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Notice sur l'abbé Choplin, premier vicaire de St-Médard . (Signé : Un confrère de M. l'abbé Choplin.)

26 pages
Beau jeune (Versailles). 1866. Choplin. In-16. Pièce.
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NOTICE
'-rR
L'ABBÉ CHOPLIN
PREIIVI vrtAIRE DE LA PAROISSE SAIIT-IÉDARD.
A PARIS.
El ANCIEN MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE,
A L'ILE BOURBON.
VERSAILLES.
KEAU J., IMPRIMEUR-LIBRAIRE.
f:t [ L,[ L"JRA'GER:i.; :'j.
18 fi G
L'ABBÉ CHOPLIN
PREMIER VICAIRE DE LA PAROISSE SAINT-MÉDARD, A PARIS,
ET ANCIEN MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE A L'ILE BOURBON.
Alexandre-Edouard Choplin est né à Bonnétable, arron -
dissement de Mamers, département de la Sarthe, le 5 jan-
vier 1819, et il fut baptisé le sur-lendemafa dans l'église de
sa paroisse. Son père, Denis Choplin, et sa mère Françoise-
Marie Prévost, étaient d'excellents chrétiens qui avaient à
cœur d'élever leurs enfants dans la crainte de Dieu.
De bonne heure, Alexandre se crut appelé à l'état ecclé-
siastique. Aussitôt donc qu'il fut en âge d'étudier, ses pa-
rents le remirent entre les mains de M. Malherbe, homme
fort recommandable, qui se trouvait à la tête du collége de
de la petite ville. Il y fit sa première communion en 1830,
et Mgr Bouvier, de sainte. et savante mémoire, lui donna
la confirmation en i 832.
L'enfant ne se faisait remarquer, ni pour la piété, ni pour
la science. De plus, il se brouillait aisément avec ses cama-
rades. Il s'ennuya au collège, et demanda la permission de le
quitter pour continuer ses études, tout seul, chez un prêtre
qu'il connaissait, M. Poilpré, curé d'Aulaines., paroisse
qu'habitait son grand-père paternel. Voulait-il par-là se
soustraire aux reproches de ses parents ou favoriser son
penchant à la paresse? car lui-même a souvent avoué de-
puis qu'il n'avait connu que plus tard le prix du travail. Nous
l'ignorons. Ce que nous savons, c'est que ses parents con-
sentirent à ses désirs et le placèrent chez le curé d'Aulaines.
Chassez le naturel, dit le poète, il revient au galop. Comme
on doit bien s'y attendre, Alexandre Choplin ne travailla
pas plus chez le curé d'Aulaines qu'au collège de Bonné-
table. Dégoûté donc de l'étude par cette double expérience,
un jour, le 25 novembre 1835, sans prévenir le curé d'Au-
laines, il prend seul la route de Paris, où se trouvaient son
frère aîné et plusieurs membres de sa famille. Il paraît qu'il
fit le voyage à pied, puisqu'il n'arriva dans la capitale que
— A —
six jours après, le 30 du même mois. Son père et sa mère
n'eussent pas su ce qu'il était devenu, sans une lettre qu'il
avait écrite à son grand-père pour le prévenir" du dessein
qu'il avait mis à exécution. Les membres de sa Camille,
tant ceux de Paris que ceux de Bonnétable, ne furent pas
peu surpris et affligés de ce coup de tête d'un jeune homme
de 16 ans.
Le 1er janvier 183fi, nous retrouvons Alexandre Choplin
travaillant dans un magasin de la montagne Sainte-Ge-
niève.
Les premiers pas du jeune homme dans le monde, quand
ce monde surtout est Paris et qu'il sent les rênes flotter en
liberté sur ses épaules, ces pas sont bien délicats, bien dif-
ficil-es-! Que d'imprudences! que d'écarts! que de chutes!
que de précipices !
Le frère d'Alexandre fut le premier à l'initier à la vie 4e
Paris. Cafés, théâtres, soirées, bals de jeunes gens, il le
conduisit partout. Il ne lui laissa rien ignorer; mais, chose
singulière, Alexandre, qui ne s'était fait connaître que par
ses légèretés et ses étourderies, sembla devenir tout à coup
un grave vieillard : le monde avait beau étaler à ses regards
tout, ce qu'il a de plus enjoué, de plus récréatif, de plus
séduisant, il ne parvint pas à entamer sa conscience, à
la souiller. Il semblait s'ennuyer du plaisir comme aupa-
ravant il s'était ennuyé de l'étude. Il était toujours pensif
et soucieux. Ses camarades, son frère, ne comprenaient
rien à un pareil phénomène.
