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Pamphlets de Claude Louis, vigneron de Bezis. Les mécontents de tous les régimes

De
16 pages
impr. de B.-C. Latour (Agen). 1865. 4 fasc. en 1 vol. ; in-8.
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PAMPHLETS
DE
Claude Lois
VIGNERON DE BEZIS
1
LES
MÉCONTENTS
DE TOUS LES RÉGIMES
Au verso, table des matières dressée
par l'auteur.
PRIX: 20 CENTIMES.
ACEN
TYPOGRAPHIE: B.-C. LATOUR.
1865
TABLE DES MATIERES.
Crime des Pamphlets.
Souvenirs historiques.
Adresse de Claude Louis.
Le plumage.
Complainte en prose.
Recrudescence de morale.
Croquis de gouvernement.
Offre de places provisoires.
Budget de dépenses et recettes.
Danse et violon.
L'âne professeur.
Lessive : type n°1.
Type n° 40.
2e leçon, partie morale.
Appel aux Dames.
Proposition.
Changement à vue.
DU MÊME AUTEUR
2. Lettre au Corps diplomatique sur les Finances. Prix, 20 c.
S. Instructions du Diable sur le Carnaval. — 20 c.
4. Les gens en Vacances. — 20 c.
La prochaine édition sera enrichie d'une Complainte finale. Dans l'in-
fortune des Mécontents, 95 couplets de condoléances ne seront pas de trop.
LES MÉCONTENTS.
Un pamphlet est une courte critique ou satire en prose.
On y appelle un chat un chat, sans prendre souci de mesurer ni
rimer les paroles,
Simplement afin de mieux égratigner et mordre.
Besogne scabreuse !
En outre, on ne sait pourquoi, ces sortes de malices ont pris
souvent une direction désordonnée.
Elles se sont lancées comme des chats sauvages à la face de
l'Ordre social et des Autorités,
Et les ont harcelées, griffées, défigurées jusqu'à les rendre mé-
connaissables.
Et pour l'Autorité, être méconnu, c'est n'être plus.
Voilà le crime des pamphlets.
C'est sur quoi leurs auteurs, eux et leurs partisans, et tous les
détracteurs avoués ou secrets de l'Autorité, doivent être étrillés.
Ils se croyaient bien vulnérables de par les lois et le Code pénal,
mais non de par le pamphlet avec ses fouets trempés dans le vi-
naigre.
Ils se sont trompés.
C'est leur tour d'essuyer les vexations.
*
Mais d'où leur est venue cette quiétude d'esprit en vertu de laquelle
ils ont toujours cru n'avoir de compte à rendre qu'aux tribunaux.
Quand eux-mêmes, armés du pouvoir arbitraire de la Presse, se
faisaient jusqu'ici juges de leurs juges, des puissances et des lois;
Guerroyant hardiment contre tous les souverains sans exception ;
« Conspirons la perte des rois. »
Et les souverains ont lutté par les prisons et les amendes légales
contre les pamphlets, sans pouvoir dire: « Un corsaire a fourni
une seule course, un seul pamphlet pour nous. »
Grand dommage !
Car un pamphlet peut valoir une armée.
*
Mais les pamphlétaires sont rares,
Et se sont dit que l'Autorité ne peut railler, siffler et berner.
D'accord. Mais ses amis, le peuvent-ils ?
« L'autorité n'en a guères. »
« Notre ennemi, c'est notre maître, » dit l'âne de Lafontaine.
Le bonhomme a dit plusieurs sottises au travers de ses merveil-
leuses fables.
Les ânes n'ont que faire de maîtres, mais si fait les hommes en
société.
Plus de général, que devient l'armée ?
L'autorité a des amis, des amis qui ont envie de railler et qui
la passeront sur qui de droit.
— 4 —
C'est aujourd'hui aux mécontents de tout, à nous faire les frais
de ce plaisir.
Qui sait si ça les contentera?
Ils n'ont plus ici comme Béranger et Courrier, à chanter et siffler
la légitimité.
Ils n'ont plus comme sous le roi Louis-Philippe à recueillir et
commenter une Adresse de la Couronne, pour gloser sur la ma-
chine à que et le reste.
Ils n'ont plus comme sous la dernière république le droit de tout
heurter, froisser et salir comme en une orgie incessante très-anti-
pathique à celte république et à toutes les constitutions possibles.
Après l'orgie la diète :
Ils n'ont à mordre que sur l'Adresse de Claude Louis, vigneron,
qui ne les menace de prison ni d'amende ,
Et annonce seulement, qu'il va prendre leur plumage d'emprunt
pour décroter ses sabots, et leur imposer son âne pour professeur.
