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OBSERVATIONS
SUR LE MÉMOIRE
D U
GÉNÉRAL LLOYD.
OBSERVATIONS
SUR LE MÉMOIRE
D U
GÉNÉRAL LLOYD,
CONCERNANT L'INVASION ET LA DEFENSE
DE LA GRANDE-BRETAGNE;
PAR LE CIIEF DE BRIGADE GROBERT,
S. Inspecteur aux Revues et Administration des Troupes.
P A R I
-- -4v
Ch. Poucens, QUAI VOL TAI, N. ° 10.
Magimel, QUAI DES Augustin s.
AN XI. - l8o3..
1
AVANT-PROPOS.
LE prix que le Gouvernement anglais
offrit pour l'acquisition du Mémoire du
général Lloyd ( 1 ) ? ne prouve autre
chose, à mon avis, sinon que l'auteur
était pauvre et le ministre effrayé. Il
serait plus satisfaisant de trouver, dans
cet Ouvrage, le sentiment exclusif et
généreux qui appelle un citoyen ins-
truit à contribuer, par ses lumières ? à
la défense de la patrie. Mais si un motif
aussi magnanime et dégagé de toute au-
tre vue , avait présidé seul à ce travail ,
cet officier, doué d'une grande expé-
rience et d'une critique éclqirée, n'eût
(1) Il a été payé cinq cents guinées : mais l'appât
îchi gain n'a pas guidé la plume de Lloyd ; il avait
besoin d'un pardon : il lui importait de s'assurer,
dans un âge avancé, un asile en Angleterre ; il
Voulait saisir l'occasion de plaire à son Gouverne-
ment et à la nation qu'il avait depuis long-temps
abandonnée.
( 2 )
pas hasardé des raisonnemens chance-
lans hypothétiques, et qui étaient pro-
bablement condamnés dans son esprit.
Si l'impossibilité de l'invasion de
l'Angleterre avait pu être démontrée
par des argumens irrécusables, Lloyd
les eût saisis ; il les eût développés avec
tout l'avantage que ses talens devaient
lui procurer ; et si, pour défendre cette
thèse importante, on n'eût pu faire
valoir que des phrases oiseuses et des
suppositions absurdes, ce guerrier au-
rait combattu dans le silence ; il n'au-
rait pas compromis une réputation ac-
quise à juste titre dans la carrière des
armes et dans celle des lettres, pour
hasarder des démonstrations qui s'é-
clipsent aux yeux de la raison et de la
vérité. Un autre motif a donc déter-
miné la publication de ce Mémoire.
Le cabinet britannique eût dû, peut-
être , en confier l'examen à quelque
militaire instruit qu'il aurait infailli-
blement rencontré dans l'armée an-
( 3')
1 *
glaise : il eût acquis alors la certitude
que le dernier travail de Lloyd dépa-
rait ceux qui avaient valu quelque re-
nommée à son auteur.
Ces idées se sont probablement of-
fertes à la réflexion du ministre. Mais
les flottes francaises menacaient les
D �
côtes de la Grande-Bretagne ; il im por-
tait moins de rassurer le peuple et le mo-
narque par des raisons solides que par
une péroraison quelconque , étayée
d'un nom qui inspirait de la confiance.
La somme consacrée à cette acquisi-
tion ne fut que le prix du sacrifice
que l'auteur faisait de son amour-
propre.
De telles remarques ne peuvent pas
atténuer l'estime et la reconnaissance
que les militaires doivent aux travaux
de Lloyd. Quelques erreurs, qui appai -
tiennent plutôt aux aphorismes de l'an-
cienne tactique dont il était im bu, qu'au
défaut de perspicacité, ne diminuent
pas le mérite des observations pro-*
(4)
fondes et judicieuses de cet écrivain*
* S'il n'avait pas été précédé par l," an-
nonce de talens réels, le Mémoire des-
tiné à démontrer l'impossibilité de l'in-
vasion de l'Angleterre ne mériterait pas
une réfutation sérieuse.
On peut, à mon avis, juger la mo-
ralité et les talens du général Lloyd,
autrement qu'en consultant les éloges
et les accusations que différens auteurs
ont produits contre lui. John Drum-
mont écrit en 1790 à l'Editeur de son
Mémoire y publié dans l'an IX, que
Lloyd était, à proprement parler" ufi
espion. Le reste de sa lettre semble
annoncer quelque déférence pour lui,
et de l'admiration pour ses talens. Il
dit à la page 38 : cc J'allai en 1758 aux
» Indes Occidentales; je perdis de vue
» mon ami: mais en 1776, je le retrou-
33 vai à Londres sous le titre du géné-
a) ral Lloyd ». Il y a quelque contradiç-
tion dans cette manière de manifester
son opinion sur la moralité d'un indi-
( 5 )
vida. - L'auteur du précis sur Lloyd
s'exprime sur un ton bien différent :
« Wasingthon, dit-il y aurait trouvé un.
