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Observations sur la musique, et principalement sur la métaphysique de l'art / [par M.-P.-G. de Chabanon]

De
234 pages
chez Pissot père et fils (A Paris). 1779. Musique -- 18e siècle -- Ouvrages avant 1800. XX-215 p. ; in-8.
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OBSERVATIONS
SUR
LA 'MUSIQUE.
OBSERVATIONS
SUR
LA MUSIQUE,
ET PRINCIPALEMENT
SUR LA
METAPHYSIQUE DE FART.
Naturâ ducimur ad modos. ( Quint, inft. orat. ).
Chez Pissot, Père Se Fils, Libraâres,
Quai des Auguftins.
M. D C C. LX XI X
a iy
PRÉFACE.
Jj'ouvrage que nous préfemons
au Public, s n'eft point un Traité de
Mufîque dont la levure requière la
connoiflfance de cet Art pour nous
lire il ne faut en avoir, ni la
théorie, ni la pratique; il n'eu pas
même néceflaire d'en goûter beau-
coup les effets- quelque peu fenfi-
ble qu'on y puiffe être, on fe plaie
ques chants familiers & populaires j
avec cette feule difpofîrion dont
nous dispenserions encore au besoin,
on eft fufnTammenî: préparé > &C l'on
peut concevoir a peu pres tout ce
que cet Écrit contient. L'objet prin-
ij PRÉFACE.
cipal que nous nous proposons, eft
d'analyfer les fenfations que fa Mufi..
que procure, de rendre ration, autant
qu'il eft pofïible des plaifirs qu'elle
fait éprouver des moyens par
lefquels elle agit fur nos fens & fur
notre âme. Ceux qui n'auroient ja-
mais dû au chant un feul moment
de plaifir (s'il exifte de tels hommes
au monde) peut-être en nous Iifant,
appercevroient la caufe de ce dégoût
qui les fïngularife; 'ils réfléchiraient
An moins f»? b «arde de nos ien-
fafions mufîcales qui appartient à
l'efprit. En un mot, ces obfervations
portent eilèntiellement fur la Méca-
phyflque de l'Art, partie qui nous
a femblé neuve, que pérfonne n'a
jufqu'à prenne approfondie.
Les Languies ont toutes leur Me-,
PRÉFACE. iij
a iv
tâpnyfîque^énéraie &: particulières
«lies ont toutes des principes fem-
blables, des bafes communes Se
portent auflï des caractères- de diffé-
rence, que la diverfîté des tems, des
lieux Se des circonftauces a fait
naître. Le Métaphysicien qui tra-
vaille fur une Langue en éclaircit
la formation & les principes créa-
teurs il en reconnoîc deux princi-
paux l'ordre dans lequel l'efpric
conçoit les idées., l'inftinâ: de
enfuite contradiîfiloireinent à celles-
là, Se produifent les Irrégularités
:d'une Languie l'une de ces cannes
eft l'imitation des autres Langues
.qui par-la xommubicarion que les
Peuples ont les uns avec. les autres,
-confond- pluiîears idiomes en un
iv PRÉFACE.
feul. Ce que rinftind -de l'analogie
eût rendu fîmple & uniforme, l'imi-
tation le rend inconséquent: & irré-
-gulier SC chaque procédé chaque
.forme .qu'une Langue emprunte
d'une autre, altère fa forme primi·
dve & naturelle.
LaMufique, ainfi que les Lan-
gues, a fa mérapeyfique propre.
,Marquer lesrdifîérences du chant Se
.des idiomes., ce feroit anticiper fur
d'Ouvrage qu'on va lire, mettre
hors es pkee ce qui ailleurs.en trouve
une naturelle. Il nous fuffît d'indi-
rqûer au Lecteur que -nous avons tra-
-Vaille plutôt pour l'homme d'efprit
,,qui- ne fairpas la Mufique que pour
le Muficien. qui ne' fait pas réfléchir
Se penfer.
Nous avons fait rems.. cet
PRÉFACE. v
Ouvrage, fans y travailler pour ainfi
dire. Une- expérience longue Se
journalière nous découvroit fans cefle
de nouveaux faits, nous conduifoit
à dès obfervations nouvelles. Ces
faits, ces obfervations nous reftoient
en dépôt dans la tête & nous por-
rions les matériaux de l'Ouvrage fans
fonger encore à en faire un. Une
•chofe pourtant nous frappdit dans
cet amâs d'idées accumulées fans
travail & fans intention il n'en
furvenoit pas une oui démenAt les
premières toutes fe lioient, fem-
Woieftt s'appartenir & s'être engen-
drées; Vingt-cinq ans plus^ con-
facré* la pratique fuivie de l'Art,
^vingt-cinq ans qui en avoient opéré
la prodigieufe révolution, n'occa-
fionnoient -pas; le- plus léger dépla-
15? PRÉFACE.
cernent dans nos idées elles réfîf-
toient au choc du tems aux varia-
tions de l'Art cela nous parut être
un des fymptômes vifibles de la vé-
rité. Après une fi longue épreuve de
nos opinions, Savons-nous pas le
droit de demander au Ledeur qu'il
ne condamne pas précipitamment, &
du premier coup-d'œil ce qui aa
bout de trente ans d'étude & d'ob-
fervation nous a paru vrai ? Je puis
m'être mépris en quelques points
sssïs hien trompé fî mes
erreurs n'avoifînenc pas la vérité.
Que je touche le but ou. que je
le manque,* je l'indique du moins.
Je n'offre aujourd'hui au Public
que la moitié de l'Ouvrage que j'aï
conçu. Cette première Partie forme
un tout complet, ôC peut fe détacher
PRÉFACE. vif
du refte. J'aurois mieux aimé donner
à la fois l'Ouvrage tout entier; mais
en prenant le tems néceffaire pour
i'achever j'aurois craint de me pré-
fenter trop tard. Dans ce fiècle Se
dans cette Nation, il n'eft pas aifé
de conferver long-rems l'exciufive
propriété de quelques idées vraies
je ne fais point de tréfor plus difficile
à garder.
