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Oraison funebre de trés-haut et trés-puissant seigneur Louis-François duc de Boufflers pair et mareschal de France prononcée à Paris dans l'eglise des PP. Minimes de la Place-Royalle le 17. de decembre 1711 . Par le P. Delarue, de la Compagnie de Jesus.

De
45 pages
A Paris, chez Etienne Papillon, rüe saint Jacques, prés l'eglise de saint Benoist, à l'Image saint Maur. M. DCC. XII. Avec approbation, et privilege du Roy. 1712. Boufflers, Duc de. 41-[3] p. ; in-4.
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ORAISON FUNEBRE
DE TRE'S.HAUT
ET TRES-PUISSANT SEIGNEUR
LOUIS-FRANÇOIS
DUC DE BOUFFLERS
PAIR ET MARESCHAL DE FRANCE
Prononcée à Paris dans. l'Eglife des PP. Minimes de la Place - Rojalle
le 17. de Decembre 1711.
Par le P. DE L A RU F.. de la Compagnie de JE sus.
A P A R I S,
Chez ET 1 E NNE P ATil LOH, ruë faint Jâcqvies. prà feglifc
de faine BeIioift, à l'Image iaint Maur.
M. DCC. XII.
̃AVEC^ APPROBATION> ET PRIVILEGE DV ROT.
A
ORAISON FUNEBRE
D E
LOUIS-FRANCOIS
i
DUC DE BOUFFLERS
PAIR ET MARE'CHAL DE FRANCE.
Et ifte quidem vitâ difceffit, non folüm javenibus, fed & uni-
Yerfae genti, exemplura virtutis & fortitudinis derelinquens.
Il eft mort, laijfant non feulement à la ienneffe 3 mais encore
à toute la nation y Vexemple de fà vertu & de lôn courage. C'eft
L'éloge du genereux Eleazar, au liv. z. des Machabées c. 6.
assa MBEs
L. 1
L n'y a plus d'Antiochus) qui force
Eleazar & les braves d'Israël à fou-
tenir leur courage & leur vertu,
contre la terreur des fupplices. Mais
un fiecle tel que le nôtre ,où les plus odieufës
4 ORAISON FUNEBRE
& les plus baflfes paffions ont pris fur les plus
nobles & les plus aimables vertus un empire ty-
rannique, au mépris de toutes les loix de la con-
fcience & de l'honneur : un fiecle fi pervers
n'expofe pas la confiance des fidellcsà de moin-
dres combats, pour la fainteté des moeurs , que
les ifecles paffez, pour la iainteté de la Foy.
Guerre -, messieurs, moins terrible en
apparence l où les ennemis tonr moins violens,
les vidtoires moins fanglantes , & les triomphes
moins brillans : mais où peut-être les Heros font
.d'autant plus rares, qu'ils ont leur propre coeur
pour principal ennemi. Quelle force par confe-
qucnt, quelle vertu ne faut-il pas, pour être en.
même temps l'aifaillant, le vainqueur , le
champ même de bataille ? & quels éloges ne
font pas dûs, à ceux qui donnent à leur fiecle ôc
à la pofterité des exemples fi neceifaires ? Vni-
fyer/os gcnti uirtntit & fortitudints exemplum.
Nous avons vû, messieurs, un de ces
rares vainqueurs. Non pas dans la tranquillité
d'une vie fecrette & privée, éloignée des piéges
de l'intérêt, de l'envie ôc de l'ambition : mais
fur le theâtre du grand monde j au milieu des
précipices & des écuëils de la cour, au bruit &
an feu de la guerre. Nous l'avons vu : mais helas i
DE MONSIEUR DE BOUFFLERS. 3
A ij
nous lavons perdu, cet homme aflez maître de
fes paflions, pour les avoir. affujettiès a tous les
devoirs de la vertu.
C'étoit très-haut & très-puiffant Seigneur,
LOUIS-FRANÇOIS DUC DE BOUPfLERS,
PAIR ET MARE'CHAL DE IRANCE. CHE-
VALIER DES ORDRES DU ROY, ET DE
LA TOISON D'OR : GOUVERNEUR GENERAL
DES PROVINCES DE FLANDRES ET DE
HAINAULT : GOUVERNEUR PARTICULIER
DE LA VILLE ET CITADELLE DE LILLE.
