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Napoléoniana, ou recueil d'anecdotes, saillies, bons mots, reparties, etc., etc., pour servir à l'histoire de la vie de Buonaparte ; par Charles Malo

214 pages
J. Moronval (Paris). 1814. France (1814-1824, Louis XVIII). In-18.
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prix : 2 franca.
NAPOLÉONIANA,
ou
RECUEIL D'ANECDOTES,
pour servir à l' histoire
DE LA VIE DE BUONAPARTE.
Sic transit gloria mundi.
DEUXIEME ÉDITION,
AUGMENTÉE.
A PARIS,
CHEZ J. MORONVAL, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
quai des Augustins ; et rue des Prêtres S.-Severin.
M. DCCC. XIV,
PRÉFACE
DE CETTE DEUXIÈME ÉDITION.
En tête de ma première édition, j'avais
cru devoir prévenir mes lecteurs du peu
d'importance que j'attachais, sous le
rapport littéraire , à une bluette de cette
nature ; il entrait seulement dans mes
vues d'émettre formellement mon opi-
nion sur un des hommes les plus extraor-
dinaires qui puissent figurer dans les
annales de l'Histoire. Malheureusement
je n'ai que trop tien réussi, dans l'esprit
de certaines gens, à déchirer une partie
du bandeau qui cachait les difformités
de Buonaparte. Sans doute il m'impor-
tait fort peu de donner à mon ouvrage
la dénomination de Napoléoniana, ou
1
IV
tout autre titre banal, pourvu que je
parvinsse à mon but. Eh ! quel pouvait-il
être, quand, dès le mois d'avril, je
publiais déjà, sous mon nom, un des
livres dont la lecture puisse être la plus
funeste à la mémoire de l'ex-Empereur ;
quand je ne craignais pas de prendre sur
ma responsabilité personnelle une foule
de traits, de matériaux épars ou rapportés
tous sous le voile propice de l'anonyme?
Aussi mille personnes m'ont-elles fait un
crime de ma franchise, m'ont-elles blâmé
de m'être, comme écrivain , immolé en
quelque sorte au désir d'influencer l'opi-
nion publique. Il me semblait pourtant
que c'était là le plus doux privilége des
gens de lettres. Au surplus , comme
j'adore la cause des Bourbons, j'ai uni-
quement suivi l'impulsion de mon coeur;
je ne crois donc avoir rien à me repro-
cher aux yeux des vrais royalistes de
tous les honnêtes gens.
NAPOLÉONIANA.
Esquisse d'un grand portrait.
LE Ciel avait accordé à Buona-
parte une grande habileté mili-
taire , mais sans éclat de bra-
voure personnelle ; une activité
prodigieuse, mais sans but ; une
volonté indomptable, mais sans
discernement. Ni les faveurs les
plus inouies de la fortune , ni les
plus terribles leçons du malheur,
ni les conseils d'hommes éclairés
qui voulaient lui montrer la vé-
ritable gloire , ni le dévoûment
de tous ses guerriers, rien ne pou-
vait adoucir le caractère du soldat
corse, rectifier son esprit faux,
élever son âme corrompue.
(8)
Etait-il Français, celui qui
fut toujours insultant pour les
femmes, qui les raillait avec ru-
desse sur le déclin de leur beauté ;
celui qui n'avait jamais rien donné
qu'avec l'intention d'avilir ; celui
qui abusait lâchement de sa puis-
sance pour adresser, du milieu
de sa cour, des paroles infa-
mantes à un administrateur mo-
déré, à un juge intègre, à un
brave militaire ; qui insultait,
jusque dans son camp, des guer-
riers admirés de toute l'Europe?
Quel caractère sauvage dans sa
prétendue grandeur ! quelle gau-
cherie dans sa magnificence! (M.
de Lacretelle. )
Enfin, révolutionnaire par tem-
pérament , conquérant par su-
bornation, injuste par instinct,
outrageux dans la victoire, mer
cenaire dans sa protection , spo-
( 9)
liateur inexorable, aussi terrible
par ses artifices que par ses armes,
éshonorant la victoire par l'abus
réfléchi de la foi publique ,
couronnant l'immoralité des pal-
mes de la philosophie , couvrant
l'oppression du chapeau de la
liberté, il portait d'une main
la torche d'Erostrate, et de l'autre
le glaive de Genseric... (Mollet
du Pan.)
Etait-ce si difficile à trouver ?
Avec les mots Napoléon Em-
pereur des Français, on a fait
l'anagramme suivante : un pape
serf a sacré le noir démon.
Le Dôme des Invalides.
