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Motion en faveur des jeunes filles à marier, ou Dialogue entre deux pères de famille sur la puissance paternelle ([Reprod.])

36 pages
[de l'Impr. de J. B. Hérault] (Paris). 1790. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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DIALOGUE
ENTRE DEUX:, PÈRES DE FAMILLE
sur LA puissance 'Maternelle,
Dçus et ait Creseira
et re/dete refrain, etc.
i 7 f) o.
Aa
A V-EKTIS S E-1ENT
DE E l' I M P n I M E V R.
QUE le plus mince Ecrit vienne sortir do
dessous la presse le Public ne manque pas de
s'informer quel en est l'Auteur, le Rédacteur ou
l'Editeur; il faut donc le satisfaire.
La personne qui m'a remis cet Ecrit pour le
livrer à l'impression ne possède -aucuns de ces
titres c'est un homme de 44 à ans ayant,
comme Socrate la force de se. passer et de
jouir indifféremment des chosesdont la plupart
des hommes ne peuvent manquer sans tristesse
ni jouir sans excès, et ( ce qui a bien son mérite)
veuf depuis 10 ans d'une espèce de Harpie que
ses tendres parens lui avoient fait prendre pour
femme.
La sérénité de sa ligure, la sincérité de ses
discours l'affabilité qui se fait remarquer dans
toute sa personne le zèle le plus infatigable avec
lequel il a ramené tant de mères à leurs filles,
l'ont fait nommer à juste titre, l'Ami du Sexe*.
(4)
Culte Trieuse dénomination a été complette-
iiiCiit j'iistil'iée par la nature des confidences se-'
crett.'s que tant, de malheureuses victimes dt1
despotisme paternel ont déposées dans son sein.
X<$'i!es,eu le regardant comme le plus redou-
table ennemi de l'oppression se flattoieut de le
déterminer à prendre Li plume pour exposer
leurs droits au milieu de l'auguste Assemblée de
nos Députés. Quelle objection aussi accablante
qu'imprévue Celui en qui reposoient leurs plus
vives espérances s'est toujours garanti de tons
les travers, ne s'est enfin jamais mêlé d'écrire:
et comment croire qu'il s'expose légèrement à
gâter une si belle cause
L'occasion a tout fait, voici comment
U Ami du Sexe se trouve jette dans une société
nombreuse composée d'Aristocrates de Démo-
crates et de ces extravagans personnages qui
passent., aux yeux de-, sots, pour des esprits
forts 1 en Frondant en politique l'opinion générale,
comme en matière de religion, en révoquant en
doute l'existence, de l'Etre suprême.
( 5)
La conversation s'engage tapi dans txn coin
du sallon l'Ami du Sexe entend tout sans rien
écouter. Ou entamë la question sur la majorité
des tilles son attention se réveille. Les esprits
s'échauffent son visage s'anime. On parle de
poser desprincipes; soudain ils'arne d'uncrayon,
et saisissant sur la cheminée quelques vieux
écrans
Vous en doutez Lecteurs ? gardez-vous en
bien vous causericz trop de chagrin à Y Ami
du Sexe, qui fait consister toute sa vanité dans
le rare talent d'écrire incomparablement plus
vite ,que la parole ct je puis moi qui ai joui
du plaisir de le voir opérer vous certifier har-
diment que jamais doigts de Clerc de Procureur
n'ont approché d'une aussi merveilleuse agilité.
Si vous supposez que Y Ami du Sexe n'ait voulu
me donner le change que pour mieux garder
l'anonyme je dois encore vous avertir qu'il m'a
juré n'avoir eu d'autre part à l'Ecrit dont il
s'agit que celle qui tient à la forme du dialogue
et à la supposition des noms.
DIALOGUE
ENTRE DEUX PERES DE FAMILLE.
L I S M O N.
_L out est conclu, mon ami, je marie ma fille.
D A M O N.
Angélique ?
Lisiuox.
Elle-même le contrat est dressé et dans
deux jours elle sera Madame Argant.
D A M 0 n.
Madame Argant vous m'étonnez!.
L i s MON.
C'est un bon parti, elle l'épousera.
D A M O N.
Qui cet épais Financier qui touche à la soixan-
taine ?
L I S I M O No
Justement.
D A M 0 Né
Il est donc aimé
(S)
ilSI SI O N.
Cela ne fait rien il est si riche
D A M O N.
Savez-vous, M. hisimon, que vous brusquez:
bien les choses ? vous mariez votre fille comme
vous vendriez une terre
Lisimon.
Pourquoi non ? ma fille est ma propriété
comme ma terre.
D A M O N.
Mais votre fille a un cœur; si toutefois il ne
s'accordoit pas avec vos principes, vous seriez
sans doute trop bon père pour.
Lisimon.
Je m'en ftatte assurément mais remarquez
bien, je vous prie que ce n'est ici que son bon-
heur que je consulte.
D A M O N.
