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Notice des animaux vivants actuellement à la ménagerie du Muséum national d'histoire naturelle et description historique de la manière de vivre et des habitudes de chacun d'eux, à laquelle on a joint quelques circonstances de la mort de l'éléphant mâle. 2e édition

96 pages
Félix (Paris). 1802. In-12, II-92 p..
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NOTICE
DES
ANIMAUX VIVANTS,
ACTUELLEMENT A LA MÉNAGERIE
DU MUSÉUM NATIONAL
D'HISTOIRE NATURELLE,
Et description historique de la ma-
nière de vivre et des habitudes (le
chacun d'eux, a laquelle on a/oint
quelques circonstances de la mort de
Véléphant mâle.
DEUXIÈME ÉDITION.
Prix 15 sous.
Se trouve, à Paris , au Muséum, chez F ÉLI x,
gardien à la Ménagerie.
Et chez
PATRIS, Imprimeur, et GILBERT,
Libraire , n°. 2 , quai des Quatre-
Natioas au coin de la rue de Seine.
18 02.
AVIS.
La rareté, la beauté des animaux qui 'existent
actuellement au Muséum national d'histoire natu-
relle, y attire, avec beaucoup d'aflluence, les habi-
tants de la capitale, des départements et les étran-
gers.
Chacun s'empresse d'y "voir une lionne allaitant ses
lionceaux, phénomène do pt on aurait pas dû-s'atten-
dre à jouir sous la latitude de la France.
Depuis long-iems le public desire avoir une note
descriptive et hi torique pe chaque animal , de ses
habitudes etde sa manière de vivre ; c'est ce qui a déter-
miné à satisfaire sa juste curiosité, en lui procurant
cet agrément à peu de frai. ,-
Les amateurs apprendront, avec plaisir, qu'il y a
actuellement sous presse un ouvrage de format grand
in-folio, des citoyens i .acépède et Cuvïer , contenant
la description et l'histoire des animaux qui vivent
actuellement à la ménagerie , et qui y ont vécu , avec
les figures peintes d'après nature, par le citoyen Maré-
1 qhal, peintre au Muséun, et gravées par le citoyen.
Jliger , membre de la ci-devant académie royale.
* Il paraît de cetouvrage( i) une livraison tous les deux
mois, composée de 4,planches. La sixième livraison
paraît en ce moment; prix, 8 fr. la livraison.
Chaque planche est accompagnée au moins d'un&
feuille de texte, imprimée avec le plus grand soin, en
cacactères neufs sur très-beau papier , nom de Jésus.
Il y aura par suite des exemplaires coloriés , sous les.
yeux et la direction du citoyen Maréchal lui-même,
sur papier vélin, ainsi que le texte.
On peut s'en procurer le Prospectus à la librairie
des citoyens Patris et Gilbert , quai des uatre-Na-
tions, ntl. 2, au coin de la rue de Sein& et chez le
gardien de la ménagerie.
(0 Ce que nous rapportons açz éléphants, de l'ours blanc , dès-
Chameaux, des Dromadaires et-de l'Autruche , est extrait de-ce)
1 uyrage.
T A B L E.
Le Lion. PÂGE t
Le Tigre. 9
La Panthère. io
Jse Léopard. 1 a
L'Hyène. 14
L'Ours blanc. 15
L'Ours brun. 29
Vautours. 23
Loups. 25
^4igle. 26
La Cicogne. id.
Le Grisard. 27
Le Singe Ouanderou. 28
Eléphants. 3o
Chameaux. 44
Dromadaires. 50
Taureau d'Ecosse. 58
Chèvre des Alpes ou Chamois. 61
Biche d'Asie. 64
{7/z. petit Chevreuil de France. 65
Autruche. 67
Daims. 7/jt
L'lzèvres d' ..Ingo,.a. 76
Le Cerf de France. 77
Le Cerf du Gange. 81
Taureau et vache de la Romagne. Id.
Bouc à quatre cornes. 0 82
Faisans ordinaires. 83
Faisan doré. 84
Faisan blanc. 85
le Hocco noir. 86
Le ffrand Duc ou Hibou. 88
Jrlaiwes. t) 1
Harcelle. 92
1
ANIMAUX VIVANTS
DANS LA MÉNAGERIE
DU
MUSÉUM NATIONAL
D'HISTOIRE NATURELLE.
Dans Vextrémité du Jardin, près le
bord de Veau.
L E L I O N.
L
E lion est le plus fort et le plus teri
rible des animaux. Il a la tête grosse ety
charnue, le-nez long, large et ouvert,
le front carré et comme sillonné de rides
.profondes, surtout lorsqu'il est en fureur,
1- les yeux vifs et perçants, et les sourcils
- épais ; chacune de ses machoires est
f garnie de quatorze dents , et sa langue-
.est couverte de pointes aussi dures que
pelles de la corne. -
Une longue et rude crinière qui devient
plus belle avec r age, ombrage sa tête et
Bn cou. Il a les jambes courtes et Osseuses,
( 2 )
les pieds gros et larges ; ceux du devant
sont divisés en cinq griffes bien arti-
culées ; ceux de derrière en quatre ,
toutes armées d'ongles forts et pointus ;
sa queue , longue d'environ quatre pieds
et extrêmement souple , est couverte
d'un poil court jusqu'à l'extrémité qui
se termine en touffe ; l'animal s'en sert
pour terrasser son ennemi.
La plus grande taille du lion est d'en-
viron huit pieds de longueur sur quatre
de hauteur ; la femelle, plus petite dans
toutes ses dimensions , ne porte point de
crinière ; ses traits moins prononcés ou
plutôt radoucis, indiquent des inclina-
tions plus douces ; sa force se montre
dans l'amour maternel; dès qu'elle a des
petits, ellt,- ne connaît plus de danger-,
et se jète indifféremment sur les hommes
et sur les-animaux, quel que soit leur
nombre ; elle se charge ensuite de sa
prise, la porte et la partage à ses lion-
ceaux , auxquels elle apprend de bonne
heur a sucer le sang et à déchirer la chair.
