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Moscou avant et après l'incendie , notice contenant une description de cette capitale, des moeurs de ses habitans, des événemens qui se passèrent pendant l'incendie et des malheurs qui accablèrent l'armée française pendant la retraite de 1812, par G. L. D. L., témoin oculaire

De
173 pages
Gide fils (Paris). 1814. France (1804-1814, Empire). IV-166 p. ; in-8.
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MOSCOU,
AVASTTsJLT APRÈS L'INCENDIE.
ADRIEN ÉGRON, IMPRIMEUR
DE S. A. R. I.E DUC D'ANGOULEMI,
rue des n." 5?,
MOSCOU,
^TFMÏT ET APRÈS L'INCENDIE;
ou
NOTICE
T une Description de cette Capitale,. des
^SîjlaSirs de ses Habitans , des Événemens qui se pas-
'- -- - _u - --
sèrent pendant l'incendie; et des malheurs qui acca-
blèrent l'armée françaisé, pendant la retraite de 1812.
PAR G. L. D. L.
TÉMOIN OCULAIRE,
Pa3BaAHHbi, Morn.Ahî, nenejvl),
qepeObJl, Kocmn l'nib iioAo6fîLIXI J
He ecmh AH HXb BtHeMD H ciaba.
La gloire des Conquérans se fonde sur des
ruines ; des tombeaux et des cendres.
Leurs lauriers croissent sur les crânes et les
ossemens de leurs semblables.
Ode de DERJAVINE.
PARIS,
GIDE FILS, LIBRAIRE,
rue St-Marc, n° 20.
I 8 l4.
WVtft/VVVVVV»VVVlrtA/VVLrVlW\M/*VWMA/V\A/VWlA/VVVUVWVVV«AmM/VMA/t/VVUVVVirWVVWVUVU
AVANT-PROPOS.
EN publiant cet Ouvrage , mon but est
de faire connaître davantage une Nation
qui vient d'étonner l'Europe , par la gé-
nérosité de son souverain et la discipline
de ses armées. On ne la jugeait, jusqu'à
ce jour, que sur des relations menson-
gères , publiées par des voyageurs mal
instruits ou des auteurs de mauvaise foi.
ij
Quelques-uns d'entre eux , après avoir
long-temps joui de l'hospitalité qui leur
était accordée en Russie , l'ont payée
d'ingratitude, en mettant au jour quel-
ques anecdotes scandaleuses, qu'ils vou-
lurent donner comme base du caractère
national des Russes ; d'autres , copiant
de vieilles descriptions , ou ajoutant
foi aux fables de quelques voyageurs,
n'hésitèrent pas à donner le nom de bar-
bares à un peuple qu'ils n'avaient jamais
visité , dont ils ignoraient la langue, et
dont enfin ils n'avaient pas étudié les
mœurs. On ne doit jamais juger un peu-
ple d'après les vices de quelques particu-
liers. Certes, si les géographes ne con-
sultaient que des chroniques scandaleu-
ses et des libelles, la France serait bien-
Il)
tôt rangée également au nombre des états
barbares.
Les grands progrès que la nation Russe
a faits en si peu de temps vers la civili-
sation , sont d'autant plus étonnans que,
par sa position géographique , elle dut
en faire tous les frais. Les Russes du-
rent étudier les langues étrangères , pour
entrer en relation avec les autres peu-
ples de l'Europe. Il fallut qu'ils eussent
la force de faire taire l'orgueil national,
pour adopter ce qui se trouvait être meil-
leur chez l'étranger que chez eux.
Dans l'état où se trouve actuellement
la Russie , il n'est pas difficile de pré-
voir sa splendeur future. On peut surtout
iv
prédire la grandeur d'un peuple , dont
le caractère national est basé sur le pa-
triotisme, la tolérance et l'hospitalité.
MOSCOU
1
WVVVI'VI/VVVVVVVVt/VVVUVVVl/VVtrWWVVVtUVIAtr/l/Vl/VVVVl/VWlAAl/VWVVVXitA/VWVWVVVXVVVV
MOSCOU,
AVANT ET APRÈS L'INCENDIE:
CHAPITRE PREMIER.
Description.
DONNE R une description de Moscou, c'est
rappeler cette ville du néant auquel le pa-
triotisme de ses habitans paraissait avoir vou-
lu la condamner. Malgré la promptitude avec
laquelle on construit en Russie , bien des an-
nées s'écouleront avant qu'on puisse de nou-
veau la compter au nombre des villes de pre-
mier ordre. Bâlie dans un goût plus moder-
ne , plus régulier , elle en deviendra moins
pittoresque : ce ne sera plus cette antique ré-
sidence des Tsars, dont les murs orgueilleux
( 2 )
soutinrent les assauts des Tatares et des Po-
lonais.
En arrivant à Moscou, par la route de Smo-
lensk, une vue magnifique se développe aux
yeux du voyageur , d'autant plus frappé qu'il
a parcouru une vaste étendue , sans rencon-
trer une ville remarquable. En avant de ce ta-
bleau enchanteur, des monastères , entourés
de murailles et de tourelles , rappellent les
temps où le sacerdoce luttait avec la noblesse
et le souverain ; plus loin , des palais , peints
de diverses couleurs, s'élèvent en amphithéâtre
et annoncent l'opulence de la cité ; dans l'azur
d'un ciel presque toujours pur, on voit briller
les dômes dorés des églises; et, par dessus tout,
le grand clocher de Saint - Jean, devenu
présqu'une idole pour l'habitant de Moscou.
Tantôt on croit reconnaître dans les édifices
le style asiatique ; tantôt d'élégantes colonnes ,
de riches façades annoncent le goût Européen;
et, au milieu de cet amas d'habitations, l'œil
se repose avec plaisir sur des jardins parés de
-cette verdure foncée qu'on ne voit que dans le
Word. La eolline d'où l'on découvre le mieux
la ville 7 se nomme Montagne du Salut.
- Parvenu à cet endroit, le Russe s'incline avec
respect et fait le -signe de la rédemption, hom-
( 5 )
mage religieux qu'il rend au grand clocher
situé au milieu de Moscou.
En entrant dans cette capitale , on voit dis-
paraître , pour un instant, les élégantes cons-
tructions qu'on avait aperçues, et avec elles
les idées de grandeur qu'on s'était formées de
la cité de Pierre (i). Le faubourg offre l'aspect
d'un village ; des chaumières, semblables à
celles des paysans ; des potagers : voilàJce qui
forme l'entrée de l'une des plus belles villes de
l'Europe.
Moscou est bâtie sur plusieurs collines , et
date du milieu du douzième siècle : c'est sous
le règne de Jouri Yladinzirovitch, que fut fon-
dé cet entrepôt du commerce de l'Europe et
de l'Asie. Les chroniques disent que c'était
un village qui renfermait la maison d'une maî-
tresse du Tsar. Il y fit bâtir une habitation :
ses courtisans l'imitèrent et la ville se trouva
fondée par le hasard et l'amour.
Sa circonférence est à-peu-près aussi éten-
due que celle de Paris , mais la population est
bien moindre , et ne s'élève, tout au plus, qu'à
(i) Nom que le Moscovite donne à la ville ; il la
nomme aussi la Forte.