Les courtisans de Buonaparte
vantaient toujours sans mesure
tout ce que leur maître faisait
1*
(,io)
pour la restauration des monu-
mens, et ils n'ignoraient pourtant
pas les moyens dont il se servait
pour parvenir à ses fins. C'est, par
exemple, avec une retenue sur les
appointemens des invalides qu'il
avait fait redorer le dôme des In-
valides.
Voilà un honnête homme !
Alors que l'illustre Moreau
était sur le banc des accusés dans
l'affaire de Georges, un grand
personnage dit à M. Clavier, l'un
des juges : « Il faut le condamner,
» l'empereur lui accordera sa
» grâce. » — « Et qui nous accor-
» dera la nôtre ? re prit vivement
» le juge. »
On avait bien raison de dire
que toutes les belles actions étaient
récompensées sous le règne du
( 11)
Corse M. Clavier fut destitué
de ses fonctions.
Ils n'avaient donc pas d'enfans.
Un homme disait : « Peut-il y
» avoir de loi plus juste que celle
» de la conscription militaire ?
» Tous ceux qui procurent une
» retraite à un déserteur, ou à un
» conscrit réfractaire , pèchent
» contre les principes religieux. »
Quel affreux abus de mots ! qu'a
de commun la religion avec ces
lois sanguinaires qui ont pour but
de dépeupler la terre?... Mais ce
n'est rien encore...
Un préfet de département n'a-
t -il pas eu la bassesse de dire en
présence de l'Empereur : « Dieu
» fit Napoléon , et se reposa ? »
Eh ! vous vouliez qu'en enten-
dant de pareilles platitudes, Buo-
( 13 )
naparte ne fût pas fondé à se croire
un être surnaturel , un Dieu?
Ah ! que l'histoire ferait bien de
signaler au mépris de la postérité,
tous ces bas courtisans qui ont si
bien contribué par leurs flatteries
à rendre sa mémoire odieuse !
Mercier n'était pas le seul.
Feu Mercier, de l'Institut, avait
coutume de dire, sur la fin de ses
jours : « Je ne vis que par curio-
» sité; je veux voir ce que cela
» deviendra. »
Une remarque assez singulière
qu'on a faite , c'est que Mercier
mourut, précisément, quelques
jours après la délivrance de son
pays. Ses voeux ont donc été com-
blés ! C'est ce qu'un des rédacteurs
de nos Journaux a voulu expri-
mer en disant d'une manière très-
( 15)
claire , et sur-tout fort laconique :
« qu'il était mort au bruit des ap-
plaudissemens , excités par un
changement de choses auquel il
applaudissait lui-même du bord
de son tombeau. »
L'étrange expression.
Après le combat de Wagram ,
Buonaparte parcourait le champ
de bataille , et, le voyant couvert
de morts : « Voilà, disait-il, une
« grande consommation. »
Ce mot rappelle assez le trait
de l'empereur Vitellius, qui, après
la défaite d'Othon, voulut se don-
ner le plaisir de voir le lieu où s'é-
tait livrée la bataille de Bédriac.
Le champ de bataille se trouvait
couvert de plus de quarante mille
(14)
Cadavres dont la puanteur était
excessive. Vitellius le parcourut
néanmoins avec joie , en disant
« que l'odeur d'un ennemi mort
était agréable. »
Il est à remarquer que cet em-
pereur fut défait au même endroit
par Vespasien.
Je cite cette anecdote pour les
personnes qui aiment les rappro-
chemens.
A la guerre comme a la guerre.
Pendant la fameuse retraite de
Russie , Buonaparte était enfermé
bien chaudement dans une bonne
chaise de poste, tandis que ses
troupes le suivaient excédées de
misère et de faim. Les soldats ,
indignés de le voir voyager si com-
modément sans donner le plus lé-
ger signe d'intérêt à l'horrible état
où il les avait mis, se décidèrent
à crier : à bas la voiture ! Il n'y
avait pas à reculer. Buonaparte
descendit donc de sa voiture , et
monta à cheval enveloppé d'un
manteau et couvert d'un masque :
il croyait appaiser par-là des sol-
dats a moitié nus, mourant de
faim et de froid. Peu touchés d'un
aussi généreux sacrifice, ils s'é-
crièrent alors à bas le manteau ; et
le Grand Napoléon cédant à cette
pressante invitation , se décida
enfin à partager avec l'armée les
rigueurs de la saison.
On se rappelle qu'à cette oc-
casion , on disait à Paris que
Napoléon n'avait point souffert,
parce qu'il était enfermé dans sa
peau de tigre.
( 16 )
Le nouveau paradis.