Le lion ne se trouve ordinairement
que dans les climats les plus chauds ;
jusqu'à présent on n'en avait vu naître
en Europe que très - rarement, et que
dans les parties les plus méridionales,
comme dans la ménagerie de Florence
et dans celle de Naples : le très-grand
( 3 )
soin que l'on a pris de ceux actuellement
au Muséum , prouve qu'ils peuvent mul-
tiplier dans les climats tempérés.
La durée de la vie du lion est d'en-
viron vingt-cinq ans ; sa nourriture, dans
les forêts , sont les gazelles et les singes ;
il les attend plus souvent qu'il ne les
poursuit, quoique son agilité soit égale
à sa force ; un bon repas lui suffit pour
trois jours ; mais il boit toutes les fois
qu'il trouve de l'eau.
Le lion, pris jeune, peut s'apprivoiser
et même s'attacher à ceux qui le soignent.
A quelque extrémité qu'il soit réduit, il
est rare qu'il tourne sa colère contre son
bienfaiteur ; mais il conserve long-temps
le souvenir des injures et paraît en mé-
diter la vengeance. L'histoire nous parle
de lions conduits à la guerre, ou menés
à la chasse , qui, fidèles à leur maître ,
nef déployaient leur force et leur cou-
rage que contre ses ennemis.
Le lion , actuellement au Muséum, se
nomme Mark. Il vient des déserts de
Constantine en Afrique, et appartenait au
Bey de ce pays. Il a été amené, il y a trois
ans, à Paris, par Félix Cassai, gardien
de cette partie de la ménagerie. Il est
âgé de sept ans, ainsi que la lionne sa
sœur , que l'on appèle Constance.
Au bout de cinq ans., cette lionne est
(I )
'devenue pleine ; les bonds et les sauts
-qu'elle faisait dans sa loge , Font fait
avorter.
Trois semaines après, elle est devenue
en chaleur ; et après qu'elle a été cou-
verte , elle a été enchaînée; et, le 19
brumaire an 9, elle a mis bas-trois lion-
ceaux mâles (1). Elle les a allaités pen-
dant deux mois et demi ; au bout de ce
temps , elle leur donnait elle-même de
la viande.
", Le~6 messidor an 9, cette lionne a
mis bas deux lionnes , et a beaucoup
inoins souffert que la première fois. Elle
est encore pleine.
D'après les observations qui ont été
faites J elle ne porte que cent vingt jours.
Les trois autres 'lionnes sont du désert
de Zara. L'une appartenait au fils deSala-
bey; le gardien n'a jamais pu la dompter.
, Des deux autres lionnes , il y en a -
une qui vit habituellement avec un chien.
Celui-ci a un tel ascendant sur elle y qu'il
l'importune souvent, goûte le premier
au repas, menace, mord son commensal
sans recevoir la moindre. réplique, -
(i) De ces trois lions il y en a un qui a été
coupé. Il est mort à la dentition , ainsi que tous -
ceux nés jusqu'à présent , à l'exception d'une
jeune lionne qui paraît deyoir vivre.
C5 )
Ce changempnt et cet adoucissement
dans le naturel, du lion, indiquent assez
qu'il est susceptible des impressions qu'on,
lui donne , qu'il doit avoir assez de doci-
lité pour s'apprivoiser jusqu'à un certain
point , et pour recevoir une espèce,
réducation. Nous en avons vu un exem-
ple frappant dans le lion qui est morL,
il y a quelques années , dont l'historique
doit intéresser, et que je vais rapporter.
L'attachement que ce lion a manifesté
pour un chien, qui partageait et adoucis-
fait sa captivité les regrets qu'il a eus de.
ia perte, ont en quelque sorte éternisé
a mémoire. Il avait été pris dans les
prêts du Sénégal, n'étant âgé que de
rois mois. Pelletan, alors directeur de
a compagnie d'Afrique , dans cette co -
onie en 1787, se chargea du soin - de son
llcation; la douceur et la bonté de sa
hysionomie plaidèrent sa cause et Je
levèrent des fers; sensible au bon trai-
pment qu'il recevait des personnes de
(L maison, il devint lui-même caressant
t flatteui^j c'était presqu'un chien à
irme de lion; le plus intraitable et le
lus terrible des animaux semblait avoir
ris le caractère de l'animal le plus
DUX et le plus docile à la voix de son
hitre. Cet étrange animal domestique
Appelait Moira; et ce nom prononcé.
(6)
assez haut pour qu'il lentendit, était le
signal d'un commandement auquel il
obéissait sans la plus légère marque
d'humeur.
L'amour de la société avait pris tant
d'empire sur lui, que les lieux où il y
avait le plus de monde , étaient ses lieux
favoris.Chassédes bureaux de son maître,
il passait à la cuisine; mais un phéno-
mène plus extraordinaire est la parfaite
harmonie, la bonne intelligence qui
régnaient entre lui et les autres animaux
domestiques de toute espèce.
Ce lion était âgé de huit mois, ( et cette
époque est mémorable pour lui et pour
nous ), lorsqu'une chienne mit bas deux
petits à côté du lieu où il avait l'habitude
de se coucher. Cette nouvelle famille
excite son intérêt, et lui fait éprouver
un sentiment aussi, vif qu'inconnu. Des
animaux qu'il aurait voués à sa fureur
dans une autre circonstance, deviènent
ses enfants adoptifs. Il veut alléger les
peines de leur mère : un de ses petits
meurt; sa tendresse redouble pour celui
qui reste ; et comme s'il avait prévu qu'il
devait un jour lui aider à supporter la
captivité qu'on lui destinait, il gagne sa
confiance et en fait son ami. La dispro-
portion de leurs caractères , de leuré
forces physiques , ne mettait aucun
( 7 )
obstacle à leur communication. Le roi
des animaux savait, dans ses jeux
oublier sa puissance ; l'amitié réglait
ses mouvements; si la mère du jeune
chien s'ennuyait d'avoir ces animaux
autour d'elle, elle les chassait brusque-
ment sans que le lion en fût offensé 5
ainsi se formèrent les liens de cette so-
ciété décrite avec tant d'intérêt par
Toscan , et dont tout Paris a été témoin
Ce lion , âgé de quatorze mois f fut
embarqué avec son ami pour la France >
en 1788.
