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Papiers et correspondance de la famille impériale. Numéro 10

De
8 pages
Saillant (Paris). 1870. France -- 1852-1870 (Second Empire). 1 vol. (136 p.) ; gr. in-8.
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CENTIMES LE NUMERO
N° 10
LE NUMERO, CENTIMES, 5
PAPIERS
ET
CORRESPONDANCE
PUBLIÉS
D'APRES L'EDITION DE L'IMPRIMERIE NATIONALE
AVEC NOTES EXPLICATIVES
2e Plus que jamais je considère comme im-
possible, que j'entre dans une voie de répression
à l'égard de la presse. Moi, libéral, je poursui-
vrais alors que les réactionnaires n'ont pas
poursuivi cela me coulerait du coup et pour
toujours,
J'ai écrit à l'empereur dans ce sens. Vous
êtes averti : agissez en conséquence et m'an-
noncez dans Le Peuple de manière à effacer
l'impression de vos derniers articles. Il faut que,
si vous arrivez à l'intérieur, votre signification
soit liberté et non réaction ! Prenez-y garde,
manoeuvrez hardiment pour cela et sans retard.
Votre dévoué, signé : EMILE OLLIVIER.
11 novembre.
Après la lettre de l'empereur, je supprime la
lettre que je lui écrivais. Voici celle que je lui
réponds. Je vous l'envoie pour que vous la fas-
siez parvenir; remettez-la ouverte ou fermée,
suivant ce que vous jugerez le meilleur ; mais
lisez-la avant.
Insistez pour Forcade au Conseil d'Etat : c'est
parfait. Il n'est pas humilié par là, et la satis-
faction de l'opinion publique de ne pas le voir
à l'Intérieur vous aidera habilement (sic); tra-
vaillez pour que cette combinaison réussisse.
Je partirai d'ici dimanche; j'arriverai d'un
trait.
La lettre de l'empereur est si confiante, si
noble, qu'elle triomphe de tous mes scrupules.
Je suis décidé et je marche au combat! Que
Dieu bénisse nos armes !
8.
Lettre de M. Ollivier à Napoléon.
(Copie gardée par M. Duvernois.)
Paris, 15 novembre 1860.
Sire,
Mes journées sa passent à réfléchir. Or, voici
ce qui m'apparaît de plus en plus clairement.
Votre sénatus-consulte a été une transformation
dans les choses; il faut que mon avénement soit
une transformation dans les personnes. Tout en
respectant les situations acquises, il faut que
vous vous efforciez d'attirer à vous le plus grand
nombre possible de jeunes hommes, et dé don-
ner à ceux que vous ne pouvez employer de
suite l'espérance d'être utilisés plus tard. Aussi
je considère comme d'une utilité majeure de
procurer une élévation suinte, éclatante, propre
à frapper les imaginations, aux rares hommes
de talent de trente à quarante ans que le dé-
goût n'a pas jetés encore dans les rangs du parti
révolutionnaire.
Voilà pourquoi j'ai proposé à Votre Majesté
la nomination de M. Duvernois au sous-secréta-
riat d'Etat de l'Intérieur. Voilà pourquoi je pro-
pose aujourd'hui la nomination de M. Philis au
secrétariat de la justice. M. Philis a trente-huit
ans; il est avocat, ami et émule de Gambetta et
de Ferry; il s'est séparé d'eux pour me rester
fidèle. C'est un orateur vaillant et éprouvé, qui
ramènera avec énergie les jeunes irréconciliables
avec lesquels il s'est mesuré déjà plus d'une
fois.
Sa nomination aurait en outre l'avantage n'é-
tablir comme précédent que les sous-secrétaires
d'Etat peuvent n'être pas choisis parmi les dé-
putés. Ou se réserverait ainsi un moyen de ré-
véler à la nation des hommes de mérite qui se-
raient dans l'impossibilé d'arriver au Corp?
législatif.
Appelez à vous la jeunesse, Sire, elle seule
peut sauver votre fils; les vieillards égoïstes qui
vous entourent ne songent qu'à eux.
Ma principale occupation, tant que vous ac-
cepterez mon concours, sera de chercher par-
tout des hommes, et, lorsque j'aurai trouvé
celui qui pourra mieux que moi remplir mon
office, je vous le désignerai moi-même et ja-
serai bien heureux de lui frayer la route. Cette
régénération de notre personnel est urgente:
sinon vous péririez d'inanition au milieu de la
cohorte incapable et pusillanime de vos fonc-
tionnaires. Il va de soi que je conseille de pren-
dre ce qui est tort dans tous les partis ; mais
ceux qui appartiennent à l'opinion libérale ont
été jusqu'à ce jour proscrits avec une telle obs-
tination, qu'il y a un long arriéré à solder à
leur égard.
Je vous prie, Sire, de me croire votre tout
dévoué ex imo (1). Signé E. OLLIVIER.
Pour no rien ébruiter, il suffit que je sois
(1) — Du fond du coeur. —
— 74 —
Paris mardi. En quelques jours, dans l'état où
en sont les choses, tout sera terminé.
9.
Lettre de M. Emile Ollivier à l'Empereur.
(Copie gardée par M. Duvernois.)
CORPS LÉGISLATIF.
Paris, 13 novembre 1869.
Sire,
Je continue à vous communiquer le résultat
de mes réflexions quotidiennes.
J'ai prié M. Daru de se trouver chez lui mer-
credi à cinq heures et demie.
