se moquer des médecins! On joue le Malade
imaginaire ! —Le malade imaginaire ! me répétai-je tout bas;
c'est bien la pièce qui m'attire ici. Mais pourquoi donc, me
dis-je encore, en continuant les réflexions que l'on avait fait
naître en moi, pourquoi, moi médecin, trouvé-je du plaisir
à cette pièce et à quelques autres du même auteur, dans les-
quelles on se rit des médecins? Pourquoi? C'est, il n'en faut
pas douter, parce que le trait est bien lancé et qu'il va frap-
per au flanc de la médecine quelque ridicule. Ceci me rap-
pelé l'hilarité qu'un jour firent naître ici-même, parmi nous
et surtout chez ceux d'entre nous qui ont accès dans le tem-
pie deThémis, les fourberies de Scapin qu'un des nôtres (1),
et non pas le moins capable, mettait si heureusement en
vers. On riait beaucoup de tout ce que .Scapin met devant les
yeux d'Àrgant pour le dissuader de plaider.... « Les détours
» de la Justice, les procédures embarrassantes, les griffes
» d'animaux ravissants, sergents, procureurs, avocats,
» greffiers, substituts, rapporteurs, juges et leurs clercs, et
» les sottises que disent devant tout le monde de méchants
» plaisants d'avocats... » Pourquoi donc les gens du métier
prennent-ils plaisir à venir entendre ces charges sur les mé-
decins, les juges et les avocats? C'est toujours par la même
raison ; c'est parce que sous ces mêmes charges il y a du
vrai. Est-ce que les notaires boudent Molière et ne vont pas
à ses pièces parce qu'il dit quelque part dans Y Avare : « On
» fera une bonne et exacte obligation par devant un notaire
» le plus honnête homme qu'il se pourra. » Ou'parce que
dans une autre pièce il nomme ironiquement un notaire : M.
Bonnefoi ? J'ai vu de fort pieuses gens goûter le Tartufe: Ces
réflexions, Messieurs, Molière lui-même les faisait dans sa
préface des Précieuses ridicules quand il disait « Que les plus
» excellentes choses sont sujettes à être copiées par de maii-
» vais singes qui méritent d'être bernés, que ces vicieuses
» imitations de ce qu'il y a de plus parfait ont été de tout
» temps la matière de la comédie ; et que par la même raison
»;i les véritables savants et les vrais bravés ne se sont point
> encore avisés de s'offenser du docteur de la comédie ou du
» capitàri, non plus que les juges, les princes et les rois, de
» voir Triyelin ou quelqu'autre sur le théâtre, faire ridicu-
» lement, le juge, le prince ou le roi... »
Tous voyez, Messieurs, de quelle manière j'ai été conduit
à revoir toutes les épigrammes que Molière a lancées contre
(1) M. Marotte.
les médecins, pour les analyser ensuite devant vous, en ac-
ceptant avec résignation celles qui sont méritées, mais me ré-
servant le droit de combattre les autres.
Ce préambule vous fait voir aussi que c'est sérieusement
que nous allons répondre à la plupart de ces épigrammes.
Peut-on en agir autrement avec ces charges qui > comme nous
le disions toute à l'heure, couvrent toujours quelque travers
ou quelque ridicule, et avec ces épigrammes qui ne sont pas
toujours méritées? Ces charges ne sont pas souvent de pures
inventions, il faut aussi le reconnaître. Les grands écrivains
de la taille de Molière n'inventent guèrès, comme vous le sa-
vez, Messieurs..Us devinent quelquefois ; mais le plus sou-
vent tout ce qu'ils nous exposent si admirablement, soit dans
les petites choses, soit dans les grandes, ils l'ont pris dans la
nature où ils savent si bien voir ; et le génie n'est rien autre
chose que cette clairvoyance.
Commençons par mettre un peu d'ordre dans l'examen mé-
dical que nous allons'faire des oeuvres de Molière.
Les: attaques que cet auteur comique livre à la médecine
peuvent se ranger sous trois modes. Il fait rire des méde-
cins en mettant sur,la scène et en rendant grotesques, des
choses qui de.leur nature., considérées hors le temps de la
maladie, ne prêtent que trop au rire. C'est la grosse farce
qui n'est là que pour divertir le gros parterre. C'est là le pre-
mier mode. Molière fait encore rire des médecins en les faisant
paraître avec leurs ridicules dont il voudrait les corriger. Là
est la vraie comédie, ne mentant pas à sa devise : Castigat
ridendo mores. C'est le second mode. Enfin Molière s'attaque
à la science médicale ; c'est à la doctrine qu'il en veut cette
fois ; il Ja croit menteuse. Comme quelques autres beaux es-
prits, il ne croit pas à la médecine.