On craignait que ce changement n'in-
fluât sur ses habitudes, et on lui avait
préparé des fers ; mais il fut toujours le
même, çt digne de la liberté. Du Havre
où il débarqua, il fut conduit à Ver-
sailles, suivi de son fidèle chien, et tenu
simplement en laisse avec une corde
attachée à son collier. On lui a reproché
d'avoir été cruel envers un autre chien
qu'on introduisit dans sa loge après la
mort du premier ; mais c'est un outrage
dont il est juste de le laver : effrayé de
se trouver avec le lion, le deuxième
chien se cacha dans sa retraite sans que
celui-ci fît contre lui la moindre pour-
suite Le bruit que l'on fit pour le faire
sortir de son asyle , émut le lion , il
voulut retenir le chien y et le coup de
( 8 )
patte qu'il lui donna, fut celui de la mort.
D'ailleurs , il ne parut pas vouloir le
dévorer. Un troisième chien a rem placé
les autres , et a vécu avec lui.
On donne aux lions et aux lionnes de
la ménagerie du Jardin des Plantes, 10
à 12 liv. pesant de viande une seule fois
par 24 heures j ils menacent alors tout le
monde et legardien lui-même.Ce gardien,
hors ce temps et celui du rut, entre dans
leur loge, muni simplement d'une verge
ou d'un petit fouet; il leur ordonne d'aller,
de venir, de se coucher à ses pieds ; il
les caresse , leur ouvre la gueule, reste
au milieu d'eux sans rien craindre. La
lionne est très-pétulante et fait des sauts
et des bonds si extraordinaires que ses
quatre pieds touchent souvent au plafond
de la loge ; le mâle est plus grave.
Le temps de leur amour paraît mar-
qué, et répond à celui de notre hiver;
leur manière de s'accoupler est celle des
chats.
Les rugissements du lion du Jardin
des Plantes sont entendus de l'arsenal ;
ils ont quelques rapports avec le braie-
ment de l'âne , et les sons de la voix
baissent de même.
( 9)
1.
LE TIGRE.
Le tigre n'est pas aussi fort que le
lion; mais il est plus à craindre , parcei
qu'il est plus féroce; qu'il soit rassasié
ou à jeun , il n'épargne aucun animal,
et ne quitte une proie que pour en
égorger une autre ; heureusement l'es-
pèce n'en est pas nombreuse , et elle est
confinée dans les parties les plus brû-
lantes de l'Asie. On a vu dans l'histoire
naturel du lion, que cet animal, plus
généreux que cruel , était susceptible
d'être apprivoisé; le tigre, au. contraire,
n'a jamais été dompté , encore moins
apprivoisé. Son naturel conserve tou-'
jours son excessive et sombre férocité ;
son rugissement est sourd et comme en-
gouffré. On peut s'en former une idée
par le grondement du chat lorsqu'il tient
sa proie.
Le tigre a les dents semblables à
celles du lion et du chat; il a, comme le
lion, beaucoup de rapports de conforma-
tion avec le chat : le tigre respire sans
cesse le carnage et ne s'en rassasie jamais;
il a mérité de donner son nom à l'excès
de la cruauté et à l'épouvantable amour
du sang. A la honte de l'humanité, cette
horrible application n'y a que trop sou-
( 10 )
"Vent trouvé sa place : par une méprise
de la nature, l'on a vu paraître à diverses
époques des hommes également redou-
tables par leur fureur et leur férocité,
qui font la désolation du pays qu'ils habi-
tent et dontl'histoire , de même que celle
du tigre, ne peut s'écrire qu'avec dégoût
et effroi, et par une plume trempée dans
Le sang.
L'espèce du tigre a donc toujours été
plus rare et beaucoup moins répandue
que celle du lion ; cependant la tigresse
produit, comme la lionne, quatre ou cinq
petits.
Celui qui est actuellement au Muséum
est le tigre royal du Bengale; il est âgé de
10 années , et sa femelle en a 8 ; ils ont
tous deux appartenu à Tipoo Saïb : ils
font exception à la règle générale.
Gassal est parenll, par ses soins eL sa
manière de les traiter, à les familiariser
jusqu'à les flatter avec la main.
LA PANTHÈRE MALE.
Les nahiralistes ont souvent confondu
là panthère , le léopard et l'once, trois
espèces différentes du tigre, et différentes
entre elles. La panthère ressemble ,.pour
la tournure , à un dogue de forte race ,
excepté qu'elle est plus ase de jambes.
(ii)
Elle à le regard cruel, les mouvements
brusques et l'air inquiet; sa lartgue est
rude , et ses mâchoires sont armées de
dents fortes et aiguës; sa peau, fauve sur
le dos et blanchâtre sous le ventre f est
parsemée de grande taches noires circu-
laires ou ovales, bien séparées les uues
des autres. Ces taches sont pleines sur la
tête, la poitrine, le ventre, les jambes et
la base de la queue : sur le dos, elles sont
evidées dans leur milieu , ou remplies
d'une ou plusieurs petites marques noires
qui en occupent le-eentre ; la queue, lon-
gue d'environ deux pieds et demi., est
couverte à son extrémité d'anneaux al-
ternativement noirs et blancs.
Cet animal ne se trouve que dans les
contrées les plus, chaudes de l'Asie et de
FAirique ; il habite les orêts touffues et
s'approche des habitations isolées pour
surprendre les animaux; mais rarement
il attaque l'homme i malgré sa férœiM OH
le dompte et on le dresse pour la cha-sse,
La panthère a les mœurs du tigre ; ses
mouvements sont si prompts, Si rapides
et si souples, qu'il est difficile de lui échap-
per. En vain l'animal qu'elle poursuit se
sauverait-il sur un arbre, elle s'y élalice
malgré la pesanteur de son corps , avec
une légèreté incroyable ; elle immole sa
victim6; et court après de nouvelles.