» rival digne de lui ; l'Amérique eût re-
produit les jours de Turenne et de
» Montecuculli ; et le monde, sus-
» pendu entre deux talens égaux et
» des vertus pareilles, n'aurait su pour
» qui faire des vœux ». C'est beaucoup
dire.
Lloyd eût été employé avec succès,
à mon avis ? à la tête d'une division des-
tinée au service important des grandes
reconnaissances. Il eût servi utilement
comme chef de l'état-major d'une ar-
mée. Mais la facilité avec laquelle il
s'abandonnait à son imagination, son
caractère irritable et l'accès que des
passions promptes trouvaient dans son
cœur, ne pouvaient promettre les qua-
lités calmes et les idées vastes que l'on
a admirées dans quelques généraux
anciens et modernes.
Je ne m'étaye pas d'un principe de ce
( 6 )
système que l'on appelle, je ne sais pour.
quoi machiavélisme (i), en reprodui-
sant cet axiome si antiq ue et si universel-
lement avoué que dans leurs rapports
avec la société ou avec son chef, les ac-
tions de chaque individu sont subordon-
nées à l'opinion; en sorte que la même
action, appliquée à des opérations plus
vastes ou plus rétrécies, a une dénomina-
tion glorieuse ou infamante. Il est facile
de rendre raison de ces contradictions
apparentes, et d'expliquer pourquoi il
(i) Les écrits d'Epicure et de Machiavel ont subi
à-pau-près la même condamnation. Le petit nombre
les a lus; un nombre encore moindre les a compris.
Depuis les ouvrages de ces philosophes , jusqu'au
roman éloquent et instructif des Liaisons dange-
jeuses, les hommes ont de tout temps repoussé la
main qui soulevait l'appareil de leurs plaies. La vé-
nération de Sénèque pour les préceptes d'Epicure
suffirait pour attester la pureté de la morale qu'il a
enseignée. Le code mystérieux de la politique a été
arraché du trépied sacré ! On a pu connaître que
Machiavel n'était qu'un sage courageux. On a re-
marqué que ceux qui défendaient l'approche de son
livre, l'étudiait avec soin. On a observé qua
( 7 )
convient à l'intérêt social qu'un con-
quérant magnanime soit distingué d'un
pirate avide et sanguinaire. Les offi-
ciers les plus expérimentés sont em-
ployés , en temps de guerre y QXXTL re-
connaissances ; exposés à des périls
éyidens, ils sont forcés souvent à faire
usage de la ruse pour remplir avec
fruit leurs missions. Aucune récom-
pense ne les attend que celle de la
le plus grand bienfait à répandre sur la société était
celui de la considérer dans son état d'imperfection ,
de sonder tous ses maux, de les proclamer sans
crainte , et d'indiquer des remèdes qui ne sont par-
fois que des moindres maux opposés à d'autres plus
funestes. Celui qui a pu instruire un jeune prince à
ne pas prendre son cœur pour son cerveau, à se
méfier du crime offert sous l'aspect séduisant de la
vertu , à envisager les hommes tels qu'ils sont, en
un mot à être sage, a rendu à la morale et à la
société le plus important service. Une vie pure et
vertueuse , l'estime de sa patrie , des lettrés et de
tous ses contemporains, déposent en faveur de Ma-
chiavel, que les cagots en politique ont décrié par des
motifs beaucoup plus répréhensibles que ceux qu'ils
lui supposaient.
( 8 )
gloire, et souvent celle-là seulement
de leur propre satisfaction. Il serait
facile, en prenant pour guide -des dé-
finitions indéterminées, de reconnaître
des espions dans ceux qui remplissent
des missions semblables. Ce nom pour-
rait être étendu aux dignités les plus
éminentes et les plus respectées.
Les sociétés de toutes les nations ont
repoussé de semblables sophismes, at-
tendu que le titre odieux d'espion a été
donné à l'homme qui, dans l'espoir d'un
lucre momentané ou d'une récompense
pécuniaire, s'est chargé d'une recherche
à laquelle il n'était pas consacré par état.
Il serait impossible de reconnaître un
motif aussi vil dans la conduite du géné-
ral Lloyd. Sa vie entière annonce le dé-
sintéressement et la fierté portée jusqu'à
l'excès. Le Gouvernement autrichien ,
dont il quitta le service par les mécon-
tentemens qu'il y avait essuyés, voulut
exiger de lui qu'il n'entrerait pas au ser-
vice du roi de Prusse : « Né Anglais,
( 9 )
» dit-il y je suis libre : je donnerai
35 à qui je voudrai mon épée et mon
53 cœur 5).
L'Impératrice de Russie dîna un jour
avec lui. ce Votre majesté, lui dit Lloyd ?
5j me perd et me met hors d'état de pou-
35 voir la servir 35. Il quitta, peu de temps
après, le service moscovite sans pen-
sion et sans retraite. Il est mort. dans
l'indigence; et une vie laborieuse et
remplie de traits de noblesse et de dé-
sintéressement éloigne de ce guerrier
le soupçon de la bassesse et le reproche
de la cupidité (1).