CAPITAINE DES GARDES DU CORPS
DE SA MAJESTE y ET GENERAL DE SES
ARMEES.
Que d'honneurs fur la tête d'un feul homme !
Il n'en a pas ignoré la vanité. Mais que d'im-
portans devoirs attachez à tant d'honneurs ! c'efi
le foin de les remplir qui a fait l'occupation de
fa vie : & qui, comme nous l'eifperons, lui a fait
trouver grace auprès d'un Dieu, fidelle dans fes
promeffes à ceux qui ont été fidelles dans leurs
devoirs.
Oublions donc ces titres vains, qui ne fervent
plus qu'à orner la furface d'un tombeau, plein
de vers & d'offemens. Ce n'eft ni le marbre ni
Tairain qui nous fait reverer les Grands : encor
4 ORAISON FUNEBRE
moins nous excitent-ils à prier pour leur repos.
Tous ces fuperbes monumens ne font qu'attirer
fur leurs cendres, & que réveiller dans les cœurs,
l'envie artachée autrefois à leurs perfonnes & à
leurs faits : à moins que la vertu ne confacre
leur mémoire; & ne change pour eux en cou-
ronne de falut, cette faulfe immortalité , que
l'on c herche inutilement dans les colonnes &
les ftatuës.
Et combien Rome, Sparte, Athènes, enau-
jroient-elles élevé à ce brave Miltiade, à ce juite
Phocion, à cet auftcre Caton, à ce modefte Fa-
brice., à ce Decius toujours prêt a fe dévouër
pour l'Etat ! Quelle efpece de couronne eût
manqué à ce digne citoyen , dans ces fieçles
fameux.,. où l'amour de la patrie étoit le com-
ble des vertus, & les rnarbres inanimez leur
plus folide récompense ?
Elevez par la Foy à de plus hautes idées laif-
fous au temps le foin de vanger la vraye vertu
de la vanité de ces grands .noms de ces pompeu-
fes qualiiez ; en arrachant les marbres, auffi bien
que les Héros, de la vûë -& du fbuvenir des hom-
mes : & cherchons le mérité & la gloire du
Guerrier, pour qui nous, prions aujourd'huy.,
eaiis Je feul nom qu'il porte aux yeux de .Dieu.
DE MONSIEUR DE BOUFFLERS. f
C'eft celui d'homme fidelle à remplir tous (es
devoirs.
Ce font les oeuvres attachées à ce feul nom ,
qui ont fuivi fon ame au fouverain tribunal, qui
ont contrepefé dans la balance d'équité les œu-
vres échappées à la fragilité mortelle, C'eft fur ce
nom que le juge a décidé de fon fort. Pefons au
même poids le tribut d'eftime & d'affe £ Uon que
nous devons à fa memoire ; .& les voeux ,que la
pieté nous preffe d'offrir à Dieu pour fon repos
éternel.
Trois motifs foûtenoient la fermeté d'Elea-
zar contre les menaces de la mort, La noblefTe
de fa naiffance : Ingenitœ nobi-lieatis canities, Le
zele de l'honneur & des loix de (a. patne : Pro
grcwijfim.h JdnéïiJJimis legibus. La droiture de
fa confcience, animée du refpeâ .Se de la.crainte
de Dieu : Propîer timorem Dci.
Ces trois mêmes motifs ont porté le Maré-
chal de Boufflers à rendre .ce qu'il devoit: pre-
mièrement à fa naiiTance, fecondement à fa pa-
trie, & à fon Roy-, troisièmement à fa confcience.
A fa naiffance, par fa rare valeur. A fon Roy,
par Ion zele infatigable pour fa perfonne & fon
ptat, A fa confcience, par fa religion ifnccre &
fon .exac̃ te àprobité, Valeur ians faite; zele fans
t- Mach.
6. v. 1).
v. 18.
v. jo.
6 ORAISON FUNEBRE
intérêt ; religion &: probité fans feinte. Alliance
rare & precieufe des trois plus nobles qualitez
qui puincni: Former un grand homme.