Pendant sa dernière campagne
en Allemagne, Buonaparte disait
au roi de Saxe , qui se plaignait
des vexations continuelles qu'un
allié si onéreux faisait éprouver
à ses sujets : « J'apprécie toute la
» grandeur des sacrifices que fait
» pour moi la ville de Dresde;
» mais laissez-moi seulement con-
» quérir la Prusse , la Pologne et
» la Russie , et je vous indem-
» niserai si généreusement, que
» je ferai de votre capitale un
» vrai paradis terrestre. » — « La
» chose est facile, ( reprit une
» princesse de la famille de Saxe,
» présente à l'entretien, ) car les
» habitans y sont déjà tout nus
» comme nos premiers parens. »
(17)
Buonaparte musicien.
Ne sutor ultrà crepidam.
Buonaparte n'avait jamais eu
le sentiment des beaux-arts ; il
n'avait pas la plus légère connais-
sance de la musique , et ses pré-
tentions étaient cependant de don-
ner, non pas des conseils, mais
bien de véritables leçons à nos
meilleurs compositeurs. Un jour
qu'il voulait dire à M. Chérubini
que sa musique était trop chargée
de motifs accessoires contraires
au systême d'unité qui constitue
la véritable mélodie , il lui re-
prochait de n'être pas assez mo-
notone. Le musicien, qui savait
assurément mieux l'art du contre-
point que le métier de courti-
san , lui répondit sèchement :
« Sire , permettez que je ne
» suive pas vos conseils; je ne me
» pardonnerais jamais de donner
» à Votre Majesté des avis sur un
» plan de campagne. »
Buonaparte fut, comme on le
pense , très-reconnaissant d'une
observation si judicieuse : aussi ,
depuis ce temps, l'auteur de cette
courageuse réponse ne cessa d'être
en butte aux vexations les plus
odieuses : Inde iroe.
Mauvaise plaisanterie.
" Hélas! disait naguères ma-
» dame de Montesquiou, gou-
» vernante du roi de Rome , s'il
» arrive que Buonaparte suc-
» combe, que de viendrai-je ? me
» voilà sans charge... je serai obli-
» gée de croquer le marmot. »
( 19 )
Le singulier remercîment.
Buonaparte, en route pour
l'île d'Elbe, était assailli à,tout
instant par une multitude de
paysans et de femmes qui lui
adressaient sur son passage mille
injures, et le menaçaient même
de la mort. Un des généraux
étrangers qui l'accompagnaient
harangua le peuple en ces ter-
mes : « Il vaut mieux laisser vivre
» le tyran ; une seule mort le dé-
» livrerait de suite, tandis qu'il
» en souffrira mille du souvenir
» de ses crimes. » — Buonaparte,
un moment après, se tournant
vers lui : « Je vous remercie,
» général; je vous écoutais ; vous
» avez parlé comme un Dieu. »
Cette réflexion rappelle un peu
les vers que Molière met dans
la bouche du Crysale des Femmes
Savantes.
(20)
Les deux Corses.
Le Corse de madame Ango
N'est pas le Corse de la Corse;
Car le Corse de Marengo
Est un Corse d'une autre écorce;
L'un ne nous prend qu'un peu d'argent
Pour faire aller sa comédie,
A l'autre il faut tout notre sang
Pour terminer sa tragédie.
Petit Errata de circonstance ;
A la place d'il faut, lisez : il aurait fallu.
Les Rois à nourrir.
On demandait à Lucien Buona-
parte pourquoi il faisait des éco-
nomies : « Ne prévoyez-vous pas,
» répondit-il, que j'aurai bientôt
» trois ou quatre rois sur les bras? »
Voyez comme il est beau !
Dans une des premières guerres
(21)
de l'Allemagne, le général ***
accourait demander à Buonaparte
des ordres au sujet d'une division
de l'armée qui venait de s'engager;
le sang ruisselait sur son visage
d'une blessure qu'il avait reçue ;
blessé également à la main droite ,
il tenait son sabre de la main gauche
et la bride de son cheval à la bou-
che ... Pour tout autre que Buona-
parte, la vue d'un brave militaire
ans cet état eût été un spectacle
pénible ; il dit aux officiers qui
l'entouraient, avec l'accent de
l'admiration : « Voyez comme il
» est beau ! »
Tout le monde sait ça.
Quand Buonaparte revint de
Moskou, on disait : « Il a ren-
» voyé son jardinier, parce qu'il
" a laissé flétrir ses lauriers et ge-
» ler ses grenadiers. »
(22)
Le coup de pied de l'âne.
Dans la dernière guerre de Rus.
sie, les Russes ne faisaient point
de prisonniers , les Français res-
taient sur les chemins et l'on ne
se souciait pas de les ramasser. Un
grenadier de la garde se mourant
de faim , se rendit à un cosaque
qui le repoussa. Ce malheureux
s'écria alors en s'arrachant les
cheveux: « Vingt-deux ans de ser-
» vice, onze blessures, grenadier
» de la garde impériale, et un
" cosaque dédaigne de me pren-
» dre ! "
Le beau sujet de colère !