Qu'attendre d'un grossier vigneron ?
Il commence par le plumage,
Et développe ainsi son Adresse :
Messieurs les détracteurs du pouvoir, critiques, opposants,
mécontents, etc.
Avons avis des grands mots que vous employez :
« Politique, Réformes, Progrès, Liberté, Civilisation, etc. » que
vous jetiez perpétuellement à la face du public, échaffaudant
toujours là-dessus vos invectives.
Or, on s'imagine que vous connaissez le sens de ces paroles, et
qu'elles sont des points de départ assurés.
A bas ces plumes de paon, beauxgeais, et que toutes les bonnes gens
apprennent d'abord que vous n'avez jamais dit et vous gardez bien
de dire ce qu'est tout cela, par la raison que vous n'en savez rien.
Et que vous ignorez la valeur de tous ces grands mots, quand
toutefois vous ne les entendez pas au rebours, ce qui vous précipite
dix kilomètres plus bas que l'ignorance. (1)
(1) Définition de la Politique:
Dans sa plus étroite acception :
C'est le récit ou description des actes du pouvoir, ce qu'on appelle nouvelle po-
litique, la partie politique d'un journal ou d'un entretien.
Nous disons le récit ou description, et non pas le jugement, l'appréciation des
actes du pouvoir.
Ce jugement étant lui-même ci-après jugé par la logique, il n'en est question ici
que pour l'exclure de la définition.
Et dans sa plus large acception :
La politique est la gestion des affaires d'une des grandes sociétés humaines.
C'est le plus grand travail au succès duquel puisse être appliqué le plus grand
génie.
Rien que cela.
On devine pourquoi les plus chauds amateurs de politique n'osent en donner ni
demander la définition ?
— 5 —
Ca ne vous va pas d'être ainsi déplumés ?
Alors continuons :
Vous apprenez sans cesse au public à critiquer et blâmer les
aiitbrités, celles même qu'il nomme par voie d'élection.
Jamais ce pauvre public, faute de faire choix de vous autres, ne
trouve pour le gouverner et l'administrer que des gens indignes,
incapables, stupides, etc.
Cette passion a toujours été tenue pour une folie :
« Le vin au plus muet fournissant des paroles;
" Chacun a débité ses maximes frivoles,
« Réglé les intérêts de chaque potentat,
« Augmenté la police et réformé l'Etat, etc. »
C'est le plus grand travail.
Ce n'est ni un art avec ses règles, son idéal et ses harmonies,
Ni une Science avec ses axiomes et ses théories invariables et partout applica-
bles comme la morale, et la logique.
C'est un travail qui n'a que des règles de circonstance pour un temps et une
phase de la vie Sociale.
Si tel bon politique d'autrefois revenait au pouvoir, il pourrait être court de vue
et incapable aujourd'hui. Faute de règles fixes, il est donc impossible de s'en former
seulement une idée saine, si l'on n'occupe un haut poste politique on il faille se
livrer à ce travail.
C'est le travail le plus grand,
1° A raison de sa difficulté. Pour veiller aux intérêts d'une immense société
d'hommes, il faut connaître assez les hommes. Or, aidé d'en haut, un homme n'a
pas trop de toute sa vie pour se connaître seulement lui-même ;
2° A raison de son étendue et de son effrayante multiplicité. Il porte sur tout, il
doit peser tout, le globe entier l'intéresse, il a besoin de tout savoir ;
3° A raison de l'importance inconcevable de chacun de ses actes qui peut paraître
petit comme un germe, et prendre ensuite à force de temps et d'espace, des propor-
tions gigantesques ;
4° A raison de l'ignorance des hommes qui les oppose souvent à leurs propres
intérêts et cause dans les éléments sociaux une discordance inévitable ;
5° A raison surtout des moyens infimes seuls disponibles pour réussir dans ce
grand travail. Car ces moyens sont les hommes, auxiliaires que le vice ou l'infirmité
peut rendre inutiles ou nuisibles.
En face d'un si prodigieux labeur, le plus grand génie a besoin d'avoir conscience
de toute sa force pour s'avancer, et croire au succès.
C'est bien heureux s'il se trouve en tout un Empire, quelques bons politiques, un
seul même dans toute la timonnerie de l'Etat, avec cette large vue d'ensemble qui
constitue le génie, qui sache bien faire son point entre le ciel et l'eau et connaisse
d'un coup d'oeil ce que disent à la fois la carte, le vent, le ciel, et la mer.
