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Pamphlets de Claude Louis, vigneron de Bezis. Lettre aux ambassadeurs de diverses puissances sur les finances

De
14 pages
impr. de B.-C. Latour (Agen). 1865. 4 fasc. en 1 vol. ; in-8.
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PAMPHLETS
DE
Claude Louis
VIGNERON DE BEZIS
LETTRE
AUX AMBASSADEURS
DE DIVERSES PUISSANCES
SUR LES FINANCES
Au dos, table des matières et signature
de l'autour.
PRIX : 20 CENTIMES.
ACEN
TYPOGRAPHIE B.-C. LATOUR
1865 '
LETTRE SUR LES FINANCES
de
CLAUDE LOUIS, vigneron,
Aux Représentants, Ministres et Ambassadeurs de diverses Puissances.
EXCELLENCE,
J'ai une communication à vous faire au sujet de vos finances
respectives.
J'ai inventé ou cru inventer un procédé pour maintenir les bud-
gets des États dans un équilibre invariable, nonobstant les cas de
guerre, désastres, etc.
Quand je dis: ou cru inventer, c'est que la modestie est une ga-
rantie non fournie par les fous,
Et c'est pour vous affriander de ma communication.
Elle m'est d'ailleurs prescrite par l'intérêt que méritent vos gou-
vernements et leurs peuples en tous temps, et surtout dans leurs
crises financières dont on fait des tableaux terribles.
On dit qu'en certains cas les gens de l'art n'en peuvent mais,
Et ont beau se mettre l'esprit à la torture pour guérir cette ma-
ladie horrible qu'on nomme faute d'argent.
Un vrai supplice, à ce qu'il paraît, que l'enfantement d'un nouveau
système financier !
Et le nouveau-né est quelquefois mort né.
Ah !
Tout le monde n'est pas habitué comme vous au spectacle de
ces douleurs.
Ce spectacle fend le coeur de Claude Louis.
Et pour en finir avec des accouchements si laborieux, il aurait
immédiatement proposé toutes sortes de lois et de décrets à vos il-
lustres Souverains, si leur auguste position ne les rendait inabor-
dables derrière ce rempart de nombreux officiers et de tant de mi-
nistres et d'intermédiaires qui forment à chaque Majesté, comme
dirait About, une véritable citadelle à mille pattes.
Alors la lettre du vigneron s'adresse à vous autres, Excellences,
qui avez quelqu'une des pattes de cette citadelle,
Et vous les transmettrez à l'intérieur, s'il vous plaît.
C'est tout de même drôle d'être souverain, monarque, potentat,
plus si vous voulez.
4
On a tant à faire qu'on a besoin de tout le monde.
A force d'être puissant on est comme perclus et impotent.
Qu'est-ce que deux yeux quand il en faut cent mille pour y voir?
Autant vaut être aveugle.
Qu'est-ce qu'une seule tête, avec ses deux oreilles, quand il en
faut employer tant de milliers à autrui ?
Et au lieu de s'étonner qu'il y ail des affaires mal entendues et
mal faites par tant de monde, il est surprenant de n'en pas trouver
davantage.
Tandis que tout irait si bien si c'était su. et fait par les Souverains
eux-mêmes, si intéressés à bien faire !
Tenez, j'aime mieux marcher tout seul cl tailler ma vigne moi-
même, que de marcher dans une citadelle pattue et me fier à tant de
gens.
Comment..... mais comment se peut-on décider à être Souve-
rain ou seulement Maire?
Il faut être fraîchement baptisé.
Et ils devraient tous avoir des statues; les Souverains, en or, et
les Maires, en plâtre.
Encore, pour une statue quelconque je ne consentirais pas à être
Roi ni Maire.
Ou bien, toujours prêt à planter là mon peuple à la première moue
qu'il me ferait Bonsoir.
Mais je suis vigneron, grâces à Dieu, et même financier par occa-
sion.
En vertu de quoi je vous donne immédiatement ma consultation à
laquelle vous trouverez trois qualités, ou trois défauts.
La première ou le premier, c'est qu'elle sera courte.
J'écris comme à regret, et j'ai hérité en partie de ce vigneron de
la Chavonnière, qui disait : «courtesauce et bon poisson. »
Je ne me relis que pour biffer et raccourcir.
Après cela, si vous trouvez le bouillon trop fort, vous n'avez qu'à
le mouiller avec quelques colonnes de la presse quotidienne dont
vous faites ce résumé presque invariable : « Il n'y a rien. »
Secondement, si laconique soit-on, il faut des compliments et il y
en aura.
Je n'oublierai aucune des politesses et amabilités d'usage, aux-
quelles vos charges et dignités ont dû habituer vos Excellences.
Etalors, peut-être trouveront-elles ces civilités tout à fait de saison.
Peut-être aussi les trouverez-vous bien guindées, de la part d'un
vigneron, et en prendrez-vous défiance comme d'un piège tendu à
Maître Corbeau ?
Le cas est supposable ;
Car il faut être Lion pour courir sus aux provisions sans payer,
Et le rôle de Renard est plus à la taille du vulgaire.