On n'en sera pas supris, cependant, quand on saura
qu'Alexandre Choplin avait une foi vive, et que sa première
occupation, en arrivant à Paris, avait été de chercher un
directeur qui pût lui donner de bons conseils et le guider
dans la nouvelle carrière où il se trouvait lancé. Le sémi-
naire du Saint-Esprit n'était pas très-éloigné de son maga-
sin ; la divine Providence, qui n'abandonne pas ceux qui se
confient en elle, avait permis qu'il trouvât ce directeur
dans la personne de M. l'abbé Hardy, professeur de théo-
logie dans cette maison. C'est grâce à lui, sans doute, que
notre jeune homme sut se préserver des flammes au milieu
même de la fournaise de Babylone.
Une année se passe sans qu'il ose s'ouvrir à son confes-
seur d'une vocation qu'il n'avait jamais abandonnée en-
tièrement, et vers laquelle il se sentait un attrait plus vif
que jamais. Mais, à la fin, il se hasarde à lui en parler.
L'habile directeur ne se montra pas surpris de cette con-
fidence. L'esprit de foi de son pénitent, son assiduité à
fréquenter les sacrements, son extrême régularité au milieu
— 8 —
des plus grandes séductiions,n'étaient-ils pas un indice que
Dieu l'appelait à l'état ecclésiastique?
Après s'être assuré de son degré de science, il lui indiqua
M. l'abbé Girard, troisième aumônier de la Salpêtrière, sous
lequel il pourrait terminer ses études classiques; et il
ajouta que s'il voulait ensuite se consacrer aux Missions
dans les c lonies françaises, il se faisait fort de lui ouvrir
les portes du séminaire du Saint-Esprit.
M. Choplin regarda cet encouragement comme lui tom-
bant directement du ciel. 11 ne craignit pas de redevenir
écolier. Son passé l'avait éclairé. Il comprenait maintenant.
le prix du travail. Il étudia plus dans une année avec
M. l'abbé Girard, qu'il ne- l'avait fait pendant cinq ans au
collége de Bonnétable et chez M. le curé d'Aulaines. A la
fin de l'année 1837, il fut jugé capable d'entrer en philoso-
phie au séminaire du Saint-Esprit.
11 est impossible de se figurer la joie qu'il éprouva quand
il lui fui permis de se revêtir de la soutane. Cette joie n'é-
tait tempérée que par la crainte qu'il avait qu'on ne trouvât
pas en lui les vertus et la science nécessaires pour la pro-
motion aux saints ordres. Cette crainte lui fut salutaire. Il
apporta à l'étude de la philosophie toute l'attention dont il
était capable, et à la fin de l'année, son examen lui mérita
les éloges de M. l'abbé Popis, son professeur, et de ses
condisciples.
Le 1er octobre 1838, il commença sa théologie cette
étude lui plut. Il s'y adonna tout-entier comme à la philo-
sophie et avec assez de succès.
Le 25 mai 1839, il reçut la tonsure de Mgr Blanquart de
Bailleul, évêque de Versailles, pendant la maladie dont
mourut un peu plus tard l'illustre archevêque de Paris,
Mgr de Quélen ; les Ordres mineurs, de Mgr Bonamy, ar-
chevêque de Chalcédoine, pendant la vacance du siège de
Paris, le 14 juin 1840; le sous-diaconnat, le 5 juin 1841 ;
le diaconat, le 18 décembre de la même année; et le sacer-
doce le 17 décembre 1842, des mains de Mgr Affre, succes-
seur de Mgr de Quélen : et comme il avait reçu tous les
saints Ordres de cet héroïque prélat, il conserva pour lui
une profonde vénération. « Quel bonheur! s'écrie-t-il, dans
des notes laissées par lui, et où nous avons puisé toutes
ces dates, je suis donc prêtre, et prêtre pour toujours! oui,
mercij ô mon Dieu, je vous gagnerai des âmes, en tra-
vaillant de toutes mes forces à votre gloire ! Vous compre-
nez, ô mon Dieu! toute la joie de mon cœur? Vous le
savez; je n'ai eu qu'un seul désir depuis que je suis sur la
terre. Vous l'avez accompli, malgré toutes les difficultés,
— 6 —
tous les obstacles qui sont presque tous venus de mon
excessive paresse. En effet, hélas ! ce n'est que fort tard que
j'ai compris le besoin et la nécessité du travail. Ah ! si mon
père, qui est mort à Paris en 1834 avait vu le jour qui luit
maintenant sur son Alexandre, il aurait probablement été
bien content; et ce bonheur, mon grand-père et ma grand'-
mère du côté paternel, et mon frère, décédé l'an dernier,
l'eussent aussi vivement partagé. Il y a souvent dans la vie