( 12 )
On la chasse à peu près comme le
lion ; mais les dangers sont plus grands;
un appât qui consiste en un morceau de
chair, soit fraîche , soit même com-
mençant à se corrompre, est suspendu à
un arbre ; le chasseur établit dans les
environs une cabane; il ne s'y cache que
lorsque l'animal s'est habitué à venir dans
ce lieu. Il tâche de la blesser mortelle-
ment; car si elle n'est pas abattue,malheur
souvent à celui qui l'a blessée ! Dans tous
les cas, il ne sort de sa cabane que le
lendemain , craignant toujours de ren-
contrer son ennemi. Il revient avec un
chien dressé qui suit la piste de l'animal ;
si la panthère respire encore , le chien
éprouve une partie de sa rage ; et les cris
douloureux de ce messager .avertissent le
maître de ne pas approcher. Un Maure
poursuivi par une panthère expirante
qu'il avait blessée , ne s'échappa qu'en
laissant dans sa course ses habits sur un
buisson. L'animal les déchira en milie
lambeaux.
LE LÉOPARD.
Le léopard n'est pas aussi grand ordi-
nairement que la panthère, ayant à peu
près quatre pieds de longueur, et sa
queue deux pieds et demi. Quoiqu'il soit
sujet à varier par les couleurs, on peut
( i3 )
dire, en général, qu'il est d'un fauve
plus ou moins foncé , avec le ventre
blanchâtre ; ses taches sont en cercle
comme celles delà panthère , mais plus
petites, plus irrégulières et assez commu-
nément formées de cinq ou six petites
taches pleines.
Cet animal attaque indifféremment. les
hommes et les animaux, et désole le pays
qu'il habite. Il ne paraît pas qu'on ait
pu le dresser pour la chasse ; il se dompte
trés-dimcilement, on le trouve dans les
mêmes contrées que le tigre et la panthè-
re 5 quoiqu'il multiplie beaucoup, l'espèce
n'en est pas nombreuse, parce qu'elle ale
tigre pour ennemi. Hunter, un des chi-
rurgiens de l'Angleterre, qui a eu le plus
deréputaLion, avait une ménagerie très-
belle , et s'étudiait particulièrement à
dompter le caractère féroce des animaux;
deux léopards qui faisaient partie de sa
ménagerie , brisèrent leurs fers ; des
chiens qu'ils trouvèrent dans les premiers
instants de leur liberté excitèrent un bruit
qui fit accourir leur maître ; les deux
léopards, dont l'un grimpait sur un mur
et dontl'autre était environné de chiens,
sont saisis par Hunter, et enchaînés
de nouveau. Il a manqué plusieurs fois
d'être victime d'une témérité aussi
aveugle.
( 14 )
Les peaux du tigre , de la panthère et
duléopard, sonttrès-estimées ; elles sont
précieuses et font de très- belles fou-
rures : la plus belle et la plus chère est
celle du léopard; une seule de ces peaux
coûte 8 ou 10 louis, lorsque le fauve en
est vif et brillant, et que les taches en
sont bien noires et bien terminées.
L'HYÈNE (mâle).
L'hyène est à peu près de la gran-
deur du loup ; mais son corps est plus
court et plus ramassé ; elle a la tête plus
carrée et plus courte que lui; ses oreilles
sont longues, droites, nueset ses jambes,
sur-tout celles de derrière, sont plus lon-
gues : elle a les yeux placés comme ceux
du chien ; le poil du corps long , une
crinière de couleur gris-obscur, mêlé
d'un peu de fauve et de noir avec des
ondes transversales : elle est peut-être,
de tous les quadrupèdes, le seul qui
n'ait que quatre doigts J tant aux pieds
de derrière, qu'à ceux de devant : elle
a , comme le blaireau, une ouverture
sous la queue , mais qui ne pénètre point
dans l'intérieur du corps ; c'est cette ou-
verture qui avait fait dire que cet animal
était mâle et femelle.
Cet animal sauvage et solitaire de-
C )
meure dans les cavernes des montagnes,
dans les fentes des rochers, dans des -
taniéres qu'il se creuse lui-même sous
terre : il est d'un naturel féroce; et quoi-
que pris tout petit, il ne s'apprivoise
pas, il vit de proie comme le loup; mais
il est plus fort et paraît plus hardi ; il
attaque quelquefois les hommes ; il se
jète sur le bétail, suit de près les trou-
peaux , et souvent rompt dans la nuit les
portes des étables et les clôtures des ber-
geries; ses yeux brillent dans l'obscu-
rité, et l'on prétend qu'il voit mieux la
nuit que le jour.
L'hyène se défend contre le lion et
ne craint pas la Panthère; lorsque la
proie lui manque elle creuse la terre
avec les pieds , et en tire par lambeaux
les cadavres des animaux et des hommes;
on la trouve dans presque tous les cli-
mats chauds de l'Asie et de l'Afrique.
L'OURS BLANC
OU MARITIME.
Cet animal, célèbre depuis long-temps
par les récits exagérés de sa férocité ,
était mal connu des naturalistes avant
Pallas : il paraît devenir plus grand que
l'ours commun 5 son corps, et sur-tout
( 16 )
son cou, sont plus alongés à proportion,
et sa tête plus plate que dans l'ours com-
mun ; les oreilles sont beaucoup plus
courtes et plus arrondies; mais le carac-
tère spécifique le plus frappant consiste
dans la longueur proportionnelle de la
main et du pied qui est beaucoup plus
considérable que dansl'ours brun: le pied
de derrière de celui-ci fait à peine le 10e
de la longueur de son corps , tandis que
dans l'ours blanc il en fait le sixième.
Cette différence vient, en partie, de ce
que l'ours brun n'appuie pas aussi com-
plètement le talon à terre que le blanc.