On assure que ce fut pour se ven
ger d'une vitre cassée aux fenêtre;
de la maison qu'habitait Mad
(23)
Marie Laetitia sa mère , ( par la
malveillance de quelques polis-
sons) , que Buonaparte enleva la
droit de franchise du port de
Marseille , pour le transmettre à
la ville de Gênes.
La croix de Veliki.
Un général polonais, instruit
de tout ce qui avait rapport à l'his-
toire de Russie , dit un jour à
Buonaparte , qu'il existait parmi
les Russes un dictum , « qu'aussi
» long-temps que la croix serait
» sur le clocher de Jean-Veliki,
» les Français ne viendraient pas
» à Moskou. » Buonaparte fut
charmé d'enlever cette croix pour
justifier l'arrivée des Français, vou-
ant par-là faire entendre à la
nation russe que ses destins s'ac-
complissaient.
(24)
Modestie de Buonaparte.
Les partisans de Buonaparte
ont mille fois répété que son génie
avait préparé et combiné les ré-
sultats des journées des 18 et 19
brumaire. Il était en cela plus
modeste, et reconnaissait qu'il
devait son élévation aux circons-
tances : « J'ai été appelé à la su-
" prême magistrature, (disait-il à
" une députation du corps légis-
» latif), dans des circonstances
" telles que le peuple n'a pu peser
" dans le calme de la réflexion
» le mérite de son choix. »
La place des Vosges.
Tout le monde ne sait pas à
quelle circonstance cette place
doit son nom ; voici l'anecdote :
(25)
Le 17 ventôse an 8, les Consuls
arrêtèrent que le département
qui , à la fin de germinal, aurait
payé la plus forte partie de ses
contributions , serait proclamé
comme ayant bien mérité de la
patrie; qu'en conséquence son
nom serait donné à la principale
place de Paris. C'est en vertu de
cet arrêté que la place Louis XIII
prit le nom de place des Vosges.
La Question embarrassante.
Buonaparte , visitant les nou-
veaux travaux de l'église St.-Denis,
confiés à M. Célérier , celui-ci
lui fit voir l'église dans ses plus
petits détails. Arrivés aux caveaux
de sépulture, il lui indiqua la place
que chaque dynastie des Rois de
France avait occupée. — Quand
je serai mort, lui dit Buonaparte ,
( 26)
où me placerez-vous ? « Sire, ré-
pondit l'architecte, on m'a tou-
jours tenu trop éloigné de votre
personne , pour que je connaisse
l'étiquette de la Cour. "
Mot d'un certain Archevêque.
Un archevêque disait à Buona-
parte: « Comme le Dieu des Chré-
" tiens est le seul digne d'être
" adoré et obéi, vous êtes le seul
» homme digne de commander
" aux Français. "
Moyen de parvenir.
Dans l'origine de son élévation,
Buonaparte adressa textuellement
ces paroles à un de ses chers affi-
dés, et pour dernier adieu: « Tu
m'as entendu : fais-moi mousser
vigoureusement dans l'opinion
publique. Pas de relâche , pas
( 27. )
de repos...; moi, encore moi,
toujours moi. "
Et que l'on vienne nous dire en-
core que Buonaparte était égoïste !
C'était l'homme qui avait le plus
de religion... .S.
Buonaparte s'agenouilla devant
Mahomet, au Caire, après s'être
agenouillé devant le pape à Rome,
et avoir fait profession d'athéisme
à l'Institut. Les deux premiers
faits sont avérés. Mais il y a
mieux ; dans les Bulletins d'E-
gypte , il publiait : « que le Dieu
" de Mahomet était le vrai Dieu ;
" et que lui, général français et
" chrétien, était l'envoyé de Ma-
" homet. " Aussi disait-on de lui :
Pour être roi d'Egypte il crut à l'Alcoran.
Pour être roi de France il croit à l'E-
vangile.
( 28)
Quant à la dernière inculpation
d'athéisme, elle est également
fondée. Etant premier consul, il
voulut être inscrit dans le Dic-
tionnaire des Athées... C'est de
l'astronome Lalande que l'on tient
cette particularité.
On disait devant une personne
d'esprit que Buonaparte avait
beaucoup de religion... Oui,
reprit-elle, il les a toutes.
Elle est jolie, sa comparaison !
Buonaparte avait coutume de
dire que les hommes étaient pour
le souverain ce que les pions sont
pour les joueurs d'échecs ; on les
place suivant les chances de la
partie , « on les jette quand on
" n'en a plus besoin. "
Idée consolante pour tous ceux
qui avaient le bonheur d'être at-
tachés à son service.
( 29 )
Avis aux bureaux de loterie.