de tristes méprises-! La famille Prévost (celle de sa mère)
n'était pas à ma dernière ordination; Jules, mon jeune
frère, y était. Il venait d'arriver de Provence; mais mon
frère Almyre était à Lyon. »
Il est touchant de voir l'abbé Choplin, le jour de son or-
dination, dans les premières ferveurs de l'action de grâces,
passant en revue tous les membres vivants de s3. famille,
ceux qui s'y trouvaient aussi bien que ceux qui n'avaient
pu s'y trouver, évoquant jusqu'au souvenir de ses grands
parents et regrettant la joie qu'ils auraient ressentie de le
voir promu au sacerdoce. Il regrettait d'autant plus leur
absence qu'il avait toujours sur le cœur la peine qu'il leur
avait causée quelques années auparavant, et qu'il espérait
que le jour de son ordination l'aurait complétement eflacce !
Quoi qu'il en soit, ces réflexions de M. l'abbé Choplin
prouvent que le sacerdoce et la vie religieuse n'étei-
gnent'pas les sentiments nobles et relevés de la nature,
et qu'au contraire ils savent leur communiquer d'autant
plus d'intensité et de durée qu'ils sont épurés et comme
,surnaturalisés par la grâce.
« Le lendemain, 18 décembre 1842, continue M. Choplin
dans ses notes, je célébrai pour la première fois le plus
auguste de nos mystères dans l'église de Saint-Médard.
M. le curé était mort, et c'était M. 1 abbé Fablant, premier
vicaire, qui m'avait invité. Une foule immense s'y trouvait,
ainsi que ma famille, qui était heureuse d'avoir un de ses
membres, dans le sanctuaire et au pied des autels du Dieu
des chrétiens. Mon excellent père Hardy faisait les fonctions
de prêtre assistant, M. EdmonJ Boulbon, diacre, et L Web-
ber, sous-diacre (1). M. l'abbé Millaut, directeur du sémi-
-naire de Saint-Nicolas, fit une courte mais bien solide et
très-belle instruction sur le sacerdoce. La première per-
sonne à laquelle j'ai donné la communion, c'était ma sœur !
(J) Ce dernier vient de mourir, missionnaire à Madagascar. Sa mort a été
un deuil public pour Tananarivo, capitale de l'île. Il a été regretté par les mi-
nistres et pleuré par la reine elle-même, dont il était professeur de musique.
LeR. P. Edmond Boulbon, d'abord missionnaire dans la Colonie, est aujour-
d'hui abbé d'un monastère de Prémontfès, près Tarascon en Provence.
— 7 —
quelle consolation pour elle et pour moi ! le soir, j'ai chanté
solennellement les vêpres de la paroisse. M. l'abbé Tres-
vau, chanoine de la métropole et vicaire général du diocèse,
y prêcha. Après les complies, j'ai donné la bénédiction,
pwis je suis allé présider le chapelet à l'autel de la Sainte-
Ve. » ÛlLIolt que toutes les circonstances de ce jour
béni sciaient gravées dans le cœur de l'abbé Choplin en
caractères ineffaçables.
Il ne .eut pas laisser passer ce beau jour sans donner
une mention honorable à tous ses bienfaiteurs. Après les
lignes prcédentes, se trouvent immédiatement celles-ci :
« Jois tout ce que je suis à mes bienfaiteurs. Je ne dois
pas les oublier en ce beau jour. Non, je ne dois pas oublier
que, mes parents ne réussissant pas fort bien dans leur
conmeice, je dois, sans doute après Dieu, une partie de
mon hoaheur à Mmc la comtesse de Courçon, femme pleine
de vertu eLde piété, à son loyal neveu, M. le comte Louis
de Courçon, à la respectable duchesse Mathieu de Mont-,
mMency, et au bien digne et très-respectable abbé Hardy,
qui ne s'est.pcls contenté de se montrer mon père dans des
milliers de circonstances, mais encore le protecteur, l'ami,
----le conseiller de ma famille, et surtout de mon excellente
mère. Vraiment, il faut le dire, si je ne conservais pas pour
ces excellentes personnes toute l'estime qu'elles méritent,
je serais un ingrat et un grand misérable. Maintenant, ils
sent heureux de savoir que j'ai su profiter de leur protec-
tion et ils honorent en moi le prêtre de Jésus-Christ ! Main-
tenant aussi je saurai les remercier au saint autel d'une
mmiese digne de leurs bienfaits. Oui, je les remercierai,
joies chérirai toute ma vie et surtout celui que je ne veux
_plus appeler que mon pèrt Hardy. »
Dès le premier jour de son sacerdoce, M. Choplin nous
apparaît comme un prêtre plein de foi et de cœur. On
peut, par conséquent bien augurer de son avenir.
