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ORAISON FUNÈBRE
DE L'IMMORTEL
LOUIS XVI
ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE;
PRONONCÉE A MADRID, LE 20 FÉVRIER 1795.
PARIS,
ADRIEN EGRON, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
rue desNo\eis, II.° 3-
1S i 4^
L'AMOUR sincère de la patrie, rattachement inviolable à
l'auguste famille des Bourbons, qui nous a rendu heureux
pendant plusieurs siècles, le désir de propager de plus en
plus les vrais principes sur l'antique monarchie des Fran-
çais, ont déterminé, d'après l'avis d'ecclésiastiques respec-
tables , l'Editeur à faire paraître cette Oraison Funèbre. On
y verra surtout avec intérêt l'orateur y développer fidè-
lement la cause de nos malheurs, et nous donner les seuls
moyens d'en tarir à jamais la source.
SOUS PRESSE.
L'Oraison Funèbre de MARIE-ANTOINETTE, Archi-
duchesse d'Autriche, Reine de France, prononcée à Madrid,
le 14 décembre 1795, par le même orateur.
1
ORAISON FUNEBRE
DÊ L'IMMORTEL
: LOUIS XVI,
ROI DE FRANCE ET ,DE NAVABRE:
Verus est sermo quem audieram. de
virtutibus et sapientiâ tud.
, Ce que j'avais entendu dire de vos vertus et de
votre sagesse est véritable. 11 parai, c. g, v. 5.
» C'EST en vain, nos très-chers frères, que nous
avons voulu prendre quelque temps pour rassurer
nos sens, et calmer notre douleur : il est des senti-
mens si pénibles, si cruels, si amers, qu'ils s'aigris-
sent par les résistances qu'on leur oppose-, et qu'ils
ne peuvent être adoucis qu'en leur laissant un libre
cours. Notre imagination poursuivie par les idées
les plus accablantes et les plus épouvantables , fati-
gue continuellement notre âme ; et pressée par une
foule de sensations qui se combattent, elle ne sait à
laquelle elle doit céder davantage. L'indignation et
l'horreur, l'amertume et la douleur, l'admiration
et les regrets, la partagent également, ou plutôt la
remplissent toute entière. Quels monstres!. quels
supplices !. quelles vertus !. quels monstres dans
les assassins de notre roi! quels supplices ils lui ont
fait éprouver ! quelles vertus, dans l'héroïsme et la
patience du juste immolé à l'impiété philosophique
d'un siècle corrompu !
Ah 1 il est donc consommé ce dernier attentat,
(O
ce crime abominable, dont la pensée seule nous
faisait d'avance, et depuis trop long-temps, pâlir
d'effroi et frissonner d'horreur ! Par quels hommes,
et avec quelle barbarie, d'après quelles lois, et avec
quelle audace et quel horrible sang-froid !.. Porter des
mains sacrilèges, sur l'oint du seigneur, ôter la vie
à celui qui est revêlu de l'autorité de Dieu même,
pour exercer sa justice et sa bonté sur !a.terre y c'est
un affreux régicide; mais quand ce crime est ac-
compagné des circonstances les plus affreuses, quand
il vient à la suite de tous les outrages réunis, des
affronts les plus humilians, et des angoisses les plus
déchirantes ; quand on a l'effronterie de couvrir du
, manteau de 141 justice, la plus inouie , la plus coupa-
ble des injustices; quand on y met la solennité
atroce d'un supplice légal ; quand on n'y paraît
suivre les vaines formalités de quelques lois arbi-
traires, que pour les enfreindre toutes; 'quand on