( 4 )
trois cent cinquante mille âmes ; les cours et les
jardins offrent un grand luxe de terrain , et
les maisons n'ont pour la plupart qu'un rez-de-
chau^ée.De misérables huttes s'appuyent hum-
blement contre de riches palais ; et l'on voit,
comme dans toutes les grandes villes, figurer
la pauvreté à côté de l'opulence.
• Les toits sont en tôle peinte ; le peu de ré-
parations qu'ils exigent, et l'abondance du fer
en Russie , rendent cette toiture économique.
Les maisons en bois se construisent en peu de
semaines ; faites avec des pièces de rapport,
on peutjes démonter pour les transporter d'un
endroit à un autre. Elles sont composées de
poutres posées les unes sur les autres, et les
interstices sont bouchés avec de la ipousse. Elles
ont l'avantage d'être plus chaudes que les mai-
sons en pierre. Les églises, et beaucoup d'hô-
tels , sont construits en brique , la pierre de
taille étant fort rare aux environs de Moscou (1).
(1) Dans la géographie de Ment-elle ( d'ailleurs assez
exacte à l'article Russie ), on reproche aux Russes de
n'avoir pas ferré ou pavé le chemin de Saint-Péters-
bourg. Les auteurs de cet ouvrage n'ont pas considéré
que la pierre y est fort rare; que la population suffit à
peine aux travaux de la terre que le climat ne permet
( 5 )
Ces églises sont surmontées de cinq petits llô-
mes dorés , portant chacun un -croissant ren-
versé et au-dessus une croix : c'est pour indi-
quer que la foi catholique renversa le cufte de
Mahomet (i).
Il en est qui contiennent une chapeHe, que
Fou chauffe pendant l'hiver. Leur richesse
consiste en une grande quantité d'images, tra-
vaillées en or et argent et souvent ornées de
pierres précieuses.
de travailler aux routes que pendant trois ou quatre
mois de l'année; et enfin que la distance entre les deux
capitales est très-grande. On a employé des rondins
pour couvrir les endroits marécageux , parce qu'il se
trouvait à proximité beaucoup de forêts et pas une seule
carrière.
(i) Les Tatars ravagèrent plusieurs fois la Russie;
entr'autres le fameux Bali-Khan, qui s'empara de la
plus grande partie des villes de cet em pire , et rendit
tributaires les princes qui les possédaient. Ils furent
ensuite subjugués à leur tour , sous le règne des deux
Jvan. Kasan , quittait leur capitale , fut prise et dé-
truite ) mais , quelque temps après , les Tatars cons-
truisirent une nouvelle ville, à quelque di-tance des
ruines de l'ancienne. La plupart des hordes Tatares ont
adopté le culte de Mahomet; les autres professent le
Schamanisme.
( 6 )
Beaucoup de voyageurs (il et de géographes,
dans leurs pompeuses descriptions de Moscou,
la font traverser par plusieurs ri vières, etnom-
brent une quantité de ponts ; cependant cette
ville n'est baignée que par la Moskwa et la très-
petite rivière Jausa. Il serait ridicule de consi-
dérer comme des rivières des ruisseaux qui
viennent croupir dans les fossés du Kremlin. La
Moskva est traversée par un pont en pierre,
un pont de bois et deux ponts flottans; au prin-
temps, à la fonte des glaces, on enlève ces
derniers, qui, sans cette précaution, seraient
entraînés par les eaux.
La ville se divise en trois parties : le Kitaye-
Gorod, ou ville Chinoise ; le Beloye-Gorod, ou
(i) L'un d'eux, traversant la ville pendant l'hiver,
aperçut, du fond de son traîneau, les pins dégarnis du
jardin d'été , et les prit pour des mâts. Il imprima dans
sa relation , que Moscou est un port de mer. La plu-
part des voyages en Russie sont incorrects et menson-
gers. L'abbé Chappe cite une espèce de chiens , qu'on
appelle sabak , (c'est le mot Russe , qui signifie chien).
Il parle d'une sorte particulière de petits garçons , ap-
pelés Maltchouks : Maltchik signifie un petit garçon.
L'auteur de l'Été du Nord, voyageant en Russie pendant
l'hiver , et n'entendant pas chanter de rossignols, im-
( 7 )
ville Blanche (belle) (i), formant une circon-
férence autour de la ville Chinoise; le Zemle-
noye-Gorod, ou ville de Terre, qui forme une
dernière enceinte autour de la ville Blanche.
Moscou, forte de la distance qui la sépare des
front ières, est, à l'instar des autres capitales,
sans fortifications; elle n'est entourée que d'un
fossé peu profond, qui n'interdit même pas le
passage aux contrebandiers.
On ignore ce qui a pu faire donner le nom de
ville Chinoise à la partie de Moscou qui le porte :
je présume qu'elle le doit aux relations commer-
ciales qui existent depuis long-temps entre les
Russes et les Chinois, dont les produits, tels
prima qu'il n'y avait pas de rossignols en Russie. Des
géographes ont attribué à la nation Russe , en général,
des vices qui n'appartenaient qu'à des particuliers; et
des ouvrages qui auraient du être écrits avec la plume
impartiale de l'observateur , sont tracés dans Je style
d'une satire.
(i) Les ancêtres des Russes durent avoir une singu-
lière affection pour les couleurs blanche et rouge , dont
le terme Russe, tout en indiquant la couleur, signifie
quelque chose de beau. Krasnoye veut dire rouge ;
Krassavetz signifie un beau garçon j Prekrasnoje se
traduit par très-beau.
( 8 )
que le thé et la soie y remplissaient le Kitaye-
Gorod. Le commerce avec la Chine est un com-
merce d'échange ; il se fait à Kiakhta ; les mar-
chands des deux nations cherchent à se tromper
.en se fournissant de mauvaises marchandises.
.11 est bien singulier , par exemple , qu'on ait -
.beaucoup de peine à s'y procurer de bonne en-
cre de Chine.
On croit que la ville Blanche est ainsi nom-
mée parce que c'est le quartier qui renferme les
hôtels et les édifices en pierre les mieux cons-
.tf uits. Le Zemlenoye-Gorod doit son nom à un
rempart de terre qui le séparait de la ville
Blanche. Au milieu du Kitaye-Gorod se trouve
le Kremlin ou Kremle, entouré de murs cré-
nelés , de tourelles et de fossés qui pouvaient
offrir un moyen de défense au temps des inva-
sions des hordes Tatares. Le Kremlin contient
ie palais des tsars et plusieurs églises ; c'est là x
que les empereurs de Russie se font couronner;
c'est là aussi que reposent les cendres de ceux
qui occupèrent le trône avant eux. — Gran-
deur et néant !
1 -
- La vue de cette citadelle est très-pittoresque ;
Je goût baroque de ses édifices fait qu'on ne sait
fariiii quel wrdre d'architecture on pourrait les
ranger; les uns font dériver son nom d'un mot
(9)
slaron qui signifie pierre; d'autres, avec plus
de raison, lui donnent pour origine un mot ta-
tare qni veut dire forteresse.
