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NOTICE
SUR
LA VIE ET LES OUVRAGES
DE M. P. F. NICOLAS,
Docteur es Sciences , Professeur èrnèrite de l'académie
de Caen, Docteur en Médecine , Correspondant de
l' Institue de France et de la Société de Médecine
de Paris, Membre des Académies des sciences de
Nancy , Dijon , Caen } etc.
PAR F, BOISARD.
À . C A E N ,
De l'Imprimerie de F. POISSON, rue
Froide.
l8l6.
SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
Si dans quelques-unes des carrières ouvertes
au génie , le désir d'illustrer son nom peut être
regardé comme l'unique mobile des concurrens ,
il semble qu'il n'en est pas ainsi dans celle des
sciences. Tarit de juges se croient compétens en
matière de goût , le caprice y prend si souvent
la place des règles, qu'il- n'est pas difficile au-
jourd'hui de se frayer avec succès une routé
nouvelle dans le vaste champ de l'imagination.
D'un autre côté , dans les lettres et dans les
beaux arts , la perfection a ses limites aux--
quelles le talent peut se flatter d'atteindre de
tonne heure : les sciences , indéfiniment pror
gressives , n'en ont pas. A mesure que nous
avançons , la carrière s'ouvre devant nous : elle
s'étend même en raison des connaissances. Quel-
que longue , quelque laborieuse que soit notre
vie , la mort nous surprend au milieu de nos
projets : le savant n'a fait qu'ajouter quelques
pierres au monument dont, avant lui, on avait
posé les bases , et l'édifice demeure imparfait.
A cette considération , qui n'est pas encoura-
geante , vient se joindre, celle du petit nombre
d'hommes qui nous tiendront compte de nos
travaux. On peut donc penser que l'espérance
d'une gloire incertaine ou trop éloignée ne suffit
pas pour soutenir le courage de celui qui s'a-
vance dans les routes, obscures et incommensu-
rables de la science, si on.la sépare du désir ar-
dent de connaître, et peut-être de cet autre mobile
aussi puissant et plus noble, l'ambition de se
rendre utile. Quelle pensée plus digne d'inspirer
l'émulation que celle qui nous représente la socié-
té, tout entière profitant du fruit de nos veilles !
Combien elle a fait braver de dégoûts , sur-
monter, de difficultés ! Combien aussi méritent
notre reconnaissance ceux qui, oubliant le soin
de leur propre gloire, ont d'autant plus fait
pour nous qu'ils ont moins fait pour eux !
Tel fut le professeur célèbre que nous venons
de perdre et dont je vais rappeler les longs tra-
vaux. Cette entreprise serait sans doute trop au-
dessus de mes forces , si je me proposais de don-
ner à mon sujet tous les développemens qu'il com-
porte ; ce sera l'ouvrage d'une plume plus exer-
cée que la mienne. La reconnaissance et l'amitié
vont répandre par mes mains quelques fleurs
sur les restes d'un savant justement regretté ,
en attendant qu'un autre élève à sa mémoire un'
mnument digne d'elle.
Pierre-François NICOLAS naquit à St-Mihel,
petile ville du Barrois, le 26 décembre 1743.
Sa famille était très-ancienne et avait occupé
des charges importantes. Son père le plaça de-,
bonne heure au collège des Jésuites de St-Ni-
colas , où il fit de si grands progrès que ses
maîtres, voulurent se l'attacher. Mais quelques
ouvrages de physique et de chimie, tombés par
hasard dans ses mains , avaient déjà développé
en lui le goût de ces sciences, qu'il cultiva de-,
puis avec, teint de succés. La chimie surtout de-
vint son étude favorite. Quoique éloignée en-
core de ce degré de perfection , qui en fait pres-,
que aujourd'hui une science exacte , elle n'était
pas alors sans éclat. Vogel, Macquer, Hoffmann ,
Spielman et d'autres savans avaient préparé, par
des écrits philosophiques et des observations,
suivies, cette grande révolution que nous lui
avons vu subir lorsque le génie de Lavoisier
en eut embrassé l'étendue et calculé l'essor.
Le jeune Nicolas, eut le bonheur de n'être pas
contrarié dans ce goût naissant : on lui fit étu-
dier la chimie, et bientôt après il fut employé
( 6)
aux armées en qualité de pharmacien supérieur.
C'était pendant la guerre de sept ans. Il eut"
l'avantage inappréciable devoir pour chef M.
Bayen , déjà connu dans le monde savant , et
dès-lors commença à s'établir entre eux une
correspondance sur les matières de leur art, qui
a duré jusqu'à la mort de ce dernier. Dans les.,
sciences , cet échange d'observations , d'aperçus
et de découvertes , présente presque toujours.
d'heureux résultats , et , en même-temps qu'il
illustre les collaborateurs , l'estime et l'amitié
qui en sont la suite, font la consolation d'une
vie qu'une grande réputation n'exempte pas tou-
jours d'amertume.
M'. Nicolas , rentré dans ses foyers à la paix,
fut nommé inspecteur honoraire des mines de,
France (1).
Depuis long-temps le gouvernement avait à
se plaindre de la compagnie des mines de Ste-
Marie et de la Croix de St - Hypolite, en Al-
sace. Le jeune chimiste , nommé commissaire
spécial , s'assura des abus de l'ancienne admi-
nistration , fixa la redevance du droit régalien
et fit recevoir de nouveaux concessionnaires.
(1) En 1768,