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Notice sur Mlle Flavie Boisset . (Signé : Boisset.)

De
16 pages
impr. de Rey et Sézanne (Lyon). 1867. Boisset. In-8°, 15 p..
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NOTICE
SUR
MLLE FLAVIE BOISSET
LYON
IMPRIMERIE DE HEY ET SÉZANNE
Rue Saint-Côme 2
1867
NOTICE
SUR
M^xFLAVIE BOISSET
- f. :-.
Se^ens, le Goetirj^fongé dans la douleur, réclamer le suffrage du public
en p ^seBl^t te.t eau d'une vie consacrée à l'exercice de loules les vertus.
Je ir-ec « mon insuffisance pour un travail qui exigeait une plume plus
exercée que la mienne. On me pardonnera ces quelques pages écrites sous
l'empire d'une émotion facile à comprendre ; c'était un besoin pour l'amitié,
et uu devoir pour la mémoire de ma sœur.
Anges du ciel, animez mes tableaux funèbres, et conduisez ma plume
tremblante pour tracer quelques lignes d'une vie d'autant plus difficile à
écrire qu'elle est dépourvue de ces événements où les actions et les vertus
se montrent avec éclat.
J'espère néanmoins que mes lecteurs admireront la servante de Dieu,
lors même qu'elle s'environnait de silence et d'oubli, car on aurait dit
qu'elle avait pris pour devise cette maxime de Jésus-Christ : Aimez à être
inconnu et compté pour rien. De là , le soin de cacher ses bonnes œuvres
avec le même empressement que d'autres mettent à les faire paraître. Etre
connue de Dieu , être ignorée des hommes fut toujours sa seule ambition.
Je pourrais montrer en elle la pratique de toutes les vertus chrétiennes,
je me bornerai aux principales ; cela suffit pour la faire connaître et inspirer
le désir de marcher sur ses traces.
Marie-Flavie BOISSET, née de parents vertueux, où le catholicisme était
héréditaire depuis plusieurs s;ècJes, reçut de sa mère, en venant au monde,
non seulement la vie corporelle, mais aussi les éléments de la vie du cœur,
avec le désir de se consacrer à Dieu.
Sa première pensée fut d'enrôler sa fille sous l'étendard de la mère de
Dieu, en lui donnant le nom de Marie (1) lorsque l'eau sacrée coula sur son
front. Douce et heureuse pensée, car la sainte Vierge l'a toujours environnée
d'-une protection providentielle, en préservant sa jeunesse de tous écarts.
Elle voulut diriger ses premiers pas et être aussi son institutrice; elle vit
couler ses premières larmes. Heureux âge que l'enfance où toutes les dou-
leurs s'endorment sous les baisers d'une mère!
Le baptême avait implanté en elle un principe de piété indestructible, et
lui avait imprimé un signe inJélébile, que le temps, les épreuves, et les
orages de la vie ne p uvent détruire.
Le germe de ces sentiments, assoupi pendant son enfance, se développa
avec force au moment où les premiers rayons de la raison vinrent éclairer
son intelligence, et à mesure qu'elle croissait en âge, elle croissait aussi en
sagesse et en vertu.
(I) Que de lys sans lâche si les mères, dans le b plêm, consacraient leurs filles à
Marie Immaculée.
1887
— 2 —
Par ses leçons et par ses exemples, cette tendre mère procura à sa fille
l'inestimable bienfait d'une éducation chrétienne. Formée par elle à la pra-
tique des vertus, elle n'avait pas dégénéré de sa rare piété et de toutes ses
éminentes qualités. Les impressions reçues dans l'enfance ont une influence
capitale sur les principes qui règlent la vie.
Le vandalisme révolutionnaire de 1793 avait couvert la France de sang,
de deuil et de ruines ; il avait abattu les églises, déraciné la foi, et peu de
familles des vieilles générations étaient demeurées catholiques.
Au nom du progrès et de la réforme, l'impiété crut n'avoir plus besoin
de catholicisme, ni de Dieu, et la déesse, dite la Haison, remplaça partout
la croix de Jésus-Christ.
La solide instruction qu'elle avait reçue défendit sa foi contre le schisme,
et pendant que le sophisme entraînait les masses aux autels d'un culte sa-
crilége, elle assistait chaque jour aux mystères chrétiens célébrés par des
prêtres fidèles.