France , qui recueillez depuis quarante-cinq
ans le fruit de fes travaux & de fa tendreffe pour
vous! pourriez-vous negliger de lui rendre ces
trois te'moienaees o o? Ils lui (ont rendus avec éclat
par nos propres ennemis.
Pardonnez-moy, MESSIEURS, fi je parois
douter de votre reconnoiffance , & de vôtre
penchant à loiier la vraye vertu. C'eft plutôt à
lui. Oui c'et f à vous , fidelle ferviteur du Dieu
des armées, que je dois demander pardon de
mon peu d'égard au dégoût que vous aviez pour
les louanges ; au foin que vous preniez de les
fuir, autant que de les meriter. Vous avez goûté
anez longtemps le plaifir de vôtre modeftie :
lainez-nous rompre le filence forcé, que vôtre
aufterité nous im pofoit. Vôtre réputation n'eft
plus à vous. C'eft la feule & derniere vie qui
vous refte encore parmi nous. Elle eft du reffort
de la renommée. C'eft à elle d'exercer fon em-
pire fur vôtre nom , pour le conferver aux fiecles
futurs -, avec encor plus d'autorité. que la mort
n'en prendra fur vos cendres, pour les détruire.
On a befoin de vôtre nom, pour faire a nos def-
DE MONSIEUR DE BOUFFLERS. 7
cendans 1 apologie de notre iiecle. Ils douteront
au moins de fes excez & de les dereglemens :
quand ils fçauront qu'il a produit en vôtre per-
fonne , ce que nos peres avoient admiré dans
les Guefclins 5 les Boucicaults, les Bayards, &
les Dunois, pour la gloire des Rois, le falut de
la patrie, ôc l'honneur de la vertu.
I.
L'E vangile de Jefus - Chr-ift, en nous recom-
mandant la douceur & l'humilité n'a point pri-
vé le monde du fecours de la valeur. Il n'a fait
que purifier cette im portante qualité des taches
de l' orgueil, de la ferocité, du fafte; ôc la ren*
dre par là plus utile au bien public.
Le nom même de Dieu des armées, que l'E'tre
fouverain a bien voulu fe donner, nous lailfè en-
trevoir un tribunal, où les lâches & les oilifs
feront citez ; auffi bien que les ambitieux , les
turbulens, & les rebelles. Là pour accufateurs
ils auront les forts d'IJrael ; les Gedeons , les Jo-
[uez, les Davids, les Machabées. Ils y rendront
compte de l'ufage qu'ils auront fait de leur épée)
de l'honneur qu'ils auront rendu à leur naiffan-
ce ôc à leur fang. Ceft deshonorer les ancêtres
i. Parai,
cap. 7. 2)
4,9. &c.
« , ORAISON FUNEBRE
12.66.
E ellefo-
reji tom• 1.
iiv. 4, p.
695. cdit.
de 1579-
C ci lem-t-c.
¡¡h. +.
.que de démentir leur valeur, ou de la corrompre
par l'orgueil. Valeur fans fafte & fans orguëil eft
donc une perfeéèion, que les Grands fe doivent
, l &' Ir
.a eux-mêmes, a leurs ancêtres , ôc a leur fang j
avant que de la devoir au Prince ôc à la patrie.
v Cette philofophie, affez négligée de nos jours,
fut celle où Boufflers s'attacha, dont il s'imprima
les principes r après ceux des lettres humaines >
où Ion genie folide & fèrieux l'avoit aide à faire
de grands progrez.
Il n'étoit que le cadet d'une maifon diftinguée,,.
autant par fa valeur, que par fa pure antiquité.
Elle ne paroît dans nos hiftoires que déjà revê-
tuë de l'autorité militaire : dans un temps où les
richeues n'avoienr point encore acquis le privi-
lège odieux d'ufurper les emplois & les droits
de la noblefle, attachée alors au feul mérité, ôc
rarement même à la faveur.