C'eft une chJbfe remarquable que
depuis le peu de tems qu'on raifonne
à Paris fur la Mufîqn? on ziz déjà
fait fur cet Art des obfervations plus
neuves plus fines plus profondes
que l'Italie n'en a fait eclore depuis
le long-tems qu'elle cultive la Mus-
que avec fuccès. Quand, j'en ferois
honneur l'active pénétration de nos
efprits, quelqu'un auroit-il le droit
vuj PRÉFACE.
de m'en blâmer ? Mais pour ne point
paroître louer une Nation aux dé-
pens d'une autre, je dirai que la
promptitude & l'étendue de nos vues
fur la Mufîque font une fuite de
l'efpèce de fureur avec laquelle on
s'en occupe préfent; que cette
fureur eft elle même une fuite de
l'état de gêne & de contrainte où
l'on a tenu l'Arc parmi nous. Si l'on
n'eût mis aucun obftacle à fes pro-
grès .naturels chaque génération en
àvirok vs quelques -uns 9 toutes au-
roient accompagné l'Art dans- fa
marche progreifîve & l'auroient
aimé à-peu-près également le goût
de la Mufique, à aucune époque
n,eut tourné en manie parce qu'au-
cune époque n'eût été auez écla-
tante pour entraîner tous les efprits,
PRÉ FA CE.. ix
Mais une police de goût mal enten-
due, a tenu l'Arc long-tems en fervi-
tude. Lui défendre de fe perfection-
ner, c'étoit mettre en interdit cette
partie de nos plaifirs. Eft-il étonnant,
qu'au moment où le Public la recou-
vre, il s'y livre avec une forte d'em-
portement ? Il rachète par l'ardeur
d'une telle. jouifTancé, les longs retar-
demens qu'elle a éprouves. Ce que
nous difons de la Mofique; on pour-
roit le diré*auffî de la Philofophie.
qu'en le mettant au jour noiis avons
à nous défendre à la fois du reproche
de paradoxe & de plagiat. Contre
l'une de ces imputations, notre dé-
fende eft la proteftation d'une bonne-
foi pleine & entière. Ce que nous
avançons, ce n'eft point comme
x PRÉFACE.
extraordinaire que nous l'avançons
c'eft comme vrai nous n'avons point
la conscience de nos méprifes, cotnP-
cience qui de. nos armons, feroit
des meo-fonges. Quant au Plagiat
runique façon que. nous ayons de
nous enïHfcuIper, eft de protégée
que les idées déjà publiées- par dan-
très Ecrivams, que nous em-
|d0yQns ici nous appartiennent ou*
ginaireiHDem ainû qu'à eux Sî nous
avions befoin de garans fnf ce points
nous nommerions les peribnrces qui
ont vu commencer cet Ouvrage. M»
fAbbé Morrelet fit paraître,: îiy ai.
Wic ou dix ans:, -une. Brochure
pfeicee d'efpEÎr^ dans laquelle ii a
traité de l'expreiSpa ntuficale, Noos
y tiQuvâmes quelï^ics idées déjà con-
fignées dans cotre Manulcnt & qui
PRÉ FA CE. xi
tiennent de trop près au corps de cet
Ouvrée, pour-que nous avons pu
les retrancher. Ces idées foâcen peôc
nombre; nous -défignerom le iêul
Chapitre où elles fe trouvent dans
ce Chapitre même* nous'ne femmes
pas fur tous les- points du1 même1 avis
que M; rAbbéMorrélet. Noas-àvoas
vu dernièrement une autre Brochure
M.
i'Àqjeaf ♦ U fcfok en- droit-:de récla-
mer aaffi quelques idées, fur lefquei-
les en les publiant il s'eft acquis
nbtts3 bous: jufiâêons de ee pîag»t
-Dànsi -Yêcâï de oè
a la
Mufiqu«j il
life avec -défiance" tout Ouvrage qui
.xij P R Ê F 4 CE.'
en traite.Xe Ledear qui fuit -l'un ou
l'autre parti, doit d'abord obferver
rÉcrivain qui lui; parle j <8ç xâçher
de recpQHolcre fi c'fift un Adversaire
on un ami. Jufqtt*à ce quil ea foit
aflfurç:; il ne -voit,. dans l'écrit' qu'il
tient, que -ce .qui peut; :lui 'fournir
la preuve; & toujours 'en [ garde,
comme une fenri.nell€;ayancée,ii eft
prét au premier ;ifiptt\ crier
Poar.rinterêt duXedeur,
& montrons-Bous t ?
Notre caractère,
porte a
-à l'admiration de toutes les belles
çhofes. :Entre les grandsc;. talens
qui nous depuis-quel^
que temps, ceux vers lefquels on
nous ioup^onnerok d'incUner le
moins
P-RËZAC.E. xiij
b
flioms-, ont reçç <ie-aous d/s témoi-
gnages d'admiration peu fu fpe<Sb:Il n'y
î'efp.rH: de parti
giner que nous
dans cet Eepit la préé-"
minerrcè" des on- tel y
ferok étranger. ;Eh1 ne fiis-fè^ fàî
que le iiiccès qi?ant Ouvrage
de'lTefprit- de parti neû
(accès éphémère ?- Les -paFtis-fe lafient;
la querelle s'éteint } &
o.uBlié. Qukompè veut dobnerà -ce
qu'il de fôîfc^
bonté doit-. fi?" rendre indépendant
il doit s'énfcrmef
dans lies
yeux de-la "çérité non pour l'intérêt
^C moment, mats pour
xiv, JP.
une fin plus mih&C pksdurable, feloa
quef ouvrage en eft fufceptible. Celui'
çieftcompofédans le même efprit qu'il
l'eût été, fi Ton, «'eût; jamais, difputé
ira
quorum caujas procul habeo* Forcé
de citer quelquefois
entre ceux que je.me: fuis rappelés
j'ai choiû les plus propres à foutenir
ce que j j'avancois & à le réduire en
voûta citer,
{dus. fouvenc
tri ,Muficiens d'un ordre fbpérieur^
ÔC qui par leurs.Ouvrages"; Ce font
acquis un à la
xeconnoMançe de notre Nauop; Jau-
rois voulu payer aux Arafter
çois un tribut d'hommages que. Ja
manie de ce paru
leur dérober 1 miis: >
PRÉFACE. xv
bij
encore un coup ces objets ne font
point de notre reflbrt nous n'avons
pas dû y toucher. Que le teneur
donc fe garantifle de l'inquiétude qui
lui feroit chercher dans nos- principes
généraux, des applications cachées;
Ces combinaisons pourvoient l'éga-
rer, & les applications qu'il feroity
différeroient peut-étre de celles que
nous ferions nous même.