Le poil de l'ours blanc est plus fin, plus
doux, plus laineux que celui de l'ours
brun ; il est aussi plus court à la tête et à
le partie supérieure du corps ; mais celui
du ventre et des jambes devient fort
long : ce poil est d'un assez beau blanc
en toute saison ; mais cette différence
seule ne suffirait pas pour distinguer cet
ours ; car l'espèce de l'ours brun a aussi
plusieurs individus blanchâtres ou même
entièrement blancs : on en trouve sur-
tout de tels dans les pays du nord pen-
dant l'hiver : le bout du nez et les bords
des paupières sont d'un noir foncé ; les
lèvres tirent sur le violet, et l'intérieur
de la bouche est d'un violet pâle; les
dents ne diffèrent pas beaucoup de celles
( 17 )
de l'ours brun ; l'un et l'autre ont quatre
molaires de chaque côté, en haut et en
bas, dont les quatre antérieures sont fort
petites , et dont les douze autres ont des
couronnes plates très-légèrement tuber-
culées ; en haut, c'est la dernière qui est
plus longue ; en bas, c'est la pénultième ;
il y a de plus, tant en haut qu'en bas y
derrière chaque canine, une très-petite
dent séparée de la première molaire par
un espace vuide.
Les viscères et les muscles de l'ours
blanc ne présentent aucune différence
notable d'avec ceux de l'ours brun.
Son odorat est beaucoup meilleur que
sa vue. Il nage bien et plonge long-temps.
Sa démarche ressemble à celle de l'ours
brun ; il sait s'élever sur ses pieds de
derrière, et rester assez long-temps dans
cette situation : sa course est assez rapide
lorsqu'il est nécessaire.
Dans l'état du repos, son attitude ordi-
naire est d'être assis sur ses jambes pos-
térieures , de tenir les antérieures droites
et la tête pendante au bout de son long
cou. Ceux qui ont été observés vivants ,
ont un mouvement singulier et perpétuel
de la tête et du cou, du haut en bas et
du bas en haut. On croit qu'ils ont pris
cette habitude , parce que la cage où ils
( 18 )
ont passé leurs premières années était
trop étroite.
, C'est peut-être, de tous les quadru-
pèdes , celui qui craint le plus la chaleur.
Celui du Muséum souffre beaucoup en
été. On est obligé de lui jeter, chaque jour,
soixante ou quatre-vingt seaux d'eau sur
le corps, hiver et été, pour le rafraîchir ;
cependant sa chaleur naturelle ne s'élève
pas sensiblement au-dessus des autres
carnassiers.
Cet ours polaire n'est nourri que de
pain ; il en mange six livres seulement,
et cependant il est fort gras. Un autre
qui était avec lui, et qui est lllort J il
y a deux ans, après en avoir subsisté
cinq au même régime, s'est trouvé extrê-
mement gras. On ne peut donc pas dire
que cette espèce soit très-vorace.
La mer , dont ces ours habitent les
bords , leur fournit abondamment de la
nourriture , par les cadavres de grands
cétacé es et de poissons qu'elle rejète. Ils
vont aussi attaq uer les phoques aux trous
de la glace où ces amphibies sont forcés
de venir de temps en temps prendre
leur respiration. On dit même qu'ils
osent attaquer les morses ou vaches ma-
rines , lorsqu'elles sont à terre , ils n'ose-
raient pas le faire dans l'eau où les
morses ont toute liberté dans leurs
( 19 )
mouvements j et même lorsque les ours
sont parvenus à les vaincre , ils trouvent
encore beaucoup de peine à les dépecer
à cause de la dureté de leur peau.
Les ours se jètent en troupes sur les
colonnes de poissons qui arrivent à cer-
taines époques dans les différents golfes,
et c'est alors qu'ils font la meilleure
cl] ère.
Ils n'aiment pas beaucoup la chair
des quadrupèdes terrestres, et on en a
vu assez souvent en Sibérie, passer près
des troupeaux sans leur faire du mal ;
mais lorsque la faim les presse , ils man-
gent de tout 5 ceux qui viènent en
Islande, y attaquent quelquefois le
bétail. :.,
C'est sur-tout au sortir de leur retraite
de l'hiver qu'ils sont cruels, parce qu'ils
sont affamés ; alors ils attaquent l'homme ;
mais en tout autre temps , sans être
lâches , ils ne sont pas dangereux , à
moins qu'ils n'ayent à défendre leurs
petits ; ce qu'ils font avec beaucoup
d'audace. Il ne faut qu'un peu d'adresse,
pour en venir à bout : lorsqu'ils sont
élancés , il suffit de se détourner un peu
et de les percer par le flanc. Les peuples
de Sibérie , quoique mal armés , sont
sûrs de les vaincre de cette manière ;
mais si on les attaque en face, comme
( 20 )
ils sont très-vigoureux, et qu'ils com-
battent sur leurs pieds de derrière, ils ont
beaucoup d'avantages : ce qu'ils crai-
gnent le plus, ce sont les coups sur le
museau qui paraît très-sensible ; ils se
laissent aussi facilement effrayer par le
bruit des trompettes, des armesàfeu, par
les clameurs des hommes, et sur-tout ,
selon les chasseurs, par la vue de leur
propre sang sortant de leurs blessures.
Tandis que l'ours terrestre aime les,
forêts, ne se montre pas volontiers dans
les lieux découverts , et n'entre dans
J'eau que lorsqu'il est forcé de fuir,
l'ours polaire habite plus sur la glace
et dans l'eau qu'à terre ; et c'est sur-
tout en nageant qu'il cherche sa proie ;
il ne fréquente guère que les côtes de
l'Océan glacial, et ne descend pas même
sur les côtes orientales de la Sibérie ni au
Kamschalka; et quoiqu'on le trouve sur
la côte septentrionale de l'Amérique et à
la baie de Hudson, il n'habite point les
îles situées entre FAmérique et la Sibérie;
il y en a beaucoup dans le Spitzberg, et
il en vient quelquefois , portés par les
glaces, sur les côtes d'Islande et de Nor-
vège ; mais c'est un malheur pour eux :
les habitants font une garde exacte , et
ont grand soin de les détruire lorqu'ilsles
apperçoivent. Pendant les longues nuits
( 31 )
d'hiver, cel ours s'écarte quelquefois
des rivages, mais jamais il ne passe l'été
■dans les terres, et il n'arrive jamais jus-
qu'aux régions boisées situées au sud du
cercle arctique., tandis que l'ours brun
craint de s'élever au nord de ce cercle.