Sa mère se distingua par son zèle pour les ministres de J.-C., cruelle-
ment persécutés comme les chrétiens des premiers siècles. Elle avait établi
dans sa maison une chapelle domestique où ils exerçaient leur ministère en
secret, et elle parvint à en soustraire plusieurs aux proscriptions et aux
échafauds.
Douée d'une élévation de caractère peu commune, on reconnut alors en
elle la résignation et la crainie de Dieu du saint homme Job, unies à toute
l'activité, l'énergie, l'esprit d'ordre, la persévérance au travail de la femme
forte dont parle l'Esprit-Saint. C'est ainsi qu'elle élèva sa fille aînée et sept
autres enfants.
Son mari ayant été incarcéré et ses biens confisqués, ce qui s'appelait,
dans le langage du temps , battre monnaie, elle fut longtemps plongée
dans la misère, mais elle trouva dans la religion le courage nécessaire pour
supporter toutes ces iniquités.
Quel surcroît de force, de piété et de résignation n'inspira pas à sa fille
aînée l'exemple de sa mère! La tempête révolutionnaire qui avait enlevé à
ses parents tous leurs moyens d'existence, ne fit qu'accroître sa foi, sa
piété, sa résignation et son amour pour le travail. Voilà les fruits d'une
éducation chrétienne.
Le tocsin avait sonné le glas du roi martyr, et la guillotine faisait tomber
chaque jour, sous le couteau égalitaire, les têtes des ministres de Dieu. Les
ombrageux patriotes de cette époque entendaient la liberté et l'égalité à la
manière de Tarquin, qui voulait abattre tout ce qui s'élevait au-dessus de
la foule. 1
On put croire un instant à l'anéantissement du catholicisme en France;
mais, peu après, des profondeurs de la mer sortit un nouveau Cyrus (1),
qui vint venger le nom de Dieu, et rétablir son culte que l'impiété avait
proscrit. Par ses ordres les temples quittèrent leurs manteaux de deuil;
un immense cri de joie éclata dans toutes les villes ; bourgs et hameaux
de la France ; Dieu a daigné nous en rendre les heureux témoins dans la
religieuse cité de St-Marcellin.
Le sang des martyrs, versé sur les échafuu'ds de la terreur, a réveillé la
foi des fidèles, et a produit une réaction miraculeuse dans le catholicisme.
A la voix de leurs pasteurs, nous voyons chaque jour les fidèles remplir le
(1) Napoléon 1er.
— 3 —
temple de Dieu, pour écouter, avec un pieux recueillement, les nouveaux
apôtres qui joignent à l'onction de la parole l'éloquence plus persuasive
de l'exemple.
La servante de Dieu eut plus tard de cruelles épreuves à subir par la
perte de son père, de sa mère, et de presque tous les membres de sa famille;
mais elle trouva un soulagement à ses douleurs en pensant qu'étant morts
dans la voie de Dieu, elle espérait les trouver un jour dans une vie meil-
leure, pour ne plus en êire séparée.
La religion a des remèdes pour tous les maux, et du baume pour toutes
les-dauleurs.
Son amour et son respect filial pour les auteurs ce ses jours, et ses sen-
timents pour tous ses parents, n'ont jamais subi aucune éclipse ; ils se sont
ouvertement révélés à chaque anniversaire de leur décès, en faisant cé-
lébrer le Saiut-Sacrifice pour le repos de leur âme.
Le monde était une croix pour elle. Dieu seul avant tout.; l'aimer
était le seul besoin de son âme -, tout le reste n'était que vanité.
Elle était de toutes les associations et confréries qui avaient pour but la
prière et les bonnes œuvres.
En 1825, elle brigua l'honneur de faire partie de la Confrérie du Rosaire;
elle avait appris à apprécier dignement cette institution dont elle fut plus
tard la prieure (1). n
Elle fut peu après agrégée à l'Association des Cœurs dévoués de Marie (2).
Elle fut reçue membre de l'Association du Scapulaire du Mont-Carmel (3).
Membre de l'Association du Scapulairo de l'Immaculée-Conception (4).
Associée à l'œuvre de la Propagation de la foi, dont elle était zélatrice(ô).
Membre de l'Associuion de Notre-Dame d'Aiguebelle (G).
Associée à l'Œuvre des Ecoles d'Orient, dont elle était zélatrice (7)
Membre de l'Association de l'Œuvre de St-François de Salles (8).
Membre de l'Association pour le soulagement des âmes du purgatoire (9).