Les curieux qui visitent Moscou, ne manquent
pas d'aller au Kremlin pour voir le trésor où
sont renfermés beaucoup d'effets et d'armures
des anciens tsars : on y montrait entr'autres
une paire de bottes de Pierre le Grand. On ne
saurait blâmer un peuple, de conserver reli-
gieusement une chose portée par un prince au-
quel il doit et sa puissance et sa civilisation.
On remarque aussi la grosse cloche, célèbre
par son poids et son volume. Un ancien auteur
anglais, sans doute l'imagination frappée de sa
grandeur, et présumant qu'on ne devait s'en
servir qu'en de grandes occasions, a publié
.«lu'on la sonnait quand le tsar se rendait près de
la tsarine. Un incendie consuma le clocher où
elle était suspendue; lors de sa chute, son poids
la fit entrer en terre, et elle s'y enfonce de plus
en pLus.
■ Un gros canon , placé à l'entrée de l'arsenal,
étonne par son diamètre; deux hommes peu-
vent s'asseoir dans son embouchure : on dit que
Pierre Ier. voulant un jour le faire traîner, et
ne pouvant en venir à bout, le fit knouter.
- Sous l'une. des voûtes du Kremlin, on est
( 10 )
obligé, lorsqu'on y passe, de saluer une image
de la Vierge, qui, selon la tradition populaire,
arrêta les Tatares lorsq u'ils menacèrent Moscou,
Les villes russes contiennent, à l'exemple de
celles de l'Asie, un Bazar, ou marché; celui
de Moscou se trouve dans le Kitaye-Gorod :
ce sont deux grands carrés construits en brique,
et coupés de nombreuses galeries qui sont gar-
nies de boutiques ; chaque rangée porte le nom
de la marchandise qu'on y vend. Il y règne jour-
nellement la plus grande activité, et la variété
des costumes qu'on y rencontre en fait l'un des
spectacles les plus singuliers. On y voit à la fois
des Russes , des Français , des Persans , des
Arméniens, des Turcs, des Grecs, des Ta-
tares, etc. : dans cette enceinte se trouve la
Bourse, bâtiment moins remarquable par son
élégance que par sa grandeur.
Près du Bazar est un échafaud circulaire,
dont on ne connaît pas l'ancienne destination;
les uns croient, mais sans certitude, qu'il ser-
vait aux exécutions; d'autres prétendent que
c'était du haut de cette plate-forme que les
juges haranguaient le peuple.
Le Kitaye-Gorod est presque tièrement
peuplé de marchands; les seigneurs habitent
le Beloye-Gorod, et le bas peuple occupe les
(Il )
faubourgs qui font partie du Zemlenoye-Gorod.
La barbe et la robe russe sont bannies du Re-
loye-Gorod par le frac européen, tandis qu'elles
sont en grande vénération dans les deux autres
parties de la ville.
Les rues de Moscou sont généralement lar-
ges; l'air y circulant librement, assainit la ville.
Le pavé, formé de cailloux, est incommode
pour les piétons, et exige de continuelles ré-
parations.
Je ne terminerai pas ce chapitre sans parler de
Ia~ tour de Soukhareff, qui se trouve entre la ville
Blanche et la ville de Terre; elle doit son nom
à un acte de dévouement. Quand les Streltsi
ou Strelitz, milices audacieuses qui s'étaient
arrogé les prérogatives des Janissaires, se ré-
voltèrent contre Pierre Ier., Souhhareff qui
commandait une compagnie de cette garde,
restée fidèle au prince, se retira avec elle dans
la tour et la défendit contre les mutins; depuis
ce temps, elle porta son nom.
On doit trouver chez un peuple hospitalier,
"des asiles ouverts au malheur ou à la souf-
france. Parmi les hôpitaux de Moscou, on re-
marque celui destiné aux militaires, et ceux
fondés, l'un par un comte Schérémeteff, et
l'autre par un prince G-allilzin. A la beauté des
( 12 )
péristyles, on dirait un édifice destiné à l'opu-
lence.
L'Université possède un cabinet, riche en
minéraux, qui n'est point indigne du regard
du naturaliste, te professeur Fischer (1) les a
(i) En parlant de M, Fischer ? je dois lui associer le
célèbre Adams, déjà connu par la déequverte de plu-
sieurs plantes. Ce savant a, par son infatigable acti-
vité , résolu un g' and problème en histoire naturelle.
depuis long-temps, on avait Iroiivé en Russie des os
fossiles monstrueux , sans "savoir à'quelle classe de
quadrupèdes on devait les assigner. Ori avait même été
jusqu'à dire qu'ils avaient appartenu à des éléphans
amenés par les Perses, lors de leursguerres. M. Adams,
en sa qualité de naturaliste , suivit l'ambassadeur Ga-
lovhin en Russiç : l'ambassade n'ayant pas eu lieu , il se
renditisur les bords de la Mer Glaciale , à l'embouchure
de la Léna. Dei indigènes lui apprirent qu'on remar-
quait sur un monticule de glace , une grande tache noi-
-rAb:e-, qui attirait beaucoup de loups. Le professeur,
doué de cette stimulante curiosité qui appartient aux
naturalistes, s'y rendit, fit fouiller } et put la satisfac-
tion de découvrir un Mammouth entier. Os, chair,
crins , tout avait été conservé sous la masse glacée , et
y reposait sans doute depuis plusieurs siècles. Adams
-te- disséqua , 'émballa le squelette , et eut le plaisir de
l'offrir tout monté , à l'empereur Alexandre. Le mara-
mouth est beaucoup plus grand que l'éléphant; ses
( 15 )
classés de façon qu'on y voit de suite les pro-
duits de chacun des gouvernemens de la
Russie.
Le jardin d'été est fort beau et offre une pro-
menade agréable, mais malsaine, à cause de
ses nombreux étangs.
défenses sont plus longues : il en diffère, en ce qu'il
a une forte crinière. Quoiqu'on n'ait pas trouvé sa.
trompe , il est très-présumable qu'il en a une, ses dé-
fenses l'empêchant de pouvoir manger d'une autre ma-
nière.
( 14)
CHAPITRE II.
(
Noblesse.
Moscou renferme trois classes d'habitans; les
seigneurs, les marchands et le bas peuple. La
différence de ces castes amène des différences
dans les usages. -
La noblesse, appelée par sa naissance à la
défense de l'Etat, jouit en Russie, par le ser-
vage des vassaux, de beaucoup plus de préroga-
tives que dans les autres pays. A l'origine de
la nation russe, les villes étaient gouvernées
par des princes particuliers. Novogorod, Kiew,
Susdal, Tver, Vladimir , s'armèrenl souvent
l'une contre Fautre. A ce gouvernement suc-
céda ensuite l'autocratie; et la noblesse, deve-
nue tributaire, conserva ses droits : le seigneur
russe exerce encore dans son village une sorte
de souveraineté. Quand l'empereur décrète
une levée d'hommes, le seigneur désigne les
vassaux qui doivent marcher; il fixe le moment
de leur mariage, l'impôt qu'ils ont à lui payer,
( 15 )
et il peut leur faire infliger des peines correc-
tionnelles.
Les nobles parlent assez généralement fran-
çais (1) et d'autres langues étrangères; mais les
marchands et le peuple ne s'adonnent pas à
cette étude (2).