(1) Lloyd visita, dit on, les côtes de l'Angleterre,
déguisé en marchand. Si le fait est vrai, j'ignore
pourquoi on serait étonné qu'un homme, qui pré-
parait des travaux importans sur l'art militaire,
voulût se procurer par lui-même des matériaux sur
un des plus intéressans problèmes de l'art de la guerre.
Eût-il pu faire de telles recherches ouvertement, et
en déployant le caractère d'un officier? N'a-1-il pas
dû apprécier l'inquiétude de l'Angleterre sur toute
démarche qui pourrait avoir trait à une aggrôssion
si redoutée ?
( 10 )
Lloyd a dû être haï et accusé, parce
qu'étant doué d'un caractère élevé,
dépourvu de naissance, de fortune et
d'appui, riche de talens et de fierté,
son sort était de parvenir au rang le plus
éminent, ou d'être précipité dans l'ou-
bli. L'existence de ce guerrier est peinte
fidèlement dans le passage suivant du
précis de sa vie. Il désigne les motifs
des persécutions qu'il a essuyées, et
des imputations qui en furent la suite
nécessaire. « Il doit obéir à de vieux
» enfans, qui, sans avoir étudié leur
» profession, entêtés des vieilles rou-
» tines qu'ils appellent de l'expérience,
» et se prévalant d'une longue exis-
» tence qu'ils appellent une longue
» vie, s'attachent à traverser, à piquer,
» à ridiculiser le génie naissant, qu'ils
» haïssent, parce qu-'ils sont forcés de
» l'estimer plus qu'eux-mêmes. Sou-
» vent l'intrigue et les souplesses ont
» élevé leur fortune et la soutiennent ;
» ils veulent lever en détail ce tribut
( Il )
53 de bassesses qu'ils payent en - masse
» à l'autorité suprême. L'homme de
îj cœur, incapable de se plier à de
dégoûtantes sujétions, contrarié dans
l'emploi de ses talens, rebuté par
» des concurrences humiliantes, aigri
» par des préférences injustes, induit
« à manquer aux formes par tout ce
» que la jalousie, l'intérêt et la haine
■ peuvent inventer de pièges téné-
».breux, s'arrache avec indignation et
» mépris à cette foule de rivaux et de
» juges indignes ; et, retiré dans son
» cœur, abandonné à l'exercice paisible
33 de son génie, il laisse à d'autres acteurs
33 la scène tumultueuse du monde. La
33 vie militaire de Lloyd est l'exemple
» de cette triste moralité ».
Cette digression n'est pas inutile à
notre sujet : elle tend à prouver que
l'estime acquise aux talens et au cou-
rage, appartient à toutes les nations ;
que ce tribut réciproque est indépen-
dant des circonstances qui les divi-
( 12 )
sent ; et qu'en combattant les opi-
nions d'un officier célèbre, nous ne
le frustrons pas de l'hommage qu'il a
pu mériter.
VUES GÉNÉRALES (i).
LE premier chapitre du mémoire, traduit
par le cit. Imbert, appartient-il au général
Lloyd ? On pourrait en douter en lisant le
paragraphe suivant :
cc Depuis quelques années la France pré--
» sente au petit nombre d'hommes attentifs
» un grand phénomène politique , ignoré
55 dans l'antiquité (1) ; mais préparé , et
» résolu en Amérique. Les vingts dernières
» années du 18me siècle ont rendu tout pos-
» sible dans l'histoire des révolutions, et
» dans l'amélioration, je ne dis pas des in-
» dividus , mais de l'espèce humaine. Le
55 gouvernement anglais suit de l'œil cette
53 marche politique , et en redoute l'ap-
» proche. 55 — Le général Lloyd est mort le
(i) Nous suivons l'ordre et les itres des chapitres du.
Mémoire.
(1) Pourquoi ignoré dans l'antiquité ?- La destruction
des dynasties monarchiques , les changemens, les substi-
tutions , les modifications ou altérations quelconques des
gouvernemens , n'ont - elles pas appartenu à tous les siè-
cles , à tous les peuples ? L'Angleterre elle-mthne n'en
offre-t-elle pas un exemple ?
( 14 )
rlg jpiIt 1783. Comment a-t-il pu entretenir
ses lecteurs des événemens, qui n'ont eu lieu
qu'en 1789? Le reste de ce chapitre, dont
le style diffère sensiblement des autres, con-
firme la doute que nous avons élevé. En-
vain objecterait-on que l'auteur n'a entendu
parler que-des dernières guerres de la mo-
narchie française. Cette phrase. ce Les vingt
dernières années du dix-huitième siècle. »
dissipe toute espèce d'équivoque. En tout,
ce chapitre est entièrement détaché du sujet
annoncé; mais il contient deux vérités im-
portantes.