Membre de l'Association de la Sainte-Enrance (10).
L'historique de ces pieuses associations est consigné dans les rescrits des
Souverains Pontifes, depuis Grégoire XIII, en 15S1.
Maintenant, si j'étudie sa vie privée, je vois qu'elle agissait en tout pour
(1) SS. Grégoire XIII. après la bataille de Lépante, institua la fête du Saint-Rosaire
et en ordonna la solennité le 1er dimanche d'octobre. On à trouve des grains de cha-
pelet dans le tombeau de sainte Gertrude, décédée en 677, et dans celui de saint
Norbert, décédé en 1134. V. A-lol'cri, art. ROSAIRE.
(2) V. trois brefs d'indulgence de SS. Grégoire XVI, et trois autres de SS. Pie IX.
(3) V. le bref de SS. Clément X, du 8 avril 1673 et de Grégoire XVI, du 30
avril 1833.
(4J V. le bref de S. Pie IX, du 19 septembre 1851.
(5) V. l'encyclique de SS. Grégoire XVI, et le bref de Pic IX, du 25 février 1863. La
zélatrice est celle qui se charge de réunir dix associées.
(6) V. le bref de SS. Pic VII, du 28 avril 1807.
(7) V. le bref de SS. Pic IX. du 30 novembre 1861.
(8) V. le bref de SS. Pie IX, du 13 décembre 1859.
(9) V. le bref de SS. fie IX, du 11 septembre 1860.
(10) V. le rescrit du 12 janvier 1851.
- 4 —
accomplir la volonté de Dieu et renoncer à ses inclinations naturelles au
profit d'autrui ; il n'y a pas une "<,ule de ses actions où l'on ne trouve ce
parfum d'éducation qui s'exhale des moindres détails de sa vie.
La vertu, a dit De Maistre, ayant pour base et pour essence le sacrifice,
les vestus les plus méritoires sont celles que l'on a conquises avec le plus
d'efforts.
En effet, qu'y n-t-il d ■; plus courageux que de se vaincre soi-même, et
d'être toujours bienfaisante envers ceux dont on a à se plaindre?
Qu'y a-t-il de phis magnanime que de fuir les plaisirs, mépriser les riches-
ses et ptaliqiiLM* la chanté?
Qu'y a-t-il de plus noble que de pardonner les injustices et de prier pour
ceux qji nous sont hostiles?
Q l'y a-t '1 de plus sub brusque de se montrer toujours supérieure à toutes
les épreuves, à contes les contradictions à tous les revers ?
rh 1 ion ! à < os tra't*. on reconnaîtra facilement l'héroïne de la foi catho-
lique; toutes les veit !s habitaient dans cette belle âme.
Elle aimait à relire le recueil de poésies chrétiennes dont sa mère avait
orné sa mémoire duns son enfance; nous y trouvons ces vers :
livre ton cœur à la vertu,
Aucun plaisir m le ssra funeste.
Tu n'a!u..s pas longtemps combattu.
Le ciel bientôt te répondra du reste.
CARACTÈRE. - — E!le avait acquis sur elle-même cette égalité d'humeur
qui fait le vrai sage du christianise.
Jamais elle ne faillit aux principes de délicatesse et de convenance qui
étaient innés en elle.
Jamais personne n'a surpris sur ses lèvres une parole indiscrète ou légère,
capable d* blesser 1J charité.
Elle avait un incontestable mérite, bien rare de nos jours, celui de rendre
le bien pour le mal ; elle pouvait redire, au déclin de sa carrière, ce beau
vers de Crebilion :
Aucun fiel n'a jamais empoisonné ma vie.
Toujours gaie (I), la Leauté de son âme transpirait dans tous ses traits, et
lui donnait un charme qui la rendait aimable à tout le monde.
Elle avait je no sais quoi d'attachant et de doux qui plaît à tous sans
y viser, qu'on aime sans le savoir, et dont on ne connaît bien le prix qu'après
l'avoir perdu.
Cueur bon et sincère, elie avait des jours de bonheur sur la terre par
les nombreuses sympathies dont elle était environnée ; aussi connaissait-
elle le prix. de l'amitié (2); elle l'avait trouvée dans dei rjgions où l'envie
(1) La joie de l'âme a sa source dans une conscience droite; elle naît d'une foi sincère
et de la pureté du cœur.