L'hospitalité est une vertu particulière aux
trois classes dont nous venons de parler. Il
n'est point deapays où l'étranger soit accueilli
avec plus de cordialité : on ne le mène point à
la taverne comme à Londres, on ne lui fait
pas une invitation expresse, comme à Paris;
une fois présenté, il est admis sans engage-
ment, quand et aussi souvent que bon lui sem-
ble : on peut regarder Moscou comme l'Eldo-
(1) Quand, au commencement de la dernière guerre,
la noblesse s'assembla , pour aviser aux moyens de dé-
fense , celui qui porta la parole, le fit en français. De
vieuxseigneurs,qui ne le comprenaient pas prouvèrent,
avec raison, très-mauvais que pour parler contre son
ennemi on empruntât sa langue.
(2) Les gens du peuple , entendant parler une lan-
gue étrangère , imaginent dans leur ignorance qu'on
articule des sons qui n'ont aucune signification. Les
Russes donnèrent, par cette raison, aux Allemands le
nom de nemetz, qui veut dire inuet.
( 16 )
rado des parasites. On y voit des étrangers
qui, n'ayant d'autres titres à cette hospitalité
que leur indigence, habitent des mois entiers
une maison où ils sont accueillis, et n'eil
sortent que pour se réfugier dans une autre.
Journellement des Italiens et des bouffons de
toutes les nations paient leur dîné en lazzis.
Les Russes aiment et protègent les arts : les
seigneurs se forment des galeries de tableaux.
On remarquait surtout celle du prince Michel
Gallitzin. Ce seigneur possède aussi des ma-
nuscrits, parmi lesquels se trouve le Psautier
de Saint - Louis y monument historique qui
sortit de France lors de la révolution; les
Contes de La Fontaine, écrits par le fameux
Jarry, et ornés de miniatures par les meilleurs
peintres du temps. La Bibliothèque du comte
Boutourlin, méritait d'être rangée au nombre
des premières de l'Europe; elle devint la proie
des flammes, pendant l'incendie : celle du comte
Golovkin était précieuse par sa belle collection
de classiques.
Le Beloye - Gorod est presque entièrement
peuplé par la noblesse. Par le luxe qui y règne,
on pourrait lui donner le nom de Chaussée-
d'Antin de Moscou ; un quartier est con-
sacré aux marchands étrangers, et de midi à
( 17 )
2
deux heures , les dames quittent leurs toi-
lettes , pour se rendre au pont des Maré-
chaux (i), et y parcourir les magasins. On est
aussi engoué à Moscou de tout ce qui vient de
France, qu'on Pest à Paris de ce qui porte le
timbre de London.
La noblesse russe tire son origine des Slaves
et des Tatares. Pierre Ier. ayant fait brûler leurs
titres, ce n'est que de cent ans qu'ils datent
d'une manière certaine. La famille des Dolgo-
rouki est l'une des plus anciennes; elle se fait
descendre de Rurik, premier tsar de cet em-
pire. Des savans ont voulu pénétrer l'obscurité
qui précéda son règne, sans jamais avoir pu y
parvenir. Les uns amènent de la Prusse un
peuple qu'ils nomment Ross ou Rouss, et le
donnent pour ancêtres aux Russes; d'autres,
par étymologie , les font descendre des anciens
Roxolans; enfin, parmi une foule de noms,
on voit figurer les anciens peuples Finnois et
les Bulgares ^2).
(1) Le C. R. , dans une feuille qu'il fit imprimer en
1806 , dit assez plaisamment, en reprochant aux Russes
leur prédilection pour les Français , le Pont des Maré-
chaux est votre patrie , et Paris votre paradis.
(2) Les Bulgares habitèrent anciennement les bords
( 18 )
Les Russes aiment les plaisirs ; quoique les
jeux (i) de hasard soient sévèrement défendus
de la Rama et du Volga. Des ruines sur les bords de la
Kama attestent encore la puissance de ce peuple ;
quelques remparts, bien conservés, prouvent qu'il dut
être guerrier. La communication que cette rivière et le
Volga établissent entre la mer Caspienne et la mer Blan-
che , rend_probable tout ce qu'on a écrit sur le com^
Ojçrce des anciens Permiaques. Les auteurs Russes 4s,
Eti.gnent aux Bulgares une origine Stavonne ; cependant
la terminaison de leur nom ares ( arii des latins ) , et la
ressemblant^ de leurs mœurs avec celles des Tçtaras ,
font fortement présumer qu'ils appartenaient à ce" der-
nier peuple. Quelques auteurs font dériver leur nom de
Kolga et ares Volgares , par corruption Bulgares ;
d'autres cherchent une étymologie dans le nom de leur
capitale, Bolgan. Les Tatares faisaient comme eux des
çejnpajçts de terre ; on en voit encore un dans le gou-
vernement de Tambor, qui a cent werstes (25 lieues J
d'étendue. Une obscurité encore plus grande enveloppe
le peuple Tschoude. D'après des fouilles faites dans les
tombeaux , on a remarqué qu'il savait travailler le
cuivre et ignorait sans doute l'usage du fer. Ses armes
et ses. étaient en cuivre.. f
(1) H serait à désirer que les sciences pussent se pro-
pager autant que le jeu. Les cartes sont parvenues jus-
qu'aux îles Aleoutiennes , et sont fort en usage parmi
les habitans non civilisés de ce& îles.
( )
à Moscou , ils y sont très-en vogue, et la facilité
de pouvoir mettre en porte-teuille de fortes
sommes en papier, a souvent opéré la ruine
d'une famille en une seule nuit. -
On donne beaucoup de bals; le droit de les
ouvrir paraît réservé à la grave Polonaise, et
la part qu'y peuvent prendre tous les âges, -la.
rendent respectable. La danse nationale est
pantomime, elle-se danse à deux; reproches,
bouderies , agaceries , y sont tour à tour ex-
primés par les figurans : cette danse est un pe-
tit cours de coquetterie. Les maîtres de danse
qui, à Paris, vont pédestrement avec leur po-
chette, roulent, à Moscou, en voiture à quatre
chevaux.
Moscou possède une salle de spectacle et plu.
sieurs théâtres de société. Au grand théâtre,
on joue alternativement en russe et en franr
çais. A quelques pièces nationales près, le réper-
toire russe ne contient que des traductions. Les
, auteurs ne sont point assez encouragés. Quand
ils parviennent à faire jouer leur pièce , on ne-
leur accorde qu'une représentation à leur bé-
néfice, en ayant soin de leur en faire payer les
frais. Les acteurs russes sont pour la plupart de~
basse extraction et peu considérés; ils sont en-
gagés par contrat, et payés par la couronne. Les
( 2° )
spectacles ont en Russie leur police particulière
et les directeurs peuvent faire arrêter et punir
les acteurs dont.ils ont à se plaindre.
Les dames de Moscou sont bonnes musi-
ciennes. Beaucoup de seigneurs ont des orches-
tres composés de musiciens pris parmi leurs
vassaux. Un Allemand a introduit en Russie un
instrument qu'il a nommé musique turque. Ce
sont de longs tuyaux qui vont en diminuant
comme ceux de l'orgue. Chacun des musiciens
embouche un de ces cors, compte les pauses et
ne donne de son que quand son tour arrive ;
chaque cor ne joue qu'une ou deux notes : ces
musiciens exécutent ainsi des passages très-dif-
ficiles, et on croit entendre un même instru-
ment. C'est surtout en plein air et sur l'eau que
cette exécution est d'un bel effet j la gravité de
ses sons invite à la mélancolie.