10. C'est que les puissances d'un ordre
inférieur ont un grand intérêt à « conserver
la paix. ce Elles en ont tous les avantages
» sans courir les hasards et les dépenses
» de la guerre. 55
2°. « L'Angleterre en se jetant au milieu
» des querelles du continent, a bien moins
» en vue la tranquillité des peuples que
» l'extention de son commerce. Sa politfque
n est réfléchi^ ] les prodigieux efforts que
» nécessite une guerre sur le continent ,
» contre une réunion de puissans ennemis,
» détournent l'attention de tout autre objet.
» Pendant ce temps, forte de son commerce,
( 15 )
» qui rend d'un côté ce qui s'écoule d'un
» autre, elle dirige les cabinets étrangers;
» et par la manière dont elle sait les inté-
» resser à sa cause, elle y fait sans peine
» adopter ses volontés supérieures. »
Je doute encore une fois que le ministère
anglais ait acheté fort cher des vérités qu'il
lui importait de dérober jusqu'à l'époque,
où par une déclaration de guerre inopinée,
et que j'ose appeller impoli tique, il a des-
sillé les yeux des Puissances continentales.
Ce chapitre n'a donc pas fait partie du ma-
nuscrit de Lloyd. Cet auteur eût offert, en
l'insérant dans son Mémoire, une des preuves
les plus convaincantes de la possibilité de
l'invasion. En effet si les efforts d'une ma-
rine nombreuse , les secours de vivres abon-
dans ? les diversions, et les attaques sur plu-
sieurs points sont nécessaires à l'exécution
de ce projet , ces moyens seront d'autant
plus faciles et plus redoutables, que les autres
Puissances seconderont avec plus ou moins
d'efficacité l'aggression de la France, et
leurs dispositions seront naturellement ins-
pirées par les motifs mis en évidence dans
le paragraphe précité.
Il était donç néçessaire en exposant des
( 16 )
yues générales qui préçédaient un ouvrage
rédigé pour rassurer le peuple anglais , de
supposer la France isolée. Il fallait éviter
d'introduire toute espèce de raisonnement
qui amènerait l'espoir d'un secours étranger,
ou qui prouverait aux puissances du conti-
nent qu'elles sont jouées par une ambition
despotique , qui détruit leurs richesses, et
leur population , pour aspirer à loisir tout le
commerce de l'Europe.
Mais ces vérités sont en ce moment si évi-
dentes qu'elles n'ajoutent rien à l'opinion.
Nous observons seulement qu'il paraît incer-
tain que le gouvernement anglais ait gra-
tifié celui qui les aurait publiées.
OBSERVATIONS
OBSERVATIONS
SUR LE MÉMOIRE
i DU
GÉNÉRAL LLOYD,
CONCERNANT L'INVASION ET LA DEFENSE
DE LA GRANDE-BRETAGNE.
, CHAPITRE PREMIER.
Sur r Alliance de l'Angleterre avec les
Puissances du Continent. tJ
CE chapitre, ainsi que le précédent, n'est
pas étroiternent lié à la question; mais
les corollaires que Lloyd déduit de la né-
cessité de l'alliance de l'Angleterre avec
les autres puissances, nous rapprochent du
sujet : l'auteur atteste d'abord cc que le
» nombre des ports fait la puissance de
jy 1 Angleterre. » Il observe ensuite cc que ce
» mêni - Ibre fournit plus de moyens
i) ta -q. u
a
( 18 )
Ilajouteunaxiomeque l'on doit remarquer :
parce qu'il est évidemment en contradiction
avec les raisonnemens qui sont produits par la
suite, pour prouver l'impossibilité de mainte-
nir, sur le territoire de la Grande-Bretagne,
les troupes débarquées. cc Quand elle n'aura,
» dit-il, que son ile à défendre , tout est
» fini. » Une note judicieuse du traduc-
teur rappelle l'opinion de Jean-de- Vienne,
amiral de France sous Charles V , qui avait
pour maxime que les Anglais n'étaient ja-
mais plus faibles ni plus aisés à vaincre que
chez eux. Elle nous retrace la fraveur et
la fuite des habitans de Londres, lors de
l'apparition de l'amiral Ruyter dans la
Tamise.
Le général Lloyd conclut en affirmant
« qu'une flotte puissante , trente mille sol-
33 dats de marine avec des alliés sur le
» continent, seront l'unique sauve-garde de
» l'Angleterre. »
Si l'on excepte l'alliance continentale qui
est plus nécessaire à l' Angleterre qu'à toute
autre puissance , nous croyons que l'avis du
général Lloyd ne serait pas très-utile à sa
patrie.
Nous ne discutons effectivement ici que
( 19 y
a*
la probabilité de l'invasion, et nous pouvons
douter, d'après son propre système de dé-
fense:, qu'une flotte puissante et trente
mille soldats de mariné soient la sauve-
garde de cette île.