Dans un ouvrage de quelque étçn-
due, & qui parcourt toutes les par.
ties d'un Art il y a quelquefois une
contradiction apparente entre deux
proportions placées loin rune de
l'autre. Chacune dans la place où
elle eft mife, a un effet local .elle
préfente un coin de vérité relatif à ce
qui l'entoure. Que l'on transporte
cette propofition qu'on_ l'oppofe
*?/
une autre qui, comme
r<kmmdoiz à être vue
;elle\ là heurte èc la con-
trexiic. Si. l'on 'met quelques-unes de
Dos armons à cette épreuve infi-
dieufe > il ndusiera plus aife alors de
rij?o'hdre_à laccufation qu'il ne nous
de .Ja prévenir. Comment
deyiner l'endroit fur leqoel tombera
Ia censure?.Donner par-tout le Coni-
icenraire déraillé de chaque propofî-
tioar ce feroiréiourTcr l'ouvrage feus
un monceau de raifonnemens Se
pptii-brs y s'il éioit plus "difficile de
nous: critiquer il le feroic encore
davantage de tioos^ lire.
no^a -ont deter-
mtnéà de cet
Ecrit donner incomplet
fera
PRÉFACE. xvîj
le fujet de la Seconde partie. El!e
fera comme la première à la portée
de- tous les Lecteurs & contiendra
même des objets d'une curiofite plus
générale. Cette féconde partie eft
lentit les effons de notre zèle, elle
fuivra de près la première.
Depuis que nous réfléchirons fur
la Musqué, & que nous y rappor-
tons une partie de nos lectures nous
avons été dans le cas d'extraire, des
Auteurs anciens modernes une
foule de paflages relatifs nos- opi-
nions. H n'aurdit tenu qu'à nous
d'enfler ce- volume force de cita-
tions, mais entre cet abus & celui de
ne citir jamais nous avons cherché
un' milieu convenable à notre iîtua-
don. a
xviij PRÉFACE.
avec le privilège l'approbation
d'une Compagnie favante, n'a pas
dû s'éloigner entièrement du genre
de fes travaux. Nous avons defîré le
montrer au Public, comme un té-
moignage de notre zèle respectueux
pour cette illuftre Compagnie Se
pour fes doctes occupations. Sans
doute on doit s'attacher plus à la vérité
intrinsèque d'une opinion > qu'aux
citations qui la rendent recomman-
dable. Mais comment fe défendre
d'une difpofirion favorable, pour ce
qni nous vient des meilleurs efprits
des fiècles pafTés? Comment une
opinion émanée d'éux, ne tire-t'elle
pas de cette antique & noble origine,
un caractère augufte qui lui concilie
le refpe£fc & la confiance? Si Ion
aime mieux croire les vieillards que
PRÉFACE. xix
les jeunes gens parce qu'ils ont plus
4'expérience èC moins de témérité,
une propofîtion éprouvée Ôc mûrie
par les fiècles ne doit-elle pas partis
ciper à ce privilége de la vieillefïe ?
Difons un rrot du flyle ,de cet
Ouvrage peut-être jugera-ton qu'il
ne devait être que fifnple; puifque
l'Ouvrage eft de pur raifonne^ment
mais par la forme nous avons. tâché
d'embellir la fécherefïè du fujec Se
les Anciens, fur ce point ont encore
été nos modèles.. De quel ton Lon-
gin. & difcurent
les propriétés & les beautés dù ftyle
Quel tréfor d'exprefhons naît fous la
plume de Cicéron & de Quintilien,
lorfqu'ils enfeignent & analyfent les
parties les plus sèches de l'Art de
parler & d'écrire De tels modèles
xx
font décourageasse je l'avoue ori
fe mefuie avec eux :non pour atteirt*
dreàleur hauteur, mais pour s'élever
ainleiïus de faiîmême.
OBSERVATIONS
A
OBSERVATIONS
s SUR' -̃ '̃
LA MUSIQUE.
C
,_point
peut s'appliquer aux beaux Arts:
Un LSôitTENT plus
belles inventions, qui font le plus
cDionneur à l'efp/ic humain, ne font ducs
ni aaxeffbrcsule la réflexion, ni :aux labo-
rieufes redïerches des àommos favans.
2. -• Observât
C'eflr-à une fortè d'inftincl, c'eftauiiafard;"
pour ainfî dire, qu'on en eft redevable.
Cetteobfervationn'a jamais plus de juftefFe
Arcs libéraux.
Ceux'qui les inventent Se lès pratiquent-
avec fuccès, font entraînés par un fenti-
ment intérieur, dont eux-mêmes ils n'ont
qu'une connoiflance confufe; ils obéiflènt
à l'impulfion du génie, du génie que l'on
peut appeler l'inftinék des grandes chofes.
Jamais on n'a vu les règles naître avant
les exemples, ni la raifon di££ër d'avance
au génie ce qu'il doit faire. Celui-.ci. pro-
cède d'après le fentiment qui le conduit;
il crée les Loix & ne les connoît pas:: c'eft
la raifon qui, méditant après coup fur
les qu'il a produites, lui révèle'
à lui-même le fecret de fes opérations.
