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ORAISON FUNÈBRE
DE
SON ALTESSE ROYALE
MGR. LE DUC DE BERRI,
FILS DE FRANCE,
ASSASSINÉ LE 13 FÉVRIER 1820;
DÉDIÉE A MM. LES DÉPUTÉS DES DÉPARTEMENS
PAR UN JEUNE SÉMINARISTE.
Madame se meurt !... Madame est morte !...
PARIS,
CHEZ PLANCHER, LIBRAIRE, RUE POUPEE, N°. 7.
1820.
IMPRIMERIE DE VIGOR RENAUDIERE,
MARCHÉ-NEUF , N° 48.
ORAISON FUNÈBRE
DE
SON ALTESSE ROYALE
MGR. LE DUC DE BERRI,
FILS DE FRANCE.
Madame se meurt!... Madame est morte !...
MESSIEURS,
Tel fut le cri funeste, dont le grand Bossuet fit
retentir Saint-Gloud en 1670, quand il annonça
à la Cour consternée., la mort subite d'Henriette
d'Orléans. Ce cri funeste retentit dans toute la
France; et toute la France y répondit par de
triste sanglots ! . . . . Après, ce même cri se fait
entendre pour annoncer aux Français une nou-
velle catastrophe dans la Maison des Bourbons ,
que le destin, depuis la mort du grand Henri,
semble poursuivre d'une main sanglante !
Mais ce cri est mille fois plus funeste ! mille fois
plus cruel que celui que poussa le grand Bossuet,
car il annonce à la nation consternée,: un as-
sassin ! .... un assassin ! . . . . monstre téné-
breux, cris du fanatisme, des opinions et de
l'excès des vices ; un assassin ! . . ; reptile exé-
crable ! . . . . qui paraît de temps en temps sur
la terre pour la honte et l'opprobe de l'huma-
nité un assassin ! .....être si épouvantable que
l'enfer n'en enfante point de pareil, et n'en veut
que pour venger la Divinité; et la nature ou-
tragéet par lui.
« Quand la Erance pleura Henriette d'Orléans,
elle regrettait une jeune et belle princesse, qui,
par ses qualités aimables et solides, avait su fixer
l'attention et la confiance d'un grand roi; mais
à présent, Messieurs, dans la nouvelle calamité
qui nous accable, notre douleur est bien plus
amère ! nous pleurons tout à la fois, un Prince
dans la fleur de son âge 5 bon, généreux et bien-
faisant ; un Prince, le soutieu, du trône j un
Prince enfin l'espoir de la France; je dis l'espoir,
car sa postérité mettiat fin à la tourmente poli-
tique qui nous balotte depuis trente ans.
A la douleur générale, se mêle l'amertume
de penser qu'un français est l'assassin !
élevions-nous craindre, dans un siècle éclairé
par une bienfaisante philosophie, à une pareille
(3)
atrocité ? ce crime semblait n'appartenir qu'aux
siècles d'ignorance.
Pleurons, Messieurs, pleurons ce double
malheur; hélas! nos larmes ne peuvent assez se
multiplier !.... tout nous en donne un juste
sujet, la cruelle mort du Prince; la douleur, la
viduité de sa jeune épouse ; étrangère dans nos
climats, elle avait droit d'attendre de la généro-
sité, de l'urbanité française, la sûreté, la paix et
le bonheur ! hélas ! . . . . elle n'a trouve
parmi nous, que le trouble et la mort !
La douleur incommensurable du Roi, dont
la vieillesse était consolée par ce Prince, le sou-
tien de son antique Famille ; les sombres soucis,
les rudes travaux que lui imposent les devoirs de
la couronne, étaient adoucis par l'espoir que ce
Prince lui donnerait un successeur. . . .
La douleur de Monsieur!.... Pères infortunés!
a qui la mort a ravi vos enfans!.... Vous seuls
pouvez nous exprimer, nous faire bien sentir ce
que le coeur de ce père royal doit souffrir !...
mais non ; je me trompe, vous ne sauriez nous
dépeindre ses douloureuses angoisses; aucun de
vous n'a perdu un fils, aussi. lâphement, aussi
cruellement assassiné !....