L'emploi d'une flotte en pareil cas serait
celui de rendre difficile l'approche des côtes,
ou la sortie et la traversée des forces en-
nemies. Mais les stations de cette flotte
et ses croisières ne peuvent pas être inva-
riables. 1°. Parce que les vents, les courans
et l'élément qui la porte, peut la déplacer
instantanément, et qu'un seul instant suffit
pour une traversée courte et rapide. 2Parce
que d'autres forces maritimes peuvent at-
taquer les vaisseaux qui bloqueraient nos
ports : elles peuvent les contraindre à s'é-
loigner en manœuvrant ; elles peuvent les
occuper assez pour fournir à nos convois
l'occasion de mettre sous voiles, à la faveur
d'un vent frais et soutenu ; enfin comme il
est impossible de préciser toutes les chances
que l'instabilité des élémens peut amener,
il est également difficile de désigner celle
que l'agresseur choisira pour se transporter
sur la côte opposée.
On doit observer qu'il n'est pas question
( 20 )
ici des avantages que des flottes anglaises
pourraient remporter sur d'autres forces ma-
ritimes ; mais seulement de la faculté de
les éloigner par un tel moyen de la ligne que
l'agresseur veut parcourir (1).
Le général Lloyd a probablement envi-
sagé la résistance à opposer dans la traversée,
comme un moyen de défense douteux et
sujet à des chances défavorables , puisqu'il
ne l'a pas produit dans son Mémoire. Les
difficultés topographiques y sont exclusive-
ment détaillées, pour démontrer l'impossi-
bilité de pénétrer jusqu'à la capitale de la
Grande-Bretagne.
On doit remarquer toutefois que l'asser-
tion rélatée ci-dessus vient à la suite des rai-
sonnemens précédens , et qui sont tous di-
rigés à prouver la nécessité d'inquiéter la
France dans ses établissemens lointains,
et de la harceler dans toutes les parties
du monde. C'est pour remplir cette tâche
importante , que Lloyd demande une flotte
considérable, et trente mille soldats de
marine.
(1) Nous aurons lieu de revenir quelques fois sur la-
difficulté de cette traversée.
( 21 )
Ces soldats sont donc destinés à com-
battre sur terre, à débarquer , rnarchér, se
retrancher, et manœuvrer contre un ennemi
quelconque. Mais Lloyd était trop bon mi-
litaire pour ne pas apercevoir qu'un tel sys-
tème serait absurde , dispendieux et impra-
ticable. Si la fonction de ces trente mille
hommes n'est pas exclusivement celle de
défendre les vaisseaux de l'abordage , ou
de fournir un feu de mousqueterie dans un
combat naval, leur principal but est celui de
ravager les possessionsde l'ennemi, conquérir
des pays sauvages , créer et défendre des éta-
blissemens , et faire en un mot tout ce qui
appa-rtient au service des troupes. de terre,
et à l'action de celles qui sont embarquées
pour cet effet.
Chaque expédition qui portera une quan-
tité quelconque de soldats, sera donc munie
des armes qui doivent la compléter. Je veux
dire que le matériel de l'artillerie et çlu génie
suivra ces embarcations, et ce matériel sera
infailliblement embarrassant. On transpor-
tera des chevaux, ou on les supposera accli.
matés et en nombre suffisant dans le pays
où l'on veut agir. En un mot les accessoires,
ou si l'on aime mieux , le complément de
( 22 )
cette armée dispersée sur différentes flottes,
sera, indubitablement volumineux , et d'un.
transport gênant, parce qu'il sera continu
par la constitution de l'armée même.
Et comment des soldats habitués à coucher
dans le hamac, et à la distribution de la ra-
tion journalière de leurs vivres, feront-ils des
marches pénibles dans les déserts ou dans
les forêts? Comment auront-ils acquis l'ha-
bitude de transporter leurs armes , leurs
munitions, les outils du génie , et tout ce
qui est nécessaire aux expéditions de cette
nature? Dans quel temps, et dans quel lieu
auront-ils été exercés à manœuvrer devant
l'ennemi, à élever des retranchemens, à par-
faire rapidement tous les travaux auxquels
sont exercées les armées de terre ? — Quelle
sera en un mot l'organisation et le mode
d'avancement des corps disséminés à de
grandes distances?
Les objections à l'avis du général Lloyd,
sur la méthode qu'il propose pour la créa-
tion de cette armée maritime, peuvent donc
être ainsi raisonnées :
10. Si les trente mille soldats demandés,
sont exclusivement destinés au service de la
( 23 )
marine, ils sont trop nombreux, et souvent
inutiles.
2°. S'ils doivent , d'après les vues de
l'auteur, faire fréquemment les fonctions
des troupes de terre, ce but sera manqué
par les motifs que nous avons déduits. —
Plusieurs exemples ont prouvé que ces sol-
dats de marine n'ont pas agi avec succès
toutes les fois qu'ils ont attaqué des troupes
européennes.
( 24 )
CHAPITRE II.
De la force des nations, et en particulier
de la France, de VEspagne , et de la,
Grande-Bretagne.
LLOYD envisage la force absolue d'une na-
tion, dans la population et dans les revenus.