Le peuple pince d'un instrument à trois cor-
des, qui ressemble à la guitarre; il accompagne
aussi ses chansons nationales des sons d'une
flûte. Les Russes ont l'oreille très-musicale, et
quand ils chantent en choeur, chacun fait sa
partie. Les musiciens célèbres qui viennent se
faire entendre à Moscou, y font presque tou-
jours fortune.
Les hôtels fourmillent de domestiques, sans
( 21 )
que souvent on en soit mieux servi. Des sei-
gneurs en entretiennent jusqu'à deux ou trois
cents, tant dans leurs maisons de ville qu'à leurs
maisons de campagne.Les domestiques forment
une classe particulière et méprisée par le pay-
san. La domesticité se transmet de père en fils,
et si l'un d'eux épouse une femme libre, ou
l'esclave d'un autre seigneur, elle devient la
propriété du maître de son mari. Ils ont les
défauts des valets des autres pays, la paresse et
l'insolence; ils partagent en outre avec la basse
classe un goût désordonné pour l'eau- de-vie.
L'ivresse dans laquelle les plonge cette boisson
est léthargique; elle est dangereuse et souvent
mortelle dans les grandes chaleurs de l'été, ou
pendant les froids rigoureux de l'hiver..
C 23 )
CHAPITRE III.
Marchands.
LA seconde classe, composée des marchands,
joue, à Moscou, un grand rôle par ses riches-
ses. Plus d'une famille noble, ruinée, a rétabli
sa fortune en recherchant l'alliance d'un mar-
chand. Ils sont libres, mais ils n'ont pas le droit
de posséder des vassaux. Ils paient un impôt,
et sont divisés en quatre classes, selon le ca-
pital qu'ils déclarent avoir. Un étranger ne peut
devenir marchand de Moscou, qu'en se faisant
naturaliser.
Ceux de premier rang ont le privilége d'avoir
leurs petits-fils ennoblis ; ils peuvent porter le
sabre, et sont susceptibles d'être décorés. Les
marchands sont exemptés des peines corpo-
relles et de la peine capitale : leurs enfans ne
sont pas obligés de servir ; leur communauté,
avec une partie du produit de l'impôt, achète
-dès hommes qui les remplacent. -
Le commerce de Moscou est très-étendu.
Riga et Saint-Pétersbourg lui envoient les
( »3 )
marchandises qui viennent par la Baltique; il
tire d'Archangel les produits qui arrivent par là
mer Blanche ; Astracan lui offre une communi-
cation avec la mer Caspienne; et enfin, Odessa
lui fournit ce que la mer Noire porte dans sa
rade. La position de Moscou est si heureuse;
que, sans être placée sur une mer, sa situation
centrale en a fait le dépôt de la marine. Cette
ville fournit de marchandises toutes les villes
de l'intérieur, où se tiennent plusieurs foires.
Celle de Makarief est la plus importante. C'est là
que les peuplades de l'Asie viennent, en cara-
vanes , échanger leurs produits contre ceux de
l'Europe, et que s'engloutit l'or monnoyé qui,
après avoir circulé de pays en pays, va grossir
les trésors de l'Asie, et reparaît ensuite dans les
caisses de l'Angleterre.
Les Cosaques (1) font, à cette foire, un com^
( i) Les Cosaques réguliers habitent les bords du Don.
Tributaires de la Russie , ils doivent, au lieu de payer
l'impôt, entretenir des troupes, pour garantir les fron-
tières d'Asie des incursions des peuples limitrophes ,
tels que les Tscherhesses, Kirguis , etc. Les Tscher-
kesses obéissent à la Russie , mais ils violent souvent
leurs sermens. C'est un peuple très-brave. Quand ils
( 24 >
merce considérable de chevaux encore dans-
l'état sauvage. Ces animaux errent dans une
vaste enceinte. Quand un acheteur veut en
examiner un, il le désigne au Cosaque, qui,
après l'avoir pris au lacet, le monte sans selle et
pans bride, le fatigue par une longue course, et
le ramène ensuite, harassé et docile.
Cette foire est quèlquefois investie et pillée
sont pris , ils préfèrent quelquefois se briser la tête
contre les murs de leur prison, à la honte de recevoir
le knout.
Quand ils veulent voler les troupeaux ou les chevaux
des Russes , ils passent le Tereck à la nage , se eachent
pendant quelques jours , pour ne point éveiller de soup-
çons et se contentent alors pour vivre de mâcher du riz.
Quand ils voient les Russes en pleine sécurité , l'un
d'eux, pendant une nuit bien noire, tire un coup de
pistolet près de l'endroit ou paissent les chevaux; et
tandis que les gardes s'acharnent à sa poursuite, un
autre bat le briquet et se jette à la nage dans le Terek.
Les chevaux suivent la lueur des étincelles. Quand ces.
peuples font des prisonniers, ils les attachent à une
corde , et leur font ainsi traverser la rivière au risque
de les noyer. Pour les empêcher de se sauver , ils leur
fendent la plante des pieds et ne les guérissent que
quand ils veulent les envoyer plus loin. Ils passent les
\orrc,ns sur des outres enflées.
( 25 )
par les peuplades nomades de l'Asie : le même
danger menace les caravanes qui en partent.
Le costume du marchand est simple ; il ne
diffère de celui de paysan, que par la finesse du
drap. Cet habillement consiste en un kaftan, ou
longue robe attachée par une ceinture : elle est
presque toujours de drap bleu. Les marchands
portent la barbe. Les femmes sont raremeut ac-
cessibles pour les étrangers : renfermées et tou-
jours soumises, elles offrent à Moscou une imi-
tation des mœurs de l'Asie. Elles font peu d'exer.
cice; une bouilloire de thé, qui se vide et se
remplit sans cesse , forme leur occupation habi-
tuelle : cette vie sédentaire fait qu'elles de-
viennent très-replètes. Elles font un grand usago
de rouge et de blanc ; autrefois elles se noircis-
saient les dents, pour relever la blancheur de
leur teint. Les bains de vapeur leur rendent la
peau extrêmement douce, mais ils ont le désa-
vantage d'amollir les chairs. Les marchandes
russes ont un costume plus riche qu'élégant :
elles portent un long voile de drap d'or qui leur
pend sur le dos, un casaquin de velours sans
manches, formant de gros plis par derrière, et
bordé de galons ; leur front est orné d'un réseau
de perles ou de brillans : elles ont, avec cet
accoutrement, tout-à-fait l'air de madones.
( 26 )
C'est surtout aux promenades, que les mar-
chands étalent leurs richesses. Ils s'y font re-
marquer par la propreté de leurs équipages et la
beauté de leurs chevaux. Dans leurs maisons ,
l'argenterie est placée dans des armoires vitrées,
afin qu'elle puisse frapper le regard des per-
sonnes qui leur font des visites.