La douleur sans cesse renaissante de Madame
Royale, condamnée à pleurer sur le tombeau de
toute sa famille; celle de son auguste époux,,
consolée de ne pris donner des héritiers au trône
de St Louis, par la fécondité du prince son
frère : —
Pleurons enfin Messieurs, pleurons un crime
qui plonge la France dans la stupeur et la couvre
de deuil ; meurtre horrible dans ses détails !....
meurtre funeste dans les suites qu'il annonce : —
Depuis Caïn , le premier des assassins, la race
des homicides s'est malheureusement propagée ;
chaque peuple a eu les siens, chaque siècle a eu
a déplorer ce malheur, cette race destructive,
dont les funestes pensées, les horribles actions
sont directement en opposition avec les oeuvres
de Leternes , dont lés mains créatrices reprodui-
sent sans cessse , tandis que celle de l'assassin
détruisent sans relâche : —
Cette race infâme porte avec elle un caractère
distinctif, quelle tient de son antique chef, qui
ne se déruent jamais , et que l'homme pensant
retrouver dans chaque assassin. —
Le germe venimeux que l'excès du fanatisme
place dans leur coeur, les remplit d'abord, d'une
audace lâche et rampante ; ils bravent d'un côté
la certitude de ne pas échapper à la vengeance
humaine , et de l'autre, ils cherchent tous les
moyens de se soustraire au glaive vengeur de la
justice; ils savent que pas un n'a échappé au sup-
plice , ils le savent.... et cependant ils éxécutent.
( 5 )
leurs odieux projets!.... ils savent qu'un dreu
vengeur les attend, ils retrouve cette certitude
au fond de leur coeur, malgré les efforts multi-
pliés qu'ils font pour l'oublier, ils sont sans cesse
ramenés, et cependant ils frappent....ils détrui-
sent.... O funeste effet du venin contagieux qui
les agitent !.. guidés par une lâcheté pompeuse-
ment parée d'un faux courage, ils se précipitent
•dans le gouffre du crime le plus affreux ; ils se
livrent à la vindicte publique, à la certitude d'une
mort infamante.... pour s'avilir d'un crime dont
l'ange déchu n'a pas voulu se souiller . —
Ce chérubin ambitieux, nous dit l'écriture, a
osé porter ses vues jusques sur le trône de Dieu,
il a même tenté de le renverser, mais il n'a pas
voulu s'avilir d'un homicide!.... nous pouvons
supposer malgré le silence de l'écriture, qu'il a
développé dans le coeur du premier né, le germe
de ce crime affreux, mais lui, fier encore de sa
dignité, ne l'a point commis : —
D'où sortent ? d'où viennent les assassins ? qui
a pu produire celte race lâchement féroce et
isolée? .... hélas ! messieurs , je le répéte, l'ex-
cès du fanatisme, soit des opinions, soit des vices,
j'ai dit que cette race avait son caractère distinc-
tif, et vous allez avec moi le retrouver dans le
portrait de l'assassin que je vais vous retracer : —
Pepuis Caïn jusques à celui qui vient de plon-
(6)
ger la France dans le deuil, il ne s'est point dé-
menti; depuis l'assassin qui frappe les rois jusques
à celui qui frappe le plus vil des êtres, c'est
toujours le même. —
Dès le moment que l'homme, a consenti la
funeste pensée de l'homicide, il fuit son sembla-
ble , il cherche la solitude , et la fuit tour à
tour; le venin odieux qui circule dans ses veines
lui cause une agitation..:, un tremblement. —
Une stupeur.... qu'il craint de faire voir; tant ce
qu'il éprouve est contraire au bien ! dès ce mo-
ment il s'isole. — Car telle est Messieurs, notre po-
sition , que lorsque nous succombons à une pensée
condamnable, nous fuyons les regards de ceux