Je le crois mais si votre fille a du bonheur
une autre idée que vous ?
Lisimon.
Cinquante bonnes mille livres de rentes un
superbe château, des parcs immenses un hôtel
D A M O N.
(9)
B
D A M 0 N.
Doucement mon ami quoique fort beau
tout cela peut bien n'être pas tentant.
L I S I M O N.
Que lui faut-il donc de plus
D A M 0 N.
Ce que votre Financier n'a pas, ce qu'il n'aura
de sa vie.
L i s i m o n.
Et sur ce, vous imaginez que ma Fille refm
sera ?.
D A M 0 N.
Oh non seulement je le crois, mais j'en ai la
certitude.
L J S I M O N.
Tarare
D A M O N.
Si je vous apprenois un secret qu'on n'a point
osé vous découvrir encore si en un mot je
vous disois que votre Fille aime ailleurs.»
L i s i m o n.
Je sais bien qu'elle s'est monté la tête avec
certains Romans Anglois que lui procurolt un
jeune Etourdi mais j'y ai mis bon ordre.
( io)
Damok. ri.
Cependant toutes vos précautions ne l'ont point
empêchée de l'aimer.
L i s i m o n.
Tant pis pour elle, qu'elle s'arrange pour moi
je ne suis pas homme à reculer.
Damok.
Je vous conseille cependant de vous y préparer.
L I s i m o n.
Qui moi reculer moi, son père moi à qui
la Nature, les Loix et la Société ont donné une
autorité absolue sur elle
D a m o n.
Erreur sottise la Nature ? vous la trahissez;
les Loix? elles sont barbares la Société? elle a été
subjuguée jusqu'à ce jour par- les préjugés les
plus absurdes.
L i s i m o w.
Quoi la Nature ne m'a pas donné des droits
sur ma Fille ?
D a m o sr.
Aucuns c'est votre.Fille au contraire qui en t
acquis sur vous parjaa naissance.
L i s i m o n.
Quel blasphème osez-vous prononcer ma
Fille des droits sur moi
( il )
na
D A M O K.
Oui, sans doute, de vrais de réels fondés
sur cette Nature même que vous invoquez à votre
secours.
1 1 s i m o k.
Comment! j'aurai fait naître ma Fille j je l'aurai
élevée et elle aura des droits sur moi ?
Dam on.
j A^vm lui importait là vie ou le néant Quand
vous lui avez donné la naissance, qu'avez-voua
fait autre chose' que d'obéir à l'ordre de la
Nature dont vôu* n'étiez que le dépositaire? et
dès-lors même n'avez-vous pas contracté envers
votre Fille l'obligation de la rendre heureuse?
Aujourd'hui qu'elle est en Age de juger elle-
même de ce qui peut faire son bonheur ne lui
devez-vous pas compte des moyens que vous "em-
ployez pour y concourir ?
LlSIMON.
Miséricorde quel langage si je ne vous
connoissois pas, je croirois que vous extrava-
guez. Vous donnez apparemment téte baissée
dans les maximes de nos Législateurs moderne* ?
Vous vous infectez de tous les poisons de nos
effrénés Démocrates et c'est au foyer de votre
Assemblée Nationale que vous avez puisé vos
principes incendiaires ?
( 12
D A M O N.
Ces principes que vous calomniez, sont ceux
de la Raison éternels comme elle ils n'at-
tendent, pour germer dans tous les cœurs, que'le
moment heureux où, semblable à la rosée bien-
faisante qui fertilise, nos champs l'Assemblée
Nationale répandra sur eux les effets salutaires
de sa haute sagesse et de son active influence.
L i s i m o n.
Ainsi donc, avec tous ces beaux principes de
la Nature, votre Assemblée n'aspire à d'autre
gloire qu'à celle de renverser l'édifice majes-
tueux de ces loix que Soîon dicta jadis à la
farrleuse Athènes que Rome se fit tant d'hon-
neur d'adopter et que la France s'est empressée
de suivre avec le respect qu'on doit à la mémoire
des Peuples qui fixèrent si long-tems les regards
des Nations
D A M O N.
Doyen de l'Académie des Inscriptions, voas
ne parleriez pas avec plus de respeet des Cruches
Etrusques ou des .Jardins suspendus de Scmi-
ramis que de ces loix prétendues si belles;
mais dans un siècle ou la saine philosophie
vient enfin de réclamer le droit de gouver-
ner los hommes comment oscriez-vous lire-
tendre nous faire adopter encore une législation
presque toujours corztraixe à la Nature .'Les tems
( i3)
sont arrivés où le règne des erreurs est déjà
loin de nous les préjugés sont vaincus et le
flambeau de la Raison qui depuis si long-tems
ne jettoit qu'une épaisse fumée brille main-
tenant de tous ses feux pour éclairer nos pas
dans la glorieuse carrière que nous allons courir.
Ll S I JM O N.