De fes exémples, elle compofe les règles
de fArt. Ainfi un Géographe* le compas
la main, lève le plan des tejeres incon-
nues qu'un Voyageur audacieux 'yient de
découvrir ainfî-, la Mufe de .l'Hiftoire
marche à la fuit;; des Conquérons,: pour"
SUR la Musique. 3
A ij
tracer leur routc, Se tenir regitre de leurs
Succès (1).
Sur ce que nous venons de dire, on
juge aifément que-l'esprit philofophique,
appliqué aux beaux Arts, ne peut jouer
qu'un rôle Secondaire le premier rôle
appartient à cet inftin£fc créateur, dont
l'efprit n'eft qu'un foible difciple, con-*
damné k né favoir que ce qu'il apprend
de fon maître» Auffi toutes les fois qu'on
a -voulu fubftituer les-feules vues de l'ef-
prit au fentiment propre d'un Art, en
a-t-on mal parlé. La Motte & Fontenelle
ont fait des Poétiques, qui n'ont pas plus
mis en recommandation leurs vers,qu'elles
n'ont décrédité ceux d'Homère Se de
Yirgile. Ce qui peut Sembler étonnant,
c'eft que ces faux Législateurs du goût,'
cités au tribunal de la raifon, ont gain
(1) A rue en*= carmen ortum efi quàm obferyatio
carminis. ( Quint. L 9. ) Neque enim verfus rations.
efi cognitus, Jed naturâ atque fenfu. ( Cicèr. in
cirât.) ""̃•̃.
4 Observations
de caufe devant elle. Leurs principes pa-
roifïènt vrais leur théorie faine & lumi-
neufe comparons la aux procédés des
grands Maîtres dans leur Art, ils accu-
feront tous les défauts de cette théorie
trompeuse. Les .paffîons a-t-on dit, ont
leur logique; rien, de plus vrai. Ajoutons:
Cette logique diffère tant de celle, d'un
efpric calme & tranquille que celle- ci ne
peut pas fervir a faire deviner l'autre Se
ce que nous difons des paffions,ne fera pas
moins vrai, des beaux Arts..
Celui de tous les Arts fur lequel il
Semble que tout le monde ait plus le droit
de prononcer c'eft la Peinture. Son objet
eA de retracer avec vérité ce qui eA [en:
fible nos yeux il devrojt donc fuffire
d'être doué. du fens de là vue pour ap-
précier le mérite des tableaux car, qui-
conque connoît le modèle, doit juger
la copie reuemble. Dans cet Art cepen-
dant, ainfi que dans tous les autres, le
nombre des connoiflèurs n'eN: pas grande
& tous- ceux qui ont acquis le talent de
sv Si la Musique. 5
Ail}
juger, ne Pont dû qu'à un long exercice.
Croyons en l'Orateur desRomains,lorfqu'il
écrit à un de fes amis Il n'eft pas un feul
» Art que les Lettres nous enfeignent ont
»» ne s'inftruit dans les Arts qu'en les pra-
tiquant. » Cogkaredehebis nullamArtcm
lÀtteris 3 fine aliqua txerchadone percipi
paffe (1). Rien de pîs, dit encore sQuin-
tilien, que le jugement de ceux qui, 3 ayant
fait un pas au-delà des premiers élémens
conçoivent dè leur f avoir une opinion faujfe
& téméraire (i). Cédons à ces autorités,
& -fur -tout à celle de la raifon il en
coûte à-1'efprit pour reconnoitre que l'inf-
tin£î: a fur lui quelque avantage; cepen-
dant l'inftinâ: exercé eft feul juge des
Arts. Que les hommes de Lettres né
s'offenfent pas de cette afTertion j n'ac-
cordant pas aux Peintres, aux Mcficiens
de profeffion, une autorité prépondérante
(1) ( Cicer. } Ariftote, lir. S des
Politiques,. die la même chofe.
(1) ( Qmnt; iUr, 'ï cap. t.\
6 Observations.
en littérature de quel droit s'en attri-
bueroicnt-ils une Semblable en Peinture
& en Mufîque ?
Une vérité n'eft jamais fi fenfible que
Jorfqu'on la présence dans Ses extrêmes.
Citons l'exemple du Père Caftel. Il avoit
entrepris un Clavecin coloré, c'eft-àrdire,
qui devoit produire aux yeux des accords
de couleurs j en même-tems qu'il pro-.
duifoit l'harmonie des fons. Voici, je
n'en doute pas par quel raisonnement
le Père Caftei julHfîoit la nouveauté dé
fon eatreprife. « II y a fept couleurs pri-
mitives,' comme fept tons dans la,
js Muiîque. Ces tons Se ces couleurs font
n fufcepribles de nuances & de. dégrada-
tions. L'alliance fimple & naturelle de
certaines couleurs, eft plus fênfible à
;»>• l'œil peut-être, que la fympathie des
M fons ne l'eft à l'oreille la vue recon-
» nott donc, ainfî que. fouie _des çon-
» fonnances & des di^bnances. Avec tant
» de rapports encre le fon & la couleur,
qui peut s'pppofer. à la conftrudion
SUR LA MUSIQUE. 7
Aiv
y d'un ïnitrument qui parlera en même-
» tems aux yeux & aux oreilles ?
Pour raisonner de même il faut que
le Père Caftel n'ait eu nul fentiment de
la Mufîque. Le plus faible inftinc"fc pour
cet Art, lui eût fait reconnoître que
l'oreille faifit un rapport entre les fôns
qui fe fuccèdent; que ce rapport confla-
tue feul le fens & le charme de la.
mélodie; que la vue n'éprouve. rien de
femblable que la mélodie des fons exifta
dans tous les tems, & que celle des cou-
leurs n'exigera jamais. Il eft donc comme
évident que le Père Caftèl jûgeoit de
la Mufiquè par le feul raifonnement^ à-
peu-près comme en jugeroit an fburd de
naiflànce, à qui l'on tâcherait de donner
quelque idée de cet Art. Il èft encore
évident qu'avec moins- de mathémati-
ques & de raifonnetnent dans la téce
que n'en avoit l'Auteur du Clavecin
coloré mais avec des fenfations plus
juftes & plus mufîcales que les fiennes,
on n'eût pas été comme lui dupe crâne
S Observations
invention ridicule, & «Tune abfurde
chimère.