C'est au premier mode qu'appartient la scène du malade
— 6 -
imaginaire où Àrgan demande à Toinette :si son lavement a
bien opéré?
» TOINETTE. — Votre lavement ?
ARGAN.—Oui. Ài-je bien fait de la bile?
TOINETTE. —Ma foi, je ne me mêle pas de ces affaires là.
C'est à M. Fleurant à y mettre le nez, puisqu'il en à le pro-
fit. »
C'est encore une scène du même genre que nous trouvons
dans le Médecin malgré lui. C'est lorsque Sganarelle cherche
le mal de la fille de Géronte devenue muette.
» SGANARELLE.— Sent-elle de grandes douleurs? '-■
GÉRONTE.— Fort grandes.
SGANARELLE. — C'est fort bien. Va-t-elle où vous savez?
GÉRONTE.—Je n'entends rien à cela.
SGANARELLE.—La matière en est-elle louable?
GÉRONTE. — Je ne me connais pas à ces choses. »
Tous ces lazzi débités devant des personnes ayant bien! dî-
né, venues là pour rire et riant les unes par les autres, car le
rire aussi est contagieux, n'ont jamais manqué leur effet.
Molière y comptait bien. Il n'ignorait pas, non plus que les
comiques qui l'ont précédé et ceux qui, sont venus après lui,
"qu'il faut des bouffonneries pour faire rire le; commun des
spectateurs que des plaisanteries fines et de bon goût n'amu-
seraient pas;
Mais passons au meilleur comique, à celui qui s'attaque
aux ridicules des médecins, et voyons si tout le monde au-
jourd'hui a profité de la leçon.
Pourquoi donc les hommes de notre profession ne peuvent-
ils voir sans rire la scène «te M. de Pourceaugnae où les deux
docteurs prennent chacun un bras pour tâter le pouls, et en
— 8 —
dans la science une. profonde révolution., C'est donc avec rai-
son que Molière se moque du ridicule entêtement de quel-
ques médecins de son temps qui systématiquement barraient
le chemin à une grande et impérissable découverte.
Nous ne trouvons pas qu'il ait eu la main; aussi heureuse
dans la scène suivante.
Argan, pour s'excuser du reproche que lui fait sa domes-
tiqué Toinette, dé donner sa fille qui est si riche à un mé-
decin , semble vouloir relever la condition de. son gendre fu-
tur. Alors il dit à M. Diafoirus :
« N'est-ce pas votre intention, Monsieur, de le poussera
» la cour et d'y ménager pour lu-lune, charge de médecin ?
« M. DIAFOIRHS. — A vous parler franchement -, notre mé-
» tier auprès des grands ne m'a jamais paru agréable ; et j'ai
» toujours trouvé qu'il fallait mieux pour nous autres de-
» meurer au public. Le public est commode. Tous n'avez à
«répondre de vos actions à personne; et pourvu que l'on
» suive le courant des règles de l'art, on ne se met point en
» peiné de tout ce qui peut arriver. Mais ce qu'il y a defâ-
» cheux auprès des grands, c'est que. quand' ils viennent
» à être malades, ils veulent absolument que leurs médecins
» les guérissent.
» TOINETTE. — Cela est plaisant ! Et ils sont bien imperti-
» nents de vouloir que vous autres, Messieurs,, les guéris-
» siez ! Tous n'êtes point auprès d'eux pour cela ; vous n'y
» êtes que pour recevoir vos pensions et leur ordonner des
» remèdes ; c'est à eux de guérir s'ils peuvent.
» M. DIAFOIRUS. Cela est vrai. On n'est obligé qu'à traiter
» les gens dans les formes. »
Tout cela est bon pour faire rire au théâtre; mais tout cela
n'a pas déportée sérieuse. Quel art, quelle science, quel mé-
tier, quelle partie des choses humaines n'aura pas ses insuc-
— 9 -
ces? Est-ce que les avocats gagnent toutes leurs causes? Est-ce
que les magistrats ont toujours bien jugé? Ne voit-on pas des
juges absoudre là où d'autres ont condamné?» Dans l'appli-
» cation des lois civiles, disait il y a quelque temps un savant
» magistrat (1) dans un discours de rentrée, dans cet im-
» mense dédale des litiges soulevés par le choc désintérêts
» privés, ce qui frappe tous les hommes sérieux, c'est la
» contrariété des doctrines et des décisions. »
Ambroise Paré, ce grand nom parmi les médecins, ne parlait
pas autrement que ne parle ici M.Diafoirus; lorsqu'il disait
dans son langage naïf « Je t'ai pansé ; que Dieu te gayrisse 1 »
N'était-ce pas dire dans notre idiome moins naïf : j'ai com-
battu ton mal selon les règles, de la science .modifiées, par le
temps, sanctionnées par l'expérience;, j'ai fait ce, que tout
médecin qui a la connaissance entière des ressources de son
art, peut humainement faire. Eh bien maintenant c'est à la
nature, ou mieux à Dieu qui en est l'auteur;et la dirige,;à
faire le,reste. Et cette exigence des grands, cette, imperti-
nence, comme vous le faites dire ironiquement à Toinette-,
vous aussi, Molière, vous me semblez les avoir, vues, degrés»
si j'en juge par ce langage de Sosie dans, votre Amphitryon
« Sosie , à quelle servitude.