Sa force relative, dit-il, ce dépend de la po-
» sition et de la quantité d'industrie, de la
y* force des puissances voisines, du système
D) militaire , et de la nature du gouverne-
>5 ment. » - Cette distinction me semble
inexacte; caria quantité d'industrie, l'éten-
due et l'organisation de l'administration ,
et par conséquent la nature du gouverne-
ment > influent puissamment sur l'évalua-
tion du revenu. Ces deux objets sont donc
des parties intégrantes de la force absolue,
dont le revenu lui-même fait portion, d'après
l'avis de l'auteur.
Il appartient aux économistes de relever
les erreurs de quantité qu'il a commises, en
^vaUaant la force absolue de différentes na-
( 25 )
tiens. Lloyd conclut de toutes ces fausses
données, que « la force relative de fAngle""
» terre (1), comparée à celle de ses enne-
1) mis, aussi nombreux qu'ils puissent être,
» la dédommagera de l'énorme dispropor*
3? tion qui se trouve entre le nombre de ses
» habitans et ses revenus. » Etrange aST
sertion , que l'amour de son pays peut seul
rendre excusable !
Affirmer que la position de cette île aug-
mentera lorce absolue de la nation anglaise,
dans une proportion qui égale la différence
de sa population à celle de son revenu,
c'est préjuger la grande question sur la pos-
sibilité de l'invasion.. La France peut cher-
cher eu ce moment, ou dans tQut autre,
la solution d'un problème effrayant pour la
Grande-Bretagne : c'est celui d'annuiier
l'avantage de la position, et de rendre
l'invasion possible. - J/auteur n'est donc
pas reçu à supposer ce qui est à prouver, à
affirmer au commencement de son mémoire
ce qu'il n'a pas encore démontré aux yeujç
(i) C'est a-dire sa position , sa quantité d'industrie, lq
fprce des puissances voisings, son systèree mjlitqire et lq
nature de son Gouyernement..
( 26 )
du lecteur impartial. Une ile est infailli-
blement plus difficile à attaquer qu'une por-
tion du continent; mais la proximité, la
fai blesse de ses forces intérieures et les
exemples nombreux de ces agressions, don-
nent-ils à cette position tout l'avantage que
Fauteur du Mémoire lui suppose ?
J'aperçois encore moins comment la force
des puissances voisines peut figurer dans le
calcul de sa force absolue. La force mari-
time de ces puissances peut rivaliser et sur-
passer en peu d'années , de l'aveu de Lloyd
même , celle de l'Angleterre (1). S'il entend
parler des forces de terre , et de la supériorité
du système militaire qui les conduit, la
question ne vaut pas la peine d'être posée.:
— Le gouvernement britannique. Oui;
il est sage, s'il n'étoit altéré dans tous ses
élémens. Son administration est adroite, si
un coup de foudre ne la renverse ; enfin, sa
longue durée lui donne un avantage réel sur
un gouvernement naissant; ce qui n'a aucun
(1) « L'Angleterre n'ignore pas, qu'abandonnée à ses
» propres moyens , elle sera toujours forcée de partager
» avec la France l'empire des mers ». Chap. premier,
page 5 du Mém. de Lloyd.
( 27 )
rapport avec son essence. La quantité d in-
dustrie et raction commerciale me semblent
rester seules pour compenser Y énorme dis-
proportion qui est entre le nombre des habi-
tans de la Grande-Bretagne et ses revenus.
Cette supériorité est motivée par la frivolité
de notre nation y par l'égoïsme, par le désir
ardent d'un lucre rapide dans le cours (:l'Qne
révolution qui a jeté quelque incertitude sur
la durée ou la conservation des fortunes ;
-elle est enfin décidée par tous les motifs
qui, depuis un siècle environ, ont détourné
les capitalistes des placemens honorables et
avantageux qu'ils eussent faits dans les éta-
blissemens que l'industrie laborieuse peut
créer.
Mais cet avantage que j'espère voir un
jour balancé par la France, ne suffit pas à
déterminer la force absolue de la Grande-
Bretagne , pour l'opposer à une grande et
puissante nation continentale , alliée avec
d'autres ennemis, cc aussi nom breux qu'ils
puissent être. »
Ces réflexions ne retracent, au surplus,
que l'exorde du mémoire du général Lloyd.
Le chapitre suivant porte à-peurprès le mémé
caractère. :
( 28 )
CHAPITRE III.
Des rapports qui existent entre la forme
du Gouvernement et l'état de guerie.
« COMME les opérations militaires, pour-
» suit notre auteur, demandent de la vigueur
33 et de la constance, il est évident que l'état
» monarchique est très-propre à faire la
» guerre. Il en résulte, en général,
33 que les monarchies sont plus propres à la
» guerre offensive qu'à celle de défense.