J'ai oui dire à l'un des plus grands
Géomètres dé l'Europe, Auteur d'excel-
Icjîs Ouvrages fur la Mufique, que s'il
avoit pratiqué cet Arc» il auroit vraifem-
blablemeat introduit dans l'harmonie, des
accords qui n'y font pas reçus. J'ignore
ce font des combinaifons mathémati-
ques qui ont fait naitre dans l'esprit de
ce Savant une telle conjecture; mais s'il
dit compose en Mufique il auroit cru
Je témoignage de Ces fens, plus que celui
de &n esprit & de fon fa voir il auroit
,fait ce que font tous les Mufîciens de
l'Europe. Séduit par la Spéculation,
«?il avoit ^fé franchir la limité que l'usage
a tracée, & que le fentiment de l'oreille
a: fait reeonnoître il auroit entendu la
voix de la nature qui Iui eût crié arrête
il çpt -fait un pas en arrière.
On a demandé plufxeurs fois jufqa'où il
faut avoir porté fes connôiflances en Mufi-
que, pour avoir le droit d'en parler d'une
sur la Musique. 9
manière tant foît peu dëcifivé. Perfbnnë
encore n'a répondu à cette queftion fi
facile à réfoudre. Quiconque, foit en
écoutant la Mufique, foit en l'exécutant,
n'a pas de quoi faifir avec jufteflè .le vé-
ritâble caractère de chaque pafiàge & de
chaque morceau, manque des qualités
premiers quï. confirment un Juge sûr de
fon opinion. Eh! quelle importance ac-
corder au jugement d'un homme qui en-
tendra jouer deux ce qui doit être fin
& y if ce qui doit être lent, fans que Ton
goût réclame contre de pareils contre-
fens ? Peut-être penfê-t'-on que des Au-
diteurs d'un fens fi dépravé font rares je
ne craindrai pas d'affirmer que hors ceux
qui, toute leur vie, ont exécuté de la
Muuque, il-eft peu d'hommes en état
de Subir l'épreuve que nous propofons.
Comment feroit-il difficile de trouver en
défaut Toreillc & le goût des Spectateurs
fur le caractère des chants qu'ils écou-
tent s'ils fe méprennent habituellement
au fens des paroles qu'on leur prononce?
la 'Observations
Combien de' fois â-t-on applaudi des
A&eurs, qui donnoient à des fentimens
calmes & doux une expreffion forte Se
paffionaée? Le langage de la Mufîque
dans les Ouvrages un peu travaillés, eft
moins à la portée du vulgaire que la lan-
gue qui lui fert à énoncer fes bcfbins.
Les hommes du monde, pour juflifier
l'aveugle confiance qu'ils ont en leurs
fenfations- muficales, allèguent commu-
nément l'ancienne habitude qu'ils ont de
la Mufique. Mais, quelle Mufique la plu-
part d'entre-eux ont-ils entendue? Celle
de l'Opéra, & celle-là prefque unique-
ment. _Or [¡,l'Opéra n'admit long-tems
peur le vocal que la mélopée de Lulli
il s'enfuit que les Sénateurs de. ce Spec-:
tacle n'ont pas. pu étendre au-delà leur
goût & leurs connoif&nces ce font dès
Muuciens du dix-feptième fiècle,à-peu-
près auffi bien fondés à.raifonnef fur l'Art,
que les Admirateurs de Jodelle & de Hardi
l'étoient à prononcer fur.la Tragédie..
,Que-l'on ne penfe pas que nous ayons
SUR. LA MUSIQUE.
prétendu par ces fermer
le Sanctuaire des Arts à la Philofophie,
lui défendre d'y porter un regard, & d'en
expliquer les procédés myftérieux. Il nous
fuffit d'avertir le Philosophe qu'il ait à
Se méfier de fa propre intelligence &
qu'il ofe la fubordonner au fentiment
machinal de rArt dont il veut traiter.
Nous ne crierions point à ces i^Sagîs, loin
d'ici profanes afin de les exclure de nos
myftères. Nous leur dirons
̃ Sumîte materiam vejbris
les invitant à prendre pour'objet de leurs
Spéculations raifonnéés un Art dont ils
aient un long ufage &t une connotfîàncc
.fentie. Muni de cette inflxuââon préli-
minaire ,.& dégagé des préventions ex-
-clufîves que le.Philofophe parle qu'il
écrive; il n'en réfultèra. que des avanta-
ges. Dans le cas où les Arriftes, gâtés
par une^fauffe éducàtion, vieilliroient
dans .1'en_rance des préjugés, & éterrifa-
roient celle de. l'Art, le Philofophe
il OBSERVATIONS
éclairera leur ignorance, & réveillera
leur inertie mais dût il manquer cet
objet ,important; il lui en relie un autre
à remplir c'eflf d'induire les gens de
goût fur les différentes caufês de leurs
plaifirs. La théorie des Arts^confidérée
fous ce point de vue, devient la théorie
de nos fenfations les plus délicates, & de
nos goûts les plus exquis. Le Philofophe
qui s'en occupe interroge chaque libre
du, cœur, examine le rapport qu'elles ont
toutes avec nos difFérens organes. Il
contemple notre âme correfpondante avec
noa fens, qui, miniftresde les affections,
lui apportent le plaifir & la douleur. Il
réfléchit fur chacun de ces fens,, qui,
féparé -des autres, ifolé dans fon pofte
,& n'ayant en apparence aucun moyen
de communiquer avec eux, y communi-
que cependant par la médiation de l'âme,
qui l'avertit de ce que les autres Sens lui
font éprouver. Ceft ainfî < ( me pardon-
nera-t-on une comparaifon fi peu élevée?)
e'eft ainfi que 1-araignée, placée au centre
sub? LA .MUSIQUE. 13
de fa toile', correfpond avec tous les fils.,
vit en quelque forte dans chacun d'eux-;
& pourroit ( fi. comme nos fens ils étoient
animés ) transmettre à l'un la perception
que fautre lui auroit donnée.