Les journaux anglais' parlaient
dernièrement d'un stratagême
assez plaisant, dont se servaient
les directeurs de loterie de Lon-
dres pour achalander leurs bou-
tiques; ils imaginaient de dis-
tribuer gratis à toutes lès per-
sonnes qui prenaient chez elles
un billet, une caricature fort ex-
pressive représentant la chute du
Corse.
Une semblable spéculation ne
pourrait manquer de faire aussi
fortune à Paris : tant de gens
aiment à mettre à la loterie , et
tant d'autres sur-tout détestent
Buonaparte... !
Ecce homo.
Plusieurs personnes s'étaient
amusées à faire diverses anagram-
(30)
mes du nom de Buonaparte. En
otant l'u de ce nom, comme il
l'avait fait lui-même, l'anagramme
qui nous paraît le mieux peindre
ce grand personnage, est celle-ci :
nabot-paré.
Chacun son métier.
N'ayant pas de soldats pour
servir l'artillerie de Paris, Buo-
naparte avait imaginé de trans-
former en canonniers les élèves
dès Ecoles de Droit et de Méde-
cine; mais il paraît que ces mes-
sieurs ne se sentant pas du tout de
dispositions martiales, prirent le
parti de se moquer de son ordon-
nance et de couvrir de ridicule
la harangue de l'homme qu'il
leur avait dépêché. Plusieurs jours
après, quelqu'un rencontrant le
savant M. Percy, lui témoignait
(31)
son étonnement de cet acte de
résistance : « Eh ! que voulez-vous,
" répondit M. Percy ? nos élèves
" aiment mieux guérir des plaies
» que d'en faire. "
Qu'ils marchent toujours... !
C'est égal.
( Suite de la même anecdote ).
Non - seulement Buonaparte
avait conçu le bizarre projet de
faire des canonniers de jeunes avo-
cats , de médecins ou de sémina-
ristes, mais encore il avait or-
donné qu'ils fussent en six jours
seulement équipés et exercés à la
manoeuvre. — Sur ce qu'on lui
représentait, avec raison , qu'il
était impossible qu'en si peu de
temps ils fussent aptes à ce ser-
vice: « S'ils ne sont pas bons, ré-
" pondit-il, à repousser le feu
(32)
" de l'ennemi, ils serviront du
" moins à l'épuiser
Quelle aimable prévoyance !
Impromptu.
Les deux vers suivans ont été
improvisés à la Bourse , le jour
de l'entrée de Sa Majesté :
Qui ne serait partisan d'un Bourbon?
On nous donne un Louis pour un
Napoléon.
C'est dans ce sens qu'on disait,
lorsqu'il plut à l'Empereur Napo-
léon de démonétiser les anciennes
pièces d'or : « Il a beau faire , les
" Napoléons ne vaudront jamais
" les Louis. "
Comme l'homme change !
Buonaparte disait jadis aux gé-
(55)
néraux qui l'accompagnaient :
Vous avez bien combattu ; après
ses premiers succès, nous avons
bien combattu ; et enfin convenez
que j'ai gagné une belle affaire!
C'était bien leur dire , en d'au-
tres termes: Nominor leo... N'est-
ce pas la fable de Lafontaine ?
La bague de M. le prince de
Bénévent.
A l'époque où M. le prince de
Bénévent s'était rendu en Amé-
rique pour se soustraire aux pros-
criptions révolutionnaires, on re-
marqua à son doigt une bague que
beaucoup de personnes s'empres-
sèrent de faire imiter ; elle repré-
sentait trois lis couchés, avec ces
mots : Ils se relèveront un jour.
Voilà une petite bague qui était,
sur la vie , sorcière.
(34)
Mot de Moreau.
Moreau avait coutume de dire
de Buonaparte, qu'il ne gagnait ses
victoires qu'à coups d'hommes.
C'est, en deux mots , l'histoire
de toutes les conquêtes du Corse.
Buonaparte sans-culotte.
Voici une lettre fort curieuse
de Buonaparte , datée de dé-
cembre 1793 :
« Citoyens représentans, c'est
" du champ de la gloire, marchant
" dans le sang des traîtres, que je
" vous annonce avec joie que vos
" ordres sont exécutés, et que la
» France est vengée ; ni l'âge ni le
" sexe n'ont été épargnés ; ceux
» qui avaient été seulement blessés
" par le canon républicain, ont
» été dépêchés par le glaive de la
(35 )
» liberté et par la baïonnette de
" l'égalité.
" Salut et admiration aux repré-
" sentans du peuple Robespierre
" jeune, Fréron, etc. etc. "
BRUTUS BUONAPARTE sans-culotte.
Il n'est pas besoin, je pense ,
de commentaire pour faire sentir
à mes lecteurs toutes les beautés
d'un pareil écrit. Le glaive de la
liberté les aura déjà sans doute
frappés...d'étonnement. Eh. quoi
de plus agréable aussi, et sur-tout
de plus piquant que cette baïon-
nette de l'égalité !
