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Nécessité de la république, le salut de la France

33 pages
Dentu (Paris). 1871. France (1870-1940, 3e République). In-18. Pièce.
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NÉCESSITÉ
DE
LA REPUBLIQUE
Paris. — Imprimerie de E. DONNAUD, rue Cassette, 9.
NÉCESSITÉ
DE
LA REPUBLIQUE
LE SALUT DE LA FRANCE
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17 ET 49, GALERIE D'ORLÉANS

JANVIER 1871
NÉCESSITÉ
DE
LA RÉPUBLIQUE
C'est une question palpitante d'intérêt pour
tous les Français de bien s'éclairer aujourd'hui
sur la meilleure forme de gouvernement qui
nous convient, pour arriver sûrement à la sécu-
rité et surtout à la stabilité réelle, seule capable
de produire le bonheur qui nous fera oublier ra-
pidement les épreuves cruelles que nous traver-
sons.
Le nombre de ceux qui ont foi à la République
est évidemment le plus fort ; mais il existe en-
core une minorité qui ne raisonne pas assez, ou
1.
— 6 —
qui raisonne trop, et qui supposé qu'une nou-
velle monarchie aurait la puissance de réparer
nos désastres.
C'est précisément pour cette minorité que je
livre à l'impression ces quelques pensées, et je
veux lui prouver de la manière la plus irréfuta-
ble que nous ne serons définitivement sauvés, et
pour toujours, que lorsque la France sera deve-
nue franchement républicaine, ce qui est parfai-
tement en son pouvoir, à cause des rudes leçons
qui nous ont été infligées et qui nous ont rendus
plus sages.
Il ne s'agit donc pas simplement de dire que
la forme républicaine est désormais la seule
forme gouvernementale qui convienne à la
France; il faut que ce soit l'évidence absolue
pour tous, et par conséquent il faut bien faire
comprendre ce que c'est que la véritable Répu-
blique.
— 7 —
La première République, comme tout le
monde le sait, fut proclamée en 1789 ; ce gou-
vernement était devenu absolument nécessaire;
depuis trop longtemps le règne des priviléges
avait écrasé la majeure partie du peuple, depuis
trop longtemps la liberté était enchaînée, de-
puis trop longtemps donc la lumière qui devait
s'étendre sur notre belle France était trop rete-
nue sous le boisseau.
La révolution éclata : révolution terrible où
des vengeances inouïes devaient malheureuse-
ment s'assouvir, mais qui fut l'ère des grands,
principes qui devaient rendre un jour au peuple
entier son éclatante majesté !
Grâce au génie d'un grand général, la Ré-,
publique grandit avec rapidité, et la nation re-
connaissante lui en confia la direction. Ce fut le
commencement du consulat.
Quelle époque admirable, si l'ambition de cet
— 8 —
homme, dont bien des siècles parleront encore,
ne lui avait pas fait tourner la tête, en l'entraî-
nant à jeter de côté le simple titre de consul
pour se couvrir de la pourpre impériale !
Ah ! si cet homme avait été assez fort pour
résister aux lâches flatteries de quelques courti-
sans qui' faisaient briller à ses yeux les gran-
deurs de l'Empire, afin de participer eux-
mêmes aux honneurs et à la fortune; ah ! si
cet homme eût eu le courage de ne se vouer
qu'au bien et à la félicité de ceux qui lui avaient
confié leurs destinées, comme la France aurait
été plus grande encore, comme notre sublimé
République aurait gagné d'une manière défini-
tive l'admiration de l'Europe tout entière, et
comme toutes les nations auraient suivi avec
enthousiasme le noble exemple que nous leur
donnions!...
Mais non : une fois l'empire proclamé, la
— 9 —
liberté commença à disparaître, l'ambition s'ac-
crut chaque jour et prépara les désastreuses
campagnes de l'Espagne et de la Russie.
Que de fois, dans l'exil, il a dû regretter de
n'avoir pas su se contenter d'avoir contribué à
la formation de la République la plus puis-
sante qui existât dans l'univers entier ! et ce
qui le prouve, ce qui prouve que la forme ré-
publicaine était la seule capable de donner la
paix et la prospérité au monde, c'est que, bien
