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Notice sur la nouvelle édition des Oeuvres complètes de M. Palissot, publiée en 6 vol. in-8°... le 15 avril 1809, chez Léopold Collin,...

De
30 pages
impr. de Crapelet (Paris). 1809. 31 p. ; in-8.
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NOTICE
SUR
LA NOUVELLE ÉDITION
DES
OEUVRES COMPLETES
DE M. PALISSOT,
publiée en 6 vol. iii-80, avec le portrait de l'au-
teur, le 15 avril 1809, chez LÉOPOLD COLLIN,
libraire à Paris, rue Gît-le-Cœur , n° 4.
NOTICE
SUR
LA NOUVELLE ÉDITION
DES
XFFIWTES COMPLÈTES
DE M. PALISSOT (I).
A.VANT d'examiner avec quelque détail et dana ste
diverses parties cette nouvelle édition des (Buvres de
M. Palissot , j'esquisserai rapidement la physionomie
morale et littéraire de cet auteur célèbre , devenu le
plus ancien de nos écrivains actuels : il est entré, le
5 janvier dernier ( 1809), dans sa quatre-vingtième année.
Le plus grand nombre de ses ouvrages appartient à
la seconde moitié du 18a siècle ; alors et pendant ce
période, la littérature, plus forte de moyens sans doute,
mais moins ferme peut-être sur les principes que celle
d'aujourd'hui, dégénéroit visiblement de sa splendeur
première ; elle étoit infectée de dangereuses hérésies ;
(1) Cette Notice , sauf quelques légères corrections, est
littéralement extraite des numéros du Courrier deVEurope, et
des Spectacles, des 18, 25, 3o mai et 18 juin 1809.
(4)
après avoir ébranlé la plupart des anciennes doctrioM,
elle s'épuisoit en vains efforts pour s'ouvrir une route
différente de celle qui avait été tracée et suivie par It.s
modèles du siècle précédent. Le temps des nouveaux
systèmes est celui des violens débats. Jeté, bien jeune
encore, au milieu des factions qui, soit suus le rapport
du goût, lOi, sous le rapport plus essentiel de la morale,
désoloient l'empire des lettres, M. Palissot évita , pen-
dant le cours de soixante années, d'arborer la bannière
d'aucun parti; il fit mieux, il osa (ses ouvrages en font
foi) les combattre tous avec les armes de la raison,
jointes à celles de la plus Ane plaisanterie. Sa devise
fut :
Hiacos intra muros peccatur et extra.
S'il attaqua corps à corps, son immola même sur la
scène française les charlatans de philosophie, il n'épur-
gna pas davantage les charlatans de religion, dans les
rangs desquels il ne tenoit qu'à lui de recruter des au-
xiliaires puissans. Les premiers comme les derniers ont
été percés de ses traits (1). Il est maintenant bien re-
connu qu'ils ne méritoient pas plus de grâce les uns que
les autres.
(i ) Quant aux derniers, voyez, entr'autres passages où
M. Palissot leur a imprimé une flétrissure ineffaçable, tout
l'alinéa qui termine la page 327 du tome 4 de la nouvelle
édition de ses Œuvres ; voyez aussi sa Dunciade où il a atta -
ché aux fourches patibulaires du Parnasse deux des plus
furieux ennemis de la saine philosophie , et principalement
cet hypocrite et stupide saltimbanque qui, de nos jours ,
s'est constitué le mercenaire détracteur des cher.-d'œun.
tragiques de Voltaire qu'il a fait oublier, comme chacun sait.
(5)
M. Palissot a débuté dans la carrière, lorsque l'auteur
de la Henriade, couronné de tous les lauriers du Par-
masse, étoit à l'apogée de sa gloire. Plein de mépris pour
cette secte vile qui n'a cessé de harceler Voltaire vivant,
avec autant d'acharnement que de mauvaise foi, et qui
semble avoir légué À de plats successeurs, comme un
inépuisable patrimoine, le soiti honteux de déchirer
scandaleusement la mémoire de ce grand homme ,
M. Palissot lui u toujours (i) solemnellement rendu le
tribut d'admiration que réclament ses prodigieux talons
et ses immortels ouvrages; mais ou ne l'aperçut jamais
parmi cette foule d'adulateurs qui, prosternés en quel-
que sorte aux pieds de l'Apollon de Ferney, l'enivraient
d'un encens grossier, et le fatiguoient de leur culte,
pour ainsi dire asiatique. Ennemi des excès de tous les
genres, M. Palissot le reconnut pour le chef, nou pour
le dictateur de la république des lettres. Il eut le cou-
fage, comme il le dit plaisamment lui-même, de battre
.a livrée; il eut le courage plus rare encore de signaler
par des vérités sévères, mais toujours décemment énon-
cées, les taches qu'il voyoit dans ce colosse littéraire
du 180 àiècle; et ce qui fait autant d'honneur à Voltaire
qu'à M. Palissot, c'est que la franchise du dernier,
ainsi que le prouve leur correspondance mutuelle, en
refroidissant l'amitié de Voltaire, ne fit en quelque
sorte qu'affermir son-estime. Ce dédain de M. Palissot
pour toutes les factions contemporaines, ce soin cons
tant de marcher dans une route indépendante, prou-
vent certainement, abstraction faite des autres mérites,
un jugement sain, un caractère ferme , une ame forte.