ILJPoncelel, préfet apostolique de Bourbon, était alors
em France. Ayant entendu parler de la piété du jeune prêtre,
Me demanda à M. le supérieur du séminaire du Saint-Es-
prit et l'obtint. On lui permit d'aller passer quelques se-
maines dans sa famille à Bonnétable. 11 fut neureux d'officier
et de prêcher à Bonnétable, à Ballon, à Saint-Samson, à Au-
Mines, à Torcé, et partout où on l'invita. Ses amis pressen-
tirent le futur missionnaires et ils bénirent le Seigneur du
changement extraordinaire qui s'était opéré en lui.
Après s'être arraché des bras de ses amis, de ses parents,
de sa sœur, et de son excellente mère, qui, selon ses
-eipressions, se retenait de crainte (le pleurer en sa présence,
— 8 —
le 3 mars il réjoignit à Nantes M. Poncelet qui l'attendait
à l'hôtel de France, avec plusieurs autres prêtres destinés
également pour Bourbon. Ils partirent ensemble pour Paim-
boeuf où se trouvait le navire qui devait les conduire à
* Bourbon. C'était pendant le carême. En attendant des vents
favorables, M. Poncelet et M. Choplin prêchèrent une re,
traite dans la ville et passèrent le reste du temps au con-
fessionnal.
Enfin, le mardi de la semaine sainte, il avril 1343 , à
onze heures du matm, le navire mit à la voile. Agenouillés
sur la dunette devant une petite chapelle dédiée a la Reine
des Anges qui se trouve sur la côte, nos pieux passagers
chantèrent 1 hymne Ave, maris Stella pour obtenir de l'Etoile
des mers un passage favorable.
Tous les dimanches, les jours de fêtes, le capitaine ins-
tallait un autel au pied du grand mât, et là chaque prêtre
disait la messe et prêchait l'équipage à son tour. Le navire
.arriva paisiblement à Maurice, le ?6 juin 1843, et M. Pon-
celet et ses prêtres reçurent une cordiale hospitalité de la
part de Mgr Collier, évêque de Maurice. Ces messieurs res-
tèrent à l'Ile-Sœur jusqu'au i" juillet, et le lendemain ils
arrivèrent en rade de Saint-Denis. Leur première visite fut
pour le Très-Saint Sacrement dans l'église paroisiale.
Peu après, M. l'abbé Choplin fut nommé vicaire de Saint-
Pierre, mais il n'y resta pas longtemps. M. Poncelet, qui
l'avait vu de près, voulut le rappeler auprès de lui comme
vicaire de Saint-Denis.
Il n'y avait encore qu'une seule paroisse dans la ville ; par
conséquent, le curé de Saint-Denis et ses deux vicaires
avaient à veiller sur un troupeau qui forme aujourd'hui sept
autres paroisses. C'était une véritable mission. Aussi
étaient-ils occupés jour et nuit, soit aux prédications, soit
aux catéchismes, soit au tribunal de la pénitence, soit à la
visite des malades, soit aux autresjonctions du saint mi-
nistère.
M. l'abbé Choplin était encore chargé d'une manière
toute spéciale de la maison des Frères des Ecoles chrétien-
nes, qui renfermait plus de 300 enfants. C'était comme
une petite paroisse dans la grande. Les Frères qui l'ont
connu à cette époque et qui existent encore, comme le cher
frère Jean de Matha, visiteur des Frères de la Colonie, et
le frère Hiéronimo, supérieur de la maison de Saint Denis,
ne tarissent pas d'éloges sur le zèle que déployait leur an-
cien aumônier pour l'instruction et l'avancement spirituel
de leurs écoliers.