La partie de la Sibérie où on en trouve le
plus, est celle qui est située entre les em-
bouchures de la Léna et du Jenisséa : il
y en a moins entre ce dernier fleuve et
l'Obi, et entre l'Obi et la mer blanche ,
parce que la nouvelle Zemble leur offrant
un asyle commode, ils ne viènent guère
jusqu'au continent : on n'en voit point sur
les côtes de la Laponie.
C'est au mois de septembre que l'ours
blanc, surchargé de graisse, cherche un
asyle pour passer l'hiver, et se contente
pour cela de quelques fentes pratiquées
dans les rochers, ou même dans les amas
de glaces, et sans s'y préparer aucun
lit, il s'y couche et s'y laisse ensévelir
sous d'énormes masses de neige : il y
passe lés mois de janvier et de février
dans une véritable léthargie. Les mâles
quittent leurs demeures à la fin de mars;
les femelles n'en sortent qu'au mois
d'avril ; quoiqu'ils ayent été au moins
cinq mois sans aucune nourriture , ils
sont passablement gras après ce long
une.
( 2 )
Ceux qu'on tient en domesticité ne
sont point sujets à ce sommeil d'hiver.
Les ours blancs et bruns de la ména-
gerie ne changent rien à leur manière
de vivre dans cette saison.
On ne sait point jusqu'à quel âge cet
animal peut pousser sa vie.La ménagerie
possède depuis sept ans un individu qui
avait toute sa taille , lorsqu'il y a été
amené ; il est vrai qu'il est devenu
aveugle , et qu'il paraît avoir encore
d'autres infirmités.
La chair de l'ours polaire est man-
geable, mais sa graisse a une odeur
fétide de poisson.
L'OURS BRUN DES ALPES.
C'est dans les Alpes que se trouve assez
communément l'ours brun. Il est non
seulement sauvage, mais solitaire ; il fuit
par instinct toute société ; il s'éloigne des
lieux où les hommes ont accès; il ne se
trouve à son aise que dans les endroits
qui appartiènent à la vieille nature ;
une caverne antique dans des rochers
inaccessibles; une grotte formée par le
temps, dans le trou d'un vieux arbre ,
au milieu d'une épaisse forêt, lui servent
de domicile; il s'y retire seul, y passe
une partie de l'hiver sans provisions, sans
( 23 )
en sortir plusieurs semaines ; cependant
il n'est point engourdi, ni privé de. senr
timent comme le loir ou la marmotte.
L'abondance de sa graisse lui fait sup -
porter l'abstinence, et il ne sort de sa
bauge que lorsqu'il se sent affamé: cet
animal a les oreilles courtes, la peau
épaisse et le poil fort touffu.
La voix de l'ours est un murmure sou-
vent mêlé d'un frémissement de dents,
qu'il fait sur-tout entendre lorsqu'on
l'irrite; quoiqu'il paraisse doux pour son
maître , et même obéissant quand il
est apprivoisé, il faut toujours s'en défier.
On lui apprend à se tenir debout, à
gesticuler, à danser : il semble même
écouter le son des instruments, et suivre
grossièrement la mesure ; mais pour lui
donner cette espèce d'éducation iljfaut
le prendre jeune.
De toutes les fourures grossières,: la
peau de cet animal est celle qui a le
plus de prix.
VAUTOURS.
Le vautour eet un oiseau de proie ,
dont on distingue plusieurs espèces y m il
y en a qui égalent les aigles en grandeur,
d'autres qui sont plus petits : on distingué
les vautours d'awec les aigles , parce
( 24 )
qu'ils ont le tronc du corps horisontal à
la terre et droit; la poitrine et le corps
élevés de façon que des doigts de der-
rière à la tête, lorsqu'elle est drpite, on
peut presque tirer une ligne verticale ;
les jambes et les pieds du vautour sont
courts et courbés; le vautour est couvert
de plusieurs sortes de plumes, et il a peu
de JJennes, excepté aux aileset àlaqueue
qui en sont fournies et sous lesquelles il
y a des plumes velues, ou cotonneuses ,
qui paraissent quand il y a une ou deux
des pennes arrachées : le vautour a pré-
férablement au* este. du corps, la tête et
le cou garnis de peu de pl umes, qui sont
très-courtes ; quelques-uns , au lieu de
duvet ont des espèces de petits crins ;
le vautour a un grand et vaste' jabot, qui
a la figure d'un sac, quand il est plein,
et qui est très maniable , quand il est
vuide.
Le vautour a de la peine à s'élever, il
est obligé d'essayer trois bu quatre fois
son vol avant que de le prendre.
Le bec du vautour est fort et alongé ,
ne commence point à se courber dès sa
racine comme celui de l'aigle, il s'alonge
peu à peu dans une juste proportion jus-
qu'à la longueur de deux pouces sous la
mâchoire inférieure, avant qu'il deviène
courbé au bout; les ongles du vautour
sont
( 26 )
2
font moins le croissant que ceux des
aigles. C'est ce qui fait qu'ils restent ra-
rement sur terre.
Les quatre vautours de la ménagerie
sont frères, pris sur les côtes d'Afrique.
Ils sont très-carnivores et font leurs
nids dans les rochers les plus hauts.
DEUX LOUPS , ( mâle et femelle. )
Le loup est un animal des bois, fa-
rouche et carnassier , mis par les natura-
listes dans le genre du chien, dont il
diffère cependant beaucoup; il serait re-
doutable s'il avait autant de courage que
de force, mais il faut que la faim le
presse pour qu'il s'expose au danger. Cet
animal carnassier vit de chasse et de
rapine; comme il est lourd et poltron,
la plupart des animaux qu'il poursuit lui
échappent; quelquefois le besoin lui ins-
pire des ruses ; mais lorsqu'elles ne réus-
sissent pas , il meurt de faim et souvent
enragé.