(i) Malgré quelques injustices de Voltaire envers lui.
( 1.; )
Si je fais succéder à cet aperçu moral, un aperçu
purement littéraire , on demeurera convaincu que
M. Palissot est un des écrivains de son tems qui u suivi
avec le plus de respect, conservé avec le plus de scru-
pule les traditions des génies sublimes du siècle de
Louis XIV, et qui a reproduit avec le moins d'alliage,
leur pureté, leur correction , et le ton mâle et sévère
de leurs compositions. A une époque où la scène fran-
çaise étoit en proie au genre bâtard du drame et an
jargon plus froid encore d'une métaphysique entortillée,
la comédie de M. Palissot s'est souvent élevée à la hau-
teur de celle de Molière ; sa satyre et sa littérature ont
été celles de Boileau ; ses écrits polémiques ont rappelé
ceux de Pascal S'il est resté au-dessous de ces admira-
bles modèles qu'il est si difficile, qu'il est peut-être
même impossible d'atteindre, il est incontestablement
un de leurs plus illustres disciples. Enfin peu d'auteurs
ont réuni, comme lui, le double avantage d'obtenir
des succès éclatans dans la prose et dans la poésie ; il ne
partage du moins avec aucun la gloire singulière d'être
à la fois poète comique profond , poète satirique plai-
sant et fin , littérateur dont presque tous les avis sont
des arrêts, historien fleuri, et vigoureux écrivain polé-
mique.
Du faisceau de ces titres aussi nombreux qu'honora-
bles, se compose la nouvelle édition des Œuvres de
M. Palissot (i). Je vais la passer en revue; et d'abord
je dois dire qu'elle offre des corrections très-heureuses
et des additions considérables, principalement dans les
(1) C'est la cinquième qu'il ait donnée depuis 1769.
( 7 )
Mémoires ieur la Littérature ; qu'elle contient sur
Voltaire un volume entièrement nouveau qui manque
aux anciennes éditions, et qu'enfin les matières y 80nt
classées dans un ordre bien préférable à celui que
M. Palissot avoit précédemment adopté. Elle com-
mence par des Mémoires sur sa vie ; quoique récem-
ment écrits, on y retrouve toute la fraîcheur et tout
l'agrément du style de l'auteur dans ses belles années.
De plus, ces Mémoires intéressans sont un modèle de la
manière dont un homme de lettres doit parler de lui,
quand il veut en entretenir le public. M. Palissot
connoît les convenances; aussi n'a-t-il point suivi
l'exemple ridicule de ces écrivains qui se croyent assez
important pour écrire leur histoire en trois ou quatre
volumes, tandis que les vies d'Alexandre et de César,
comme il l'observe très-judicieusement, occupent à
peine deux cents pages dans Plutarque (1). Les Mé-
moires de M. Palissot sur sa vie, loin d'avoir plusieurs
volumes, n'en ont pas même un ; ils se réduisent à dix*
neuf pa ges ; on ne lui reprochera pas de nous avoir trop
occupés de lui. Cette brièveté sera peut-être même blâ-
mée avec quelque raison par ceux qui attendoient de
M. Palissot des détails un peu plus étendus sur les évt-
tiemens littéraires du dernier siècle, dont il est si bien
instruit, puisqu'il y a joué un si grand rôle, et dont
(1) Il Avez-vous lu , disoit Voltaire, dans une lettre qu'il
» écrivoit le 6 juin 176a , à Mad. Denis, sa nièce, le sixième
» tome des Mémoires de l'abbé de Mongon ? Six tomes de
» l'histoire tl'un abbé, et nous n'avons qu'un volume de
» l'hstoire d'Alexandre » !