Les marchands russes sont les meilleurs dé-
taillans de l'Europe. Quand les Juifs demandè-
rent à Pierre Ier. la permission de trafiquer en
Russie, il la refusa, en disant que les marchands
russes étaient aussi juifs qu'eux, et qu'ils ne
trouveraient rien à gagner.
( 27 )
CHAPITRE IV.
Manufactures et commerce.
LA disposition que le peuple russe a pour
l'imitation, contribue beaucoup au progrès de
ses manufactures. On ne doit cependant pas
non plus leur refuser le mérite de l'invention.
A Saint-Pétersbourg, on admire entr'autres le
modèle d'un projet de pont en une arche, sur
la Néva" inventé par un paysan russe, qui
n'avait aucune notion de mécanique.
Les fabriques les plus avantageuses sont celles
d'eau-de-vie de grains, et le nombre considé-
rable qui en existe, ainsi que le prix modéré
du pain, prouvent en faveur de la fertilité de
la Russie. Ces fabriques s'aiferment par bail,
moyennant un impôt considérable que les fer-
miers-généraux paient à la couronne. A eux
seuls appartient le débit de l'eau-de-vie; la no-
blesse a le droit exclusif d'en faire fabriquer,
mais elle est obligée de la vendre aux fermiers.
( 28 )
Le Gouvernement, pour prévenir la dépréda-
tion des forêts, - fixe le nombre des fabriques
de chaque district, selon le plus ou moins de
bois qui s'y trouve. Outre l'eau-de-vie de grain
ordinaire , on en fait d'une qualité supé-
rieure, qui est privée de son goût empireu-
matique , et ressemble beaucoup aux liqueurs
de Dantzig.
Il existe dans les environs de Moscou, des
papeteries, des verreries, des fabriques de cou-
leurs , de blanc de plomb , et en général des
manufactures de tous genres.
L'une des plus remarquables est celle - de
Koupavna : elle appartient au prince Yous-
soupojf ; et l'on y fait des faux cac hemirs.
Moscou possède plusieurs imprimeries; la
plus remarquable est celle de M. JTsévolojsky,
dirigée par M. Semen, Français de nation. On
y trouve des caractères russes, français, alle-
mands et grecs.
Les fabriques contribuent, soit à la richesse,
soit à la ruine des villages, d'après la manière
dont elles sont administrées. Quand le seigneur
choisit parmi ses vassaux un petit nombre de
paysans, destinés uniquement aux travaux de bi
• fabrique, et bien payés; Je bien-être de leurs
familles augmente, et ils sont intéressés à con-
( 29 )
tribuer à l'accroissement et au succès de la fa-
brique. Mais quand tous les paysans sont em-
ployés par corvée et sans salaire, il en résulte
que les champs sont mal cultivés, la fabrique
sans avantage, et le seigneur et les paysans sont
ruinés au bout de quelques années.
Les Russes travaillent bien le fer; on remar-
que la belle manufacture d'armes de Toula,
appartenant au Gouvernement; plusieurs par-
ticuliers font forger des fers de fautx d'une
bonne qualité.
Un étranger a formé près de Moscou une
fabrique de sel ammoniac, et une autre d'acide
sulfurique. Le Gouvernement s'est intéresssé à
leur réussite, en défendant l'introduction de
ces produits chimiques, que les Anglais four-
nissaient toujours à un taux au-dessous de celui
des fabriques.
Depuis la baisse du papier monnaie de la
Russie , on distingue le rouble d'argent qui
vaut à peu près quatre francs, et le rouble en
cuivre, qui éprouve les variations du change.
Il en était résulté que la couronne perdait con-
sidérablement sur le cuivre monnayé, qui se
trouvait être à beaucoup meilleur marché que
le cuivre vendu dans le commerce. Pour em-
pêcher la fonte progressive de cette monnaie,
( 3° )
que les Juifs polonais convertissaient en lingots,
on a frappé des pièces de cuivre, dans lesquelles
il entre un alliage; elles suivent un système dé-
cimal. On a été long-temps sans connaître l'éty-
mologiedu mot rouble; on présumait seulement
que ce mot venait de roubite, qui veut dire
couper.
Le prince Paul Folkhonski, en faisant faire
des fouilles dans une de ses terres, trouva des
lingots qui paraissaient avoir été coupés avec
une hache ; leur poids était égal à celui du
rouble d'argent, et ils portaient une empreinte :
il fut prouvé que c'était là la monnaie primi-
tive des Russes. On trouve encore des copecks
en argent qui ne sont plus en circulation, et
qu'on conserve comme objet de curiosité :
il en faut cent pour former un rouble. fi existe
aussi des roubles et demi-roubles en or; mais
ils sont fort rares.
Il se fait à Moscou un commerce considérable
en pelleteries ; elles y sont fort chères, parce
qu'on en exporte une grande quantité en Chine
et dans les autres États de l'Asie. Les fourrures
les plus estimées sont, le Renard bleu, le Zoble
ou Martre-Z ibeline , l'Ours, l'Hyénote qui est
envoyée de l'Amérique. Les fourrures les plus
communes sont : le Petit-Gris, le Loup, le Chien
(5i )
de Sibérie et le Mouton : on met au nombre
des pelleteries recherchées ; l'Astrakhan ou
Mouton mort-né. Comme on est obligé de sa-
crifier les brebis pour en extraire l'agneau ?
cette fourrure est fort chère : on en vend beau-
coup qui n'ont pas de valeur, parce qu'elles
sont teintes. Le Zoble devient roux en vieillis-
sant et perd beaucoup de sa qualité : on en vend
en Sibérie des peaux communes à un rouble,
et d'autres qui sont choisies valent jusqu'à
soixante-dix roubles et au-dessus. Des pelisses
en zoble de première qualité se vendent^psqu'à
six mille roubles et même davantage. Les Zo-
hles que l'on prend en hiver sont les meilleurs;
ceux pris en été sont petits et chétifs : on en
trouve de plusieurs espèces dans le gouverne-
ment iïlrhoutsk ; ceux de première qualité sont
vers le lac Baïkal et la partie supérieure de
Y Angara : c'est à Nertschinsk et à Yakoutsk
que s'en fait le plus grand commerce.
La grande abondance de thé qui se consomme
en Russie, en a fait un objet considérable d'im-
portation ; on le reçoit dans des caisses de plomb.
Celui qui se trouve en dessus est d'une qualité
supérieure. Le thé qui vient par çaravanes ne
perd pas son goût aromatique comme celui qui
provient du commerce des Anglais et qui a tra-
versé les mers.
Co 52 )
La Russie méridionale produit de la rhubarbe
que les marchands exportent dans les autres
Etats de l'Europe.
Il y a à Moscou des Boukhares qui vendent
des étoffes et schals provenant des manufac-
tures de leur pays ; ils font aussi le commerce
des vrais- cachernirs.
Les marchands grecs jouissent en Russie de
grands priviléges qui leur furent accordés par
Pierre Ier. ; ils ont à Nijine des magistrats et des
juges qui se choisissent dans leur sein. C'est un
marchmid grec, établi à Moscou, qui possède la
plus belle perle ; elle est à-peu-près de la gros-
seur d'un œuf de pigeon, et parfaitement ronde :
sa valeur est inappréciable. Les Grecs fournis-
sent beaucoup de marchandises qu'ils tirent de
la Turquie, entr'autres de l'huile de rose qui se
fait avec le géranium. Ils vendent des vins, et
tiennent presqu'exclusivement le commerce de
sucreries et confitures.