Nous allolis effectivement voir de belles
choses Plus de subordination-, plus de res-
pect, plus d'obéissance de la part de nos En-
fans les dispenserez-vous aussi de la recon-
noissance des soins qu'on a pris de leur enfance f
Dam o n.
A Dieu ne plaise mais je vous avouerai
franchement que vous auriez tort d'exiger de
la loi ce que vous ne devez attendre que d'une
bonne éducation et d'un heureux naturel.
LlSIMOC
Tenez mon ami je vois que la révolution
vous a, ainsi qu'à bien d'autres dérangé la
tête je vous plains mais faites-moi l'amitié
de me dire où vous avez puisé toutes les sottises
que vous venez fie me débiter ?
D A m 0 N.
Des sottises Monsieur le fruit de la mé-
ditation des plus grands Hommes? Ah certes,
si vous aviez seulement jrtté les yeux sur leurs
( 14)
ouvrages ,le respect qu'ils vous auroient inspiré
ne vous permettroift pas d'en parler d'une ma-
nière aussi peu religieuse.
L I S 1 H O S,
Il faudroit avoir bien du tems à perdre et si
dans ce moment je vous interpellois de me citer
un seul vrai Philosophe qui eût osé, avancer un
de vos monstrueux principes vous seriez sans
doute fort embarrassé.
D 1 19 O il.
Depuis que la lecture des Actes des Apôtres
ne nourrit plus votre esprit que des excrémens
de l'Aristocratie, vous avez, Je le vois entière-
ment perdu la mémoire des sublimes ouvrage»
que vous lisiez autrefois. Faut-il en ce moment
s'armer contre vous des principes de cet Auteur
que vous avez tant admiré, et qu'avant la révo-
lution vous appelliez le Prince des Philosophes
L 1 S I M O ».
Qui ce Penseur extravagant qui fait son Gen-
tilhomme menuisier et qui veut qu'on marche
à quatre pattes ? Eh bien quelles sont donc ces
armes terribles qu'il vous fournit contre moi
DiHO'ir.
Puisque vous feignez de ne les pas conaoître,
les voici les enfans ne restent liés au pèrc
qu'aussi long-tems qu'ils ont besoin (le lui pour
(A)
se conserver; si-tot que ceXbesoin cesse, le lien
naturel se dissout les en/pris exempts de l'o-
béissance qu'ils doivent au père, le père exempt
des soins qu'il devoit aux enfans rentrent tous
également dans l'indépendance; s'ils continuent
de rester unis ce n'est plus naturellement c'est
volontairement et la famille ne se maintient
que par convention.
L I 1 m o N.
C'est avec des paradoxes de cette nature que
votre Assemblée de Délirans a formé le projet
de nous renvoyer broyer le gland dans nos forêts.
D A M o N.
Je sais bien que ces idées s'éloignent quelque
peu des principes qui avoient suggéré le projet de
dictature à vos Maury, vos Cazalès, vos Vicomte
Mirabeau; mais permettez-moi encore une petite
citation.
LiSIHOK.
Allez, Monsieur, vous êtes en beau chemin
D A M O N.
Cette liberté commune, dit notre Auteur, est
une conséquence de la nature de l'homme. Sa
première loi est de.veiller à sa propre conserva-
tion ses premiers soins sont ceux qu'il se doit
à* lui-même et si- tôt qu'il est en âge de raison
(lE)
lui seul étant juge fles moyens propres il le
conserver devient par-là sun propre maître.
L I S I M O N.
Et vous croyez en conséquence que ma Fille
peut disposer d'elle-même comme il lui plaît?
D A M 0 N.
Oui je le crois parce qu'il n'y a point: de
tyran des volontés que votre Fille s'appartient
à elle même avant que de vous appartenir
qu'elle doit savoir mieux que tout autre ce qui
est aimable à ses yeux, ce qui touche son cœur
ce que son éducation lui fait trouver de con-
forme à ses sentimens elle avoit, en un mot, le
droit de choisir c'est ce qu'elle a fait.
Ce ne sont pas les Personnes qu'on marie ce
sont les Conditions et les Biens; mais tout celapeut
changer les Personnes seules restent toujours;
elles se portent par-tout avec elles en dépit de la
fortune ce n'est que par les rapports personnels
qu'un mariage peut être heureux ou malheureux.
C'est aux Epoux à s'assortir ;le penchant mutuel
doit être leur premier lien; leurs yeux, leurs cœurs
doivent être leurs premiers guides car comme leur
premier devoir étant unis est de s'aimer, et
qu'aimer ou n'aimer pas ne dépend pas de nous-
mêmes, ce devoir en emporte nécessairement un
autre, qui est de commencer par s'aimer avant
que de s'unir. C'est-là le droit de la Nature, que
rien ne peut abroger; ceux quil'ont gênée par tant
de Loix civiles, ont eu plus d'égards à l'ordre appa-
rent qu'au bonheur du mariage et aux moeurs des
Citoyens. J. Rousseau.

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