Tes jours sont-ils assujettis!.
Notre sort est beaucoup plus rude
Chez les grands que chez les petits.
Ils veulent que'pour eux tout soit dans la nature,
Obligé de s'immoler:
Jour et nuit, grêle , vent, péril, chaleur, froidure
Dès qu'ils parlent il faut voler.
Vingt-ans d'assidus service
N'en obtiennent rien pour nous:
(1) M. Roulland, procureur général à la Cour impériale de Paris.
— 10 —
Le moindre petit caprice
Nous attire leur courroux ,
Cependant notre âme insensée
S'acharne au vain honneur de demeurer près d'eux,
Et s'y veut contenter de la fausse pensée
Qu'ont tous les autres gens que nous sommes heureux.
Vers la retraite en vain la raison nous appelé,
En vain notre dépit quelquefois y consent ;
leur, vue a sur notre, zèle
Un ascendant trop puissant,
: Et la.moindre faveur d'un coup d'oeil caressant
Nous rengage de plus belle. »
Ces pensées teintes de mélancolie sur l'exigence et l'ingra-
titude des grands/ durent vous venir à l'esprit, ô grand
poète, lorsque ne parvenant pas cette fois à faire rire le mo-
narque qui, comme vous le dites vous-même, faisait trem-
bler toute l'Europe ; vous ne pouviez l'amener à se ranger
ouvertement de votre côté et l'opposer aux ennemis que vous
avait suscités le Tartufe; ou alors que vos placets pour obte-
nir du grand roi l'autorisation de jouer cette pièce devant le
public /restaient sans réponse.
Un des plus grands reproches faits à la médecine, c'est la
divergence d'opinion des praticiens en présence de la même
maladie et sur le. traitement qu'ils lui opposent. Ce sont bien
ces désaccords que Molière attaque dans la neuvième scène
du deuxième acte du Malade imaginaire.
Après quelques mots aigres échangés entre la femme du
malade imaginaire et sa fille, en présence des Diafoiruspère
et fils, et lorsque ceux-ci vont prendre congé, Argan ne laisse
pas échapper une si belle occasion de parler de son mal à M.
Diafoirus, qui n'est pas son médecin et n'est pas venu la pour
s'occuper de maladie. On reconnaît dans ce trait le vrai ca-
ractère de l'hypocondriaque.
- 11 -
«ARGAN.— Je vous prie, Monsieur, de médire un peu
comment je suis.
M. DiAFoiaus tâtant le pouls d'Argan. —Allons, Thomas,
prenez l'autre bras de Monsieur, pour voir si vous saurez
porter un bon jugement de son pouls. Quid diçis ?
TH. DIAFOIRUS.— Dico que la pouls de Monsieur est le
pouls d'un homme qui ne se porte pas bien.
M. DIAFOIRUS. — Bon.
TH. DIAFOIRUS. —Qu'il est duriusculé, pour ne pas dire
dur.
M: DIAFOIRUS. Fort bien.
TH. DIAFOIRUS. — Repoussant.
M. DIAFOIRUS.—Benè.
TH. DIAFOIRUS.—Et même un peu capricant.
M. DIAFOIBUS. — Optimè.
TH. DIAFOIRUS.—Ce qui marque une intempérie dans le
parenchyme splénique, c'est-à-dire de la rate.
M-DIAFOIRUS. —Fort bien.
ARGAN. — Non. M. Purgon dit que c'est mon. foie qui est
malade.
M. DIAFOIRUS.—Et oui. Qui dit parenchyme, dit Fan et
l'autre; à causé de l'étroite sympathie qu'ils ont ensemble par
le moyen du vas brève, du pylore et souvent des méats cho-
lédoques. »
C'est vraiment d'un comique admirable! Ces médecins igno-
rants de la maladie et qui pour éblouir le malade lui parlent
moitié français, moitié latin. Et pour que ce malade ne s'arrête
pas plus long-temps à la divergence d'opinion entre Diafoirus
qui dit la rate et Purgon qui dit le foie, celui-ci lui jette à la
- 12 -
tête pour l'étourdir les grands mots de, parenchyme, de «as
brève, de pylore, de méats cholédoques.