Pendant l'exécution du traité de Tilsit, la
prohibition des denrées coloniales engagea à
introduire la culture des betteraves; mais les
fabricans trouvèrent plus d'avantage à en ex-
traire du rhum que du sucre.
(33)
5
CHAPITRE V.
Paysans.
L'AISANCE du paysan tient à la position de son
village, la bonté de la terre et la modération du
seigneur. Les villages placés sur les bords des
routes ou dts rivières, sont les plus riches,
parce que leurs habitans font le commerce ou
le roulage. Les seigneurs qui ne peuvent pas
régir leurs terres eux-mêmes, ont des inten-
dans, ou transmettent leurs ordres aux paysans
par J'ancien (starost), et le'centurion (sotnik),
qui se choisissent parmi les plus considérés du
village. Il y a des paysans si riches, qu'ils en ont
eux-mêmes (sous le nom d'un noble) quatre
ou cinq cents. On conçoit que ceux-là paient
plus que l'impôt ordinaire. Outre une rede-
vance en argent, le seigneur se fait apporter,
à Moscou, tout ce qu'exige sa consommation,
tels que farine, œufs, beurre, poules, gibier,
etc., etc.
(34)
On a souvent parlé de l'état malheureux de
ces esclaves, qui cependant sont presque tou-
jours contens de leur sort. Habitués à la dépen-
dance dès l'âge le plus tendre, la sujétion de-
vient pour eux un état d'habitude, et non une
peine. Le seigneur est la Providence du serf,
qui en attend le bien , ou craint le mal qui peut
lui survenir. Quand un incendie consume la
maison du paysan, le seigneur lui fournit le bois
nécessaire pour en bâtir une autre ; il lui donne
des grains quand l'année est mauvaise, des
bestiaux quand il a perdu les siens par une épi-
zootie. Tranquille ainsi sur son sort, l'esclave
ne désire pas une liberté qui l'embarrasserait;
n'étant plus forcé de travailler, il négligerait
son champ, et ne récolterait que le stricte né-
cessaire pour nourrir sa famille (1). On ne doit
pas d'ailleurs comparer ce servage à l'esclavage
des Colonies. Le paysan russe est rarement
obligé de quitter sa terre natale.
Le peuple russe est très-imitateur. On ren-
(0 II aime si peu les innovations, qu'il a fallu un
ouftase ( décret ) pour introduire en Russie la culture
des pommes de terre ; et maintenant on a beaucoup de
peine à faire planter des betteraves.
( 55 )
contre souvent parmi les domestiques d'un sei-
gneur , de bons musiciens et des peintres passa-
bles. Le paysan est, sans avoir fait d'apprentis-
sage , un excellent ouvrier. Il manie la hache
avec la plus grande dexterité; elle lui sert à-la-
fois de scie et de rabot. Il se construit sa maison,
façonne ses chariots, ses traîneaux et ses meu-
bles , et suffit à tous ses besoins.
Quand un seigneur veut avoir des ouvriers,
il les choisit parmi ses paysans, et les met pen-
dant quelque tems en apprentissage à la ville :
s'il n'en a plus besoin, il leur donne un passe-
port et la permission de travailler pour leur
compte, moyennant une rétribution qu'il pré-
lève sur ce qu'ils gagnent.
Le paysan est vêtu d'une robe formée d'un
drap grossier5 au lieu de souliers, il a des san-
dales tissues en écorce de bouleau : comme le
marchand, il porte la barbe. Ce costume donne
à son extérieur un air de mal-propreté ; cepen-
dant il est propre, car il se baigne une fois par
semaine, et ne prend jamais ses repas sans s'être
lavé les mains. Rien n'est plus simple que sa
demeure, où l'on ne voit jamais de meubles
inutiles : le dessus du poêle sert de lit 5 hommes,
femmes et enfans, tous y dorment pêle-mêle.
Les enfans, trop petits pour y monter, sont
( 56)
dans un berceau suspendu, au plafond, par une
corde : on a soin de provoquer leur sommeil"
en les balançant continuellement. La nuit, la
hutte est éclairée par un éclat de sapin, attaché
à un pilier, au milieu de la chambre (1). Des
bancs et une table composent à-peu-près tout
le mobilier. La nourriture du paysan est gros-
sière , mais saine, et adaptée au climat. Elle con-
siste principalement en pain de seigle, en choux
aigres, en concombres frais et salés, en radis
et en champignons. La boisson est faite avec de
la farine et du malt ou bled germé, qu'on fait
fermenter dans un four : on la nomme qvass.
Trois jours de la semaine sont employés à la
culture des terres du seigneur; les trois autres
restent au paysan pour cultiver son champ,
travaux qu'il partage avec sa femme et ses en-
fans , dès qu'ils en ont la force.
On a souvent blâmé la charrue sans roues des
Russes, sans considérer qu'on ne pouvait pas en
employer d'autre, parce que, dans beaucoup
de Gouvernemens, le sol contient peu de terre
végétale. Pour battre les grains , on emploie
(r) Cette manière de s'éclairer se voit aassi chez les
Bohémiens , qui sont également de race Slavonne.
( 37 )
des mécaniques anglaises, qui épargnent beau-
coup la main-d'œuvre. Les grains qui doivent
passer l'hiver en terre, sont semés au mois de
septembre ; on sème aussi au mois de mai pour
recueillir en août. Le paysan récolte principale-
ment du seigle, du bled de sarrazin, du millet
et du chanvre. Il ramasse, dans le courant de
l'été, une énorme quantité de champignons,
qu'il conserve pour l'hiver. Il en existe une
grande variété. Ils se gardent séchés, salés, ou
confits dans du vinaigre.
Religion.
LA religion grecque diffère peu de la catho-
lique romaine. C'est principalement la commu-
nion qui opère le schisme : les Russes commu-
nient sous les deux espèces et avec du pain le-
vé ; ils ne croient pas au purgatoire, et ont
une vénération religieuse pour leurs images de
saints, dont plusieurs passent pour être mira-
culeuses : les églises ne contiennent jamais de
saints sculptés. Ils disent l'office' en slavon, et
y assistent debout ; ils font le signe de la croix
de droite à gauche, au lieu de le faire de gauche
à droite comme les catholiques romains. Il y a
peu de pays où l'on prodigue autant ce signe
(38)
sacré qu'en Russie. Un Russe passe-t-il devant
une église, une chapelle ou une image, il s'ar-
rête, se signe et se prosterne; entreprend -il
un voyage, se jette-t-il à la nage, il se recom-
mande à la divine Providence par un signe de
croix ; ils en adressent encore aux images qii'ils
placent dans leur chambre.
Les prêtres sont obligés d'être mariés; ils
soignent d'autant plus leurs femmes , que s'ils
les perdent, ils ne peuvent pas en prendre une
seconde, ni conserver leur cure; ils sont obli-
gés alors de se faire moines : ce sont ces der-
niers qui parviennent aux dignités sacerdotales.