Et comment tout le monde par une très-haute et contagieuse folie, prétend-il pous-
ser à son gré cette unique barre du gouvernail qui trouve à peine un bon pilote en
toute une nation ?
Voici. Les notions scientifiques ont des noms spéciaux qui servent de barrière
pour arrêter l'ignorant à la porte, de I'anatomie, par exemple, quand il voit écrit :
thorax, tibia, périoste, etc.
Pas de barrières à la porte de la politique. Ce sont des termes communs, usités de
tous, qui ont seulement une valeur spéciale, réservée, et tout à fait inappréciable,
quand il s'agit de politique.
Il est donc très-facile de s'y engluer et de se croire la notion réservée, du moment
qu'on en sait l'expression.
L'amour a toujours sur les yeux un bandeau, l'amour propre en a bien quatre.
Il est conduit aussi par la folie.
La folie a des docteurs à Bicètre pour la combattre. Mais faute d'asile suffisant la
— 6 —
Pourtant si le choix tombe sur des sots, bien plus sots encore
sont ceux qui choisissent.
« Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire. »
Dire aux gens : « Vous choisissez des sots, » c'est leur dire :
« Vous êtes triplement sots. »
Le public ne peut vous croire si vains et si infatués de vous-
mêmes, que de vous prétendre seuls capables; et si insolents, que de
ravaler ce qu'il a trouvé de mieux dans son sein.
Etourdi de vos phrases qui vos embrouillent si fort, vous-mêmes,
il ne sait pas que vos réformes sont pires que des abus; votre
progrès, un progrès de maladie, votre liberté une tyrannie, et votre
civilisation un fatras indéchiffrable.
Que le public comprenne tout cela, ça ne vous va pas.
folie politique reste libre, se moque des docteurs qui la combattent et écoute de nom-
breux docteurs qu'elle paie elle-même pour l'entretenir.
Sans être bien décidément de ces derniers, plusieurs nous trouvent trop rigoureux,
puisque les lois permettent de pérorer sur la politique sous certaines conditions.
Ces lois là sont des lois politiques et ne me regardent pas. La logique est in-
flexible et ne le permet pas du tout.
Elle n'admet pas que le gouverné juge le gouvernement, ni que l'administré juge
l'administration, ni que le soldat juge le commandement du caporal pas plus que du
général.
Il faut être perché sur le siége du cocher, avoir en main les rênes, voir les che-
mins et les chevaux et connaître les uns et les autres pour savoir ( si toutefois en-
core on a le génie de la chose), comment se peut conduire ce véhicule en cette ren-
contre et avec les moyens fournis.
Autrement il est défendu à toute personne sensée, d'en dire mot n'y d'y songer,
parce qu'elle ne peut savoir qu'en penser ni qu'en dire.
Et avec toute l'indulgence dont je suis capable je ne puis, quand vous mettez le
pied dans la rue, vous permettre de dire seulement d'une maison en construction :
que l'alignement à elle assigné est vicieux, ni qu'il est bien tracé.
Vous n'êtes pas au poste voulu pour être capable de juger ni pour ni contre.
Permis à vous de raconter et décrire les faits politiques actuels sans jugement ni
tartine, comme fait le Moniteur.
De raconter, discuter et juger historiquement les faits politiques anciens pour en
déduire seulement les lois logiques et morales au profit exclusif de ses dernières
sciences et sans toucher même indirectement aux questions actuellement pendantes,
Voilà tout ce que tolère cette loi éternelle et immuable qui ne permet qu'au médecin
consulté de toucher le pouls et les plaies du malade, et qu'au gérant en fonctions, avec
ses aides réguliers, de régir le corps social;
Sans qu'il soit loisible au premier venu de les distraire ni entraver, et compromettre,
comme une bagatelle, les hauts intérêts qui leur sont confiés.
Mais, pour qui n'en a pas fonction, parler, écrire et discuter politique ou éco-
nomie sociale, répétons-le, c'est de la démence.
Et pour m'en abstenir et ne pas être en contradiction avec moi-même qui combats
cette maladie mentale, je n'ai pas à dire ni même à songer si le gouvernement doit
combattre aussi cette démence plus ou moins qu'il ne le fait ou autant qu'il
le fait.
Quand aux raisons spécieuses fournies pour étayer la pratique du contraire, c'est
le fait des fous de tuer la raison avec des raisonnements. Au besoin ils prouveront
même que rien ne peut se prouver.
Alors pourquoi des titres politiques à plusieurs de vos Pamphlets anti-politiques?
C'est un stratagème :
A cause du titre les siffles liront comme les siffleurs, et boiront ce vin de Kina
étiqueté Médoc.

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