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V I E
DE MADAME
LA FOSSE,
GUE RIE miraculeusement le
31 Mai 1725 à la Proceffion
du Saint Sacrement de la
Paroiffe Sainte Marguerite.
EN FRANCE.
M. DCC. L X I X.
iij
P R E F A C E.
ON vouloit donner cette Vie
de Madame la Foffe peu de tems
après fa mort. Tout étoit prêt;
mais des obstacles multipliés en
ont empêché jusqu'ici. On efpere
cependant qu'elle ne sera pas
moins reçue de ceux qui honorent
la piété, ou qui conservent du res-
pect pour la Religion. Un exem-
ple si extraordinaire de vertu &
de sainteté aura toujours droit de
plaire & d'intéreffer les coeurs
Chrétiens. Heureux s'y elle pou-
voit réveiller la foi de ceux de nos
jours ! C'est ce qui nous a engagés
à entreprendre cet Ecrit.
Il y a peu de Mémoires auffi
dignes de foi, que ceux dont on
s'eft servi. Le premier & le plus
considérable, qui contient la Vie
de Madame la Fosse depuis fa nais-
fance jusqu'à sa mort, est de son
fils, Chanoine Régulier, qui y a
travaillé avec foin & avec l'exactí-
cij
iv PREFACE,
tude d'un homme qui respecte la
vérité en tout. II ne dit que ce
qu'il a vu de ses yeux, ou qu'il a
appris de ceux qui avoient vu eux-
mêmes , s'étant donné bien des
mouvemens pour cela. Mais nous
aurions été privés de ce qu'il y a
de plus édifiant dans la vie de
Madame la Foffe & de plus capa-
ble de nous donner une juste idée
de fa vertu éminente, fi la Provi-
dence n'eut subftitué au fils, qui
n'en pouvoit être instruit par lui-
même , un témoin fidele & au-
dessus de tout soupçon de ce qui
s'est passé entre Dieu & elle dans
le secret de sa profonde solitude
chez les Dames Feuillantines. On
ne peut presque douter que l'Au-
teur de ce second Mémoire, qui
ne renferme que le tems du féjour
de Madame la Foffe dans cette
Maison, ne soit un digne Prêtre,
mort il y a quelque tems, fort re-
gretté de tous ceux qui s'adres-
foient à lui, à qui Madame la Foffe
avoit donné toute sa confiance ,
poux qui rien ne pouvoic & ne
PREFACE. v
devoir être caché , inftruit de tout
par état, & qui lifoit jufques dans
fon coeur tout ce qu'il en dit.
Quant aux recherches qu'a fait
depuis l'Auteur de cette Vie , tout
ce qu'il ajoute eft tiré de l'hiftoire
des réflexions morales par M. de
Loaïles, des Lettres de M. Col-
bert, Evêque de Montpellier, &
autres menumens publics.
Cette Vie n'offre rien de grand
aux yeux de la chair. Ni le nom ,
ni l'élévation de la perfonne dans
l'ordre du fiecle , ne font capables
d'intéreffer. On n'y voit ni les
grands évétiemens , ni les vaftes
deffeins, ni les faits mémorables,
qui font l'objet de la curiofité &
de l'admiration des hommes. Tout
y eft fimple, mais grand devant
Dieu. On y voit les vertus les plus
pures, les dons les plus excellens
qui forment le Chrétien , une foi
vive , une charité ardente , une
piété tendre , un coeur fans ceffe
élevé vers le Ciel, un mépris fou-
verain des vanités & des grandeurs
du monde, & avec cette noblesse
a iij
vj PRÉFACE.
de fentimens, une humilité pro-
fonde, une douceur, une patience
invincible , un amour du prochain
qui trouve les richeffes dans la
médiocrité la plus grande ; enfin
tout ce qui forme le parfait Chré-
tien & l'ami de Dieu. Voilà ce que
présente cette petite histoire. Si
on n'y trouve point ce qui frappe
les hommes & qui éclate à leurs
yeux, on y voit ce qui est l'objet
de l'amour & de la complaisance
même de Dieu; & en comparant:
ces deux diverses grandeurs, ceux
qui ont les yeux éclairés du coeur,.
dont parle saint Paul, ne voyent
que vanité & illusion dans cette
fausse grandeur humaine. Ils regar-
dent, selon la pensée de M. Bos-
suet, comme une efpece de déco-
ration fugitive de ce fiecle qui doit
périr, ceux qui y brillent par quel-
qu'endroit au-deffus des autres,
s'ils font destitués de vertus réelles.