L'empereur de Russie est le chef de son église,
et a en sous-ordre un métropolitain. Les Russes
sont si tolérans que l'impératrice Catherine a
fait imprimer un Alkoran pour ses peuples
d'Asie. On envoie à ces peuples des mission-
naires pour les convertir ; mais ils sont quel-
quefois si ignorans, qu'au lieu d'opérer des
conversions, ils finissent eux-mêmes par em-
brasser le schamanisme. Des Anglais établis au
pied du mont Caucase, ont imprimé une bible
tatare , qu'ils répandent parmi les peuples de
cette langue.
Les instrumens sont bannis des églises : on
n'y souffre que la musique vocale, et les Russes
( 39 )
excellent en ce genre. Les églises sont tapissées
d'une quantité d'images devant lesquelles les
gens dévots allument de 'petits cierges; ils en
brûlent également la veille et le jour des fêtes
devant leurs images domestiques, et plus d'un
incendie a dû son origine à cette pratique reli-
gieuse.
Le clocher est séparé de l'église, et l'on sonne
en faisant mouvoir le battant sur la cloche im-
mobile.
C'est surtout à Pâques que se déploie Fesprifc
religieux des Russes. Le peuple se prépare par
une longue pénitence et par une contrition
sincère à la fête solennelle; enfin, arrive le
dernier jour du jeûne- Minuit sonne. Aussitôt
une vive clarté que répandent mille feux étin-
celans au haut des tours, et le son d'une mul-
titude de cloches annoncent à la chrétienté que
l'aurore doit amener un jour d'allégresse. L'ou-
vrier suspend ses travaux, le voyageur s'arrête
dans sa course, et le peuple se rend en foule
aux temples 5 le reste de la nuit s'écoule en fes-
tins : le jour de la résurrection paraît, le chré-
tien qui rencontre le chrétien lui donne un bai-
ser de paix, et lui annonce que le Christ est
ressuscité; le fidèle, avec cette assurance que
donne la ferveur, lui répond : Il est vraiment
( 4o )
ressuscité. Cent fois dans la journée vous an-
noncez ou vous apprenez ce miracle : on voit
s'embrasser des inconnus qui ne sont unis que
par les liens du christianisme, et le souverain
même ne refuse pas le baiser au sujet qbi vient
le demander. Cependant le peuple assemblé
dans les temples unit sa voix à celles des ser-
viteurs de Dieu, pour célébrer, par des chants
d'allégresse, le retour de la divinité. Mais pein-
drai-je l'instant où un voile s'abaisse devant le
tabernacle, et dérobe aux yeux l'officiant qui,
resté seul avec Dieu, va prononcer les paroles
sacrées, va consommer un mystère trop au-
guste pour être prodigué à des yeux profa-
nes (i)! Le peuple attend dans un silence res-
pectueux; des voix, qu'à leur pureté on croi-
rait célestes, versent dans les cœurs une ten-
dresse religieuse. Le rideau se sépare : un rayon
de la majesté divine brille sur le front du prêtre.
Le mystère est consommé! C'est en ce jour
(i) Pendant la messe, au moment de la consécra-
tion , le prêtre passe derrière l'autel, et l'on abaisse
■qn rideau. Les femmes ne peuvent entrer dans ce ta-
bernacle : si cela arrivait, il faudrait de nouveau bénir
l'église.
( 41 )
encore qu'on voit pratiquer l'une des vertus
que nous enseigne l'Evangile, la charité. Le
riche se fait ouvrir les prisons, et en rachète
le malheureux que fait gémir un créancier
avide. Les genoux de ce véritable chrétien sont
embrassés par l'épouse, par les enfans à qui on
rend un père. Le peuple, qui veut que les êtres
vivans participent à cette joie générale, rend la
liberté à l'oiseau captif. Les fêtes, les prome-
nades et les jeux publics (1) se succèdent pen-
dant huit jours. -
Les Russes observent quatre carêmes; celui
avant Pâques, de six semaines; celui de saint
Pierre, qui varie en durée, selon le jour où.
tombe Pâques, mais qui n'est cependant jamais
plus de six semaines; celui de saint Philippe,
qui précède Noël de quarante jours; et enfin
celui de la Vierge, qui commence le ier, et finit
le 15 août. Les plus rigoureux sont ceux de Pâ-
ques et de la Vierge; ils le sont tellement,
(i) On élève sur les places des hatchelis ou balan-
çoires Russes. Ce sont de grandes roues verticales ,
garnies de quatre fauteuils. Pendant la huitaine de
pâques , chacun a le droit de monter aux clochers et d'y
carillonner.
( 42 )
qu'il est défendu de faire usage de lait, de
beurre et d'œufs : les Russes apprêtent alors
leurs mets à l'huile, et les riches remplacent le
lait par l'orgeat. La nourriture du peuple con-
siste pendant ce temps en concombres salés,
mêlés au gvass y en champignons, poissons,
gruaux et en choux-aigres, dont ils font une
soupe qu'ils appellent schtchi. Le maigre est
tellement de rigueur qu'on le fait observer aux
enfans, dès qu'ils sont sevrés.
Le jour des Rois est consacré en Russie à la
bénédiction des eaux. A cet effet, le clergé se
rend processionnellement sur le fleuve glacé et
le bénit. Des parens dévots apportent alors leurs
enfans, et malgré la rigueur du froid, ils les
font baptiser et plonger trois fois dans l'eau.
Pendant ce temps, les adultes se baignent au
milieu des glaces.
La bénédiction des bestiaux a lieu le jour de
la Saint-Georges, en les envoyant aux champs
pour la première fois de l'année. Les chevaux
sont bénis le 18 août. Le règne végétal parti-
cipe à ces bénédictions multipliées ; les pommes
sont bénites le 6 août; les moissons le sont
comme dans les autres pays, par une proces-
sion.
Quoiqu'ils n'admettent pas de purgatoire,
(45)
les Russes prient cependant pour les morts,
afin d'adoucir les maux que les âmes souffrent
en enfer. Ils ont plusieurs fêtes funéraires, en-
tr'autres le lundi de la Trinité; ce jour, ils ont
un bouquet de fleurs à la main, et se mettent à
genoux pendant l'office j. se rendant ensuite au
cimetière, ils y déposent leurs bouquets, et ar-
rosent de leurs larmes la pierre tumulaire qui
recouvre un parent ou un ami.
Les Russes font aussi bénir les maisons neu-
ves : quand ils ne font que changer de loge-
ment, ils se contentent de faire dire des prières.
A cette occasion, ils pratiquent un ancien
usage qui témoigne en faveur de leur hospita-
lité. Cette coutume consiste à féliciter les nou-
veaux logés, en leur portant du pain et du sel;
ce qui souvent est remplacé par de riches ca-
deaux : c'est en signe d'amitié et de respect. Le
paysan offre également le pain et le sel à son
seigneur, quand après une longue absence, ce
dernier revient au village. Si l'empereur de
Russie se rend dans une ville qu'il n'a pas visi-
tée depuis long-temps, il est d'usage qu'on lui
porte le pain et le sel.
Les prêtres sont habillés de larges robes de
soie; ils portent les cheveux longs et sont ooif-
fés de grands chapeaux à la Jésuite. Quand ils

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