Si j'échouais auprès de lui malgré tous les
efforts que je tenterai, Votre Majesté veut-elle
me permettre d'offrir le portefeuille du Com-
merce à M. Buffet. Je connais, mieux encore
que vous, Sire, les inconvénients de ce person-
nage ; mais il a fait avec nous la loi sur les coa-
litions, il n'est pas protectionniste, il parle bien,
est honnête et jouit d'une réelle influence sur
une partie de l'opinion ; quant à ses inconvé-
nients, j'en fais mon affaire et je m'ingénierai à
en défendre Votre Majesté. Si cependant, Sire,
vous ne pouviez vous résigner à M. Buffet, ce
que je regretterais, je vous prierais de m'auto-
riser à m'adresser à M. Segris. Je voudrais ne
vous entourer que de personnes qui vous fussent
agréables, mais nous sommes à l'entrée d'un
défilé difficile et nous ne le franchirons qu'en
prenant chacun un peu sur nous. Après la ses-
sion, si, comme je l'espère, nos jeunes recrues
se sont bien conduites au feu, vous pourrez
arranger tout cela autrement, de manière à ne
vous imposer le sacrifice d'aucune répugnance
personnelle.
Est-ce que Pietri n'aurait pas l'étoffe d'un
ministre de l'intérieur? Je m'en accommoderais
fort bien.
Si Chasseloup se trouve trop démuni au mi-
nistère des Beaux-arts, on pourrait le mettre
aux Travaux publics, où un orateur n'est pas
indispensable, et l'on placerait Talhouët aux
Beaux-arts.
Il y aurait encore une autre combinaison ,
ce serait de redonner à Chasseloup son an-
cien ministère de la Marine. Vous auriez ainsi
un portefeuille de plus pour un homme nouveau,
M. Mége, par exemple, qui parle bien, et qui
jouit de beaucoup de considération.
Enfin on pourrait placer Chasseloup à l'Inté-
rieur avec Duvernois, jusqu'au jour où le sous-
secrétaire d'Etat deviendrait ministre.
Je ne puis plus recevoir ici utilement de lettres
de Votre Majesté. Je vous prie de vouloir bien
me faire connaître vos intentions sur les projets
que je vons ai soumis, mardi soir, à Paris, afin
que je puisse me mettre à l'oeuvre dès le lende-
main et tout terminer le plus tôt possible.
Je prépare une circulaire aux procureurs
généraux sur la presse, afin de mettre un peu
d'ordre dans l'anarchie qui règne actuellement
sur cette matière.
Je vous prie d'agréer, Sire, la nouvelle assu-
rance de mon entier dévouement.
E. OLLIVIER,
10.
Lettre de Napoléon à M. Duvernois.
(Autographe.)
Palais de Compiègne, le 14 novembre 1869.
Mon cher monsieur Duvernois,
Je vous envoie cette lettre pour M. E. Ollivier ;
il suffira de la lui remettre à son arrivée à
Paris.
Il faudrait que votre travail sur le Deux Dé-
cembre parût avantla rentrée des Chambres,
car après nous aurons biend'autres occupa-
tions.
Croyez-moi à vous d'amitié.
NAPOLÉON.
il.
Lettre de M. Duvernois à Napoléon.
(Copie.)
Paris, 14 novembre 1869.
Sire,
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Majesté
une nouvelle lettre de M. E. Ollivier, et je prends
la liberté d'y joindre mes réflexions particuliè-
res inspirées en partie par les lettres que m'é-
crit Ollivier.
Il serait enchanté de voir M. de Forcade aller
au Conseil d'Etat : « Cela concilie tout, » dit-il.
Quant à moi, je pense, en effet, que Votre Ma-
jesté a trouvé là le moyen de trancher deux dif-
ficultés qu'il eût fallu trancher plus tard. Tôt ou
tard, M. de Chasseloup eût dû quitter le Conseil
d'Etat, où il faut un orateur, et la situation de
M. de Forcade elle-même eût été provisoire. Le
pays a tellement besoin qu'on lui donne le sen-
timent de la stabilité, que j'aime mieux une so-
lution définitive.
Je suis bien de l'avis d'Ollivier sur la néces-
sité de rajeunir le personnel gouvernemental.
Cela est également nécessaire pour la tranquil-
lité du règne et pour la sécurité de l'avenir. Les
déclassés sont les pires ennemis de l'ordre, et
l'utilité de former un personnel gouvernemental
à l'école de Napoléon III est évidente ; mais Olli-
vier reconnaîtra, par la pratique, que l'intro-
duction de la jeunesse dans le gouvernement
doit être un système appliqué avec une persévé-
rance prudente et non une sorte de coup d'Etat.
En allant trop vite on se heurterait à des droits
acquis qu'il faut respecter, et l'on risquerait de
faire de mauvais choix, ce qui serait pis que de
rien changer. Du reste, l'ardeur d'Ollivier ne
m'inquiète pas le moins du monde : elle rencon-
trera assez d'obstacles quand elle sera aux pri-
ses avec les hommes et les choses.
En ce qui concerne M. Philis, qu'Ollivier vou-
drait prendre avec lui, je le connais depuis
longtemps. C'est un orateur éminent, et il est
clair que, s'il avait déserté, comme Gambetta
et Ferry, les rangs de l'opposition modérée , il
serait comme eux un député populaire. C'est un
bon esprit, et l'impétuosité d'Ollivier a souvent
trouvé dans le calme de M. Philis un utile con-
tre-poids.
L'heure n'est pas loin, Sire, où Votre Majesté
va recueillir le fruit de son admirable patience.