Ils réservent toute leur estime &
tout leur respect pour ceux qui
craignent le Seigneur. Ils ne
trouvent qu'en eux de véritable.'
Ephef. 8;
v. 13.
PRÉFACE. vij
grandeur & de folide gloire.
Mais tenir ce langage dans un
fiecle tel que le nôtre ! qui l'en-
tendra ? qui n'en fera l'objet de
fes railleries & de fon mépris ?
Quoi! faudra t-il changer de lan-
gage, & ceffer de parler celui de
la religion, parce que des hommes
pleins d'eux-mêmes ne le peuvent
souffrir ? des hommes qui, bifar-
rement jaloux de penfer autrement
que le refte des hommes, n'ont
pour regle de leurs fentimens que
le contrepied de ce qu'on penfoit
avant eux, qui fe donnent pour les
organes & les interpretes de la
raison , & qui en font les plus
grands ennemis , qui' n'enfantent
que des fystêmes monftrueux ,
pleins de contradictions, fans fui-
te, fans liaifon, qui ne s'entendent
pas eux-mêmes , qui marchant
dans des ténebres qu'ils appellent
lumiere, vont fe perdre dans des
abymes où ils ne trouvent point
de fond , à qui il arrive ce qui ar-
riva à Bayle , leur digne Maître,
qui, interrogé par le grand Condé
a iv
viij PREFACE.
où il en étoit après tant de recher-
ches, lui avoua qu'il s'étoit perdu,
& qu'il ne voyoit plus rien devant
lui ; des hommes qui oppofés en-
tr'eux, & n'ayant de point de réu-
nion que la haine commune contre
la Religion , fe choquent & fe
heurtent les uns les autres comme
dans un combat de nuit ; qui vont
fe brifer contre des Mysteres dont
la raifon leur démontre la certi-
tude , & qu'elle leur propofe à
croire & à adorer, non à appro-
fondir & à examiner, pour qui des
railleries indécentes font des rai-
fons, quelques traits pétillans, des
preuves fans replique, qui ne doi-
vent leurs funeftes fuccès qu'à un
ton dominant qu'ils ont pris, à
une façon d'écrire plus finguliere
que belle, plus façonnée que digne
d'eftime, & furtout à la corruption
des moeurs qui s'accommode bien
de leurs principes ; des hommes
qui s'élevent impudemment contre
la créance de tous les fiecles & de
tous les peuples, qui nés dans ces
jours de colere & cette lie des fie-
PRÉFACE. ix
cles, traitent d'aveugles & d'esprits
foibles tous ceux qui les ont pré-
cedés , à l'exception d'un nombre
infiniment petit de prodiges d'im-
piété , leurs Ancêtres qui ont de
tems en tems étonné le monde par
leurs excès. Superbes Philosophes,
qui n'en ont dans le fond que le
nom , faudra-t-il, dis-je , respecter
ou craindre de pareils hommes ?
n'ofera-t-on plus parler de piété &
de religion ? Heureux ceux qui
méritent leur mépris ou leur haine!
Qu'on pardonne cet épanchement
de mon coeur à ma jufte indigna-
tion.
Peu de perfonnes connoïffent
tout le mérite de Madame la Foffe.
On fe borne à une idée confufe
de fa vertu, & l'on ne va pas plus
loin ; mais fi on fe donne la peine
de lire ce petit Ecrit, & fi on exa-
mine avec attention la fageffe de
fes réponfes, la jufteffe de fes dis-
cours , la vivacité de fon efprit
dans les occafions, la fermeté de
fon ame dans le befoin , fa con-
duite à la Cour pleine de dignité
x PRÉFACE.
dans une aimable simplicité, qui
excita la curiofité & fit l'admira-
tion de tout le monde, fa prudence
dans ses démarches, le ton soutenu
de toute sa vie , s'il m'est permis
de parler ainsi, l'eftime qu'en ont
fait plusieurs grands Magistrats, &
tous ceux qui, ayant quelque goût
pour la vertu , ont eu quelque liai-
son avec elle , on conviendra fans
peine de la vérité de ce que dit au
commencement l'Auteur de fa Vie,
d'après son fils , des dons qu'elle
avoit reçus du Ciel. C'eft pour la
faire connoître telle qu'elle est, &
en tracer un portrait fidele, qu'on
a entrepris cette Vie. Sa mémoire
fera toujours précieuse à l'Eglife.