1: C'eft ce qui rendit ceux de fon fang toujours
plus appliquez à cultiver les qualitez du coeur ,
qu'à rechercher les dons de la fortune. Et quand
Guillaume de Bouflfers commandoit les bandes
Picardes à la conquête de Naples & de la Sicile,
il y a prés de quatre cent cinquante ans ; & qu a
la tête de fa troupe il arrachoit la vidtoire à Main-
froy dans les plaines de Bennevent, en renver-
fant
DE MONSIEUR. DE 13 OUF F LE R S. 9
B
tant fes bataillons Allemands : ce n'était pas pour
s'enrichir des dépouilles de deux royaumes, mais
pour en affermir les couronnes fur la tête de
Charles d'Anjou, & fervir faint Louis (on Roy >
en la perfonne du Prince Ton frere.
Cette exadte fidélité aux devoirs de fa condi-
tion fut a fes defcendans la plus chere partie de
fon héritage. Ils tâcherent de s'en montrer di-
gnes dans prefque toutes les guerres que la Fran-
ce eut depuis à foutenir. Contre les Flamands y
au combat de Mons en Puelle, fous Philippe le
Bel. Contre les Anglois à la bataille d' Azincourt,
fous Charles VI. Contre la Maifon d' Autriche,
à la journée de Guinegâte, fous Louis XI. Au
fiege de Milan, ôc à la bataille de Pavie, fous
François I. Dans les guerres civiles, à Moncon-
tour fous le Roy Charles IX. On vit ceux de ce
nom tenir toujours leur rang entre les plus bra-
ves ; & par de hautes alliances conferver avec
foin la fplendeur & la pureté de leur fang.
A l'imitation de fes ayeux le Chevalier de
Boufflers ( qualité qu'il prit d'abord, non pas
comme un titre oiflf, mais comme un engage-
ment à en meriter de plus illuftres ) alla dés fa plus
tendre jeuneffe éprouver fon, courage au-delà
des mers.
Enguçr.
de A4 on-
ifrelet.
Bcllefo-
reft i. i. l.
5- P- 1044-
Lotivct >
NobleJlè
B eiltf1 vaij:
(arpent.
Hifi. de
Cambray.
La Mor-
liere, An-'
ti'q. d'A..
miens.
10 ORAISON FUNEBRE
Le fîlence ôc le repos que le traitté des Pyrer
nées avoit répandu dans la plus grande partie
de l'Europe, oftant alors à la Noblefle les occa.
sions de s'exercer dans l'art qui lui convient le
mieux, ôc qu'elle doit le moins ignorer : la pre-
miere qui s'offrit aux defirs du Chevalier, fut
l'entreprife de Gigeri. L'éloignement de fou
pays ? le rifqtie de l'expedition ne le rebuterent
point. Entre ces deux périls, celui d'un voyage
en Afrique, & celui de l'oifiveté, (on cœur ne
balança point fur le choix : & fàns nul autre
engagement que celui de fon courage, il alla,
finl pIe volontaire, effaver contre les barbares,
& loin des yeux de fon Roy) l'épée que jufqu'à
ion dernier foupir, il vouloit confacrer à fon.
fcrvice.
Il ne fut pas longtemps fans Ce retrouver fous
[es yeux. Il fut même affez heureux pour satti-
rer fes regards : non pas par l'élévation de fon
.rang-, fimple Lieutenant aux-Gardes Françoifes;
mais par la diftinûion de fa valeur. Ce fut à la
campagne de Lille, qu'il s'ouvrit la première
entrée dans leftime du Monarque ; ôc le chemin
aux grands honneurs, dont il fut depuis comblé.
Pour abreger, réduifons tous les faits de fes
premieres années a cet éloge général : Qu'il y a
DE MONSIEUR. DE BOUFFLERS. n
Bij
peu de nos plus fameux Heros, qui n'ayent tiré
de fa valeur une grande partie de l'éclat de leurs
victoires.
̃
Luxembourg , Crequy,
noms immortels ! Guerriers, qui durant cin-
quante ans avez entretenu fi conftamment la
chaîne de la gloire 8c du bonheur de la France!