(8)
il peut dire, comme Enée le disoit des malheurs de su
Patrie, Et quorum pare magna fui.
Après les Mémoires de M. Palissot, sur sa vie , je
trouve son Théâtre qui consiste en une tragédie et en sept
comédie.. Ninus second, représenté il y a cinquanle-
huit ans, sous le titre de Zarès est un essai de l'extrê-
me jeunesse de l'auteur, auquel il déclare lui-même
qu'il n'attache pas beaucoup d'importance, lorsqu'on
est opulent, il est naturel de négliger quelques parties
de sa fortune ; cependant il n'en est pas moins vrai que
cette tragédie, remarquable par la pureté du style et
la facilité de la versification , étoit un heureux début
en 1751 , et en seroit un trèa- brillant dans la disette de
nos jours.
Je n'entrerai dans aucun datait sur les comédien inti-
tulées : le Barbier de Bagdad et le Cetvle. L'auteur,
plus rigoureux que la critique, qualifie la première de
bagatelle. La seconde est un divertissement exécuté eu
1755 , sur le théâtre de Nancy, le jour de l'inaugura-
tion de la statue de Louis XV. J'observerai pourtant
que le Barbier de Bagdad, dont le sujet est tiré des
Mille et une Nuits, est dialogué avec la plus franche
gaîté ; que la petite comédie épisodique du Cercle est
pleine d'excellentes peintures de mœurs, et contient
aussi le premier acte d'hostilité commis par M. Palissot,
contre le charlatanisme philosophique du 18' siècle.
On sait de combien de chagrina et même de persécutions
cet acte d'hostilité a été la source pour M. Palissot ; il
en fait le récit avec autant de vérité que de noblesse.
Mon examen, quant au Théâtre, se réduira donc aux
cinq autres comédies de M. Palissot. Les Tuteurs,
en trois actes et en vers, représentés en 1754, avec
( 9 )
beaucoup ne succès, et repris plusieurs fois depuis cette
époque , sont le premier de ses véritables titres drama-
tiques. Si les caractères des trois Tuteurs appartiennent
à une nature peut-être idéale , ou du moins trop char-
gée, il faut convenir que la gaîté, les saillies, la fer-
meté et la verve du dialogue de cette comédie, annon-
çuient un successeur de Regnard, qui le surpasserait
mémo dans la partie du style. Mais ce qui dut frapper
les connaisseurs, augmenter leurs espérances, et leur
faire dès-lors apercevoir que le jeune homme ne tar-
derait pas à prendre un vol plus élevé, et à ressusciter
le genre de Molière, ce fut le discours préliminaire qui
précède cette comédie. La dissertation qu'il renferme est
IInIlR contredit une des meilleures théories dramatiques
que je connaisse Finesse, netteté, justesse, profondeur,
rien n'y manque. Quand on songe que c'étoit à vingt-
quatre ans que M. Palissot nous enrichissoit de ces ex-
cellentes réflexions sur l'art difficile qu'il venoit d'em-
braswv, on est étonné d'une maturité de jugement
ar.dsi précoce. Les principes développés dans ce dis-
cours ne se réduisirent pas à une stérile théorie : l'auteur
les mit lui-même en pratique dans ses ouvragea subsé-
quens, notamment dans sa fameuse comédie des Philo-
sophes.
Cette comédie est sans contredit son chef-d'œuvre
dramatique. On n'a pas oublié la sensation extraordi-
naire qu'elle produisit en 1760, et le succès prodigieux
qu elle obtint à la lecture, après celui presque sans
exemple qu'elle avoit obtenu au théâtre. Je ne m'ap-
pesantirai point sur la pureté, sur la vigueur de sa dic-
tion ; c'est un mérite que ne lui contestaient pas même:
( 10 )
les plus implacables ennemis de son auteur dans le
tems des plus violentes explosions de leur haine (i) ;
mais ce que je ne puis trop faire remarquer, c'est que
cette comédie dont Molière n'auroit désavoué ni la
concept ion, ni l'exécution, annonçoit dans M. Palissot
un courage, une énergie, et sur-tout une perspicacité
dont je ne vois d'exemple dans aucune production dra-
matique de la même époque. Aujourd'hui qu'à nos
dépens nous sommes éclairés par le flambeau de l'ex-
périence qui manquoit à la génération précédente,
lisons cet ouvrage, et convenons que personne n'a,
mieux que M. Palissot, apprécié les modernes charla-
tans de philosophie, mieux que lui dévoilé, mieux que
lui prophétisé les tristes conséquences de leurs fausses
doctrines. Il m'est aisé de le prouver par quelques cita-
tions : je les prends dans le 2e acte , scène 5e, entre
Damia et Cidalise.