Je ne dirai rien de l'admiration
de Buonaparte pour Robespierre
et compagnie... Je passerai égale-
ment sous silence la dénomination
de sans-culotte qu'il se donne ici.
Il ne faut pas toujours prendre les
choses à la lettre.
( 36 )
Le poëme en quatre vers.
Un homme d'esprit avait com-
mencé un poëme épique sur Buo-
naparte : il n'avait fait que les
quatre premiers vers, qu'il réci-
tait tout bas à ses amis en leur
recommandant le silence , parce
que, disait-il, ils sentent la paille
fraîche. Les voici :
Je chante ce héros dont la haute for-
tune
Ayant conquis la terre ira prendre la
lune ;
Et de là, s'élançant par de là Syrius ,
S'élèvera si haut qu'on ne le verra plus.
C'est la mode des Bourbons
On demandait récemment si
Louis XVIII adopterait l'usage
de la poudre. — Non, répondit-
on , Louis XVIII régnera en
Titus.
(57)
Il s'est condamné lui-même.
Buonaparte étant en Italie ,
demanda à M*** , chirurgien en
chef de l'armée , ce qu'il pensait
de Paoli: Premier Consul, lui dit
celui-ci, Paoli fut mon amiet...—
Il a bien vécu, reprit Buonaparte,
mais il a fini comme un lâche...
Nota. Paoli était généralissime de l'île de
Corse : dès que le comte de Vaux se fut rendu,
maître de cette île, Paoli, trahi par la fortune ,
se retira à Londres , où il vécut dans la soli-
tude et la médiocrité.
Guerre d'Espagne.
Lors de la guerre injuste et,
funeste que Buonaparte entreprit
contre l'Espagne , un plaisant
disait : Je crains bien que nos sol-
dats ne sortent pas blancs... d'Es-
pagne. Un autre ajoutait, à l'occa-
sion de cette même guerre : Il est
probable que Buonaparte n'est pas
3
musicien , et qu'il ne connaît pas
l'air des Folies d'Espagne.
Ah ! comme ils ont été sots !
Quelques personnesse trouvant
dernièrement dans un certain anti-
chambre, y virent entrer M. F***:
le croyant en pleine disgrace ,
vingt comtes et barons de fabrique
napoléonienne jugèrent à propos
de tourner le dos à leur ancien pro-
tecteur ou surveillant... C'était en
effet dans l'ordre ; tout à coup le
prince fait approcher M. F***
avant son tour, s'entretient longue-
ment avec lui, et avant son départ
lui adresse des paroles affectueu-
ses. .. Aussitôt les comtes et barons
l'entourent, le pressent, le cajo-
lent ; ce n'est plus M. F*** tout
court, c'est M. le duc d'O***, Cha-
cun lui demande ce que le prince
lui a dit; il répond avec un air froid
et fin : « Messieurs , il m'a prié de
» lui communiquer les renseigne-
" mens que j'ai recueillis sur vo
» talens et vos services. "
Belle réflexion d'un Sénateur.
Buonaparte s'entretenait avec le
sénateur V...y du concordat qu'il
voulait faire avec le Pape pour
usurper la puissance spirituelle ;
le sénateur n'était point pour le
concordat. Buonaparte lui dit qu'il
fallait bien complaire au voeu gé-
néral de la France. — En ce cas ,
réplique vivement M. V...y ,
rappelez donc bien vite les Bour-
bons, car vous ne pouvez rien faire
qui soit plus agréable à tous les
Français.
Ah! si Buonaparte avait suivi tous
es bons avis qu'on lui donnait !
(40)
Huitain fait à l'époque de l'in-
vention et de la fabrication du
sucre de betterave.
Eu France bientôt, Dieu me damne !
Nous aurons de tout à gogo ;
Nous faisons du sucre sans canne,
De fort beau bleu sans indigo ;
Et pour parer à la famine,
Sous peu de temps, j'espère bien ,
Que l'on trouvera le moyen
De faire du pain sans farine.
La journée du 28 avril 1814.
Dans la nuit du 15 au 16, Buo-
naparte traversait la ville d'Aix.
A son passage à Orgon, des paysans
rassemblés le pressèrent de crier
vive le Roi, ce qu'il fit d'assez
bonne grace.
Ce n'est point à Saint-Tropez,
mais à Saint-Rapheau , près de
Fréjus , qu'il s'est embarqué le 28
avril; il avait eu la veille une entre-
( 41 )
vue avec la princesse Borghèse ,
qui, malgré les vives instances
qu'il lui en a faites, n'a pas voulu
le suivre. Le général anglais Camp-
bell fit arriver à Saint-Rapheau
deux frégates-, l'une française ,
l'autre anglaise. C'est sur cette
dernière que Buonaparte s'est em-
barqué.