C H A PI TRE E I I?
La Mujïque efi-elte un Art à' imitation?
Son objet principal
À ov s les Arts font
Nature. Ce principes admis dès la plos
haute antiquité s'en: tranfmis aux mo-
dernes avec le poids ^.tuicautoiirir. pne£-
que abfolue. il s'en faut de biea peu.
qu'on ne le regarde comme un, axiôœev
Je n'en fuis point étonné; il a,unc ^œte
de
tout le rend rëcommandable. Mais-cette
fimplicité ^même qui le fait admettre in-
diftin&ement pour tous les Arts, afîa de
les foumettre à un principe commune
14 Observations
forme peut-ecre le défaut de cet axiome
trop- généralement appliqué.. Pour juger
s'il convient a la Mufîque, ainfi qu'aux
antres Arts, tâchons de la bien connoî-
tre & pour y parvenir; remontons
l'idée la plus fimple qu'on puîné s'en f?:rc.
Ceft ainfi que la Chimie procède pour
les corps, la Métaphyfrque pouï'les, idées:
toutes deux, par la voie de l'analyfe, dé-
compofent l'objet de leurs recherches 7 Se
le connoiHènt d'autant mieux,qu'elles l'ont
réduit fes élémens les plus fimples.
Qu'eft-ce que la Mufique ? UArt de
faire fiïccéder les fins l'mz al' autre 3 con-
f ornement à des mouvemens réglés fui-
qui
agréable a Poréitte, Bans cette-définition,'
ûohsï ne comprenons point l'harmonie
parce -!que, non
riellement unie-au fond de 'l'Arc. Des
fiècles fe font-- fans que les hom-
mes la connuflèntj; SC maintenant encore
les gens du peuple, ainfi que plùfieurs-
SUR LA Musique. ij
Nations étrangères & iâuvages,. n'ont'
point appris à la pratiquer.
Toute l'eflènce de la Mufique eft donc
renfermée dans ce feuL-mot ckant .on.
mélodie. Ce -priuc;ïpe de TArt
connu, if ne s'agit plus que d'y confronter,
tous les acceflbires qu'on voudrait .y-
joindre ceux qui. feroïerit de. nature, à
contredire le principe conltitutif ;• fonc
de nature à étre rejetés.- Enfin, puiiqae
le propre de la, Mufique cft de chanter,
exiger .d'elle ce ^u*elle aie peut feire çn.
chantant,x^eft lui donfier-des ioix aBfur-
des^ & ry-aftreindre, c*efllaperyerxûir&
Toutîe:monde avouera fans peine' .que
la Mufique doit chanter, <pe ce'n'eft
qu'en chantant qu'elle peut plaire. Com-
ment, cette vémé^
s'accorde-t-on fi peu fur la Mufique bdûné
ou mauvaife.? 'II. eft tels mots de la-kn-
gnè fur lesquels touc lë"mbndc croit s*gcF
tendre & perfbnnê ne eentend avec
précifion tel eft le mot Génie. 'L'u|%c,
%6 OBSERVATIONS
en eft familier, l'application difficile. Que
de disputes pour {avoir fi Là Fontaine Se
,Racine font des Génies Ceft ainfi que
le mot chant, employé par des peribnnts
dont le goût diffère n'a pas dans leur
bouche la même fignification. Ce qui eil
chantant & agréable pour des oreilles
exercées en. Musqué, ne l'eft pas pour
celles qui^ee ont entendu rarement. Que
de.chojes, difok .Cicéron nous échappent
dans de l'ufage de l'An
appœniafentir (:i )1 Il n'eft coiat d'Opéra
de Rameau à commencer par Cafior, qui
ûfait eflTuyé d'abord autant d'outrages qu'il
a reçu par la fuite d'applaod i ffemens»
Lulli, que nousLJugeons it.iîmple. & fi
riarurel, a paru outré de fon tems. On
difoir qu'il corrompoic -le goût, de la-
danfe, qu'il la fâiiok dégénéret en bala-
p dinage,parceqij'il accéléroir, les mouVe-,
m mens de la Musqué (2.). >\ Ainfi Lulli a
(1)
(2) Eflài fur fOrig.âes ConnoiC Hum. & Rcfl.
cm. fur la Poéf. & la Peint.
reçu
S ÎJ S. LA MtJSÏQÏÏE» 17
B
tecil les reproches qu'il a' valus lui
même à fes Succefleurs ainfi un homme
de génie légue comme un bien d'héritage,
au génie qui le remplace, les injures dont
l'ignorance St la prévention l'ont accablé;'
& la plus forte partie du public finifîànt
toujours par être de l'avis de celui qui a
iraifbn fe trouve avoir médit d'elle-même
en- médifant du nouveau talent qui l'é-
Revenons à la quefHon qui nous oc-
Cupe la Mufique par eifence doit-elle
imiter?
J'obfetve d'abord que le charme de ;cet
Art n'exifte pas feulement pour les êtres
doués-de l'entendement & de la parole
tels que l'homme. Les animaux y font
fénfibies. Cet in{Hn& mufical eft affèi
reconnu dans le chat & dans l'araignée.
Les cerfs dit Plutarque, font émus dit
>j fon de la flûte. Pour exciter l'étalon aù-
» près de la jument, on lui joue un air.
» Les dauphins au fon des inftrumecs
lèvent la tête au-deflus des eaux &
iZ OlSBi T A T I-O H S
font difTérens mouvemens du corps :à-
9 peu-près comme les Hiftrions (i).» A
cette autorité joignons celle- 4^. M* de
Buffon c'eft lui qui va. parler. « L'élé-.