Vous n'envirez point à Boufflers l'honneur d'ap-
procher de vous dans l'ordre glorieux des dé-
fenfeurs de l'Etat. Il vous a fuivi de trop prés
dans la mêlée & dans le feu de vos plus cele-
bres combats > il a trop fouvent arrofé vos plus
beaux lauriers de fon fang ; pour être privé de
la part qu'il a euë à vos couronnes : 8c ce feroit
vous offencer, que de refufer à fa mémoire les
loiianges, que tant de fois vous avez crû devoir
à fa valeur.
En effet quel éclat ne donna point, dans la
guerre de Hollande, à l'audace de Luxembourg
la levée du fiege de Voerden ? où le Prince
d'Orange) enflé des premieres efperances, que
lui donnoit [on retabliflement dans la dignité de
fes peres, reçut le préfage malheureux du fort
qui le devoit toûjours Cuivre en prefence de ce
General. Quelle part eut BoufRers à la gloire
de cette actions Colonel des dragons du Roy ,
la ORAISON FUNEBRE
marchant à leur tête , il franchit les marais pro-
fonds ôc les digues fortifiées, qui fervoient de
lignes aux ennemis : ôc couvert du fang qu'il
perdoit par une profonde bleÍfure, il ne fortit
point du combat, qu'après avoir v.û le Prince en
fuite, & la ville hors de péril.
Quel honneur ne fit point au profond genie
de Turenne & à fes fages précautions le fameux
combat de Heinsheim l Ce Héros, au moment
que les deux armées s'ébranloient, avoit fubi-
tement changé l'ordre du combat ; pour tour-
ner fes premiers efforts contre un bois qui ferroit
fa droite, & qui cachoit les Impériaux retran-
chez fur nôtre flanc. Boufflers., à la vue de ce
mouvement [ubit, entrant aufïitôt dans fa pen-
fée, & comprenant le befoin qu' on y auroit de
fes di agons ; fe détacha du pofte où il étoit, ôc
s'avança de lui-même vers le bois. L'attaque
opiniâtrée & foutenuë avec pareille vigueur, at-
tira bientôt là les meilleurs corps, ôc le canon
même des deux partis. Deux heures de combat
n'avoient encor fait., ni gagner, ni perdre un
pas de terrein : quand le genereux Colonel, ra,
jiimant fa valeur à la vûë d'une bleffure qu'il
venoit de recevoir , s'élança fur le retranche-
pent, fut fuivi de toute fa troupe- ôc maître dp
DE MONSIEUR DE BOUFFLERS. 13
l'entrée du bois, donna lieu au carnage que l' on
y fit des ennemis, à la prife de leur canon, & à
l'heureule décifion de cette celebre journée.
T 1" d, d 1,
Turenne Tannée d'après étant mort; au- d e l à
du Rhin, du coup fatal qui l' abbatit , prefque
entre les bras de la vidxnre : à quel prix Bouf-
lfers vendit-il aux ennemis le fruit qu'ils fe pro-
mettoient de fa mort ? Après deux jours de H-
lence &c d'inadion,. que cet accident imprévû
répandit dans les deux armées : la nôtre éton-
née du coup , fans en être confternée, fe mit en
mouvement pour repaffer en-deçà du Rhin ;
celle des ennemis, pour nous en coupper le
paffage.
Nous avions perdu n6tre Chef : mais chaque
Officier particulier le faifoit revivre dans fon
cœur, par un redoublement de courage 8c de
fermeté. Boufflers, quoique (ans titre encor de
Commandant général, prit le pofte fx. le rang,
que fon zele & fa valeur lui dpnnerent. Il fe mit
à l'arriere-garde avec fes dragons : c'eft-à-dire,
en état de fervir de bouclier à tout le refte de
l'armée, contre la fougue des Allemands. Trois
çharges repouffées avec une égale nerté ; deux
rivieres traverfées à leur vue ; trois jours de mflr-
,che, pu plûtôt de combats & d'avantages çon-
14 ORAISON FUNEBRE
tinuels nous conduifirent en aflurance à nôtre
pont d'Altenheim : & contraignirent nos enne-
mis à n'être que les fi peâateurs de nôtre retrai-
te triomphante, & de la défaite inefperée de
leurs plus fiers bataillons.