J1 s'occupait autant des élèves qui étaient sortis des clas-
— 9 —
ses. des Frères que de ceux qui restaient-encore dans l'inté-
rieur de la maison. Et c'est pjincipalement pour eux qu'il
érigea canoniquement, en 1845, avec la permission du pré-
fet apostolique, une congrégation sous le patronage de la
très-sainte Vierge et de saint Loijis de Gonzague. Il n'avait
d'abord dans cette congrégation que les jeunes gens les
plus fervents. Il préférait la qualité à la quantité. Il la
réunissait dans la chapelle des Frères le plus souvent qu'il
pouvait, et par son règlement, non moins que par ses
instructions, il parvint à assurer la persévérance des
congréganistes.
Dieu bénit cette œuvre qui, aujourd'hui encore, est très-
florissante. C'est sous la-sage direction de M. l'abbé Cbo-
plin que parvint à une grande sainteté un jeune homme
qui fut longtemps préfet de cette congrégation, Ferdinand
Pinet, dont nous nous proposons d'écrire la vie, parce
qu'elle mérite d'être donnée pour modèle aux membres
de la congrégation de Saint-Louis de Gonzague, ainsi qu'aux
autres jeunes gens de la Colonie tout entière.
En 1845 s'ouvrirent, pour la première fois, à Saint-Denis,
des classes du soir en faveur des adultes libres; le zélé
aumônier de l'Ecole chrétienne y trouva un nouvel aliment
à son zèle, et il eut la consolation d'en disposer un bon
nombre à la première communion et d'autres au baptême.
Ce fut pour assurer la persévérance de ces braves ouvriers
que, le 15 août 1846, furent jetés les fondements de
1 œuvre admirable de Saint-François-Xavier dans la Colo-
nie. Ce grain de sénevé, béni de Dieu, est devenu aujour-
d'hui un grand arbre qui protège de son ombre bienfai-
sante la classe laborieuse du diocèse. L'abbé Choplin peut
en être regardé comme un des fondateurs.
Plus les esclaves étaient abandonnés, plus M. l'abbé Cho-
flin se sentait attiré vers eux. Il avait vu M. Monnet à
l'œuvre, ainsi que le R. P. Levavasseur, et il avait appris
d'eux la manière de leur parler et de leur faire compren-
dre les vérités de la.religion. Aussi essaya-t-il de marcher
sur leurs traces. Il eut le bonheur d'en préparer un grand
nombre au baptême, à la première communion, et ensuite
au sacrement de mariage.
Il ne se sentait pas d'aise les jours où il en amenait un
certain nombre, pour la première fois, à la table sainte.. A
la vue de ces scènes attendrissantes, les feuilles publiques
de la Colonie rendirent à son zèle apostolique un hommage
qu'il méritait à tous égards. En lisant ces articles, son hu-
milité souffrait un véritable martyre. — Je n'ai fait que
mon devoir, disait-il à tous, et bien petitement. Pourquoi
— iO-
ces gens-là me louent-ils? Ils veulent donc que le Maître
qui daigne m'employer à sa vigne di?e un jour de moi :
En vérité, en vérité, je vous le dis, il a reçu sa récom-
pense. Il n'en recevra pas d'autre.
Il avait aussi pour les malades une prédilection toute
particulière. Chaque fois qu'on l'appelait, aussitôt laissant
de côté toutes ses occupations, si c'était pendant le jour,
ou quittant le lit, si c'était pendant la nuit, il accompagnait
la personne qui venait le chercher. On ne cite pas un seul
malade qui ait résisté à ses prières et aux pieuses indus-
tries de son zèle. Un jour pourtant ce malheur manqua lui
arriver. On était venu chercher un de ses confrères pour
un moribond. — Ma religion est celle du Soleil, lui dit ce
malade; je ne crois qu'en lui et je n'adore que lui. Je n'ai
donc nul besoin de vous et de votre ministère. — Le prêtre
se retire l'âme navrée, et, en arrivant au presbytère, il ra-
conte à M. Choplin son affreux désappointement.— Où de-
meure ce malade ? réplique M. Choplin. — Il demeure dans
telle rue, à tel endroit; mais, croyez-moi, n'y retournez
pas, vous le rendriez plus coupable encore. — Un instant
après, M. Choplin était au chevet du moribond. Il s'in-
orme de son état avec un grand intérêt, l'exhorte, le
presse, le supplie de ne pas laisser tomber son âmè en en-
fer. — Si je vais en enfer, qu'est-ce que cela vous fait? Ce
n'est pas vous qui vous y rendrez pour moi! — Ce sont les
seuls mots qu'il put en tirer. Alors M. Choplin glisse sous
sa tête une petite médaille de la très-sainte Vierge et se re-
tire en le recommandant à sa protection toute-puissante.