» pliant a le fens de rouie très- bon; il
».Jç déleûe au.foa des inftrumcns, &
»» paroîr .aimer la. Mufique il apprend
la mefiare, & à fè
» remuer en cadence, joindre même à
» propos quelques accens au bruit. des
s>, çamfcours,. Seau fbn des trompettes»
J'ai vu quelques chiens qui^voient ua
» goût marqué pour la Mufîque & qui
.arjcivoieat.de la-baflè cour ^ou de la cui-
fine y, au concert, y revoient tout le
» tems qu'il durait & s'en retoumÔienc
jt>. cnfiiite a leur domicile ordinaire. J'en ai
*vu d'autres, prendre
» EunilToa d'un ion aigu, qu'on leur fai-
fôit entendre de près en leor criant à
n l'oreille mais cette efpèce- d'inflincl:
ou de faculté parmi les chiens ,-a'ap?-
(>i Pl«i.fympot. "^s'
StîK. LÀ MtfSlQtJR rg
Bij
D partienc qu'à quelques individus. On
» chante ou l'on fiffie prefque continuelle'
ment les boeufs pour les entretenir en,
» mouvement dans leurs travaux les plus
pénibles;' & ils s'arrêtens, paroiflènt
*> àéeûapstgés lorsque leur conducteur
» çeflè de iîffier oa du chanter. On fait
» combien les chevaux s'animent au fera
» de la trompette » & les chiens au bruie
du cor. On- prétend que les marfouins^
» les phoques les dauphins approchant
-m des vaiflèaux» dans un tems
calme on y fait entendre une -Mufique
reteatiflante mais ce fatc n'eft râp-
o porté par aucun Auteur grave ( I ). • ̃
Plufieurç efpéces d'oifeaux tels que
les ferins;, .linottes » chardonnerets
bouvreuils, tarins,
» blés des irapreffions muucales, pràf>.
s* qu'ils apprennent des airs aflèz longs.
» Prévue tous les autres oifeaux iaat
(i)
paï Pl«ar<jae. '•̃• .̃ u
*o 'Observa t i o n s
v » auffi modifiés parles fons on conrioîc
m les aflauts du rdffignol contre la voix
humaine, ou contre quelque infiniment.
» Il y à mille exemples particuliers de
»s l'ioftincV mufical des oifeaux. Le fait
des araignées qui defeendent de leur
toile, & fe rieûnent fufpendues tant
il' que l'inftrument continue de jouer,
Se qui remontent enfuite à leur place
ordinaire, m'a été attefté par un aflèz
grand nombre de témoins oculaires,
pour qu'on ne puiflè guères le révoquer
,»:- en doute,
'J'ai moi-même observé plus d'une fois
ce fait concernant l'araignée c'eft fur-
tout une Mufique lente & harmonïeufe,
qui femMe' plaire' -à cet infecte, &
l^àttiiïr. J'ai vu auffi, de petits poiuons
nourris dans un vafe dont la' partie fu-r
périeure éa»it- découverte, chercher le:
monter à la furface. de
l'eau pour l'entendre élever- la-tête &
rfifter immobiles dans cettefituation il
j'approchois d'eux fans toucher l'inibru-
SU&LA- Mu !-S t Q TJE. if f
Bii]
ment, ils fèmbloient enrayés, Sc'pîonV
geoient au fond du vafe. J'ai répété vingt-
fois cette expérience.
L'kiùmâ. mufical reconnu dans ies ani-
maux, eft plus fenfible encore dans l'en-.
fànt au maillot. Cette foible créature dont
la raifbn eft, pour ainfi dire comme ̃ {es
membres enveloppée de? langes de l*e.n-
fance, goûte les fons avantd'avoir encore
aucune idée nette & diitinâe. Le chant
d'une nourrice foulage fes douleurs, calmé
fon. impatience lui tranfmet une gaieté
qu'attelé fon fourirê innocent (ïj.
Transportons nous dans les forêt»
qu'habitent des Peuples féroces &:indiicf-
plinés. Nous y verrons laMtifique conv
pagne inféparable de l'homme Se comme
lui réduite à rinftinâ; le. plus jàuvage; JL&
Mufique prife ainiî au berceau, dtitcoa-'
ferver tous les caractères de fon inftitu-
(i) tl èft confiant que, dans renonce, naâs
avons des fenfations Ic»g-tems avant d'en fàvoir
tirer des l'Orig,dcs
»t .-G$S5HVATï;Oîrs
«Qâ naturelle, & tous fès titres originels
qu'aucune convention n'a falfifiés. Voyons
fi dans cet état elle cherche à imiter.
Les Sauvages emploient la Muiïque
dans leurs fêtes qui font militaires ou
funèbres & leurs chants ainli qu'ils les
nomment eux-mêmes, font des chants de
guerre ou de mort. Quelle idée Te faire
des accens modulés par lesquels des hom-
mes féroces fe réjouiflènt d'un triomphe
barbare, ou fe préparent à une exécution
Sanguinaire ? Si jamais la Mufique a dû
pçindre exprimer ç'eft dans cette cir-
cônftance. Cependaae les chants des Sau-
vages rfont aucun des caractères dont
îtotre imagination les juge fufcépribles.
la. mélodie en cft éome & gaie plutôt que
«râblé; & ce qu'il ,faut. remarquer) le
chancre guerre qui devroit çtre vif &:
sïrayant, ne. diffère pas du chant de mort;
.celui-ci n'eft ni trifte ni lent (i. j, La m.êxhe
incohérence du chant & des paroles Ce fait
• On ocoOTçr^ ces chants câpres notés»
SUR. -LA' MUSIQUE. t3
B IY
fentir dans les chanfons des Nègres qui
peuplent nos Colonies. Ils mettent én
chant tous les événemens dont ils font té-
moins maïs que l'événement foit heureux
ou funefte l'air n'en a pas moins le même
cara&ère.