Devenu Maréchal de camp, par le mérite 3c
l'éclat de cet important fervice 3 &; des autres
qu'il rendit tout le refte de l'année, fous le grand
Conde ; qui étoit venu en Aliace oppofer la
terreur de fon nom au torrent de la puiflance
Germanique : Boufflers eut le moyen de pro-
fiter des exemples d'un Prince, à qui l'art de
vaincre étoit naturel.
Quel ufage en fit-il les années fuivantes, 6c
fur tout au pont de Rhinfeld : fous les yeux de
la vigilance 6e de l'aârivité même ; c'eit-a-dire y
fous les yeux du Maréchal de Crequy ? i
Sept à huit mille Allemans retranchez à la
tête de ce pont) pour en défendre les approches)
n oterent point à Crequy le deflein de l'empor-
ter. Son infanterie étoit fort éloignée : mais
vingt efcadrons fous fa main , la plupart dragons
à pied, valoient une armée entiere. En effet à la
premiere attaque tout plia. Les rangs confondus^
renverfez, fe precipiterent en foule, ou vers le
pont) ou dans le Rhin. Boufflers a pied. pref-
1
DE MONSIEUR DE BOUFFLERS. 15
.fant leur fuite, ôc parvenu jusqu'au pont, traver-
fé de morts, de mourans , & de fuyards entaf-
fez, qui en bouchoient le paffage ; il fe l'ouvrit
par la force , en pouffant tout dans le Rhin. Le
pont-levis fermé dans le moment fauva la ville,
& lui livra le refte des vaincus. Il fit planter fon
étendart fur le bord du pont-levis : & de ces
corps accumulez s'étant fait un épaulement con-
tre le feu des remparts, il ne perdit point l'ef-
perance d'y penetrer, que par l'embrazement
du pont, que le defefpoir des habitans leur fit
facrifîer auffitôt à la feureté de leurs biens & de
leur vie.
Ce [peétacle, où les morts fervoient de rem-
part aux vivans contre la mort, doit paroître
fabuleux. Mais j'ai l'honneur d'avoir d'illuitres
auditeurs, qui non feulement en furent alors té-
moins ; mais qui eurent part au péril & à la gloi.
re de l'exploit ; comme ils l'ont eue depuis aux
honneurs de la recompenfe.
Où nous emporteroit le détail de [es avions,
fi nous voulions fuivre pas à pas le progrés de
fa valeur, à proportion de fon pro grés dans les
dignitez militaires ?
Infatigable en temps de paix, auffi-bien qu'en
temps de guerre, il eH: envoyé au-delà des Alpes,
t6 ORAISON FUNEBRE
pour prendre pofieffion de Cazal ; rappelle ai £
pied des Pyrenées ? pour tenir Fontarabie en reC.
peét. Aux premiers mouvemens d'un renouvel-
lement de guerre, il court inveftir Courtray Il
cft employé à couvrir entre Sambre ôc Meufe
le fiege de Luxembourg. Il accompagne Mon-
feigneur à la cam pagne de Philifbourg. Apres le
départ du Prince, il étend les armes du Roy dans
tout le Palatinat, &c le long des rives du Rhin,
La guerre s'allumant 5 & croilTant d'année en
année /il prend Cokeim par aÛaut; 3 & livre après
raŒlut 5 dans le coeur même de la ville, un fu-
nefte combat à quinze cens Allemands. En plein
hyver il enleve Furne en quinze heures, &c qua-
tre mille Anglois qui- s'y étoient retranchez.
On fe fouviendra longtemps des défilez & des
ravins de Steinkerque, où le Prince d'Orange
avoit crû ru rprendre nôtre armée enfermée &
fans mouvement. On n'oublira jamais les efforts
inoiiis des troupes ôc du General, pour rcpoufl
fer fôninfulte. Mais oublira-t-on le fecours3 dont
la vigilance & Fa..éèiviré de Boufflers appuya leur
refiltance ? Il étoit campé avec un corps d'ar-
mée à deux lieuës du champ de bataille. Au pre-
mier bruit du canon , fans attendre l'avis , qu'il
ne reçut qu'en chemin 5 il accourtj & pofté d'a-
bord