Les yeux de la foi verront toujours
chez elle les traces de la main de
Dieu résuscitant un corps presque
anéanti. Le Miracle qui la tira du
tombeau & le Monument érigé
pour en perpétuer la mémoire, la
rendront à jamais respectable à la
Religion. Mais les merveilles que
Dieu a opérées dans son ame sont
encore plus grandes & plus admi-
PRÉFACE. xj
Tables. Il y a des ames que Dieu
fe réferve , dont il fe montre tou-
jours jaloux, & qu'il ne permet
jamais à l'ennemi de fouiller par
aucune tache mortelle. Cachées
dans le fecret de fa face , il veille
fur elles avec tendreffe , il les voit
toujours croître en vertus, & il ne
ceffe d'y verfer de nouvelles gra-
ces , jusqu'à ce qu'il les ait fait par-
venir à la plénitude de l'âge de
Jesus-Chrift à laquelle il les a des-
tinées. Ames chéries dont le Sei-
gneur dit avec une efpece de com-
plaifance dans le Prophete Ifaie :
« Ce font les ouvrages de mes
» mains, ouvrages que j'ai faits
" pour en tirer ma gloire, "
Madame la Foffe fut de cet heu-
reux nombre. Elle alla toujours de
vertu en vertu jusqu'à ce qu'elle vît
le Dieu des Dieux dans Sion ; &
l'on peut dire que fa mort feule fut
le dernier terme de les progrès
dans le bien fur la terre. Au refte,
rien d'outré & d'exageré dans cette
Vie. On s'y est scrupuleusement
attaché à la vérité. Tout y est tiré
Coloff. 27
V, 13,
If, 60,v. 27.
Pf. 83, 5.
xij PRÉFACE.
de Mémoires sûrs & fideles, comme
nous avons déja remarqué. Ce n'est
point par de pieuses fictions que la
vertu veut être honorée : elle ne
peut souffrir qu'on emprunte pour
elle des ornemens étrangers, &
elle n'aime rien tant que de parcî-
tre telle qu'elle est. Si la vérité doit
être respectée en tout, à plus forte
raison dans ce qui a rapport à la
Religion. En ufer autrement, c'est
une liberté criminelle. Nous nous
croyons d'autant plus obligés d'in-
sister sur cela , que nous sommes
dans un fiecle si malheureux , que
la corruption devenue presque gé-
nérale fait paraître une vertu aussi
pure & auffi grande que celle de
Madame la Foffe, comme un pro-
dige difficile à croire , & je n'en
suis pas surpris : rien de plus éloi-
gné de nos moeurs & de nos idées.
Il y aura cependant toujours dans
l'Eglife de ces prodiges de vertu:
ils font rares à la vérité dans cer-
tains tems ; mais plus ils font rares,
plus ils doivent' être chers aux Fi-
deles , plus il est nécessaire de les
PRÉFACE. xiij
faire connoître pour empêcher en
quelque sorte la prescription des
maximes de d'Evangile & des ver-
tus chrétiennes. L'iniquité abonde,
la corruption croît lans cesse; la
foi , les moeurs, les bienséances
mêmes, l'honêteté , refpectées par
les Payens, semblent difparoître
de dessus la terre. Mais Dieu n'a-
bandonne pas pour cela son Eglise :
elle est toujours l'objet de son
amour. Il donne des bornes aux
ténebres comme à la mer. Jamais
fa lumiere ne s'éteint tout-à-fait
fur elle. Dans le tems même de fa
colere, il se souvient de sa miséri-
corde. Dans le tems que le mal
semble être sur le point de tout
envahir, il forme dans le fein de
son Eglife des enfans dignes d'elle.
Si elle peut dire dans ces jours dé-
plorables, comme du tems de Jé-
rémie : " Un déluge d'eaux s'est
" répandu fur ma tête. Le Seigneur
" s'est caché dans fa fureur. Il m'a
« rempli d'amertume ; il m'a en-
« ivré d'abfynthe. La paix a été
" bannie de mon ame. J'ai perdu
Act. 3, 2.
Jérémie ;
Tren. 3 , dif-
férens ver-
sets.