loin de la France, sur le funeste rocher, il écri-
vait ces paroles presque prophétiques : Dans
cinquante ans, l'Europe sera cosaque ou répu-
blicaine.
La première République anéantie, c'était le
présage des malheurs que la patrie devait éprou-
ver en 1815.
A cette époque, il fallut subir l'invasion : nous
fûmes obligés de courber le front devant
— 10 —
l'étranger ; et nous qui avions su nous faire res-
pecter partout, nous acceptâmes le maître que
les baïonnettes étrangères nous avaient imposé.
Qu'advint-il de la restauration commencée
par Louis XVIII et terminée par Charles X?
Notre grandeur diminua de jour en jour, les
progrès des sciences et des arts s'émoussèrent
plus que jamais, le peuple s'endormit presque
d'un sommeil de mort, et notre pauvre nation
tomba au dernier rang ; il fallut les fameuses
ordonnances de Charles X et le ministère de Poli-
gnac pour nous faire enfin sentir toute notre
abjection et nous faire secouer nos chaînes.
Fatigué d'une situation impossible, qui durait
depuis quinze ans, le peuple fit entendre un ru-
gissement; d'indignation ; 1830 avait sonné
l'heure de la délivrance, et, au beau mois de
juillet, le duc d'Orléans était convié par des
millions de voix à venir inaugurer au milieu de
— 11 —
nous une constitution plus digne de notre an-
cienne gloire.
Si la République ne fut pas proclamée à cette
époque, c'est qu'on espérait sans doute qu'une
bonne constitution suffirait à nos aspirations du
moment. En effet, un enthousiasme merveilleux
éclata sur tous les points de la France ; pour
beaucoup de coeurs généreux, ce n'était pas la
sublimité de la forme gouvernementale qu'elle
espérait ; mais c'était une lueur sérieuse d'espoir
pour l'avenir.
Malheureusement, cette monarchie constitu-
tionnelle, qui avait fait entrevoir un horizon plus
pur, ne tarda pas à tomber dans les errements
de toute monarchie; c'est-à-dire, comme toujours,
autour du trône, il y eut beaucoup d'ambitieux,
et il en résulta que le peuple, un instant calmé,
recommença à gronder. Quelques hommes in-
telligents, comme Thiers et Guizot, pouvaient
- 12 —
apaiser cette irritation qui revenait avec raison ;
mais Louis-Philippe avait trop visé à la propre
tranquillité de sa famille : il laissait insulter nos
ambassadeurs à l'étranger, on payait l'indemnité
Pritohard ; c'était le règne de l'argent qui s'in-
crustait de plus en plus, et enfin les fameux mi-
nistres, dont j'ai parlé, n'avaient pas même
l'esprit d'accorder quelques simples concessions
demandées pour le cens électoral.
Nouvelle nécessité, par conséquent, de ren-
verser un gouvernement qui ne remplissait plus
le but que le peuple s'était proposé, en l'appelant
à la direction des affaires.
Le 24 février 1848, la République fut pro-
clamée de nouveau : ce fut encore du sang versé
entre frères, ce furent encore quelques malheu-
reuses journées de guerre civile ; mais enfin,
une fois de plus, il était clairement prouvé que la
monarchie n'offrait aucune stabilité à la France.
— 13 —
Si la réaction n'avait pas commencé a re-
lever la fête; par les menées d'une influence qui
devait être des plus fatales un jour, si certaines
erreurs du gouvernement provisoire, que jette
veux pas trop Blâmer, suit parce que le temps
ne lui a pas été accordé pour faire tout ce qu'il
pouvait faire, soit parce que là calomnié bona-
partiste lui enlevait tout prestige ; si ces erreurs
ne s'étaient pas commises, et si surtout les esprits
n'avaient pas été épouvantés, même ceux des
républicains'sérieux,par les événements de juin,
la confiance se serait décidément assise, et nous
n'aurions pas eu à redouter les malheurs futurs.
Mais il fallait, après tous ces troubles qui
commençaient à faire douter de l'efficacité de
la forme républicaine, il fallait un homme ferme
et intelligent qui inspirât la vraie croyance à des
jours plus heureux. Cavaignac avait toute l'hon-
nêteté désirable ; mais l'énergie lui manquait, et

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