Son museau est alortgé et obtus, ses
oreilles sont courtes et droites,sa queue est
grosse et cou verte de long poils grisâtres,
tirant sur le jaune et un peu noirâtres. Ses
yeux sont bleus et étincelants , ses dents
sont rondes, inégales, aiguës et serrées,
l'ouverture de sa gueule est grande. Il
( 26 )
a le cou si court qu'il ne petit le reJnuer,
ce qui l'oblige à tourner tout son corps
quand il veut regarder de côté ; il a l'o-
dorat fin, c'est le plus goulu et le plus
carnassier des animaux.
Les deux qui sont à la ménagerie ont
eu plusieurs portées , et leurs premiers
petits ont vécu; mais depuis deux ans ils
ont pris l'habitude d'étrangler leurs petits
et de les manger ; ils les mangent même
a près les avoir nourris pendant deux
mois.
UN JEUNE AIGLE DES ALPES.
L'aigle est un oiseau de proie, très-
grand , qui va le jour et qui possède à un
degré éminent les qualités qui lui sont
communes avec les autres oiseaux de
proie , comme la vue perçante , la féro-
cité , la voracité , la force du bec et des
serres.
Il y en a de plusieurs espèces j l'aigle
royal est un des plus remarquables.
Ces oiseaux font leurs nids sur les
arbres les plus élevés, et sur les rochers
les plus escarpés.
UNE CIGOGNE.
Oiseau de passage, du genre des
h érons , dont on distingue plusieurs
espèces.
(. 27 ,.
La cigogne est plus grande que le
héron ordinaire ; elle a le tour des yeux
garni de plumes, et la peau fort noire
en cet endroit; le bec d'un rouge pâle,
droit à angle et pointu , ce qui lui sert
d'arme pour tuer les serpents dont elle
se nourrit en partie.
v Nous ayons vu en été cet oiseau, dans
le Brabant et la Hollande, faire son aire
au haut des tours et des, cheminées j il
habite l'Egypte et l'Afrique en hiver; i
était défendu dans plusieurs pays de
tuer des cigognes , parce qu'elles déli-
vraient le pays des serpents, des gre-
nouilles et des limaçons.
On ne regarderait pas encore de bon
ceil en Hollande ceux qui en tueraient.
LE GRISARD.
Le grisard ou canard de mer se trouve
sur les bords de POcéan ; quelquefois il se
perche sur les arbres. Il est de la grosseur
d'une oie moyenne; son cri imite le son
d'une flûte, ses pieds sont semblables a.
-ceux du canard ordinaire : il n'a pas la
propriété de faire le plongeon, sa tete est
fort grosse, l'entrée de son gosier très-
grande. Il est très-gourmand et difficile
à rassasier, il vole long-temps, sa peau
est, dure, sa chair indigeste : il ne fait
ordinairement que deux petits.
C 28 )
LE SINGE OUANDEROU,
OU SINGE-LION DE CEYLAN.
LE P APION,
!'Autrement le GRAND BABOUIN, femelle 7
( de la cote de Guinée. )
Les singes n'habitent que les pays
chauds, et leur séjour ordinaire est dans
les bois. Aucun animal n'approche da-
vantage de l'homme pour la figure et
l'adresse: on en voit de presque toutes
les couleurs, de très-petits et de fort
grands. Les uns ont une barbe très-
longue , d'autres n'en ont pas du tout ;
certains ont le visage noir, d'autres l'ont
presque blanc ; quelques-uns enfin ont
la queue longue et d'autres l'ont très-
courte, et les autres en manquent abso-
lument.
Presque tous sont malins et portés à
imiter ce qu'ils voyent faire ; s'ils se lais -
sent vêtir et coiffer, et s'ils marchent en
cadence, c'est ordinairement par crainte :
le singe est en général insensible aux ca-
resses ; pour peu qu'on le contrarie, il
grince les dents et agite la mâchoire d'un
air menaçant.
Pour piller un verger ou une melonière,
( s9 >
ILs se rangent en une file de trois ott
quatre cents, et se tiènent à deux ou
trois pieds l'un de l'autre. Ils occupent
ainsi tout l'espace qui se trouve entre
l'endroit du pillage et là caverne qui doit
servir de magasin. Celui qui est le plus
près de la melonière, prend les melons
l'un après l'autre, les jète à son voisin et
ainsi de suite jusqu'au dernier qui les
remet dans la caverne, où les pillards
réunis les mangent ensuite à loisir.
On profite aussi pour prendre les sin-
ges de ce même instinct imitateur ; les
nègres qui veulent faire cette chasse amu-
sante , portent des coupes pleines d'eau - ,
s'en frottçnt le visage devant eux, et y
substituent adroitement de la glu. A peine
se sont-ils retirés, que les singes qui les
opt observés de dessus un arbre ou d'un
rocher prènent ces coupes pour en faire
de même, et s'aveuglent au point de na
savoir plus ou fuir.
D'autres portent des bottes qu'ils raet-
tent et ôtent plusieurs fois , ils en lais-
sent de petites à la place qu'ils ont - en-
duites de glu. -
Quelquefois encore on porte des mi-
roirs, où l'on se regarde à différentes
reprises, et on les remplace par d'au-
tres garnis de ressorts qui engagent les
pattes des singes dès qu'ils y louchent.
( 50 )
Dans la partie du jardin, près Vam-
phithéâtre.
ÉLEPHANT femelle.
(Le miÍle est mort le 17 nivose an 10. )
Voici quelques circonstances de sa
mort :
Depuis l'arrivée des éléphants en
France, le mâle a eu, dans la région
des tempes de chaque côté , et par une
ouverture naturelle, un écoulement pé-
riodique d'une humeur visqueuse , qui
tombait perpétuellement sur ses joues.