(2) Notre cœur est fait pour aimer ; chacun de nous a besoin d'une âme qui réponde
à une e me, d'un ami qui partage nos joies, nos contradictions et nos épreuves ; aussi
l'Esprit-Saint nous dit que trouver un ami, c'est trouver un trésor. Le poèle n'a-t-il
pas dit : -
Un monarque n'a rien s'il ne possède un cœur.
Un monde entier ne vaut pas ce bonheur.
Pour jouir d'un ami , je céderais un trône,
— 5 —
n'existe pas. Les associées à ses bonnes œuvres conservent pieusement sa
mémoire dans le livre des souvenirs reconnaissants.
Il ne faut pas croire qu'elle avait pu pratiquer sans peine et sans combat
tout ce qu'il y a de plus parfait dans les vertus évangéliques ; elle avait luné
longtemps contre un caractère d'un- extrême vivacité, violent et emporté,
qui n'avait été dompté que par la grâce.
FOI. — Elle avait cette foi vive dont le Seigneur avait déposé le germe dans
son sein sur les fonts baptismaux; elle prit d'admirables accroissements
par les exemples de sa vertueuse mère. Cette vertu était devenue son élé-
ment. L'Eglise était sa règle, sa lumière, sa sagesse; elle croyait sans hési-
tation tout ce qu'elle enseigne; elle condamnait tout ce qu'elle condamne.
CHARITÉ. — De cette foi vive découlait cette charié chrétienne si rare
de nos jours. La nature l'avait douée d'un cœur généreux, compatissant, et
d'une sensibilité extrême. Après l'amour de son Oi'u, sa seule préoccupa-
tion était la charité, cette reine de toutes les vertus.
Un instinct naturel l f portait à toutes les bonnes œuvres, sans consulter
ses faibles ressources. Dès qu'une misère arrivait à sa connaissance, elle ne
savnt plus modérer les élans de son c œur ; elle faisait alors un double ef-
fort, sans s'occuper :u lendemain.
Que de pas elle a faits pour donner du pain à un ouvrier sans travail!
que de pauvres honteux elle a secourus, en gardant le secret de leur misère !
Aussi se trouvait-elle souvent "dans lapins grande gêne, et, dans ces cir-
constances, son seul regret était de ne pouvoir satisfaite s s inclinations.
Tout ce qui n'était pas nécessaire aux plus pressants besoins de la vie
était empl , )ê à de bonnes œuvres ; elles lui paraissaient toujours médiocres
et indignes de l'att ntion de Dieu. L'utmône, disait-elle, faite au nom de
Dieu, n'appauvrit jamais.
Elle faisait plus encore que de donner sou argent, elle prodiguait aux
malades tous les genres de service. Elle avait sans cesse à la p :"\¡séf cette
maxime de nos ancêtres : Qui donne aux pauvres prête à Dieu,il cette réflexion
du Père Bouhours : Ne refusez jamais f aumône à tin pauvre, de peur que ce
soit à J. -c. en personne que vous refusez (1). La charité la travaillait au cœur
comme un ieu dévorant.
ptivRBTi. — Son détachement des biens du monde était à remar-
quer; rien de plus simple que son maintien ; il était aisé de voir qu'elle
avait renoncé à toute prétention mondaine. La toilette effrayait sa modes-
tie; on ne vit jamais sur son corps, ni or, t:i dbmmts., ni autres orne-
ments des femmes mondaines. Les joyaux n'eurent jam lis aucun prix a ses
)ellX,
Dans son logemrnt, modeste comme celle qui l'habitait, existait un mo-
bilier qui prouvait son inclination. On trouvait dans la pièce qu'elle occu-
(1) Puissent les heureux du siècle se pénétrer de cette grande vérité, que lorsque dans
une famille un membre est souffrant, tous les autres membres souffrent avec lui et s em-
pressent de soulager sa douleur, Cpu'\ qui sont dans les a goisses de l'indigence sont des
catholiques comme nou,. lr:rle lieu qui-les unit à notre cœur et les recommande a notre
fraternité..
Le Dieu de la plupart des heureux du siècle , celui qu'ils encensent chaque jour a\ec
assiduité et qui est le lIIoh,le de toutes leurs actions, c'est l'argent. Puissent- ls se con-
vaincre qui' le plus heureux des mortels est toujours près d'un revers, et que l'adversité
n'aurait rien d'efliayant si les hommes savaient entre eux se partager kurs fers.