refuse à son roi innocent, condamné cependant à
mourir sous le fer d'un bourreau, les égards de la
sensibilité, qu'on ne refuserait pas au dernier des
coupables, et que dans un temps moins barbare,
on accorderait même aux assassins de nos rois ;
quand cet assassinat public devient comme uri
crime national, combiné et réfléchi ; quand il est
ordonné par les propres accusateurs, voulu sans
réclamation, par des monstres qui, depuis quatre
ans, ne se repaissent que de scélératesses; quand il
est exécuté au centre de tout un royaume et dans
le sein d'une capitale immense, sans la moindre
opposition, au milieu des cris de joie et d'applau-
dissemens dignes de l'enfer; quel nom donner à
un pareil régicide! comment le définir, comment
même le concevoir? Non, les siècles les plus
grossiers et les plus barbares n'en offrent point
(3 )
d exemples. On a vu des rois tomber sous le fer
d'un assassin ; on en a vu, victimes des factions qui
ont déchiré leurs royaumes, périr au milieu de leurs
défenseurs; on en a vu un détrôné, condamné,
exécuté, au milieu de son peuple; mais c'était l'ou-
vrage d'un seul monstre, extrêmement ambitieux
et hypocrite ; mais ce ne fut qu'après plusieurs ba-
tailles, qu'il se rendit maître de la personne sacrée
du monarque; et ce ne fut, pour ainsi dire, qu'a-
près avoir écrasé tous ses sujets fidèles : mais le
bourreau qui consomma le crime , n'osa se montrer
à découvert, et se masqua la figure; mais le plus
morne silence régnait parmi tous les assistans, et
n'était interrompu que par des sanglots : mais une
infinité de sujets fidèles moururent, ce même jour,'
d'indignation et d'horreur! Mais le scélérat qui osa
juger et cond/arnner son roi, quelque tranquillité
qu'il affectât d'ailleurs, expia son crime toute sa vie,
par ses remords, par ses inquiétudes, par les per-
plexités de son âme, par la défiance qu'il avait de
ses propres partisans , et par la frayeur continuelle
où il était de rencontrer, à chaque instant, un ven-
geur. Mais l'exemple seul dé cet exécrable forfait en
prouvait la possibilité, et avertissait par conséquent
de se mettre en garde, et de le prévenir. Enfin, les
regrets amers de la nation anglaise, qui voudrait
eflacer des fastes de son histoire jusqu'à la moindre
trace de cet attentat; qui l'expie chaque année en
honorant la mémoire de Charles premier, et sur-
tout par un attachement et une fidélité inviolable à
ses rois actuels : tous ces traits étaient une grande
leçon à l'univers, pour ne, pas renouveler le plus
infâme, le plus odieux des crimes !. Et des Français
se sont souillés du sang de leur roi, dans un siècle
qu'on ose appeler le siècle des lumières, sous l'em-
(4 )
pire d'une philosophie qu'on dit être l'amie de l'hu-
manité ! Ils ont enchéri par leur criminelle audace
t sur ce que l'histoire offrait en ce genre de plus ré7
voltant.
Des. Français! après avoir outragé, méprisé, foulé
aux pieds tout ce que la nature , l'humanité, la rai-
son, la justice, la religion, offrent de plus sacré;
après avoir armé le père contre le fils, le fils contre
le père, l'époux contre l'épouse, le frère contre le'
frère, l'ami contre l'ami, les sujets contre leur roi;
après avoir envahi toutes les propriétés de l"église,.