Dans le pays natal ce phénomène a
lieu chez tous les individus de cette es-
pèce , parvenus à un certain âge.
Pendant cet écoulement, qui arrivait
tous les deux mois environ, le mâle était
colère , mangeait peu et paraissait souf-
frant.
Il y a environ deux ans qu'on a re-
marqué que le mâle, par un mouve-
ment particulier des cuisses, se procurait
très-fréquemment une évacuation très-
abondante d'humeurs spermatiques : on
a vainement essayé d'arrêter ce mou-
vement ; depuis quelques jours l'écou-
lement des tempes avait beaucoup aug-
( Si )
menté, et le flux spermatique était plus
considérable qu'il n'avait jamais été.
Le 16 nivose l'animal n'a point mangé
pendant la matinée; vers le soir, seule-
ment , il a pris un peu de paille et quelques
pommes de terre.
A la chute du jour il a cassé un barreau
de fer de sa loge , et il en a violemment
frappé la barrière de son enceinte. Lors-
qu'on lui a donné de l'eau , après en
avoir bu une certaine quantité , il s'en
est servi pour bassiner les ouvertures de
ses tempes, où il semblait avoir plus de
gêne et de douleur qu'à l'ordinaire.
Pendant la nuit il a fait beaucoup de
bruit. Vers quatre heures du matin il
a poussé quelques cris aigus, et vers les
six heures il est tombé mort.
La température de sa loge s'étant trou-
vée douce pendant toute la nuit, ainsi
qu'elle l'avait été pendant les froids, ses
aliments ayant été de la même nature
et de même qualité que ceux qu'on lui
donnait habituellement, tous les soins
qu'on lui avait prodigués n'ayant eu au-
cun ralentissement, on ne peut rien dire
de la cause de sa mort ; on s'est occupé
de recherches anatomiques, qui pourront
peut-être jeter quelque jour sur cette
cause.
L'anatomie de l'éléphant de l'Inde
( 32 )
n'ayant pas encore été publiée avecl'exac-
titude convenable, les professeurs du
muséum ont confié au citoyen Cuvier
l'examen anatomique de cet animal, et
ont mis à sa disposition tous les moyens
propres à favoriser ses recherches.
La femelle a paru fort affectée de la
mort de son mâle ; elle a cherché à le
relever du lieu où il était tombé ; elle
a versé des larmes abondantes et a jeté des
cris différents de ceux qu'elle avait cou-
tume de faire entendre.
D'ici à peu de jours il en doit arriver
un de la même espèce , qui se trouve
.actuellement à Londres et dont le gou-
vernement a fait l'acquisition.
L'éléphant de la ménagerie est de l'es-
pèce des Indes.
C'est sur-tout à elle qu'on attribue cet
instinct dont on fait des récits exagérés,
et qu'on a transformé en véritable intel-
ligence et en sentiment moral. Cette su-
périorité de l'éléphant sur les autres ani-
maux , est en partie fondée sur des avan-
tages réels ; la perfection de son organe
du toucher; la facilité qu'il lui donne de
compléter les sensations de la vue ; la
finesse de son ouie et de son odorat; la
longueur de sa vie et l'accumulation
d'expérience et d'habitudes qui en ré-
sulte ; enfin ; sa grandeur et sa force qui,
(33)
2.
e faisant respectet de tous les animaux ,
ui garantissent un repos èt une aisance
lonstante.
Cet animal est un des plus utiles que
'homme ait domptés ; sa force est pro-
ligieuse; il porte jusqu'à deux ou trois
nilliers ; il tire des fardeaux que six
:hevaux pourraient à peine ébranler ; il
ait sans fatigue quinze ou vingt lieues
aar jour, et lorsqu'on le presse il en fait
j lus de trente j il joint à ces avantages ,
ous ceux qui résultent de son intelli-
gence , comme de retrouver seul son che-
nin, d'imaginer des ressources dans les
embarras, et ceux que lui donnent son
tdresse et la forme heureuse de sa
[rompe. Tout le monde sait qu'on l'em-
ployait autrefois à la guerre , qu'on le
chargeait de soldats et qu'on lui assignait
une place importante dans les batailles;
mais il craint trop le feu, pour que l'on
puisse aujourd'hui en faire le même
usage, il ne sert plus qu'au transport
les vivres et de l'artillerie.
L'éléphant femelle, qui reste, est
âgée de près de dix-neuf ans , elle a huit
pieds six pouces de hauteur ; elle est-crue
d'un pied six pouces, depuis trois ans
qu'elle est à Paris.
Lorsqu'on les amena en Europe
en 1786 , ils n'avaient que deux ans et
( 34 )
demi el trois pieds six pouces de haut ; ils
ne mangeaient alors que vingt-cinq livres
de foin chacun; ils sont nés à Ceylan et
de la plus grande race : là compagnie
hollandaise des Indes en avait fait présent
au Stadhouder ; on les emmena par eau
jusqu'à Nimègue , et de là à Loo par
terre et à pied; il fut très-difficile de leur
faire passer le pont d'Arnheim, tant ces
animaux sont défiants ; il avait fallu les
faire jeîlner ,et on les engageait à.a vancer,
en leur offrant de loin leur nourriture ;
encore ne faisaient-ils aucun pas , sans
avoir essayé de toutes les manières la
solidité de chaque planche sur laquelle
ils devaient poser un de leurs pieds.
Ils furent très-doux tant qu'ils restèrent
à Loo ; on les laissait aller librement
par-tout, ils montaient même dans les
appartements et venaient prendre le
repas , recevoir les friandises que chacun
leur donnait ; mais à l'époque de la
conquête de la Hollande , un grand
nombre de personnes étant venues les
voir à toute heure, et ne les ayant pas
toujours traités avec discrétion , ils ont
perdu beaucoup de leur douceur.
La gêne qu'ils ont éprouvée dans les
énormes cages qui ont servi à les trans-
porter à Paris , a encore altéré leur
naturel et on n'ose à présent les laisser