Les Matelots, & en général tous les
hommes du- peuple Se de
mettent .dans.leur -chant je ne fais qoelÉé
inflexion traînante qui -lni
ndère de. tnfteiTe mais ils font gais âti
moment où ils chantent triftement. Ainfî^
la Mufique pour eux n'eft pas un langage
d'expreffion ce n'efL pas ;un: Art qui
imite ai qui cherche même à imiter.
$4 O B S B E ¥A T 1X5 N-S
CHAPITRE XII.
Continuation du même Examen.
onnons au principe que nous venons
d'établir, toute ïextenfîon dont il eft
fufceptible portons le même jusqu'à
l'exagération;; tous les pas que nous fe-
rons au-delà du vrai, ne feront pas infrac-,
tueux pour nos. recherches. Sortir ainfi de
bos limites, c'eft reconnaître les dehors
de larplace où nouscHexchons à nous ren-
dre inacceffibles. ̃. '"̃'̃̃
A prendre les mots dans leur lignifica-
tion rigoureufe, le chant ne peut imiter
que ce qui chanter que dîs je ? Son pou-
voir fouvent ne s'étend pas jufques-là. Le
ramage des oifèanx ne fauroit jamais être
bien rendu par notre Mufique parce
qu'elle eft aflèrvie aux lois, aux rapports
de l'harmonie; & que les oifeaux, mélo-
diftes incorrects, enchaînent leurs fons
SUR. la Musique. 2
fuivant un ordre que.l'harmonie n'avoue
pas. A uffi, depuis le tems que les Poëtes
lyriques appellent les oiseaux au fecours
de l'An qu'ils favorifent, cet Art im-
puiflànt dans fes moyens, ne s'eft pas
rapproché davantage de la vérité de cette
imitation. Plaifant Art d'imitation, s'il
rend les chofes qui lui font le plus analo-
gues de façon que la copie ne reflèmble
jamais au modèle
Je ne dois point diffimuler la réponfe
que M. l'Abbé Morrelec fait à cette diffi-
culté qu'il s'eft propofée lui-même plus
elle eft ingénieufe, plus nous nous fanons
un devoir de la citer (ij. L'imitation, de
la Musqué n'a befoin. d'être ni.com-
plette, ni exa&e," ni rigoureufe elle
» doit même être imparfaite Se différente
» de la nature par quelque côte.
(la) Le petit Écrit ou M. l'Abbé Morrelet traire
de Texpreffion muGcale, eft plein de vues fines &
je ne faîs fî l'on a éciif rien de mieux fur la
Manque.
16
» Tous les Arts font une eipéce de
n pa<5te avec l'âme & les fens. qu'ils
affe&eat ce pacte confîfte à demander
» des licences, & à promettre des plaifirs
qu'ils ne donneraient pas fans ces licen-
ces heureafes. La Mufique prend
des licences pareilles. Elle demande à
» cadencer fa marche, à arrondir fes pé-
» riodes à foutenir, fortifier la voix par
»s Taccompagnement qui n'eji cenaznk-
» ment pas dans la nature. Cela fans doute
y> altère la vérité de l'imitation mais
augmente en même-tems fa beauté, Se
donne à la copie un charme que la na-
» tore a reftufe à l'original.
»'Rien ne reflèmble tant an chant du
*5 roffignol que les fons de ce petit chalu-
on meau que les enfans rempliflènt d'eau
« & que leur fouffle fait gazouiller. Quel
» plaifir nous fait cette imitation ? Aucun.
» Mais qu'on entende une voix légère,
53 une fyinphonie agréable qui expriment
( moins fidèlement fans doute ) le chant
du même roffignol; l'oreille Se rame
S t-fc l-.Ar. -M X? SIQ; U E. 17
foajc dans le c'eft que les
ss Arts font quelque chofe de plus que
>> Fimkatioù exa&e de la nature. »
Je fcas tout ce qu'il y a d'ingénieux Se
de vrai dans cette réponfe mais qu'il me
foit permis de demander à M. l'Abbé
Morrekt pwrquoi la Poéfîc, la Peinture,
la Sculpture font tenues à nous donner des
images fidclles, vraies, refTemblances
des objets qu'elles imitent, tandis que la
Musqué en eft difpenfée ? N'eft » ce pas
parce que cet Art eft moins un Art d'imi-
çarion que les autres? Le chalumeau des
enfansi quoiqu'il imite avec la plus grande
perfe&ion un effet en^bi-même agréable,
(le gazouillement duroiEgno;l}nenous fait
Aucun plaifir au contraire, une {ym~
phonie kgère qui n'a qu'une très foible
refïcmblance avec ce gazouillement, mais
dont le chant eft mélodieux cette fym-
phonie, dis- je flatte 8c réjôuit notre
oreille ces deux faits rapprochés ne
concourent-ils pas à prouver.que l'imita-
ûon a peu de part aux effets agréables de
l£ OBSERVATIONS
la Muuque & que le charme de la mélo-
die y fait prefque tout.
Mais, dira -t- on, fi la Mufique nè&
pas l'imitation de la nature, qu'eft-elle
donc ? Étrange befoin de l'efprit humai»
de fe tourmenter par des difficultés qu'il
fe forge lui-même, & de s'arrêter au fens
de paroles captieuses, qui, approfondies,
n'en ont aucun! La Mufique eft pour i'ouie
ce que font pour chacun de nos fens les
objets qui les. affectent le plus délicieufe-
ment. Eh quoi 1 lorfqu'un beau vifage
attire vos regards & les fixe par un charmé
irréfîffible, 'qu'a de commun l'limitation
avec le plaifir que ^is éprouvez? Elle y eft
entièrement étrangère. Pourquoi donc ne
voulez-vous pas que l'oreille ait, aînfi que
la vue-, l'odorat & le toucher, fes fênfa-
tions voluptueùfes, & fes jouiffances im-
médiates ?- En eft-il d'autres pour elle que
celles qui réfultent des fons harmonieufe-
ment combinés ? Eû-ce parce qu'il vous a
plu de nommer la Mufîque un Art, que
vous prétendez i'allujétir la commune

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