Ceux qui aiment les rapproche-
mens ne seront pas fâchés d'ap-
prendre que c'est aussi à Saint-
Rapheau que Buonaparte débar-
qua à son retour d'Egypte.
Consulat à vie.
Le sénatus-consulte du 14 ther-
midor an 10 commençait ainsi :
Article 1er. « Le peuple français
nomme, et le sénat proclame
Napoléon Buonaparte , premier
Consul à vie. »
( 42 )
En l'an 8, Buonaparte avait été
nommé par la constitution ; en
l'an 10 il était nommé par le peu-
ple. Voilà, dit-on, le dessous de
cartes. « Un témoin oculaire a
» affirmé que ces mots le peuple
» français nomme , avaient été
" ajoutes par Buonaparte lui-
" même , lorsqu'on lui présenta
» l'épreuve de ce sénatus-con-
" sulte. "
Les diamans du Pape.
Dans le temps de la campagne
d'Italie , et lors de la suspension
des hostilités , le Saint Père fut
imposé à une somme considérable
dont Buonaparte demanda le ver-
sement dans les vingt - quatre
heures. S. S. sollicita vainement
un délai de quelques jours pour
se procurer la somme exigée.
( 43 )
Buonaparte demanda qu'on lui
remît en nantissement les diamans
du Saint-Siége, qu'il devait rendre
dans trois mois , et lorsqu'il aurait
reçu le montant de la contribution
militaire... Mais sans attendre
l'expiration de ce délai, il envoya
M. H***, à Gênes, vendre les
diamans.
Jaloux sans doute d'ajouter à
tous les titres qu'il méritait, celui
de dépositaire infidèle.
Mot d'un orateur du Sénat.
Lors du discours du sénat, en
date du 14 floréal an 12 , qui
motivait la nomination de Buona-
parte au titre d'Empereur des
Français , un membre distingué
du sénat se récriait vivement
contre l'inconvenance de ce dis-
cours : l'orateur lui répondit naïve-
(44)
ment que sa rédaction lui en était
aussi étrangère , que la pensée
d'appeler Buonaparte au trône
l'était au sénat lui-même.
L'Homme du Destin.
Buonaparte tenta plusieurs fois
de se faire qualifier de Votre Pro-
vidence : de misérables courtisans
l'ont souvent appelé ainsi ; mais
ce à quoi il s'appliquait princi-
palement , c'était à fasciner les
yeux de ses armées, a se faire
passer pour un être surnaturel.
Lorsqu'il déclara la guerre à la
Russie , il dit à ses soldats, d'un
ton prophétique : « Je me vois
" de nouveau dans la nécessité de
" faire la guerre contre le Nord.
» Soldats , je vais la faire aux
" Russes. Au commencement de
" juillet, nous serons à Saint-Pé-
( 45 )
» tersbourg. La Russie est entraî-
» née par la fatalité , et ses des-
" tins doivent s'accomplir. »
Il aurait dû ajouter , puis-
qu'il voyait tant de choses dans
l'avenir : « et le 2 avril, j'aurai
cessé de régner. "
Et ceux qui n'auraient pas de
tête !
Un magistrat donnait des signes
d'attendrissement sur les mal-
heurs du peuple : « Un homme
d'état, dit Buonaparte, doit avoir
son coeur dans sa tête. "
Mort du général Hoche.
Buonaparte aimait singulière-
ment à dire la bonne aventure :
dans un divertissement de société,
il reçut cette tâche pour péni-
3.
( 46 )
tence. Parvenu au général Hoche,
qui lui présente sa main , il la
considère, comprime un mouve-
ment de surprise , qu'il a cepen-
dant fait apercevoir , laisse tom-
ber la main du général avec une
sorte d'indifférence, et passe à
son voisin. Hoche se récrie et
demande raison de ce silence :
« Vous vous moquez, répart Buo-
" naparte ; allons , je n'ai rien à
" vous dire ; » et son regard an-
nonçait le contraire. Hoche se
pique au jeu et insiste ; le fourbe
se défend gauchement, et allègue
qu'on s'est quelquefois repenti
d'une mauvaise plaisanterie. La
curiosité du général exige abso-
lument le mot de cette énigme.
" C'est vous qui le voulez, lui
" répond-il avec un regard per-
" çant ; eh bien ! sachez que si
" les règles de la chiromancie ont
" quelque vérité , vos jours sont
" déjà comptés, et vous.mourrez
" avant tant de mois. » Il dit, et
passa tranquillement à une autre
main. Hoche laissa apercevoir
quelque trouble : on en fit repro-
che a Buonaparte , qui vint lui
dire en riant de ne point s'occu-
per du conte qu'il lui avait fait ;
qu'il n'avait voulu qu'éprouver
jusqu'à quel point l'imagination
pouvait agir sur l'âme d'un brave.