Vraiment ce rôle, j'ai bien pu l'apprendre d'un candidat au Parle-
ment, dont je sais la harangue par coeur, au droit et au rebours.
5
Elle méritait l'admiration par les galanteries cl tirades adressées
à une masse d'électeurs qui ont lâché un magnifique Fromage :
Gruyère et l'Auvergne ne font à côté que des boudons.
ll s'est surtout épuisé en promesses prodigieuses :
Ponts jusque sur l'Océn, chemins de fer avec trains gratis à per-
pétuité, places de Potentats pour tout le monde.
Bref, il a obtenu la sienne au Parlement;
ll se pourrait que mon procédé d'équilibre budgétaire me méri-
tât aussi quelque chose que je refuserais par modestie.
Là-dessus il me vient une réflexion.
J'ai ouï dire que les inventions concernant l'économie sociale,
la politique etc., n'étaient pas susceptibles d'être brevetées en Fran-
ce, où j'écris.
De sorte que si je vous fais part de la mienne, elle devient vôtre,
vous appartient aussi, et tout est dit ;
Tandis qu'en la taisant elle reste mienne, mon bien, ma denrée et
ma propriété.
Alors il vaut mieux me taire et piocher ma vigne.
Qui m'en empêche?
Qui?C'est cette gueuse d'invention qui menace de m'étouffer si je
n'en accouche comme Sancho de ses proverbes,
— « Alors, soulagez-vous. »
Bien dit. Mais si je vous soulage en même temps, pourquoi auriez-
vous le droit d'être ingrats?
Votre naturel et votre devoir, Excellences, s'opposent à cette in-
gratitude. Elle est impossible, parfaitement impossible.
Mais enfin, deux sûretés valent mieux qu'une: je serais bien aise
que mon droit s'y opposât aussi ;
Et vu mon ignorance, j'ai l'honneur de demander au préalable, à
chacun d'entre vous,
Si dans son pays les lois m'autorisent à prendre un brevet d'in-
vention qui me confère la propriété de mon procédé d'équilibre
budgétaire,
Sans être obligé, comme en France, de l'exploiter ou faire ex-
ploiter d'ici à deux ans sous peine de déchéance.
Remarquez, je vous prie, les effets curieux de cette dernière con-
dition d'un brevet d'économie politique.
Pour l'exploiter, il me faudrait détrôner votre Souverain d'ici à
deux ans.
Ou il en serait maître, pour rien et sans l'acheter, au bout de ces
deux ans.
Décidément, mon pauvre Claude Louis, il te vaudrait mieux avoir
en tête toute autre invention, fut-elle d'un étui à cathédrales.
M'en voilà plus désolé que ceux que je veux soulager par mon
équilibre.
6
Et vous en êtes émues à votre tour, Excellences. Vous me deman-
dez ce que je veux faire de mon invention, quel fruit, quel prix j'en
espère.
Cette question est digne de votre coeur. Vos opinions politiques
n'y entrent pour rien.
Hé bien ! ce que j'en veux, c'est uniquement le plaisir de voir les
beaux résultats de mon procédé appliqué et en fonctions.
Ma consultation est gratuite, purement gratuite.
Ici, j'insiste, je répète et encore je comprends combien il est diffi-
cile à un financier de la croire gratuite et sans arrière-pensée de
pension, ou au moins de décoration, de couronne civique ou de mé-
daille.
Je conviens qu'une consultation gratuite, surtout en matière de fi-
nances, est une telle énormité, que cette nouvelle si nouvelle, une
fois connue de la presse, lui vaut quatre batailles rangées et dix
tremblements de terre.
Le résumé quotidienne va plus être :
« Il n'y a rien. » Mais: « Il y a consultation gratuite du père
Claude Louis sur les finances !!! »
L'abonné incrédule va crier : « quel canard ! quelle grenouille à
trois queues ! »
Et lui de se frotter les yeux, et de relire le titre de son journal:
Siècle, Patrie, Nation, etc, pour s'assurer qu'il tient bien le somni-
fère habituel, et non pas le Figaro ou le Charivari
C'est terrible que le vrai puisse être invraisemblable !
J'enrage dans ma barbe
Je veux que l'on me croie : « c'est gratuit, oui ! Laissez-moi vous
dire mes motifs et après vous me croirez bien.
Ah ! bah !
« Canard ! queues de grenouille !»
Très excellents Représentants des puissances de l'Océanie et des
cinq ou six autres parties du monde (mettons en quelques-unes de
plus par politesse)
Je ne sais trop, ni vos noms, ni vos demeures, titres et dignités
pour pouvoir vous écrire avec covenance par la poste.
C'est pourquoi j'ai remis les présentes à ces gens qui les crient
par les rues et en font part à tout le monde,
Afin que vous ne puissiez manquer de les recevoir.
Ce mode d'envoi n'est passans inconvénient, puisque vous voyez
que le vulgaire s'en amuse comme si c'était pour lui,
Et se permet de rire, comme si je venais conter Barbe-bleue à des
personnes qui ne sont pas seulement des personnes, mais des per-
sonnages, et sur un sujet aussi grave que les finances.

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