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Pamphlets de Claude Louis, vigneron de Bezis. Instructions du diable concernant le carnaval dernier et le carnaval prochain

De
15 pages
impr. de B.-C. Latour (Agen). 1865. 4 fasc. en 1 vol. ; in-8.
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PAMPHLETS
DE
Claude Louis
VIGNERON DE BEZIS
3
INSTRUCTIONS
DU
DIABLE
CONCERNANT LE CARNAVAL DERNIER ET LE CARNAVAL PROCHAIN
Au dos, table des matières et signature
de l'auteur.
PRIX : 20 CENTIMES.
AGEN
TYPOGRAPHIE B.-C. LATOUR.
1865
INSTRUCTIONS ET STATUTS DU DIABLE.
Satan, par cession du vieil Adam, exemple de timbre et d'enregis-
trement,
Prince et Dieu de ce siècle et des antres infernaux,
A tous ceux qui ces présentes verront,
HONNEURS ! ARGENT ET PLAISlR !
Attendu que vous êtes assez ennuyés des Mandements de vos
évêqucs et suffisamment endiablés à cette heure pour qu'il me soit
permis de vous parler sans détour,
Ecoutez ce que je vous propose:
HONNEURS ! ARGENT ! PLAISIR !
Je promets diablement, je livre tout autant. Vous vous servez
vous mêmes et c'est votre faute si vous êtes mal servis.
Il ne manquait aux miens que des promesses pour l'autre monde
et voici ce que j'en porte assez pour les plus avides.
Que vous disent vos évêques à chaque nouveau Mandement ?
Ils en instruisent quelques-uns, en endorment plusieurs, et sont
ignorés du reste.
Nous verrons s'il en sera ainsi des présentes.
Nosseigneurs peuvent s'apercevoir que bientôt du Carême il no
reste plus qu'un souvenir qui est le Carnaval. (Adieu la viande)
On redouble les ripailles, les bamboches, bals et réjouissances,
comme si devaient venir ensuite les jeûnes et pénitences du
Carême :
Va-t-en voir s'ils viennent Jean,
Va t-en voir s'ils viennent
Vraiment ils ne viennent pas? mais si fait viennent les bals ré-
pétés en Carême et une immense mascarade qui lui sert à Paris de
coup du milieu.
Et de toutes les fêtes de ces saints Patrons des paroisses, qu'en
reste-t-il ?
Des chants d'orgues, des sons de cloches et une parade à
l'église ; les femmes y sont magnifiques.
C'est assez pour la plupart d'entre vous qui ne laissent pas de
tenir beaucoup à l'église, aux cérémonies, aux fêtes et au curé, par-
ce que cela fait marcher le commerce des toilettes et des réjouissan-
ces.
Mais ce à quoi ils tiennent plus, et ont bien des pareils, c'est aux
traditions gastronomiques avec leurs accessoires de jeux, de valses
et de danses ébouriffantes.
Quant au Carnaval institué par moi, il est évident que c'est une
institution solide.
4
Dans l'origine de cette religion du Christ, je la combattis par les
proscriptions, les confiscations, les bêtes féroces et les tortures.
Je ne pus l'empêcher de détruire sourdement mon règne.
J'étais encore sur le trône des Césars, je recevais leur encens et
tous les hommages officiels des nations, que déjà le Crucifié avait
converti la multitude et jusqu'aux officiers des princes.
Je n'avais plus que l'air de régner, et mes temples devaient bien-
tôt tomber ou servir au culte de mon ennemi.
Aussi ai-je changé mes batteries, et, subornant la raison humaine
restaurée par mon ennemi, je la lui ai opposée comme un engin
formidable.
Aujourd'hui la raison a fait son temps ; faible épouvantail, que
des raisonnements ! Ils ne sauraient faire changer ni le vote d'un
homme, ni le moindre brinborion de la toilette d'une femme. On
dit: c'est bien parlé! quel beau discours !... Mais le résultat?
Néant.
Donc le discours vaut néant.
La raison en vieillissant a laissé des filles, la Science et l'Indus-
trie, dont j'ai dirigé lestravaux à la dérobée.
Aujourd'hui la Science a des oeuvres mystérieuses comme la na-
ture qu'elle étudie et quelle imite, L'invention, la création est le
travail favori de l'homme; il enfante d'une part des espèces de
miracles, et, avec la débilité de la raison d'autre part, vrais et faux
miracles sont tout un.
C'est un travail favorable à mes plans et je le tiens pour un des
progrès de la civilisation.
Je vous confie tout, satanés diablotins que vous êtes. Vous voyez
que je dis vrai.
Pourquoi m'appeler esprit de mensonge?
ll faut par force en croire le Diable quand il affirme qu'aujour-
d'hui c'est lui qui règne, et que c'est au tour du Christ de n'avoir
plus que l'air de régner.
En effet, que croyez-vous race, endiablée?
Voyons. Quelle est votre foi ?
Votre Credo ?
En qui avez vous confiance ?
Le voici :
« Nous croyons ce qui nous plaît, ce qui flatte nos espérances:
« Et nous avons confiance en nous mêmes. »
Et vos espérances que sont elles ?
« Les honneurs, l'argent et les plaisirs. »
Voilà ma religion !