On croyait que le malade ne passerait pas la nuit. Mais
tout au contraire, son oppression accoutumée diminue peu
à peu, et lui-même, le lendemain matin, fait rappeler le
prêtre qui lui avait parlé le dernier, lui demande pardon
des paroles qu'il lui a dites la veille, se confesse et reçoit
les derniers sacrements dans de grands sentiments de piété
et de résignation à la sainte volonté de Dieu. Cette conver-
sion édifia singulièrement la paroisse de Saint-Denis.
Cependant l'abbé Choplin n'était pas d'une forte consti-
tution et tant de travaux avaient miné sa santé. Pour lui
procurer un peu de distraction, les médecins lui conseillè-
rent de faire le tour de l'île ; et l'un de ses amis, M. l'abbé
Jnffard, lui proposa de l'accompagner. Il parle ainsi decette
tournée dans ses notes : « J'ai prêché à Salazie, dans une
une jolie petite chapelle située au pied d'immenses mon-
tagnes dont il est presque impossible de mesurer la hau-
teur, tant elles sont élevées! A Sainte-Rose également, j'ai
distribué le pain sacré delà parole évangélique aux habitants
— 11 —
réunis dans une chapelle provisoire. A Saint-Joseph, l'excel-
lent P. Margerie nous reçoit à bras ouverts et nous fait voir
l'église qu'on bâtit pour son quartier. A Saint-Pierre, je revois
avec plaisir de bonnes personnes que j'y avais connues pen-
dant mon court séjour dans cette ville. Nous ne nous arrê-
tons pas à Saint-Louis, parce que nous avions vu son pasteur
à Saint-Pierre. Nous voyons une chapelle assez avancée aux
environs. A Saint-Leu, l'excellent P. Tarroux nous donne
un bon petit déjeuner. Nous passons, sans nous ahêter, à
Saint-Gilles où j'avais assisté, à mon arrivée, à la bénédic-
tion de la chapelle construite par madame des Bassyns.
Nous arrivons à Saint-Paul, où M. Joffard donne deux ins-
tructions. Nous visitons ensuite les Frères, les Sœurs de
l'hôpital et des écoles, et le soir, nous arrivons à la Pos-
session. Nous nous y embarquons le lendemain pour Saint-
Denis. Nous y arrivons contents et satisfaits de noire voyage
et des grandes marques d'attachement que nous avions re-
çues de tous nos confrères. »
Ce n'était pas assurément dans de telles conditions que
les médecins lui auraient prescrit ce voyage. Au lieu d'être
pour lui une distraction, cette course apostolique était de-
venue pour lui une grande ligue de plus, ajoutée à toutes
celles qu'il avait essuyées auparavant. Plus M. Choplin
était connu, plus il était estimé et aimé à Saint- Denis, et
plu- sa clientèle augmentait. II y avait comme une sainte
rivalité entre les blancs et lesnoirs pour assiéger son con-
fessionnal. Il y passait ses journées entières. C'est à peine
s'il avait le temps libre pour réciter son bréviaire et prendre
ses repas. A la fin, il s'était tellement épuisé qu'on se vit
obligé de lui interdire le confessionnal; mais ce fut en vain.
« Est-ce que je nç suis pas prêtre, s'écriait-il? Qu'on m'en-
lève donc mon caractère de prêtre, et on pourra ensuite
m'enlever mon confessionnal. Mais qu'on me laisse, si on ne
peut m'enlever mon caractère de prêtre ! » Force fut bien
de le laisser confesser. On l'eut rendu plus malade encore
en le contrariant. -
Non-seulement on ne pouvait l'empêcher de confesser,
mais il n'avait même pas la force de résister aux invitations
qui lui étaient adressées de la part de ses confrères. Il eût
voulu être partout à la fois, confesser partout, prêcher
partout, être au lit de tous les malades. C'est ainsi que
nous le voyons encore dans la chaire de l'église de Saint-
André, le jour de la fête patronale de cet intrépide apôtre.
IL Carandiou, curé de Saint-André, l'avait invité à faire
le panégyrique du saint, et il n'avait pas osé le refuser. SU