qui nous entourent : lisez avec moi sur le front
soucieux de l'homme qui médite un assassinat
les tourmens de son ame ; la pensée qui l'occupe
l'absorbe ; il en est telllement rempli, qu'il craint
d'être deviné, et voilà pourquoi il s'isole.... il
éprouve un combat intérieur qui décompose sa
physionomie, lui donne un air étrange; voilà
pourquoi il se cache ; tantôt son funeste desir le
remplit d'un audacieuse audace; il s'applaudit
dans le calme que produit momentanément sa
frénésie homicide de l'action qu'il va faire : il
prépare tout pour l'exécution de son crime , il
choisit, il arrange l'arme qui lui convient le
mieux, il pense ensuite a l'occasion qui lui sera
(7)
la plus favorable pour frapper ses victime, pu il
pourra le mieux échapper.... car il a peur ! — un
assassin ne peut être qu'un poltron.... sera-ce la
nuit?.... sera-ce à la chute du jour?.... ou bien
dans les courses isolée que fait l'ognet malheu-
reus de' sa haîne ?.... sera-ce aux pieds des au-
tels! ...ou dans ses visites de bienfaisance ?...
car Messierus, aucun azile n'est sacré pour l'as-
sassin... ou sera-ce dans le tumulte d'une fête?...
sous le masque, pendant les jours que l'usage
consagre à la folie?...ou sera-ce dans une chas-
se ? .... dans son lit !.... enfreindra-t-il pour
commettre son crime, les loix de l'hospitalité?...
pourquoi pas?... que lui importe?...n'est-il pas
assassin?...ce titre ne l'autorise-t-il pas à ne rien
respecter !... tous les endroits, toutes les heures
lui sont indifférentes ; pourvu qu'il puisse échap-
per ; car c'est la Messieurs, sa lâche pensée?...
Pendant qu'il savoure ainsi le crime, un léger
bruit se fait entendre... il se trouble... le calme
dont il croyait jouir, s'évanouit ?... il fuit la soli-
tude ; il espère se rassurer au milieu de ses sem-
blables, vain espoir! — une parole dite au ha-
zard, le bouleverse, un regard même indifférent
le fait frémir, il craint qu'on ne le devine....
alors il se renfermé dans l'intérieur le plus secret
de ses appartemens : seul, il désire la nuit; il
espère que son voile sombre lui sera plus favo-
(8.)
rable.— La nuit vient, il redouble même les
ténèbres qui l'entourent, et ces ténèbres dans
lesquelles il espère, redoublent ses angoisses !..
sa conscience le poursuit, le presse, le bour-
rele !... les motifs qu'il croyait si justes pour au-
toriser son crime , se présente à lui avec leur
odieuse nudite !.. son trouble, s'augmente !... ses
nerfs s'agitent !... sa poitrine se gonfle ?... son
coeur ne forme plus que des battemens sinistres
aussi funestes que le glass des agonisans !... ces
tourmens épuisent les forces de son être !.. il
s'assoupit un instant !...il dort !... mais quel som-
meil !... des songes affreux le torturent ?... il se
réveille harassé , il n'ose se rappeler ses funestes
visions ?... oh! la nuit qu'il à tant désirée !...
quelle est cruelle pour lni !... son imagination ef-
frayée élève autour de lui l'appareil des suplices !...
Tout-à-fait égaré, sa bouche livide balbutie
l'aveu de son crime !... Il n'ose fuir !... Il voit la
main de l'homme de bien qui va l'arrêter !....
Dans son épouvante, il sent la hache qui brise sa
tête... Alors il se repent; il se promet de ne
pas consommer son crime ; il abjure la haine qui
l'aveugle ; il rejette loin de lui l'arme qu'il avait
choisie pour commettre son crime.— Plus tran-
quille, il quitte sa couche qui a été pour lui un
lit d'épines... Il sort... Il marche au hasard. -
Enfin, le tumulte du jour , ses dernières réso-