» AMI S.
Je ne MI* mais enfin dussé-je vous déplaire,
Ce mot d'humanité ne m'en impose guère ;
Et par tant de fripons je J'entend. répéter,
Que je les croit d'accord pour le faire adopter.
JI. ont quelqu'intérét à le mettre à la mode.
C'est un voile à la foia honorable et commode,
Qui de leurs sentiment masque la nullité ,
Et prête un bent. dehors à leur aridité.
J'ai peu vu de ces gens qui le prônent sans cesse,
(t) Favart, l'un de ceux qui s'élevèrent contre la pièce ,
disait cependant : « C'est la touche de Molière jointe au
» coloris de Gresset ». Voyez ses Mémoires publiés chez
Léopold Collin.
( 11 )
Pour let infortunés avoir plus de tendresse,
Se montrer, au besoin, des amis plut fervens,
Être plut généreux ou plus compatissans ,
Attacher aux bienfaits un peu moins d'importance ,
Pour les défauts d'autrui marquer plus d'indulgence,
Consoler le mérite, en chercher les moyens,
Devenir en un mot de meilleurs citoyens ;
Et, pour en parler vrai , ma foi, je les soupçonne
D'aimer le genre humain , mais pour n'aimer personne.
CI D A L I S F.
Vous en voulez beaucoup à cette humanité.
dam 1 s.
On en abuse trop, et j'en suis révolté.
C'est pour le cœur de l'homme un sentiment trop vaste;
Et j'ai vu quelquefois, par un plaisant contraste,
De ce mot si vanté les plus chauds partisans,
Chérir tout l'univers, excepté leurs enfans.
Outre la précision et la plénitude nerveuse de la
diction, ces vers renferment le portrait le plus fidèle
et le mieux frappé de la plupart des singes de philoso-
phie du 18' siècle. D'un autre côté, M. Palissot. ne
voyoit-il pas en perspective, et phu de 3o ans d'avance,
nos égaremens révolutionnaires, quand il écrivait les
vers réellement prophétiques qu'on vient de lire, et
ceux-ci que je trouve dans la même scène où Damis,
en parlant des cabales et de l'intolérance des sophistes,
dit encore à Cidalise ?
Ces abus, (pardonnez à mes pressentimens)
A la honte des mœurs tolérés trop long-tems,
Semblent nous présager d'étranget catastrophes,
Et , franchement, j'ai peur fie tant de philosophes.
( la )
1 ouvrage entier est écrit de ce style , et pensé avec
cette profondeur. Je le demande; n'est-ce pas là la
comédie (Ic! l'auteur du Tartuffe et du elisapitrope ?
Le dC:IlIIIJPmf>nt des Philosophes est provoqué par
Crispin qui s'introduit dans la maison de Cidalise, eu
qualité de philosophe marchant à quatre I)allee. Ce
(Yispin qui ( suivant Théophraste, l'un des sophistes
de la pièce ) ,
Plein de son système et bravant la critique ,
Sait à ta théorie allier la pratique,
enchérit sur son ridicule prôneur, et ajoute :
Je me suis interdit de consulter les modes ;
J'ai cru que les habits devaient être commodes,
ftt rien de plus. Enror dans un climat bien chaud.
Je suis persuadé qu'en 1760, cet imrordanll un climat
bien chaud, fut regardé comme une charge de valet
fort exagérée : on ne s'attendoit guère alors que de
conséquence eu conséquence, le délire en viendroil au
point qu'à 51 ans de là (en 1794), un représentant du
peuple français oserait prêcher nu, la nudité absolue,
dans une société populaire du midi, à la séance du la-
quelle il forceroit toutes les dames et toutes les demoi-
selles de la ville d'assister (1).
On a reproché à la pièce des Philosophes la sim-
plicité un peu nue de son intrigue. Il n'y a pas de saga-
cité dans une pareille critique; c'est précisément le peu
de complication de cette machine dramatique qui en
fnit le principal mérite, comme il fait celui du Misan-
( 1 ) Voyez les journaux postérieurs au 9 thermidor an %,
où ce fait a été dénoncé, et appuyé tle piôces officielles.