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Notre âge . Satire, par M. Éd. Corbière

De
18 pages
Mongie (Paris). 1821. 17 p. ; in-8.
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NOTRE AGE.
NOTRE AGE.
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Par M. ED. CORBIÈRE.
Ob hanc rem
Quòd sunt quos genus hoc minime juval, ut pole plures
Culpari dignos.
Jlor. Sat. IV. Lib. I.
FARIS.
Chez MONGIE, Boulevard Poissonnière;
ET LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
ROUEN.
FRÈRE, Libraire, sur le Port.
Octobre 1 8 21.
4-
ROUEN. IMPRIMERIE DE BLOQUEL PÊRE ET FILS,
RUE SAINT-LÔ, N° 34, PRÈS LE PALAIS DE JUSTICE.
p
1
N os mœurs sont trop loin de la nature, nos
goûts trop près de la satiété, pour qu'on puisse
aujourd'hui nommer chaque chose par son nom.
De même qu'il faut réveiller nos sens par des
secousses et les récréer par des illusions ; de
même doit-on peut-être tromper notre esprit pour
lui plaire, et lui menager des surprises pour lui
faire sentir encore des jouissances. Au théâtre
il nous faut des extravagances : dans les romans
nous ne souffrons que du merveilleux. II suffit
qu'un sujet soit simple, qu'un événement soit
possible, pour qu'on n'en veuille plus Ce sont
les monstres qui enchantent. La vérité nous fait
peur; et l'artiste qui veut tomber dans le sublime
doit sauter à pieds-joints par dessus la nature
et le sens commun.
Il aurait été, je le sais, assez plaisant, peut-
être nécessaire que j'eusse offert, sous le nom
d'Elégie, l'écrit que j'ai la bonne-foi de donner
ici comme une satire; et qu'au lieu de m'être
usé le cerveau à le rendre simple, je l'eusse farci
de ces beaux vers qui vous étourdissent, de ces
réticences électriques qui font vibrer les nerfs
pendant un quart-d 'heure. Mais quelqu'intéressé
que je sois a flatter le goût universel , je n'ai
voulu lui sacrifier ni mes habitudes ni mes ian-
taisies. Si ce vilain titre de Satire vous donne
des nausées; si vous êtes passionné pour le style
aërien, gardez-vous bien de me lire. Rougissez
4
même si bon vous semble, pour moi; car je ne
me sentirai pas la vertu de rougir moi-même
d'avoir dit ce que je pense et de la manière qu'il
m'a plu. J'aime mieux avoir de la franchise que
de la pudeur.
Les médecins que nous payons pour nous gué-
rir et qui nous tuent , et les jeunes dames qui
obtiennent de grands emplois pour leurs pauvres
maris, me trouveront bien impertinent. Je ne
demande pas mieux. Scandaliser ses lecteurs n'est
pas les ennuyer, et je tiens plus à n'en dormir
personne qu'à édifier chacun. Dieu me préserve
de jamais faire un sermon! II ne m'est pas égal
que l'on dise du bien ou du mal de moi : je pré-
ferc qu'on en dise du mal. Ce sont les éloges
nvant la lettre qui tuent les productions nouvelles.
Les invectives et les critiques obscènes sont bien
moins suspectes. Ce n'est que depuis que quel-
ques feuillistes m'ont lancé du venin , que j'ai
commencé à me croire plus que rien. Aupara-
vant je faisais les plus mauvais vers de France,
- avec la plus grande modestie du monde. Mais
en remarquant que les chenilles s'attachent aux
fleurs qui ont du suc, je me suis senti tout fier
du mal qu'on disait de mes vers.
Lecteur, vous qui avez le droit de juger parce
que vous êtes sans doute dans l'impuissance de
produire, vous allez me trouver bien fat, et je
vous repondrai que c'est aux gens célèbres à
être modestes. Mais de par Apollon et le sens
commun, ne lisez jamais de vers nouveaux,
excepté les miens, sans vous rappeler que Lafon-
taine a passé pour un imbécille et Gilbert pour
un fou.
NOTRE AGE.
ARRACHÉ par Ie tems a la docte prison
Où d'ergueilleux pédans torturaicnt ta raison ,
Tu vas done, tout rempli des rêves de l'école,
Entrer avec candeur dans ce monde frivole
Ou ton cœur enivre croira peut-être encor
Respirer la vertu d'un second age d'or.
Combien ils seraient doux ces rêves de l'enfance,
S'ils pouvaient sans danger abuser l'innocence;
Et si l'infortune que bercent les erreurs ,
Se réveillait toujours sous un berceau de fleurs!. ',. H
ADOLPHE.
Un début si flatteur me séduirait peut-être, ,'
S'il me déguisait mieux la fin que je pénètre.
Mais sous le vain motif de montrer à rnes yeux
Le dangereux appât d'un monde captieux,
N'allez-vous pas encor, déclamateur habile,
Exhaler en grands mots l'excès de votre bile;
Ou pessimiste adroit, le microscope en main ,
Grossir à mes regards les torts du genre humain ?
Je devine le but ou votre muse aspire.
Votre orgueil mal caché sous le masque transpire.
Critiquer est pour vous le premier des besoins,
Les hommes plus parfaits vous plairaient beaucoup moins:
Mais leurs vices nombreux excusant la satire ,
Vous donnent le plaisir et le droit de médire;

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