Et votre affection pour qui est-elle ?
« Pour nous mêmes, et ce qui se rattache à nous, ou pour ceux
a auxquels nous nous rattachons. »
Voilà qui est répondu !
Et dire que tous vous savez sur le bout du doigt ce joli catéchisme !
Décidément vous êtes en progrès.
Il le faut bien.
Et même ce n'est pas assez. Je ne suis pas très-satisfait du
Carnaval dernier.
Sur certains points vous devenez imbéciles. Vous prenez ce mot
pour une impolitesse ?
Ce n'est pas ainsi que vous parle Ie louangeur Timothée Trimm.
Ni même About, qui, dans son Progrès ose pourtant vous traiter
de nigauds.
Hé bien notre mot est doux, je vous dois la monnaie de quel-
ques petits compliments que vous m'adressez quelquefois avec peu
de déférence et de ménagements, quand vous vous emportez
à jurer, sacrer et maugréer contre Dieu et Diable, ce qui revient ab-
solument à moi seul dès qu'on ne sait ce qu'on dit.
Comprenez-vous?
Non, je vois que vous ne comprenez pas.
Alors j'y reviens, vous êtes de francs benêts.
N'ai-je pas débuté par m'annoncer « Prince et Dieu de ce siècle. »
Vous croyez que J'ai volé ces titres ?
«Dame ! tu en es bien capable. »
Capable, oui, mais coupable, non.
Ce titre m'est donné par l'Evangile et par saint Paul, comme à
vous, mes enfants, celui d'enfants de ténèbres.
Mais quant à Sa Majesté Dieu, vous ne le connaissez pas.
Or, on ne peut aimer, ni haïr l'inconnu,
Ni qualifier l'inconnu,
Ni injurier l'inconnu,
Car l'inconnu c'est ce dont on ne pense rien du tout.
Il ne peut donc prendre pour lui vos imprécations.
Je le tiendrais pour plus vexé par le langage de ses amis, s'ils y
pensaient, à toutes les fois qu'ils plantent son nom comme une
cheville bonne dans tous les trous : « Mon, Dieu oui ! mon Dieu,
« non ! mon Dieu, qu'il est laid ! mon Dieu, quelle bêtise ! mon
« Dieu, quel temps ! Jésus ! Maria ! bon Dieu ! par Dieu ! etc. »
« Notre Père, que votre nom soit sanctifié ! »
Bravo ! très-bien sanctifié, mes petits ! superbe !
Mode renversée
A présent ce sont les choses profanes qui se respectent et se met-
tent à part, et les choses saintes qui traînent partout.
Pourtant...... non ;
Car ils n'useraient pas ainsi du nom de famille et de dignité du
plus mince magistrat en sa présence et se mordraient bien vite la
langue, si ça leur échappait.
Tenez, voici leur idée :
6
Ils croyent Sa Majesté Dieu, partie en vacances comme un simple
Dieu chinois, ou endormie comme le bon Dieu de Béranger, vous
savez ?
« Un jour le bon Dieu s'eveillant,
Fut pour nous assez bienveillant, etc. »
Ah ! voilà qui enfonce vos évêques et leurs Mandements.
Ils ne peuvent pas comme moi citer la chansonnette.
Concluons : Vous qui me connaissez, vous me suivez, et pas tou-
jours par des voies agréables ; et alors vous me maudissez par
passetemps et consolation .
Ce sont des bagatelles entre nous ;
Plus tard nous en verrons bien d'autres, quand votre mauvaise
humeur contre moi sera montée au diapason d'une rage infernale.
Mais revenons à nos moutons.
Cette digression était pour vous dire que je ne veux pas vous
gâter par des cajoleries.
Au sujet du Carnaval dernier, j'ai; plusieurs, de mes employés à
réprimander.
Ceux des journaux d'abord ;
Et surtout des journaux politiques.
Franchement si l'on juge la nature de la science politique par ce
qu'ils la font, c'est un assommoir, un cauchemar, une torpeur, une
indigestion.
J'aimerais autant passer mon temps dans un bénitier, qu'à la
lecture d'un journal politique.
C'est un traitement qu'il leur faudrait plutôt qu'un caution-
nement.
Un traitement en numéraire ?
Peste ! un traitement médical et des plus énergiques,
Pour leur faire évacuer en une fois toute la bile venimeuse
qu'ils distillent peu à peu sur les nations comme un empoisonne-
ment.
S'empoisonner d'une manière agréable, c'est accepté, c'est même
recherché :
La bonne chère ne fait pas autre chose.
Mais être empoisonné par la politique du Siècle, de la Patrie,
de l'Opinion Nationale, du Constitutionnel et consorts, avec leurs
mensonges maladroits, leurs contradictions, leurs sempiternelles,
redites, leurs tartines emphatiques, est, comme dit à l'âne le lion,
devenu vieux:
« C'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes. "
Arrière les feuilles de ces marchands d'opium, menteurs et râ-
bacheurs d'une maladresse intolérable !
J'en défends la lecture hors le cas d'insomnie opiniâtre. Les
pharmaciens, seuls, en auront la vente : pas plus d'une colonne à
la fois et sur certificat du Maire.