» L'extrême difficulté de ramasser, unir et
33 diriger les forces nationales dans un gou-
» vernement républicain , prouve que la
?3 guerre , et sur-tout la guerre offensive, ne
3^ lui convient point. Elles n 'ont jamais
33 cette unanimité nécessaire pour faire la
?3 guerre avec une probabilité de succès, si
» elles n'y sont forcées par le sentiment du
?3 danger , etc. 3)
Lloyd excepte de cet axiome la seule répu.
blique romaine , ce qui fut formée sur des
>? principes militaires. 33 Mais n'eÙt..jl pas dû
( 29 )
observer que ses armes n'obtinrent les guccès
les plus brillans, que dans le temps où le
gouvernement républicain était en vigueur ?
N'eflt-il pas dû remarquer combien les trou-
pes romaines furent énervées et abatardies
sous les empereurs ? Eût - il pu oublier
Athèues , Sparte et Carthage ? Et * dans des
temps plus récens, les républiques de "V e":
nise, de Gènes et de Florence ? Quelques-
unes entreprirent les agressions les plus
audacieuses , en raison de leurs forces et de
leur existence.
Quelle difficulté peut-on rencontrer dans
un gouvernement républicain, plutôt que
dans tout autre , pour réunir et faire agir
promptement et avec unanimité des forces
militaires ? Cette assertion n'est-elle pas sug-
gérée par l'idée que Lloyd se forme d'une
république dont les soldats seraient volon-
taires et dispersés en @ tem ps de paix ? Mais ,
dans le système actuel, aucun état ne pour-
rait avoir- des forces militaires ainsi orga-
nisées. Si une république a besoin d'une
armée , elle ne peut en avoir d'autre que
celle qui, par sa constitution, ramène ses
élémens séparés À une échelle de subor-
dination , qui se rétrécit pour concen-
( 30 )
trer l'autorité dans un seul. Ce principe
es commun à la formation des armées
de tous les gouvernemens ; elles seront d'au-
tant meilleures qu'elles en seront moins
éloignées (i). La hiérarchie des grades, et
le choix du général duquel émanent des
ordres qui font mouvoir simultanément plu-
sieurs masses, sont un mode nécessaire,
et lié à l'essence d'une armée. Et si un seul
chef est indispensable pour commander une
réunion d'hommes armés pour la défense de
l'Etat, la qualité de la puissance à laquelle
il sera subordonné, ne saurait diminuer la
faculté et le devoir qu'il a de faire jouer sur
fin seul centre de mouvement, cette machine
compliquée, qui rie peut se passer de l'unité
de pouvoir, précieuse en pareil cas. En un
ïnot, la qualité du gouvernement ne peut
em pêcher une armée d'être organisée sur
(i) La seule différence qui peut exister entre une armée
républicaine et une armée monarchique, est celle des dis-
tinctions et des droits que donne la naissance pour oc-
cuper certains postes; encore cette différence pouvait dis-
paraître dans les républiques aristocratiques : mais, telle
qu'eJJe puisse être, elle n'influe en rien sur Y unanimité
que l'auteur désire. Elle a pu influer souvent pour atténuer
la subordination, et pour envelopper les chefs d'agitatioES
et d'intriguef.
( 31 )
des principes qui sont à-peu-près communs
à tous les peuples ; et si les élémens sont
bons , une armée républicaine aura la même
vigueur, la même unanimité, et des mou-
vemens aussi rapides et aussi réguliers qu'une
armée monarchique. Ces aphorismes seront
d'autant plus vrais qu'ils seront appliqués
à des républiques plus puissantes et plus
étendues.
On ne peut opposer au général Lloyd
l'exemple des Français, ni celui des victoires
qu'une armée républicaine a remportées
pendant neuf années.. Il n'a pas été témoin.
de ces événemens, et nous présumons
que son assertion était basée sur l'hypo-
thèse d'une armée créée dans un système
républicain, qui , d'après ses vues, n'eût
pas permis un cadre militaire stable et
régulier.
Le général Lloyd croit que l'amour du
prince peut inspirer une armée monarchique
à poursuivre des conquêtes ; la guerre offen-
sive lui convient, à son avis, par excellence.
« Mais la crainte du danger est le seul motif
» qui anime une armée républicaine : » elle
n'est propre, d'après cet auteur, qu'à la
guerre défensive.
( 32 )
L'amour du prince est motivé par la
facilité avec laquelle les affections se por-
tent plutôt vers un individu, que sur une
collection d'hommes qui gouvernent. Mais
l'attachement qu'une armée républicaine
vouerait à un général victorieux et père de
ses soldats, est assurément plus puissant
que celui qu'elle porte à son prince, presque
toujours éloigné d'elle, et qui partage rare-
ment ses dangers et sa gloire. Cet amour
n'est pas d'ailleurs le seul motif qui puisse
conduire une armée. Celui bien plus éner-
gique de la liberté et de l'indépendance, la
prospérité et la gloire de son pays , peuvent
produire des effets aussi puissans, et peut-
être plus durables.