Hoche mourut précisément
dans le terme que Buonaparte lui
avait assigné. L'histoire en dira
sans doute davantage sur la fin mal-
heureuse de ce général.
Buonaparte... en soleil.
Lorsqu'on sut qu'à l'exemple
de Louis-le-Grand, Buonaparte
voulait se faire peindre en soleil,
(48)
un mauvais plaisant (et il y en a
plus en France que par-tout ail-
eurs) dit : « Que ne se fait-il
" peindre en lune ! nous le met-
» trions en quatre quartiers. "
La plaisanterie est d'un genre
un peu sévère.
Trait d'humanité.
En arrivant à l'armée d'Italie ,
Buonaparte fit fusiller, de sa pro-
pre autorité, à l'occasion d'une
distribution de. pain qui avait
manqué, un garde-magasin ac-
cusé, du reste, de dilapidations
imaginaires. A cette époque , on
osait encore lui parler; quelqu'un
lui demanda pourquoi il com-
mettait une pareille violence :
« C'est un petit sacrifice , dit-il ;
" d'ailleurs ne faut-il pas que le
" soldat croie que nous nous oc-
» cupons de,son sort? "
(49)
Qu'en pensez-vous ?
On peut juger de l'idée que
Buonaparte se formait des vertus
d'un souverain , par son opinion
sur Henri IV : « C'est , disait-il,
" le roi de la canaille. "
Ne valait-il pas cent fois mieux
être le roi de la canaille, que le
tyran de son peuple , le fléau de
l'humanité? Il est clair que Henri
IV et Buonaparte n'avaient aucun
point de ressemblance.
Crispin rival de son maître.
Lorsque Buonaparte n'était en-
core que premier Consul, il osa
proposer à S. M. Louis XVIII
d'abdiquer ses droits à la cou-
ronne de France, et lui offrait en
échange un établissement , soit
en Pologne, soit en Italie , ou un
(50)
traitement considérable en ar-
gent. S. M. lui fit répondre :
" Je ne confonds pas M. Buo-
naparte avec ceux qui l'ont pré-
cédé ; j'estime sa valeur, ses ta-
lens militaires; je lui sais gré de
quelques actes d'administration,
car le bien que l'on fera à mon
peuple me sera toujours cher :
mais il se trompe , s'il croit m'en-
gager à renoncer à mes devoirs;
loin de là, il les établirait lui-
même , s'ils pouvaient être liti-
gieux , par la démarche qu'il fait
en ce moment. J'ignore les des-
seins de Dieu sur moi et sur mon
peuple ; mais je connais les obli-
gations qu'il m'a imposées. Chré-
tien, j'en remplirai les devoirs
jusqu'à mon dernier soupir ; fils
de Saint Louis, je saurai, comme
lui, me respecter jusque dans les
fers ; successeur de François Ier,
je veux toujours pouvoir dire avec
lui : « Tout est perdu, fors l'hon-
" neur. »
Mittau, 1802.
C'eût été ici, pour tout autre
que Buonaparte , l'occasion dé
s'immortaliser à jamais, en réta-
blissant les Bourbons sur le trône
de leurs aïeux. L'écrit sublime
que nous venons de lire lui pres-
crivait tacitement ce devoir, pour
peu qu'il consultât sa conscience.
Oui ; mais Buonaparte n'était
point un homme à abandonner
ainsi ses vastes projets, à se dé-
mettre d'une autorité qu'il s'était
donné tant de peine à acquérir
par la violence et l'intrigue : d'ail-
leurs , à cette époque , il avait
déjà conçu la folle ambition de
fonder une nouvelle dynastie.
Je ne sais quel journal rappor-
tait que Buonaparte avait dit der-
( 52 )
nièrement, en parlant de Louis
XVIII, « qu'il était sûr qu'il se
" ferait aimer de ses sujets , parce
" qu'il avait un excellent coeur,
" et qu'il aurait voulu être son
" général. "
Que n'avait-il donc formé ce
voeu en 1802 ? Il n'aurait point
eu , il est vrai, l'honneur de s'as-
seoir sur un trône auquel il n'é-
tait point appelé ; mais aussi n'au-
rait - il pas eu la honte d'en des-
cendre comme un tyran ; son nom
ne serait point-avili, ses lauriers
flétris ;... enfin, depuis douze ans
notre pauvre France serait heu-
reuse .... Au reste , la farce est
jouée , n'en parlons plus.
La Comédie et la Tragédie.
Lorsque Buonaparte fut de re-
tour de Moskow, il lui prit tout-