de la couronne, de la noblesse, et de tout ce qui
restait attaché à l'autel et au trône ; après avoir dé-
pouillé les églises, souillé les temples, profané les
ornemens du culte, insulté les reliques des saints,
attenté à la majesté de Dieu même, dans ses taber-
nacles; après avoir outragé, chassé de leurs asiles,
réduit aux horreurs de l'indigence, les vierges du
sanctuaire; après avoir persécuté, exilé, martyrisé
lés prêtres ; après avoir rompu tous les liens qui les
attachaient à l'unité de l'église catholique ; avoir adop-
té toutes les religions pour proscrire celle de Jésus-
Christ; avoir attiré mille fois sur eux les anathèmes de
la raison outragée, de l'humanité violée, de la reli-
gion persécutée j après avoir déclaré la -guerre à
toutes les autorités et à toutes les puissances, menacé
toutes les couronnes, essayé d'empoisonner de leurs
principes tous les états, et de soulever tous les
peuples : après avoir détrôné leur roi, tué à ses
pieds ses plus fidèles serviteurs; l'avoir insulté dans
sa personne, dans son épouse, dans ses enfans,
dans ses parens, jusque dans. la mémoire de ses
ancêtres; après l'avoir tenu dans une prison étroite
le glaive levé continuellement sur sa tête; après lui
avoir fait hoire jusqu'à la lie, la coupe infernalle de
( 5 )
tous les dégoûts, de toutes les amertumes, de toutes
les privations les plus sensibles ; après lui avoir dis-
puté de jour en jour toutes les consolations, l'a-
voir abreuvé à longs traits de toutes les douleurs
possibles. des Français révoltés, injustes, san-
guinaires , inhumains, barbares, féroces, impies,
incrédules, philosophes, sont devenus d'affreux
régicides ! ils ont fait expier sur un échafitud. et
qui, grand Dieu ! le fils aîné de l'église, le descen-
dant de Saint-Louis, le petit-fils d'Henri IV, de
Louis le Grand, de Louis le Bien-Aimé, le fils de
ce dauphin , modèle de toutes les vertus. Et qui
encore! l'ami, le père de ses sujets, un prince vfer-
- tueux, dont l'âme était belle et juste, qui n'aimait
que le bien, qui n'avait fait que du bien. Ah ! prince
malheureux et si digne d'un meilleur sort! lorsque
vous appeliez au pied du trône les représentans du
peuple, pour recevoir ses doléances, et concerter
avec eux les moyens de soulager tous vos cnfans,
c'était donc vos bourreaux que vous appeliez, pour
vous conduire à l'échafaud? Et ces bourreaux, ce
sont des Français ! ce sont les enfans de notre pa-
trie! Ah! nos très-chers frères, pourquoi ne som-
mes-nous pas morts avant de l'apprendre cette
nouvelle, qui nous a glacé d'horreur? pourquoi
sommes-nous nés dans un siècle qui engendre de
telles atrocités? Ah! que nous avons à nous félici-
ter d'avoir été forcé de fuir cette terre- de sang!.
Combien nous plaignons les âmes sensibles, et
tant de catholiques fidèles à Dieu, fidèles au Roi,
qui sont forcés de l'habiter encore, et dont la faible
et timide vertu se trouve enveloppée dans le chaos
abominable de tous les crimes! Ah! France, si tu
des pas encore assez punie par tes forfaits ; si ce
n'est point assez que tu sois devenue l'opprobre et
( 6)
de toutes les nat i ons
l'horreur de toute l'Europe, de toutes les nations,
et de l'univers entier, à quel sort ne dois-tu pas
l'attendre, puisqu'il n'en est point de si désastreux
que tu n'aies mérité? S'il n'est pas décidé que le
crime doive régner sur la terre, toute la terre doit
se déclarer contre toi. Si Dieu n'a pas abandonné
les nations à l'esprit de vertige et de fureur qui te
dévore, elles doivent toutes se réunir pour l'étouf-
fer dans ton sein. Tu n'auras plus pour te défendre
que les puissances de l'enfer, à qui tu as immolé tous
tes enfans, et dont tu partages déjà la rage et le dé-
sespoir. Tu n'auras bientôt plus d'innocens et de
justes, sur-lesquels tu puisses l'exercer : tu l'exerce-
ras donc contre toi-même. Le sang dont tu t'es eni-
vrée est un poison qui doit t'anéantir tôt ou tard..
Les cadavres sur lesquels tu as assouvi ta fureur 1
meurtrière, ont porté dans ta substance un germe
nécessaire de corruption et de ruine. L'odeur de
mort dont tu as voulu repaître et satisfaire ton cou-
pable orgueil, t"ann.once une destruction qui ne
peut être qu'épouvantable. Oh! Français coupables
malgré vous, il est encore un ciel juste, il est en-
core an Dieu vengeur, il a entendu le cri de mort
que vous avez prononcé contre tant d'innocens, et
contre le meilleur des rois : il a entendu que vous,
demandiez que son sang retombât sur vous et sur
vos enfans ; il voit encore votre crime gravé en.
caractères sanglans sur vos fronts audacieux,
sur vos mains parricides. C'est , il est vrai,
Je sang de l'agneau qui a demandé pardon pour
vous; il était donc bien pur! vous êtes donc
bien çripiinels de Ravoir répandu ! ah, il ne serait
pas m ê aie expié par le vôtre! Non, il n'obtiendra
pas du ciel une grâce que vous n'attendez pas vous-
mêmes y eldont vous vous plairiez à repousser les.
( 7 )
salutaires impressions. N'aviez-vous pas un Dieu?
vous l'avez maudit. N'aviez-vous pas sa religion si
su blime, si sainte et si pure ? vous l'avez rejetée.
N'aviez-vous pas la paix? vous avez préféré la
guerre. N'aviez-vous pas un roi, et le meilleur de
tous les rois? vous l'avez massacré. Vous n'avez pas
craint les vengeances du ciel ; votre endurcissement
les provoque, et le sang du juste pourra-t-il les sus-
pendre? Non, il n'y a plus que la justice de Dieu
.pour ceux qui insultent et méprisent sa miséricorde.
Le sang d'Abel a demandé pardon, et le sceau de la
réprobation n'en a pas moins été imprimé sur le
front du fratricide : le sang des martyrs a demandé
pardon, et leurs juges, ainsi que leurs bourreaux,
n'en sont pas moins restés dans les ténèbres du pa-
ganisme, Le sang de J,-C. a demandé pardon, et la
nation qui l'a répandu, n'en est pas moins encore
l'exécration de l'univers. Le sang du juste retom-
bera donc sur vous, sectaires féroces, philosophes
impies qui l'avez versé ; et sur vous, lâches et per-
fides qui y avez plus ou moins consenti : il retom-
- -t
bera sur vous tous, qui avez contribué à son sup-
plice , qui avez applaudi à sa mort, et qui vous en
êtes fait un triomphe barbare. La punition sera écla,
tante et mémorable ; elle vous menace, depuis long:",
temps, et il semble que le ciel n'a permis cet exé-
crable forfait, que pour l'accélérer davantage. Puisse-
t-elle venir assez à temps pour vous empêcher de
précipiter encore, dans la tombe de notre roi, tout
ce qui lui est attaché, par le sang, par amour, par
devoir ! Hélas ! que sont devenus son épouse, ses,
enfans, sa sœur? une prison plus étroite les a, dit-
Qn, resserrés : n'est-ce pas le présage sinistre du
supplice qui les attend? Peut-être, cette fin si cruelle,
te demandent-ils comme une grâce : tant Us sç>nt
( 8 )
malheureux , et tant il leur est affreux de survivre
au digne objet de leur tendresse! 0 reine sensible
et tendre! que de plaies l'affliction a dû faire sur
votre cœur ? quelle épouse, quelle -mère, quelle
reine fut jamais plus accablée de douleur et de
peines? combien de fois, depuis le temps de votre
captivité, n'avez-vous pas éprouvé l'agonie de la
mort ? Comme il s'est appesanti sur vous le fléau
de l'infortune ! Aussi grande que l'illustre Marie-
Thérèse, votre auguste mère, ah ! pourquoi n'avez-
vous pas eu son bonheur? tenant entre ses bras
son fils, l'espoir et l'héritier du trône des Césars,
elle parcourut les rangs de ses fidèles Hongrois,
pour leur inspirer les sentimens de sa tendresse,
et elle trouva, en chacun d'eux, un défenseur in-
trépide. Mille fois vous avez essayé de parler de
même au cœur des Français! Non, ils ne l'étaient
pas ceux qui vous entouraient, et ce n'était, depuis
quatre ans, qu'un vil assemblage de monstres et
d'assassins.
C'en est donc fait, la reine des nations est dans le
deuil de la viduité ; nuit et jour, son visage est sil-
lonné des larmes les plus amères ! elle n'a plus d'amis
qui puissent la consoler. Après tant de bienfaits,
elle n'a trouvé que des ingrats et des persécuteurs.
Ils se sont emparés d'elle, et l'ont jetée dans les
fers, elle et ses enfans. La fille de tant de rois est
dépouillée de tout son éclat : elle n'a plus en partage
- que des affronts, des outrages et des tourmens. Ses
ennemis ont porté une main profane et cruelle sur
tout ce qui était cher à son coeur. Ils sont prêts à
l'écraser elle-même sous le pressoir de l'affliction
et de la fureur. Chaque jour, ils percent son âme,
par quelque nouveau trait de férocité, et si elle vit
encore, -elle et ses enfans, on dirait que c'est pour
( 9 )
la faire souffrir davantage, et prolonger la joie bar-
bare de ses bourreaux : detoutes parts, elle ne peut
envisager que la mort. Au-dehors., le glaive est sans
cesse suspendu sur sa tête, et au-dedans elle est
livrée au martyre de la sensibilité, qui creuse jour-
nellement son tombeau Quelle position, grand
Dieu! ah! Seigneur, si elle est susceptible de quelque
adoucissement, de quelque consolation, de quelque
remède, c'est de vous seul que nous pouvons l'at-
tendre , et nous n'avons la force de vous le deman-
der, que par notre abattement et par nos larmes.
Princesse infortunée, victime et modèle admi-
rable de la tendresse fraternelle, vertueuse Elisa-
beth, quelle est la fille de Jérusalem qui puisse vous
être comparée ? quelle est la vierge de Sion qui
ait été persécutée , submergée comme vous, dans
un océan de douleurs ! Vous avez tout sacrifié
au sentiment de l'amitié la plus pure, vous auriez
pu vous soustraire à tous les maux qui vous ac-
cablent personnellement; mais fidèle au roi, votre
frère, partageant son amour pour son peuple , et sa
sublime et sainte résignation, vous vous êtes invio-
lablement attachée à son sort, et la violence ou la
mort seule pouvaient vous en séparer. Vous avez
eu part à tous ses dangers ; vous auriez voulu adou-
-cir toutes ses peines ; réunir sur vous seule tous ses
maux; vous auriez voulu mourir pour lui. Ir n'est
plus, et ce dernier coup achève de vous plonger
dans l'amertume la plus profonde. 0 princesse digne
de tous les éloges, et qui méritez les hommages et
les respects de tout l'univers , est-ce donc là le prix
des sublimes qualités de votre âme, et de la douce
piété de votre cœur ? Est-il possible que les farou-
ches ennemis de votre auguste frère, n'aient pas
été désarmés par votre candeur ? vos vertus et vos
(la )
Jarmes? est-il possible qu'ils, aient tourné contre
vous-même le glaive de leur perfidie? Ah ! si la terre
n'avait pas de quoi récompenser tant de vertus, fal-
lait-il qu'elle s'armât pour les persécuter ? -
.Et vous princesse, premier fruit de la tendresse
de nos malheureux monarques, quel deuil a flétri
l'aurore de votre vie? Hélas! la douleur n'a pas en-
core moissonné la fleur de vos ans, la faux tran-
chante du crime la respeclera-t-elle!
» Vous enfin, prince plus jeune encore, et déjà si
malheureux, à qui votre amour pour votre père. et
pour votre patrie, bien plus encore que tous les
droits, a déjà érigé un trône dans nos cœurs, à la
place de celui que la révolte a renversé; que n'est-
il possible de vous arraeher, comme un nouveau
Joas, desmains sanglantes qui vous menacent! Noyé
dans vos pleurs, vous avez intercédé pour votre
auguste père; mais ce cri attendrissant n'a pu émou-
.voir ses lâches bourreaux. Vous connaissez le lan-
gage de l'amour filial, vous connaissez déjà la vertu;
les barbares, ils vous immoleront !
- Comme elle se développe d'une manière horri-
ble, cette secte décorée du nom de. philosophie,
dont rien n'égale l'audace et l'impiété; cette secte
digne de toute la haine des hommes, et de toutes
les vengeances.-du ciel; que son immoralité est af-
freuse; qu'elle est épouvantable et désastreuse dans
ses effets ! Quels autres partisans peut-elle avoir que
des cœurs aveuglés par les passions, ennemis de
tous les principes, et capables de toutes les hor-
reurs! Bien loin de faire le bonheur des peuples,
elle ne rend pas même heureux ses furieux parti-
sans; à moins qu'on ne prétende que ce soit un
bonheur de vivre de pillages, de meurtres, au
milieu des ruines ? de régner sur des tombeaux,