La crainte du danger ou de l'agression
du territoire est-elle le motif unique qui dé-
termine la guerre offensive ? Il est superflu
de citer les exemples nombreux qui attestent
le contraire ; il suffit de s'arrêter sur l'idée
suivante. La France, considérée dans un sys-
tème républicain, n'attaquerait jamais l'An-
gleterre , attendu que celle-ci formerait
difficilement le projet sérieux d'envahir son
territoire. Les flottes britanniques détrui-
raient impunément son commerce , insul-
teraient
( 33 )
5
teraient son pavillon, et etabliraient-sur les
mers une suprématie insoutenable. Comme
le danger de l'invasion territoriale serait
presque nul, la France, comme république,
se bornerait à s'en préserver , et à établir
des moyens de défense sur ses côtes. Mais
n'existe-t-il pas d'autres dangers que celui
de l'invasion? L'armée et la nation entière
ne sentent-elles pas le danger d'une domi-
nation tyrannique sur leur navigation ? celui
de la destruction presque totale du commerce
national ? Le renchérissement des denrées,
-la méfiance- des capitalistes, les ravages de
l'usure y, l'avarice et l'égoïsme des Cultiva-
teurs, ne sont-ils pas une suite nécessaire
des hostilités de toute espèce d'une nation
jalouse ? Ce danger affecte journellement la
classe la plus nombreuse de la société qui
compose les armées républicaines ; il est dé-
montré à la réflexion des individus qui y ser-
vent par honneur ou par devoir. Existe-t-il
d'autre moyen de le parer, si ce n'est celui
de l'agression ? La guerre offensive n'est-elle
pas indispensable pour la défense même ?
et cette conviction n'est-elle pas assez puis-
sante, pour inspirer nos soldats et les conduire
à la victoire ? En un mot , le sentiment du
( 34 )
danger ne se compose-t-il pas de tout ce qui
peut amener la souffrance ?Et n'est-ce pas un
sentiment naturel celui d'aller en combattre
la cause par-toutoù elle peut être , plutôt que
d'en attendre les funestes effets? Le besoin de
détruire le mal dans sa source la plus active,
n'est-il pas plus senti et plus impérieux que
celui d'en attendre les progrès ?
Lloyd n'a pas assez vécu pour connaître
ce qu'un gouvernement républicain a dû
faire, pour contraindre ses ennemis à une paix
honorable. - Il eût été convaincu alors que la
guerre offensive a été pour ce gouvernement le
moyen unique, le plus direct et le plus efficace
pour tranquilliser l'Europe, et apprendre aux
peuples que nous estimons, le respect qui
est dû à une nation qui a voulu établir
seule ses propres lois et son système.
( 55 )
3*
CHAPITRE IV.
De Vinvasion des Français eti Angleterre ;
de leur objet: des difficultés qu'ils doi-
vent rencontrer, et des avantages qui
en résulteront pour la Grande-Bretagne.,
C'EST ici où commence, à proprement dire,
le mémoire du général Lloyd. Les phrases
suivantes semblent l'indiquer.
« Comme l'Angleterre est menacée d'une
M Invasion de la part des Français, et que
» tous les esprits sont dans les alarmes sur
55 les suites. , chacun doit tracer les
» moyens, etc., Dans cette vue, j'ai
55 rédigé le Mémoire qu'on va lire. »
L'auteur suppose que l'ennemi puisse se pro-
poser un des trois moyens suivans pour exécu-
ter un projet d'invasion. 1.° cc Le premier et le
55 plus essentiel, est celui de débarquer une
5> puissante armée. Si le débarquement s'ef-
» fectue heureusement, l'Angleterre sera
55 forcée de recevoir les conditions de paix
» qui lui seront faites; la guerre sera bientôt
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» finie. Cette entreprise est décisive, et pai;
73 conséquent préférable à toute autre.
» Le second objet de l'ennemi pourrait
» être de se rendre maître des provinces
» occidentales, et de s'y maintenir seule-
» ment quelques mois, sans avoir intention
33 de pénétrer plus avant dans le pays. Le
33 commerce de l'Angleterre serait alors tota-
:» lement intercepté ; tout se porterait à la
33 défense de l'État, et il en résulterait dans
» peu la perte infaillible des établissemens
» du dehors. Enfin, pour surcroit de
» malheur, il se peut que l'ennemi débarque
» r6 ou 20,000 hommes dans la baye de
» Galloway, et qu'il se couvre du Shannon ;
73 il lui sera facile d'engager les habitant du
3) Connaugh, ignorans et pauvres, à se
» joindre à lui ; dans ce cas, on aura beaucou p
M de peine à le chasser dé ce pays, sur-tout
,j' si sa flotte lui assure des subsistances. »
Chacun de ces projets exige au préalable,
selon Lloyd, que la flotte anglaise soit dis-
persée : car, « tant qu'elle ne sera pas en-
»,tanlée, dit-il, fût-elle même forcée de
» quitter pendant quelque tems la mer, une
» invasion ne peut, suivant mon avis, avoir
» lieu. Il ne suffit pas à la France de