« M. DIAFOIRUS.—Votre médecin vous ordonne force rôti?
ARGAN.—Non. Rien que du bouilli.
M. DIAFOIRUS. — Et oui; rôti, bouilli, même chose. Il
vous, ordonne -prudemment, et vous ne pouvez ; être en de
meilleures mains. »
Puis revient encore si admirablement le caractère de l'hy-
pocondriaque qui craint de faire la moindre chose sans l'avis
du médecin.
« ARGAN.—Monsieur, combien est-ce qu'il faut mettre de
grains de sel dans un oeuf ? »
Dans ce médecin qui prescrit le rôti quand l'autre ordonne
du bouilli, Molière, on le voit bien, arrive au reproche fait
aux praticiens de tous lés temps de ne pas ordonner lés mê-
mes remèdes pour les mêmes maux. Nous n'entreprendrons
pas de soutenir, que les médecins sont toujours du même avis.
Il y a dans leur art comme en tout, excepté, dans la science
des chiffres, des choses peu évidentes qui laissent chercher à
l'esprit ce qu'elles sont réellement ; et dans ces cas peu clairs
on peut être d'avïs différents. La diversité des intelligences
doit y être aussi pour quelque chose. Mais encore, de ce que
le traitement prescrit par deux; praticiens n'est pas le même,
il n'en faut pas toujours conclure qu'ils ont jugé le mal au--
trement ; seulement, pour le combattre, chacun a établi ses
batteries à sa manière.
Mais ce n'est pas seulement la variété dans le; traitement
des; maladies; qui. a été. objectée, aux médecins , c'est aussi la
variété de leurs doctrines.
Plusieurs systèmes ont régné en médecine depuis son ori-
gine jusqu'au temps de Molière et après lui, il; faut bien lla-r
—13.1 —
vouer. Le système est, comme vous - le, savez,; Messieurs*, .en
médecine, une,théorie générale qui s'efforçe de ramener à
quelques principes,.quelquefois à,un seul, tous les phéno-
mènes de la santé et de la maladie. On a vu l'humorisme, le
solidisme, l'animiste, le vitalisme, etc, naître tour-à-tour
pour régner et être renversés l'un par l'autre. Mais'Chaque 1'
système en tombant, il faut bien le reconnaître aussi, a laissé
à. la science quelque; vérité qui ne périt pas . Ce sont lessys-
tématiques que Molière met en scène .sous, le personnage, de
Toinette déguisée en médecin dans le troisième acte du Ma-
Iode imaginaire.
> TOINETTE. — Quel est votre médecin?
ARGAN.—M. Purgon.
TOINETTE.—Ce nom n'est point écrit sûrmes tablettes en-
tre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade?
ARGAN. —Il dit que c'est dû foie et d'autres disent que c'est
de la rate.
TOINETTE. — Ce sont tous des ignorants? C'ést du-poumon
que vous êtes malade.
ARGAN.—Dupoumon?
TOINETTE.—Oui. Que sentez-vous?
ARGAN.—Je sens de temps en temps des douleurs de; tête.
TOINETTE. —Justement le poumon
ARGAN. —Il me semble parfois que j'ai un voile devant tes.
TOINETTE.—Le poumon.
ARGAN.—-J'ai quelquefois des maux de coeur.
TOINETTE.— Le poumon.
ARGAN.—Je sens parfois des lassitudes, dans tous les ment-
bres.
— 14 —
TOINETTE.—Le poumon.
ARGÀ'N. -i—Et quelquefois il me prend des douleurs dans le
ventre comme si c'était des coliques.
TOINETTE. —Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous
mangez?
ARGAN. \—Oui, monsieur.
TOINETTE.—Le poumon. Vous aimez à boire un peu devin?
ARGAN.—Oui monsieur.
TOINETTE. —Le poumon. Il vous prend un petit sommeil
après le repas et vous êtes bien aise de dormir?
ARGAN.—Oui monsieur.
TOINETTE. —Le poumon, le poumon vous dis-je. Que vous
ordonne votre médecin pour votre nourriture ?
ARGAN—Il m'ordonne du potage.
TOINETTE.—Ignorant!
ARGAM. — De la volaille,
TOINETTE. — Ignorant !
ARGAN.—Du veau.
TOINETTE. — Ignorant !
ARGAÏN.—DU bouilli.
TOINETTE.—Ignorant! :
ARGAN. — Des oeufs frais.
TOINETTE.— Ignorant, ignorant.... »
En faisant dire à Toinette ainsi que l'a fait un spirituel
écrivain : L'estomac, l'estomac, comme elle dit le poumon, le
poumon, la moquerie va droit au grand systématique de
notre époque, qui pourtant, lui aussi, a doté la science
d'importantes vérités. Mais c'est là le sort de l'homme dans

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin