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Oraison funèbre de messire Gaspard de Tressemannes-Brunet, ancien évêque de Glandève, prononcée, le 25 novembre 1784, dans l'église de Sannois... par M. de Saint-Macaire,...

De
55 pages
Guillot (Paris). 1784. In-8° , 57 p..
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DE MESSIRE
GASPARD DE TRESSEMANNES-BRUNET,
ANCIE N ÉVÊQU E DE GLANDÈVE,
PRONCÉE le 25 Novembre 1784 , dans
l'Église de Sannois , au Service solemnel
qu'ont fait célébrer MM. les Curés de la
Vallée de Montmorency, Diocèse de Paris ;
Par M, DE SAINT-MACAIRE, Curé de Sannois.
A PARIS ,
Chez G UIL L O T , Libraire de M O N S I E U R.,
Frère du ROI, rue Saint-Jacques.
M. DCC. LXXXIV.
ORAISON FUNEBRE
DE M E S S I R E
GASPARD DE TRESSEMANNES - BRUNET ;
Ancien Évêque de Glandèves
Sapientia justum deduxit per vias rectas.
La sagesse a conduit l'homme juste par des
voies droites, Liv. de la Sag, 10.
MON SEIGNEUR ( )
IL en existe donc encore dés justes'
parmi nous, Messieurs, malgré la per-
(*) MGR. l'Evêque de Glandève, Célébrant
verfité du siècle. Ce sont des aftres
bienfaisants que Dieu place à propos
dans cette région ténébreuse , pour
l'éclairer & pour la séconder ; mais, après
avoir jeté leur éclat, ils s'éclipsent pour
s'aller réunir au véritable soleil de justice
qui habite une lunmière inaccessible [*].
D O C I L ES aux leçons de la divine
sagesse, ces justes ne s'écartent point
des sentiers de la vertu. Quelques ef-
forts qu'elle commande, ils sont satis-
faits par la paix intérieure dont ils jouis-
sent ; ils sont consolés par l'espérance
d'une couronne qui leur est réservée.
E S T - C E ainsi que la sagesse du
monde récompense ses partisans ? Leurs
voies, pleines de détours, les éloignent
plus tôt qu'elles ne les rappro chent du
bonheur. Contents de pouvoir s'établir
sur la terre une félicité momentanée,
[ ] Quasi lucernoe luoenti in caliginoso
1000. II Pett. I 19.
( 5 )
le royaume des Cieux leur paroît une
chimère. Ils rendent toutefois des hom-
mages, ils offrent des sacrifices pénibles,
a une divinité, l'opinion publique ; être
phantastique, & néanmoins bizarre, in-
juste, cruel, dont, les adorateurs font
autant d'esclaves.
HEUREUX donc le juste que la sa-
gesse conduit ! heureux le vertueux Pré-
lat que nous pleurons, qui a marché cons
tamment dans la voie droite de l'Evan-
gile, qui n'a jamais estimé que le royau-
me de Dieu, dont les oeuvres ont été
pleines & lui ont mérité une éternelle
béatitude [*] !
O U I, Messieurs, le Pontife à qui
nous rendons aujourd'hui des devoirs
funèbres, est peint au naturel dans lé
portrait que le Sage nous a tracé. Sa vie
porte les caractères de ce juste que le
[ * ] Sapientia, .. . ostendit illi regnum
Dei & complevit labores illius. Ibid.
A 3
(6 )
Saint-Esprit nous représente sapientia
justum deduxit per vias rectas.
Q U E L L E consolation pour moi de
pouvoir donner un libre cours à la re-
connoissançe, sans altérer la vérité &
sans blesser en rien la sainteté de mon
ministère! Messieurs, je ne m'excuse-
rai ni sur la précipitation de mon travail,
ni sur mon inexpérience. Je décris les
vertus d'un héros chrétien, dont le grand
mérite fut la simplicité, Dois-je puiser
dans une source étrangère des traits,
d'éloquence qui ne s'assortiroient pas à
mon sujet ?
L' E V Ê Q U E de Glandève, dans les
différents états par où il a passé, s'est
acquitté, jusqu'à la perfection, des de-
voirs qui y étoient propres ; & je vais ,
Messieurs, vous faire remarquer, par le
détail qui nous est parvenu de ses ac-
tions, que c'est avec raison que je lui
applique la. dénomination d'homme
( 7 )
D E U X points précis vont fixer ma
proposition. Nous considèrerons ce
Prélat sous deux rapports : dans l'état
d'un homme privé, & dans les engage-
ments du service des Autels,
Sous le premier rapport, nous le
verrons tout occupé à se former sur l'es-
prit de l'Evangile ;
S O U S le second rapport, nous l'ad-
mirerons remplissant les obligations du
Sacerdoce.
E N deux mots, il a été un parfait
Chrétien ; il a été un digne Ministre de
Jésus-Christ. Tel est le précis de l'éloge
que je consacre à la mémoire d'I'L-
L U S T R I S S I M E ET R É V É R E N-
D I S S I M E PÈRE EN DIEU, MON-
SEIGNEUR GASPARD DE
TRES.SEMANNES-BRUNET,
ANCIEN EVÊQUE DE GLANDE V E.
A 4
( 8 )
PREMIÈRE PARTIE.
O N S E I G N E U R,
QUE d'avantages pour une bonne
éducation, dans une naissance distin-
guée ! Eh ! pourquoi d'une source si
pure coule-t-il souvent des eaux empoi-
sonnées ? Ah ! des parents, enivrés des
grandeurs du monde , peuvent - ils
inspirer. autre chose à leurs enfants
que dés sentiments d'ambition ? Plongés
dans l'amour des plaisirs, ils leur en
font naître le goût ; avant même qu'ils
puissent comprendre combien ils font
funestes ; & à peine ces enfants font-ils
en âge de disposer de leur coeur , que,
prompés par le langage commun &
séduits par l'exemple général , ils se
( 9)
trouvent incapables de s'attacher à Dieu,
qu'ils ne connoissent pas, & ne font plus
maîtres de se refuser au monde, dont ils
ont insensiblement sucé l'esprit & goûté
toutes les maximes.
LA Providence garantit de ce piège
GASPARD DE TRESSE M AN N ES.
Animé à la pratique de la vertu, plus
encore par les exçmples domestiques
que par les leçons qu'il reçoit, il ne
se laisse pas éblouir par le faux éclat
d'une ridicule vanité. Sur les traces
de ses aïeux , il pourroit continuer la
réputation qu'ils se sont acquise dans la
profession des armes ; mais Dieu a
d'autres vues sur lui. Au lieu de cette
milice terrestre , où le brave soldat ne
se distingue que par l'effusion de sang
& la destruction de ses semblables, il
le choisit & le prépare de loin pour en
faire un illustre chef de cette milice
spirituelle, où la gloire des combat-
tants consiste à augmenter le nombre
( 10 )
des Saints, à sauver des ames,& à
étendre le royaume de Jésus - Christ.
A V A N T que sa raison soit tout à fait
formée, on délibère si on l'aggrégera
à cet Ordre illustre ( 1 ) qui fait pro-
fession de combattre les combats du
Seigneur , où quantité de ses proches
ont déja fourni une glorieuse carrière
en mourant pour la défense dé la
Religion ; ou bien si on le destinera au
service des Autels. Ses moeurs pacisi-
ques , son attrait pour k piété, la déli-
çatesse de son tempérament détermi-
nent sa vocation,
Q u' A I - J E dit , mes Frères ? elle ne
venoit donc pas du Ciel? A Dieu ne
plaise que nous formions le moindre
doute à cet égard ! Loin d'ici, à la
vérité, ces vocations tout humaines,où
Dieu n'est point consulté, qui n'ont
pour principe qu'un esprit de cupidité
ou d'ambition. Loin d'ici ces vocations
( 11 )
de convenance, Où de barbares parents
sacrifient, à l'élévation d'un enfant qu'ils
idolâtrent, tous ses frères qu'ils livrent
tôt ou tard au chagrin , au crime , au
désespoir. Mais reconnoissons en même
temps, que les parents vraiment religieux
sont les instruments ordinaires dont
Dieu se sert pour manifester ses volontés
fur leur postérité.
ADMIRONS ici , Messieurs , les
ressorts de la divine sagesse. L'harmonie
qui doit régner entre tous les ordres de
la Société ne sauroit subsister , si
chacun des Membres qui la composent
n'étoit à sa place. Ceux qui sont nés
dans une condition obscure , ( pour
parler le langage du siècle ) sont forcés
de s'y maintenir, à moins que des
talents supérieurs, par un développe-
ment inattendu , ne les fassent sortir de
leur sphère. Mais ceux qui, entrant
dans le monde , s'y trouvent placés sur
un degré qui domine les autres, trou-
bleroient en quelque forte l'ordre
( 12 )
actuel de la Providence, s'ils descen-
doient de leur rang pour entrer dans une
classe subalterne. Et voilà la source des
soucis, des inquiétudes, des perplexités
d'un père de famille, qui , voyant mul-
tiplier ses enfants, ne fait souvent
comment pourvoir dans la fuite à un
établissement conforme à leur naissance,
GRACES en soient rendues à l'inef-
fable bonté de Dieu ! Il ouvre des res-
sources à la médiocrité , à l'indigence
même , par des institutions sages &
variées, qui font la joie & l'ornement
de l'Eglise, & dont les abus exagérés
par une opinion anti - chrétienne, ne
sauroient balancer les avantages réels
qu'ils procurent à la Société.
LE Marquis DE TRESSE MANNE s,
sans être réduit à, une pareille extré-
mité , juge néanmoins que GASPARD
est appelé de Dieu à l'état le plus saint
du Christianisme, - Le père en cela
( 13 )
seconde les désirs du fils ; & dès l' aurore
de sa jeunesse, il est initié aux fonctions'
ecclésiastiques.
D ÉJ A on a vu éclater en lui, comme
dans un autre Tobie , la modestie & la
gravité. Exempt des défauts ordinaires
à presque tous les jeunes gens , il ne
tient de l'enfance que l'innocence &
la candeur. Toutes ses inclinations ne
tendent qu'à la piété. La grâce qui l'a
prévenu, est si abondante & si féconde ,
qu'on lui voit d'abord pratiquer les
vertus dans ce degré de perfection, où
l'on ne parvient communément que
peu à peu & par un long exercice.
B I E N T Ô T admis dans une maison-
ecclésiastique, à l'étude des Lettres
humaines, il fait succéder l'étude des
sciences divines. Jamais il n'en sépara
l'étude la plus essencielle, celle de la
science des Saints. II avoit appris de
Saint Paul, qu'il est une science qui
( 14 )
enfle, qui n'aboutit qu'à égares ceux
qui s'y livrent, une science qui fait
disparoître l'attrait pour les exercices
de piété, qui ôte le goût des choses de
Dieu : le jeune T R E S SE M A N NE S
épure ses études de tous ces défauts. Il
s'applique à l'étude de la Loi ; mais il
croiroit profanes ce Livre divin, s'il y
cherchoit plutôt à orner son esprit qu'à
cultiver son ame. S'il en desire l'intel-
ligence, commeDavid [*]; si, comme
Esdras, il prépare son coeur à appro-
fondir les mystères qui y font renfer-
més ; c'est pour accomplir cette aimable
Loi, en se destinant à én instruire un
jour les peuples qui seront confiés à son
ministere : Paravit cor suum ut investi-
garet legem Domini, & faceret, & doreret :
LA méditation des Livres saints lui
découvre la beauté de la vertu , le
mépris qu'un Chrétien doit faire des
biens périssables , le prix du détache-
[*] Ps. 118.
( 15 )
ment, les avantages de la confiance
en Dieu : il veut pratiquer la perfection;
mais il découvre des obstacles pour y.
parvenir , dans les fonctions publiques
auxquelles il sera appliqué, toutes
saintes qu'elles sont. Il envie le sort
heureux de ceux qui l'ont devancé
par un entier sacrifice. Chaque maison
de retraite est à ses yeux un paradis de
délices; & parmi les Ordres divers qui
illustrent l'Eglise & qui l'édifient, il
choisit le plus austère, le plus inacces-
sible au monde, celui qui dans la dé-
cadence des siècles renouvelle la gloire
des premiers ; il se disposé enfin a
s'ensevelir dans l'obscurité du cloître ,
parmi les enfants de B R u N O.
Vous ne le permîtes pas, ô mon
Dieu ! Content de la préparation dé
son coeur, il se rendit moins aux pres-
santes sollicitations d'une famille qui
le pleuroit déja, qu'à k voix d'un Ange
Visible , le saint & illustre Archevêque
d'Aix. Sur la foi de cet oracle, qu'il
consulta jusqu'à la mort, il consentà
se fixer dans sa première vocation.
L A plus scrupuleuse exactitude à ses
exercices, l'assiduïté à la prière, l'esprit
d'oraison qui commence dèssors à faire
ses délices , son indifférence pour les
jeux les plus innocents, l'amour de la so-
litude le font remarques, 1e font admirer
& de ses Supérieurs & de ses collègues : il
se concilie leur respect & leur affection.
Déja zélé pour la gloire de Dieu , pour
la perfection du prochain, & pour la
sienne propre , il s associe de jeunes;
Clercs en qui il voit des dispositions
analogues aux siennes ; & sous les
auspices de l'auguste Mère de Dieu ,
pour qui il eut jusqu'au dernier soupir
une vénération .si profonde & une si
tendre confiance, ils forment ensemble
une sainte liaison. Profitant du temps
des récréations, ils trouvent le délas-
sement à leurs travaux scholastiques
dans
( 17 )
dans des conférences familières , où ,
bannissant le ton sérieux & d'autorité ,
égayant même les avis mutuels qu'ils
se donnent, ils établissent parmi eux
des moniteurs réciproques pour s'ex-
citer à l'observance de leurs devoirs.
QUE les liaisons seroient utiles, si
chacun cherchoit la vertu dans le com-
merce de l'amitié ! On se fortifieroit
contre le torrent du vice, ou contre les
flots orgueilleux de l'erreur : on s'ani-
meroit à l'envi, à la pratique du bien :
on étendroit plus aisément la connois-
sance de Dieu & l' amour de sa Loi.
Qu'on est , aveugle sur un article si
important pour tous les âges-, & sur-
tout pour la jeunesse ! On se lie incon-
sidérément ; on s'attache à la naissance,
aux talents, aux dignités, à la fortune
pour se faire un ami. Qu'il soit licen-
cieux dans ses paroles , impie à l'égard
, injuste envers les hommes ;
qu'il soit ans moeurs & sans conduite ;
B
( 18 )
on ne redoute point sa société, souvent
même elle n'en plaît que davantage.
Par là le vice se communique, le déré-
glement devient général, les premières
semences de la vertu sont étouffées dans
les ames, parce qull ne se trouve point
de juste pour les cultiver; la piété est
bannie, & Dieu n'a presque plus
d'adorateurs.
IL s'en conserve toujours un en la
personne du pieux TRESSEMANNES.
Ce jeune Lévite trouve de plus en plus
sa félicité dans rattachement qu'il lui a
voué. Les nouvelles grâces qu'il en reçoit
font pour lui un nouveau motif de fidé-
lité. Il s'applique l'avis que l'Apôtre
donnoit aux premiers Chrétiens : il am-
bitionne les plus éminentes vertus [*].
I L considère que, si le commun des
[ * ] AEmulamini charismata meliord, &
ecce excellentiorem viam vobis demonstro
I Cor. 12.
( 19 )
Fidèles doit servir Dieu , c'est à ses
Ministres à lui être étroitement unis ;
que, si la perfection du Père Céleste,
toute inimitable qu'elle est , est pro-
posée à tous les hommes pour modèle,
& que , si personne n'est exempt de faire
pénitence & de porter sa croix, un
Ministre des Autels est de plus obligé
aux sacrifices des plus légitimes affec-
tions.
DE là cet Oubli, cette séparation
d'avec le monde, jusqu'à s'interdire les
visites de décence chez ses plus proches
parents ; cette soumission entière , cette
parfaite conformité aux décrets du
Tout-Puissant , quand il apprend que la
mort a immolé des victimes qui lui
étoient chères ; cette paix, cette trari-
quillité d'ame, cette confiance en Dieu,
dans des revers domestiques.
D E la cette attention à corriger
l'ardeur de son tempérament , à en
B 2
( 20 )
réprimer les saillies ( 3 ), à captiver son
esprit & son coeur pour ne pas laisser,
échapper des vivacités qu'il avoit trou-
vées au fond de son caractère. A l'exeni-
pîe du grand F RANÇOIS DE SAL ES,
qui fut toujours son protecteur & son
modèle , il se saisoit une violence
étonnante pour arrêter l'impétuosité
de son naturel. Aussi quand, malgré la
vigilance qu'il portoit sur toutes ses
démarches, il lui est arrivé de laisser
entrevoir de ces premiers mouvements,
dont les Saints n'ont pas été exempts,
il s'en humilioit aussi tôt, il se punis-
soit , & plus d'une fois sa haute piété
l'a porté à demander pardon à ses
propres serviteurs. . Que dis - je ? ses
serviteurs !: Ah ! il les regarda toujours,
selon l'avis de Saint-Paul, comme ; ses
frères ; il les traitoit comme ses amis ;
& sans jamais s'abaisser jusqu'à la fami-
liarité , il gagnoit leur coeur en même
temps qu'il obtenoit leur respect [*].
[*] Ep. ad Philem. V. 16.
O U I , Messieurs , ce. Prélat que vous
avez connu ss doux, si débonnaire,
si modéré:, n'étoit tel que par vertu ,
& une vertu acquise an prix de plu-
sieurs sacrifices. Et dans les der-
niers temps de sa vie, il étoit telle-
ment mort à lui-même , qu'on n'apper-
ce voit plus, ce semble, en lui que cette
douceur, qui est le fruit de la sagesse, &
que Salomon nous peint par un assembla-
ge de riches expressions qui ne présentent
toutefois qu'une même idée : esprit doux,
bienfaisant, plein d'affection, d'huma-
nité, de bénignité. Suavis, amans bonum,
benefaciens, humanus, benignus.
DE là cette docilité d'enfant ; il doute,
il consulte, & ne se décide que d'après-
les avis qu'il reçoit : cette simplicité
admirable qui, dans ses conversations ,
dans ses vêtements, dans tout son ex-
térieur, annonce l'Homme de Dieu :
ce désir dela perfections 4) ; veut
que le dépositaire de: ses, sentiments
( 22 )
les plus intimes, soit en même temps le
témoin de toutes ses actions; imitant
en cela les plus saints Prélats de la
vénérable antiquité , qui retenoient
constamment auprès d'eux celui qu'on
appeloit le Syncelle , lequel , étant
plus à portée de voir tout le détail de
la conduite, pouvoit plus équitáble-
ment exercer fur la conscience la fonc-
tion de juge.
DE là cet amour pour la plus belle
des vertus, Avec quel soin n'écarte-t-il
pas tout ce qui peut l'altérer ! Sa déli-
catesse sur ce point ne sauroit être
trop ménagée. La moindre indécence
apperçue involontairement, une pa-
role , un geste le jette dans le trouble,
De sorte qu'on peut dire qu'il dissipe
Je mal par ses regards, & que le libertin
tremble en sa présence.
D E là cet esprit de mortification, qui
malgré lui se fait appercevoir ( 5 )